Psychoses [Fan-Fiction]

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Psychoses [Fan-Fiction]

Message par Dhragane le Mer 3 Nov 2010 - 17:41



Elle entendit un mulou hurler au loin.
Que l'une de ces créatures nocturnes donne la chasse, à la lueur protectrice de la lune blafarde, qui venait de se découvrir timidement au dessus d'Astrub, était en soi plutôt anodin. Cependant, ce n'étaient pas pas les hurlements qui précédaient une chasse : on aurait plutôt dit un mulou souffrant qui clamait sa douleur. Ou sa peine.
Le jeune fille frissonna, malgré la chaleur presque suffocante qui régnait dans le petit meuble. Elle resta un instant allongée dans la pénombre à tenter de saisir les bribes d'un rêve lointain, qui lui glissai entre les doigts. Une fois de plus.
Poussée par une odeur écœurante qui semblait lui coller à la peau, elle se décolla donc lentement du sol dur et épineux de l'armoire pour venir se placer en position assise.

L'image de cette adolescente en pyjama blanc à pois roses, recroquevillée dans une armoire exigüe à la peinture craquelée d'un bordeaux seyant aurait pu avoir quelque chose de comique. Oui, ça aurait sans doute put l'être, à la réflexion. Surtout si la couleur du meuble en question ne lui avait pas été donnée par le sang partiellement séché qui le maculait, et que les pois du pyjamas s'étaient trouvés être autre chose que des rognures de chair rosâtre.

La jeune fille, cependant, aurait put se donner la peine de rire de la situation, puisqu'elle ignorait tout cela. Et pourtant, elle n'en fit rien. Peut-être est-ce mieux, au fond, car le passage d'un éclat de rire à un hurlement n'est jamais bon pour les cordes vocales, aussi exercées soient-elles.
N'ayant pas rit, elle n'émit donc qu'un hoquet en poussant la porte de la vieille armoire. Un «hoquet», je vous l'accorde, est une façon un peu facile, voire simpliste, de définir le son qu'elle produisit à cet instant. Car dans ce simple étranglement, elle parvint à faire ressortir la stupeur, le saisissement, mais aussi l'effroi, la terreur, la confusion totale dans laquelle le spectacle qui s'offrit à elle la plongea.

Longtemps, elle resta figée à contempler sans le vouloir les corps démembrés de ses camarades qui gisaient devant elle. Des tronçons de jeunes gens jonchaient le sol ça et là, laissant clairement voire la chair sanguinolente céder le pas à l'os, tranché de façon propre, nette, et même très professionnelle, il faut l'admettre. Un bon nombre de bouts d'organes multiples et variés, savamment déchiquetés, s'appliquaient à serpenter entre les amas de tissu organiques plus conséquents. Un liquide épais et poisseux venait égayer de sa remarquable teinte pourpre l'ensemble du dortoir, se faufilant avec astuce entre les lattes de bois qui recouvraient le sol, ondulant gracieusement sur les draps qui couvraient les lits, dégouttant des murs au papier peint jaunis, sur lequel il avait préalablement décrit des courbes fantasmagoriques. Des grumeaux chair et de cervelle, pour parfaire ce charmant tableau, s'étendaient parfois autour des malheureuses victimes, ou se trouvaient accrochées aux murs ensanglantés, pour s'en décoller plus tard avec un chuintement.

Les visages, pour ceux qui restaient en un morceau, n'exprimaient aucune souffrance particulière, et paraissaient presque paisibles, ce qui aurait sans doute dû rassurer la jeune fille quant à la fin heureuse de ses camarades. Curieusement, cependant, cela ne l'empêcha pas de rester prostrée là, une expression d'horreur figée sur son visage à elle.
Découvrant l'origine de l'odeur lui étant parvenue un peu plus tôt, elle ne put cette fois retenir un violent haut-le-cœur qui la secoua de part en part, l'obligeant à se pencher par-dessus le sang dans lequel baignaient ses pieds. Tremblante, elle sentit le goût salé des larmes dans sa bouche, et tenta de se lever, chancelante. Tout ce qu'elle souhaitait en cet instant était de s'écarter de cet endroit au plus vite.

