Le Soleil Rouge

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Le Soleil Rouge

Message par DALOKA le Ven 19 Déc - 20:29

Le Soleil Rouge.
Si vous avez déjà vu ces mots dans un de mes écrits ou RP, ce n'est pas étonnant. Le Soleil Rouge est un élément récurrent de tout mes ensembles de créations se situant dans un univers fantasy.
Il y a plus de 5 ans déjà, alors que je jouais à Dofus, je m'élançait dans le monde du role play, créant mes tout premiers personnages, des personnages qui m'ont ensuite servit partout, se sont transformés, me servent encore et vont encore me servir. Le Soleil Rouge, c'est mes neufs premiers personnages, créés avec une histoire commune, et c'est cette histoire qui a commencé mon intérêt pour l'écriture, pourtant cette histoire, peu importe l'univers, n'a jamais été entièrement contée! Ici enfin je raconte cette histoire qui habite mon esprit depuis cinq années, histoire remaniée, refrappée, reconstruite, ressurgissant toujours de manière différente.
C'est mon millième post sur ce forum, car il symbolise le début d'une fiction importante. Attention je n'annonce pas là une qualité hautement supérieure à ce que je fais d'habitude, je dis seulement que cette fiction est très importante pour moi. Cette histoire était le début de mon chemin d'écrivain amateur et sera la dernière histoire longue que je ferais avant de commencer les plans de mon premier livre. Sans pour autant lui dire au revoir et la laisser derrière, la fin de cette histoire clôturera l'adolescence de mon imagination. Que cette fiction soit objectivement bonne ou mauvaise, je prends un immense plaisir à l'écrire!

Le Soleil Rouge prendra donc, ayant débuté dans le rôle play, sa forme finale dans l'univers Eclipse!




PROLOGUE


Le feu, les cris, les larmes, la fumée, la douleur, les blessures, la mort, elle, lui. Il n'y avait que cela, absolument rien d'autre. Les jumeaux aux cheveux blancs n'avaient que douze ans et pourtant ils étaient seuls, désespérés, luttant pour survivre dans le manoir en flammes. Leurs parents, les êtres qu'ils chérissaient le plus, étaient morts sous leur yeux pour leur permettre à eux, de vivre.
Les oreilles du jeune garçon sifflaient et sa jambe droite était parcourue de douleurs, touchée par les flammes. Il serrait la main de sa sœur de toutes ses forces pour ne pas, ne surtout pas être séparé du dernier être cher qui lui restait, et cette dernière faisait de même. Ils survivraient, ensemble, ou mourraient ensemble. Comment l'envisager autrement? Que serait il sans sa sœur? Sans la personne avec qui il avait tout partagé depuis sa naissance?
Il ne voulait pas la perdre, il voulait encore entendre ses railleries, il voulait encore la vaincre aux échecs, il ne voulait pas être seul.
Les jumeaux coururent vers l'endroit ou ils pouvaient se mettre à l'abri, à l'abri de ces flammes qui dévoraient leurs proches, leur maison, leurs souvenirs. A l'abri de ces hommes qui avaient massacrés leurs parents pour une raison que les enfants ne pouvaient décemment pas comprendre. Leur père était un homme bon, et leur mère était une femme malade qui ne pouvait rien faire seule, pourquoi les tuer? C'était injuste, ils ne pouvaient pas les prendre, ils n'en avaient pas le droit.
Le feu dansait, prenant des formes effrayantes, leur bloquant la route dans l'énorme labyrinthe qu'était devenu leur maison, alors que les bruits de pas derrière eux se faisaient de plus en plus entendre. Téko n'était pas le seul blessé, sa sœur Kazhaar, avait bien plusieurs côtes de cassées… Ses longs cheveux blancs qui la rendaient si belle étaient couverts de suie, mais lui même n'était pas dans un meilleur état… Néanmoins, la panique et l'envie de survivre leur faisaient ignorer tout cela. «Il faut vivre.», les derniers mots de leur mère résonnaient dans leurs crânes comme un refrain poussant leurs jambes blessées et fatiguées à avancer, mais la route semblait sans fin.


Tout à coup, une déflagration éclata et les poutres soutenant le plafond cédèrent pour s'écraser, couvertes de flammes, sur le plancher qui commençait lui aussi à faiblir.
Téko avait été ainsi séparé de sa sœur, la poutre lui bloquait le chemin, les pas se firent encore plus bruyants. Il l'appela par son surnom,
«Kazie!» cria t-il avec désespoir, et elle lui répondit… Ses derniers mots.
Si provocateur, avec une pointe d'orgueil, seule elle pouvait, à l'heure de mourir, lui dire une phrase pareille… Et pourtant, il sentait qu'elle était au bord des larmes.

«Dis que je t'ai sauvé, d'accord?»

Jusqu'au bout elle aura tenté de l'agacer… Quelle idiote.
Les yeux de Téko se noyèrent de larmes, et pour sa vie il courut, courut, courut…


«Eh Téko!» Fit une voix masculine alors qu'il continuait sa course désespérée.

«Oh hé, monsieur le comte!»


-Réveille toi bougre d'idiot!
Les yeux du Comte Dyra se rouvrirent suite aux appels répétés de son ami, et il se souvint alors où il était… Dans un carrosse, sur les routes de l'Empire.
-On dirait que j'ai bien fini par m'endormir… Constata t-il en frottant ses yeux, qui étaient légèrement humides. Combien de temps cela fait il?
-Je ne sais pas… Une ou deux heures? Je regardais le paysage alors je n'ai pas vu le temps passer.
C'était la première fois depuis longtemps qu'il s'endormait hors de son bureau, il fallait croire que ses nuits blanches avaient encore une fois été trop longues et trop nombreuses.
-Nous sommes donc bientôt arrivés, dit Téko en jetant un coup d'oeil au paysage que Saero fixait… C'était juste une banale plaine, mais il y avait des choses qui passionnaient son ami et qu'il ne pouvait saisir et il s'y était fait. Saero, l'homme en face lui était quelqu'un d'assez excentrique.
Il l'avait rencontré à sa première venue au domaine de la famille Adamas, qui l'avait prit sous son aile après la mort de sa famille, et il était devenu son premier ami… Jamais il n'avait fréquenté d'autres enfants que sa sœur avant. A l'époque, il était très reconnaissant à Saero de lui avoir redonné l'envie d'exister alors que la mort de ses proches l'avait anéanti.
Il était pourtant tout son opposé, car alors que Téko était calme et terre à terre, Saero était un grand rêveur, passionné et impulsif. Ils étaient également en grande rivalité sur tout… Il ne pouvait se remémorer du nombre de fois ou il s'étaient battus, mais il se souvenait clairement qu'à l'époque il jalousait ses dons magiques énormes, il avait du travailler d'arrache-pied pour lui arriver à la cheville.
Il ne put s'empêcher d'avoir un pincement au coeur. Avec le temps Téko s'était endurcit pour remplir sa tâche et ses idéaux à bien, au point de refuser tout vrai lien sentimental… Mais il considérait toujours cet homme, avec qui il partageait tant de souvenirs, comme un frère.
Lui qui refusait de s'attacher à sa propre fille ne pouvait ignorer les traces de son passé, bonnes ou mauvaises, et si il le pouvait… Il le ferait, à ne pas en douter.

Avec cette pensée, il regarda à sa droite. A côté de lui se trouvait une grande valise de cuir, couverte de runes visant à la protéger, car elle contenait quelque chose de très précieux, d'inestimable. Téko joignit ses mains gantées en baissant la tête d'un air soucieux et Saero regarda alors son vieil ami avec un regard triste, bien que gardant son sourire.
-Tu as peur?  
-Je ne sais pas… Peut-être est ce autre chose que de la peur.
Saero poussa un soupir et mit ses mains derrière la tête en croisant les jambes, prenant une position décontractée.
-C'est bien dommage que Dally ne soit pas là, nous serions tous réunis…
Dally, Dally Nerimazu. Un de leur chers amis, un bérilien rencontré par hasard lors de leur folle fugue… D'abord peu agréable et brutal, il se révéla être un homme bon vivant, brave, et toujours prêt à aider autrui. Ensemble, ils formaient un trio inséparable.
-Jamais il n'approuverait nos actes, dit Téko en relevant la tête. Son expression neutre et son regard glacial s'opposaient à l'expression claire de l'homme en face de lui.
-Malheureusement tu as raison… C'est mieux ainsi.
D'ailleurs, changea t-il de sujet, quand mariera tu ta fille au comte Rosentia?
-Ce mariage me permettrait de rester proche avec le reste de sa famille et de les convaincre de nous joindre… Mais afin d'officialiser cela il faudra que je la marie avant la guerre, donc dans le mois qui suit.
-Les marier juste avant la guerre… Dit Saero avec une pointe d'inquiétude. Mais vu que Rosentia sera un des porte drapeaux de ton mouvement, il sera une cible. Ta fille risque de devenir veuve avant vingt ans.
-Elle est préparée au pire, et sait qu'il ne faut pas éprouver d'attachement.
-Pauvre fille… Elle n'a jamais connu l'amour, même pas l'amour simple d'un parent. Je prie pour qu'elle ne meurt pas avant.
Téko resta inexpressif. Oui, jamais il n'avait osé même la serrer dans ses bras, pas une fois. Il l'avait également éduquée à ignorer ses sentiments et à éviter les passions, il avait fait d'elle une fille loyale qui ne se détournerait jamais, au prix de son enfance et sans doute, de son bonheur. C'était cela qui attristait tant Saero, et il se retenait sans doute de dire qu'un tel traitement était injuste et monstrueux. Téko en était conscient, néanmoins…
-Cela est nécessaire, dit il brièvement. Le bien être de Félicia passe bien après mes objectifs.
-Je sais.
Les choses étaient ainsi. Téko devait se débarrasser du superflu et penser avant tout au résultats, sinon jamais il ne pourrait mener ses idéaux à bien. Ses futurs adversaires seraient eux aussi impitoyables, il le savait.
Laurence d'Haynailia, le neuvième Empereur… Présenté comme le nouvel Empereur Dieu, certains commençaient déjà à croire en lui avec une foi aveugle, et pour cause, il avait à ses côtés une autre divinité: Basileus, un dragon. La situation était pour le moins désastreuse… Il allait devoir utiliser toutes les cartes qu'il avait en main pour accomplir son objectif ultime; la fin du fanatisme envers l'Empereur et la fin de la domination de l'aristocratie… Telles étaient ses ambitions. Il n'était pas comme les autres nobles, il avait vu de ses yeux la misère lors de ses voyages, il avait vu de ses yeux des êtres affreux se prenant pour supérieurs alors que leur sang était tout aussi rouge que celui d'un esclave. Son rêve était de donner au peuple du pouvoir, de l'éducation, le droit de choisir son destin… Ces choses n'étaient pas possible tant que le culte Impérial était debout. Il aurait voulu d'une noblesse servant et guidant le peuple au lieu de s'en servir pour des raisons égoistes, mais vu que cette noblesse était impossible… Il fallait la détruire.
Oui, il était idéaliste, peut-être fou, mais il était prêt à tout sacrifier pour ce rêve, ce rêve que le Premier Empereur poursuivait également… Ce petit rêve naif d'avoir un monde meilleur. Si sa petite existence de mortel lui permettait d'aboutir à un Empire moins corrompu et plus juste, elle aurait été accomplie.


-Es tu confiant pour ton entretien avec l'assemblée Waien? Demanda Saero, l'interrompant dans sa pensée.
-Négocier avec Waien n'est pas spécialement évident… Car nous parlons ici d'une cinquantaines de personnes aux intérêts différents. C'est pour cela qu'il nous faut attendre que l'Empire leur déclare la guerre ouvertement… Se faire écraser par l'Empire n'est dans l'intérêt de personne chez eux, mis à part quelques impérialistes qui préfèreront rester bouche close, et ils ont beaucoup d'avantages à accepter mon accord. En plus des secrets d'état que je peux leur donner et de nos artefacts, mon alliance avec les Tigres de Raaze pourrait leur assurer une future influence grandissante dans l'Est de Scarrath.
-En gros, c'est du tout cuit?
-Non, les échecs sont envisageables, les certitudes n'existent dès qu'il s'agit de prévoir la décision d'un pouvoir politique… Nous parlons également d'un gouvernement plus instable que l'Empire. En cas d'échec nous devrons agir dans leur ombre et attaquer Laurence dans le dos avec nos propres moyens.
-Dans tout les cas, le Soleil Rouge est de retour,
fit l'homme aux cheveux bruns avec un sourire en coin.
Le Soleil Rouge. Ces mots ramenaient tant de souvenirs en eux.


Le carrosse s'arrêta enfin après un long voyage… Avant même que leur cocher ne leur annonce qu'ils avaient atteint leur destination, Saero ouvrit la porte et bondit dehors. Il se retourna ensuite vers Téko.
-Alors monsieur je ne souris jamais? Il serait temps de descendre.
Le comte soupira et lâcha un «Je sais» avant d'attraper sa lourde valise et de descendre avec. Ensembles, les deux anciens amis avancèrent.

-Je suis nostalgique tout d'un coup… Rit Saero.
-De même.


Chapitre I


-Nous y sommes presque.

Le petit groupe subissait une pluie torrentielle, leurs vêtements étaient trempés et la plupart d'entre eux frissonnaient à cause de la froideur de l'humidité. Pas un rayon de soleil ne transperçait les nuages et les grondement de tonnerre n'hésitaient pas à rugir. Ils en avaient assez, assez de subir tant d'épreuves, assez de devoir supporter la pluie, assez de devoir suivre ces guides vers une destination inconnue. La boue alourdissait leurs bottes usées par les voyages et leur seul désir à présent était d'être au chaud et en sécurité… Mais l'impatience de Téko était d'une toute autre nature. Contrairement à ses deux amis derrière lui, un objectif clair l'animait… Si il devait marcher ainsi pendant toute une journée encore, il l'accepterait volontiers.
L'un d'entre eux s'approcha de lui. Le bérilien avait un air soucieux, et de toute évidence il n'avait aucune confiance envers leurs deux guides.

-Tu es sur que ça vaut le coup de les suivre? Chuchota t-il à l'oreille de Téko.
-Non. Mais je veux le tenter… Tu ne m'en empêchera pas.
Le grand Bérilien appelé Dally soupira une fois de plus devant l'obstination de son ami…
-Laisse tomber, intervint Saero. De toute manière nous n'avons nulle part ou aller… Et tu sais bien que ce type ne renoncera pas.
Il avait parlé à voix haute, ignorant totalement l'intention de Dally de ne pas se faire entendre.
-Un problème? Fit l'un de leur guide.
-Dally ne vous fais pas confiance, ne faites pas attention, c'est son instinct chien de garde. Plaisanta Saero avant de recevoir un violent coup de coude du concerné dans le ventre, lui faisant lâcher un juron.
-On ne lui en veut pas vraiment, fit le guide en se retournant pendant que l'autre menait la marche, restant silencieux. Je veux dire, un type aux yeux blancs et un mage masqué…
Je suis toujours étonné que tu ai demandé à nous suivre… Téko c'est ça?

-Je veux juste la voir.
Silence.
-A ce propos, je pense que je devrais te dire quelque chose…
-Tu lui ressemble, coupa le second guide sans se retourner.
-Je sais,
dit Téko.

L'homme aux yeux blancs grinça des dents et chuchota quelque chose à l'oreille de son camarade qui lui avait coupé la parole, ne recevant pas de réponse, il grogna bruyamment presque comme un animal.
Ils marchèrent encore une heure ainsi, jusqu'à ce que leurs pieds quittent la boue pour trouver un chemin pavé. L'homme aux yeux blancs leur indiqua alors qu'ils n'étaient qu'à quelques minutes de leurs objectif.
Et en effet ils ne tardèrent pas à tomber sur une grande entrée taillée dans la roche, s'enfonçant profondément dans la montagne. Néanmoins cette entrée était bloquée par des barreaux en métal, dans l'orage, elle prenait tout de suite un aspect bien effrayant.
Ces barreaux s'enfoncèrent dans le sol pour libérer la voie dès que leur guides s'approchèrent
, ce phénomène tirait sa source d'un sortilège, les trois amis en étaient certains… Mais ils avaient assez vus ces deux personnages en action pour confirmer qu'ils étaient mages, et sans doute puissants.


Ce fut la première fois que Téko posa le pied dans la base du Soleil Rouge. A l'époque il ne savait pas ce que cette organisation signifiait, et avait suivit deux de ses membres sans doute par pur désespoir… Mais cette décision désespérée changea sa vie à tout jamais.

Avant cela, le jeune Dyra voyageait aux côtés Saero Adamas, son ami d'enfance, et de Dally Nerimazu, un bérilien qu'ils avaient rencontrés par hasard et les avait rejoint. Un trio inséparable de jeunes gens, qui s'étaient mis en tête de parcourir le monde. Dally et Saero espéraient trouver dans leur voyage quelque chose, mais ils ne savaient pas quoi…
Téko lui, savait.

Il se souvient encore parfaitement du jour ou Saero lui avait proposé de fuir la maison Adamas, ses raisons étaient multiples… Avec l'assassinat de son grand frère José Adamas, l'ambiance dans la famille était devenue infernale, les tensions endormies resurgissaient, chacun soupçonnait l'autre de comploter… Saero en était même venu à penser que l'extérieur était moins risqué, tant les conflits de sa maison pouvaient êtres graves. Si son désir de liberté était la vraie raison de sa décision, cette situation en était l'argument. Téko était le plus apte à comprendre tout cela, car il était plus un frère à ses yeux encore que ceux qui étaient nés de sa mère.
Téko accepta de le suivre sans hésiter, ce n'était pas une entreprise qu'il fallait accomplir seul. Il dit à son ami qu'il était prêt à le suivre même dans les flammes si il le fallait, son avis n'avait pas changé d'un pouce depuis… Mais le dernier survivant de la lignée des Dyra avait vu en cette fuite l'occasion d'accomplir un objectif, de toucher un espoir qui le hantait depuis la destruction de son chez lui.
Retrouver sa sœur jumelle, sa moitié, dont il avait été séparé… Il l'avait de prime pensée morte, comme ses parents, dans l'incendie, mais des espoirs venaient le narguer un par un. Le cadavre de Kazhaar n'avait jamais été retrouvé, et des rumeurs disaient qu'elle était encore en vie ici et là… Elles lui torturèrent tant l'esprit qu'un jour, Téko se surprit à penser que sa vie serait plus facile si il avait la preuve concrète de sa mort… Il eut honte de lui pendant longtemps pour avoir eu une pensée aussi cruelle.
Mais il voulait croire que sa sœur qu'il avait tant aimé était en vie, il voulait croire qu'il pourrait un jour la revoir. Sa souffrance venait de lui même uniquement, il s'était cru capable de tourner la page et d'effacer les traces de son passé… C'était une douce illusion. A chaque fois qu'il se couchait dans son lit et qu'il fermait les yeux, il ne voyait que sa maison et ses parents brûler, ainsi que le visage de sa sœur.


Quelques mois avant leur départ, il reçut des mots qui pénétrèrent son âme, qui le hantaient comme un spectre.
«Ta sœur est vivante.»
Ces mots venaient de l'assassin de ses parents en personne, retrouvé après des années de fuite pour être exécuté. Ces mots étaient une affirmation, comme si ce n'était pas cette fois une possibilité mais une certitude… Ils étaient dénués de tout doute, mais aussi de toute mesquinerie.
Téko voulut croire à ces mots.


Ainsi il partit avec l'objectif en tête de retrouver sa sœur. Bien qu'il ne dit rien à Saero, celui ci le devina immédiatement et l'aida dans ses recherches. Ils n'avaient que peu de repères, si ce n'est sa chevelure blanche qui était une caractéristique unique à la haute noblesse… Il n'était pas courant d'en croiser en pleine rue, surtout en temps de guerre. Téko et Saero étaient partis de leur foyer malgré le conflit d'Haynailia contre Waien, ils étaient jeunes et n'avaient peur de rien, mais ils affrontèrent très vite les conséquences de ce choix.
Leur piste les menaient vers le sud, et au fur et à mesure qu'ils descendaient vers Waien, les villes étaient plus chaotiques, moins sécurisées, et les routes encore plus dangereuses. Ils étaient plus inconscients que courageux de voyager dans ces milieux hostiles où en tant qu'héritiers importants, ils feraient office de parfaits otages à l'ennemi. Ils durent fuir face à des soldats, des feu de forêts, des bandits et d'autres dangers encore… Leur faible magie d'apprenti était alors leur seul moyen de défense dès qu'ils devaient faire face. Dès que Dally les rejoint après leur rencontre, il leur fut bien utile. Le bérilien était plus vieux qu'eux d'un an seulement, mais il avait le don d'être débrouillard, en tout cas bien mieux que les deux autres. C'était aussi un guerrier, et il put leur apprendre quelques bases pour se défendre.
Saero et Téko pensèrent maintes fois à retourner chez eux, mais il était trop tard pour ça. Très jeunes les deux nobles virent, même en tant que spectateur, l'horreur de la guerre et comment elle pouvait détruire des vies. Les trois amis purent survivre malgré cela tout en continuant leurs recherches.


Un jour, l'hiver arrivant, une pluie infâme s'abattit sur eux, ils trouvèrent donc un abri dans une grotte qui semblait avoir été habitée mais était vide de toute vie à présent. Ils ne prêtèrent guère attention à ce qui semblait être les restes d'un repaire de mage, ce qui faillit leur coûter la vie.
Alors que tout était calme, une créature enflammée apparut au beau milieu de la salle, elle était enragée et impossible à atteindre. La fuite non plus n'était pas envisageable car l'entrée était bloquée par un champ protecteur d'une magie bien au-delà du niveau de Téko et Saero. Bien qu'ils pensaient   finir carbonisés et terminer leur voyage de la manière malheureuse et inattendue, la créature fut aspirée par le sol, couvert de runes brillantes presque illisibles pour eux.

C'est là qu'ils rencontrèrent deux étranges personnages. Le plus grand était un homme aux longs cheveux roux et aux yeux totalement blancs, ce qui lui donnait un aspect inquiétant. Le deuxième avait le visage couvert d'un masque de fer forgé de manière à représenter un visage humain, et avait des cheveux blonds pâles. Après les avoir rassuré de cette expérience traumatisante, ils leur expliquèrent la situation… Ici était enfermé Aquila Grandis Ignis, une créature d'une puissance considérable; un phénix. Bien que le groupe n'avait vu qu'un déluge de flammes, la chose était bel et bien une de ces créatures légendaires. Elles était scellée ici, mais le sortilège qui la retenait était défectueux et il fallait le ranimer régulièrement, les deux voyageurs en cape étaient venus pour cette tâche, c'étaient eux même qui avaient mit le sortilège à l'entrée qui les empêchaient de sortir car il était à la base prévu pour retenir la bête si elle venait à se libérer. Ils se présentèrent ensuite sous leur noms, le grand roux se nommait Ydard et l'homme masqué Ynam. Ces derniers seraient sans doutes partis par la suite si ils n'avaient pas remarqué la chevelure blanche du jeune Dyra, et dès que Ynam apprit son nom, il prononça une phrase que Téko avait déjà entendu, une phrase qui était encore fraîche dans son esprit.

«Ta sœur est en vie.»

Immédiatement, son coeur bondit. Alors que ses deux amis se montraient sceptiques, il voulut en savoir plus. L'espoir renaissait, il était prêt à écouter n'importe qui.
L'homme au masque de fer lui expliqua qu'il savait clairement ou était sa sœur, et qu'il pouvait l'amener jusqu'à elle si il le voulait.
Et bien sur qu'il le voulait, la question ne se posait même pas. Revoir l'être qui lui était le plus cher était devenu la seule pensée concrète dans l'esprit de Téko, peu importe ce qu'il en coûtait ou comment elle pouvait avoir changé, il la reverrait
.

C'est ce désir qui le mena aux portes du Soleil Rouge. Mais Téko ne saura la nature du lieu que plus tard, car lorsqu'il descendait les escaliers du repaire de l'organisation, une seule personne l'intéressait. La première chose qu'il demanda à Ynam une fois descendu dans les couloirs fut de le mener à sa sœur, et il le fit sans discuter pendant que ses amis partaient avec Ydard pour visiter les alentours.
Téko suivit donc le mage, le coeur battant à toute allure. Ynam ne dit rien, et bien que son masque exprimait un visage d'homme, aucune émotion ne pouvait apparaître dessus… Ynam ne laissait rien transparaître alors qu'ils traversaient le couloir éclairé par des runes de lumière.
Il s'arrêta enfin devant une porte. A ce moment là il se tourna vers le jeune homme, mais les orbites  vides de son masque ne fixaient rien.

-Tu dois la chercher depuis longtemps…
Sa voix, normalement froide était pleine de compassion.
J'aimerais te conseiller, mais il n'y a rien à dire, tu dois voir par toi même.
Il toqua ensuite à la porte.
Tu as de la visite. Une très vieille connaissance.
Pas de réponse. Ynam lui dit brièvement d'entrer et repartit en silence, laissant Téko seul devant la porte.

Dès qu'il approcha sa main de la poignée de bronze, il réalisa qu'elle trembla un instant. Il pouvait entendre son coeur tambouriner dans sa poitrine, et au fond de lui il avait peur. Et si malgré tout, ses espoirs n'étaient bel et bien qu'illusions? Et si derrière cette porte ne se trouvait pas ce qu'il attendait? Que ferait-il alors?
Mais Téko se ressaisit. Il ne faisait que se poser les mêmes questions depuis longtemps… Il devait ouvrir cette porte, maintenant, sinon son voyage n'aurait peut-être servit à rien.
Il était prêt à endurer toutes les épreuves et à courir tout les risques, sa main continua et tourna la poignée métallique pour ouvrir cette porte de bois.


L'intérieur était sombre, aucune lumière ni aucune fenêtre n'était là pour l'éclairer, elle était probablement dans le noir total avant qu'il n'ouvre.
Grâce à la faible lumière bleutée de l'extérieur il put la voir, une jeune fille menue recroquevillée dans les coins des murs comme une enfant abandonnée.
Elle releva la tête doucement, elle avait un air triste et perdu… Immédiatement, elle se transforma en une expression de surprise. Bouche bée, les yeux écarquillés, elle hésitait à croire ce qu'elle voyait. Ils se regardèrent de longues secondes et Téko ne réalisa pas que son visage à ce moment était similaire.
La jeune fille se redressa sur ses pieds, tremblante, avant de courir vers lui pour se jeter dans ses bras. Il n'y avait pas de doute, elle était bien réelle et il la tenait fermement comme si il avait peur qu'elle disparaisse. Ses longs cheveux blancs comme la neige n'avaient pas une seule trace d'impureté, ils semblaient luire dans l'obscurité. Sa peau était d'une pâleur blanche également, et elle n'était pas grande… C'était comme si elle n'avait prit que quelques années de plus depuis leur séparation. Elle avait l'air si fragile, cette fille blanche qu'il tenait dans ses bras. Avait-elle attendue tout ce temps, souffert plus qu'il ne l'avait? Il frissonnait à l'idée des épreuves que cette fille semblant si vulnérable avait put subir, mais malgré cela elle était si belle et aucune trace de blessure n'apparaissait sur sa peau.
Elle plaqua son visage couverts de larmes de joie contre le torse de son frère, et Téko pleurait également… Mais aucun des deux jumeaux ne prononçait un mot, ils n'osaient pas en dire, ou plutôt, ne les jugeaient pas nécessaires. Les douze premières années de leur vie, ils les avaient toujours vécues ensembles, être séparé était… Comme perdre la moitié de soi même.
A présent il l'avait retrouvée! Et il était libéré de cette angoisse affreuse qui l'habitait…

-Je savais… Je savais que tu me retrouverais, murmura t-elle en resserrant son étreinte. Il ne pouvait s'empêcher de se demander encore quelles épreuves avait dû endurer sa sœur, mais il savait déjà combien leur séparation avait pu être douloureuse.
Elle le lâcha et s'essuya les yeux, avant de regarder le visage de son frère et rire. Elle passa sa main blanche sur les paupières de Téko, un sourire amusé aux lèvres.
-Tu as grandis, mais tu n'as pas changé.
-Je sais.
Soupira t-il. Et toi tu es toujours aussi mesquine.
-Je ne pourrais jamais m'en empêcher.
Elle aussi était toujours la même…
C'était la meilleure situation imaginable, ils étaient tout deux réunis et surtout, tout deux en vie, en vie malgré ce qu'ils avaient affrontés.
Ils avaient à présent tant de choses à se dire, et Téko voulut savoir comment était-elle arrivée jusqu'ici. Elle expliqua alors qu'elle n'était qu'une vagabonde avant de rencontrer un grand homme nommé Helio. Par compassion envers elle et son histoire, il la fit rejoindre le groupuscule qu'était le Soleil Rouge. C'était un groupe sans prétentions ni objectif clair, qui ne comptait que six personnes, dont Kazhaar. Ils se servaient d'une ancienne ruine aménagée pour repaire, dans une région assez reculée de la civilisation et surtout de la guerre. Helio n'avait qu'une seule volonté, que tout le monde ici marche ensemble comme une famille et se serre les coudes… Ils étaient tous particuliers ici, à leur façon.

Cessant de parler, Kazhaar prit alors Téko par la main, un grand sourire au lèvres.
-Suis moi, je vais te faire visiter les lieux!
Son sourire lui faisait chaud au coeur, lui qui souriait bien peu depuis la tragédie… Néanmoins, quelque chose était différent chez Kazhaar, ses yeux n'étaient pas comme les siens…
Ils étaient dorés, deux éclats jaunes qui semblaient luire.
Téko ne l'avait pourtant pas fait remarquer… Ou plutôt, il tâchait de l'ignorer.
C'était sans doute ce qu'il fallait faire.


Tout en lui montrant les différents coins du repaire creusé dans la roche, Kazhaar lui parla des cinq autres membres du soleil rouge, en commençant par ceux qui l'avait emmené ici.
Ydard, le grand roux aux yeux blancs était un guerrier cynique, elle ne l'aimait pas trop et cela semblait réciproque. Elle le décrivit comme un homme antipathique mais droit.
Ynam, l'étrange masqué était un mage de talent qui lui était sympathique et qu'elle fréquentait souvent, Téko pensa que c'était pour apprendre à ses côtés, elle avait toujours désiré devenir mage dès qu'ils étaient enfants.
Ensuite, il y avait la fille adoptive d'Helio, c'était une escrimeuse d'immense talent à peine plus vieille qu'eux, qui avait la particularité d'avoir une chevelure étrangement bleue. Elle aspirait à devenir comme son père, ce que Kazhaar approuvait.
Rasoul était un vieux chaman qui paraissait venir des jungles Scarrath, c'était un homme très étrange habillé primitivement, allant le visage couvert de grands masques et marmonnant tout seul des mots d'une langue inconnue… Néanmoins, elle souligna qu'il était très intelligent et avait une parfaite connaissance de la civilisation.
Enfin, Helio était le chef de leur groupe… Elle le décrit comme un homme de pure bonté dont la sagesse était immense. Il traitait Kazhaar comme son propre enfant et jamais elle ne pourrait lui en être assez reconnaissant. Ainsi, elle n'était pas resté seule et avait bénéficié d'une protection. Cela rassura Téko… Même si elle ne dit rien de ce qu'il s'était passé entre l'incident et le soleil rouge.


En milieu du chemin, Téko se dit qu'il oubliait un instant ses camarades. Il devrait présenter sa sœur à ceux qui l'avaient accompagné et qu'il considérait comme ses seuls amis. Kazie, comme il continuait à l'appeler affectueusement, n'y voyait aucun problème et accepta en souriant...   C'était vraiment un sourire innocent d'enfant.
Il retourna donc voir Saero et Dally, qui étaient avec Ydard dans une des salles. Il leur montrait quelque chose, mais ça ne semblait guère avoir d'importance. En voyant Kazie, il tira une mine contrariée un court moment avant de la fixer, arborant un sourire provocateur. Mais ce regard avait aussi quelque chose de menaçant, d'agressif, la tension entre lui et Kazie était palpable. Elle lui jeta un regard noir et il quitta la salle sans dire un mot. Elle avait beau dire apprécier les autres membres de son groupe, il était facile de voir que ces deux là ne se supportaient pas.
Téko tâcha d'ignorer cela et présenta sa jumelle à ses amis. Il connaissaient déjà l'histoire de leur famille et il leur avait beaucoup parlé de son passé… Ils étaient eux aussi curieux de rencontrer cette fille. Dally s'avança le premier et se présenta comme il convenait

-Jamais je ne pensais te rencontrer un jour, dit le grand bérilien en souriant. C'est amusant, tu as vraiment l'air de sa petite sœur à côté de lui.
Il rit, et sa remarque la fit heureusement rire aussi… C'est vrai, il faisait une tête de plus qu'elle, ça n'avait pas toujours été le cas.
-Savais tu que je le surnomme souvent «Grand frère»? Un jour il a prétendu être né juste avant moi… Depuis je l'appelle ainsi pour le provoquer. J'ai toujours été la plus mature d'esprit et il le sait.
Sa vraie personnalité moqueuse et arrogante ressurgissait, faisant rire de plus belle Dally. Cet homme, malgré son apparence imposante, était une des personnes les plus sympathiques et facile à vivre que Téko avait put rencontrer dans sa vie, il était certain qu'il pouvait s'entendre avec elle, il ne fallait pas s'en soucier.
-Kazie, si nous commençons à nous moquer de ce que nous étions enfants, nous n'en finirons pas…
-Désolée Grand frère!
Dit elle avec une voix faussement désolée.
Le grand bérilien sourit encore. Oui, il ne fallait pas se soucier de son cas…
L'autre en revanche…
Saero s'avança d'un pas hésitant, il regardait Kazhaar avec de la méfiance et une certaine froideur.

-Mon nom est Saero Adamas. Fit il brièvement en la dévisageant, comme si quelque chose clochait. Il était tendu.
-Ca ne va pas? Demanda Téko.
-Ce n'est rien.

Téko aurait du comprendre sa réaction, mais il ne pouvait pas. Pas parce qu'il était ignorant non, il était peut-être le plus malin des trois qui plus est… Mais qui pouvait lui reprocher malgré cela de refuser de se douter de quelque chose?
Après une courte conversation rendue glacée par le jeune Adamas, Kazie continua de montrer les lieux à son jumeau. Leur repaire, vu de l'intérieur, était bien plus grand qu'il n'y paraissait.
Taillé dans la pierre de la montagne depuis des siècles, il contenait diverses chambres, des lieux dédiés à la pratique de la magie, des bibliothèques, etc. Certains lieux néanmoins étaient interdits d'accès et elle ne voulait pas aller dans d'autres, le temps rendait la perspective d'aller à l'extérieur déplaisante également. Des endroits lui restèrent donc inconnus pour aujourd'hui… Il n'avait pas d'ailleurs pas vu d'autres membres du soleil rouge.

-J'aimerais beaucoup rencontrer Helio, tu en parle comme un saint.
-C'est l'impression qu'il donne, il faut le dire… Quand je lui ai demandé de l'aide il n'a pas cherché à savoir qui j'étais et m'a ramenée ici. Peut-être serais-je morte si il n'avait pas été là.
Son sourire était plein de reconnaissance. Lui aussi était reconnaissant, sans ce geste il ne l'aurait pas retrouvée.
Sa sœur, blanche comme un fantôme, avançait d'un pas léger… Elle ne semblait ne rien peser. Pendant l'espace d'un instant il la pensa comme une fée des neiges… Oui, il y avait en elle quelque chose de surnaturel, mais l'impression de fragilité qu'elle dégageait animait en lui l'envie de la protéger. Il l'avait retrouvée, il était hors de question qu'il la perde comme lors de cette nuit.
Quoiqu'il en coûte il la protégerait.
Il avait vu tant de gens mourir lors de cette guerre, tant de sang… Il était spectateur, impuissant, incapable de sauver quoi que ce soit, qui que ce soit, il ne pouvait que fuir pour ne pas être prit dans la tempête du feu et des hommes, comme il l'avait fait ce fameux jour… Mais il refusait d'être à nouveau incapable de la sauver elle.

Il repensa alors qu'elle ne lui avait pas dit si elle avait souffert… Il pouvait l'imaginer certes, mais la peur l'habitait… La peur qu'elle avait souffert encore plus qu'il ne pouvait lui seul l'imaginer. Il ne voulait bien sur pas vraiment le savoir, c'était un secret lourd et il en était conscient. Peut-être aussi ne voudrait-elle pas répondre, peut-être qu'il briserait ce moment précieux en lui demandant cela. Mais il devait savoir, car il était déterminé à la protéger et partager ses malheurs, il devait savoir.
-Kazie… Que s'est il passé après l'attaque? Ou est tu allée?
Il la regardait de dos, son dos qui était entièrement recouvert par sa grande chevelure. Elle joignit ses deux mains derrière elle et se retourna vers Téko… Elle lui jeta un sourire triste.
-Il est trop tôt Téko… Il est trop tôt.
Il s'attendait à un refus, mais il aurait aimé qu'elle lui réponde… Car sa réaction montrait à Téko qu'elle cachait quelque chose de terrible. Et il n'y avait rien de pire que de savoir que c'était terrible et de ne pourtant pas savoir ce que c'était.
Il se tut pour ne pas qu'elle le lui lance à nouveau ce regard, un regard doux mais qui lui était douloureux. Il lui semblait que c'était ce regard qu'elle lui avait fait en mourant à sa place dans le monde de flammes.

-Tu es vraiment fou Téko, dit elle tout d'un coup, faisant de prime apparaître l'incompréhension sur le visage de son frère.
Combien de cadavres, combien d'hivers as tu vu pour arriver jusqu'ici? Tout ça pour moi… C'est la guerre dehors, même ici, le fer et le feu sont sur les routes…
Elle l'approcha jusqu'à être juste en face de Téko, sa voix cristalline résonnant dans le couloir. Elle posa une main blanche sur sa joue en portant un sourire compatissant.
Depuis combien de temps tu me cherche tu?
-Cela fait deux ans que j'ai fuis la maison des Adamas
-Tu es fou.

