[FIC] Henkō

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[FIC] Henkō

Message par Lord Penguin le Lun 25 Aoû - 17:32

Aye Aye. A vrai dire j'pensais pas le faire une jour, et je suis étonné d'en arriver là, mais voilà le premier chapitre de ma fiction sur Berilion. Fiction ou il va se passer des trucs, et autres genres de choses Mais si. . Je sais pas trop quoi dire, mais je dois vous avertir : J'ignore totalement quand sortira le chapitre suivant... J'espère juste qu'il sortira un jour Noël .
Ah, au fait, les "Kama" sont des faucilles de combat japonaises, grosso modo. Le Mae-Geri est un coup de pied frontal, imaginez vous un cowboy ouvrant la porte d'un saloon, ou le même genre de coup de pied qu'assene Leonidas à l'envoyé Perse  Mignon . Enfin, mais ça vous devez le savoir, les Kulins sont les conseillers des chefs de clan Beriliens.

Let's go.





Owari (Fin)


Kyoran pénétra le Yakuin-Shitsu, suivi de Sujitsu et de Gisemono. Derrière eux, les hautes portes se refermèrent avec fracas, faisant vaciller les torches disposées dans la large salle. Celle-ci était taillée à même la roche et était aussi finement décorée que possible à Berilion. La seule fenêtre était en fait une ouverture au plafond,  située juste au centre de la pièce et au-dessus d’une grande table circulaire autour de laquelle étaient assis un peu plus d’une dizaine de personnes. Les chefs et Kulins des différents clans. En reconnaissant parmi eux son frère, Kyoran sut qu’il ne sortirait jamais vivant d’ici.

« Alors tu es réellement venu, Kyoran. »

Drogo Dalfan venait de quitter son siège et dominait à présent l’assemblée de son imposante stature, faisant s’étendre un large ombre dans le halo lumineux. C’était un homme grand et large d’épaules, aux muscles saillants, simplement vêtu d’un pantalon de toile, laissant son torse nu. Le visage dur et le regard noir, il posa la main sur le manche blanc de son arme et sortit celle-ci de son fourreau, exposant aux yeux de tous la longue lame d’Havir. Etant constitué d’un alliage incluant de l’Adamantite, le métal gris se mit partiellement à noircir une fois exposé au soleil, donnant un aspect  inquiétant à l’arme.

« Je vais te décapiter ici-même ! »

« Dalfan-San, si nous sommes réunis aujourd’hui, c’est pour écouter ce que votre frère a à nous dire. Le tuer avant même qu’il n’ait dit un mot n’aurait pas de sens. »


C’était le chef du clan Long. Ses longs cheveux coiffés en arrière, sa fine moustache, son bouc, et surtout son regard perçant lui donnaient un air respectable. Il portait des habits traditionnels de sa région et son naginata était posé contre son siège.

« Je n’ai aucun conseil à recevoir d’un lâche en armure tel que toi, Long, cloitré dans ta forteresse. Puis il s’adressa à tous les autres. Vous êtes peut-être ici pour l’écouter, vous êtes peut-être ici car vous aviez peur des Heka… Peu m’importe ! JE suis ici pour restaurer l’honneur de mon clan et le purger de la vermine qui l’a entaché ! »

Il semblait presque être en train de rugir, tant il bouillonnait de rage.
C’est alors que de l’autre côté de la table, une autre voix s’éleva. Un homme aux yeux bandés d’un tissu noir orné d’une étoile à quatre blanches, les cheveux liés en queue de cheval et vêtu d’un kimono noir et blanc. Metsu Nerimazu.

« Drogo. Les Long sont toujours de bon conseil. Rassieds-toi, à présent. »

« Metsu. Tu es le seul ici qui mérite mon respect. Ou du moins tu l’as été. Mais sans tes yeux, tu ne vaux pas mieux que tous les autres… Tais-toi et laisses-moi donc rendre justice à mon jeune frère.»