Tout comme elle se serait abstenue d'ouvrir la porte du placard si elle avait sut ce qu'il y avait derrière, elle ne se serait sans doute pas levée si elle avait sut que cette malheureuse initiative l'enverrait s'étaler de tout son long dans l'assortiment de chair et de sang sur lequel elle glissa. Malencontreusement, personne n'avait eu la bonne idée de l'en prévenir. Aussi était-elle repeinte d'une jolie teinte sanguine – qui l'incommodait fort, soit dit en passant – quand des bruits de pas lents et posés se firent entendre non loin. La jeune fille paniqua ; ne l'en blâmons pas. Après tout, comment aurait-elle put deviner que le propriétaire de ces pieds, qui avançaient avec un tel calme et une assurance surnaturelle, n'étaient pas ceux du meurtrier qui avait réduit ses camarades à l'état d'apéri-cubes ?

Enfin, toujours est-il que ce n'était pas lui, et qu'une fois assez proche de l'adolescente, la propriétaire de ces pieds farceurs lui tendit la main, un sourire purement artificiel plaqué avec soin sur le visage.

«- Et bien, Antipode ? Quelle drôle d'idée d'aller patauger dans nos camarades fraîchement épluchés ?» fit avec étonnement la disciple d'Eniripsa aux cheveux bruns.
Antipode Doubleuface, – car c'était son nom – incapable de répondre, se hissa difficilement sur ses jambes en s'aidant du bras de la jeune fille. Une fois l'adolescente sur pied, la guérisseuse la considéra un instant, s'interrogeant momentanément sur l'attitude à adopter.

La fourrure sombre et soyeuse, comme les cheveux anciennement dorés de l'Ecaflip, étaient maintenant ternes et poisseux de sang. Dans ses yeux, d'un jaune pétillant à l'accoutumée, ne brillaient plus maintenant que les larmes ruisselantes qui s'étalaient sur sa figure mouillée. Son pyjama, constitué simplement d'une chemise et d'un short, était imbibé d'un liquide le colorant entièrement de rouge, quel qu'ai put être sa couleur d'origine. Ce tout, déjà si peu réjouissant, était perpétuellement agité de tremblements violents. Oui, en convint pour elle-même la disciple d'Eniripsa, si elle avait put être peinée, elle l'aurait sans doute été. Elle s'appliqua donc à plisser les traits de son visage dans une expression de profond accablement, espérant secrètement que l'Ecaflip se remettrai vite – quel calvaire de devoir garder son visage ainsi crispé trop longtemps ! – puis vint soutenir Antipode pour l'aider à marcher jusqu'à la porte qui les mènerait dans le couloir.


«- ... Antipode... ! T-tout va bien... ?!
Hadriel, le Xelor qui les attendait devant le dortoir – et qui n'avait, si l'on tient compte de sa question, sans doute que peu de jugeote – avait parlé d'une voix inquiète et nerveuse.
La jeune Ecaflip ne lui prêta pas attention tout de suite, toujours agrippée à l'Eniripsa. Cette dernière, en revanche, fut ravie de répondre au disciple du Dieu du Temps, pouvant ainsi abandonner son expression abattue pour lui lancer un sourire charmant.

- Comme tu peux le constater, elle est en pleine forme. J'ai dû l'arracher de force à sa pataugeoire qu'elle n'aurait, autrement, quitté pour rien au monde.»
Le jeune homme pâlit sous ses bandelettes.

Il ouvrit la bouche mais la referma bien vite, interrompu par un hurlement hystérique fort déplaisant. Les trois jeunes gens se retournèrent aussitôt pour chercher l'origine de ce bruit gênant, et la découvrirent bien vite ; en effet, une jeune Crâ rousse s'était arrêtée à l'instant de parcourir le couloir de long en large à la façon d'un poisson rouge prisonnier de son bocal (un poisson rouge plongé dans ses pensés, ce qui n'est pas commun, il faut l'admettre) pour s'écrier soudainement quelque chose d'incompréhensible en fixant d'un regard dément ce qui ressemblait une tâche de café brunâtre sur une porte.