En riant elle s'agrippa à son bras, collant sa tête contre son épaule.
Tu es aussi fou que moi, c'est pour cela que je savais qu'un jour tu viendrais!
Il ne pouvait pas la contredire. Abandonner un foyer et une protection pour traverser des terres ravagées par la guerre semblait insensé pour quelqu'un de sa lignée, qui pouvait éviter tout ces soucis… Mais cela ne l'intéressait plus,   il ne voulait plus devenir comte, plus depuis qu'il avait parlé à cet homme... La retrouver était bien plus important.

-J'ai aussi une question pour toi… Reprit elle. Tu n'es bien sur pas obligé de répondre. Il y a longtemps quand nous étions enfants, je t'ai déjà posé cette question.
Elle laissa de nouveau échapper un petit rire et prit une grande inspiration, ses lèvres articulèrent alors délicatement ces mots.

M'aimes tu, Téko?


Choc.
Il avait l'impression que quelque chose tombait et se fracassait sur le sol à ce moment là, car il n'était pas naif. Il comprenait parfaitement ce qu'elle lui demandait, il avait comprit de suite ce qu'elle voulait dire et cela lui faisait peur.
Que répondre? Un fait ne changerait pas, c'était sa sœur, sa jumelle né du même père et de la même mère, arrivée dans ce monde le même jour que lui. La réponse qu'il avait donné par le passé était celle d'un enfant innocent et naif.
Mais il y avait d'autres faits qu'il ne pouvait nier. Le fait qu'en ce moment il était capable de donner sa vie pour elle, le fait qu'il la trouvait et l'avait toujours trouvée magnifique, le qu'en ce moment son coeur battait à tout allure.
Il avait envie de répondre ce qu'elle attendait sûrement mais son bon sens l'en empêchait… Il était de toute manière trop troublé pour donner une réponse claire… Cette phrase était comme une déclaration de la part de Kazie, et cette dernière était amusée par la réaction de son frère.

-Dans ce cas, je vais t'aider à répondre.
Et elle mit ses deux mains sur les joues de Téko pour l'embrasser sur ses lèvres, le temps se figea et il eut l'impression de tomber d'une hauteur plus grande encore.
-Je m'en vais me coucher… Bonne nuit!

Légère comme une fleur elle s'en alla presque en dansant, semblant venir d'un rêve.
Téko était paralysé, confus. Trop de choses se bousculaient dans sa tête… Il se ressaisit avant de penser ce qu'il ne devait pas penser… Il perdait trop rapidement son sang froid, et ce n'était pas à son habitude.


-Elle s'est échappée…
Surprit par la voix derrière lui, il fit volte face. Dans son dos se trouvait l'homme dénommé Ydard, bras croisés et faisant une moue agacée.
Dire que je suis supposé la surveiller...Tes amis m'ont distrait, mais je la laisserait partir pour cette nuit.
-La surveiller? Pourquoi?

Ydard le regarda un moment d'air perplexe, puis tout d'un coup sourit en écarquillant les yeux, il semblait ravit.
-Alors tu ne sais pas? Non, c'est évident, sinon tu ne serais pas aussi calme… Elle n'a pas put te le dire.
-Me dire quoi?
Fit Téko, paniquant un peu mais tentant de rester calme.
-Veux tu vraiment que je te le dise?
Téko comprit alors que Ydard n'attendait qu'une occasion de lui dire la vérité avec un plaisir malsain, il savait que cette vérité lui serait douloureuse… Il était tel un lion prêt à se jeter sur sa proie. Téko devait savoir ce qu'elle lui cachait oui, mais pas par la voix de cet homme, son air arrogant et son regard le mettait mal à l'aise et commençait à sérieusement l'irriter.
-Alors?
-Ce n'est pas la peine… Je le découvrirais par moi même.
-Comme tu veux,
dit il en haussant les épaules avant de retourner sur ses pas, néanmoins il s'arrêta à mi chemin.
Au fait, j'ai tout vu.
-Et?
Répondit froidement Téko. Il aurait réagit tout autrement si ça avait été quelqu'un d'autre, mais Ydard l'agaçait… Il refusait de perdre la face.
-Rien du tout, de toute manière ça ne me concerne pas.
Silence.
Oh, tu devrais me suivre, je doute que tu puisse t'y retrouver tout seul. Je vais te conduire aux deux autres.


Dernière édition par DALOKA le Mar 6 Sep - 23:56, édité 3 fois
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Re: Le Soleil Rouge

Message par DALOKA le Dim 1 Fév - 23:29

Chapitre II


La jeune fille blanche se tenait là, debout, les yeux rivés vers le ciel. Enfin, la pluie s'était arrêtée… Les nuages étaient eux toujours là, masquant les étoiles et la lune… Mais cela cesserait demain, et n'était pas important pour elle.
Aujourd'hui, une étoile filante lui était apparut. C'était comme dans un rêve ! Un rêve qu'elle s'apprêtait pourtant à abandonner… Même si elle savait très bien qu'elle n'aurait jamais put trouver la force de le faire… Tout comme lui ne l'aurait pas eue.
Elle était entre le rire et les larmes dès qu'elle repensait que demain, après demain, après l'après demain encore, elle pourrait voir son visage, elle pourrait entendre sa voix, elle pourrait se jeter dans ses bras ! C'était comme si, après toutes ces souffrances, le destin lui offrait enfin sa compensation… Peut être ses malheurs furent le prix à payer pour toute cette joie.

Des pas se firent entendre depuis l'escalier qui menait à l'extérieur, qu'elle avait elle même emprunté. Aussitôt Kazhaar fut sur ses gardes, s'attendant à voir surgir Ydard qui lui commanderait de rester à l'intérieur… Mais si elle décidait de s'enfuir elle pourrait aisément lui échapper sur ce terrain.
Néanmoins ce ne fut pas lui qui se montra mais l'autre, Ynam, l'homme masqué. Elle se détendit alors car sa présence lui était agréable, et elle avait plusieurs choses à lui dire.

-Je suppose que tu n'es pas venu pour m'empêcher de sortir ? Demanda t-elle, dans le doute.
-Non. Je fermerais les yeux. Ydard a de toute manière visiblement décidé de te laisser partir, et ce n'est pas ma responsabilité mais la sienne.
Ynam, elle le savait bien, malgré son apparence atypique était un homme sincère et bien intentionné. Il l'avait soutenue dès qu'elle était arrivée… Ses crises étaient terribles, à l'époque, il était difficile de la calmer. Elle se souvint clairement du désespoir qui l'habitait, et que la bonté d'Ynam et d'Helio avait su contenir.
-C'est toi qui l'a retrouvé n'est ce pas ? Dit-elle en pensant à son frère. L'autre n'émit pas de réponse, mais elle n'en avait pas vraiment besoin.
… Merci.
-Tu me remerciera plus tard.
-… Tu compte continuer ?
Fit elle, inquiète. C'est peine perdue tu sais, je ne peux pas être sauvée…
Il répondit encore par un silence… Il serait sans doute impossible de lui faire changer d'avis. Il était froid, s'exprimait peu, mais il avait le même défaut qu'Helio : ils étaient trop bons… Sans doute trop pour leur propre bien. Téko était ainsi par le passé… Avait il lui, conservé cette gentillesse en grandissant ? Sans doute.
-Que tiens tu dans ta main ? Dit Ynam en indiquant l'objet qu'elle avait dans sa main droite.
-Oh… Ça.
Elle montra l'objet et il le reconnu immédiatement.
-Que va tu en faire ?
-Je vais la jeter bien sur… Je n'en ai plus besoin maintenant, et imagine si Téko tombait dessus ? Il me prendrait pour une folle !
S'exclama t-elle, riante et claire.
Dans sa main se trouvait une peluche, cousue, faite entièrement par elle même… C'était celle qu'elle serait dans ses bras ces dernières années pour éteindre dans ses rêves la peur et les flammes du passé, ainsi que la puanteur du sang. Le personnage fut construit à partir des souvenirs qu'elle avait de lui, ce n'en était qu'une peluche grossière, mais cela suffisait pour qu'elle ne tremble plus.
A présent qu'il était vraiment là en chair et en os, elle n'avait nullement besoin de cette poupée.

-Moi et lui ne seront plus jamais séparés… Et c'est grâce à vous que nous avons put nous retrouver, encore merci.
Elle s'approcha du bord menant au vide, ils étaient plutôt hauts sur la montagne, personne ne pourrait survivre à une telle chute… Elle en revanche…
-A demain ! Dit Kazhaar  avec un grand sourire en saluant Ynam de la main, avant de sauter.
-A demain.

                                                         
Téko entra dans la chambre. Éclairée par des bougies et munie de quatre lits, elle n'était pas très grande mais il n'y avait pas vraiment de raison de s'en plaindre. Il vit Dally allongé sur son lit, se reposant probablement du voyage, ce que lui même songeait à faire rapidement sentant son corps lourd de fatigue. Saero était lui assit en tailleur sur le sol, s'adonnant à son exercice magique quotidien… Un peu particulier néanmoins. Depuis tout jeune, il a toujours une passion pour la création des statues de glace, et il faisait usage de sa magie pour leur donner des formes bien difficiles à faire à la main. Ses parents considéraient que c'était gâcher son talent, néanmoins ses créations étaient définitivement la preuve qu'il était un véritable prodige : en plus de former la glace avec une grande précision, elle était solide et ne fondait que difficilement. Qui plus est, il fallait reconnaître son talent artistique… L'élégance des formes associée à la pureté de la glace étaient un délice pour les yeux. Saero était passionné par la beauté féminine et la beauté florale, elles étaient les principaux thèmes qu'il évoquait dans son art, c'étaient en ce monde les choses qui qualifiaient le mieux sa notion de beau. C'était un jeune homme plein de talents, en tout cas bien plus que Téko qui, il devait l'admettre, le jalousait un peu…

-Qu'es tu en train de nous faire là ? Dit Téko avec curiosité en s'approchant de Saero, qui faisait circuler une lumière bleutée entre ses mains.
-J'essaye de reproduire un visage… Mais je ne suis pas satisfait de mes résultats, il faut que je la revoie…
-Revoir qui ?
Demanda t-il, Saero n'ayant vu à sa connaissance aucune autre femme que sa sœur aujourd'hui…
-Après que tu nous aies quitté, il a eu un « coup de foudre », encore... Dit Dally en ouvrant un oeil, sarcastique. Saero ignora ce commentaire, il avait acquis une petite réputation de coureur de jupons.
-Tu aurais du voir ça Téko ! S'exclama l'Adamas, manquant de bondir. Elle est partie avant que je puisse la saluer, mais je ferais bien une statue entière à son image si elle le voulait !  Elle alliait un doux visage à une allure forte, et avait, tu ne devinera jamais… Des cheveux bleus !
-Calme toi donc…
Rit Téko. Tu n'en ferais pas un peu trop ?
-Et si je puis me permettre… Ajouta Dally. Des cheveux bleus me semblent plus effrayants qu'attrayants…
-Vous n'y connaissez rien en femmes de toute façon… Je ne vois même pas pourquoi je vous en parle ! Fit il, légèrement vexé.
-Allons, tu n'as sûrement pas tort si tu dis qu'elle est belle. Dit Téko pour calmer le jeu. C'est que je ne l'ai jamais vue moi…
Il se souvint alors qu'il savait cependant qui était cette personne, grâce à sa sœur.
-Néanmoins je sais qu'elle s'appelle Nelzia, Kazie m'en a parlé.
-Nelzia, Nelzia… Nom original mais doux à mes oreilles !
-C'est aussi, il me semble, la fille adoptive du maître des lieux.
La remarque interrompit Saero  dans son élan, et un instant il se mit à réfléchir… Mais brièvement.
-Qu'importe ! S'il il s'interpose, je l'enlèverais et la prendrais avec moi.
-Sur ton cheval blanc ?
Lâcha Dally pour le moquer encore.
-Cesse de détruire mes fantaisies, veux tu ?
Ils rirent tout deux aux éclats et cela fit sourire Téko, heureux de voir que pour une fois, aujourd'hui tout se passait bien… Mais une fois les rires retombés, Saero se rappela de quelque chose et prit un air légèrement plus sérieux.
-Tout s'est bien passé avec ta sœur ?
-Bien sur, pourquoi ce ne serait pas le cas ?
-Pour rien… Elle me dérange un peu, je crois que je ne l'aime simplement pas trop.
-Vraiment ? Tu lui a peine parlé pourtant.
-Oui, excuse moi… Avec le voyage, même moi je deviens un peu plus soucieux. C'est sans doute sans importance.
-Tu devrais dormir,
recommanda Dally. Je veux dire, dormir au lieu de passer une nuit blanche sur ton truc… Au fait Téko, de quoi avez vous parlé avec ta sœur ?
-Oh… Du passé, des gens d'ici…
Commença Téko avant de se souvenir qu'il y avait un détail qu'il fallait mieux taire. Et puis, ça ne vous regarde pas.
-D'accord, je n'insisterais pas. On a tous nos secrets.

Après cette conversation, Téko décida de rester ici un moment, une ou deux semaines peut-être. Dally n'y voyait aucune objection et Saero voulait en savoir plus sur cette femme qui avait animé ses yeux, il approuva donc sa décision. Ainsi les trois amis resteraient ensembles ici et dès demain, tenteraient de faire connaissance avec le reste des résidents. Téko était très curieux de rencontrer l'homme nommé Hélio, les paroles de Kazie émanaient d'une admiration pareille à celle que l'on voue aux héros ou aux prophètes… A cause des romans de son enfance qui débordaient de ces figures, il ne pouvait s'empêcher d'adorer les héros et de vouloir devenir comme eux bien qu'il savait cela impossible. Il respectait infiniment ces hommes qui triomphaient de leur ennemi tout en suivant leurs valeurs et leurs idéaux… Ces derniers montraient à tous un idéal de conduite.
Il avait hâte d'être le lendemain pour rencontrer cet homme, les autres, et surtout retrouver sa sœur… Tout d'un coup alors qu'il se couchait, il ressentit ses yeux humides de joie encore une fois à l'idée qu'elle était bien vivante, et qu'il pourrait la voir !… Ce soir, enfin, il ne rêverait pas des flammes.

Le lendemain de bonne heure, Ydard vint les réveiller. Dès qu'ils demandèrent pourquoi venir les chercher si tôt, il expliqua qu'il fallait si ils comptaient rester ici, rencontrer le maître des lieux en personne et obtenir son approbation.

-Seul lui peut décider de votre acceptation ici, et je ne crois pas qu'il soit au courant de votre présence.
-Et toi, qu'en pense tu ?
Demanda Dally, levé, en s'étirant. Tu pense que nous pouvons rester ici ?
Il soupira un moment en fermant les yeux. Dès qu'il les rouvrit, il regarda les trois amis, s'arrêtant particulièrement sur Téko qui sentit son regard lourd sur lui.
-Sans doute… Mais… Vous pourriez vouloir nous rejoindre plus tard, et je m'y opposerais.
-Et pourquoi t'y opposerais tu ?
Lança Téko. Simple curiosité.
-Ça ne sert à rien que je vous le dise, vous ne pourriez comprendre, répondit il avec un sourire en coin. De toute manière, si vous plaisez à Helio, je ne pourrais rien changer quoique je dise…
Ceci mis à part, pouvons nous avancer ?

Ils continuèrent donc leur marche dans les couloirs de pierre en silence. Téko ne fit pas d'autres commentaires aux paroles d'Ydard mais ne pouvait s'empêcher de soupçonner un lien avec ce qu'il avait voulu dire hier… Cela pouvait tout aussi bien être autre chose, dans la mesure ou ses amis aussi semblaient concernés. Parler à Helio pourrait certainement les éclairer sur cela… Mais il était très clair pour lui que, si il ne pouvait partir avec sa sœur, il ne partirait pas… Avoir fait tout ça, pour la quitter à nouveau? Téko ne pourrait jamais l'accepter. Non seulement il avait cherché pendant deux ans, mais il avait aussi emmené ses amis dans cette folie… Qu'importe les raisons d'Ydard, ses choix étaient déjà clairs.

Tout à coup, une voix rocailleuse retentit, une voix de vieillard mais puissante.
-Dépêche toi ! Il nous en reste encore sept !
-Oui, oui…
Répondit une voix féminine avec lassitude.
Il y avait une intersection devant eux, et du côté ouest sortit une jeune femme. Ses étranges cheveux bleus ciel déclamaient immédiatement son identité, et Téko reconnu en effet que cette femme était doté d'une grande beauté. L'étrangeté de la chevelure de Nelzia, nouée derrière sa nuque, était séduisante et les traits de son visage étaient d'une grande douceur. Même si elle ne portait que des habits simples d'homme, Téko pouvait comprendre la fascination de Saero à son égard. Elle portait dans ses bras une large caisse de bois qui semblait assez lourde.

-Bonjour messire Ydard. Salua t-elle poliment son aîné avant de diriger son regard vers les trois inconnu. Qui êtes vous ? C'est peu courant de recevoir des visiteurs.
-Juste des voyageurs qui ont faillit faire une chaude rencontre avec le phenix sur la sortie d'Herberouge, dit Ydard avec son habituel ton moqueur.
-Bons dieux ! S'exclama Nelzia, choquée. Je vous avais dit que cela arriverait un jour…
-Leur imprudence seule est à accuser.
-Passons. Quels sont vos noms messieurs ?

Saero avança le premier sans hésiter, saisissant l'occasion de faire bonne impression devant la demoiselle. Il prit alors son allure la plus fringante et son ton le plus charmant.
-Ma chère, je…
-Nelzia !
Interrompit la voix rauque, venant de l'est et retentissant dans tout le couloir. Tout doit être fait avant midi, hâte toi !
-Excusez moi, nous nous présenterons plus tard! Il n'est pas bon de fâcher l'ancien… Dit elle rapidement avant de s'éclipser tout aussi vite pour accomplir sa tâche. Saero fut frappé de silence et de déception, lui qui était prêt à la charmer ! Ses deux amis souriaient silencieusement, l'un d'entre eux se retenait de rire.
-… C'est un coup du sort, j'aurais d'autres occasions ! Répliqua t-il, tentant de cacher sa gêne.
-Crois moi, ce n'est pas avec des fleurs et des belles paroles que tu auras Nelzia… Fit Ydard. Tu t'emporte trop mon petit. Elle est belle et a l'âme aussi bonne que celle de son père, mais cette âme est aussi celle d'un chevalier… Dans ce genre du couple, tu serais la princesse !
Il éclata alors de rire, bien entendu le concerné ne le prit pas spécialement bien et râla un juron inaudible.
-Chevalier, hein ? Commença Dally pour détourner la conversation, et ne pas rire plus. Je croiserais bien un jour le fer amicalement avec elle dans ce cas, histoire de comparer nos compétences. Vous devez bien savoir que les gens de mon pays vivent par la lame.
-A tes risques et périls, répondit le roux en haussant les épaules. Ce pays a rarement connu une jeune fine lame si habile.
Le bérilien, à force de voyages, et en fréquentant deux étrangers pendant plus d'un an, avait remit en question beaucoup de choses que sa famille lui avait apprise, mais il restait un guerrier et le futur héritier de son clan, il ne manquait pas une occasion de prouver aux autres et surtout à lui même l'étendue de sa force. Chez lui, de nombreuses personnes comptaient sur lui et lui avaient confié l'arme totem du clan, il ne pouvait pas les décevoir : son épopée devait lui faire gagner force et sagesse. Il avait toujours autant de mal à accepter la magie, qui le dérangeait et était partout dans cette caverne, mais si il pouvait par ce détour en sortir grandi… Il n'y avait pas à hésiter.

-Nous y sommes, annonça Ydard en s'arrêtant devant une large porte de bois. Helio vient tout les matins se ressourcer dans ce jardin, il y est sûrement.

Ydard poussa la porte de bois et le groupe entra dans le fameux jardin d'Helio. Immédiatement leurs pieds se posèrent sur de l'herbe humide, rafraîchie par la rosée du matin et la récente pluie. Ce grand jardin était dans ce qui semblait être un trou, un cratère dans la montagne, et le ciel y était seul plafond au dessus des arbres. Le bruit doux du ruissellement de l'eau vint à l'oreille du groupe et autours d'eux, ces arbres étaient feuillus malgré l'hiver approchant, végétation faite immortelle par la magie. Des fleurs de diverses couleurs, des plantes de tout lieux, se trouvaient ici et là. C'était un temple vert au milieu des roches, et un lieu qui inspirait la paix.

-C'est le vieux Rasoul qui a créé ce jardin il y a longtemps, avant que je ne vienne. Des sorts chamaniques sans doute, expliqua Ydard. Venez, il doit être plus loin.
Ils continuèrent dans le jardin féerique jusqu'à arriver à un petit lac. De l'eau cristalline s'y déversait depuis une cascade dans ce fin bruit d'eau qu'ils avaient entendus en entrant. Sur l'un des côté de ce lac se trouvait un grand homme, plongeant sa main dans le liquide froid et pur. Il entendit rapidement la présence des quatre hommes et leva le nez vers eux. Cet homme, dont les traits indiquaient logiquement une petite cinquantaine d'année, donnait pourtant l'impression de ne pas avoir d'âge. Il avait la jeunesse d'un enfant et la sagesse des siècles dans son regard azuré, ses cheveux couleur argent tombaient sur ses épaules ainsi que son dos, et malgré ses habits simples il dégageait une noblesse imposante, mais une aura rassurante. A l'image de cet endroit, sa présence même apaisait les cœurs, et sa figure digne amena aussitôt d'admiration dans l'esprit des trois jeunes gens.
-Eh bien Ydard, qu'apporte tu là ? Sourit l'homme en se levant.
-Trois jeunes voyageurs que j'ai rencontré avec Ynam, je voulais te demander si tu leur accorde un toit et une protection en ce lieu. L'extérieur est peu fréquentable en ce moment.
-Bien évidemment !
S'exclama t-il de sa voix claire comme de l'eau, avant de contourner le lac pour rejoindre le groupe. Vous pouvez rester en attendant que le conflit se déplace plus loin, et nous vous fournirons des vivres si vous en manquez…
Il stoppa sa phrase, alors intrigué par Téko, le dévisageant d'un air interrogé en grattant sa barbe courte.
-Jeune homme, quel est ton nom ?
-Téko Dyra, se présenta t-il avant de dire en souriant ; Je suis le frère de Kazhaar.
-Bon sang Ydard, pourquoi ne me l'as tu pas dit plus tôt ! Fit il en riant, le visage empli de joie. Si j'aurais cru cela possible… Cela change alors tout ! Toi et tes amis vous pouvez rester aussi longtemps que vous le voulez. Et vous deux, quels sont vos noms ?
-Je suis Saero Adamas, heureux de vous rencontrer monsieur,
dit il avec la plus grande des politesse, ce qui amusait son interlocuteur.
-Et moi Dally Nerimazu, enchanté également! Fit le bérilien en osant avancer une main pour une poigne amicale, l'homme y répondit avec plaisir.
-Adamas, Nerimazu et Dyra… Vous portez tous de grands noms, et vous voyagez ensembles ? S'étonna t-il. Le destin a du vous réunir.
Quand à moi, on a déjà du vous le dire mais je m'appelle Helio.
-Ma soeur m'a dit beaucoup de bien de vous.
-Oh je vous en prie, les gens m'idéalisent trop souvent, c'est insupportable…
S'agaça Helio. Vous avez l'âge de ma fille et même si vous êtes grands vous restez des enfants pour moi ! Je me sens responsable vis à vis de vous, c'est normal que je prenne soin d'elle… Enfin, l'important c'est que tu sois là… J'ai encore du mal à y croire, je suis si heureux pour vous !
Téko était impressionné par la simple présence de cet homme. Sa taille imposante et la musculature visible de ses bras donnaient une idée de sa force, il dégageait une impression de puissance qui inspirait le respect… Et pourtant en plus de cela, il semblait être la bonté incarnée. Jamais une trace d'agressivité n'était dans sa voix ou dans ses gestes. Helio poussait à l'admiration par sa simple présence, et Téko se doutait que ses deux amis avaient en ce moment la même pensée.
-Je tiens tout de même à vous remercier infiniment pour avoir prit soin de ma sœur.
-Je n'ai fait que lui offrir un foyer tu sais, maintenant que tu es là nous verrons plus souvent son sourire.

Le jeune noble aussi avait sourit plus que d'habitude aujourd'hui… Sa sœur, tout comme lui, avait du perdre sa joie en son absence.
-Désolé de t'interrompre Helio, intervint Ydard, mais j'aimerais te parler en seul à seul.
-Je vois. Veuillez m'excuser jeunes gens, j'aurais grande joie à converser avec chacun de vous plus tard. Ne vous aventurez pas trop loin.
Ainsi les trois jeunes hommes, un peu déçus de ne pas avoir put continuer de parler avec cet homme fort sympathique, durent quitter le jardin, laissant les deux personnages seuls au bord du lac.

-… Pourquoi cette hypocrisie Helio ? Fit le roux avec un regard sérieux.
-Je ne suis pas hypocrite pour un sou Ydard. Je suis heureux pour eux, leurs retrouvailles sont une bonne chose.
-Penses tu aux conséquences ?
-Ydard…
Soupira le grand homme. Je t'en prie, laisse les être heureux pour l'instant au moins. Je comprends ton emportement, mais ils sont si jeunes…
-Ils seront bientôt adultes.
-Raison de plus pour que les années perdues soit rattrapées, chacun a le droit à une jeunesse. Allez mon ami, détend toi, tu peux prendre congé pour une ou deux semaines, je sens que tu en as besoin.

Il lui donna une tape amicale dans le dos. Ydard ne semblait pas spécialement réjoui mais accepta tout de même avant de sortir à son tour. A l'entrée il croisa Saero et Dally qui parlaient entre autre, de leur rencontre avec Helio.
-Tiens vous deux… Tant que vous êtes là, aidez moi à faire le déjeuner. D'habitude c'est Nelzia qui m'aide, mais vu qu'elle est occupée… En fait, ou est le troisième ?
-Parti chercher sa sœur,
expliqua Saero. Mais… Sommes nous vraiment obligés ?
-Non, mais il se peut que l'envie me prenne de faire quelques assiettes en moins.
-Laisse donc Saero, j'apprécie cuisiner et je saurais sans doute mieux le faire que toi.
Déclara Dally. Tu devrais rattraper Téko en attendant, je crois qu'il connaît mieux les lieux que nous.
Il s'en alla avec Ydard et l'haynailien soupira, hésitant à décider de venir tout de même avec eux. Se retrouver seul ne l'enchantait guère et il ne voulait pas suivre Téko, risquant de tomber sur sa sœur… Il savait qu'il n'avait pas de vraie raison de la détester, elle semblait en fait plutôt sympathique et était assez jolie, mais elle l'inquiétait… Voire même le faisait peur, sans aucune autre raison qu'un pressentiment. Pourtant il était sur qu'il y avait une explication logique à son malaise, il n'arrivait juste pas à mettre le doigt dessus… Mais pendant qu'il hésitait Dally et Ydard étaient déjà perdus de vue… Eh bien soit ! Il allait se promener seul, puisqu'il n'y avait que cela à faire. Un moment il songea à chercher Nelzia, cette femme avait vraiment capturé son esprit, comme une œuvre d'art vivante ! Elle l'inspirait… Si seulement elle acceptait de devenir sa muse !… Mais encore une fois, il divaguait. Qui plus est il risquerait sans doute de la déranger, mais il prendrait à coup sur l'occasion de faire sa connaissance plus tard. En attendant, il devait tromper son  ennui. Que faire ? Cela faisait longtemps qu'il ne s'était plus retrouvé seul, il était rare que les trois camarades se séparent ainsi… Téko pouvait facilement s'isoler dans ses pensées ou un livre, mais Saero n'avait jamais réellement supporté, ou en tout cas put apprécier, la solitude.
Il se souvint de sa rencontre avec le jeune Dyra, son tout premier ami. Saero était seul, comme d'habitude, reclu dans sa chambre avec ses sculptures de glace éphémères… C'était son antre, il s'y enfermait comme pour se protéger des adultes, de leurs jugements, de leurs regards. Il était le génie inexploité des Adamas… Potentiellement un des meilleurs mages de sa génération, et il voulait faire des statues de glace ? C'était du point de vue de tous un terrible gâchis et ses créations n'étaient alors vues que comme des jouets. « Ca lui passera en grandissant », ne cessait de répéter sa mère lors des dîners. Mais qu'était il donc pour eux ? Un enfant ou un instrument ? Il n'avait que faire de la gloire de l'héritage magique des Adamas… Il voulait être lui, juste lui…
Téko, lui, était entré sans préjugés dans l'antre du monstre, et lui avait posé cette question que personne d'autre n'avait trouvé intéressant de poser.

« Pourquoi fais tu ces statuettes ? »
A partir de là, la conversation était lancée et une longue amitié avait débuté.


Pendant que Saero rêvassait, Téko parcourait les couloirs. Il n'était pas particulièrement perdu car avait une bonne mémoire, les chemins qu'il avait déjà emprunté étaient plus ou moins clairs dans sa tête. Néanmoins il n'avait pas croisé sa sœur, même en allant dans la chambre ou il l'avait rencontrée. Téko ne connaissait pas l'intégralité des lieux et risquait de se perdre si il s'aventurait trop loin. C'est alors qu'en passant devant une salle dont la porte n'était pas fermée, il aperçut Ynam, l'homme masqué. Le jeune homme se dit qu'il valait sûrement la peine de lui parler, il savait peut-être ou était Kazie.
-Excusez, commença t-il en s'approchant, puis je entrer ?
-Oui.

Téko pénétra donc dans la grande salle qui était la bibliothèque des lieux. Ynam était assit à une table, écrivant sur du parchemin à l'aide d'une plume blanche et d'encre. Son mouvement était parfait, mécanique, ne s'épuisait jamais et sa plume filait sur le papier . Il était comme une machine à écrire.
A côté de lui se trouvaient plusieurs livres traitant de magies, empilés l'un sur l'autre. L'un d'entre eux était ouvert à l'écart des autres et l'homme au masque de fer y tournait régulièrement son regard vide.
-Que veux tu ? Demanda t-il, sans s'arrêter ni lever la tête.
-Sauriez vous où se trouve ma sœur ?
-Elle n'est pas là et est absente pour la journée,
expliqua t-il en s'arrêtant. Néanmoins elle m'a demandé de te dire qu'elle t'attendrait ce soir à l'Est de la montagne, sur des collines. Une sortie permet d'y accéder directement.
-Je vois…
Fit Téko avec déception. Merci tout de même. Pourquoi n'est t-elle pas là ?
-Désolé, je ne craint que ce soit un secret. Mais elle ne voudrait pas que tu t'inquiète.
-Je le sais bien… Mais j'ai encore peur de la perdre, je suis toujours anxieux.
-Je comprends.

Téko, par curiosité envers le travail de l'homme, s'approcha de la table pour observer les ouvrages. Le livre au sommet de la pile se nommait  "Les mages d'aujourd'hui", dont l'auteur était Arond Vinnairse, un mage renommé,  le Comte Vinnairse, qui fut aussi l'Archimage de l'Empereur Normand d'Haynailia. C'était une réflexion sur l'organisation, les interdictions, et les méthodes de travail des mages contemporains, qui portait un avis très critique sur les plus grands d'entre eux. Il y avait également des théories très nouvelles pour l'époque qui y étaient écrites.
-J'ai déjà lu ce livre d'Arond… Mon défunt père était le parrain de son fils, dit Téko pour lancer une conversation.
-Des choses intéressantes y sont dites mais il y a aussi dans ce livres des propos dangereux ou trop pessimistes. Tu t'intéresse donc à la magie ?
-Oui, plutôt. J'aimerais devenir mage… Mais je ne suis pas très doué.
Répondit le jeune homme avec un sourire gêné. Saero est bien plus talentueux que moi.
-Tu as compris ce qui était dans ce livre ?
-Oui, globalement.
-Alors tu es doué d'un talent théorique et d'une certaine intelligence pour ton âge. Même si ta maîtrise du mana est faible, ne sous estime pas ça.
-Oh… On ne m'avait jamais dit ça... Qu'étudiez vous ?
-Juste une thèse que j'enverrais à Axaques, la cité des mages. Je peux tenter de t'expliquer mais j'ai bien peur que cela ne soit pas de ton niveau de compréhension. Cela traite des possibilités de l'influence de la magie sur les corps organiques, pour faire bref.

Téko jeta un œil à ce qui était écrit, cela parlait entre autre de régénération cellulaire, de purification du sang, de régression biologique, et de contrôle du vieillissement.  Des schémas et formules complexes étaient également à côté des énormes paragraphes qu'il ne put que survoler.
-Effectivement, je comprends la plupart des termes mais c'est très obscur.
-C'est plutôt normal pour un novice. Si tu veux à l'avenir, je t'apprendrais quelques sorts et théories.
-Ce sera avec plaisir. J'ai quitté mes professeurs il y a déjà deux ans, cela me fera du bien. Enfin, je devais vous laisser travailler, je vous fais perdre votre temps.
-J'aurais toujours du temps à vous offrir, à toi et à ta sœur.
-Merci pour tout.

Et en affichant un sourire reconnaissant, Téko s'en alla. A présent il n'avait plus à chercher sa sœur inutilement… Sans doute devait il rejoindre les autres, il les avait brusquement abandonnés et s'en sentait un peu coupable. Il retourna donc sur ses pas, cherchant une présence de ses yeux et ses oreilles. Même pour six personnes, le lieux était très grand… Sans doute équivalent au manoir d'un riche noble en nombre de salles.
Après quelques minutes, il ne tarda pas à entendre des voix et parmi elle il distingua clairement celle de Dally. Il suivit donc les bruits jusqu'à voir le bérilien et Ydard près d'un feu, faisant bouillir quelque chose qui dégageait une bonne odeur. Son ami remarqua sa présence et tourna le regard vers lui.

-Téko ? Tu n'étais pas censé retrouver ta sœur ?
-Si, mais elle est absente on dirait.
-Dommage ! J'aurais aimé qu'elle goûte cette merveille,
dit il avec assurance.
-J'aurais put te laisser tout seul au final, commenta Ydard.
-Ça fait partie de mes talents, j'ai du improviser dans mes voyages solitaires. Et laisse moi te dire que sans moi, Téko et Saero ne mangeraient que de la gerbe.
-Que veux tu… Nous avions des domestiques, c'est difficile de s'adapter. Qu'est ce donc ?
-Un potage, fait avec ce qu'il y avait de conservé dans la salle.
-Et Saero n'est pas là ?
-Non, enfin, si il n'est pas là c'est qu'il doit rêvasser quelque part ou… Séduire sa proie.
-J'ai surtout peur qu'il se perde, il n'a pas le meilleur sens de l'orientation…
-Tu t'inquiète trop ! Tu t'es toujours trop inquiété sur tout Téko. De toute manière à part rater ce délice il ne risque pas grand-chose.

Dally avait raison, il était bien trop soucieux, particulièrement en ce moment… D'ailleurs il ne pouvait s'empêcher de se demander ou était sa sœur et ce qu'elle faisait en ce moment. Au fond il avait juste peur d'être seul à nouveau…

Essoufflée, une jeune fille entra brusquement. C'était Nelzia, qui était visiblement à bout de force, elle n'avait sans doute pas cessé de travailler et venait de courir jusqu'ici.
-Désolée du retard messire, j'ai tenté de finir le plus tôt possible !.. S'exclama t-elle en s'appuyant contre l'entrée.
-Nelzia ?… Fit Ydard, stupéfait. Ne me dis pas que tu comptais aider Rasoul et tout de même venir après ?
-Eh bien… Si.
-Mais quelle idiote ! Telle père telle fille… Je t'ai déjà remplacée, toi assieds toi et repose toi.
-Mais… Tenta t-elle de protester.
-Je t'ordonne de te reposer !  
Dit il d'un ton très autoritaire, comme un capitaine à ses hommes. Ton respect des aînés est louable mais ne doit pas être confondu avec de la servitude.
-Bien messire… Fit elle en prenant une chaise d'un air dépité, mais en vérité elle était un peu soulagée de pouvoir s'asseoir.
-Tu mourras d'épuisement un jour ma petite ! Méfie toi, surtout dès que tu aide Rasoul, tu sais qu'il est à la limite de l'esclavagiste.
-Je ne peux pas laisser un vieillard s'épuiser à ma place !
-Ce vieillard là ? Oh que si.

Elle s'était assise à côté de Téko et se tourna vers lui, avant de regarder Dally.
-Tiens, c'est vous. Ou est le troisième ?
Téko haussa les épaules pour signifier son incapacité à répondre.
-Ah oui ! Je vous avais demandé vos noms, mais la conversation n'a pas put continuer. Je suis Nelzia, et vous ?
-Je me prénomme Téko, enchanté.Le grand qui te remplace actuellement s'appelle Dally, et l'absent, Saero.

Elle demanda alors d'où ils venaient et il lui expliqua alors leur histoire depuis le début, ainsi que le fait qu'il était le frère de Kazie. Il raconta la séparation brutale avec sa sœur et la mort de ses parents, sa rencontre avec ses amis, sa recherche dangereuse de sa jumelle qui l'avait mené jusqu'ici. Téko réalisa alors qu'il déclamait toute son histoire à une inconnue… Il comprit que, presque comme son père, cette femme inspirait la confiance et sa personne semblait de suite sympathique. Bien que silencieuse elle était assez réactive à son récit, allant du rire à l'horreur ou la surprise. Sans s'en rendre compte, il avait passé une bonne heure à parler.
-Quelle vie ! Fit elle une fois qu'il eut terminé son histoire. Je… Suis vraiment désolé pour ta famille mais… Que tu ais pu retrouver Kazhaar… Le destin est étrange parfois, mais c'est merveilleux. Je connais ta sœur, dès qu'elle était arrivée elle semblait vraiment vide de tout, et surtout de vie. Son état s'est amélioré avec notre présence et j'ai pu en faire mon amie, mais… Enfin bref. A présent elle va aller mieux. Au fait, avez vous rencontré mon père ?
-Oui, il a l'air d'un honnête homme.
-Et il l'est. Mais ne le flattez pas trop… Il peut le prendre mal !
Rit elle. En tout cas j'espère que nous serons bons amis.
-C'est un sentiment partagé. Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu des gens aussi sympathiques, ma sœur a eu de la chance de tomber ici.