Bien qu’il n’en laissait rien paraitre, l’intervention de Metsu avait quelques peu calmé Drogo car il avait de l’estime pour ce dernier, qui fut le seul à Berilion capable de lui tenir tête.
Kyoran reprit :

« Tu auras ton duel, grand frère. Mais une fois que j’aurais fait ce pourquoi je suis venu. »

Même s’il prononçait le terme de duel, il savait bien qu’il n’avait pas la moindre chance. Tous ici le savaient probablement : Il s’agirait plutôt d’une exécution.
Poussant un grognement, Drogo reprit sa place, croisa ses larges bras, et se mit à fixer son petit frère avec les yeux d’un tigre prêt à fondre sur sa proie.

Le calme était revenu et Kyoran put observer l’assemblée avec plus d’attention. Juste en face de lui trônait Hoda Long, seigneur du clan susnommé et hôte de tous les autres chefs. Metsu Nerimazu, Toreda Shamiso et Sen Zatou étaient à gauche, Drogo Dalfan, Egaru Futsei et Tadasenjo Muzutsu étaient à droite. Chacun était accompagné de son Kulin, assis un peu en retrait sur des chaises de bois… A l’exception de Drogo, dont le Kulin était debout devant la porte.
Le silence se fit total et, pendant un instant, le seul bruit que l’on entendit fut le tapotement furieux des doigts du chef Dalfan sur le pommeau de son sabre. Les regards de certains se posèrent nerveusement sur Gisemono, le Heka vêtu d’un masque animal qui accompagnait Kyoran, et celui-ci ne manqua pas de le remarquer. Son plan avait parfaitement fonctionné… Sinon cette réunion n’aurait jamais eu lieu, de toute façon. Ses yeux croisèrent alors ceux de Tadasenjo Muzutsu, qui lui adressa un regard tant compatissant qu’encourageant… Mais il n’en avait pas besoin. Il savait ce qu’il lui restait à dire et à faire, avant de quitter ce monde. Il n’avait pas de regrets. Sa fille était entre de bonnes mains et il allait pouvoir transmettre son message, même s’il doutait que ce dernier ne change grand-chose à la situation.
C’est alors qu’Hoda Long brisa le silence et dit, d’une voix forte.

« Kyoran Dalfan. Vous avez souhaité et organisé cette assembl… »

« Il vous a forcé à venir sous la menace, tu veux dire !
Le coupa Drogo »

« Taisez-vous, Dalfan ! S’exclama Muzutsu. »

« Vous êtes aussi ici, non ? Continua Futsei »

« Je ne suis ici que pour rendre justice, rien d’autre ! Le prochain d’entre vous qui insinuera que je crains les sans-âmes sera taillé en pièce ! »

Il se mit à nouveau debout  en dégainant son épée de métal noir et Futsei fit de même, rapidement suivit par Zatou, armé de deux Kama reliés à ses poignets. Muzutsu, assis entre Egaru et Drogo, se leva à son tour pour les empêcher de se battre, mais ce dernier le repoussa et, désarmant le chef du clan Futsei d’un puissant coup de genou ascendant, il lui asséna un Mae-Geri dans le ventre qui le projeta à plusieurs mètres, aux pieds de Kyoran. Quelques instants plus tard, le tapis fut souillé du contenu de son estomac, mélangé de sang.

« Je ne laisserai pas une larve telle que toi me manquer de respect, bucheron. »

« Cela suffit ! »


Metsu intervenait à nouveau pour stopper Drogo. Cette fois-ci, il s’était levé et était prêt à se battre. L’intéressé se mit à sourire. Il se détourna de sa première victime pour avancer vers le chef Nerimazu, mais le naginata d’Hoda Long lui barra le passage. Il posa sa main sur la lame de l’arme pour la détourner de son chemin.

« Qu’essaies-tu de faire ? »

« Ne me lance pas ce regard menaçant, Dalfan-san… Dis-moi plutôt. Le sang de qui es-tu venu verser ? Le nôtre ou celui de ton frère ? »

Drogo leva sa lame vers son hôte qui se prépara à dévier une éventuelle attaque.