«- ... Une tâche. Café ? Non, non... sang séché. Donc. Une empreinte... une empreinte partielle et ensanglantée. Le meurtrier est parti par là. Vers la sortie. Il n'est plus dans le couloir. Donc... il y a peu de chance que ce soit l'un d'entre eux. Peu de chances, certes. Maaaiiiis... il reste la possibilité qu'il ou elle ai fait cela pour brouiller les pistes. Donc. C'est quelqu'un qui a du sang sur les doigts. Séché. Oui, du sang séché, de préférence. Donc. Si je me réfères à cette dernière informatiooonnn...» Sa voix retomba dans l'inaudible, ce qui ne l'empêcha pas de continuer à marmonner pour elle-même. Le poisson rouge pensant reprit ses tours de bocal.

Un petit Osamodas, adossé au mur, poussa un soupire théâtral. Hadriel le foudroya du regard sous son masque, réaction d'un courage et d'une utilité assez discutables. L'Eniripsa consulta sa réserve d'expressions en stock, hésitant un moment sur le choix approprié. Antipode continua de fixer le mur avec une insistance portant à croire qu'elle y avait lu quelque révélation sur sa raison de vivre et sa destinée. Personne n'avait vraiment assez d'énergie à perdre pour ramener Ambroise à la raison, et chacun se contentait de lancer de temps à autres des regards accusateurs, censés pousser les autres à l'action.

Finalement lassée de cette technique prodigieusement efficace, Agonie appela la disciple de Crâ, son plus beau sourire plaqué promptement sur le visage.

«- Et bien, Ambroise. Si nous commencions plutôt par sortir d'ici ? Il nous sera plus facile de suivre la piste laissée par le meurtrier, tu ne crois pas ?
La jeune fille s'arrêta net, puis s'approcha de la disciple d'Eniripsa et braqua sur elle son regard d'émeraude soupçonneux.
- ... Toi. Tu es recouverte de sang. Donc... Qu'est-ce qui me dit que ce n'est pas toi, le «meurtrier» ?!
- On pourrait demander leur avis à nos camarades de dortoirs, mais je ne suis pas convaincue qu'ils aient de réponse satisfaisante à nous donner,
fit l'Eniripsa avec un sourire innocent.
- Ce... ce que veut dire Agonie, intervint Hadriel, c'est que, même si nous n'avons pas de preuves... vraiment concluantes pour l'instant de l'innocence de chacun, il... vaudrait mieux essayer d'agir ensemble, de... de se serrer les coudes, si tu vois ce que je veux dire. Si on commence à se soupçonner les uns les autres... ça risque de... dégénérer.
- ... Tu plaisantes ? Comment pourrais-je vous faire confiance alors que l'un de vous a peut-être... massacré tous les pensionnaires ?!
- Presque tous les pensionnaires
, souligna Agonie.
- Oui. Oui, c'est ça, qui est bizarre. Vraiment très bizarre... pourquoi m'avoir épargnée moi ?...
- Et nous, aussi, se permit de rappeler l'Eniripsa.
- ... Je n'étais pourtant pas cachée, continua Ambroise sans lui prêter attention, je dormais, comme tout le monde, et... Et pourtant. Pourtant. Même les médecins semblent morts. Peut-être... peut-être le meurtrier a-t-il simplement préféré nous garder pour la suite ? Ça expliquerai que ce soit l'un d'entre nous... il s'amuserait à nous tuer un à un, en se délectant des soupçons que nous nourrirons les uns envers les autres...

Un silence tomba sur le petit groupe. Chacun réfléchit à cette possibilité. Même le jeune Osamodas, ayant entendu la discussion, fronça les sourcils. Ça ressemblait beaucoup au scénario poussiéreux d'un mauvais film d'horreur, mais après tout, il fallait bien que les scénarios poussiéreux de mauvais films d'horreur soient tirés de quelque part.