Alors qu'ils discutaient, Saero fit irruption dans la salle, attiré par l'odeur et les bruits il s'était vite lassé de sa solitude. Nelzia lui dit bonjour, le reconnaissant, et lui il fusilla du regard Téko… Visiblement… Jaloux ?
Le jeune Dyra se retrouva assez gêné par ce malentendu, comme d'habitude son ami réfléchissait trop vite. Enfin, il pouvait rectifier le tir…

-Je te présente Saero, un homme plein de talents et un de mes meilleurs amis.
-Je me vois ravi de rencontrer une demoiselle aussi radieuse que vous,
déclara t-il, reprenant un air assuré en baisant la main de la jeune femme. On pouvait entendre Dally retenir son rire au fond de la pièce.
-Euh… Merci, dit t-elle, avec un sourire gêné.
-Vous as t-on déjà dit que vous étiez superbe ?
-Oh je vous en prie, je suis un garçon manqué. Kazhaar est plus belle que moi.
-Mais pas du tout ! Je vous assure, et je sais reconnaître la beauté, que vous n'avez rien à envier des autres femmes.

Laissant Saero parler, Téko s'éclipsa sans un bruit pour rejoindre Dally, qui lança une plaisanterie discrète sur Saero en le comparant à un faon qui séduit sa femelle. Il était plutôt amusé par ses discours, la séduction ne fonctionnant pas vraiment de la même manière dans son pays.
-Voyez vous, je suis artiste. J'ai une passion pour la beauté et je suis en permanence à la recherche de nouvelles inspirations… Voudriez vous un jour me servir de modèle ?
-Vous… Êtes bien trop direct.
-Mais, juste votre visage !..
-Arrêtons nous là, d'accord ?
-Bien, je n'insisterais pas…
Dit il avec déception, mais c'était sans surprise. Si votre décision change, j'accepterais toujours avec joie ! Mis à part cela, avez vu déjà vu la capitale impériale ?
-Gahartelle ? Non, bien sur que non, c'est triste mais je n'ai jamais eu cette occasion.

La conversation reprit et il lui parla des merveilles qu'on pouvait y trouver. Saero savait ce qu'aimaient les femmes en général, et même si cela ne marchait que moyennement ici , il insistait. Sa parole inépuisable ne s'interrompit que dès que Dally posa la marmite sur la table de bois, vantant une fois de plus les mérites de son travail.
Même si Téko était toujours en froid avec Ydard, l'ambiance globale était chaleureuse. Les discussions allaient, sourires auX lèvres, sans aucun soucis. Helio fit son entrée, embrassa sa fille en la prenant dans ses grands bras, et s'assit à la table. Téko était ému, ému car cela faisait des années qu'il n'avait pas vu un repas débordant autant de joie, et certains se connaissaient à peine. Son seul regret était de ne pouvoir profiter de cet instant avec Kazie, mais cela viendrait, il en était certain. Ydard était toujours un peu sarcastique mais il ne se permettait pas de briser cette bonne ambiance. Ynam aussi était absent. Dès que Téko demanda pourquoi, on lui dit qu'il était trop absorbé par son travail, et il comprit cette raison.
Tout à coup, un homme que les trois amis n'avaient pas encore vu entra. Un homme très atypique en  tout points. Un vieillard courbé, mais qui si il se tiendrait droit ferait aisément deux mètres au bas mot. Il avait la peau sombre et était affreusement maigre, presque squelettique, ce qui lui donnait un aspect effrayant… Son accoutrement était aussi particulier, il était vêtu uniquement de peaux de bêtes, son apparence faisait penser à celle d'un sauvage. Il avait, pour couronner le tout, le visage caché par un grand masque peint de bois, semblant d'usage normalement cérémoniel, et portait un grand bâton au sommet duquel trônait un crane humain, mais un peu plus plat et doté de cornes. Les étrangers dans la salle se turent, l'homme était inquiétant et en imposait… A chacun de ses pas, divers bracelets d'or, colliers d'os ou autres qui accompagnaient sa tenue s'entrechoquaient dans des bruits de grelots. En avançant il tapotait de ses doigts osseux, prolongés par des ongles longs et crochus, son sceptre qui lui servait aussi d'appui.

-Une assiette, fit il de sa voix rocailleuse. Ydard le servit.
-Alors, votre journée ? Demanda t-il.
-Affreuse, comme hier et avant hier. Au fait, je vois des cheveux blancs ici… Qu'est ce que fiche un autre descendant des rejetons de l'Empereur chez nous ?
-C'est le frère de Kazhaar, Téko, et ses amis Saero et Dally,
les présenta Helio.
Le vieil homme se mit à rire de sa voix qui même avec l'age, restait puissante, avant d'être interrompu par une toux ou il sembla s'étouffer.
-Vous allez bien ? Demanda Dally en l'approchant.
-Mêle toi donc de tes affaires ! Rugit il dans un geste de bras pour repousser le bérilien.
-Ne vous inquiétez pas pas pour lui… Il ne risque pas de mourir avant encore un long moment malheureusement. Ricana Ydard.
-Tes railleries te perdront, Ydard…
-Allons, ne le provoque pas. Tu sais qu'il est irritable,
intervint Helio.
-Il n'empêche… Reprit le vieillard en regardant Téko. Quel hasard, quel hasard.
Il lâcha un petit rire et partit dans la salle d'à côté avec son repas.
-… Il aurait put tout de même put dire merci, râla Dally. Il ne mange pas avec nous ?
-Non. Il est peu sociable mais croyez moi, il n'est pas méchant, ajouta le maître des lieux. Il faut juste mieux le connaître…
Le repas reprit. Dire que hier ils étaient tout les les trois, lui et ses amis, sous la pluie, une escarmouche se déroulant à quelques kilomètres. L'ambiance du Soleil Rouge les réchauffait, était presque familiale, et ils s'y sentaient en sécurité. L'après midi continua dans ce même air et le groupe raconta les diverses péripéties de leur périple. Nelzia, elle aussi, ne résista pas à l'envie des anecdotes et ils furent tous, surtout Dally de par son intérêt pour le combat, très impressionnés. Elle aurait combattu seule une dizaine de soldats ! Si ce n'était pas de la vantardise elle méritait l'admiration, la jeune femme était bien plus dangereuse qu'on pouvait le penser. Helio ne manqua pas de lui reprocher qu'elle était trop intrépide pour son bien. Dally songea sérieusement à croiser le fer avec elle, même si c'était pour être vaincu… Saero lui était assez gêné à l'idée qu'une femme se batte et tue mais par politesse il n'en dit rien, il ne voulait offenser personne. Téko avait un sentiment similaire de par son éducation pareille à la sienne, mais n'en tenait guère compte.
Le repas s'acheva plutôt tard à cause des conversations et chacun repartit dans ses activités personnelles… Téko lui, depuis un moment déjà, était seulement impatient de retrouver sa sœur… Mais la nuit n'était pas encore tombée, il prenait donc son mal en patience. Il finit le dernier livre de son sac de voyage en trompant son ennui… Il penserait à traîner dans la bibliothèque à l'avenir. Mais quelques heures avaient passées, qu'avaient fait ses amis pendant ce temps ? Il saurait bien en leur demandant, pour l'instant il allait partir sur le point de rendez vous que Ynam lui avait indiqué car il n'y avait aucun mal à être avance, bien au contrait il ne supporterait pas d'être en retard.

Téko finit, en suivant le bon chemin, par sortir. Le ciel, contrairement à celui de hier, était beau et dégagé, même si il faisait toujours un peu froid malgré le soleil, ceci à cause de la saison. Pour cette raison il était venu couvert d'une cape, se demandant pourquoi choisir un endroit extérieur par ce froid… Il se doutait néanmoins qu'elle avait une raison, qui était sans doute la prestance de ce ciel, et s'occupa cette fois en regardant le soleil orangé descendre dans la terre, observant ainsi la tombée de la nuit. Le temps se refroidit et il craint d'attraper froid, mais il ne voulait absolument pas faire faux bond à sa sœur et resta donc, attendant encore ainsi jusqu'à ce que le ciel soit couvert d'un voile sombre, décoré par une nuée d'étoiles. Le ciel sans nuage laissait à découvert ces petits diamants célestes… Et il la vit arriver, finalement, comme si elle descendait de ces astres. Au dessus d'elle dans le ciel, la lune était pleine et sa lumière blanche l'éclairait tout entière, la faisant presque luire dans la nuit. Elle était différente de hier… Elle portait une grande et élégante robe noire colorée de violet, une robe somptueuse comme celles de leur mère, celles qu'elle avait toujours voulu porter… La blancheur de ses cheveux et de sa peau semblait s'illuminer sous les lumières nocturnes… Téko était comme ébloui, stupéfait, il avait du mal à croire le spectacle qu'il voyait, qui lui semblait si beau qu'il hésitait à croire à un rêve l'espace d'un instant. Elle était comme un ange, et lui même se sentait petit face à sa beauté. Elle s'approchait de lui, avançant dans l'herbes des petites collines d'un pas rapide en tenant sa robe.

-Combien de temps m'as tu attendu ? Demanda t-elle avec une pointe d'inquiétude.
-Une bonne heure je crois.
-Tu es décidément impossible !
Rit elle. Ne me tiens pas pour responsable si tu attrape un rhume.
-Tu aurais aussi put donner une heure précise… Quoique, vu ta ponctualité, ce n'aurait pas été très malin, plaisanta Téko.
-Eh ! C'est moi qui fait les railleries ici ! Enfin, pour te pardonner, dis moi ce que tu pense de ma robe.
Il n'avait pas pour habitude de complimenter ouvertement sa sœur, même si il la trouvait toujours très belle. Cependant, elle semblait s'être donnée tant de mal qu'il ne serait pas honnête de ne point la couvrir d'éloges.
-Tu es vraiment magnifique, plus que n'importe qui... En fait je… Suis vraiment gêné parce que tu es comme une princesse et que en comparaison je fais peine à voir dans mon accoutrement.
Elle rit aux éclats, s'asseyant l'herbe à ses côtés.
-Si ce n'est que ça je te trouverais bien un costume un jour. Un beau costume de gentilhomme. Et ce sera à mon tour de te complimenter… Mon Prince !
Il rougit jusqu'aux oreilles au grand amusement de Kazie qui adorait toujours autant le mettre dans l'embarras. Téko ne savait pas quoi penser… Il se sentait coupable en vérité, car en ce moment il regardait sa propre sœur comme une femme et non juste comme sa jumelle. Son doux visage blanc, ses longs cheveux de neiges, son parfum, ses bras d'ivoires et ses lèvres fines l'attiraient inévitablement. Elle tenait son bras en se blottissant contre lui, et il ne pouvait rien faire pour empêcher les battements de son cœur d'accélérer.
-Ça va? Sourit elle en voyant son trouble, il ne fit qu'acquiescer de la tête. Il se mit à douter ; est ce qu'elle se jouait de lui depuis le début ? Que voulait elle ? C'était ce qu'il voulait savoir. Il était comme paralysé, il avait peur de faire des erreurs, des erreurs terribles.
-Je voulais absolument partager ce moment avec toi, dit-elle. La pleine lune ici est vraiment grandiose !
-Oui… Elle l'est, dit Téko, ne sachant pas quoi ni quoi faire pour surmonter sa gêne.
-Bon sang, mon pauvre… Soupira Kazie… As tu réfléchi à ma question ?
Et elle le fixait avec un grand sourire. Au fond de lui, il avait envie de lui répondre « oui » et de l'embrasser !.. Mais il sentait aussi qu'il devait se montrer raisonnable.
-Tu sais Kazie… Je partage tes sentiments en ce moment mais... Peut-être qu'on se trompe. Je veux dire, nous sommes émus par nos retrouvailles mais je ne voudrais pas… Qu'on fasse une erreur tout les deux.
Elle répondit par un fou rire à sa grande surprise et tira gentiment la joue de son frère.
-Tu es adorable quand tu es idiot tu sais ?
-J'étais sérieux Kazie, je…

Mais elle posa son index sur les lèvres de son frère pour l'empêcher de continuer.
-Écoute moi Téko, souffla t-elle avec douceur, allongeant son frère sur l'herbe avec une force qu'il n'aurait pas soupçonné chez elle. Nous avons soufferts pendant cinq ans… Aucune règle de ce genre ne devrait nous empêcher d'accéder au bonheur. J'ai aussi eu des doutes mais je sais que je t'aime comme je n'aime aucun autre homme, et que tu m'aime aussi.
-Je… Me demande juste ce que père et mère auraient pensé.
Elle soupira encore longuement et il se dit qu'il n'aurait pas du évoquer leurs parents. Mais toujours souriante, elle s'allongea dans l'herbe à coté de lui et caressa un instant son visage.
-Nos parents sont morts… Mais ils voulaient que nous soyons heureux, et c'est cela qui est important. Je ne vais pas me demander ce qu'ils penseraient ou ce qu'ils diraient. On est dans le présent Téko, et dans le présent il ne reste que nous.
-… Es tu sure que tu ne regrettera rien ?
-Des regrets ? Enfin Téko, est ce que je dois te le redire ?

Elle l'étreignit tendrement en caressant ses cheveux et approcha son visage du sien.
-Je t'aime. Je t'aime et je veux être heureuse à tes côtés jusqu'à la fin. Il t'en faut plus, stupide grand frère ?
Il sourit, les yeux humides tout à coup d'émotion. Non, il ne lui en fallait pas plus. A ce moment, il oublia ce que pouvaient penser les morts et les autres. Il n'y avait qu'elle et lui, ici, maintenant. C'était comme si les paroles et le sourire de sa sœur avaient fait fondre le bon sens et la résistance qui se tenaient encore face à son amour. La nuit étoilée était si belle, et elle était si belle aussi ! Même le froid n'avait plus aucune importante, tant qu'il se tenait à ses côtés. Son cœur battait tant qu'il pensait qu'il allait sauter de sa poitrine à tout moment ! Elle était prête à lui offrir sa vie et il était prêt à tout faire pour elle.
-Moi aussi je t'aime folle de sœur, plus que tout, finit il par dire, débordant de joie.
Encore une fois elle l'embrassa et il ressentit le doux contact de ses lèvres sur les siennes. Enfin il était heureux, enfin il n'avait plus peur… Enfin il était avec elle, avec elle comme au paradis. Comment avait t-il put vivre sans elle, sans son sourire ? Il se le demandait bien à présent.
Cette nuit sous les étoiles à la fois froide et chaleureuse, était superbe… Et dans les paroles, les rires, la joie et les baisers, ces heures passèrent, paraissant si courtes, mais constituant pourtant une journée à elles seules.
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Dernière édition par DALOKA le Mar 30 Juin - 0:22, édité 1 fois
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Re: Le Soleil Rouge

Message par DALOKA le Dim 3 Mai - 15:10

Chapitre III


Lettre de la part d'Ynam Hulgens, écrite le 28 Novembre 1839.

Articuleur, je vous écrit une lettre pour vous donner des nouvelles de l'avancement de mes recherches. Pour commencer, mon propre état : mes mouvements sont toujours aussi fluides bien que je connaisse une certaine lenteur au réveil, le coeur est en bon état, aucun problème majeur n'apparaît, et les quelques soucis que je rencontre se réglerons bien vite. Comme vous vous en doutez, mon état personnel n'est pas le sujet des recherches dont je vous fait part avec cette lettre.
L'étude du sujet Blanc se poursuit sans soucis. Comme attendu malheureusement, toute tentative de traitement est inefficace, le corps rejetant toutes les substances administrées et les sorts utilisés jusqu'alors n'ayant aucun effet positif. L’État émotionnel du sujet s'est grandement stabilisé, mais est encore à surveiller pour des raisons qu'il n'est pas la peine d'expliquer. J'ai tout juste hier, envoyé les résultats à Albert Serpentin, à Axaques, j'attends votre avis à tout deux sur mes résultats car comme vous le savez, je ne peux déplacer le sujet, ce serait bien trop risqué et il faudrait son accord. Ci joint avec cette lettre se trouve donc une liste des expériences tentées et leur résultats en détails. Malgré l'échec des tentatives, j'envisage toujours la possibilité de retour à la normale, les réactions face aux potions, différentes de celle des sujets communs, me poussant à y croire.

Cordialement, Ynam Hulgens.


L'homme masqué posa sa plume et relu une dernière fois sa lettre. Il ne lui manquait plus qu'à l'envoyer et à attendre les réponses de ses collègues sur le sujet. Ceci fait, peut-être pourrait t-il passer quelques temps sur ce que lui avait demandé Rasoul… Un moment, il observa ses bras entièrement couverts de bandages, en vérité aucune partie de son corps ne pouvait-être visible à part ses cheveux blonds. Il rangea sa lettre et les documents pour les envoyer plus tard à l'aide de l'un des pigeons  voyageurs d'Helio, et alors qu'il allait se lever de son siège de bois, il entendit frapper à la porte.
-Excuse moi Ynam, c'est nous, fit la voix de Kazhaar. On ne te dérange pas ?
-Non. Entrez.

La porte s'ouvrit et les deux jumeaux entrèrent dans la salle. Ils étaient tous les deux souriants. Bonne chose.
-Nous passons vous dire bonjour, si vous n'êtes pas occupé, dit Téko. Vous travaillez toujours ?
-Non. Je n'ai pas besoin de beaucoup dormir, mais j'ai tout de même besoin de prendre des pauses de temps en temps. Je considère une conversation avec vous comme une pause en soi, tout esprit a besoin de repos.
-Vous m'impressionnez quand même.
-Eh bien ? Tu aimerais être aussi travailleur à l'avenir ? Ce n'est pas gagné,
sourit Kazhaar en donnant un léger coup de coude à Téko.
-Sans vouloir t'offenser, je reste bien au dessus de toi sur ce point.
-Ce n'est pas faux !
Rit elle.
-De toute manière, cela s'apprend. Si tu étudie sérieusement la magie, cela viendra naturellement, expliqua Ynam. Néanmoins je ne te recommande pas de me prendre pour exemple, ce ne serait pas correct pour ta santé.
Oh, en passant, cela m'y fait penser. Evite d'emmener Kazhaar dehors. Cela n'est pas bon pour sa santé.
Téko pâlit un instant et sa sœur lâcha un petit rire gêné. Il n'était pas au courant de cela !
-Kazie, pourquoi ne m'as tu rien dit ? Je suis terriblement désolé… Tu ne paraissait pas gênée par le froid alors...
-Non, c'est ma faute. C'est moi qui t'ai invité à sortir non ? Ce n'est pas grave, je vais bien.
-Je comprends, mais évite de sortir aujourd'hui,
dit Ynam.
-Il va falloir que je pense à te surveiller… Sérieusement, dès qu'il y a quelque chose de ce genre, dit le moi ! Je suis vraiment embarrassé à présent, reprit Téko.
-Voyons, passons à autre chose ! Tiens, Ynam, tu pourrais peut-être lui monter comment tu arrête le temps ? Ca l'intéresserait sûrement.
-Arrêter le temps ?
Répéta Téko, stupéfait. Cela est possible ?
-En vérité, non.
Dit Ynam, se levant de son siège, puis se déplaçant pour prendre une montre disposées sur une des étagères avant de la tendre ensuite à Téko. Prends cette montre, cela te paraîtra plus clair. Ne quitte pas l'aiguille des secondes des yeux, et tu verra que je n'arrête pas le temps.
Téko suivit bien ce qu'il avait dit, et fixa attentivement la petite aiguille de la montre. Tout à coup, Ynam disparut et il était à présent dans le dos des deux jumeaux. Téko se retourna et sursauta, faisant rire Kazhaar qui elle, semblait habituée à ce tour.
-L'aiguille a avancé d'un seul coup de 5 secondes, constata le jeune noble… Et vous vous êtes déplacé dans notre dos…  Si la montre ne s'est pas arrêtée, cela veut donc dire que vous n'arrêtez pas le temps… Mais les gens !
-Conclusion correcte. Félicitation pour l'avoir comprit si vite, j'avais raison à propos de ton potentiel théorique. En effet, le sort consiste à stopper l'esprit des êtres vivants, pas le temps, mais cela donne l'illusion que le temps s'est arrêté pour les autres. Stopper le temps est impossible, ou plutôt, il est impossible de stopper le temps et de pouvoir agir et être conscient pendant que le temps est stoppé. Ainsi, quand bien même un mage pourrais arrêter le temps, il ne se rendrait même pas compte qu'il l'aurait fait et n'aurait aucun moyen de l'affirmer.
-Je ne le savais pas… Mais votre sort reste effrayant, cela semble presque injuste en combat.
-Mais en dehors de l'action ce sort n'a que peu d'intérêt. Un certain problème m'empêche de pouvoir lancer trop de sorts différents dans un court laps de temps, j'ai donc du en développer un qui se suffit à lui même.
-J'étais certaine que cela t'intéresserais
, fit Kazhaar en observant le visage intrigué de Téko.
-Et toi Kazie, cela ne n'intéresse pas autant ? Demanda Téko, en souvenir du passé ou ce genre de chose lui plaisaient.
-Hum… Fit-elle, pensive et hésitante. Plus autant qu'avant non.
-Il n'y a pas de mal,
commenta Ynam. La magie demande d'y consacrer beaucoup de temps, il ne sert à rien de l'apprendre si l'on es pas décidé.
Ynam allait continuer à parler alors que Saero entra, soutenant avec peine un Dally semblant assez mal en point. Ce dernier n'avait pas de blessures externes visibles, mais il était facile de voir au premier coup d'oeil qu'il avait été rossé.
-Excusez moi du dérangement, j'amène un crétin, fit Saero, agacé.
-Ne te moque pas de moi, ou je t'en colle une…
-Que lui est il arrivé pour finir dans cet état ?
Demanda Téko, inquiet.
-Rien de si grave… Je me suis juste battu amicalement.
-Contre Nelzia à l'instant, précisément,
ajouta le jeune Adamas. J'y ai assisté.
Si Téko ne savait pas comment Dally, lui qui était si fort et énergique, pouvait finir dans cet état, Kazie et Ynam comprirent immédiatement ce qui s'était passé.
-Défier Nelzia en duel comme ça… Tu ne savais pas ? Demanda Kazie.
-Non, mais la pratique est le meilleur moyen… Reprit le bérilien avant d'être interrompu par la douleur vive alors que son ami le faisait s'asseoir.
-C'est une très mauvaise idée, d'autant plus que Helio est contre les combats, expliqua Ynam en s'approchant de Dally, touchant un des côtés de son buste, lui arrachant un autre cri de douleur.
Des côtes cassées, comme je le pensais.
-Oui, je l'ai senti aussi, et… AIE !
-Deux, précisément. Elle ne t'as pas manqué.
-Ah, ça… Elle est très douée.
-Pas seulement. Il est très dangereux de l'affronter, même amicalement, je te recommande de ne plus le faire.
-Pourquoi donc ? Je ne peux refuser l'appel du défi, c'est dans ma nature.
-Laisse moi t'expliquer, et arrête de bouger. Nelzia possède un don, plus exactement un trouble mental. Dès qu'elle entre en situation de danger ou de combat, elle perds le contrôle de ses sens. Elle ne ressent plus la douleur, ni l'empathie, et son corps produit bien plus d'adrénaline que la normale. C'est comparable à un état second, je suis surprit que tu ne l'ai pas remarqué. Même si elle se rends vite compte qu'elle blesse quelqu'un, ce pourquoi tu n'es pas dans un état encore pire, cette anomalie est très dangereuse, autant pour elle que pour les autres. Ce n'est pas le genre de chose que j'aime révéler, mais cela ne doit plus se reproduire, vous devez donc en être conscient. D'ailleurs, pourquoi n'est elle pas ici ? La connaissant, elle aurait emporté elle même le blessé, fortement désolée.
-Il est vrai, c'est une bonne âme,
ajouta Saero, plein d'admiration. J'ai insisté pour accompagner Dally à sa place, par galanterie.
-Par jalousie,
souligna Dally un sourire en coin.
-Mais pas du tout !… Enfin, peut-être un peu, mais aussi par amitié !
-Alors comme ça, monsieur aurait des vues sur Nelzia,
dit Kazie en arborant son sourire espiègle.
-Eh bien… Oui, je l'avoue, cela est définitif. Sa pureté et sa beauté m'éblouissent, et sa présence m'emplit de joie. Il est peut-être naif de croire au coup de foudre, mais j'aime Nelzia ! Mais, n'en dites rien, ma déclaration en serait ruinée…
-Ainsi même après l'avoir vu tenir l'épée tu l'aime ?
Dit elle, portant brièvement son regard sur Téko avant de reprendre. Je l'ai déjà vue se battre souvent… Tu n'as pas peur d'elle ?
-Bien sur que j'ai eu peur. Son regard s'était gelé comme l'eau en hiver … Mais cela change t-il quelque chose ? Je ne sais qu'il n'y a pas dix filles dans ce pays avec la beauté et la bonté de Nelzia, à côté de ça ce « trouble » ne vaut rien.
-C'est adorable
. Et étrange, tu m'avais parut très froid au début… Mais tu es quelqu'un de très chaleureux au contraire.
-Saero est un de mes meilleurs amis. On ne dirait pas à première vue mais il est très sympathique, renchérit Téko.
-Je n'en doute pas, il s'agit de tes amis après tout.


Saero resta pensif un moment. Il n'y avait en fait rien de spécialement méchant ou effrayant chez Kazhaar, alors pourquoi avait il encore ce malaise étrange en la regardant ? Il finit par se dire que ce n'était pas le moment de penser à cela, que cela se verrait et qu'il fallait se montrer le plus courtois du monde devant la sœur de son premier ami. Ainsi malgré cela il tâcha de lancer une conversation sympathique avec les jumeaux pendant que Ynam soignait Dally. Ensuite, à la demande de l'Adamas curieux, le mage masqué refit une démonstration de son sort qui le rendit bouche bée et terrifia Dally. Téko demanda à ce qu'Ynam reprenne en main l'enseignement magique de lui même ainsi que celui de Saero qui, bien que peu motivé par sa hantise du travail et de l'effort, accepta tout de même, pour ne pas pâlir devant Téko. Dès après demain, ils commenceraient à revoir rapidement leur bases.
-Tout de même, je suis un peu surpris… Fit l'Adamas. N'avais tu pas renoncé à la magie ?
-Uniquement parce que ton oncle Esteban m'avait découragé, disant que sous prétexte que mon potentiel magique était bas, je gagnerais plus de temps à consacrer l'intégralité de mes études à la politique et l'économie.
Contrairement à la majorité des hauts nobles, disposant d'une haute quantité de mana leur offrant des facilités pour la magie, Téko n'avait un taux de mana mesuré à seulement 95 Caldracs, un score inférieur à la moyenne des hommes même dans la population. Saero, lui, à 155 était l'un des plus grands prodiges potentiels de son temps. Néanmoins, Téko avait conservé un certain intérêt et une admiration certaine pour la magie, une science qu'avaient toujours pratiqué ses ancêtres, les hommes aux cheveux blancs qu'on appelait lumieux. Ynam avait réveillé son intérêt pour cet art, et lui avait redonné du courage en lui indiquant son potentiel.
Dally ne comprenait lui, rien à la magie et ne cherchait pas à comprendre. Cependant, il écoutait et était agréablement étonné de voir que Téko avait gagné une nouvelle motivation, lui qui auparavant n'avait que sa sœur perdue au centre de ses soucis. Qui plus est, grâce à la motivation de son ami, Saero semblait enclin, par la rivalité qu'il éprouvait envers Téko(et peut-être pour impressionner sa belle), à sortir de sa flemmardise. C'était une bonne chose. Depuis leur rencontre, il avait tenté de leur apprendre à se débrouiller, eux qui n'avaient connu que leur maison. Dans le processus, il s'était forcé de grandir plus vite comme pour paraître comme leur grand frère… Mais à présent qu'ils avaient chacun des motivations claires, cela n'était sûrement plus utile. Lui aussi avait trouvé sa motivation personnelle, cela grâce à cette récente déculottée. Les bériliens ne juraient que par les duels et les démonstrations de forces, ils avaient une symbolique sacrée, montrant la valeur des hommes et des femmes. Les gens de son clan, les Nerimazu, étaient naturellement grands combattants, et malgré son âge il en était un bon exemple. De ce fait, ils développaient vite, en gagnant souvent face aux autres, un grand ego… Si il avait changé au contact de ses amis, les coups de Nelzia, cette défaite brutale et sans appel, avaient brisés les restes de son orgueil… Et il s'en sentait libéré.


-Au fait, quand serais-je rétabli? Demanda Dally.
-Si tu n'as rien contre un traitement magique, d'ici deux jours approximativement.
-… Pour un tel résultat, je peux me permettre ce petit sacrifice. Je dois pouvoir être en état le plus rapidement possible.
-Qu'est ce qui te presse ?
-Mon entraînement. Je me surestime depuis trop longtemps, et je me suis fait tout bonnement éclaté, il n'y a pas d'autres mots. Dans mon clan, on vous met dans la tête depuis tout jeune que vous êtes les meilleurs, mais certains ne font que parler et ne valent rien. Je ne veux pas, ou plutôt, je ne veux plus faire partie de ceux là.
-Tu as l'air d'être rayonnant, même après une défaite cuisante,
remarqua Kazhaar. Je dois admettre, j'admire cela. Tu as des amis formidables Téko… Fais attention, tu va devoir trimer pour rivaliser.
-Je t'en prie, j'ai quand même des qualités.
-Je plaisante. Reste comme tu es, de toute manière même si tu avance, je serais toujours devant toi !
Fit elle dans un clin d'oeil.
-On verra ça, petite sœur !
Kazie, qui ne l'avait jamais entendu l'appeler ainsi, éclata de rire. Téko se rendit compte, en repensant à ses mots, qu'il avait toujours admiré ses deux amis. Dally pour son courage et sa force, Saero pour son optimisme et son talent. Mais il ne se voyait pas vraiment en égal. Il s'était toujours contenté de les admirer de loin. Lui, de plus haut rang, s'était toujours vu comme le plus moindre des trois… Il voulait à présent changer cela.

Après cela, le déjeuner se déroula comme hier. Ynam encore absent pour les même raisons. Le repas était bon, la conversation tout autant. Au milieu d'une de ces dernières, Ydard dit ;

-On dirait que vous êtes déjà bien intégrés.
Il ne prononça pas d'autres mots du repas suite à cela.

Avec Helio, ils avaient parlés de ce qui se  tramait actuellement dehors. La guerre.  Helio, et sa fille rejoignait totalement son avis, plaignaient les morts des batailles, et encore plus les victimes non combattantes. Il exprimait son regret de l'incapacité des deux camps à trouver un compromis, mais n'en soutenait aucun en particulier. Dally lui, en tant que bérilien, avait une culture guerrière et ne comprenait pas totalement cette hantise de la guerre. Elle était considérée dans son pays comme un élément vital de l'homme. Il tenta alors de se justifier en disant que ici la guerre était sale, et qu'on oubliait les codes d'honneurs fondamentaux sur les champs de batailles, pas comme chez lui.
-Eh bien, je ne vous juge pas, fit Helio sans aucune agressivité. Ce que tu dis est sans doute vrai. Cependant, réfléchis aux bienfaits des sept siècles de conflit entre Nurenuil et Bérilion. C'est un conseil que je te donne, les remises en question ne doivent effrayer personne, et dès que tu y aura réfléchis, nous en reparlerons.
Dally prit son avis en considération, et se mit à penser que Téko lui avait, il y a deux ans, tenu des termes très similaires. Dally s'était alors montré méprisant, mais avait surtout été  vexé devant la remise en question de sa culture. C'était le lendemain de leur première rencontre… Il avait sérieusement envie de le frapper de toute ses forces ce jour là. Quelle stupidité.

Dès que Helio allait parler à nouveau de cette guerre proche, dont Rasoul prévoyait l'imminente fin par une victoire de l'Empire sur la prise de Cérinorst, il remarqua la mine assombrie des deux jumeaux aux cheveux blancs. Leur parents et leurs oncles avaient été tués par des révolutionnaires, et ce même meurtre avait déclenché la guerre. Ainsi, son évocation pourrait leur ramener d'horribles souvenirs, il rebondit donc sur une conversation plus innocente. En vérité, Kazhaar s'était bel et bien sentie mal à l'aise et avait hésité à sortir, son frère l'avait bien vu. Téko, cependant, ne réagissait pas tout à fait pareil. Il tentait d'éteindre ses ressentiments pour réfléchir aux raisons, aux tenants et aux aboutissants derrière cette guerre. Il était animé par le désir de comprendre le conflit, et pas seulement ce dernier, tout les autres. Mais il ne pouvait pas reprocher quoique ce soit à sa sœur, car alors qu'il avait été recueillit, elle avait dû être seule, en danger, et perdue… Sans doute souffert, sans doute eu peur maintes fois. Téko avait eu une expérience totalement différente… Et un événement particulier, qui avait bousculé sa manière de voir les choses.

C'était il y a trois ans. Il était assit, un livre de géographie dans les mains, alors que Saero était occupé à ses cours avec son oncle. Un homme, un soldat gradé, était entré accompagné d'un serviteur. Le jeune adolescent l'avait regardé avec des yeux curieux, et le militaire sourit alors.
-Ca y est mon petit, on l'a enfin attrapé, avec l'aide du commandant Amador Adamas ! La famille a insisté pour l'enfermer ici. Dans une semaine, Marcus Alambra, le chef du condor, sera exécuté en ville.
Il l'entendait au ton du soldat, la nouvelle était censée être réjouissante, ainsi Téko se sentait gêné de n'éprouver aucune joie.
-C'est… Bien, dit il avec un sourire forcé.
Pourquoi devrait il être satisfait ? Le tuer ne ramènerait personne à la vie ! Le tuer ne lui ferait pas retrouver Kazie ! Si un criminel était mort, alors soit, cela était une bonne chose, mais pourquoi en serait il si heureux ?
Néanmoins, Téko se mit à penser un instant que cette nouvelle pourrait lui apporter quelque chose… Oui… Si il parlait à cet homme il pourrait savoir. Il devait, il voulait savoir pourquoi. Comment cet homme, Marcus Alambra, avait-il put ordonner et exécuter le meurtre de sa famille. Quelle logique avait donc animé ses actes affreux ? Il s'était longtemps posé la question, peut-être parce qu'il ne voulait pas se contenter d'une réponse simple. Peut-être s'agaçait il pour rien ? Peut-être étaient ils simplement méchants et emplis de haine ? Non, les réponses des autres, des adultes, n'étaient pas assez… Ces réponses ne lui suffisaient pas, comme si il savait déjà que la vérité était autrement plus complexe… Et il ne voulait pas ignorer cette vérité, non, pas celle là.

-J'aurais une requête, monsieur, lança t-il, interrompant le soldat dans sa sortie.
-Oui mon garçon ?
-Est-il bien emprisonné ici même ?
-En effet, mais n'aie crainte, il est enchaîné et désarmé. Et de toute manière, cette maison possède de puissants mages, il serait fou de sortir de sa cellule.
-Dans ce cas, puis-je le voir ? J'aimerais lui parler.
-Mais… Pourquoi donc ?
Dit il, légèrement surprit.
-Je n'en ai pas le droit ?
-Aucune idée. Il faudra demander au comte, je suppose… Sur ce, je prends congé.

Et dès qu'il fut sortit, refermant la porte derrière lui, Téko rangea son livre. Le jeune orphelin des Dyra partit trouver le père de Saero, le comte Ramirez Adamas, qui était la plus haute autorité de la maison. Téko le trouva dans son bureau, où il aimait écrire son journal à ses heures perdues, comme en ce moment. Il s'excusa de le déranger et alla directement au vif du sujet pour formuler sa demande ; il voulait rencontrer Marcus Alambra et lui parler, seul à seul. Certes, même les barreaux, la rencontre n'était pas rassurante, mais Téko sentait que des adultes le feraient taire à la moindre occasion.
-Je regrette mais… Pourquoi te laisserais-je faire une telle chose ? Je ne sais pas si le voir ne te fera pas plus de mal qu'autre chose, fit le comte, soucieux, en relevant son monocle. Que pourrais tu bien lui dire ?
-J'ai des raisons. Je serais le futur comte Dyra… Je dois savoir pourquoi ma famille a été tuée, car même si je n'ai que quatorze ans je serais bientôt adulte. D'ici quelques années, je reprendrais la direction des terres de mon père, j'aurais des personnes sous ma responsabilité… Et de tels événement de doivent pas se reproduire.
Téko avait parlé avec une assurance que Ramirez avait rarement vue chez lui. Dès que le garçon était déterminé, il semblait d'un seul coup gagner en maturité. Tout en se disant qu'il aimerait que son propre fils Saero ait parfois tel tempérament, il accepta, estimant qu'au fond, Téko était assez intelligent et avait raison de vouloir cet entretien. Ainsi il lui promit que le lendemain même, il serait autorisé à rencontrer Marcus Alambra.
-Néanmoins, ne soit pas naif. C'est un homme convaincu jusqu'au plus profond de son être, il n'admettra jamais qu'il a tort.
-C'est… Sans doute pour cela que je veux lui parler.
-Je met mes espoirs en toi, jeune Dyra. Tu es peut-être un piètre mage, mais tu as de l'esprit, tu saura diriger mieux que ton père même.


Téko ne dit rien de cette rencontre à Saero, il ne voulait pas l'agacer avec ça. Les conflits et les intrigues politiques, il les trouvait repoussants, et le bonheur était son seul idéal.
Le jeune haut noble fut, le lendemain matin vers la même heure, accompagné jusqu'à la cellule en sous sol par le même soldat que hier, qui ne fit aucun commentaires. Ils descendirent dans les cachots jusqu'à sa cellule, s'arrêtant à quelques pas des barreaux.

-Marcus, quelqu'un pour toi ! Et pas de conneries, je veille, fit le soldat avant de se tourner vers Téko. Bon… Vu que je dérange, je suis à l'entrée au cas ou… Evite de le provoquer quand même.

Téko n'avait aucune intention de le faire, la revanche ne l'intéressait pas. Une fois le soldat parti il avança pour être juste en face des barreaux.
-Je n'y crois pas… Fit le résident du cachot sombre dans un rire. Le fils de Garrus viens me voir en personne.
Dans cette obscurité, il apercevait celui qui était responsable de la mort de sa famille… Il en avait encore de terribles souvenirs, mais bien que grand, l'homme blessé et enchaîné semblait moins effrayant que dans ses cauchemars. Malgré cela, des sentiments déplaisants, de la peur, de la haine, ressurgissaient dans son esprit… Il devait les contenir pour ne pas perdre la face, car ni la colère ni la tristesse ne l'aideraient.
-Alors, tu va me regarder avec ces yeux pendant combien de temps encore ?
-Je suis venu pour te parler.
-Je vois. Eh bien, j'attends, couvre moi de jurons !
-… Je ne cherche pas le conflit, mais des réponses à des questions.