« Cessez de vous battre ! »

C’est ce que Kyoran cria à ce moment, empli de colère devant la barbarie dont faisait preuve son frère. Cet aspect irréfléchi était ce qu’il détestait le plus, chez lui comme chez la majorité des siens. Il releva Futsei qui retourna à sa place, la main sur le ventre, avant de continuer d’une voix forte.

« A quoi penses-tu, Drogo, en attaquant ainsi tes alliés sans sommation? Ou est ton sens de l’honneur ? Je suis le seul que tu dois affronter ici, et je t’accorderais ce plaisir d’ici peu. Je t’accorderais un duel en bonne et due forme, alors rengaine ton arme. Un de ces duels qui sont la base de notre culture, à nous autres Beriliens. Ils sont notre façon de prouver notre force, notre façon d’obtenir le respect de nos frères, notre façon de vivre. Aucun artifice, aucune sournoiserie, aucune magie, uniquement deux hommes et leur acier. Rien n’est plus beau que deux lames s’entrechoquant lors d’un affrontement loyal. Rien n’est plus beau que deux combattants se faisant face… Et rien n’est plus noble non plus. Il ne s’agit pas simplement de blesser ou mettre à mort l’adversaire, le combat est un art véritable, sublimatoire, aucune mort n’est plus belle qu’une mort épée à la main, et cela est une chose que nous sommes seuls à comprendre, ici à Berilion. Partout ailleurs, on trouve des lâches se battant à l’aide d’arcs, d’arbalètes, et pire encore, de sorts magiques. Ils n’ont aucune notion de l’honneur, se battent sans se mettre en danger, et c’est contre l’une de ces nations de couards que nous guerroyons depuis maintenant sept siècles. Les Nurens font pleuvoir des flèches sur nos guerriers avant même qu’ils ne soient à portée de lame, ils usent du terrain, de la magie de leurs druides, n’hésitent pas à commettre toutes les vilénies possibles, tant que cela leur octroie la victoire. Le combat loyal est une notion abstraite, pour eux. Combien des nôtres ont péri dans leurs pièges et embuscades ? Depuis ces sept-cent années, combien des nôtres ont péri avant même d’avoir pu user de leurs lames ? Combien de nos fils, de nos filles, sont morts tels des chiens, transpercés d’un carreau ou tombés dans une fosse à pieux ? Combien sont morts d’un coup dans le dos ou brulés vifs ? Un nombre incalculable… »

« Ou veux-tu en venir, Kyoran ? »

« Je veux la fin de la guerre avec les Nurens. »


Les chefs eurent tous des réactions différentes. Drogo ne laissa rien transparaitre, Long et Nerimazu semblèrent intrigués, Muzutsu approbateur, Shamiso intéressé, les deux autres étonnés. Tous baissèrent leurs armes.

« Elle n’en vaut pas la peine. Après sept-cent ans, la conclusion est évidente.  Nous ne pouvons pas gagner, et ils ne le peuvent pas non plus. Continuer ne serait que perte d’hommes et de ressources. C’est ce que ça a toujours été. Faisons la paix avec Nurenuil.»

Drogo se mit à rire.

« La fin de la guerre ? Sept-cent ans de pertes ? Mais justement, mon frère, que fais-tu de ces sept-cent années ? De ces sept-cent années et de ces innombrables pertes ? Vas-tu les laisser impunies ? Vas-tu laisser les Nurens s’en sortir si facilement ? Personne n’y a gagné, mais selon toi, qui y a perdu le plus ? Nous, les Dalfan ! Et tous les Bériliens ! Il désigne les chefs de clan d’un large mouvement de bras. Nous ne perdons pas, mais nous avons subi bien plus de pertes que les Nurens. Arrêter cette guerre dans cette situation serait le plus grand déshonneur que notre nation ait jamais connu. »

« Cette guerre est le plus grand fléau que notre nation ait jamais connu, elle n’a aucun sens ! S’emporta Kyoran. Continuons-nous simplement par vengeance ? Avons-nous pénétré dans un tel cercle vicieux ? Sommes-nous tombés si bas ?  Tout cela ne rime à rien ! Quelqu’un sait-il seulement pourquoi ce conflit a commencé ? »

Silence.