- … Et dans ce cas, reprit la disciple de Crâ après un moment, mieux vaut trouver le coupable tout de suite. Et s'en débarrasser.
- Quelle drôle d'idée
, fit Agonie d'un ton enjoué. Si quelqu'un ici a été capable d'ôter aussi efficacement les quelques membres en trop de nos camarades, je rêve d'avoir l'occasion d'étudier sa technique...
Hadriel réagit avant qu'Ambroise n'ai le temps de permettre à la disciple d'Eniripsa d'étudier très en détail sa technique d'étripage, ce qu'elle, si on en croyait la lueur qui crépitait dans ses yeux, aurais eu grand plaisir à faire.
-A-attendez... le meurtrier n'est pas forcément parmi nous, et peut-être a-t-il simplement voulu... Il s'interrompit momentanément, étonné par la conclusion étrange à laquelle il arrivai. Et bien... p-peut-être nous a-t-il simplement offert une opportunité de nous enfuir ?

Il y eut un nouveau silence pendant lequel tous envisagèrent cette possibilité sensiblement plus réjouissante que celle proposée un peu plus tôt.
- Et bien, si c'était vraiment son intention, il ne devait pas être si mauvais, tout compte fait, conclut Agonie.
- Q-quoi... ? Mais... mais... il a quand même tué tous ces gens, s'insurgea Hadriel.
L'Eniripsa haussa les épaules.

- C'était pour la bonne cause. Si on commence à s'attarder à des détails comme ça, où va-t-on...
Le Xelor lui lança un regard noir, mais ne releva pas.

- … Bon, on y va ?
Le jeune Osamodas, sorti de son mutisme, s'était un peu rapproché du groupe, tout en gardant une distance de sécurité, et pointait du doigt la porte-à-la-tâche-brunâtre avec un air renfrogné. Ambroise ouvrit la bouche avec un air outragée, mais fut aussitôt doublée par Agonie et son sourire artificiel.
-Excellente idée, mon cher Lyd. Je commençai à me demander si tout le monde ici était dénué de bon sens.

Et elle le suivit dans les escaliers tortueux et glissants qui menaient à la sortie de l'asile.

*********

Et oui, chers visiteurs, vous l'aurez compris, Dhra' ne tiens pas qu'une étale de dessin. Après, c'est bien sûr à vous de juger dans quel domaine elle s'en sort le mieux.

Hmm... je n'y pense que maintenant, mais peut-être aurais-je dû déconseiller la lecture de ce chapitre aux âmes sensibles ? Ou même de la fiction qui va suivre dans son ensemble, en fait... donc mieux vaut tard que jamais, je préviens : ça ne risque pas de devenir moins gore avec le temps. Désolée... ! ^^'


Saigné : Dhra' la Détraquée...



Dernière édition par Dhraguanne le Mer 3 Nov 2010 - 17:55, édité 1 fois (Raison : Correction de fautes en tout genre...)
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Re: Psychoses [Fan-Fiction]

Message par Dhragane le Sam 6 Nov 2010 - 8:46

L'étreinte glacial du vent mordant, en ce mois de Septange trop frais, fit frissonner Hadriel.
On pourrait croire que, couverts comme ils le sont, les Xelors n'ont pas à se soucier du froid. Bien sûr, cette croyance populaire est archi-fausse : qui a dit que trois bouts d'armure et des bandage avaient jamais protégé quiconque des caprices du temps ? D'ailleurs, le jeune homme grelottant en était la preuve vivante en cet instant.
Et le froid n'était pas sa seule préoccupation.
C'est certain, Hadriel aurait préféré que le temps soit plus doux.
Mais il est vrai aussi qu'Hadriel aurait préféré éviter d'avoir à subir les hurlements désespérés du mulou qui hurlait à la mort plus loin.
Qu'Hadriel aurait préféré voire ou il marchait et cesser de s'écraser face contre terre à intervalles réguliers de deux minutes.
Qu'Hadriel aurait préféré ne pas être le seul plus ou moins sain d'esprit au milieu de tant de malades mentaux loin d'être arrivé au terme de leur traitement.
Qu'Hadriel aurait préféré que l'Antipode qu'il aimait ai continué d'investir son enveloppe corporelle encore quelques temps.
Qu'Hadriel aurait préféré se trouver n'importe où ailleurs qu'ici, maintenant, et avec ces gens-là. Quelque part, cela prouvait qu'il n'avait pas encore perdu la raison, ce qui, en soit, aurait très bien put être une bonne nouvelle. Maintenant, il est vrai que dans la situation présente, il aurait put être bien plus simple pour lui d'être aussi dérangé que les autres. Chance ou infortune ?