L'homme qui restait au fond, calé contre un mur, se leva pour se poster debout, en face des barreaux et de Téko. Un instant le jeune Dyra eu envie de reculer face à son imposante corpulence.
-Alors, je t'écoute.
-Il y a deux ans, avec la confrérie que tu dirigeais, tu as tué toute ma famille… Ce que je voudrais savoir, c'est les pensées derrière ces actes.
-Pourquoi te pose tu la question ?
Fit Marcus, cynique. On a déjà du t'expliquer que nous l'avons fait par haine, et ce n'est pas un mensonge.
-Je sais… Je le sais très bien ! Mais qu'est ce qui a causé cette haine ? Il doit y avoir une raison.

Les coins des lèvres du grand homme se soulevèrent un peu dans un léger rire, ce qui irrita Téko, qui tâcha pourtant de n'en montrer rien.
-Les raisons sont multiples. Certains disent que c'est une vieille rancune de guerre car nous serions des Waien. Cela est faux. Les terres ou j'habite sont certes Waiennes à présent, mais c'est à haynailia que j'ai grandis, et autrefois je priais l'Empereur Dieu avec respect. La vérité est que la moitié de la confrérie est constituée d'haynailien ! « Comment des hommes peuvent tuer leurs propres maître et blesser leur propre patrie ? ». C'est pour éviter cette questions qu'ils ont préféré nous croire Waien, ennemis jusqu'à la souche. Mais peut-être ont ils préféré aussi oublier que, seulement cinquante ans auparavant, les waiens étaient des habitants de leur Empire.
-C'est parce que je ne voulais pas juste des réponses aussi simples que je suis venu. Maintenant explique moi !

Téko se mordit les lèvres ; il venait de s'emporter et Marcus n'ôtait pas son sourire narquois de son visage.
-Soit. Nous avons tous dans la confrérie des raisons différentes de hair la noblesse. Cependant, nous ne frappons pas n'importe quand, et nous ne ciblons pas n'importe qui. Le but du printemps de 1834 était d'éliminer des familles qui avaient abusés de leur titres et de leur pouvoir en utilisant à outrance les fonds du comté pour leurs problèmes personnels.
-Attends… C'est impossible. Mon père était un homme bon, jamais il n'aurait pensé à abuser de sa position… Les gens le reconnaissaient comme une bonne âme.
-Sans doute… Mais peut-être pas pour tout le monde.

Tu dois savoir que sa femme, ta mère donc, était atteinte depuis sa naissance d'une maladie que personne n'a put soigner. Je me suis renseigné, car un de vos domestiques était un de mes contacts. Le rêve du comte était d'emmener toute sa famille en voyage dans une autre contrée, tu t'en souviens certainement.
Il y avait un ton dédaigneux dès que Marcus parlait de son père…
Ceci mis à part, oui il s'en souvenait bien. C'était la promesse que répétait son père depuis que lui et Kazie avaient atteint l'age de la raison… Aussi que remontaient ses souvenirs, il avait toujours vu sa mère avec une santé faible. Souvent elle était alitée ou n'avait pas la force marcher seule. Il entendait également des dires effrayants disant qu'elle pourrait un jour mourir à cause de son état, laissant sa famille derrière elle. Cela faisait paniquer son père le comte, ses paupières étaient souvent cernées de fatigue, et il voulait absolument faire ce voyage avant que sa femme ne meure… Mais comment ? Il était impossible qu'elle se déplace !

-Oui, mon père voulait désespérément sauver ma mère. Pourquoi me parler de ça ?
-Parce que plus de la moitié des impôts du comté, des biens du peuple, on été dilapidés pour tenter vainement de soigner une seule femme ! Et c'en était trop… Oui, la femme du comte coûtait trop, et certains en avaient assez.
-… Tu dis qu'il avais donc tort de sauver la femme qu'il aime ? C'est stupide !
-Oui, il était stupide de gâcher tant de moyens pour une femme condamnée. Certes, Garrus Dyra n'a jamais blessé, insulté ou méprisé ses gens… Mais il était vide d'actes. Dehors, c'était le chaos, la faim ! Et il ne voyait rien. Oui, il avait tort de chercher un remède fictif plutôt que d'aider des centaines de gens, dont la plupart croyaient en lui.
-Cela faisait il de lui un homme mauvais ? Ma famille méritait elle un massacre ?
-Les dirigeants idiots peuvent se montrer dangereux qu'un tyran cruel parfois… Ce n'est pas une question de mal. Etre un incapable est parfois assez pour justifier une punition. Il a choisit la voie la plus égoiste et n'a pas vu ce qui était important, c'est pourquoi lui et sa famille ont reçu ce châtiment.
-Et vous êtes fiers de ce que vous avez fait ? Vous ne pouvez pas comprendre l'horreur de voir sa famille et tout ses proches se faire tuer !
S'emporta Téko, au bord des larmes.
-Si, je peux comprendre cette horreur, et je n'ai pas de regrets à avoir. Quand à en ressentir de la fierté, c'est autre chose… Les conséquences de cet acte n'étaient pas désirables. L'homme qui nous a permis d'effectuer l'opération, en nous donnant l'argent et les informations nécessaires, nous a manipulé. Pour nous, c'était un acte de vengeance, que nous débordions de rage de faire, et un avertissement pour la noblesse… Jamais nous n'aurions put passer aussi facilement sans aide. Je ne peux malheureusement par révéler l'identité de l'homme en question, j'y perdrais ma famille… Néanmoins tu dois savoir une chose : l'objectif de ces personnes était de déclencher la guerre contre Waien qui se déroule actuellement, ainsi que sans doute, éliminer des familles gênantes pour eux.
-Et quel intérêt de me dire cela ?
-Tu ne le vois ? Je veux juste te dire que tes ennemis sont aussi dans ton camp. La pire chose avec la noblesse, c'est sa capacité à s'entre tuer…
Un jour, tu seras parmi eux. C'est à toi de décider si tu sera un naif, un chien affamé de pouvoir, ou un dirigeant réfléchi. Votre rang est symbole de votre pouvoir… Si je suis rebelle, c'est seulement parce que vous oubliez qu'il est symbole de votre devoir également.
Téko serrait les poings. Sa souffrance était son seul argument face à l'homme responsable de ses malheurs… Il était dégoûté, dégoûté car il trouvait que l'homme n'avait pas tort. Pourquoi ne pouvait il pas, malgré toute sa haine, traiter Marcus en monstre sans raison ? Téko, qui était en recherche de réponses non manichéenne ou naives, regrettait à présent que le monde ne soit pas aussi simple que dans les romans qu'il lisait petit… Des amis de son père auraient put vouloir sa mort, peut-être même qu'ils étaient véritablement derrière cela ! Alors il était perdu… Il ne pouvait pas rester ainsi, il devait affronter la réalité.


-Je… Comprend, dit il, finalement. Je ne te pardonne pas, je ne le ferais jamais, mais je comprends ce que tu veux me dire.
L'homme resta surprit un instant, avant de sourire à nouveau… Ce sourire n'était pas sarcastique.

-Tu es étrange, étrange mais… Tu m'as plut. Tu sera sans doute différent des autres...
-Vos compliments ne me font pas grand-chose.
-Certainement. Mais tu as mérité une récompense. Je vais te donner un dernier savoir avant de quitter le monde des vivants, et tu en fera ce que tu veux…


Ta sœur est en vie.

Téko fut comme foudroyé par la nouvelle à ce moment là. D'un coup il attrapa les barreaux juste en face de Marcus.
-Ne te moque pas de moi ! Si elle était vivante, ou serait-elle alors ?
-Ca, je ne le sais pas. C'est nous qui en premier l'avons capturé en tant qu'otage pour fuir le pays en sécurité, mais quelques jours après l'opération… Elle avait disparut, les hommes qui la gardaient, massacrés.
-Comment peut tu donc affirmer qu'elle n'est pas morte ? Deux ans se sont écoulés !… Deux ans… Qui sait ce qui a put arriver ?… Pourquoi te croirais-je ? Donne moi une raison !
-Je n'ai pas à te donner de raison, et je ne peux te dire pourquoi je suis si sur qu'elle est en vie. Me poser d'autres question sera inutile… Laisse moi maintenant, je n'ai aucune raison de te mentir.

Et son regard était plein de sincérité à ce moment là, en effet…
-Il n'y a aucune preuve ! Enragea Téko en lâchant les barreaux furieusement. Qu'est ce que m'apporte ce savoir, hein ?
-L'Espoir.

L'homme rit alors, d'un rire triste semblable à un pleur, et retourna dans le fond de sa cellule noire… Il ne répondit plus à les appels de Téko, qui finit par partir, emmené par le garde qui avait entendu l'agitation de ce dernier.

Ce fut le dernier mot que Marcus Alambra prononça dans sa vie… L'on dit qu'il resta silencieux lors de son exécution, avant de le murmurer encore sur le billot.


Il n'avait pas menti, car Kazie était bien en vie, et à présent il était près d'elle… Téko ne lui parlerait bien sur pas de cela, pas un mot… Sa haine envers Marcus devait encore être bien plus grande que la sienne.

Une fois le repas fini, Téko eu l'idée de faire une partie d'échec avec Kazie, comme au bon vieux temps. Elle l'accepta avec joie, ce qui la sortit immédiatement de l'humeur sombre ou elle était entrée. De toute manière, chacun de ses amis étaient occupés, et actuellement il n'avait que l'envie de passer plus de temps avec elle…
Sur ce point, Saero lui était actuellement semblable car il se trouvait presque en permanence aux côtés de Nelzia. Cette dernière ne rejetait pas du tout sa présence, mais en était tout de même parfois gênée. Cela était compréhensible car une fois lancé, Saero était véritablement… Envahissant. Téko lui fit de loin un sourire compatissant, elle le sourit également d'une expression plus douce et il sortit de la salle avec sa sœur.

-J'espère que Saero ne l'agace pas trop… Il est terrible parfois, fit Téko.
-Je crois surtout qu'elle ne comprends pas ce qu'il veut. Tu sais, elle n'a jamais connu l'amour et n'y comprends pas grand-chose non plus… Bon sang, elle est adorable. Qu'est ce que j'aurais été triste sans elle…
-C'est ta meilleure amie… Sans nos amis nous serions devenus bien pitoyables, pas vrai ?
-Cela est sur… Mais tu n'as pas intérêt à les préférer à moi !
Fit elle en riant, pinçant la joue de Téko, et il rit avec elle.


Et pendant ce temps, Saero continuait de parler. La conversation avait rapidement tournée à sens unique, seul lui parlait, pourtant Nelzia faisait l'effort de l'écouter.
-Excuse moi, ce n'est pas contre toi je te jure… Mais je dois aller m'entraîner.
-Ah ? Vous le faites quotidiennement ?
-Bien sur. Les mages font pareil avec leurs sorts non ?
-Oui, en effet…
Dit il, omettant le fait qu'il oubliait souvent de s'exercer sérieusement. Mais cela vous dérange donc que je vous accompagne ?
-Non, pas vraiment… Mais j'y mettrais une condition.
-Allons ! J'accepterais n'importe quoi.
-Je voudrais que tu me tutoie,
fit elle se levant de son siège. Et que tu arrête de me traiter comme une princesse, ce n'est pas du tout mon genre.
-Eh bien, si ce n'est que ça… Je le ferais !

Saero était en vérité intérieurement réjoui d'avoir passé l'étape du vouvoiement. Il la suivit alors, pendant qu'elle se dirigeait vers la salle d'entraînement qu'elle utilisait quotidiennement. C'était Ydard, qui lui avait apprit l'escrime, qui avait aussi emménagé cette salle, petite, mais qui suffisait largement à l'usage des de personnes. Elle disposait d'un mannequin de bois sur lequel étaient peints des cercles rouges aux emplacement vitaux du corps humain. Il y avait dans un tonneau des épées entraînements. Nelzia retira alors sa veste, dévoilant ses épaules nues. Elle avait une tenue de combat faite par son père et accompagnée d'une armure qu'elle portait seulement dès qu'elle allait dehors, pour ses entraînement elle se contentait de ses vêtements habituels, c'est à dire son haut et son pantalon serré.
-Pourquoi cette fascination pour l'épée ? Demanda Saero. Non pas que ça me dérange, mais Helio semble être un pacifiste, cela me surprend donc.
-Je ne peux pas dire qu'il était d'accord au départ pour que l'on m'enseigne les armes… C'était un caprice de ma part, je voulais pouvoir me défendre et défendre les autres également.
-Je pense que comme Helio je préfère la non violence au possible, mais tu es vraiment brave, ça force l'admiration. Pas étonnant que tu ai vaincu Dally.
-Merci,
sourit elle en ouvrant le large tiroir d'un meuble à l'aide d'une clef. C'est étrange d'ailleurs, il m'a remercié, je n'ai pas compris pourquoi.
Elle sortit du tiroir une superbe rapière, rangée dans son fourreau. Forgée pour elle, cette épée était clairement au yeux de Saero digne de sa beauté. La garde même de l'arme était décorée avec un soin d'artiste qu'il reconnaissait.
-D'où viens cette épée ? Je n'en ai jamais vu d'aussi bien faite.
-C'est un cadeau de mon père, c'était pour mon douzième anniversaire. Il m'a dit que si je devais me battre, ce serait avec la meilleure des armes. C'est mon objet le plus cher.

Elle tira la lame du fourreau de sa main délicate mais forte, et l'agita dans l'air dans un mouvement précis. L'épée fine avait, pendant le mouvement, luit d'une lumière bleue pâle.
-Elle s'appelle Comète. C'est une lame forgée dans du Valium, un métal rare qui brille si il entre en mouvement dans l'air. Ydard dit qui n'y a pas meilleure lame pour moi.
-Cela est bien vrai. Ydard est ton mentor n'est ce pas ?
-Oui, c'est même un peu comme un oncle pour moi. Il dit souvent que mon père est trop indulgent et qu'il faut une personne sévère à mes côtés… Je crois bien qu'il a raison.

Elle se lança ensuite à nouveau dans son entraînement, répétant les mouvement habituels qui constituaient son exercice que lui avait apprit Ydard. Dès le moment elle s'exerçait, elle n'accordait que peu d'importance à Saero, entièrement concentrée sur sa lame. Ce dernier se sentait comme un voyeur, mais était également totalement subjugué par la beauté et la puissance impérieuse qu'il voyait dans chaque mouvement de Nelzia. Au grand jamais Saero n'aurait auparavant imaginé qu'il tomberait sous le charme d'une guerrière,  les demoiselles de cour et princesses qui hantaient ses songes se révélaient à présent bien fades face à elle. Il n'osait pas s'approcher plus, de peur d'être entraîné dans la rafale d'éclairs bleus que maniait avec élégance l'escrimeuse, dont le regard ayant la couleur du ciel d'été ne se déconcentrait pas une seule seconde, et elle semblait faire corps avec l'épée. Cette prestance, cette stature si fière et infaillible ! Nul artiste n'aurait su en imiter la beauté! Saero détailla non sans délice le mouvement des jambes et des hanches de Nelzia, celui de ses beaux bras, et sa bouche qui haletait suite à l'exercice, qui avait également ouvert d'un bouton son décolleté sans qu'elle ne s'en aperçoive.
Dès qu'elle s'arrêta, Saero respira un grand coup, comme si elle lui avait coupé le souffle tout le long.
-Excuse moi, je me suis emportée et je t'ai totalement oublié, fit Nelzia, passant la main sur son front.
-Ce n'est pas grave, t'observer me suffit.
-Ah…
Dit elle en partant ranger son épée avant de se retourner. Tout de même, je ne crois pas mériter tant d'attention.
-Tu en mérite largement, de ma part en tout cas.
-Je ne comprends toujours pas.


C'était le moment idéal pour tout lui dire ! C'est ce qui vint à l'esprit de Saero. Il n'avait rien préparé, il était peut-être trop tôt, mais peu importe ! Il devait tout lui dire, maintenant ou jamais, car il était de toute manière sur de ses sentiments. Il fit deux grands pas vers Nelzia et lui prit doucement la main, la regardant droit dans les yeux.

-Nelzia, je suis conscient que cela est soudain mais… Je suis tombé amoureux de toi ! Dès le premier regard je l'ai su! Je t'aime, je t'aime depuis notre première rencontre, tu fut l'étincelle qui alluma la flamme endormie et inconsciente de mon amour ! Je sais encore une fois, que je te prends par surprise, mais face à toi, mon cœur baisse les armes, je suis vaincu.
-Euh, je…
-Ne dis rien ! Je te sais troublée mais mes sentiments ne pourraient êtres plus honnêtes ! Que l'on me damne si je mens à une femme aussi pure, je serais le pire des fripons d'abuser de ta bonté ! Non ! Pour mon amour, je serais prêt à m'offrir, à me jeter à genoux, à…

-Laisse moi répondre ! Fit elle en haussant le ton, interrompant Saero dans son exaltation.
Je… Commença t-elle, avec grande gêne. Comment le dire ?… Je ne suis pas amoureuse de toi.
Saero fut brutalement stoppé dans son élan par cette phrase. Oui, il s'y attendait, mais avait tout de même l'impression d'avoir reçu une véritable gifle mentale. Néanmoins, est ce que cela suffirait à éteindre son coeur ? A le faire renoncer ? Pas un homme comme lui, non ! Il était de ceux qu'il fallait mettre cent fois à terre pour les abattre. 
-Je ne veux pas te blesser ! Fit elle, de peur d'avoir été cruelle. C'est juste que, soyons franc, je ne te connais pas du tout, pas plus que je connais quelque chose à l'amour.
Et elle n'y avait en effet auparavant jamais porté d'intérêt. Son enfance débordait de contes épiques, de chevaliers et de dragons, et ses yeux ne s'étaient jamais porté sur la romance. Malgré cela, la dernière phrase de l'escrimeuse, au contraire, faisait naître l'espoir dans le cœur de Saero. Si elle ne connaissait rien à l'amour, elle avait tout à découvrir ! Et si lui était tombé amoureux d'un coup un seul, cela ne voulait pas dire qu'il ne pourrait jamais conquérir son cœur ! Pour cela, il était prêt à tout.
-Dans ce cas je n'ai qu'à te faire tomber sous mon charme, fit il dans un clin d'œil.
-Eh bien, pourquoi pas ? Mais tant que tu ne réussis pas, je resterais ton amie, et rien d'autre.
-Je le supporterais. Et je réussis toujours ce que j'entreprends, sois en assurée.



Téko et Kazie s'étaient installés dans un des salons. Il avait toujours eu dans son sac de voyage un petit jeu d'échec en bois qu'il chérissait beaucoup, car il l'avait fait entièrement lui même. Il se souvenait qu'en taillant ces pièces, il avait sentit ses yeux humides à cause de la mémoire des parties qu'il jouait avec sa sœur…
Ce jeu avait ensuite beaucoup servit face à Saero, mais il était plutôt mauvais. Dally, lui en revanche, se débrouillait, mais Téko se retenait toujours contre eux, sinon les parties seraient trop faciles . Néanmoins ce serait sans doute pareil avec sa jumelle qui n'avait pas jouée depuis cinq ans. Dès qu'ils commencèrent la partie, Kazie ne fut en effet guère impressionnante, il manqua d'ailleurs volontairement un échec et mat pour prolonger le jeu, cependant au bout d'un moment elle se mit à prévoir certaines de ses tentatives et à faire des coups surprenants.

-Échec au roi, fit elle alors en avançant son cavalier.
-Impressionnant… C'était bien placé. Je pensais que tu t'étais rouillée mais tu te débrouille bien ! Complimenta Téko.
-Ne me fais pas rire, tu aurais déjà gagné si tu le voulais.
-Tu l'as déjà remarqué ?
-Tu ment très, très mal.
-Je fais de mon mieux… Ceci mis à part, je te trouve douée quand même pour une joueuse occasionnelle.
-Oh, mais ça mon cher frère, cela n'a rien à voir avec le talent,
dit elle un sourire en coin.
-Alors quel est ton secret ? Demanda t-il en déplaçant son roi.
-Je perdrais sûrement face à n'importe qui d'autre, sauf que toi… Je te connais, je sais comment tu pense… Enfin, ça me permet de prévoir ce que tu ferais dans une certaine mesure, répondit-elle, avançant aussi une de ses pièces.
-Cela m'impressionne mais on dirait que ça ne suffit pas. Dis adieu à ta reine.
-Eh ! Tu deviens sérieux tout d'un coup ?
-Ma pitié pour tes beaux yeux a sa limite Kazie,
plaisanta t-il avec un sourire victorieux. Prépare toi, je te laisse encore deux tours avant que tu ne t'écroule.
-N'essaye pas d'être imposant, ça ne te va pas du tout.

Mais effectivement, deux tours plus tard il prononça l'échec et mat. Kazie avait perdue, mais elle perdait la grande majorité de leurs parties même à l'époque, néanmoins jamais elle n'était lassée. Cela lui faisait simplement plaisir de jouer avec son frère.
-Tu devrais tout de même tenter de jouer contre un adversaire à ta mesure, j'aimerais voir ce que tu donne dans cette situation, dit elle.
-Cela ne me dérange pas, mais qui ?

Et comme par hasard, à ce moment opportun, arriva Rasoul qu'on entendait de loin à cause des bruits de grelots de son accoutrement. Il ne faisait pourtant, semblait-il, que passer devant la porte, mais Kazie interpella l'étrange sorcier.
-Rasoul, voudriez jouer à un jeu avec nous un moment ?
-Beh voyons morveuse ! Ai-je une tête à jouer à des jeux ?
Dit il de sa voix rugissante. Non, je ne suis pas un garde d'enfant, laissez moi en paix !
-Quel dommage ! C'est un jeu qui demande de la stratégie et non de la chance, j'aurais pensé que ça l'intéresserait. Mais de toute façon, c'est évident que mon frère est bien meilleur que ce vieux charlatan, non ?
-… Quoi ?
-Kazie, ce n'était pas très sympathique de…
-Je joue, gamin.
Fit Rasoul en entrant finalement. Il n'avait pas été difficile de le convaincre… Il était sûrement un peu trop fier.
-Vous êtes sur ? Vous savez jouez aux échecs ? Demanda Téko.
-Non. Contente toi de m'expliquer les règles, une fois suffira !
Kazie laissa sa place au chaman Scarrath qui posa son bâton à terre, écoutant les explications de Téko sur le jeu. Le jeune homme avait du mal à comprendre pourquoi jouer contre un homme qui ne savait rien des échecs… Sa sœur avait quelque chose derrière la tête, c'était évident.
-Je vois, fit Rasoul après les explications. Cela semble assez simple. Nous commençons donc ?
-Oui. A vous l'honneur.

-Téko, surtout ne retiens pas, fit Kazie qui observait, impatiente de voir le résultat.
Les premiers tours de Rasoul n'avaient rien d'extraordinaire. Téko voyait bien que c'était un débutant, néanmoins il n'allait pas retenir ses coups pour autant… Au fur et à mesure que la partie avançait, Rasoul se débrouillait de mieux en mieux, pire, prenait parfois l'avantage. Puis cela ne fit qu'empirer et empirer… Téko commença à rapidement perdre ses pièces et l'avantage du terrain, à se faire dominer, et finalement…

-Et je place mon fou… Là ! Je crois que c'est fini, dit Rasoul. Quelle est la phrase que l'on dit déjà ?
-Échec et mat… Dit Téko, ébahit. Il venait de prendre la défaite de sa vie.
-Voilà, c'est ça, échec et mat. Ce jeu est plus complexe qu'il n'y paraît, ce fut amusant. Néanmoins on pourrait l'améliorer, doubler la taille du plateau et le nombre de pièces, et en ajouter de nouveaux type aussi… Quoique les parties pourraient se trouver un peu longue.
-C'est réellement votre première partie ? Vraiment ?
Dit le jeune noble qui ne pouvait y croire.
-J'en avais vaguement entendu parler… D'ailleurs, il faudrait en changer le nom, je n'aime pas le mot « échec ».
-Comment c'est possible…
Continua de murmurer Téko à lui même, recréant dans sa tête chaque tour pour comprendre la stratégie qu'il avait utilisé. Mais il était toujours aussi absurde de penser qu'à sa première partie d'échecs il ait put lui infliger une telle défaite…
-Ah la la… Fit Kazie dans un soupir. Désolée pour ça. Je voulais voir si la réputation du vieillard était véritable.
-On trouve toujours meilleur que soit. Une défaite est un prix honnête contre une leçon, dit Rasoul.
Il rit en s'en allant, avant de tousser, ramassant son sceptre en se levant.
-Eh bien… Il avait l'air ravi, s'étonna Kazie. C'est rare de le voir d'une humeur autre que massacrante.
-Tu as une idée de comment il a fait ça toi ?
-Moi ? Eh bien non… Je sais juste qu'il est très intelligent, paraît il, et que c'était le meilleur stratège de son temps.

-Entre être bon stratège et apprendre les échecs en quelque minutes… Ça ne peut-être un coup de chance, il doit avoir un secret.
-Peut-être… Je doute qu'on puisse le savoir un jour de toute façon.
-Je le saurais! Ce secret ne m'échappera pas.

-Te voilà déterminé à nouveau, c'est bon de te revoir ainsi !
Le regard de Kazie se tourna alors vers l'horloge de la salle. Toutes les horloges du Soleil Rouge avaient toutes été fabriquées par Ynam , qui avait un savoir faire pour l'horlogerie également.
-Je m'absente un moment, je vais voir Ynam. Tu n'a besoin de revenir, je reviens vite.
-Bien,
répondit Téko, pas de problème.
Elle sortit donc et il se retrouva seul en proie à ses réflexions. Le coup de Rasoul l'avait vraiment intrigué et il ne pouvait s'empêcher d'y penser.

Il fut cependant, alors que sa sœur était déjà assez loin, dérangé dans ses pensées par quelques bruits derrière lui. Intrigué, il se retourna et immédiatement, sursauta : Rasoul était encore là ? Comment avait il put arriver dans son dos alors qu'il était sorti de la salle il y a quelques minutes ?
-Que faites vous là ?
-On dit que tu es intelligent, n'est ce pas ?…
-… C'est ce qu'on dit oui. Vous n'êtes pas venus pour me narguer tout de même ?
-Pas exactement, même si j'aurais put. Je suis juste venu pour te demander quelque chose qui m'intrigue…
-Quoi donc ?
-Comment n'as tu pas déjà remarqué ce qui est arrivé à ta sœur ?

-… Je ne vois pas de quoi vous parlez, fit Téko avec froideur en détournant le regard du sorcier.
-Tu le sais pourtant déjà.
Oui, Téko savait que quelque chose clochait, il le savait très bien. Mais si tout s'effondrait dès qu'il apprenait la vérité? Il fallait peut-être mieux ne pas la chercher, il était heureux actuellement, et il ne voulait risquer de briser ce bonheur si tôt.
-Tu as envie de connaître la vérité pourtant, non ?
-Qu'en savez vous ?
Fit il, irrité, en se retournant brusquement. Le vieillard n'était plus là. Aucun signe de sa présence, alors qu'il lui parlait tout juste. Avait il déliré depuis le début ? Peu importe… Cela lui avait ouvert les yeux. Cette situation n'était pas acceptable et sa décision était clair ; il allait chercher ce qui était arrivé à sœur, sans avoir l'aide d'Ydard, et de préférence sans que cette dernière soit au courant.

Il entendit alors des pas, c'était elle. Elle entra et il lui sourit. Il ne dirait évidemment rien sur sa conversation avec Rasoul.

-Qu'est ce que tu fais ? Demanda t-elle en s'approchant et penchant la tête vers lui.
-La même chose que tout à l'heure, je réfléchis.
-Eh bien, tu as trouvé la réponse à ta question ?
-Pas encore, mais cela viendra.

Elle sourit et il regarda avec attention son doux visage comme pour y déchiffrer le mystère. Son regard s'arrêta sur ses yeux. Des yeux d'or sublimes, deux flammes jaunes semblant ardentes comme les braises….
Et malgré sa beauté, quelque chose n'allait pas. Oui, elle était sa jumelle et il n'avait pas le souvenir qu'il y ait entre eux une telle différence…  Ses yeux devraient être bleus comme les siens, non, ils l'étaient même bel et bien auparavant. Quelque chose s'était passé pour que cela ait changé… Il n'avait put le comprendre auparavant car il ne voulait pas voir cette vérité qui l'effrayait.

-Quel est donc ce regard fixe que tu as là ? Fit-elle en caressant les cheveux de son frère.
-Jamais je ne me laisserais de toi, c'est tout. Sourit Téko avant de l'embrasser tendrement. Il se sentait coupable de lui mentir, mais il savait que son choix était le bon.

Ainsi, dès qu'il finit encore par la quitter vers la fin de la journée, Téko ne cessa de réfléchir à ce qui était arrivé à sa sœur. Bien sur, il continua à feindre l'ignorance et à se comporter normalement, mais il trouva bien vite au bout de la seconde journée la réponse à sa question, semblant à présent si évidente…
Sa sœur avait une maladie qui l'empêcherait de sortir, mais elle n'avait eue aucun problème à aller la nuit dehors à ses côté la dernière fois malgré le froid : c'était incohérent. Ajouté à cela la couleur de ses yeux, et la blancheur même de sa peau qui était surnaturelle… Dès le début il avait toutes les pièces qu'il lui fallait pour atteindre la vérité, même si l'hypothèse semblait improbable, absurde…
Sa sœur n'était plus humaine.
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Re: Le Soleil Rouge

Message par DALOKA le Dim 14 Juin - 17:55

Chapitre IV


Un jour de décembre, alors que l'on déjeunais comme d'habitude, Ydard, qui s'était absenté pour réapprovisionner le garde manger, était aussi revenu avec une nouvelle de grande importance.
-Ca y est, la guerre est finie, disait-il en posant son lourd sac de toile contenant leurs vivres.
-Enfin… Souffla Nelzia avec soulagement. Cela faisait cinq ans déjà qu'elle durait et semait le chaos dans la région.
-Ne te réjouis pas trop vite, prévint son mentor, même si un traité de paix fut signé on ne sait pas ce qui peut arriver. De plus, certaines personnes peuvent vouloir continuer le conflit, hors de question d'endormir notre prudence.
-Comment cela s'est il déroulé?
Fit Helio, l'air sérieux et intrigué, après une gorgée de thé.
-Haynailia a réussit à attaquer Cérinorst, ça n'a pas duré longtemps. Les mages de guerre se sont améliorés, je n'aurais pas aimé être là bas… Il paraît que le général Marc Aneran a tout fait brûler.
-Quelle catastrophe… Ces pauvres gens vont devoir tout reconstruire.
-L'Empire devrait leur accorder leur soutien pour reconstruire… Enfin, surtout pour renforcer les défenses, en fait, cette ville est un point stratégique. Crois moi, ils ne comptent pas s'arrêter là.
-J'en ai bien peur en effet… Ce ne sera qu'un répit temporaire.

Ydard commença à aller déposer le contenu de son sac dans les lieux appropriés, et Nelzia, qui avait fini son repas, décida bien sur de l'assister… Saero la rejoint bien rapidement pour l'aider, ce qui arracha un sourire à Ydard.

Le déjeuner fini et tout rangé, Helio décida de retourner à son jardin pour y méditer comme le voulait son rituel quotidien, cependant il remarqua vite que Dally l'avait suivi.

-Que veux tu ? Tu ne devais pas t'entraîner ?
-Si… Mais, j'ai quelque chose à vous demander.
-Si ce n'est que ça, je t'écoute.
-Je suis jeune, et j'ai beaucoup à apprendre. Cependant j'ai réalisé que, non seulement je devais progresser, mais que je ne pourrais pas progresser tout seul. J'ai besoin de force… Mais ça ne suffit pas. J'ai besoin de quelque chose d'autre, que je ne saurais pas vraiment vous décrire, mais qui me permettra de devenir… Comment dire… Un homme meilleur ?
-Ou veux tu en venir ?
-Je veux que vous m'enseignez… Votre manière de combattre.
-Moi ?
Fit Helio en riant. Enfin, pourquoi pourrais-je t'entraîner ?
-Ne mentez pas, vos bras semblent suffisants pour tuer un homme sans l'aide d'arme, et la manière dont vous marchez, dont vous faites chaque geste… Elle me fait penser à celle d'un moine de mon pays. Il n'est pas dur de voir que vous n'êtes pas n'importe qui.
Le grand homme soupira un instant en se grattant la barbe, il était inutile de feindre la faiblesse face à ce garçon.
-Je refuse de t'apprendre quoique ce soit, je n'ai pas envie d'apprendre à quelqu'un à mieux tuer.
-Justement ! J'ai besoin que l'on m'apprenne comment utiliser ma force, je ne veux pas être qu'un tueur.
-Ta volonté est noble, tout comme l'est celle de ma fille en voulant apprendre avec Ydard… Mais suivre mon enseignement est plus que tu ne le crois. Cela fait longtemps que je n'ai plus eu d'élèves.

Helio se retourna alors pour se rediriger vers son jardin.
Tu devrais réfléchir à ta décision.
-Croyez moi, je ne lâcherais pas l'affaire.
-Les jeunes… Toujours aussi têtus!
Dit-il, riant. Bon, je vais te donner une période d'essai, juste pour voir si tu as le mental nécessaire. Au premier faux pas, on arrête tout.
Dally ne put s'empêcher de sourire ; il avait obtenu ce qu'il voulait bien plus rapidement qu'il ne le pensait ! Ce n'était pas l'effort qui le ferait peur.
-Je vous en suis grandement reconnaissant. Quand commençons nous ?
-Tout de suite,
fit il, toujours le dos tourné. Essaye de me frapper.
-… D'accord, fit Dally, un peu perturbé par la demande.
Le bérilien dressa ses poings devant lui, supposant qu'on ne lui demanderait pas l'attaquer avec une arme pour un simple test. Il se doutait bien que Helio allait sans doute lui faire une prise et l'immobiliser, même si il avait actuellement les mains dans le dos… Mais si il pouvait le surprendre rien qu'un peu, alors il reconnaîtrait d'avance qu'il est qualifié ! Il se débrouillait pas mal à main nue, et nombreux avaient goûté à ses poings depuis le début de son voyage, encore plus qu'à sa lame.
Dans un cri, il exécuta un direct du droit fulgurant vers Helio qui se contenta, toujours mains dans le dos, d'esquiver en se décalant sur le côté.

-Crier avant de porter son coup ? Fit Helio, amusé. Il y a du progrès à faire… Réessaye.
Dally donna alors un autre coup de poing, qui ne fit à nouveau que fendre l'air. Il retenta encore et encore, jusqu'à en venir aux coups de pieds et tentatives de balayettes, mais rien à faire. Il ne le frôlait même pas, et il avait l'impression de frapper dans de l'eau inutilement. Pourtant, le bérilien ne renonça pas, jusqu'à même en finir essoufflé.
-Tu es un grand gaillard et tes coups sont rapides, mais sur la manière de les porter, tout est à revoir.
Le bérilien posa alors un genou à terre, frappant du poing le sol, enrageant, de son échec. Comment faisait il ? Il évitait les coup mieux que son frère aîné même ! Il avait un secret, une méthode spéciale, cela était sur. Malgré tout, Dally doutait fort qu'avec cette prestation pitoyable Helio allait le prendre sous aile.
-Tu as beaucoup à apprendre, mais je décèle en toi du potentiel, dit il souriant en relevant Dally. Ma fille n'aurait jamais put devenir mon élève, son don la pousse à prendre une autre voie… Cependant, tu es différent. Je vais te donner une semaine, et si tu te montre talentueux, je continuerais à t'enseigner.
-Merci infiniment,
s'exclama presque Dally, se sentant un moment triomphant. Qu'allons nous faire ?
-Oh… D'abord, s'asseoir et parler.
-… Parler ?
-Oui, c'est essentiel. Mais le jardin est plus adapté pour cela, plus reposant aussi. Tu as une fougue et une force à maîtriser, la paix de l'esprit est donc très importante pour toi… Et, j'ai besoin de vraiment te connaître si je dois t'entraîner. Nous avons l'après midi pour cela. Note aussi que je serais absent quelques jours à partir de ce soir, mais je te donnerais quelques consignes à méditer qui te seront utiles.

Ils arrivèrent devant les portes du jardin, qu'il ouvrit. Helio était légèrement surprit, mais agréablement. Les jeunes gens qui étaient venus dans sa maison se prenaient bien vite en main… Peut-être était ce l'ambiance qui les avaient changé ? Toujours était-il qu'il avait réussit, une fois de plus, à créer un lieu ou de jeunes gens pouvaient grandir malgré la guerre et la misère environnante… Voir ses enfants grandir avait toujours été sa plus grande fierté, et il espérait grandement la ressentir encore une fois.

 
Plus tard, à l'arrivée du soir, Kazie avait à nouveau donné rendez vous à Téko dehors. Bien sur, ce dernier lui avait demandé si cela ne risquait pas de nuire à sa santé, et elle avait répété que tout allait bien. Si Téko ne se doutait de rien, bien sur, il aurait immédiatement refusé… Cependant en acceptant il pourrait obtenir les réponses à ses doutes, elle ne pourrait pas faire mine de souffrir, et ne l'avait jamais fait. Étrange… Mais peut-être en vérité, voulait-elle qu'il se doute de quelque chose ? Peut-être… Qu'elle ne pouvait pas le dire elle même ?
Il la retrouva au même endroit que la dernière fois, sur les collines d'où l'on avait une vue imprenable sur les étoiles. Cette fois, elle était là avant lui, assise dans l'herbe. Elle lui sourit comme d'habitude, mais il sentait qu'elle avait l'air soucieuse, il le sentait de plus en plus, de jour en jour. Elle savait qu'elle ne pourrait garder son secret plus longtemps.