« Non ! On ne le sait plus depuis longtemps. Nous nous battons sans même savoir pourquoi ! »

Drogo cracha au sol.

« C’est tout ce que tu as à dire ? Je n’ai jamais aimé tes conseils en tant que Kulin, et je ne les ai jamais suivis non plus. J’ai bien fait. Tu es une honte pour le clan, Kyoran.  Tu n’as aucun honneur. Tu vas même jusqu'à exécuter sans vergogne des membres de ta famille pour atteindre ton ridicule objectif. Des membres de bien plus grande valeur que toi. »

« Et que t’apprêtes-tu à faire, Drogo ? Il dégaina son arme. Cela même dont tu m’accuse. De plus, crois-le ou non,  je n’ai pas tué Yotsuo. »

Leurs deux regards se croisèrent. Ils étaient prêts. Le duel était scellé, et son destin aussi.

Drogo s’élança vers son frère qui bondit en arrière pour éviter une première attaque, mais une second le suivit qu’il fut obligé de bloquer. Son épée lui échappa des mains. Kyoran eut au moins la satisfaction d’avoir croisé le fer avant d’être projeté au mur par un coup de la garde d’Havir et de recevoir la lame de l’épée dans le cœur, le clouant à la pierre froide. Rapidement, la gravité fit son oeuvre et la lame ouvrit son buste de la poitrine jusqu’à l’épaule tandis que son corps mutilé s’écroulait au sol et que son sang s’y répandait.
Tous, lui comprit, s’attendaient à cela et personne ne fut choqué ou étonné, bien qu’il put voir, alors que sa vision se brouillait, les mines désolées de certains : Les chefs des clans Muzutsu, Shamiso, et ses deux compagnons qui l’avaient accompagnés jusqu’ici.
La dernière chose qu’il perçut avant d’enfin perdre conscience pour de bon fut le bruit d’un katana qu’on retirait du mur et la voix grave de Drogo :

« Et maintenant ? »


Dernière édition par Lord Penguin le Mer 24 Aoû - 14:40, édité 1 fois

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[Second]

Message par Lord Penguin le Dim 31 Aoû - 14:48

Bon Bon. Secon chapitre. Vous l'aurez deviné, sinon je vous le dis (et sinon, vous l'auriez remarqué en lisant), on retourne en arrière chronologiquement parlant. Il est possible que ça soit un peu confus, après tout c'est une famille nombreuse, ces Dalfan. Si vous avez peur de pas comprendre certaines chose, 'go section Eclipse, Berilion, Clan Dalfan.
A part ça, rien de bien passionant pour ce chapitre. Bonne lecture.





Shizukesa


Kowai Dalfan s’arrêta un instant devant le miroir. Elle portait un large pantalon de toile noir et une légère chemise sans manche de la couleur opposée. Ses cheveux bruns étaient attachés en queue de cheval du côté gauche de sa tête et son visage affichait son habituel sourire, surplombé d’un nez fin et d’yeux pétillants. A son oreille, la boucle dorée, qui ne la quittait jamais. Il s’agissait d’un petit anneau finement décoré qui se portait en vérité aussi bien au doigt qu’à l’oreille. En le lui donnant, sa mère lui avait confié que l’objet cachait un secret, et il n’avait pas fallu longtemps à Kowai pour le découvrir. Il s’agissait d’un mécanisme camouflé dans les ornements de la chevalière, découvrant une petite aiguille recouverte d’un liquide transparent et inodore… Probablement du poison ? Elle n’en était pas sure, n’ayant de toute façon jamais usé de celle-ci et ne comptant pas le faire un jour. C’était déjà une honte que l’idée lui soit venue à l’esprit… A vrai dire, elle avait même hésité à jeter l’anneau, mais il était tout ce qui lui restait de sa mère, c’est pourquoi elle avait finalement décidé de le porter à l’oreille. Il fallait éviter toute suspicion quant à la seconde nature de l’objet, inacceptable aux yeux des Bériliens, d’autant plus pour une membre du clan Dalfan.
Revenant au présent, Kowai quitta le miroir et se dirigea vers la porte lorsqu’une voix masculine l’interpella.