Aussi dérangé que les autres...
Le jeune disciple de Xelor laissa son regard flotter sur ses camarades. Sans doute le produit d'une réflexion poussée, étant donné qu'il avait déjà du mal à mettre un pied devant l'autre sans se casser la figure et qu'ils étaient, de toute façon, plongés dans l'obscurité. La seule lueur provenait d'une lune timide qui semblait s'adonner à une partie de cache cache palpitante avec des nuages taquins.

Mais bien sûr, Hadriel n'avait pas vraiment besoin de les voir. Il les connaissait depuis bien assez longtemps – et même trop longtemps, de son point de vue personnel – pour deviner leurs traits. D'ailleurs, Agonie Sombreumède n'avait pas des traits désagréables, c'est vrai. De courts cheveux bruns souples et fins. Des yeux marron-clair. Un bout de nez en trompette. Des joues roses et bien remplies... Elle était même plutôt mignonne, en fait. Cependant, comme le Xelor s'en fit la réflexion, quand on apprenait la raison de son internement, elle semblait dans l'instant nettement moins mignonne.
Elle avait troqué son pyjama souillé contre un autre identique – quoique le sang et les grumeaux de chairs palotes en moins – par-dessus lequel elle avait passé une blouse immaculée, trouvée un peu plus tôt sur l'un de ses feu médecin ; Eniripsa ait son âme. Bien entendu, elle avait pris soin de rincer l'habit, anciennement couvert de l'hémoglobine de son dernier propriétaire, mais cela n'empêchait pas Hadriel de ressentir comme un malaise. Non, définitivement, il n'avait aucune chance de devenir comme elle, lui et sa phobie du sang maladive.

Son regard se tourna ensuite vers Ambroise Crépuscule, qu'il ne distinguait pas correctement, encore une fois. Et pour le coup, peut-être cela valait-il mieux.
Contrairement à l'Eniripsa, dont le problème mental ne se traduisait en rien physiquement, on devinait au premier coup d'œil qu'Ambroise n'était pas saine et équilibrée. Sa peau était affreusement pâle, se confondant presque avec le pyjama blanc qu'elle avait passé plus tôt. Pour un peu, elle aurait laissé entrevoir ses os, dont on pouvait déjà s'amuser à deviner le placement en raison de sa maigreur. Ses yeux verts étaient toujours trop brillants, à tel point qu'on eut put la penser perpétuellement fiévreuse. Même ses longs cheveux roux étaient sales et graisseux.
Non, là non plus, Hadriel ne pouvait pas se permettre de finir ainsi... quoique son armure le protégerait d'un aspect aussi négligé.

Puis il porta son attention sur Lyd.
C'était un petit Osamodas tout ce qu'il y a de plus simple, aux cheveux blancs et aux yeux noirs. Sitôt sorti, il s'était empressé de retirer le haut de son pyjama, qui semblait l'incommoder bien plus que le sang qui le maculait par endroit. Hadriel ne le connaissait pas bien : l'enfant étant peu bavard, et lui ne cherchant pas à lui adresser la parole... peut-être était-ce lui, le plus sain de la bande, tout compte fait.