-Eh bien, ma princesse n'a pas sa robe ce soir ? Dit il en s'asseyant à côté d'elle. Kazie était habillée bien plus simplement ce soir, autant que lui en tout cas. Elle portait en plus d'un haut blanc, une culotte courte qui laissait ses jambes nues, et lui donnait un aspect très enfantin, innocent.
-Si je la mettais tout les soirs l'effet sur toi n'en serait qu'atténué, voyons, dit elle avant de poser sa main sur la poitrine de Téko, couverte d'une veste  déjà un peu usée. La prochaine fois que je la mettrais, je t'aurais trouvé un costume, comme je te l'ai promis.
-Je fais donc confiance à tes goûts !

-Et tu ferais bien ! Je te trouverais une veste… Bleue, plutôt foncée, se terminant en queue de pie… Et il y aurait… Des dorures ! L'intérieur de la veste serait d'un rouge éclatant… Oui, cela t'irait à merveille !
-Tu es sure ? Ca me semble un peu… Trop coloré,  extravagant… Je ne crois pas que ça me correspond.
-Tu as dis que tu me ferais confiance, alors fais le.
-Je le ferais, ne t'en fais pas.

Il pointa alors son regard vers le ciel étoilé et passa sa main par dessus l'épaule de sa sœur. De ses doigts il caressa les cheveux de Kazie, sa belle chevelure blanche qui tombait en cascade sur son dos, sa plus belle beauté.
-Tu aime vraiment les étoiles.
-Il n'y a rien de plus magnifique dans la nuit que le ciel,
fit elle, appuyant sa tête contre l'épaule de Téko, le regard vers la voûte céleste. Elle leva alors le bras pour indiquer une étoile différente des autres, légèrement orangée.
Il est rare de voir cette dernière. Avec Ynam, j'étudie les astres pour ne pas manquer les plus beaux. Celle là, on la nomme L'étoile du Roi, on dit que c'est l'âme d'un puissant dirigeant nommé Etherrus, qui vivait à l'époque ou les dragons étaient encore sur terre.
-C'est une histoire de contes épiques. Je ne savais pas que tu la connaissais.
-Oh, Nelzia raffole de ce genre d'histoires et Helio en raconte souvent.

Ensembles, ils observèrent longuement le ciel. De temps en temps, elle lui indiquait une étoile ou une constellation, mais ils n'avaient pas besoin de se parler en vérité. Il suffisait d'entendre le battement de cœur de l'autre, à ses côté, de le sentir près de soi. Mais Téko avait encore cette inquiétude, ce doute. Il ne pouvait rien dire, pas maintenant… Il avait l'espoir qu'elle le prenne pour une plaisanterie et qu'en effet, il n'eut fait que se faire des idées… Mais si c'était vrai, peut-être cela la rendrait triste qu'il l'ait découvert, ou même l'anéantirais… Téko ne pourrait supporter de voir ça, dans ce moment de bonheur.
-Téko, dit elle tout à coup sans quitter le ciel des yeux, as tu… Un rêve que l'on pourrait accomplir ensemble ? Quelque chose, n'importe quoi… Même si c'est stupide.
-Eh bien…
Dit il, réfléchissant un moment. Je ne crois pas. Être avec toi me suffit. En as tu un toi ?
-Oui, sourit elle en tournant son regard vers lui. Mon rêve ce serait… De pouvoir un jour danser une valse avec toi. Dans un bal, au son des violons…
-Si ce n'est que ça… Nous le ferons sans aucun doute. La paix va revenir, et je serais comte, nous aurons toutes les occasions de le faire.
-Sûrement…
Dit elle en jetant un sourire triste… Encore une fois, ce même sourire triste.
-Et sinon, tu n'as pas de rêve… Plus ambitieux ? Venant de toi, je m'attendais à quelque chose d'énorme, rit il, comme pour tenter d'effacer cette expression qui le troublait.
-Oui, j'en aurais bien un… Dit elle, se levant, restant silencieuse un moment, le regard retourné vers le ciel.
… Non, laisse tomber. C'est idiot.
-Dis toujours,
fit il en se levant également. Je veux l'entendre.
-Ce n'est pas la peine.
Il soupira, et enlaça alors Kazie dans le dos tendrement.
-Je serais prêt à tout pour toi, tu le sais.
-Je le sais… Téko, sans toi… Je crois que je…

Elle interrompit d'un coup sa phrase, surprise. Il semblait qu'elle avait entendu quelque chose, mais Téko lui, n'avait rien perçut.
-Oh non… Murmura t-elle, l'air désespéré, comme si quelque chose de terrible allait se produire. Pas ici… Pas maintenant…
-Qu'est ce qu'il y a ? Fit Téko, inquiet.
-Recule ! Fit Kazie en se dégageant de l'étreinte de son frère pour passer dans son dos, elle semblait observer les environs derrière eux, tentant de dénicher quelque chose… Ou quelqu'un, caché.
-Mais qu'y a-t-il ? Demanda Téko en tentant d'avancer. Kazie le fit reculer en le repoussant doucement du bras, avec une force qui ne correspondait pas à son physique.
-Reste derrière moi.
Kazhaar grinça des dents alors qu'à quelque mètres devant eux, les ombres qui s'étaient tapies dans les hautes herbes se dévoilèrent aux lumières du ciel devant le regard ébahit de Téko. Ils étaient cinq hommes… Non, ce n'étaient pas des hommes. Quatre d'entre avaient dans leur dos des ailes monstrueuses de chauve souris, et leurs yeux d'or, jaunes comme ceux de sa sœur, brillaient dans la nuit. Ils s'approchèrent alors à pas lents, et sa sœur restait devant lui comme pour le défendre. Téko fut alors horrifié en voyant les créatures s'approcher : leurs visages blancs n'avaient rien d'humain. Ceux dotés d'ailes avaient une tête menaçante et répugnante et dans leur… Mâchoire se dessinaient d'immenses crocs. Ils se tenaient courbés, comme des monstres sauvages. Le dernier était laid, mais était plus semblable à Kazie que les autres. Son crâne n'avait pas de cheveux, son nez et ses oreilles restaient pointues mais il se tenait dressé, vêtu d'un manteau noir. Il sourit, révélant des dents longues… Celles de sa sœur étaient pourtant similaires, il ne le voyait que maintenant. C'étaient des vampires, des créatures nocturnes buveuses de sang… Et sa sœur l'était aussi…

Les cinq prédateurs avançaient à pas lent, semblant prêts à bondir sur eux à tout moment. Mais ils prenaient leur mal en patience : l'homme en noir semblait être la tête de leur groupe.
-C'est donc elle… Fit un des vampires en dévisageant la jeune fille. Le Haut sang…
-Il n'y a pas de doutes là dessus, fit le chef. Nous avons enfin atteint notre but.
-Qui êtes vous et que voulez vous ?
Siffla Kazie. Elle avait d'un coup l'air d'un animal sauvage sur la défensive… Téko ne pouvait qu'observer, paralysé, ne comprenant ce qui se passait. Il avait l'impression que si il bougeait d'un pouce, il risquait de mourir…
-Mon nom est Doprus, enchanté, fit il poliment avec une révérence, d'une voix mielleuse qui n'allait pas à son visage.  Ceux que tu vois là sont mes alliés... Quand à la raison de notre présence, je pensais qu'elle serait toute évidente. C'est toi que nous voulons.
-Qu'est ce que vous voulez à ma sœur ? Laissa échapper Téko, avant de se rendre compte de son évidente faiblesse face à eux… Il était inutile de faire le brave.
-Ce n'est pas une affaire de mortel, jeune homme. Tu devrais fuir, fit le vampire.
-Et la laisser tomber ?
-Il s'agit là de faire le meilleur choix. Si tu ne le savais pas auparavant, ta sœur est un monstre de la même race que nous, de ce fait il serait sage d'autant la craindre que tu nous crains actuellement… Je te conseille en tant que gentilhomme. Si tu fuis, ta vie sera épargnée, tu sera sans danger…
-Surtout pas Téko !
Prévint Kazie, qui commençait à paniquer également. Si tu t'éloigne de moi je ne pourrais pas te défendre, et il se jetterons sur toi !
Oui, elle avait raison. Définitivement. Vampire ou pas, il lui faisait bien plus confiance qu'à ces monstres… Téko n'aurait pas fuit, même si il en avait envie, même si la peur glaçait son sang, même si il ne voyait pas comment s'en sortir.
-Vous n'en avez jamais assez ? Fit elle aux vampires, la voix tremblante. Je veux juste être en paix avec ceux que j'aime… Quand est ce que vous me laisserez tranquille ? Pourquoi faire ça… Juste pour du pouvoir !
Le vampire vêtu de noir soupira devant les plaintes marquées de sanglots de la jeune fille.
-Les enfants… Tous les même.
Il observa un à un ses subordonnés, qui formaient un arc de cercle en face des jumeaux. Il n'avait pas de temps à perdre avec plus de conversation, quelqu'un risquait de débarquer si ils traînaient trop.
-Capturez la, et tuez le garçon, ordonna t-il. Les vampires répondirent immédiatement à l'ordre en se jetant sur les deux jumeaux. L'un d'eux fondit vers Kazie, et bien qu'il ne portait aucune arme, il avait un bras puissant équipé de griffes létales, qui se dirigea tout droit vers la gorge de la jeune fille. Téko se dit alors avec horreur que tout était fini, ne pouvant pas être assez rapide pour sauver sa sœur du monstre vif… Mais cette dernière, plus rapide encore, saisit le bras avec aisance et le brisa d'un simple geste, le tordant, avant de repousser l'ennemi d'un coup de pied qui l'envoya voler au loin. Un autre l'attaquait de face, mais un phénomène encore plus bizarre que le dernier survint alors. Les cheveux de la jeune Dyra, comme animés, rendus vivants et plus longs par un sortilège, ligotèrent ce deuxième ennemi en un éclair, plus longs qu'il ne l'étaient normalement. Le troisième, qui attaquait à l'aide d'une lame, elle bloqua son coup en servant du vampire incapacité comme bouclier. La lame perça l'abdomen du vampire et le sang gicla. Téko lui, ne comprenait plus rien… Il aurait aimé que tout cela ne soit qu'un cauchemar, mais comment pouvait-il nier la vérité si claire devant lui ? C'était impossible. Il voyait les monstres, il voyait le sang, et il voyait sa sœur se battre… Se sentant incapable de faire quoi que ce soit.
-Ne t'éloigne surtout pas de moi ! Fit Kazie, continuant de se défendre, et de protéger son frère. Ses cheveux blancs entourèrent le cou du vampire qui y était piégé et lui brisèrent la nuque, avant de le balancer plus loin. Mais le troisième avait retiré son épée du corps et s'était glissé dans le dos des deux jumeaux, la chevelure vivante lui entoura alors le bras pour bloquer son coup et le désarmer, mais elle avait tourné le dos au quatrième vampire. Ce dernier avait dans sa main griffue une épée longue, et sans aucune pitié, transperça le dos de Kazie… La lame perça la chair pour ressortir par le ventre, devant les yeux horrifiés de Téko qui tomba à terre en hurlant. Mais, bien qu'elle gémit à cause de l'atroce douleur, elle n'était pas morte et attrapa de sa main la lame de l'épée, empêchant le vampire de la ressortir tandis qu'avec ses cheveux elle avait prit la lame de l'autre vampire et s'en servit pour trancher la gorge de l'autre qui chuta à terre. Une autre partie de la toile blanche tira l'épée du dos de Kazie tandis que la souffrance déformait son visage.
-Ne t'en fais pas, tout va bien… Dit elle, haletante, après avoir retiré l'épée.

Trois avaient été blessés, mais même si ils étaient faibles ils restaient des vampires… La plupart d'entre eux pourraient se relever, même après cela. Elle entoura de ses cheveux le vampire à qui elle tenait le bras pour lui briser les os des membres, et la majorité de sa chevelure le noya tandis qu'il grognait de douleur en crachant des jurons. Malgré la position de faiblesse de ses subordonnés, l'homme en noir n'intervint pas. Elle était comme prévu plus forte qu'eux, mais semblait s'épuiser… Sans doute n'avait elle pas bu de sang depuis longtemps. Même pour cette abomination, cela affaiblissait l'endurance et les pouvoirs vampiriques.


Alors que Kazie avait réussit à totalement immobiliser l'un deux pour un bon moment, le vampire à qui elle avait tranché la gorge planta sauvagement ses crocs dans la jambe de la jeune fille qui grimaça encore. Elle le sentait, il était en train de sucer son sang ! Kazie le dégagea d'un coup de pied qui l'assomma un moment et eu un instant d'hésitation avant de lui fracasser le crane d'un coup de pied de sa force surhumaine… Elle aurait sans doute eu envie de vomir après coup, si Téko n'était pas en danger. Le vampire dont elle s'était servit comme protection tout à l'heure était gravement atteint, mais vivant, et d'un battement d'aile bondissait vers le jeune homme. Le jeune Dyra, bien que toujours confus et terrifié, pensa à saisir l'épée au sol pour se défendre mais le vampire était bien trop rapide pour lui… Kazie le protégea, encore… Elle poussa son frère et les griffes du monstre se plantèrent dans son épaule. Sa chevelure lâcha sa précédente cible, avec l'espoir qu'il ne puisse se lever à nouveau, et immobilisa l'autre à son tour tandis qu'elle tenait le cou du vampire. Il se débattait avec furie et elle le fixait… Elle devait agir, elle devait le faire. On ne pouvait pas le tuer en l'étranglant. Ses forces étaient limitées, il allait se dégager, mais…
-Ne me force pas à faire ça… Je t'en prie… Souffla t-elle, comme pour le supplier.
-T'as pas le cran… Minable, dit le vampire étouffé en souriant. Si tu veux crever…
Elle n'avait pas le choix. Fermant les yeux, Kazie cria et utilisa toute la force de ses bras pour… Arracher la tête du cou de la créature. Elle ne voulait pas faire ça, pas encore et pas devant son frère… Mais ils se relèveraient, encore et toujours, si elle ne le faisait pas… Et Téko il… Ne devait pas mourir. Surtout pas, à n'importe quel prix.
Elle s'essoufflait de plus en plus, et il restait deux vampires en état de se battre : celui à qui elle avait cassé le bras, et leur chef. La jeune fille se retourna vers eux deux, qui l'observaient. Ils n'attaquaient pas encore… Mais elle ne savait pas si elle pourrait les vaincre dans son état, surtout si l'homme en noir était plus fort.

-L'Empathie persistante, commenta le vampire en manteau, toujours stoique. C'est fréquent chez les vampires, surtout les jeunes… Je le vois bien à la tête que tu fais avant d'achever mes hommes, d'autant plus que je ne vois pas tes blessures guérir alors que tu es supposée être plus puissante que nous, et tu t'épuise vite. Cela signifie que tu n'as bu de sang depuis longtemps, je me trompe ?
-Je ne suis pas comme vous…
-En effet, pas exactement. Mais qu'est ce que cela change ?
-Vous ne pouvez pas comprendre.

Les coins des lèvres du vampire se soulevèrent alors, dans un macabre sourire empreint d'un certain plaisir.

-D'habitudes les cas d'Empathie Persistante finissent par céder un jour ou l'autre ou se suicider… Mais toi, cela fait trois ans. Trois ans et tu n'as pas embrassé ta nature, pas plus que trouvé la mort. Cela nous arrange bien sur, cependant, je suis curieux…
Il jeta un regard à Téko et prit alors une expression plus sérieuse, moins cynique.
-C'est pour lui, n'est ce pas ? Dit il sans attendre de réponse. Tu devrais renoncer, nous et les mortels nous ne pouvons coexister… Tu te fais des espoirs vains… A moins que tu ne le morde.
-Jamais je ne ferais ça…
-Pourtant tu pourrais. Et en buvant du sang tu regagnerais tes forces et pourrais m'éliminer. Regarde, je ne fais rien, et mon allié non plus. Nous parlons, tranquillement, nous te laissons tout le temps dont tu as besoin !
-Jamais je ne ferais ça, tu m'as entendu ?
-Quelle déception… En vaut il vraiment la peine ? Il ose à peine se lever. Il n'ose pas parler, te soutenir. Est ce que c'est un homme qui vaut qu'on se sacrifie pour lui ? Je ne vois là qu'un lâche, et j'ai vu des lâches cent fois plus valeureux que lui… Regarde, il tremble de peur ! Qui sait ce qu'il pense en ce moment ? Il t'as vu tuer sauvagement… Tu crois qu'il a juste peur… De nous ? Non, en ce moment tu es un monstre aussi. Si au moins il se levait pour me contredire d'un discours larmoyant…
-Tais toi !
Dit elle au bord des larmes. Je me moque qu'il ne soit pas courageux… Il est…
-Gentil ? La gentillesse ne vaut rien sans les actes.
-Je n'en peux plus… Pourquoi vous me dites ça ?… Ca vous amuse ?
-Mon côté sentimental,
dit le vampire, souriant en haussant les épaules. A côté de lui, son sbire agita avec un sourire son bras droit qui avait regagné son efficacité.
-Mon bras est guéri, on peut y aller.
-Enfin, c'est toujours long chez vous,
dit il avec agacement en tirant une épée d'un des fourreaux à sa ceinture, la lui donnant.
-Tu es sur qu'elle n'a pas guérie aussi ?
-Non, regarde là bien. Elle a refermé sa blessure au ventre avec un de ses cheveux comme un point de suture, sinon ses tripes auraient du mal à ne pas sortir. Même le « haut sang » ne peut supporter des mois de jeun…

Il sortit alors une seconde épée, plus longue, et légèrement courbée, qu'il garda fermement en main. Ils l'attaqueraient à deux, et vu son état elle n'était pas sure de pouvoir se battre tout en protégeant son frère. Téko se redressa, toujours tremblant, il tenait l'épée longue qu'il avait hésité à prendre pour de défendre. Il n'était pas fort, l'arme était lourde dans ses mains moites, et il ne savait pas si il pourrait changer quelque chose…
-Non ! Téko, si tu tente de faire quelque chose je ne pourrais pas te protéger…
-Tu… Me demande de te regarder te battre ? Encore ?
Fit il la voix tremblante, suant, tentant de faire fuir la peur de son corps.
Le vampire, lassé, fit un geste de la main gauche à son suivant. Ce dernier s'élança en premier et il ne tarda pas à le suivre dans son mouvement pour attaquer à deux. Ils s'approchaient très rapidement, et le premier à être parti n'était qu'à quelques mètres de distance… Quand un éclair illumina la noirceur nocturne pour le mettre à terre. Le monstre rugit de douleur dans l'herbe, quelques arcs électriques surgissant encore de son corps, dont le côté droit était noircit. Doprus avait interrompu sa garde et tourné immédiatement le regard vers la source de l'attaque magique. C'était un homme assez grand, vêtu d'une tunique blanche et aux cheveux roux. Les jumeaux reconnurent immédiatement Ydard, qui s'approchait rapidement d'eux pour les venir en aide.

-Seigneur… Soupira Doprus. Nous avons perdu trop de temps.
-Je ne te le fais pas dire, railla Ydard en se mettant devant Kazhaar et Téko, entre eux et leurs agresseur. Je suis chargé de surveiller cette fille, dit il avant de regarder la concernée, et vu son état on dirait que j'ai mal fait mon boulot…
Prends ton frère et décampe d'ici.

Elle hocha la tête, et à la grande surprise de Téko, elle le prit dans ses bras pour le porter et ce dernier lâcha son arme. Elle fuit alors à tout vitesse, disparaissant dans les ombres.

Ceci mis à part, pourquoi vous l'attaquez maintenant, et ici ? Reprit il.
-C'est pourtant évident. Helio et le Grand Ancien sont partis, il n'y avait pas d'occasion plus idéale.
-… Comment êtes vous au courant de leur absence ?

Le vampire sourit. Ils observaient sûrement les entrées et sorties…
-Jamais je n'aurais agis si ils étaient là, mais cela fait des mois que j'attends l'occasion de pouvoir récolter le Haut Sang.
-Alors c'est comme ça que vous l'appelez ?
-C'est le nom que lui donne Refinia… Car ce sang n'est pas seulement buvable par nous, vampires… Il est l'équivalent à lui tout seul d'une centaine d'humains… Un pouvoir déjà énorme en une seule gorgée.
-Je connais la musique, tu n'es pas le premier.
-Je deviendrais un seigneur vampire très rapidement en la gardant à mes côtés… Cela me prendrais normalement plus d'un siècle entier !
-Tes hommes m'ont l'air bien fidèles à toi, pour quelqu'un qui n'a l'air de penser qu'à lui même,
rit Ydard en touchant le pommeau de son épée à sa ceinture.
-Tu ne peux comprendre. Je les ai sauvés de la mort en les transformants. Je suis comme un père pour eux, ils sont prêts à mourir afin de me protéger.
-C'est dommage, notre damoiselle t'en a tué deux. Pas joli à voir d'ailleurs.
-Mais je compte bien les venger… Une fois que je t'aurais tué.
-Ca ne va pas être possible je crois,
dit il en soupirant et croisant les bras.
-Oh, tu sais faire des petit sorts, et alors ? Tu crois que c'est impressionnant peut-être ?
-Non, et je suis plutôt mauvais pour lancer des éclairs, je te l'avoue.
-Dans ce cas, passe ton chemin. Serais tu toi aussi prêt à mourir pour une vampire ?
-Pas vraiment non, et je n'accomplis la défense des causes perdues qu'à contrecœur… Le problème tu vois, mon ami, c'est que je ne vais pas mourir.

Ydard jeta un œil bref derrière lui. Les jumeaux étaient perdus de vus.
-Dis moi, Ydardokaiser, ça te dis quelque chose ?
-Jamais entendu parler.
-Ce n'est pas plus mal, je crois,
fit il en haussant les épaules avant de décroiser les bras. Tout à coup, le vampire qu'il avait attaqué se leva, il avait fait le mort en attendant un moment d'inattention. En un instant, la main du guerrier fit sortir la lame du fourreau et décapita le vampire qui l'attaquait par surprise.
Je me doute bien que ce sort n'est pas assez pour te tuer, imbécile, rit l'homme avant de tourner son regard vers Doprus.
-Tu es bien lâche. Tu n'a pas de sang sur toi, ni aucune blessure… Pourquoi n'as tu pas attaqué avec tes alliés ?
-Je voulais être sur de la force du Haut Sang, et l'épuiser par la même occasion. Me jeter dessus alors qu'elle était au maximum de ses capacités était trop risqué.
-Je vois, on pense avant tout à sa sécurité… Malheureusement pour toi, je n'ai aucune intention de te laisser partir d'ici en vie.
-Moi non plus.

Et, arborant un sourire carnassier, Doprus fondit sur Ydard tel le prédateur qu'il était.


Kazie s'était éloignée du combat en emportant Téko, et ils étaient retournés à l'intérieur. Il avait remarqué qu'elle n'osait plus le fixer, qu'elle détournait le regard… Ce n'était pas son genre, cela n'arrivait habituellement jamais, mais il pouvait comprendre l'inquiétude qui l'animait. Cependant, Téko ne le supportait pas, car il sentait que c'est lui qui devrait détourner le regard, qui devrait avoir honte, qui devrait s'excuser ! Elle finit par lâcher Téko, et à reculer de quelques pas, toujours en évitant le regard de son frère. Cependant ce dernier s'approcha, inquiet. Elle était recouverte de rouge, mais étrangement, ses cheveux n'avaient pas perdus leur clarté blanche...
-Kazie… Tes blessures, est ce que…
-Je vais bien, je vais bien,
fit elle, évitant son frère alors qu'il posait la main sur son épaule.
-Je sais que tu mens. Je ne sais pas à quelle vitesse tu guéris, mais je peux voir que tu souffre encore…
Mais elle ne dit rien et semblait continuer à s'éloigner.
-S'il te plaît, répond moi, ou au moins regarde moi… Je ne peux pas te voir comme ça.
-Téko… Tu as vu ce que je suis… Je suis couverte de sang… Je ne suis pas juste une vampire, je viens de massacrer des gens.
-Des gens qui voulaient nous tuer. Kazie, tu n'as pas à te sentir coupable de ça, je…
-Je l'ai fait devant toi ! Lâcha t-elle, désespérée, à bout. Ne fais pas le brave, je sais… Que tu tremble encore.


Alors que Kazie, les larmes aux yeux, refusait toujours son regard à Téko, comptant toujours le fuir, ce dernier lui saisit la main avant qu'elle ne fasse un pas. Elle aurait put se dégager d'un geste, mais les yeux de Téko l'en empêchait. Ce regard rendu humide par les émotions la suppliait de rester, d'écouter ce qu'il avait à dire. Il avait la main pâle et ensanglantée de Kazie dans les siennes et la serrait aussi fort qu'il le pouvait.
-Arrête de dire des bêtises Kazie… Je l'avais deviné, et je m'en doutais depuis longtemps… Je savais déjà ce que je ferais si ma crainte s'avérait vraie… Comment est ce que je pourrais te hair, te traiter comme un monstre ? Ce monstre que tu dis être s'est battu, a souffert juste pour protéger quelqu'un comme moi… Je me moque de comment ils t'appellent ! Je t'aime et je veux vivre heureux avec toi, je t'accepterais toujours, parce que même malgré cela, tu reste qui tu es.
Elle éclata en sanglots en entendant ce discours, essuyant ses yeux de son autre main.
-Bon sang Téko… Pourquoi es tu si… Si…
Elle ne termina pas sa phrase et retira sa main, disparaissant d'un bond dans les ombres, alors qu'il tentait de la rappeler désespérément à lui, en vain.
Téko soupira avec tristesse, il ne pourrait pas la rattraper alors qu'il sentait que c'était en ce moment qu'elle avait besoin de lui, qu'il pouvait être utile. Malgré ses regrets, il décida avant tout de retrouver Ynam. Rasoul et Helio n'étaient pas là, et il était sur que Ynam pourrait l'aider… Et lui fournir des explications.

 
Et finalement, en le cherchant, c'est Ynam qui finit rapidement par le trouver. Il était impossible de repérer son inquiétude dans son visage de fer ou dans sa voix monocorde, mais sa gestuelle le trahissait malgré tout, moins détendue que d'habitude.
-Tu n'es pas blessé ?
-Non… Je vais bien… Mais Kazhaar l'est, et elle s'est enfuie… Je ne sais pas ou elle est allée.
-Je vois. Et Ydard ?
-Il restait un… Vampire. Il allait l'affronter quand nous avons fuit le combat.
-C'est bien ce que je pensais. A quoi ressemblait le vampire ?
-Eh bien il… Avait un visage osseux, avec des joues creuses, des oreilles pointues et un nez crochu.
-Bien. Un vampiris. Ydard l'a peut-être déjà tué. Viens avec moi, tu m'expliqueras tout dans le détail.
-Et Kazie ? On peut vraiment la laisser seule ? Il y en a peut-être d'autres…
-Elle reviendra d'elle même avant l'aube, et je doute que nous pourrions la rattraper. Dans le pire des cas, Ydard la retrouvera.


Il se résigna et suivit Ynam dans son bureau, même si il avait du mal à faire confiance à Ydard. Ynam vérifia par prudence que Téko n'avait aucune blessure interne, bien que ce dernier répéta qu'il ne s'était prit aucun coup, grâce à sa sœur. Mais le mage était prudent, et savait qu'on pouvait être blessé sans en avoir même conscience. Heureusement il ne remarqua rien, et il fit alors asseoir le jeune homme tandis qu'il réfléchissait par où commencer son récit. Il savait qu'il devait des explications à Téko, mais l'histoire n'allait pas être facile à avaler.

-Ecoute ce que je vais te dire jusqu'au bout, cela te sera indispensable pour comprendre. Comprendre pourquoi je suis au courant de tout cela, et pourquoi cela est arrivé à ta sœur en particulier.
Je vais te révéler toute la vérité. Mon vrai nom est Emmanuel Hulgens. Cela peut sembler incroyable, mais j'étais le serviteur et ami de Warren Dyra, celui qui a fondé ta famille il y a trois siècles déjà.

Hulgens… Il avait déjà entendu ce nom de famille quelque part, même si cela remontait à loin. Il n'avait pas d'autres choix que de croire l'homme au masque, visiblement. Il ne semblait pas lui mentir, et il avait déjà vu assez de choses incroyables ce soir.
-Ma famille servait la votre, c'est à dire le comte Warren, ses enfants, et sa femme. La femme de Warren est un point important. As tu déjà vu un portrait de l'épouse de Warren, ou entendu son nom ?
-Non… Jamais. Mais j'ai fini par ne plus m'en soucier.
-Son nom est Refinia. Refinia était une femme du nord qui avait une particularité unique qu'elle était la seule à avoir à l'époque : des superbes cheveux rouges. Bien que d'origine modeste, nombres d'hommes lui offraient de fabuleux cadeaux et la courtisaient, cependant elle n'en accepta aucun en mariage, jusqu'à ce que l'un des fils de l'Empereur de l'encore jeune empire d'Haynailia vienne à son tour. Ils se marièrent et elle devint Refinia Dyra. J'étais là à l'époque, et j'étais la tête de la famille Hulgens. Refinia était une femme ambitieuse, mais elle respectait toujours ses promesses et était honorable. Sauf que les choses se dégradèrent dès qu'elle vieillit : elle ne supportait pas de voir les changements de son visage, elle était comme folle. Je n'ai rien vu à l'époque, mais elle fréquentait régulièrement un homme étrange. Puis elle disparut. Nous avons tenté de la retrouver, mais en vain.

Dès qu'elle réapparut, elle était une vampire. Un des plus puissants d'entre eux, un seigneur vampire, l'avait séduite et lui promettait qu'un jour elle aurait une beauté immortelle. Elle manipula ce dernier pour qu'il lui offre en sacrifice des centaines et des centaines de gens, même au risque de troubler sa discrétion au sein de notre société. Et on le remarqua bien sur malgré ses précautions, cependant l'on ne put trouver sa cachette facilement. Refinia, sentant le vent tourner, le trahit et donna à l'inquisition impériale la position de son repaire en échange de sa vie sauve.

Mais après que le vampire fut éliminé, nous l'avons trahie. Ni Warren, ni moi, n'acceptions que Refinia vive encore, alors qu'en si peu de temps elle avait été responsable de la mort de tant de gens. Sans compter que Warren se sentait détruit par la voie qu'avait emprunté la femme qu'il aimait. Nous l'avons mise sur un bûcher qu'il alluma en personne, si grand qu'il n'en restait plus rien après. En tout cas c'est ce que nous croyions.

Elle était toujours là. Et, dans notre dos, elle se mit à convaincre certains de ses fils et ses filles, et même ses anciens serviteurs, de devenir vampires. Ensuite, elle et ceux qu'elle avait transformés disparurent.
Ma nièce, Roberta, fut également transformée et j'en suis responsable. Toute ma vie, en tant que mage, j'étais fasciné par l'immortalité et le contrôle du temps, et ma nièce qui étudiait à mes côtés le devint également. Je m'étais rendu compte de l'absurdité du vampirisme, mais elle était différente. Elle avait à peine vingt ans et aimait Refinia comme sa mère. Cependant, et à raison, mon frère m'a hait pour avoir inculqué mes obsessions à Roberta… Elle est toujours là, en ce monde… J'espère qu'elle va bien.

Ces dernières phrases étaient emplies d'une émotion inhabituelle, tranchant avec son habituel ton neutre. Mais autre chose intriguait Téko.
-Comment êtes vous toujours vivant ?… Vous n'êtes pas un vampire.
-Je ne suis pas ''vivant'' pour autant. Mon âme et mon esprit habitent un corps que j'ai fabriqué, comme si j'étais un Golem. Je porte ce masque car je n'ai pas de visage, et ces cheveux sont des faux, pour que je paraisse plus humain. Je suis un corps artificiel qui survit grâce à la magie et elle seule, et je ne sais pas combien de temps encore elle me permettra de rester en ce monde. J'ai put développer le sens de l'ouie et celui de la vue, ainsi qu'un faible sens du toucher.

Téko aurait sans doute été fasciné et demanderait à en savoir plus sur lui, mais même si il trouvait cela impoli et n'en disait rien, tout ce que l'intéressait vraiment actuellement, c'était sa sœur. Ynam le comprit.

-Depuis, Refinia hait la lignée des Dyra de toute son âme et désire l'éteindre. Elle a transformé plusieurs Dyra en vampires ou les a éliminés au fil des temps, et même si elle n'est pas responsable de ce qu'il s'est passé il y a 5 ans, elle s'en réjouit probablement. Néanmoins, c'est avec un autre projet que la vengeance en tête qu'elle s'est attaquée à Kazhaar.

Dans la légende parlant de l'origines des vampires, on parle des trois premiers, qui étaient dit on bien plus puissants que tout ceux actuellement sur nos terres. Refinia désirait pouvoir retourner à ce stade, donner naissance à un tel vampire. Pour cela, elle avait besoin d'une personne encore en vie qui aurait en commun du sang avec elle, mais Refinia n'aime pas se montrer au grand jour. Ainsi elle a attendu l'occasion parfaite pour faire disparaître un Dyra dans une situation ou personne ne le remarquerait, ta sœur constituait pour elle une cible parfaite.
-Et ? Qu'est ce qu'elle lui a fait ?
Fit Téko, d'un air de plus en plus sombre, serrant les poings.
-Je sais seulement ce que Kazhaar m'a dit. C'est … Un peu répugnant, mais tu es prêt à l'entendre. Elle m'a dit que, alors qu'elles étaient au centre d'un étrange cercle de symboles, elle l'a forcé à boire son sang, pendant qu'elle la transformait en vampire en suçant le sien. Normalement, pour n'importe qui, boire le sang d'un seigneur vampire comme elle est mortel, et je ne comprends toujours pas comment une telle transformation fut possible.
Kazhaar possède des caractéristiques qui la différencie des autres. Premièrement, son sang peut être bu par les autres vampires et les renforcer de manière permanente, d'une manière équivalente à une centaine d''humain, c'est la raison pour laquelle ils s'en prennent à elle. Pour le pouvoir. Au début, les vampires ne sont pas si forts et ont une apparence physique peu attirante, comme ceux que tu as du voir, de ce fait ils recherchent à gagner en puissance à tout prix sans se faire tuer par les humains en retour. Deuxièmement, il semble qu'elle n'ait pas subit de transformation monstrueuse commune aux autres, elle aurait eu une apparence bien humaine dès le début, et des grands pouvoirs sans avoir même bu une goutte de sang. Aussi, elle est plus sensible aux soleil que les autres vampires. Même si les vampires les plus sensibles à la lumière, les seigneurs vampires, ne tiendraient pas plus d'une heure, elle, ne tiendrait pas plus d'une minute. Et troisièmement, le plus étrange.
D''habitude, les vampires sont des morts vivants. Ce sont comme des cadavres qui n'entrent jamais en putréfaction, mais scientifiquement parlant ce ne sont pas des êtres vivants à proprement parler, et par exemple, leur coeur ne bats plus.
Kazhaar elle… Tout m'affirme qu'elle n'est pas morte, et pourtant elle guérit de toute les blessures imaginables, peut-être même celles mortelles au vampires, et elle ne vieillit pas. C'est incompréhensible. Je ne sais pas si Refinia a obtenue ce qu'elle voulait, car elle a immédiatement relâché Kazhaar après sa transformation.
-… Je suppose que je connais déjà la réponse à la question que je vais vous poser mais…
Dit Téko, le regard dans le vide. Existe t-il un remède au vampirisme.
-Non. Les vampires sont des morts, les guérir reviendrait à ramener quelqu'un à la vie. Mais, comme je te l'ai dit, Kazhaar n'est pas morte.
Ynam s'interrompit un instant, et d'une clef à sa ceinture, ouvrit un des tiroirs de son bureau de bois. Il saisit d'une main un tas de documents et le posa sur la table.
-Cela fait deux ans que je recherche un moyen de la faire retourner à l'état d'humaine.
-Il y aurait donc un moyen ? Vraiment ?
-Je ne dis pas cela. Je ne sais pas quel procédé exact l'a transformée, il m'aurait fallut savoir la nature du rituel, et je n'ai aucune preuve concrète que le retour à la normale est possible. Mais je l'espère. Si j'abandonnais si vite, ce serait une insulte à moi même. Aider les gens comme elle, comme vous, c'est la seule raison pour laquelle je fais encore fonctionner ce qui me sert de corps.


Téko joignit alors ses mains, mettant toutes ces informations en ordre dans sa tête. La vérité était plutôt incroyable à entendre, il ne s'était pas douté que ce qui était arrivé à sa sœur était la conséquence de tant d'événements. Néanmoins, malgré ces révélations, la première pensée qui vint en réponse à son esprit fut celle ci ;

-Que puis-je faire pour aider Kazhaar ?
-Beaucoup, certainement. Mais tu es plus approprié pour répondre à cette question, c'est à toi de décider comment tu désire aider ta sœur.

Ynam avait raison, c'était à lui d'y répondre. Kazie, il l'avait toujours su, était bien plus fragile qu'elle ne le laissait paraître et il avait vu clairement son désespoir cette nuit. Elle avait peur d'elle même, bien plus qu'il n'avait peur d'elle… Il s'était sentit ridicule, insignifiant, dès que les vampires les attaquaient, et il aurait du mal à se pardonner cette lâcheté… Cependant il était clair qu'il devait faire tout ce qui était en son pouvoir pour aider celle qu'il aimait, ou bien il ne pourrait jamais plus supporter son reflet.
Ydard survint alors dans la salle. Il n'était pas gravement blessé mais avait une entaille rougeoyante au bras droit, dont du sang s'écoulait lentement.

-Tu as l'air de t'en être sortit, fit Ynam en le voyant, tu les a décapités ?
-Pour qui me prends tu ? Dit Ydard en partant fouiller dans une armoire. Les bandages n'ont pas changé d'endroit ?
-Tiroir du bas.
-Merci.

Il saisit les bandages, releva le manche de son vêtement et commença à couvrir la plaie. Il aurait été plus simple de demander à Ynam de refermer sa blessure à l'aide d'un sort, mais pour ce dernier la mana était vitale, de ce fait même si le mage n'aurait été nullement dérangé, Ydard n'avait aucune envie de soigner une blessure mineure avec sa magie.
-Il savait se battre et était doué, je me demande d'où vient son entraînement, continua le roux à propos du vampire, mais Nelzia aurait put le vaincre. Elle dort toujours d'ailleurs ?
-Je ne l'ai pas réveillée, et la situation est réglée. Ne dérangeons pas les enfants.
-Les ''enfants'',
pouffa Ydard, Helio déteint beaucoup trop sur toi.
Ynam ne releva pas le commentaire.