« Tu vas rendre visite à Mina ? »

Kyoran Dalfan buvait tranquillement un thé, vêtu de vêtements semblables à ceux de sa fille, tenue courante dans la région, mais dans une version plus masculine, chemise ouverte. Relativement grand, doté de cheveux noirs et d’une légère barbe, il semblait amusé alors qu’il posait à sa fille une question dont il connaissait déjà la réponse. Le sachant très bien, Kowai ne lui répondit que par un hochement de tête, affichant toujours un air jovial. A l’inverse, le visage de son père s’obscurcit quelques peu alors qu’il lui répondait, signe qu’elle pouvait disposer.

« … Profites-en bien. »

Et elle s’en alla, sandales aux pieds. Leur maison, de grande taille, était entourée de larges jardins fleuris et irrigués, eux-mêmes cernés d’un cloitre. Leur domicile ne représentait en fait qu’un morceau du vaste domaine Dalfan qui accueillait en son sein la totalité du clan et de ses branches annexes, soit plus d’une centaine de personnes. Constitué d’un dédale de couloirs, salles, portes coulissantes et jardins, il était difficile de s’y repérer pour qui n’y était pas habitué, mais ce n’était pas le cas de Kowai. Elle savait exactement où elle se dirigeait : Vers les appartements du chef du clan, Drogo Dalfan, bien que ce n’était absolument pas ce dernier qu’elle voulait voir… En fait il l’intimidait énormément. Mais il venait  justement de partir pour le front, accompagné de son fils ainé, et elle en profitait pour retrouver sa cousine Mina, âgée de deux ans de plus, sans risquer de se retrouver face à l’un de ces deux-là.
Au détour d’un couloir, Kowai se retrouva nez-à-nez avec un jeune homme, vraisemblablement au-dessus de la vingtaine et visiblement pressé. Même si son visage lui disait quelque chose, elle ne parvint pas à le reconnaitre. Il avait des cheveux noirs un peu plus longs que la moyenne et un regard cerné qui lui donnait un air peiné, souffrant… Ce devait être un membre d’une branche annexe qu’elle avait croisé lors d’un quelconque évènement ou cérémonie. Elle le salua d’un mouvement de tête, tout sourire, auquel il ne répondit pas, se contentant de la fixer comme s’il avait affaire à quelque bête de foire. Rapidement mal à l’aise, elle reprit sa route en laissant l’homme derrière elle. Il était… étrange.
Mais cette rencontre lui sortit rapidement de l’esprit alors qu’elle traversait un nouveau jardin, baigné de soleil en ce début d’après-midi. Elle n’était plus bien loin de sa destination. Une fois sur place, Kowai donna quelques coups dans la porte coulissante et reçut aussitôt une réponse de Mina :

« Entre, je t’attendais ! »

Elle pénétra donc les appartements de sa cousine, qui étaient en fait divisés en deux parties. Une chambre spacieuse et un petit jardin personnel, qui lui servait notamment à s’entrainer. C’était d’ailleurs ce qu’elle était en train de faire, son sabre à la main. En guise de haut, elle ne portait qu’une bande de tissu enroulée autour de sa poitrine et attachée dans son dos. Son bas était semblable à celui de Kowai, mais brun. Se retournant, elle adressa à cette dernière un salut de la main et un sourire avant d’attraper une serviette, d’essuyer ses courts cheveux trempés de sueur, et de proposer un thé à son invitée. Une fois toutes deux installées autour de la table basse, elle continua.