Une chose était certaine : ça n'était pas Antipode. Bien sûr, le Xelor ne l'aurait avoué pour rien au monde, mais au fond, il le savait bien. Et une fois de plus, il en eu la confirmation en la voyant descendre en un bond de la cime d'un arbre et venir se planter devant le groupe.

«- Il y un village, par là. Un peu plus loin. Quelque chose comme une petite heure de route, je dirais. Si vous vous décidez à avancer un peu, bien sûr... moi, j'y serais dans une heure. Et Face serait sans doute déçue de constater votre absence. Pas que cela risque de me causer le moindre état d'âme, comprenez moi bien.
Ses yeux jaunes luisaient dans l'obscurité de la nuit, et un large sourire espiègle découvrit des dents brillantes qui réfléchirent le faible éclat de la lune. C'était Antipode... sans l'être.
- Ne crains rien, nous n'avions aucun doute là-dessus, répliqua une voix enjouée, quelque part. Et si cela peut te rassurer, je comprends on ne peut mieux ce que peut être l'absence d'état d'âme. Ou d'âme tout court, d'ailleurs.
- Dans ce cas, tu ne verras pas d'objection à ce que je trace ma route en solitaire
, conclut Antipode.
- Moi. Moi, j'ai une objection, reprit une voix féminine, ailleurs. Personne ne va nulle part tant que nous ignorons qui est le coupable de... de ce...
- De cette petite œuvre d'art pourtant si plaisante ?
ironisa – ou pas – l'autre. Je ne vois pas ce qui te met dans cet état... si nous sommes dehors, c'est bien que cet artiste si talentueux ne nous veut aucun mal...
- Q-quoiqu'il en soit,
intervint Hadriel le Téméraire d'une voix faible et ténue, rester groupés semble plus sûr à tous points de vue...
- Tu m'as l'air un peu trop bienveillante à l'égard de ce tueur sans vergogne, Agonie,
répliqua sombrement Ambroise, ignorant le Xelor ou ne l'ayant pas entendu.
Un joli rire, artificiellement cristallin, résonna dans la nuit.
- C'est bien normal, après tout : nous sommes de la même espèce... je reconnais l'œuvre des miens quand je la vois. Et je reconnais les miens. Ce qui me fait penser que le meurtrier n'est aucun d'entre vous. Logique, non ?
- Tu reste une suspecte indigne de confiance
, s'énerva la jeune Crâ. Comment pourrais-je accorder le moindre crédit à tes paroles ? Qui n'ont rien de logique, soit dit en passant.
- Soyons honnêtes
, proposa l'Eniripsa d'un ton enjoué. Accordes-tu le moindre crédit aux paroles de qui que ce soit... ?
-Tu...
- Il suffit
, les interrompit l'Antipode-qui-n'était-pas-Antipode avec désinvolture. Vous pouvez m'accompagner jusqu'au village, puis on se sépare, meurtrier trouvé ou pas. Je n'en peux plus, de vos disputes incessantes.
- En pouvoir encore serait surhumain...»
ronchonna le petit Osamodas. Hadriel acquiesça doucement, éreinté.

Le reste de la marche se fit donc dans un silence relatif.
Bien sûr, Agonie ne cessa pas d'asticoter Ambroise pour autant. Et cette dernière continua d'élaborer ses théories fumeuses. Tout cela se fit simplement plus discret.
Lyd suivait le groupe, un peu à l'écart, scrutant les sous-bois avec un intérêt troublant. Antipode menait la marche. Et le Xelor ne la quittait pas des yeux. Songeait.
Comment la jeune Ecaflip qui, un peu plus tôt, avait été retrouvée couverte de sang, tétanisée, à peine capable de tenir sur ses jambes, pouvait-elle à présent se conduire en chasseuse solitaire au cœur de pierre et bondir d'arbre en arbre à la façon d'un Moon farceur... ?