-Ydard… As tu vu ma sœur ? Demanda Téko.
-Non. Et j'ai assez joué aux gardes pour aujourd'hui… Elle se débrouillera.
-Oui, sans doute.
Commenta Ynam, avant de s'apprêter à sortir. Cependant, si elle peut éviter d'être seule, cela reste mieux. Je vais voir si elle n'est pas aux alentours.
-Fais toujours, si tu crois que c'est utile…
Dit il avec un sourire en coin.


Comme d'habitude, sa manière de parler et de se comporter l'irritait… Téko se doutait que Ydard n'était pas vraiment une mauvaise personne, mais le supporter était impossible… Pourtant, il en aurait peut-être à l'avenir besoin. Téko avait entendu dire que Dally avait décidé, lui qui était déjà doué, de devenir plus fort en s'entraînant même jusqu'aux limites de ce qu'il pouvait faire… Devenir plus fort peu importe le prix.
Peut-être devrait il faire pareil.
Il avait bien vu la peur qui l'avait saisit, le poids de l'épée qu'il soulevait dans ses bras tremblants… Même si il aurait essayé de faire quelque chose, est-ce que cela aurait au final aboutit à quoique ce soit ? Assurément non. Téko avait besoin de… Pouvoir faire quelque chose. Il avait toujours pensé que c'était son rôle de protéger Kazie, et il réalisait alors que c'était toujours elle qui l'avait sauvé. C'était peut-être par fierté immature, mais Téko voulait avoir le sentiment… De lui être vraiment utile. Si ce n'est la protéger, se battre à ses côté… Mais ce n'était pas quelque chose qu'il pouvait atteindre seul, il n'en avait pas la force ou le talent. Ynam lui enseignerait la magie mais cela ne suffirait pas, ses capacités se développaient trop lentement, et même y consacrer son temps n'y changerait pas grand-chose… Il avait besoin en plus d'une force véritable. Pour cela il devrait ravaler sa fierté…

-Excuse moi Ydard… Mais puis-je te demander quelque chose ?
-Dit toujours, répondit il sans le regarder, s'étant assit.
-Bien que tu possède quelques sort, tu es surtout un vrai combattant. De ce que m'a dit Saero tu es l'enseignant de Nelzia.
-J'étais. Je n'ai plus grand-chose à lui apprendre.
-Oui… Peu importe. Comme tu as du le voir, j'étais complètement inutile dans ce combat, et je veux changer cela… Alors je te demande, si tu le veux bien… Veux tu m'enseigner l'escrime ?
-… Et pourquoi je ferais cela au juste ?
Fit il, son regard croisant finalement celui de Téko.
-Je t'en supplie ! C'est une requête qui me tiens à coeur.
-Tu ne comprends pas ce que je veux dire hein ? Je ne t'aime pas, et tu n'as aucun talent particulier pour l'épée qui ferait de toi un élève intéressant.
-Je dois le faire pour protéger ma sœur…
-Tu pense que je l'apprécie plus ? Je pense sincèrement que pour son bien, et celui de tout le monde ici, elle devrait mourir. Ta petite romance avec ta sœur est le cadet de mes soucis, et finira par être un danger pour nous tous. Pas parce qu'elle incestueuse, cela je m'en moque car vu son état cela ne signifie plus grand-chose, mais parce que c'est avant tout une vampire. Mieux, une vampire qui en attire d'autres. J'admire la noblesse d'âme d'Helio pour l'avoir accueillie et protégée, sans rien demander en retour… C'est pour ça que je ne porterais jamais la main sur elle. Mais ne compte pas sur moi pour vous soutenir. D'autant plus que, même si je t'entraîne je n'ai pas de recette miracle pour transformer le novice en génie…

Les mots d'Ydard firent bouillir de rage Téko, malgré son sang froid… Téko n'avait peut-être jamais eu autant envie de frapper quelqu'un !... Il y avait quelque chose d'horrible dans ses mots… Téko arrivait à les trouver sensés. Oui, Ydard était sûrement plus raisonnable que lui, et plus raisonnable que Ynam et Helio, qu'il admirait. Que cet homme qu'il détestait et qui disait ce qui était aux oreilles de Téko, des atrocités, puisse peut-être avoir raison… Il n'y avait rien de moins supportable !
-Renonces y, et tente de vivre normalement. C'est un conseil, finit Ydard en sortant la salle, laissant Téko seul avec sa colère qu'il tentait de ravaler.

Il doutait. De ses convictions, de ses capacités, de la bonne décision à prendre… Et tant de questions se percutaient dans un chaos où voyageaient également la colère, l'amour, ses peurs et ses désirs… Il tentait de trouver une solution, n'importe laquelle, mais il tournait en rond et les paroles d'Ynam et d'Ydard envahissaient son esprit…
Il ne pourrait rien trouver ce soir.
Trop troublé, trop fatigué, trop perturbé, trop énervé… Il n'était plus vraiment lui même… Sans doute avait il besoin de repos.
La solution l'éclairerait en temps voulu.
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Re: Le Soleil Rouge

Message par DALOKA le Lun 10 Aoû - 22:04

Chapitre V

Elle devait la voir.
Nelzia marchait dans les couloirs, un porte bougie l'éclairant dans la main droite. Le jour ne s'était pas encore totalement levé.
La jeune femme avait entendu dire, alors qu'elle se levait tout juste, que Kazhaar et Téko s'étaient faits attaqués hier soir. L'horreur puis le soulagement l'avaient saisie dès que Ydard le lui avait dit, avant d'annoncer que les deux jumeaux étaient bien saufs… Cependant, elle doutait que Kazhaar serait ressortie indemne de cette expérience, c'est pour cela qu'elle devait aller la voir… C'était… Son obligation, en tant qu'amie, de la soutenir.
Nelzia ne savait pas où elle était, mais elle entreprit de passer dans sa chambre : si jamais elle était revenue, c'est là qu'elle se serait enfermée. Elle la connaissait bien… Kazhaar avait une tendance à s'attacher aux choses, à garder des habitudes. Nelzia l'avait toujours retrouvée là quand Kazhaar était en difficulté, il y avait de grandes chances qu'elle y soit encore !

Elle était devant la porte et frappa, mais aucune réponse ne lui parvint. Elle frappa à nouveau.

-Kazhaar, c'est moi… Ca fait longtemps qu'on a pas parlé, je peux entrer ?
Nelzia entendit un « oui » dit d'une voix faible, et entra alors, rassurée de remarquer qu'elle était bien revenue. Elle vit Kazhaar recroquevillée sur son lit, dos au mur, les genoux contre sa poitrine. Elle ne leva pas le regard, son état était pire qu'elle ne le pensait.
Nelzia referma la porte derrière elle, posa le porte bougie et s'assit à côté d'elle sur le lit.

-Ca va ?
Mais qu'elle était stupide ! Ce n'était pas la peine de poser une question à la réponse si évidente… Pourtant c'était la seule qui lui était venue à l'esprit… Kazhaar fut franche, et secoua la légèrement tête pour dire « non ».
-Nelzia… Est-ce que le soleil s'est levé ?
-Il est en train, pourquoi…

Elle interrompit alors ses paroles, réalisant avec surprise et terreur les intentions de son amie. Cette dernière avait un regard vide de joie et un sourire malsain sur le visage, ce qui souleva des frissons dans l'échine de Nelzia.
-Tu ne crois pas que tout irait mieux… Si j'arrêtais tout ?
-Mais enfin… Tu es folle…
Souffla la jeune femme, choquée.
-Il me suffirait de sortir et tout serait fini.  Ynam m'a dit que si j'y restais… Ce serait fini en trente secondes…
-Mais pourquoi ? Tu ne peux pas faire ça Kazhaar, c'est affreux !
-Trop de gens souffrent par ma faute Nelzia… Et je sais bien que Téko va souffrir à cause de moi… Je ne suis pas idiote.
-Ouvre les yeux enfin !
Dit elle, saisissant les épaules de Kazhaar pour qu'elles soient face à face. Je… Sais comment vous vous aimez, je l'ai deviné. Et il a passé trois ans à te chercher… Si tu meurs, ça le détruirait, et tu devrais le savoir mieux que moi !
-Je sais… Je sais !…
Gémit-elle. C'est juste que… C'est trop dur. Je crois… Que je suis lâche moi aussi… Je ne veux pas le voir souffrir ! Je me dis naivement que si je disparais, il pourra reprendre une vie normale… Moi qui prétends le connaître !
-Arrête, ce n'est pas ta faute… Tu te fais du mal.
-Si… Si, c'est ma faute. C'est moi qui l'ai entraîné dans mes rêves de gamine, et c'est moi qui voulait tant le retrouver… Mais il faut que je me résigne… Il n'y aura pas de fin heureuse pour moi… Ni pour nous deux, quoique nous fassions.
-Je t'interdis de dire ça !
S'emporta d'un coup Nelzia, prise d'une colère soudaine. Tu n'as pas le droit de renoncer !.. Je ne te laisserais pas mourir.
-C'est fou… Je ne t'ai jamais vue avec ce visage Nelzia… Dit elle, alors que sa voix commençait à faiblir de plus en plus. Tu es… Si gentille… J'aimerais être comme toi…
-Je ne suis pas si gentille… Et c'est moi qui t'envie…
-Tu es une fille étrange tu sais ?…
Rit-elle légèrement. Tu sais… Je sais que je lui ferais mal mais…  Je ne veux pas qu'il vive ça. Je ne veux pas qu'il ait à me protéger, à me cacher parce que des centaines de monstres veulent mon sang chaque soir… Même si c'est triste… Et Horrible… C'est mieux…
Tout à coup, elle s'écroula sur le lit, semblant vidée de toute force.
-Kazhaar !Paniqua Nelzia en voyant son amie dans un tel état.
-Je crois que j'ai utilisé trop de mes forces… Souffla t-elle. Bon sang…
Immédiatement, Nelzia observa Kazhaar avant de remarquer ce qu'elle n'avait pas immédiatement vue dans l'obscurité : le vêtement de Kazhaar était tâché de sang au niveau du ventre. Elle releva l'habit et vit avec horreur une plaie béante, celle de l'épée qui l'avait transpercée. L'atroce blessure n'était fermée que grâce à un cheveux qu'elle avait utilisé pour recoudre son ventre, mais elle saignait encore et cela devait lui faire atrocement mal.
-Pourquoi tu n'es pas guérie… Dit l'épeiste avant de réaliser l'origine de son état. Depuis combien de temps n'as tu pas prise de sang ?
Même si elle avait besoin de sang en tant que vampire, Ynam parvenait à conserver ce dernier sur une courte durée et bien que les effets étaient forts amoindris ils suffisaient théoriquement à sa survie car elle tenait plus longtemps que les vampires normaux. Kazhaar ne buvait jamais du sang humain directement.
-Je ne sais pas… Ce sang est dégoûtant… De toute manière ça ne fait que prolonger ma survie… Tu  vois, des vampires nous ont attaqués… Téko et moi… Il a faillit mourir par ma faute… Et regarde mon propre état...
C'est alors que Nelzia tira sa dague de sa ceinture, et à la grande surprise de Kazhaar, s'entailla la main.
-Qu'est ce que tu…
-Je sauve mon amie. Tant que tu ne me mords pas, il n'y a pas de problème n'est ce pas ?
Fit elle, tendant sa main à la bouche de Kazhaar.
-… Tu es vraiment incroyable…
Elle hésita un moment, mais ce geste envers elle ne pouvait être réduit à néant… Même si elle en avait honte, elle devait respecter l'aide de Nelzia. Elle se releva faiblement sur un coude, aidée par son amie, et commença à lécher le sang qui s'écoulait de la paume de cette dernière.

La journée reprit alors son cours normal. Dally et Saero ne savaient rien mais étaient chacun occupés… Dally s'était retiré dans le jardin d'Helio et y méditait ses conseils. Il ne s'en rendait sûrement pas compte mais pour que ce dernier accepte de l'enseigner, Dally était loin d'être un homme ordinaire. En un sens, Nelzia le jalousait un peu, mais la voie qu'elle avait suivie était différente et elle devait la sublimer, autrement elle se ferait dépasser… Amusant, elle considérait Dally comme une sorte de rival à présent.
Saero lui, l'avait enfin laissée tranquille un moment pour retourner à ses œuvres d'arts atypiques. Elle devait admettre qu'elles lui plaisaient… Il était doué d'un grand talent pour cela, à ne pas en douter… Les trois jeunes hommes qui venaient de les rejoindre étaient chacun particuliers. Même Téko… Avait quelque chose de différent des autres. Sans doute le Soleil Rouge attirait les personnes d'exceptions.

Nelzia se retira dans la salle d'entraînement pour y effectuer ses exercices quotidiens. Comme à son habitude elle saisit son épée et l'agita dans l'air comme le lui avait enseignée Ydard… Cela pouvait paraître être une routine ennuyante, mais Nelzia avait le sentiment d'être quelqu'un d'autre dès qu'elle tenait l'épée. Cela l'effrayait, mais était également agréable… C'était comme si son esprit même ne faisait qu'un avec la lame.
Tout à coup, quelqu'un fit irruption. Elle s'attendait à voir Saero, bien sur, mais ce ne fut pas lui qui vint… Ce fut Téko. Il avait une mine sombre… Toujours calme, mais plus grave. Elle n'avait pas besoin de se demander pourquoi.

-Pardonne moi pour le dérangement… Fit il poliment. J'ai à te parler, mais si cela te gêne, je peux attendre.
-Non, pas du tout !
Dit elle en souriant. J'avais bientôt finie de tout façon…
-Tu as un bandage à la main gauche,
remarqua Téko. Ce n'est pas grave ?
-… Je crois  que ce n'est pas la peine de te mentir Téko. Tu sais que Kazhaar est une vampire, n'est ce pas.

Il hocha la tête pour l'affirmer.
-Je lui ai donnée un peu de mon sang pour qu'elle puisse guérir ses blessures.
-Ah…
Fit il, détournant le regard en serrant les poings.
-… Ca va ?
-Oui… C'est juste que c'est moi… Qui devrait faire ce genre de choses. Mais merci… Saero a raison, tu es vraiment trop bonne.
-C'est mon amie Téko, et… Tu l'es aussi. Ce n'est plus une question de gentillesse.
-Tu as raison… Mais bon, autant te dire de suite ce que je suis venu te demander.
Je voudrais que tu m'enseigne l'escrime.
-Pourquoi moi ?
Dit elle, surprise par cette décision soudaine. Ydard pourrait mieux te l'enseigner.
-Ydard ne me l'enseignera pas. Il ne m'aime pas, je ne l'aime pas, et de toute manière je me suis tourné en ridicule devant lui. Dally aurait accepté si il n'était pas déjà occupé… Tu es la seule sur qui je peux compter.
-… Tu fais ça pour la protéger, n'est ce pas ?
-Oui… J'ai besoin de savoir comment me défendre. Je ne veux… Plus la revoir me servir de bouclier…
-Tu l'aime vraiment beaucoup…

Elle observa alors un instant la lame de sa rapière.
-Mais je dois refuser.
-J'insisterais, Nelzia. Je sais que je t'en demande beaucoup, mais…
-Ce n'est pas le problème… Tu sais ce qui m'arrive quand je me bats, n'est ce pas ?
Pour t'entraîner, si je peux sans doute mimer les cours que m'as fait Ydard, tu auras besoin d'un adversaire. Ydard refusera sans doute, si tu n'as pas son estime, et le programme de Dally risque d'être chargé… Il ne reste donc que moi.
-… Et ?

Téko la regarda droit dans les yeux et son regard la fit frémir. Il était différent de d'habitude… Ce n'était pas le regard d'un enfant capricieux, non, c'était un regard de fer. Le regard de quelqu'un prêt à…
-… Si tu te bats contre moi, entraînement ou non, je risque de te tuer. Tu n'as ni l'expérience ni la carrure de Dally, et je ne sais pas quand je reprendrais mes esprits… Tu seras peut-être déjà…
-C'est précisément ce que je veux. Ydard m'a bien humilié, en refusant ma demande mais… Il m'a fait comprendre que si je n'étais pas prêt à parier ma vie, cela ne servait à rien.
-Téko, je ne veux pas te tuer ! Non… Si je te tue par accident… Je ne sais pas ce que je ferais.
-… Désolé. Je me rends compte que ce que je te demande est énorme… Mais je suis prêt à tout pour gagner cette force. Et c'est encore mieux si c'est toi mon adversaire, toi qui me dépasse de très loin.
-Jusqu'où donc es tu prêt à aller ?
-Je ne le sais pas moi même… C'est peut-être ça, le pire,
dit il dans un léger sourire pour aller s'asseoir contre un des murs de la salle. Dans tout les cas, j'ai besoin que tu m'entraîne. Même si mon potentiel est nul…
Elle le regarda longuement. Il était assit contre le mur de la salle, le regard dans le vide… A quoi pouvait il bien penser ? Que pouvait il penser pour se comporter ainsi ? En le regardant elle ressentait un mélange étrange de pitié et d'effroi… Il semblait si tourmenté, et pourtant il était resté calme depuis le début. C'était comme si il tentait de se contenir, de poser un voile sur ses émotions… Pourtant à travers cette froideur, sa tristesse, sa détermination… Et son amour, la touchèrent. Elle ne pouvait pas le laisser, même si cela ne servait peut-être à rien, elle voulait aider Téko.
-… Très bien… Fit Nelzia, résignée. On se passera de pratique, malheureusement, mais peut-être que même ainsi je pourrais t'apprendre quelque chose.
-Tu es donc d'accord ?
-Oui… Après tout, ta demande viens d'une intention des plus belle et noble. Je n'ai pas le cynisme d'Ydard pour pouvoir refuser ta demande, dit elle en regagnant son sourire avant de partir ranger son épée.
-… Bien,
fit Téko, se levant. C'est encore égoiste de ma part, mais je dois te demander de jurer une chose.
-Quoi donc ?
Demanda Nelzia, saisie d'inquiétude.
-Quoiqu'il arrive, nous n'abandonnons pas cet entraînement, continua Téko en s'approchant de Nelzia.
-Bien sur ! Pourquoi dis tu ça ? Nous n'allons pas vraiment nous battre, tu ne risque pas de te blesser…
Tout à coup, Téko se rapprocha vivement bien que maladroitement pour tenter de frapper Nelzia d'un coup de poing. Immédiatement, et sans même qu'elle en ait véritablement conscience, elle dévia le bras droit de Téko pour lui donner un violent direct du droit. Téko tomba à terre, assommé par l'attaque mais toujours conscient. Il se releva difficilement, avec un sourire satisfait, encore chancelant. Nelzia elle, reprit conscience et réalisa avec horreur ce qu'elle avait fait.
-Bons dieux, Téko ! Paniqua elle en l'aidant à se relever. Mais pourquoi as tu fait ça ?
-Pour voir si tu réagis à ce genre d'attaques… Dit il, un sourire en coin.Le résultat douloureux était ce qu'il espérait.
-Tu es stupide ? S'énerva Nelzia.
-Je le crois bien… Je te l'ai dit Nelzia, j'ai besoin d'apprendre de la technique, mais j'ai besoin d'apprendre à souffrir et à endurer, d'apprendre à affronter des adversaires plus terribles que la normale, et cela rapidement. Si j'ai donc besoin de ton entraînement, j'ai également besoin de t'affronter, toi en particulier. Parce que tu ne te retiens pas.
-Mais je t'ai pourtant dis que je refusais de le faire !
-Je sais. Et si il y a une chose dont je tiens à m'excuser plus que tout, c'est de t'avoir donné l'impression que j'étais sympathique,
dit Téko, tenant dorénavant seul sur ses jambes.
-Qu'est ce que tu veux dire ?…
-Et il faudrait aussi que j'arrête de me confondre en excuses… Bien, je vais te dire ou je veux en venir.
Parfois, sans prévenir, je t'attaquerais. Et tu riposteras, logiquement…
-Tu es donc sourd ? J'ai dis que je ne veux surtout pas te tuer !
-Justement. Pour que je ne me fasse pas tuer, tu devras m'entraîner. Je choisirais bien sur les moments que je juge opportun. J'ai attendu par exemple, que tu dépose ton épée, pour ne pas me faire tuer… Mais même avec ça, ma vie reste en danger.
Je vois que tu ne me comprends pas, mais ce n'est pas grave. Je vais juste être franc avec toi… Je suis en train de te manipuler, si on peut dire... Je sais comment tu es, et que tu ne veux absolument pas me tuer. En conséquence, tu te verras forcée de m'entraîner pour que je survive à mes propres attaques, auxquelles tu riposteras toujours malgré toi.

Il disait ça avec un tel flegme et une telle confiance, comme si il la connaissait déjà bien alors qu'en vérité ils s'étaient rencontrés il y a à peine une semaine. Il était sur et certain qu'elle ne le laisserait pas. Sur et certain de sa conclusion… Et il avait entièrement raison, malheureusement. Nelzia savait très bien que, même si elle refusait, elle ne pourrait supporter de le blesser encore et encore, et l'horreur de risquer de le tuer la hanterait. Elle aurait normalement tenter de bluffer, espérant qu'il finisse par renoncer, mais devant la confiance de son affirmation et une telle détermination… Cela serait totalement inutile.
Elle avait raison sur son compte. Même si il n'était ni combattant, ni mage compétent, Téko avait en lui une force d'esprit redoutable. Nelzia sourit légèrement à l'idée d'imaginer que elle avait perdu contre lui sur le plan mental… Mais c'était sans doute perdu d'avance dès le début.

-Soit, je vais jouer ton jeu Téko. A partir de maintenant, je t'entraînerais et tu devras apprendre à survivre à mes attaques, comme tu le veux. Cependant, je déciderais de quand tu seras prêt à croiser le fer avec moi pour ne pas te surmener si tu es déjà blessé. J'imposerais une unique condition.
-… Je suis prêt à l'entendre.
-Si Kazhaar me demande de tout arrêter, je mettrais tout ce que je peux en œuvre pour que tu ne m'attaque plus, quitte à te fuir comme la peste. Je… N'ai pas le droit de t'enlever à elle.
-Je vais la convaincre,
dit Téko en souriant. Je n'ai aucune intention de lui cacher quoique ce soit. Ce sera difficile, mais elle comprendra.
Ainsi, notre marché est conclut.
-Un marché ?
Rit elle. Rappelle moi ce que j'y gagne ?
-Eh bien… Mon éternelle reconnaissance ?
Dit-il tout aussi rieur. Ceci mis à part, quand commençons nous ?
Nelzia, sans plus attendre, ouvrit un tiroir pour en sortir deux épées de bois destinées à l'entraînement.
-Nous commençons de suite. Et en douceur au risque de te décevoir… J'espère quand même que tu es prêt à suer.

A partir de ce jour, Téko commença à régulièrement s'entraîner auprès de Nelzia à partir des bases. Téko avait déjà apprit quelques heures auprès de Dally, mais n'avait pas été bon à l'épée et avait renoncé. Quelques fois, Téko et elle faisaient des duels d'entraînements qui étaient toujours à sens unique. En vérité, il ne pouvait jamais placer un coup et finissait à terre… Malgré tout il se relevait toujours, même dès qu'il se retrouvait blessé, et ne se plaignait jamais. La plupart du temps, c'était Nelzia qui devait sortir de sa transe et arrêter tout. Le pire était que parfois, le jeune Dyra demandait de continuer.

En parallèle il prenait toujours ses cours de magie avec Ynam en compagnie de Saero. Les moments où il prenait des pauses étaient rares, même si il s'efforçait de ne pas négliger ses heures de sommeil car cela risquait de mettre en péril son efficacité là ou son physique et son mental étaient quotidiennement rudement mis à l'épreuve. Souvent blessé, Ynam devait régulièrement le soigner. Pourtant, contrairement à quoi Téko s'était attendu, il le guérissait sans faire beaucoup de commentaires. Si il y avait une chose qui gênait Téko, c'est qu'il avait peu vu Kazie dernièrement. Elle semblait même l'éviter… Mais il avait l'intention de lui parler de toute manière, ce qu'il ferait d'ici peu.
Un jour, alors qu'il ressortait d'un de ses premiers entraînements auprès de Nelzia, Ydard l'attendait dans le couloir près de la sortie de la salle. Téko avait l'intention de passer en l'ignorant, mais ce dernier, sans lui jeter un seul regard, lui adressa d'abord la parole.

-Bravo. Tu es en train d'utiliser les faiblesses de Nelzia et d'Ynam à ton avantage. Ton objectif te paraît peut-être noble, mais ce que tu fais est parfaitement égoiste.
-Pourquoi me dire ça ?
Dit Téko, adoptant le ton glacé qu'il réservait à Ydard.
-Je n'ai pas l'intention de te faire des reproches. C'est peut-être là la manière idéale de vivre que tu adopte mais… Tu utilise les autres. En es tu conscient ?
-Je n'avais pas besoin que tu me le dise. Je ne prétends pas être bon, je fais juste ce que j'ai à faire… Si c'est tout ce que tu avais à me dire, je m'en vais.
-Si tu en es conscient, alors il n'y a pas de problème.
Fit finalement Ydard dans un sourire, avant de partir dans la direction opposée à celle de Téko.

Il ne fut pas le seul bien sur, à réagir à sa décision. Dally n'avait rien dit et était occupé à son propre entraînement, mais le connaissant, il devait plutôt approuver le choix de Téko malgré sa folie. En revanche, Saero eut une réponse toute autre. Il était parfois témoins de duels d'entraînement entre lui et Nelzia, mais restait silencieux et quittait la salle avant le dénouement comme si le spectacle ne lui était pas supportable.
Téko était ce soir retourné à leur chambre commune, où Dally, exténué, dormait déjà à poings fermés. Il penserait à lui demander en quoi consistait son propre entraînement, cela l'intéressait même si c'était sûrement hors de sa portée. En tout cas il voyait vraiment peu Dally ces derniers temps.
Saero, assit sur son matelas, semblait ne pas parvenir à trouver le sommeil. En vérité il l'attendait. Dès que Téko entra, il se releva et lui jeta un regard que le jeune Dyra avait rarement vu chez son ami. Un regard lourd rempli d'inquiétudes… Le type de regard que lui même avait tendance à porter.

-J'ai à te parler, commença t-il.
-Si tu me regarde avec cet air, cela doit être important… Bien, viens dans le couloir. Je ne veux pas que l'on dérange Dally.
Ils sortirent donc, s'éloignant également de la porte. Téko avait l'impression que Saero était, en plus d'être inquiet, fort agacé. Cela était assez rare de le voir ainsi, et il ne pouvait se permettre de l'ignorer.
-Bien. Qu'est ce que tu as à me dire ?
-Tu peux m'expliquer ce que tu fiche ?
S'énerva t-il, d'un coup, oubliant même de baisser le ton.
-Ah, tu parle de cela. Eh bien je m'entraîne, je fais en sorte de devenir plus fort. Ce n'est pas ce que Dally fait ?
-Ca ne te ressemble pas Téko ! Je ne te comprends plus…
-Moins fort,
le coupa Téko, consciencieux du sommeil des autres.
-Téko, je ne peux plus supporter ça. J'ai besoin que tu m'explique !
-C'est parce que je passe plus de temps avec que Nelzia que toi ?
Tenta t-il de plaisanter. Ne t'en fais pas, je ne vais pas te la prendre.
-Je ne parle pas de ça ! Cesse de détourner la conversation… Tu reviens blessé à chaque fois que tu tente de l'affronter, et tu semble en redemander. N'oublie pas que je te considère comme mon ami Téko, tu pensais que je n'allais pas réagir en te voyant te briser les os, te couvrir de bleus ? Dally est un guerrier né, alors peut-être qu'il voit cela comme normal, mais… Que tu te décide d'un coup à subir tout ça…

Téko soupira un moment, joignant ses mains derrière son dos. Saero avait raison, il lui devait des explications… Il doutait fort qu'il apprécie ce qu'il apprenne, mais sans doute mentir n'aurait fait qu'empirer les choses.
-Soit, je vais te dire la vérité. Je te préviens, elle sera dure à entendre, mais j'espère que tu comprendras même si cela te paraîtra extraordinaire.
Saero reprit son calme peu à peu, encore tendu mais se tenant prêt à écouter les explications de son ami.
-Kazhaar, ma sœur, est en vérité une vampire. Plus que ça en vérité… Peu après notre séparation, elle a été transformée en une vampire spéciale dont le sang donne à d'autres vampires de grands pouvoirs. De ce fait, elle est chassée par eux, et c'est pour cela qu'elle doit rester ici…
Le jeune Adamas, qui ne contenait que peu ses émotions, parut surprit et à la fois très effrayé par cette révélation troublante. Pourtant, cela expliquait donc le sentiment étrange et la peur qu'il avait en la regardant.
Je sais ce que tu pense Saero, mais crois moi je t'en conjure : Kazhaar n'est pas dangereuse. Elle n'est pas mauvaise, face à plusieurs vampire elle m'a protégé jusqu'à bout, au prix de blessures atroce… C'est pour cela que je veux lui rendre la pareille. Je veux apprendre à me battre, pour qu'elle n'ait plus à me défendre ainsi, mais également pour pouvoir à mon tour la défendre. Saero, je ne sais pas ce que tu pourras en penser, mais il faut que je te le dise… Je… Je suis amoureux de Kazhaar. C'est ma sœur, et la fille que j'aime, elle est irremplaçable à mes yeux, c'est la personne que je chéris le plus au monde… Je ne peux supporter de la voir souffrir, et je ne pourrais accepter de la perdre encore une fois. C'est pour cela que je veux me battre pour elle.
Saero se montra silencieux, puis partit s'appuyer contre le mur, croisant ses bras. Il resta ainsi quelques moments avant que son visage ne regagne son sourire et qu'il se mette à rire.
-Je te retrouve enfin Téko ! J'aurais du deviner qu'il fallait au moins ça pour te mettre dans cet état… Tu m'épate tu sais ? Se battre ainsi pour ta belle… Je devrais prendre exemple sur toi.
Je trouve que tu es un homme brave, plus que moi. Comme quoi… Tu n'es pas un ami de Saero Adamas pour rien.

Ayant subitement récupéré sa bonne humeur, il posa une main amicale sur l'épaule de Téko.
-Bons dieux, tu n'es pas croyable toi. Tu devrais aller dormir un grand coup, ne te surmène pas.
-Si je savais que tu comprendrais si facilement, je te l'aurais dit dès le début Saero… J'avais peur de ta réaction… En apprenant la nature de Kazhaar.
-Ca ? Ca ce n'est rien. J'y ai réfléchi, et ta sœur n'est comme tu le dis, pas une mauvaise personne. Et par dessus tout, ce petit bout de femme a sauvé les fesses de mon ami… Que ce soit ta sœur ou une vampire, ses actes sont bien plus importants. Il n'y a peut-être que des imbéciles comme moi pour accepter ça aussi rapidement mais je ne vois pas comment je peux ne pas m'incliner devant une si belle histoire. Ah ! Tu me donne envie de travailler tiens ! Tu te rends compte, moi, travailler ?

Il rit de plus belle avant de tourner le dos à Téko en le saluant de la main, certainement pour partir vagabonder quelque part ou retourner à une de ses créations. Lui même n'aurait pas imaginé que Saero se montrerait si compréhensif, et converser avec son ami lui avait redonné une immense motivation ! Son calvaire continuerait demain, mais cette idée ne le dérangeait même plus.

Le lendemain, Dally reprit lui aussi également son entraînement auprès d'Helio qui était devenu son nouveau mentor. Cela était étrange au départ, car il avait parfois plus l'impression de suivre des enseignements philosophiques que des enseignements martiaux, cependant au final il réalisa que c'était bel et bien ce dont il avait besoin avant tout. Pour Helio, Dally était déjà fort, pour l'instant seuls lui manquaient réellement la sagesse et la technique, qu'il lui enseignerait, et l'expérience, qu'il apprendrait avec le temps. Bien sur, les exercices physiques n'étaient pas négligés car il fallait maintenir son corps en forme, et Helio lui avait dit que son véritable entraînement commencerait d'ici peu.
 Aujourd'hui, ils était chacun dans le petit lac du jardin, la moitié du corps immergée dans l'eau claire et le torse nu. Dos à dos et yeux clos, ils restaient parfaitement immobiles, pourtant Helio parlait à son élève. Ce type de conversation était particulier et unique à cet homme, mais pour lui il s'agissait d'un exercice pour converser tout en gardant le contrôle absolu de soi même. Dos collé à lui, Helio parvenait à détecter le moindre trouble dans l'esprit de Dally. Le bérilien écoutait en silence, écoutant la voix de son maître, seul son accompagnant le cours de l'eau dans ce jardin de paix.

-Tu te débrouille bien. Tu es de moins en moins tendu… Constata Helio. Mais il va falloir travailler plus que ça ta respiration, elle devient facilement irrégulière. Cela te gênera en combat en te rendant moins endurant.
Maintenant, dis moi… Quelle est la chose la plus importante à tes yeux ?
-C'est à dire ?
-Contente toi de répondre. C'est la l'intérêt de la question.
-Je dirais l'honneur.
-Je vois. Qu'est ce que l'honneur, selon toi ?

Dally, pendant quelques instant, réfléchit bien les mots qu'il allait prononcer. Il ne voulait pas se sentir humilié devant Helio, dont il savait la sagesse immense.
-Je pense, commença t-il enfin, que l'honneur est le respect des autres et de soi même. Il s'agit de ne pas trahir également. Ne pas utiliser de mensonges ou de moyens détournés pour arriver à ses fin, car si on le fait, non seulement on ne respecte pas les autres, mais on ne se respecte pas soi même. Je peux être fier de quelque chose dès que je l'ai obtenu avec honneur, autrement, j'ai l'impression que je ne mérite pas vraiment cette victoire. L'honneur, c'est aussi être honnête car dès que l'on est honorable, on ne se cache pas. C'est pour cela que je m'efforce ne pas mentir et d'obtenir ce que je veux par un moyen honnête et franc, sans me protéger derrière des messes basses. Je pense que si plus de gens suivraient leur honneur à la lettre, nous vivrions dans un mode plus franc. Même à Bérilion, il y a beaucoup de menteurs.
-Je comprends ton point de vue. Mais comprends tu que ce n'est qu'une Utopie ?
-Oui… Par envie ou par peur, on finit forcément par bafouer son honneur.  
-Et il n'existe pas d'homme qui ne puisse ressentir ni envie ni peur, ou alors, ce n'est plus un homme.    Bien que ce soient des sentiments qui semblent nous rapprocher de l'animal, ils font partie intégrante de nous même. L'homme n'est pas un animal tout en étant un, c'est ce qui fait sa subtilité.
-Mais, pour vous Helio, quelle est la chose la plus importante ?
-C'est une excellente question. Tu fais bien de me la poser.
Je crois que la chose la plus importante est l'amour. Dans ma longue vie, il n'y ait rien que je n'ai vu d'aussi sacré, d'aussi primordial, que l'amour. L'amour envers ses prochains tout particulièrement… Ce sentiment peut aboutir à la générosité, au sacrifice de soi, à la plus immense bonté sans attendre grand-chose en retour, parfois même rien. Cependant, ce n'est pas si simple. On ne peut aimer tout le monde de la même manière, et on ne peut même aimer tout le monde. Ainsi, dès que l'on agis pour ceux que l'on aime, nous délaissons les autres. Les autres qui pourtant, sont aussi capable d'aimer. Mais plus l'amour est puissant, plus nous sommes prêt à tout. L'amour peut rendre bon, mais peut aussi rendre froid, cruel, et fou.
J'essaye donc, depuis toujours, d'aimer tout le monde. Ou en tout cas, d'aimer autant de personnes que je peux, de ne pas en oublier sur la route que je trace. En vérité, je m'efforce de penser qu'aucune personne ne vaut mieux qu'une autre. Et si l'homme mauvais doit parfois être éliminé pour le bien de tous, il reste une personne. Un être humain capable d'aimer, de souffrir… Ainsi je ne peux me résoudre à torturer. La punition des mauvais ne devrait pas être un devoir, et la revanche n'est qu'un plaisir éphémère est destructeur, comme le peut être un puissant alcool… Malgré tout, puis-je reprocher aux gens de hair ? Non. Personne ne le peut. Et je ne peux demander aux gens de s'aimer… Je l'ai réalisé durement, et un peu tard, mais j'ai été présomptueux de penser que je pourrais convaincre les humains de s'aimer malgré leurs différences et différents.  La haine, tout comme l'envie et la peur, font partie intégrante de l'être humain.
Cependant je n'ai pas renoncé à ma volonté de rendre le monde meilleur. J'ai vu que la paix était possible, c'est pourquoi je ne renoncerais pas.
-… Depuis combien d'années poursuivez vous cet idéal ?
-Mille ans.
-Comment ?
S'étonna Dally, manquant de sursauter.
-Eh bien, tu as perdu ton sang froid, qu'y a t-il ? Rit Helio.
-C'est que… Est ce que vous avez vraiment ?…
-Je plaisantais, reprends donc ton calme.
Au fait, tu dois certainement être au courant de ce que fait Téko en ce moment.
-Oui. Il a décidé de devenir fort pour protéger sa sœur, à ce que Saero m'a dit.
-Que pense tu de cette décision ?
-Elle est réjouissante. Je n'aurais jamais imaginé que Téko puisse ainsi se mettre en mouvement.
-Savais tu que Kazhaar est une vampire ?

Dally resta silencieux un moment. Helio sentit les battements de son coeur s'accélérer, mais son disciple tentait de paraître imperturbable.
-Non.
-Tu es le seul qui n'étais pas mis au courant. A présent que tout le monde est conscient de ce fait, tout n'en sera que plus aisé. Quelle est ta réaction à l'apprentissage de cette nouvelle ?
-Je suis… Très surpris. Jamais je ne l'aurais imaginé, elle avait l'air si sympathique… Mais je ne sais pas comment les distinguer des hommes, je n'ai jamais lu d'ouvrage à leur propos.
-La nouvelle te brusque et te dérange. Compte tu réagir ?
-… Non. Je ne peux me résoudre à assassiner la sœur d'un de mes meilleurs amis, et je doute pouvoir le faire. D'autant plus que elle ne m'a parut mauvaise, je ne pense pas que ce soit un monstre sanguinaire.
-Tu fais confiance à ton intuition. Malgré tout, ton opinion d'elle a changé.
-Oui. Mais je n'ai pas de raison de la détester pour l'instant… D'autant plus que si jamais il faut qu'elle meurt, ce ne sera pas à moi de la tuer. Mais à Téko.
-Tuer sa propre sœur ? Pense tu qu'il serait capable de le faire ? Et serais tu prêt à lui infliger cette responsabilité ?
-Je ne sais pas… Mais c'est la voie que j'estime la plus juste. Cependant, je réalise que vous hébergez une vampire, la protégez et la considérez autant que votre propre enfant… Pourquoi ?
-On me pose trop souvent ce genre de question. On pense aussi parfois que j'y recherche un intérêt, et l'on se méfie. Cela est compréhensible, mais la réponse est affreusement simple…
C'est une enfant perdue, en danger. Ai-je vraiment besoin d'autres raisons ?