« Chaque fois que mon père quitte le domaine, je peux être sure que tu viendras me rendre visite. Je me demande parfois ce qu’il a bien pu te faire… »

« Rien en particulier. Il est juste… Intimidant. »


« Tu sais, sa sévérité est sa façon d’aimer… En quelques sortes ? Qu’il prenne de son temps pour te donner quelques astuces et t’entrainer, aussi durs soient les exercices, signifie qu’il a de l’affection pour toi. »

Kowai se remémora la dernière fois que son oncle Drogo avait témoigné de son affection pour elle… A la fin de l’entrainement, elle était tellement épuisée qu’elle dut rester au lit pendant plus de vingt-quatre heures, et ses jambes et bras restèrent endoloris pendant plus d’une semaine. Elle se résignait et acceptait son sort s’il lui tombait dessus, mais dans la mesure où la fuite était possible, elle ne s’en privait pas. Ainsi, elle évitait soigneusement son oncle, autant que faire se peut.
Certes, ce n’était pas un comportement digne du clan Dalfan. Elle en était consciente, mais ne désespérait pas pour autant : Un jour, sa force égalerait celle de son oncle… Non. C’était beaucoup trop d’optimisme, même pour elle. Atteindre le niveau de Mina serait déjà un énorme pas en avant. Suite à cette réflexion, elle se mit à pouffer, provoquant l’incompréhension amusée de sa cousine. Puis leurs regards se croisèrent et elles éclatèrent toutes deux de rire.
Lorsque, finalement, elles se calmèrent, c’est la larme à l’œil que Kowai se confia.

« Tu sais, Mina, je t’admire beaucoup. Tu es si forte… Je ne sais pas comment tu fais pour tenir le coup avec tous ces entrainements et combats. De mon côté, peu importe combien je m’entraine, je n’ai pas l’impression de progresser le moins du monde. Je stagne. Et de toute façon, j’ai énormément de mal à endurer tous ces efforts, j’ai vite fait de me décourager. Alors que toi tu t’exerces sans relâche chaque jour, et tu manies si bien l’épée… Je suis jalouse. »

Elle avait dit tout cela en gardant le même sourire sur les lèvres et avait terminé en tirant la langue, pour signifier que ses derniers mots n’étaient pas forcément à prendre au sérieux. Elle n’était certes pas très douée au combat, et se qualifierait même de faible, mais n’en souffrait pas vraiment. Jusqu’ici, elle n’avait pas participé à beaucoup d’affrontements, et personne ne l’avait défiée depuis longtemps. En fait, le statu Quo ne lui déplaisait pas.

« Bah, ce n’est pas grand-chose, lui répondit Mina. Je trempe dans tout cela depuis ma naissance… Enfin, toi aussi. Mais mon père a probablement su m’endurcir, les quelques fois où il m’a entrainée... Je suis moins forte que tu ne le crois, mon niveau est largement à ta portée… »

Elle essayait manifestement de réconforter Kowai, bien que cela ne soit pas nécessaire. De toute façon, elle ne semblait pas trouver les mots justes et n’aurait réconforté personne de cette manière, ce qui amusait un peu son interlocutrice. Un rien l’amusait. Mina se rendit compte, en voyant le visage de sa cousine, que ses paroles n’étaient pas d’une grande utilité et ses lèvre s’arquèrent.

« Tu sais, Kowai, je t’admire beaucoup.  Toi aussi, tu es très forte… Disant cela, elle se pencha en avant et posa son index sur le front de l’intéressée. Je ne sais pas comment tu fais pour tenir le coup et conserver ton sourire en toutes circonstances. Nous sommes en guerre, alors la mort est notre lot à tous… L’un de mes grands frères, ton cousin, est tombé au combat alors que j’avais 8 ans. Je n’étais pas particulièrement proche de lui, mais encore aujourd’hui, j’ai du mal à cacher mon ressentiment et ma peine quant à cet évènement. Toi à l’inverse, tu ne sembles pas avoir de regrets, aucune cicatrice. Tu es capable de tourner le dos au passé, d’aller de l’avant, même si je sais bien que tu as eu bien plus de matière à souffrir que moi. Elle marqua une pause, paraissant hésiter à se lancer sur ce sujet. Tu as perdu ta mère, tes trois ainés, et surtout, ton autre moitié… Ton jumeau. Personne n’était plus complice que vous deux... Et pourtant tu es là, devant moi, tout sourire, alors qu’il ne te reste plus que ton père. Je suis peut-être forte physiquement, mais ton mental est bien plus endurci que le mien ne pourra jamais l’être, Kowai... »