Bien sûr, la réponse aurait put être tout à fait logique et rationnelle. Elle aurait put s'être sentie revigorée par l'air frais et vivifiant de la nuit, tout simplement. Elle aurait aussi put s'être fixée l'objectif de venger ses camarades envers et contre tout, et serait soudain devenue déterminée, conduite à travers la forêt sombre par une nouvelle force et une idée fixe plus puissante que la pesanteur elle-même. Ou encore aurait-elle put souffrir de troubles de la mémoire instantanés.
Mais non. Car Hadriel la connaissait, maintenant, et bien que c'eut été une surprise déplaisante la première fois, il avait finit par s'habituer au phénomène : c'était simplement Pile qui avait remplacé Face. La seconde personnalité d'Antipode avait prit le dessus, comme souvent. Trop souvent au goût du jeune homme, qui avait bien l'impression de commencer à être apprécié de l'Antipode Face qu'il appréciait tant, depuis peu. C'était peut-être même un peu plus qu'apprécier, d'ailleurs. Oui, il... un instant.
Lui, s'enticher de l'un de ces cas psychotiques au traitement interrompu... ? Aux réactions futurs indéterminées et indéterminables ? Quelle bonne blague... hein que c'est une blague, Had' ? Ça n'arrivera jamais à un gars sain, équilibré et banal comme toi, hein ? Héo ? Had' ? Il y a quelqu'un... ?

Et oui, bien sûr, il y avait quelqu'un. Et ce quelqu'un luttait au mieux pour éviter au maximum de s'attacher au moindre de ses camarades. Car c'était bien tout ce qu'ils étaient, et tout ce qu'ils avaient été pendant ce séjour à l'asile. Séjour qu'il n'aurait jamais eu à faire, en temps normal, d'ailleurs...

«- Nous y voilà : La Bourgade de Minoir. Charmant. Bon, je vous laisse là.

Et avant que quiconque n'ait le temps de réagir de quelque façon que ce soit, Antipode grimpa agilement sur le toit de l'une des habitations sales et branlantes et s'éclipsa dans la nuit. C'était à prévoir, les réactions arrivèrent donc toutes en même temps.
- Que... ? Il... non, ce n'est pas possible. Si elle était le tueur, elle resterai avec nous. Ne serait-ce que pour nous surveiller. Donc... Mais non, bien sûr. C'est bien plus pratique pour elle si elle peut nous observer sans que nous le sachions... commença Ambroise.
- Elle est parti chasser ? S'interrogea Lyd, soudain soucieux du sort de l'Ecaflip.
- Et bien, commenta simplement Agonie, ce fut rapide.
- Mais... ! Où... ?!» Fut tout ce qu'Hadriel trouva à dire. Pas glorieux, je vous l'accorde. Ni très esprité. Mais que voulez-vous... le pauvre garçon était en état de choc.

Après un moment de silence – quoiqu'un silence très relatif, encore une fois, car troublé par les questions-réponses incessantes de la jeune Crâ – et d'immobilité, Hadriel se décida finalement à détailler en vitesse le petit village dans lequel ils venaient d'arriver.
L'adjectif qu'avait utilisé Antipode un peu plus tôt cadrait tout à fait avec l'apparence de la bourgade : charmant. Les trois quarts des lanternes, dont l'usage très original avait sans doute été, fut un temps, d'éclairer les rues de nuit, avaient été éteintes, brisées, ou encore dérobées. Les maisons se succédaient dans un ordre aléatoire, et, même dans l'obscurité qui régnait, on pouvait constater qu'elles se trouvaient toutes dans un état de délabrement avancées. Des pavés qui avaient sans doute, un jour, ornés le sol des ruelles, ne restaient que des éclats fragmentés tantôt contre un mur, tantôt par terre, le tout recouvert d'une épaisse couche de boue creusant des fossés ici et là. Enfin, l'auberge dans laquelle ils finirent par entrer respirait la puanteur de la boisson, de la transpiration, semblait sale et mal entretenue, sans compter que le propriétaire les fixait d'un air soupçonneux et hagard à la fois, chose qu'Hadriel n'aurait pas cru possible avant ce jour.
En effet, quel adjectif convenait mieux que ''charmant''... ?