Bien, je crois que nous en avons assez fait pour la matinée. Tu peux rouvrir les yeux.


Dally et Helio ressortirent de l'eau et le bérilien se rhabilla. Cet homme était décidément surprenant, et Dally se mit à penser que sa rencontre avec lui était un fruit du destin. Il regarda un moment Helio et un détail l'interrogeait. Ce dernier portait en permanence, attaché à sa ceinture ou tenu fermement dans sa main, un poignard. Cependant jamais il ne l'avait vu le sortir de son fourreau de cuir noir, tout comme il ne l'avait jamais vu s'en servir, et seul apparaissait un manche couvert de bandelettes de cuir. Estimant que l'objet était sans doute d'une quelconque importance, il ne put résister à l'envie de poser une question à propos de ce dernier.

-Vous êtes toujours avec cette arme. Elle a une signification particulière ?…
-Oh, ceci ? Oui, je l'utilise depuis longtemps. Elle m'a accompagné dans beaucoup de déboires. Pourquoi cet intérêt ?
-J'accorde beaucoup d'importance aux armes. Mon sabre se nomme Sanada, et c'est l'arme symbolique de mon clan. Il a un poids presque sacré pour moi.
-Je le comprends. Tu es censé hériter du clan Nerimazu, et tes ancêtres ont bataillé avec cet objet pendant des générations…
Néanmoins, une arme reste un objet pour tuer, malgré tout le respect qu'on peut lui donner.


Dally partit sans répondre, estimant qu'il fallait réfléchir sur cette réflexion à tête reposée, et ne voulant pas importuner plus son maître pour le moment. Il était vrai qu'une arme sert avant tout à ôter la vie, mais l'acte de tuer ne permet t-il pas de protéger ce qui est véritablement important ? Et les armes ne permettaient t-elles pas de prouver sa valeur et son honneur ?
Alors qu'il sortait du jardin et en ouvrait la porte, il tomba nez à nez avec Nelzia, semblant inhabituellement soucieuse.

-Ah. Vous avez fini ?
-Oui, tu peux y aller. En fait, ca va avec Téko ?
-Eh bien…
Fit Nelzia, ne sachant quoi répondre. Ca peut aller.
-D'accord… Bah, je vais voir si je peux aider Ydard à vous faire un petit quelque chose à se mettre sous la dent. A toute à l'heure !


Alors que Dally partait, Nelzia s'enfonçait dans le jardin pour y retrouver son père adoptif. Ce dernier était tranquillement assit dans l'herbe et avait une araignée sur le doigt. Très étrangement, les araignées étaient les animaux favoris d'Helio et il en avait domestiquées quelques unes, qui traînaient dans le jardin. Il affirmait qu'elles étaient inoffensives cependant, et elle n'avait de toute manière nullement peur des araignées. Dès que Nelzia entra dans son champ de vision, il lui sourit et l'invita à s'asseoir.

-Excuse moi de te déranger papa, mais j'ai vraiment besoin de parler avec toi, dit elle en s'agenouillant dans l'herbe.
-Tu ne me dérange pas de toute façon, je ne faisais que jouer avec Eleonore, fit il en caressant le poil de la mygale sur son index. Il est de plus en plus rare que tu me demande conseil, que puis donc faire pour toi ?
-Je voudrais savoir… Est ce que je fais la bonne décision d'entraîner Téko?

-Bonne question, et toi qu'en pense tu ?
Le genre de réponse typique de son père…
-Je sais qu'il fait ça pour Kazhaar, mais ça me fait mal de le voir souffrir… Et si un jour ça dérapais ? Je ne saurais pas quoi faire… Je ne sais pas si je dois continuer ou l'encourager à arrêter. Même en se faisant soigner régulièrement, se blesser ainsi aussi souvent ne pourrait il pas avoir des conséquences négatives ?… Même si il dit que je ne suis pas responsable, c'est difficile… De savoir que je l'ai frappé…
-Je comprends. Cependant je crois que cela relève de ta décision. Je pourrais te donner mon avis sur la question, mais j'ai le sentiment cela ne t'aidera pas. Je suis contre la violence, tu le sais… Malgré tout, je me tairais. La force est parfois nécessaire, malheureusement. D'autant plus, je crois qu'un vieil homme tel que moi n'est plus apte à vous comprendre… Le désir d'acquérir de la force s'est éteint en moi il y a longtemps. Mais, si tu ne veux pas le blesser, vois y une occasion de tenter de maîtriser ton don.
-Tu pense que c'est possible ?
-Qui sait ? Je pense qu'avec de la volonté, nous sommes tous capables de grandes choses. En tout cas, essaye… Enfin, je pense tout de même avoir quelque chose d'important à te dire.

Helio regarda un moment son araignée, avec un air empreint d'une légère mélancolie, avant de regarder sa fille droit dans les yeux en souriant, conservant cet étrange regard.
Nelzia, tu te dirige vers une voie terrible. La voie la plus juste selon moi, mais une voie qui pourrait te causer des regrets.
Les animaux sont capables d'accomplir leurs envies, d'obéir à leur peur, à leurs désirs, ceci sans limite. Mais les animaux n'éprouvent nul regret. Les hommes peuvent éprouver le regret d'avoir obéi à ce désir… Mais aussi, par opposition, le regret de ne pas l'avoir accompli. Tu dois réfléchir à tes actions, et ce par toi même, pour ne pas éprouver ce regret… Je ne suis pas un modèle Nelzia. Je ne veux pas qu'on m'admire et qu'on m'imite, car la voie que j'ai suivi est la plus terrible de toutes. La bonté est une valeur superbe, c'est une valeur qui peut sauver les autres… Mais rien n'affirme qu'elle peut sauver le bon.
Tu devras faire un choix, et je ne fais que t'avertir. Peu importe la voie que tu choisis, je serais toujours de ton coté Nelzia… Je t'offrirais une épaule pour pleurer, et une main pour te relever. C'est le devoir d'un père.



La journée reprit ainsi pour tout le monde. Une étrange ambiance s'était installée dans le Soleil Rouge. On parlait moins, il n'y avait pas de grandes tensions mais tout était bien plus calme, comme si chacun s'était détaché du groupe pour réfléchir un instant seul. Même les railleries d'Ydard étaient moins fréquentes… Quand à Rasoul, son comportement n'avait nullement changé et ses apparitions étaient toujours aussi rares. Il semblait étrangement observer ce qu'il se passait avec intérêt dès qu'il était présent.
Le soir tombé, un Téko exténué au bras endolori par un coup sévère marchait en direction de la chambre où il pouvait trouver le repos. Il avait tendance à cacher sa douleur, sauf à Ynam qui semblait être son nouveau docteur attitré. Mais il avait surtout peur que Nelzia s'inquiète trop et décide de tout arrêter… Il évitait donc de trop parler de ses blessures.
Tout à coup, il vit Kazie qui semblait l'attendre, adossée contre un mur du couloir. D'habitude, dès qu'elle le voyait, elle partait, et rarement elle osait lui dire bonjour, mais cette fois, bien qu'ayant l'air tendue et soucieuse, elle ne bougeait pas et le regardait.

-Bonjour Kazie. Je ne t'ai pas vue de la journée… Tu commence à m'inquiéter tu sais ? Dit Téko en souriant, se rapprochant d'elle.
-C'est toi qui m'inquiète…
-Ne t'en fais pas pour moi, je vais très bien. Mais cela fait des jours que tu m'évite… Je voulais qu'on parle un peu.
-C'est pour cela que je suis là Téko… Mais je ne veux pas en parler ici. Allons dans ma chambre.

Téko la suivit, n'ayant rien à redire sur cette décision. Ils marchèrent jusqu'à la chambre de Kazie, et même si il n'en montrait rien il était heureux de pouvoir lui parler à nouveau, même si la conversation risquait d'être grave… Juste lui parler était mieux que de ne pas la voir.
Dès qu'ils entrèrent dans la salle sombre, elle demanda à Téko de fermer la porte derrière eux. Ils furent plongé dans un noir presque total, la chambre ne disposant de presque aucune fenêtre.

-Ah… Excuse moi, je vais allumer une bougie.
-Non, laisse moi faire… Cela devrait être dans mes cordes.
-Dans tout les cas il faut bien que je te la donne,
fit elle, allant chercher l'objet. Elle pouvait voir sans difficulté dans le noir. Tiens.
Téko tenta de formuler un faible sort de flamme. Ou plutôt d'étincelle. C'était peut-être le seul sort qu'il maîtrisait vraiment, mais au moins il servait à quelque chose. Il parvint à allumer la bougie qui les éclaira un peu.
-Désolée pour ça, je sais que ce n'est pas commode pour toi…
-Ce n'est pas grave. Il ne faut pas t'inquiéter de ce genre de détail, c'est plutôt moi qui le fait d'habitude.
-… Quelque chose me tracasse. Peux tu retrousser ta manche droite?
-… Comment as tu…

-Retrousse ta manche Téko.
Téko soupira et révéla un bras bandé. Les tissus qui entouraient le membre étaient déjà empreints de sang.
-Je le savais… Tu a une blessure similaire à la jambe et à l'épaule gauche, n'est ce pas ? Je… Je peux sentir ton sang. Ce ne sont pas de simples éraflures.
Quelle horreur… Ces coups ont été fait avec une épée en bois… Comment de pareils coups peuvent déchirer autant la chair ?…
-Désolé, je suis plutôt mauvais… Cet après midi m'a bien amoché, mais j'irais voir Ynam demain. Cela ira un peu mieux, mais j'ai peur de trop le fatiguer.
-Ton auriculaire gauche est cassé et tu possède cinq… Non, six bleus dispersés sur ton corps. Ai-je juste ? On dirait que tu t'es fait attaqué par plusieurs malfrats en même temps, c'est affreux…
-Comment arrive tu à percevoir ces blessures ?
-Je le sens, dans ton odeur, dans ta démarche… Je… Je peux faire ça également. Je n'en peux plus Téko. A chaque fois que je te croise je sens et je vois ton corps dans un pire état… Ca ne paraît pas grand-chose, mais cela ne fait qu'empirer car tu es trop borné… Un jour tu risque de gravement te blesser… Je veux que tu arrête de faire ça. Téko, je suis une vampire, nous ne pourrons pas continuer à nous aimer ainsi, nous ne pourrons pas vivre ensemble, nous… Nous ne pourrons pas voyager, avoir des enfants ! Tu n'as pas à faire tout ça… Tu risque de gâcher ta vie. Je ne veux pas que tu la gâche pour moi.
-Ce n'est pas un gâchis
, dit il en la regardant droit dans les yeux, sans une once d'hésitation.
-Regarde la réalité en face ! S'emporta Kazie, en sanglots, recommençant à détourner le regard. Est ce que… Tu sais seulement ce que je ressent quand je sent ton sang ?… C'est comme si… Je voulais te… J'ai peur de ce que je pourrais te faire Téko, je ne sais même pas exactement ce que je suis c'est pourquoi… Je pense qu'il vaut mieux que nous nous arrêtions ici.
-Non
, dit Téko en attrapant une des mains de Kazie. Je ne pourrais pas arrêter. J'y ai pensé, mais c'est au-delà de mes forces… Je veux que nous nous voyons encore sous les étoiles, je veux encore t'embrasser… Et je veux te protéger. Le reste n'a plus d'importance, je ne veux juste pas que cela cesse.
-Tu…
Commença t-elle en regardant à nouveau ses yeux bleus, qui la fixaient de l'expression la plus douce qu'elle ait put voir depuis longtemps…
Tu es…
-Je suis fou. Tu me l'as déjà dit. Je n'ai pas peur de mourir et j'ai encore moins peur de toi… Si tu as peur de toi même, je t'aiderais à vaincre cette peur, parce que je sais que tu peux le faire, tu en as la force. Nous traverserons cela ensemble, je refuse de te laisser derrière moi. Pas encore.
Kazie, en larmes, étreignit d'un coup Téko. Elle l'étreignit comme le jour où ils s'étaient retrouvés, dans cette même chambre… Bon sang, elle était si faible face à ses mots. Elle devait s'obstiner, mais elle n'en avait plus la volonté… Elle aussi, elle voulait le vivre, ce rêve impossible.
Elle sentit les mains de son frère se poser sur son dos pour l'étreindre également. Combien de fois pourrait-elle l'avoir ainsi près d'elle ?

-Décidément… Sourit elle enfin. Tu n'as pas changé… Quand tu veux quelque chose de tout ton coeur, il est impossible de te faire changer d'avis. Même moi je ne le peux… Tu ne me laisse pas d'autre choix que de t'accompagner dans ta folie… Moi non plus je ne peux pas te laisser tout seul.
Ils s'embrassèrent avec passion. Kazie réalisait alors que en vérité, c'était sûrement ce qu'elle avait voulu depuis le début… C'était ce qu'elle voulait au fond de son coeur, et sa peur avait tenté  d'éteindre ce désir. Seul Téko pouvait ainsi effacer cette peur…
Elle interrompit doucement leur étreinte, joignant ses doigts à ceux de la main droite de son frère, puis partant s'asseoir sur son lit. Téko s'y assit avec elle. Dans cette obscurité, ses yeux luisaient comme la flamme de la seule bougie de la petite chambre… Quelle ne fut pas la joie de Téko de voir à nouveau son sourire ! Ce sourire insouciant et espiègle à la fois, que seule elle pouvait lui faire…

-Tu es donc prêt à mettre ta vie en jeu ?…
-Pour toi, oui.
-Dans ce cas je le serais aussi. Tu crois en ma force Téko, et cela n'a pas de prix… C'est pourquoi moi aussi je serais forte pour toi… Cependant, peut-être que demain, plus rien ne sera comme avant, quoique l'on fasse… J'aimerais, même si cela est soudain… Ah, comment te le dire ?
-Soit franche Kazie, quoique tu dise je suis prêt à l'écouter.

Elle passa alors son autre main sur la nuque de Téko et approcha son visage du sien. Fronts contre fronts, elle plongea son regard dans le sien tout en pressant son corps contre lui.
-Tu ne comprends pas ? J'ai envie de toi Téko.
-Comment ? Rougit tout à coup ce dernier.
-Ah ! J'ai réussie à te faire perdre ton calme, n'est ce pas ?
-C'est que… Il y a quelque instants tu étais en larmes…
-Et si je n'ai plus envie de pleurer ?…
-Kazie, je… Je…
Hésita t-il un moment.
-On ne sait plus quoi dire ? Téko, tu ne peux pas me mentir… Tu sais, aussi près de toi je peux entendre tes battements de coeur à la perfection… Je pourrais même te dire ce que tu pense.
Téko ne savait comment réagir. Ce serait mentir de dire qu'il n'avait jamais désiré ce moment, mais il était surprit et perdu. Tout son sang froid s'était envolé et il réfléchissait à qu'est ce que qu'il pouvait dire, mais rien de convenable ne lui venait en tête. Il ne pouvait pas la repousser, et n'en avait aucunement l'envie, mais que faire ?
-Ah ! J'adore quand je te cloue le bec ainsi, se réjouit elle.
-Ca ne compte pas… C'est…
-Un coup que tu n'avais pas calculé ? Encore un. Tu vois Téko… Parce que nous ne pouvons être surs de combien de temps nous pourrons être ensembles… Je veux que tu m'accompagne dans ma folie, cette nuit.

Et elle posa à nouveau ses lèvres sur les siennes, semblant être incapable de se lasser de baisers. Par la même occasion, elle commença à déboutonner la veste de Téko pour venir toucher de ses mains son dos nu. Il n'y avait plus à reculer, cela devait de toute façon arriver. Alors qu'elle avait retiré son haut, il se mit lui aussi à la déshabiller. Se couvrant de baisers et de tendre caresses, tout perdait son importance pour eux à part ce moment. Chacun oubliait ses peurs, ses douleurs, tout cela disparaissait au contact de la chaleur de l'autre, soufflé par la passion. Ils se déshabillèrent, jetant leurs habits et leurs soucis pour finir totalement nus. L'un contre l'autre. Chacun était en cet instant tout un monde pour l'autre, un monde qu'ils parcouraient de leurs mains et de leurs lèvres, un monde  dans lequel ils se jetaient à corps perdu. Ce monde qui était pour eux un refuge…
Se sauvant dans cet univers de plaisir et d'amour, où seuls existaient la chaleur, le corps, l'odeur de l'autre, de l'être aimé, tout deux ne firent qu'un dans cette étreinte sublime qu'ils auraient voulue éternelle. Liés par la chair, pris d'une dévorante ardeur, ils ne pensèrent plus qu'à l'amour, le feu qui brûlait ne pouvait s'arrêter. L'incendie de passion les possédait, ils s'enflammaient dans cette obscurité par ce délice de douceurs exquises, ils s'enflammèrent jusqu'à jouir de l'autre… Et, après avoir fait l'amour comme si rien d'autre n'importait, il s'assoupirent tout deux dans un doux sommeil…
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Re: Le Soleil Rouge

Message par DALOKA le Dim 27 Déc - 22:45

Chapitre VI


  Des mois passèrent, mouvementés et paisibles à la fois. Mouvementés car Téko s'entraînait toujours autant, mais paisibles car cela était devenu une routine pour tout le monde, et même Kazhaar. Parfois elle le regardait, sentant qu'elle devenait plus forte avec lui et pour lui, et elle finit par supporter cela puis l'accepter…  Le refuser, ce serait comme l'abandonner, ce qu'elle ne pourrait jamais faire… Jusqu'à la fin, elle sera avec lui.
  Son attention était de plus en plus focalisée sur son frère, de ce fait elle ne s'était pas réellement penchée sur ce que faisaient les autres pendant ce temps, mais en savait l'essentiel. Saero, et elle trouvait cela assez triste, n'avait toujours pas réussi à conquérir le cœur de sa belle qui tenait à le garder en tant qu'ami, Nelzia était même plus intéressée par l'entraînement qu'elle donnait à Téko…       Elle était cruelle sans s'en apercevoir, cependant Saero ne perdait pas sa jovialité. Dally continuait de suivre les enseignements d'Helio, et elle ne savait pas grand-chose d'autre. Téko et ses amis se voyaient moins mais chacun avait ses raisons. Elle aussi, parlait moins à Nelzia…
  Ynam et Ydard ne semblaient pas avoir changés leur routine habituelle, en revanche Helio se montrait moins souvent et Rasoul lui était quasiment toujours ailleurs. Helio avait cependant admit officiellement le trio de garçons dans le Soleil Rouge, clamant joyeusement qu'ils faisaient partie de la famille.
  Ce qu'elle avait véritablement retenu de ces mois au final, c'était tout les moments passés avec Téko. Des moments sans attaques, sans aucune dispute de réelle gravité, où rien ne pouvait les empêcher d'être ensemble. Kazhaar pouvait dire sans peur qu'ils étaient un couple heureux, cela n'avait pas de prix.
  Jamais elle ne laisserait quelqu'un briser leur bonheur, elle se l'était jurée.

  Ce matin là avant l'aube, elle se réveilla dans les bras d'un Téko encore endormi. Huit mois, presque neuf, avaient déjà passé. Kazhaar se redressa sur ses coudes, le jour ne s'était pas encore levé, elle vit sur la montre de la chambre qu'il était trois heures. Elle regarda un moment l'homme qu'elle aimait avec  tendresse et passa doucement sa main sur sa joue… Le voir ainsi endormi apaisait toujours son cœur, et elle le regarda dans son sommeil un long moment avant que l'envie ne lui prenne de sortir. Kazhaar embrassa le front de son frère avant de se lever et d'enfiler ses vêtements. Une dure journée attendait encore Téko, mais elle serait de retour bien assez tôt pour le soutenir.
  Légère et gracile comme Téko l'avait vue lors de leurs retrouvailles, la jeune Dyra sortit dans la nuit afin d'observer le ciel étoilé comme elle aimait tant le faire. Pour elle, privée de soleil, ces lumières nocturnes étaient les plus belles choses qu'elle pouvait voir dans la nature… En levant les yeux, elle nomma intérieurement toutes les constellations qu'elle voyait, car elle les avait toutes retenues… Elle était sortie près de l'entrée cette fois là, et n'avait nullement peur de se faire attaquer.   Téko était en sécurité, et elle bien assez en forme. Malgré tout, elle eut bien peu de temps pour apprécier la beauté nocturne, car elle ne tarda pas à percevoir des odeurs et des bruits qui lui étaient étrangers… La figure gracieuse de la jeune fille se mua en une plus tendue de prédateur alors qu'elle   concentrait ses sens pour identifier ce qui n'était clairement pas un animal… A son grand soulagement, ce n'était pas un vampire non plus mais un humain, tout ce qu'il y avait de plus normal… La question était : pourquoi se cachait il ? Il semblait être un adulte, probablement un homme… Et il tentait de se dissimuler dans un buisson à sa droite. Il faisait peu de bruit et dans l'obscurité il est normalement dur de repérer quelqu'un, malheureusement pour lui ses dons lui permettait de repérer n'importe qui à proximité aisément.


-Montrez vous et expliquez moi ce que vous faites ici, dit elle sur un ton plus autoritaire que prévu. Un silence lui répondit. Elle n'avait nullement l'intention de faire du mal à cette personne et voulait juste savoir ce qu'elle faisait ici, il s'agissait peut-être d'un vagabond ou juste d'un déserteur.
  Mais elle l'entendit clairement fuir. Ca non, elle était trop curieuse et méfiante, il ne partirait pas comme cela… Kazhaar n'hésita pas et s'élança à sa poursuite, sautant par dessus le buisson, rapide telle un fauve. En un instant terriblement court, elle mit l'homme à terre sur le ventre en se jetant sur lui. Elle put alors mieux l'identifier… C'était un homme maigrelet à la calvitie naissance qui portait une armure de cuir et semblait assez bien armé. Le pauvre la regardait de son regard grisâtre d'un air terrifié, elle ne pouvait pas vraiment lui en vouloir…

-Qui êtes vous ?
-Un voyageur…
-Vous mentez,
fit elle directement sans le laisser continuer sa phrase. Et vous savez que votre mensonge ne tiens pas debout.
  Kazhaar lui faisait peur et cela lui donnait une étrange impression, comme un malaise, cependant cela allait lui être utile ici. L'homme tentait de se débattre mais n'arrivait à rien, elle en fut la première étonnée… Sa résistance était ridicule et elle l'avait attrapé en un éclair. Il était vraiment faible, et pourtant ce n'était pas un vieillard et il savait probablement se battre… Les humains étaient donc si faibles ?… Elle ne l'avait jamais réalisée avant, n'ayant quasiment jamais fait usage de force sur un humain normal.
-Alors ? J'attends.
-D'accord, d'accord ! Je m'appelle Cornelius Ragot, et oui, je suis un espion.
-Dites m'en plus.

  Cornelius regarda un moment Kazhaar, comme intrigué non pas par ses yeux mais sa chevelure, qu'elle n'avait pourtant pas fait mouvoir.
-Je… Je suis un membre du Condor.
Le Condor.
  Les paroles de l'homme brisèrent d'un seul coup la paix dans son esprit, ses émotions firent un formidable crescendo et les plus déplaisantes images de sa mémoire revinrent la perturber.
Le Condor, le Condor !…

  Sans même le réaliser, elle serra le bras de l'espion, en brisant les os alors qu'il gémit de douleur. Les flammes de l'incendie de ce jour là semblaient la brûler, et elle connut alors ce qu'elle n'avait pas ressentie depuis des mois : la colère. La véritable colère, celle qui consume les esprits et peut faire perdre la raison à tout raisonnable. Elle observait à présent de ses deux yeux jaunes un homme qui était complice des meurtriers de sa famille, et sa douleur enfouie jusqu'alors resurgit sous la forme d'une profonde haine.
-Que faisais tu ici ? [/b]Demanda t-elle, le tutoyant avec un immense mépris. Si l'homme était terrifié auparavant, il l'était à présent deux fois plus… Sans doute commençait il à se douter de la nature monstrueuse de la jeune fille, mais elle n'en avait cure.
[b]-Je vous espionne pour voir si Téko Dyra est toujours en vie !
Dit il rapidement et paniquant.
  Kazhaar s'en doutait… Ils étaient là pour son frère !

-Qu'est ce que vous lui voulez ?
-On ne m'a rien dit à ce propos, je ne suis censé qu'observer !
-Répond !
Fit elle, appuyant sur le bras brisé, augmentant le supplice de l'espion.
-Je ne ment pas, je vous le jure, je n'avais l'intention d'attaquer personne ! Ecoutez, laissez moi en vie, je peux vous dire tout ce que je sais ! Le Condor n'est plus rien de toute façon, il ne nous reste qu'une base près d'un village au nord d'ici, j'ai été envoyé car les rumeurs autour du dernier Dyra à proximité nous intriguaient !
  Elle écoutait en ne quittant pas cet homme, cet homme si faible, des yeux. Kazhaar réalisa ce qu'elle avait fait à son bras, et s'étonna encore de sa fragilité. Quand elle le voulait, elle pourrait le briser comme une brindille. Malgré ce qu'il disait, elle sentait que son frère était en danger, autant qu'elle haïssait le Condor. Les vampires ne la cherchaient qu'elle, mais eux, s'attaqueraient à Téko ! Mais elle le protégerait… Elle le sauverait vraiment d'eux cette fois, ils ne le toucheraient même pas. Personne n'avait le droit de les séparer, personne ! La jeune femme mourrait d'envie de lui arracher d'autres informations, ou le bras, elle ne le savait plus… La haine commençait à lui dévorer le cœur. Ce sentiment qui allumait ses instincts fut interrompu par des bruits dont l'homme qu'elle tenait n'était pas responsable. Derrière elle à un peu plus d'une dizaine de mètres, elle reconnut sans même se retourner Ydard. Elle avait presque oublié pendant tout ce temps qu'il surveillait ses sorties… Bon sang.
-Que se passe t-il ? Dit il en se rapprochant rapidement, elle ne se retourna pas pour voir son humeur qui de toute façon ne lui semblait pas bien différente de d'habitude.
-Un homme qui nous espionnait, je l'ai arrêté. Cela pose t-il un problème ? Répondit Kazhaar sur un ton déjà légèrement agressif.
 Ydard s'approcha de l'homme, tentant d'en distinguer les détails. Avait il déjà une idée d'où il venait ? Même si elle voyait très clairement son visage, les pensées du grand roux lui étaient impénétrables.

-C'est un espion du Condor, expliqua t-elle.
-… Je vois, exprima t-il avec une pointe d'agacement, mais l'étonnement lui ne transparaissait aucunement dans sa réponse. Se pourrait il que…
-Vous saviez pour le Condor ?…
 Ydard ne répondit pas et ne fit que la fixer de ses deux yeux avec ce qu'elle interpréta comme une froide indifférence.
-Vous saviez qu'ils étaient à quelques lieux d'ici et vous n'avez rien dit ?
  Il poussa un léger grognement comme il le faisait toujours quand l'irritation le prenait. Ce râle, même faible, était semblable à celui d'un fauve.
-Bien sûr que nous n'avons rien dit. Lâche cet homme.
-Comment le pourrais-je ? Il fait partie du Condor, et ils pourraient encore s'attaquer à Téko !
-Ah ? Tu as une preuve de ce fait ?
-… Non.
-Alors lâche le, il a déjà reçu ce qu'il mérite et nous ne sommes pas inquisiteurs.

  Elle s'en doutait… Il n'écouterait jamais et cacherait toujours ce qu'il sait !…
  A contre cœur elle se releva en relâchant sa douloureuse emprise sur le bras du malheureux espion qui ne réfléchit pas longtemps avant de prendre ses jambes à son cou.
  Après cela, Kazhaar partit la première, retournant à l'intérieur encore bouillonnante intérieurement de colère. Ils ne se dirent rien et Ydard, tel un attentif geôlier se contenta de l'observer retourner dans cette caverne, qu'elle savait foyer et prison. Mais Kazhaar réalisait qu'elle en avait assez. Cette vie n'était pas celle dont elle avait rêvé, et quand bien même cette sombre montagne était devenue sa maison, elle voulait en sortir. Les ennemis étaient là, dehors, elle et surtout Téko, était en danger. Peut-être qu'elle n'avait pas de preuves de l'agressivité du Condor qui n'était pour elle qu'un ramassis de tueurs méprisables, cependant il était trop tôt pour baisser sa garde et sa haine était encore bien vive… La jeune Dyra se méfiait, elle avait toujours peur, et elle devait donc s'assurer de tout cela elle même, ne serait-ce que pour avoir la moitié de la paix qu'elle voulait et rendre l'extérieur sans danger pour celui qu'elle aimait le plus au monde. Elle agirait seule et dans le secret, pour n'impliquer personne et surtout pas son frère… Pour cela Kazhaar devrait commettre la faute de mentir à tout le monde, et quand bien même elle savait être bonne actrice et lire les humeurs, elle devrait faire preuve de la plus grande prudence avec ceux qui étaient ses aînés. Ydard était méfiant et impénétrable, Ynam était illisible, Helio et Rasoul eux semblaient ces derniers temps préoccupés par d'autres affaires mais seraient parfaitement capables de deviner ce qu'elle ferait…
  En revanche, si elle était assurée d'une chose, c'était que si elle voulait sortir Ydard ne pourrait l'en empêcher. Il était fort et vigilant mais elle était bien plus à l'aise de nuit et que lui et le rouquin n'avait aucune chance de la rattraper si il la repérait, Kazhaar était bien plus rapide. L'important était qu'à son retour, elle puisse donner la raison de son absence… Il y avait de multiples raisons pour elle de vouloir sortir, il lui fallait avant tout cacher le fait qu'elle s'intéressait au Condor. Pour cela, elle tâcherait de faire semblant de s'être résignée à ne plus agir car si elle se lançait trop tôt la vérité serait évidente… Cette vérité sortirait forcément un jour, certes, mais il fallait qu'elle reste dans l'ombre jusqu'à ce qu'elle ait accomplit ce qu'elle désirait…

 Pendant plusieurs journées, la routine reprit et elle tâcha d'agir normalement, sans paraître non plus trop joviale car l'œil suspicieux d'Ydard ne manquerait pas de trouver cela étrange. Tout se déroulait bien mais elle fut surprise de voir que Téko remarquait qu'elle était soucieuse, et lui demandait fréquemment si elle allait bien. Cela était peut-être gênant pour ses objectifs mais en vérité ne lui déplaisait aucunement… Il était plus attentif qu'il ne l'avait jamais été, et elle se sentait même terriblement coupable de lui mentir. Mais ce qu'elle allait faire, elle devait le faire.
 La nuit précédant sa folle initiative, elle l'étreignit encore plus tendrement que d'habitude. C'était pour lui qu'elle le ferait.

 Une semaine après sa violente rencontre avec l'espion du groupuscule qu'elle haïssait plus que tout, Kazhaar était de nouveau sortie dans l'extérieur nocturne. Elle savait exactement où ils étaient à présent, dans une tour de garde abandonnée érigée lors de la guerre. Constater à présent de leur véritable proximité la rendait malade…
  Sans bruit, se mêlant au vent par sa vitesse et sa légèreté dans la nuit, Kazhaar partait de son foyer pour courir et bondir, faisant fi des arbres et du paysage cabossé, passant par au dessus et en dessous sans aucun soucis, ne prenant aucun détour. C'était la rage qui l'avait mise sur ce chemin et malgré tout elle se sentait si bien ! Ses restrictions brisées, elle embrassait sans même le réaliser sa nature, sentant son corps plus libre que jamais. Ceux qui l'auraient vue passer tel le zéphyr n'auraient pas songé un seul instant à une jeune femme qui semblait sortir de l'enfance, mais à un terrible animal  à la formidable vivacité, et nul doute que la peur les aurait saisit. Mais cela, elle s'en  moquait en ce moment ! L'obscurité devenait sa parfaite compagne, et ne faisant plus qu'un avec elle, la vampire se sentait plus forte et plus invulnérable qu'elle ne l'avait jamais été. Elle entendait le cri de toutes les cellules de son corps, chœur qu'elle s'efforçait autrefois de taire. Rien ne pourrait l'arrêter.
  Elle était arrivée. Perchée sur un chêne, la jeune Dyra avait dans son champ de vision la tour de bois dans laquelle des restes du Condor avaient pu s'installer sans en être délogés… Elle riait intérieurement avec mépris de cet édifice branlant et prêt à tomber en miettes ! Etait-ce là tout ce qu'il restait de ta gloire et de ton influence, Condor ?
  Un seul homme montait la garde devant, sans doute pour repérer l'arrivée des autorités impériales et prendre la fuite immédiatement. Mais elle était seule, n'avait nul besoin de torche, et ses instincts la rendirent moins bruyante que le bruissement des feuilles. Toujours discrète, elle contourna le bâtiment. Une seule porte certes, mais quelques fenêtres. Un bond et elle monterait à l'intérieur. Ils étaient certainement plusieurs mais elle avait pris conscience de sa force et de la peur que sa nature pourrait leur inspirer si elle en faisait démonstration. Kazhaar ne les craignait plus, mais elle comptait bien se faire craindre.

  Se faufilant jusqu'au pied du bâtiment, elle fit un saut qui l'éleva dans les airs de plusieurs mètres et d'une main, s'accrocha au rebord de la fenêtre de bois.
  Personne ne semblait l'avoir repérée, même si elle entendait et distinguait clairement plusieurs voix à l'intérieur, ils continuaient calmement leur conversation. Parfait, elle les surprendrait. En soulevant son corps à l'aide de son seul bras droit, elle débarqua à l'intérieur. Dès qu'elle posa le pied sur le plancher, pas un ne sursauta pas, certains avaient même par réflexe posé la main sur le manche de leur arme mais s'étaient arrêtés dans leur geste en constatant que l'intrus n'était qu'une jeune fille. Ils restaient méfiants et sur la défensive, mais ne se sentaient pas réellement menacés. Kazhaar ne pu s'empêcher de se dire qu'ils avaient terriblement tort…

-Qu'est ce que tu fous là gamine ? Fit le plus imposant d'entre eux, se levant de son siège. Visiblement la perspective d'être interrompu dans sa partie de carte, qu'il gagnait, ne l'enchantait que peu. Profitant de sa stature, il tentait de l'impressionner, ce qui aurait été efficient si elle n'avait pas été aussi sûre d'elle. Néanmoins avant qu'il ne s'approche plus une femme se leva aussi et s'avança vers elle.
-Elle a du escalader. Rassis toi Balourd, dit elle sur un ton autoritaire. Sans rien redire, il reprit place sur son siège. La femme avait une chevelure noire épaisse que l'avancée de son âge commençait à grisonner par endroits. Elle était vêtue d'une tenue cousue de part en part, semblant faite à partir de plusieurs vêtements, et portait un pantalon similaire. Ses yeux bruns étaient presque dérangeants…   Elle avait comme un regard mort où rien ne se reflétait… Mais très vite l'attention de Kazhaar se reporta sur un autre point de son visage. Il s'agissait de l'horrible cicatrice qui reliait le bas de sa tempe droite au coin de ses lèvres, elle la reconnaissait, cette marque funeste ! Elle était gravée dans sa mémoire à jamais, Kazhaar se souvenait bien qu'après l'attaque du Condor cette horrible femme se vantait d'avoir porté au comte le premier coup de la tragédie. C'est elle qui avait poignardée son père ! Elle avait causée la blessure qui avait provoquée sa mort !
  La femme, l'ennemie dont elle ne connaissait pourtant pas le nom, s'approchait, et Kazhaar restait calme ou plutôt, tentait de de le rester, mais sa rage lui criait vengeance ! Vengeance pour ses parents morts ! Vengeance pour sa vie brisée ! Vengeance pour ces flammes !

-Allons ma petite, que fais tu là ? Fit la dame aux yeux morts, tentant d'être sympathique dans un léger sourire. Ce n'est pas un endroit ni une heure pour toi tu sais…
-Je sais qui vous êtes, coupa Kazhaar sans bouger.
-Une enfant lumieuse qui vagabonde, ce n'est pas courant… Pensa la femme à voix haute, avant de commencer à réaliser l'identité de la fille en face d'elle.
Attendez… Cette fille me dit quelque chose…
-Vraiment ? Dans ce cas faites un effort, vous ne pouvez pas avoir oublié.
  Kazhaar dévisageait la femme, tandis que tout les regards y compris celui sans vie ni espoir de cette dernière étaient rivés vers la jeune Dyra… Tout les autres membres du Condor laissaient la conversation à celle qui semblait être leur leader mais chuchotaient entre eux, émettant des suppositions que son ouïe percevait parfaitement. Cependant c'était la réponse de cette femme entre toutes, qu'elle attendait ! Elle se souvenait forcément d'elle, cette fouine qui avait répandu le sang de son père dans sa maison, pour festoyer de ce crime !
-Non… Tu serais… Kazhaar Dyra ? S'étonna t-elle. Pourquoi es tu venue jusqu'ici ?
-C'est évident. Je veux savoir ce que vous, vous faites ici, demanda t-elle avec froideur.
-Ma petite, les affaires du Condor ne sont pas les tiennes.
-Oh que si elles le sont, et je ne partirais pas d'ici quand bien même vous me menaceriez.
-Du calme… Je me moque bien de ce qu'il reste de votre famille, toi comprise.
-On croirait que cela est insignifiant à vos yeux…
Enragea Kazhaar, à colère retenue.
-Eh bien… Les autres ont le droit à la parole également, fit elle en se retournant vers les hommes derrière. Quelque chose à dire les amis ?
-Je m'en fiche aussi Julia, fit le plus grand en croisant les bras.
-Tant qu'elle dégage vite fait… Grommela un autre plus chétif à la même table.
-Je voudrais bien la tuer mais ce serait pas réglo, fit encore un autre.
-Moi je la prendrais bien… Plaisanta grassement un au fond avant de se prendre une claque par un voisin.
  Ils s'échangeaient ainsi quelques commentaires au sérieux variable, ce qui mettait le sang froid de Kazhaar à rude épreuve… Elle mourrait d'envie de leur donner ce qu'ils méritaient…
-Bon, conclut Julia. Mis à part quelques uns je crois que nous semblons d'accord pour te laisser partir.
-Votre crime semble toujours aussi léger… Vous n'avez donc aucun regret ?
-Personne ne pense pareil ici, et peu d'entre nous étaient là ce jour là. Qu'attends tu de nous ? Que nous nous excusions ? Je veux bien te dire ce que moi je pense personnellement, mais ça ne te plaira pas.