Elle avait baissé les yeux, semblant peinée. Quelques seconde s’écoulèrent dans le silence avant qu’elle ne relève la tête et n’ajoute, tirant la langue :

« Je suis jalouse. »

A nouveau, elles rirent toutes deux de bon cœur, puis profitèrent de l’accalmie qui s’ensuivit pour boire leurs thés avant qu’ils ne soient froids. Kowai se remémora ses deux grands frères et sa grande sœur… Elle n’avait pas eu le temps de connaitre le plus vieux, mais avait beaucoup aimé les deux autres. Elle adorait littéralement sa mère, qui était pour elle un modèle. Quant à son frère jumeau, Amane…
Mais Mina ne lui laissa pas le temps de laisser ses pensées vagabonder.

« Je sais que c’est un peu étrange pour ceux de notre clan de complimenter sur autre chose que la force brute, mais hey, j’ai été éduquée par ton père pendant 4 ans ! Je commençais sérieusement à croire que j’allais hériter de son poste de Kulin… Ce qui n’aurait vraiment pas été mon truc, si tu veux mon avis. Heureusement, le petit dernier m’a sauvé la mise, dit-elle sur le ton de la rigolade »

Et à ce moment précis, la porte coulissante s’ouvrit, laissant entrer un petit garçon de huit ans, un katana de bambou à la main.

« Quand on parle du loup… »

« Minaaa ! Cette fois-ci, je vais te battre ! »

C’était le dernier fils de Drogo, Shû. Récemment, il avait pris l’habitude de débarquer chez sa sœur aux moments où elle l’attendait le moins, dans l’espoir de la vaincre en duel. La persévérance était l’une de ses qualités, ou plutôt, l’obstination était l’un de ses défauts. C’était son oncle Kyoran qui s’occupait de son éducation depuis ses deux ans, et le formait à servir de Kulin à son frère ainé Dreï, héritier du titre de chef du clan Dalfan. Cette formation personnalisée lui procurait des connaissances avancées pour son âge, mais pas forcément la maturité qui va de pair avec celles-ci.

« Et qu’est-ce qui te rends si confiant, petit monstre ? »

« Oncle Kyoran m’a appris un nouveau coup ! »

Mina se leva en poussant un « oh !» faussement surpris, et lança un regard de défi à son petit frère, convaincu qu’elle le prenait au sérieux.

« Eh bien soit. J’accepte ton duel, Shû Dalfan, dit-elle en se levant et en empoignant l’un des sabres de bois adossés contre le mur. Kowai nous servira d’arbitre. Prépare-toi ! »

A peine eut-elle terminé sa phrase que son adversaire se rua sur elle et tenta de lui asséner un coup vertical. Elle le stoppa sans la moindre difficulté, et une lueur s’alluma dans le regard du petit garçon. Il fit pivoter son épée autour de celle de sa sœur, la sortant de sa trajectoire, ce qui lui permit de tenter un estoc. Cependant, le mouvement avait été très mal exécuté et le coup final n’en fut que plus prévisible. Mina esquiva sans mal avant de frapper avec force le crane de son frère, faisant retentir un grand claquement dans la chambre.

« Victoire de Mina, conclut l’arbitre. »

« Tu arrives mille ans trop tôt pour t’opposer à moi, petit monstre ! Reviens me défier lorsque tu auras vaincu ta cousine. »

Shû se tourna vers Kowai, les sourcils froncés et la larme à l’œil.
Il la défia et hérita d’une seconde défaite. Son opposante était, quant à elle, quelques peu rassurée... Au moins, elle n’était pas faible au point de perdre contre un enfant de huit ans.
A ce moment, on  frappa à l’entrée de la chambre. Mina donna l’autorisation d’entrer et la porte coulissa, découvrant un homme agenouillé en signe de respect. Kowai le reconnut. C’était le type étrange qu’elle avait croisé dans les couloirs…

« Excusez-moi, dit-il. Mlle Kowai, votre père vous demande aussi rapidement que possible... Il s’agit d’une urgence.»

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