Agonie et Ambroise s'avancèrent les premières, tandis que le jeune Xelor et Lyd échangeaient un regard circonspect.
Plusieurs hommes d'âges variés fixèrent sur la jeune Eniripsa un œil gourmand qui, s'il ne lui échappa pas, ne sembla pas l'incommoder. Comme à son habitude, elle répondit par un sourire charmant. Que quelque uns perçurent peut-être même comme charmeur.
Mais comment, à leur décharge, auraient-ils pu se douter que la jolie demoiselle était incapable de la moindre émotion sincère, mis à part la satisfaction au moment d'enfoncer un large coutelas dans le cœur encore chaud et palpitant de bonshommes de leur genre ? Comme on peut s'en douter, cette stricte limitation dans les sentiments n'aidait pas vraiment Agonie à comprendre certains aspects de la vie sociale. Et la signification profonde et exacte des regards concupiscents dont la couvraient ces hommes était pour elle un véritable mystère. Qu'à la vérité, elle ne tenait pas spécialement à élucider, d'ailleurs. Sans se démunir de son sourire, elle suivit donc Ambroise qui, pour sa part, était plutôt considérée avec curiosité, compassion, pitié, gêne, ou même mépris flagrant.

Ce fut cependant elle qui présenta au tenancier les quelques kamas qu'elle avait prit la précaution de récupérer un peu plus tôt sur certains administrateur de l'asile qu'ils venaient de quitter. Ils ne risquaient plus d'en avoir besoin, après tout.
L'homme posa sur les pièces un regard vitreux, puis dévisagea les quatre adolescents et hocha la tête d'un air bourru. Il se saisit des espèces – avec une adresse telle qu'il lui fallut s'y reprendre à trois fois – et indiqua à la disciple de Crâ les escaliers, avant de se souvenir qu'il leur fallait une clé. Il lui en tendit donc une, quoique l'on eu put douter que ça ai put avoir un jour été autre chose qu'un bout de fer tordu et mâchouillé.
Quand Ambroise eu l'impertinence de poser la question futile du numéro exacte de la chambre, l'homme répondit par un grognement incompréhensible. Quoiqu'à la vérité, sa signification était plus qu'évidente, bien entendu, mais absente de tout dictionnaire d'origine humaine. Quel homme charmant. Et plein d'éloquence, de surcroît.

Ce fut donc après un certains temps passé à essayer plusieurs vieilles serrures, dont l'aspect amenait à douter d'un entretien régulier et soigneux, que les jeunes gens débouchèrent leur chambre – vaste et luxueuse, ça va de soit –, assez épuisés pour s'endormir aussitôt dans des draps qu'il n'est nul besoin de décrire.
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........... °.°

Message par Cradelanuit le Sam 6 Nov 2010 - 14:39

Tu sais quoi ?
Tu écris très bien. Trop bien.
Et j'adore ta Fiction..... :3
C'est un peu gore, je te l'accorde, et j'aime pas les films d'horreur, en général... Mais là, c'est.. Wouahw !
Enfin, ça me fait un peu le même effet qu'un film d'horreur, parce que j'ai l'habitude de m'imaginer tout ce que je lis dans ma tête... Alors voila quoi...
J'attends avec impatience la suite ! :]
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Re: Psychoses [Fan-Fiction]

Message par Akety le Dim 24 Juil 2011 - 15:40

Fic' non entretenue. Je vais devoir fermer!

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Re: Psychoses [Fan-Fiction]

Message par Lunfaugh Andolion le Sam 16 Fév 2013 - 11:30

J'aimerais y ajouter mon commentaire.
Alors tout d'abord je dois dire que je suis impressioné. C'est vraiment super bien écrit.
Sinon, le côté gore de ta fic' ne me dérange pas, mais me passionne! J'adore!
Bien que tu ne continue pas, j'aurais bien aimé lire la suite.
Tout ça pour dire que j'adore...
J'avais marqué quelque chose sur un petit papier... Alors... Y'a un "W" et cinq "A" suivis de trois points d'exclamation, et je crois que ça se lit: "WAAAAA!!!"


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