  Les yeux morts et le léger sourire plein d'ironie s'effacèrent, son visage s'allumant d'une colère tranquille paraissait être comme la seule vie en elle.
-Tuer Garrus Dyra est l'une des meilleures choses que mes mains aient accomplies dans cette vie.
Je n'ai rien de plus à te dire. Tu as cinq seconde pour commencer à partir d'ici.

  Oh que non, elle ne partirait pas ! La question était réglée, et sans doute la réponse était en vérité ce qu'elle attendait depuis le début. Kazhaar écoutait à nouveau le cri en elle et, inconsciemment, ses cheveux s'agitèrent très légèrement, glissant entre eux comme doués de leur volonté propre.   Julia recula d'un pas et tout les membres du Condor furent surpris par cet étrange phénomène.
-Qu'est ce que… Souffla la femme, sa main venant enfin toucher le manche de sa dague.
-Je te l'ai déjà dis, je n'ai aucune intention de partir.
-Julia, on devrait la virer sans plus de blabla…
Recommanda le Balourd en se levant, prenant au passage l'épée bâtarde qui reposait près de son siège.
-Bordel mais qu'est ce que tu es, un mage ? S'agita la femme en adoptant une expression plus dure, lame en avant.
-Je sais pas ce qu'elle est, mais c'est pas une gamine…

Ils finissaient par prendre les armes. Cela ne dérangeait pas Kazhaar bien au contraire elle n'attendait que ça, car elle n'avait alors plus aucune raison de retenir son agressivité, non, son attaque serai justifiée.
  Balourd se plaça devant Julia, et la jeune vampire attaqua la première tandis que tout ceux présents s'armèrent également en voyant le monstre bondir. Le grand bonhomme qui lui faisait face était loin d'être malhabile, cependant comment ne pas être surprit d'une telle vitesse et d'une telle force, dès qu'elle venait d'un être aussi chétif ? Une petite main lui saisit le poignet et dans un craquement, une force inhumaine lui broya les os. Lâchant son arme et un terrible cri rauque, il ne put reculer avant qu'un genou dont la force était semblable à celle d'un sanglier chargeant ne frappe son abdomen, éclatant les organes à l'intérieur. Il ne survivrait pas. Cet homme paraissait le plus fort d'entre eux et si aisément elle l'avait mis à terre ! Encore une fois, la faiblesse des autres (cette faiblesse si humaine!) la surprit. Pourtant elle n'éprouvait nulle pitié, et la jeune fille qui avait peur de tuer même ses ennemis semblait si loin ! La haine toute particulière qu'elle avait pour les assassins de ses parents, qu'elle gardait en elle depuis si longtemps, la changeant durant ce moment où elle avait l'occasion d'enfin se venger. Son état de monstre était un des résultats de leur crime, qu'ils regretteraient amèrement !
  Un autre homme tenta de la contourner pour l'attaquer de dos, stratégie qui lui fut fatale car les cheveux blancs de Kazhaar se saisirent immédiatement de lui, leur étreinte l'étouffant pendant qu'une mèche vint saisir un couteau à sa ceinture pour lr planter dans sa gorge. Le sang jaillit et coula sur la chevelure de Kazhaar avant de disparaître, absorbé par cette dernière comme par une éponge. Elle regagnait ainsi son blanc immaculé.
  Il en restait trois autres, dont la femme dénommée Julia qui serait bien évidemment sa prochaine cible. Cependant le garde stationné en bas venait de monter… Peu importait au final, elle était certaine de pouvoir s'en charger. Bien sûr, ce n'étaient pas eux qui étaient faibles, ils étaient tenaces et ne manquaient pas de ruse, mais elle, était si forte ! Sans doute elle ne l'admettrait pas ouvertement, mais Kazhaar appréciait en ce moment sa nature. Cette force, cette puissance, si seulement elle l'avait eue ce jour là ! Elle aurait pu protéger ce qui lui était cher… Ce qu'ils lui ont prit.
 Ses cheveux lâchant le cadavre, elle se jeta sur la femme juste en face d'elle, mais Julia anticipa l'assaut et se décala sur le côté.

-C'est une vampire ! Cria t-elle à ses hommes. Vite, l'épée !
Le troisième combattant planta la sienne dans le bras de Kazhaar alors qu'un autre courait chercher ce qui pourrait les sauver… La douleur fut bien moindre que ce qu'elle imaginait, et ses cheveux saisirent son bras avant que son poing ne vienne briser sa mâchoire. Julia et l'autre combattant présent sur place, qui maniait un grand couperet, tentaient clairement de la distancer. Comment auraient ils put faire autrement ? Ils avaient en face d'eux une créature plus vive, plus forte, plus résistance, plus rapide qu'eux, et qui possédait une chevelure animée capable de bloquer même les tranchants d'aciers. Quand bien même elle n'était pas une combattante, ses instincts suffisaient à la guider vers une victoire certaine contre des hommes et des femmes mortels. Malgré tout ils parvinrent à esquiver ses griffes et sa chevelure blanche qui fouettait l'air par deux fois, et alors qu'elle crut Julia à sa merci, un élément inattendu vint troubler ce combat qu'elle menait avec l'assurance d'un prédateur.
  Une lame lui trancha impitoyablement le bras d'un seul coup, presque l'épaule avec, et emporta une partie de sa chevelure. La douleur fut atroce ! La chair tranchée fumait et la jeune fille hurla de douleur. Ce qu'elle ne savait pas c'était qu'elle venait d'être frappée d'une épée en argent, fléau pour tout ceux de sa race. L’État de son bras qui lui semblait dévoré par des flammes qu'elle ne pouvait pourtant voir, la distrait, et l'occasion fut saisie pour qu'un couperet se plante dans son crâne ! La douleur de cette attaque était bien moins vive que celle de l'argent, mais elle sentait ses forces diminuer. Kazhaar tomba à terre… Se serait t-elle surestimée ?

-Achève là, vite !
  Non. Il lui restait encore des forces, mais ce ne serait pas suffisant. Son bras ne guérirait pas, pas avec la puissance qu'elle avait actuellement… Elle avait beau être plus puissante que ses pairs, elle ne buvait pas assez de sang… Du sang…

  Elle n'y aurait certainement jamais songé si elle n'était pas une situation critique, si elle n'avait pas éveillé ses instincts, mais le fait était que l'homme à qui elle avait brisé la mâchoire était paralysé et toujours vivant… Kazhaar ne savait pas comment elle pouvait mourir elle même autrement que par le soleil, mais cela lui importait peu car un dévorant instinct de survie prit le dessus sur sa peur et sa honte. Ses cheveux s'agrippèrent à sa proie pour la faire glisser à elle avant qu'une arme ne la blesse encore. La nuque lui était offerte. La vampire n'eut pas une seule seconde d'hésitation, malgré ce qu'elle avait faire. Tout ce qu'elle voulait, c'était qu'elle survive et qu'ils meurent. Ainsi ses crocs qu'elle n'avait pourtant jamais utilisés se plantèrent avec une étonnante facilité dans le cou de l'homme, atteignant l'artère carotide sans aucun calcul, par pur instinct. Elle ne fit pas attention au regard horrifié des membres du Condor, tandis que le sang de sa victime devenait sien et que lui, s'asséchait. Elle le vidait et jamais elle n'avait bu autant de sang en une fois de sa vie…
  Repue, elle retira ses crocs et se releva, observant Julia et ses hommes qui ne savaient plus quoi faire. De sa main, dans un infâme bruit d'os et de chair, elle retira le couperet de sa tête. Ses cheveux vinrent récupérer son bras et en instant, le rescousirent, ressoudant le membre alors que son crâne se refermait rapidement et que ses cheveux coupés repoussaient… Kazhaar ne pensait plus à ce que penserait Téko en la voyant, elle se sentait si bien ! Si forte ! La douleur même de son bras s'atténuait, alors que sa chair reprenait place.

-Ne restez pas plantés là ! Hurla Julia. Nous avons toujours l'épée, tuez moi ce monstre !
   Et les deux hommes s'avancèrent, l'un risquant une diversion pendant que l'autre attaquait de la redoutable épée, mais Kazhaar avait une toute autre cible ! Sautant pour éviter les deux hommes, elle s'accrocha au plafond à l'aide de ses cheveux, puis, donnant un coup de pied qui en défonça en partie le bois, fut projetée comme une flèche létale vers Julia. Ses ongles semblables à des griffes s'enfoncèrent dans la poitrine de la femme en déchirant la peau et la chair, la force du bras brisant les côtes fragiles sur son passage. Elle avait plongé son bras blanc dans le torse de son ennemie, et sa main se trouvait actuellement sur son cœur. Le regard de celle destinée à mourir devint horrifié en se baissant sur son propre corps, moment dont Kazhaar se délecta en silence avant d'arracher l'organe. Elle même fut surprise par la sauvagerie dont elle était capable, mais elle ne s'arrêterait pas pour autant. Les deux membres du Condor restant attaquaient et ses cheveux retinrent le bras armé d'argent tandis que d'un coup de pied elle brisait la jambe de l'autre adversaire. Pour elle ils n'étaient que de lentes poupées de chiffons, et quand bien même elle s'était surestimée la partie était déjà gagnée. L'Homme à la jambe atteinte vacilla et tomba à même le sol tandis qu'un autre coup de pied vint fendre sa nuque. Ne restait plus que l'escrimeur à l'épée d'argent, qui parvint à trancher les cheveux l'enserrant pour se libérer, mais il était à présent seul, ce simple homme, et toujours à sa portée. Fouettant l'air, des mèches balayèrent les pieds de l'épéiste, et ce fut alors que deux griffes percèrent ses yeux… Il gémit, elle brisa son bras armé du tranchant de sa main, sa victime était à présent totalement désarmée. Il était à sa merci, l'odeur du sang enivrait son esprit…
  Et elle avait faim, encore.
  Ainsi elle dévora encore la gorge d'un homme et bu son sang jusqu'à la dernière goutte, sans songer à ce qu'elle pourrait regretter…

 Sa vengeance accomplie, elle retourna chez elle. Reprenant ses esprits en parcourant le chemin du retour, elle réalisa alors pleinement ses actes… Avec une innommable brutalité, elle avait tué plusieurs personnes parfaitement humaines et s'était nourrie du sang de deux d'entre elles. Cela, indéniablement, la rapprochait du monstre qu'elle craignait de devenir, pourtant de ses actes elle n'éprouvait ni honte ni regret. Kazhaar pensait profondément qu'ils n'avaient reçus que ce qu'ils méritaient, et même qu'en éliminant ces criminels elle avait accomplit un acte juste… Oui, aucun de ses actes de cette nuit n'était mauvais, elle en était certaine !...
  C'est avec cette certitude qu'elle retournait chez elle, et dès le lever du matin, reprit son jeu d'actrice et de mensonge… Kazhaar savait que de tout de ce qu'elle avait fait, rien ne devait s'ébruiter. L'Avenir lui prouva qu'elle fut naïve de croire qu'une telle attaque pouvait rester dans le secret.

  Ydard, lui, toujours suspicieux, avait décidé quelques jours suivant la sortie de la vampire (qui, même si il n'en disait rien, ne lui avait pas échappé), de se rendre à la tour qu'il savait occupée. Il y trouva alors les corps mutilés et encore frais ou bien totalement desséchés des membres du Condor. Il n'eut pas besoin de réfléchir longtemps pour être certain que ce massacre était l'œuvre de la vampire qu'ils gardaient sous leur toit. Kazhaar redoutait bien sa méfiance mais n'avait pas anticipé la possibilité qu'il décide d'aller directement sur les lieux. Cependant, même si elle l'aurait prévu, elle n'aurait rien fait pour déguiser ces derniers, l'idée ne lui avait même pas traversée l'esprit. Elle n'avait pas commis un crime, et si elle préférait se taire, elle ne mentirait pas.
  Malgré cela, la découverte d'Ydard allait bien la placer dans l'embarras. Ni Helio ni Rasoul, occupés à leur affaire, ne semblaient disposés à se mêler de cette histoire, et, comme si il se doutait que prévenir Ynam ne causerait que peu de mouvement, c'est à Téko qu'il parla en premier de ce qu'il avait découvert. Ce fut ainsi que son aimé frère vint la voir, marchant d'un pas rapide, le sang moins froid qu'à son habitude. En le voyant elle commença enfin à voir au fond d'elle la réaction de celui qu'elle aimait. Kazhaar savait qu'il n'approuverait jamais ce qu'elle avait fait, cependant n'avait il pas vécu la même tragédie ? Ils se comprenaient tout les deux. Il comprendrait.
  Comme elle s'y attendait il expliqua qu'Ydard lui avait révélé sa découverte. Qu'elle avait tué mais, autre chose atroce que Kazhaar n'avait pourtant pas à l'esprit, dévoré deux hommes !

-Téko, tout cela je l'ai fait pour venger notre famille ! Avait elle dit en réponse à sa colère visible.
-Ce n'était pas nécessaire !
-Comment cela ?… Aurais tu donc oublié ce qu'ils ont fait ?
-Pour moi la question est réglée depuis longtemps… Bon sang, j'aurais du t'en parler bien avant,
se reprocha Téko, préférant comme à son habitude enrager sur lui même plutôt que sur quelqu'un d'autre.
-Que veux tu dire ?…
  Téko comprit qu'il lui devait quelques explications. Exténué car ressortant de son entraînement quotidien, il s'assit sur une chaise pour continuer de parler.
-Il y a quatre ans j'ai pu parler personnellement au leader du Condor, Marcus Alambra, quelques jours avant son exécution publique. Nous… Avons discuté, et il m'a expliqué le raisonnement derrière ses actes. J'ai compris sans approuver ce dernier, et j'ai surtout compris à quel point une revanche serait futile…
-Ne me dis pas que tu leur pardonne ?…
-Non, exprima t-il clairement. Mais Marcus a été jugé et est à présent mort. C'était un criminel et il a reçu ce qu'il méritait. Quand au reste du Condor, il est voué à disparaître. Ce que je veux dire Kazie, c'est que nous devrions laisser cela derrière nous… Vivre notre vie. Cette vengeance n'a plus aucun sens, ce n'est pas notre rôle de juger ce qu'il reste d'eux. De plus tu… Kazie, ce que tu as fait là bas… N'est pas humain. Tu ne dois pas te mêler de telles histoires et… Je ne veux pas que tu devienne un monstre.

  Téko, hésitant, avait à peine osé dire ces paroles. Et peut être n'aurait il pas du oser du tout…
-Téko… Fit Kazie, la voix légèrement tremblante. Regarde enfin la vérité en face, je SUIS un monstre ! Arrête de faire comme si j'allais redevenir humaine du jour au lendemain !
  Elle s'emporta et se mit à pleurer… Kazhaar en avait assez de se mentir à elle même aussi. Elle avait toujours douté au remède dont parlait Ynam, mais plus le temps avançait moins elle y croyait… Il lui fallait accepter ce qu'elle était.
-Oui, je ne peux pas sortir le jour ! Oui, j'ai une force monstrueuse ! Oui, j'ai besoin de sang ! C'est comme ça et pas autrement, et je me suis décidée à faire avec !… Toi aussi tu devrais, et m'accepter telle que je suis… Par pitié…. Ne me dis pas que je te dégoûte…
  Gêné, il réalisait qu'il n'avait pas choisi les bons mots. Devant sa sœur en pleurs par sa faute, il décida simplement de la serrer dans ses bras et de lui pardonner.
-Ne dis pas de bêtises… Je t'aime, tu le sais… Mais je ne veux pas que tu te mettes en danger, ce n'est pas à toi de faire ça. Promets moi que tu ne feras plus jamais chose semblable, promets le moi.
-Je te le promet…
Répondit elle en l'entourant également de ces bras.


  Kazhaar se résolut donc pour l'amour de son frère à renoncer au Condor et à tout ce qui s'y approchait, Téko en fut rassuré… A nouveau, tout alla pour le mieux et la routine reprit son cours habituel. Kazhaar ne tarda pas à se sentir mieux, même si parfois des sensations physiques étranges la parcouraient. Rien de grave, juste quelques nausées et douleurs, mais elle avait du mal à identifier cela (surtout qu'elle était normalement immunisée aux maladies). Etait-ce parce qu'elle avait bu du sang ? Intriguée par ce qu'elle sentait en elle, elle décida de voir Ynam qui saurait lui de quoi il s'agit. Ce fut ainsi qu'elle surprit une conversation entre ce dernier et Ydard… Avec son ouïe, nul besoin de coller son oreille à la porte pour entendre… Elle ne put résister à l'envie d'écouter la discussion.

-… A quelques lieux de Decan, à l'ouest près des prairies, c'est là qu'il loge, fit la voix d'Ydard.
-C'est encore trop proche d'ici, répondit Ynam de sa voix posée. Réagira t-il ?
-Je n'en sais trop rien. Combien de membres reste t-il ? Quels sont leurs motivations ? On peut supposer, mais pas être certain. Rodolphe Mori est toujours resté dans l'ombre depuis la mort de Marcus, représente t-il seulement un semblant de menace ?
-Nous n'avons rien à craindre du Condor. C'est au mieux une gêne.
-J'eus tout de même dû l'interroger...
-Une tête du Condor ne signifie rien si le Condor n'est rien.
-Il est vrai… Je sais qu'il a été gracié, contrairement à la plupart d'entre eux, il doit vivre paisiblement et ne se soucie peut-être même pas de ce qui arrive à ses anciens compagnons. Je n'irais pas le déranger.
-Dans ce cas l'affaire est close jusqu'aux dernières nouvelles.


  Kazhaar, un instant, remettait dans l'ordre les idées qu'elle avait alors assimilées. Ces idées allaient la conduire à un dilemme fatal.
  Quand elle avait étreint Téko, elle s'était laissée penser que sa promesse serait aisée à tenir. Ah ! Qu'elle se trompait! Car cette revanche qu'elle savait à nouveau stupide la prenait à nouveau au ventre. Supplice pire que tout, le criminel dont elle venait d'apprendre le nom avait été gracié. Gracié ! Jamais ce meurtrier ne serait jugé ! Et il mourrait avec paix dans son lit...  
  Kazhaar, la rage dans le regard, se retira pour ne point être vue. Téko lui avait dit que le Condor serait jugé sans eux, sans rien faire, mais il se trompait. Pourquoi eux, à cause de leur infortune et de son sang, devaient se cacher pour ne pas risquer la mort quand un criminel véritable avait le droit à la paix ? Cette injustice la dégoûtait, mais elle se confrontait avec la promesse faite à l'homme qu'elle aimait, envers qui elle voulait demeurer honnête. Et pourtant !… Et pourtant ce Rodolphe Mori qui coulerait des jours paisibles ! Comment le supporter ? Peu lui importait si il préparait un nouveau coup, et sans doute ce dernier cas aurait semblé étrangement moins pire à Kazhaar qu'une retraite. Une retraite et un pardon sans châtiment, après des hideux forfaits ! Que devait elle faire ? Si elle partait maintenant, et elle en avait le pouvoir, elle pourrait faire justice en quelques instants une fois là bas… Néanmoins, encore les paroles de son frère, et sa promesse ! Il lui fallait trancher…  Choisir entre ce qu'elle désirait et ce que son frère voulait. Les nausées reprenaient et elle ne pouvait savoir qui du trouble physique ou du trouble mental en était la cause.    
  Machinalement elle s'appuya contre le mur, abattue, même si elle avait la force de se soulever par dix fois. Comment décider ? Fallait il prendre la voie la plus juste ? Et laquelle était-ce dans ce cas ? Elle était auparavant prête à fermer les yeux pour ne pas inquiéter Téko, néanmoins Kazhaar n'était pas pour autant convaincue par son point de vue… Ecouter son coeur était ce qui lui semblait le plus juste. Elle devrait des excuses à son frère et regretterait peut-être mais elle devait le faire, ou jamais cet homme ne serait puni.

  La nuit même, Kazhaar quitta la caverne. Encore une fois, la dernière, elle s'éclipserait sans piper mot même à ceux qui lui étaient chers. Cette fois, son parcours fut plus long et, sentant la venue du matin, elle dût s'abriter sous une des crevasses des montagnes qu'elle longeait. On s'inquiétait sans doute de son absence. Elle reviendrait aussi vite qu'elle le pouvait, cependant elle se doutait également que Ydard et Ynam seraient déjà partis à sa recherche. Personne n'approuverait ce que la vampire allait faire, et elle le savait, pourtant elle allait le faire et devait le faire.
Kazhaar réalisa avec tristesse que depuis qu'elle avait accueillie chez Helio, elle ne s'était jamais autant éloignée. Et c'était pour la vengeance qu'elle s'éloignait, voilà ce qui était triste.   Instinctivement, elle parvenait à repérer sans difficulté le nord et le sud et à trouver son chemin, d'une manière presque effrayante comme si elle fut guidée par un esprit malin. La liberté, l'absence de plafond et de murs, la possédait. Elle pouvait faire tout ce qu'elle désirait, n'est ce pas ?

  Combien de temps dura sa fuite ? Kazhaar était incapable de le dire précisément. Cela faisait des années qu'elle vivait hors du monde, hors du temps, et même si elle était sortie de la caverne, elle vivait toujours en dehors de ce monde. Est-ce que la traversée était un simple bond ou une épopée ?   Impossible de dire une chose si évidente.
  Kazhaar sentait qu'elle était peut-être de moins en moins humaine.
  Cela ne la dérangeait plus.

  Il était nuit quand elle arriva. Sa vision inhumaine lui permettait de voir dans l'obscurité, et de loin, la petite maison de berger dans laquelle vivait Rodolphe Mori. Ce serait le lieu de sa vengeance et de sa justice. Il ne s'agissait pourtant que d'une modeste maison au milieu de grandes collines et de vastes pâturages, mais la forme importait peu. Tout comme la discrétion d'ailleurs. Elle ne craignait pas cet homme, et avait eue précédemment l'occasion de voir l'étendue de sa propre puissance. Kazhaar surpassait de loin les hommes communs, il était impensable qu'il puisse la tuer. L'argent était sa faiblesse, mais en avait il ?
  Kazhaar l'espérait un peu. Car peut-être cela en deviendrait il trop aisé dans le cas contraire.

  Peu lui importait d'être discrète cette fois, elle savait ce qu'elle voulait et ne craignait plus rien.  Personne ne sortit à son approche vers la maison, ce qui voulait dire qu'il dormait ou bien l'attendait. La première option était la plus logique, sans aucun doute.
  Une fois en face de la porte, elle tenta de l'ouvrir avant de remarquer qu'elle était verrouillée. Ridicule. L'homme devait avoir des ennemis pour justifier cette mesure de sécurité qui était cependant ici inutile.
  Kahaar arracha d'un geste la porte.

  L'Homme se trouvait là, armé d'une épée, et attendait bel et bien. Cependant en voyant sa face étonnée elle compris que ce n'était pas elle que Rodolphe attendait.

-Mazette… Dit il, la voix tremblant, toujours sur ses gardes. C'était donc bien un vampire… Qui es tu et que me veux tu ?
  Elle jeta un regard à droite et à gauche. Une maison banale, cependant elle entendait des respirations. Ils étaient quatre dans cette maison, deux respirations étaient plus petites. S'était il donc préparé ? Il ne semblait pas la reconnaître, contrairement à la femme à la cicatrice. Sans doute s'était il sentit en danger en entendant le récit de la mort de ses camarades. Rodolphe suait toute l'eau de son corps et sa bouche se crispait d'horreur sous son épaisse moustache. Petit et grassouillet, il paraissait ridiculement faible. Elle en fut presque déçue.

-Réponds moi donc, si je dois mourir ! Insista Rodolphe, les deux mains à l'épée. Kazhaar sentait toutes les respirations de la salle s'accélérer.
-Je suis Kazhaar Dyra. Cela te suffit il ? Siffla t-elle en croisant les bras. Dans la nuit des plus noires, tout ce que l'on pouvait observer était deux yeux jaunes brillants sur une masse à la chevelure ondulant comme un monstre en attente.
-Vous ?… En vie ?… Ecoutez, je n'étais pas là ce jour là ! Je…
-Massacrait probablement une autre famille.

  Il se mordit la lèvre inférieure. Elle savait que le Condor, lors de ce fameux jour, avait agit sur plusieurs terrains à la fois ce qui ne fit que rendre la confusion plus grande pour les autorités. Il était évident que Rodolphe avait été ailleurs, et cela ne changeait rien. Il restait un chien du Condor, et elle accomplirait dans ce cas la vengeance d'un autre.
  Elle entendit un gémissement aigu, très léger. Une femme ? La vampire restait sur ses gardes.

-Qu'attends tu, Rodolphe ? Je ne bouge pas.
Tu mourras ce soir, dans tout les cas. Ne me fais pas l'outrage de fuir ou cela sera bien pire que tu l'imagine.
-Comment fuir ?… Pauvre imbécile, tu es peut-être puissante mais en vérité tu reste une gamine… Et un monstre par dessus le marché.
Dit il avec un fond de colère dans sa voix.
Résigné, il lança un regard vers sa droite avant de se frotter les yeux.
-Allons… En garde !
  Sur ces mots il chargea pour donner un coup de taille. Kazhaar entendit l'armoire s'ouvrir mais dut se concentrer sur la lame qui fondait vers elle. Ses cheveux stoppèrent l'épée, l'encerclèrent, tandis qu'elle jeta sa main sur le cou de l'homme pour le soulever d'une main.
-Je suis prête à écouter tes dernières volontés Rodolphe.
  Mais son regard n'était pas tourné vers Kazhaar.
-Fuyez ! Cria t-il du mieux qu'il pouvait, le cou enserré et étouffé. Kazhaar sentait que quelqu'un était passé dans son dos. Un de ses complices ?… Tant pis pour ses dernières volontés.
  Kazhaar resserra sa main, plantant profondément ses doigts dans la chair du large cou de Rodolphe, d'où le sent se mit à jaillir. Au même instant très exactement, ses cheveux attrapèrent l'adversaire dans son dos, qui était armé, et le broyèrent. Un cri féminin se fit entendre, suivant l'agonie de Rodolphe.
  La jeune fille se retourna pour voir le corps désarticulé d'une femme tenant une vulgaire hache à bois, habillée d'une robe simple. Ce n'était pas une combattante. Son meurtre avait été pour elle un automatisme, elle ne s'était même pas rendu compte que ses cheveux avaient bougés…

  Enfin, Kazhaar entendit des pleurs. Elle ne ressentait aucune émotion devant son attaque, peu importe qui était cette femme… Le sang lui montait à la tête comme pour l'autre jour, et c'était pour achever les survivants qu'elle se dirigeait vers l'armoire.

  Deux enfants.

  Cela suffit seul à sortir Kazhaar de sa folie. Elle resta apathique un moment en observant les deux garçons en pleurs, gémissants de terreur en se tenant l'un contre l'autre.
  Puis elle observa la mère.
  Puis elle vit le père.

  Kazhaar venait tout juste de faire subir la raison même de sa vengeance. Ses cheveux avaient stoppés leur ondulation meurtrière. Tout s'était stoppé chez elle et c'était à peine si son cœur battait.   Mais d'un seul coup la nausée lui revenait. Qu'avait-elle fait ? Que faire ? Que penser maintenant ? Pourtant elle avait fait ce qu'elle voulait faire depuis le début, sa haine était vive en entrant dans cette maison, alors pourquoi ? Pourquoi était-elle paralysée ? Pourquoi ne pouvait-elle pas finir ce qu'elle avait commencé et pourquoi n'avait elle pas pu s'empêcher de commencer ? Etait-elle un monstre ou un humain ? Il y avait-il d'autres solutions ? Comment ? Comment pourrait-elle désormais étreindre Téko avec des bras si souillés ? Comment avait-elle put être aussi stupide ?

  Elle ne comprenait plus rien, tout était confus. Elle voulait fuir loin de tout. Mais fuir où ? Un autre endroit pour l'accueillir existait il ?…
  Kazhaar hurla comme de douleur, se frappa la tête du poing à s'en éclater le crane. D'un bond, elle disparut.

  Ah !... Qu'elle se trompait!...


Dernière édition par DALOKA le Dim 10 Avr - 1:07, édité 2 fois
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Re: Le Soleil Rouge

Message par DALOKA le Sam 13 Fév - 22:51

Chapitre VII


  Non. Il ne l'avait pas encore atteinte.
Ce n'était pas encore cela !
Pourquoi pourtant ? Il avait le talent, il avait la passion ! Pourquoi pourtant n'arrivait il pas à reproduire ce frisson ? Cela devrait pourtant être si simple ! Il l'avait tant regardée, et pourtant il n'était toujours pas à la hauteur… Qu'est ce qui manquait ? Quelque chose d'essentiel était absent, peu importe comment il s'y prenait, peu importe la perfection qu'il frisait. Tout ce qu'il avait réalisé était raté ! Pourquoi ?…
Pourquoi ne pouvait-il la réaliser?…

Saero se mordit les lèvres, enrageant en regardant sa nouvelle création. Se dressant sur ses jambes, il jeta un regard circulaire empli de désespoir dans ce qui était depuis un moment devenu son repaire de solitude. Parsemant sa chambre et jetant des reflets bleutés, ses œuvres étaient partout dans la salle. Elles représentaient toutes Nelzia, une seule et même personne. Partout se trouvaient des imitations de glaces de son visage, de ses expressions, de sa silhouette, et l'omniprésence de la glace créait un froid terrible que le jeune homme ne semblait pourtant aucunement ressentir. Il était certain que ce qui l'habitait était bien plus ardent que ces statues de glace…

Saero entendit des pas se rapprocher de son antre. Cela était depuis un moment déjà un événement rare, et surprit donc le jeune qui se retourna l'air un peu agressif, comme un animal qu'on dérangerait sur son territoire.
 Ynam se tenait debout à l'entrée et fit pivoter sa tête à droite et à gauche de la salle.

-Bonjour, fit Saero sur un ton involontairement froid.
-Bonsoir, corrigea Ynam en s'avançant vers une des pièces de Saero.
Ta perception du temps semble déréglée par ta concentration. Pense à maintenir un rythme d'alimentation correct.

Saero n'avait pas ressenti la faim et c'était encore le cadet de ses soucis. Il retourna son regard vers sa tête de glace, tandis que Ynam se penchait et semblait observer l'art de Saero avec une certaine fascination, invisible sur son visage de fer.
-Une telle précision… Tant de variété et d'attention dans les expressions… Comment t'y prends tu ?
-Comme je l'imaginais Ynam, vous n'êtes pas scandalisé…  Si jamais Nelzia, Helio, ou même l'un de mes amis venait ici je ne pourrais plus jamais les regarder en face.
-En ce moment je suis de toute façon l'un des seuls à ne pas être occupé. Ton anxiété est compréhensible néanmoins il y a des repaires bien plus astucieux si tu cherche réellement à cacher cela. Même si je n'estime pas cela nécessaire.
-Je sais bien que ce je fais est atrocement pervers…
-Cela n'a rien de pervers. Tuer, cela est mal. Faire souffrir, cela est mal. Mais le monde est trop dur pour que je puisse mal considérer une représentation.
-Peut-être, mais c'est vous qui le pensez. Moi…
Enfin, pour répondre à votre question,
changea t-il de sujet, je ne pourrais pas vraiment décrire une méthode. Je fais cela depuis que je sais utiliser la magie. C'est instinctif, si vous voulez.
-Intéressant. Cependant, pourquoi de la glace ? Le froid de cette salle permet certes une conservation quasi parfaite mais en dehors, tout cela fondrait et serait réduit à l'état d'eau liquide.
-C'est ce que les gens ne comprennent jamais,
dit Saero avec un léger sourire moqueur.
Les gens sont obsédés par la jeunesse et l'éternité, mais je trouve que dans une belle fleur qui se fane, une femme qui vieillit, ou la glace qui fond, il y a une certaine beauté. Même si il ne doit rester qu'un souvenir de leur superbe… Les choses et la fin des choses sont un tout.
-Oui. En effet.
En effet je ne pourrais jamais comprendre cela.
-Enfin, je fais le beau avec de belles paroles, mais je ne peux pas dire que je suis satisfait. Peu importe ce que je fais… Je ne parviens qu'à créer une chose et j'ai… Ce vide en moi.
-Cela est bien évident.

Ynam se redressa et s'avança vers Saero, levant la tête vers ce vide.
-Jamais tu ne trouveras ta satisfaction. J'ai remarqué que tu as depuis un moment déjà cessé de faire la cour à Nelzia, puis cessé même de la côtoyer pour t'isoler ici. Il est vrai que presque un an s'est écoulé, et qu'elle se refuse toujours a partager tes sentiments. Il est compréhensible et même fort gentilhomme que tu abandonne, mais tu te fais ici des illusions. Tu ne trouveras pas ce que tu désire en ne la considérant comme rien de plus qu'une muse. Peu importe combien tu copieras, dans ton état actuel tu désireras toujours la véritable Nelzia et tu t'enfermeras dans une boucle sans fin. Cela n'est que mon avis, mais cet amour pur et artistique que tu semble rechercher n'est que fiction. L'amour entraîne le désir de possession. Avec tout ce qu'il a de pur et beau qui puisse être chanté, ce désir de possession est part essentielle de l'amour. Et n'y a rien de mauvais dans cela.
-Je ne suis pas plus aidé,
rit Saero avec un cynisme glacial, que voulez vous que je fasse ?
-La seule chose que je peux te conseiller est de sortir de cette fausse échappatoire. Comme tes créations, il vaut mieux que cette illusion finisse par disparaitre. En vérité, Saero, tu n'as à te sentir coupable de rien. Nous sommes des animaux, et nous sommes bien faibles. Ton abandon est un signe d'une volonté remarquable. Autrefois j'ai été animé d'une passion moi aussi, mais les choix que j'ai fait n'étaient pas les bons.
-Si vous vous êtes trompé, pourquoi me conseillez vous donc ?
S'énerva Saero en se levant brusquement. Ynam visait juste, tellement juste qu'il ne pouvait se sentir que blessé.
-Cela est simple. Saero, contrairement à ce que pourraient te dire Nelzia ou Kazhaar, je ne suis pas un homme bon. C'est pourquoi je tente de faire en sorte qu'aucun d'entre vous ne répète mes erreurs. Ce n'est qu'une tentative de bonté de la part d'un homme mauvais.
-Vous… Mauvais ? Ne me faites pas rire… Je ne vous ai pas vu en colère une seule fois. Vous vous souciez toujours de nous. Qu'avez vous donc fait pour avoir une aussi mauvaise image de vous même ?

-Il vaut mieux que tu n'en sache rien. Je te laisse à présent. Pense à dormir.

Sur ces mots, Ynam tourna le dos et quitta la salle.
Saero resta immobile un moment devant ses statuettes, aussi figé qu'elles. Le jeune homme réalisa qu'il n'était plus le même depuis un moment… Son tempérament jovial et sa bonne humeur s'étaient envolées. En vérité, c'était le prix de sa solitude. Il n'avait pas changé, il était seulement redevenu l'enfant froid et peu sociable que Téko avait rencontré il y avait des années…
Téko était à son entraînement la plupart du temps, avec Nelzia, Dally prenait ses cours en compagnie d'Helio. Saero lui, était affreusement seul. Et ceci, accumulé à son échec qui blessait son coeur en plus de son orgueil, lui faisait réaliser la morosité de la caverne du Soleil Rouge.
Saero fit plusieurs fois le tour de la chambre. En vérité plus il était seul, plus il pensait à Nelzia, et plus il pensait à elle plus il se sentait mal. Si seulement ce n'était qu'un de ces amours passagers, des passions éphémères et oubliables, oh ! Si seulement ! Sans doute elle ne pensait pas qu'il souffrait, mais cela Saero se refusait à le lui avouer. Elle s'inquiéterait, se sentirait coupable peut-être, et il ne voulait pas ça. Et plus que tout il ne voulait pas qu'elle le prenne en pitié, et son honneur ne supporterait pas une affection motivée par cela ! Il était vrai qu'il la désirait plus que tout, mais abuser d'elle serait d'une terrible lâcheté qui n'était pas Saero Adamas ! Mais dans ce cas, comment s'échapper de ses sentiments ?… Etait-ce seulement possible ?

Fatigué de marcher et de penser, il se souvint des paroles d'Ynam et se décida à dormir, oubliant ses soucis brièvement dans le sommeil…

Lorsque Saero se réveilla, il se rendit enfin compte du froid de sa chambre glaciale. Il ne tarda pas à sortir.
Il avait bien compris qu'il ne fallait pas qu'il s'isole et reste seul. Il fallait juste qu'il croise quelqu'un, quitte à lui raconter des âneries, car c'était le seul moyen qu'il connaissait pour oublier ses soucis.
Son visage s'éclaira quand il croisa Dally dans un couloir. Il courut presque vers lui, se rendant qu'il ne lui avait pas parlé depuis longtemps maintenant.

-Dally ! Comment vas tu ? L'interpella t-il avec engouement.
-Du mieux que je puisse aller, répliqua t-il en lui rendant son sourire. Je te vois bien peu ces derniers temps. Tout va bien de ton côté ?
-Oh… Cela pourrait aller mieux, tu le sais, mais n'en parlons pas. Ou allais tu ?
-Voir Helio dans une des salles du côté nord, il a quelque chose d'important à me montrer.
-Je vois. Cela te dérange si je t'accompagne ?

-Non, pas vraiment… Cela nous concerne tous en vérité, Helio n'y verrait pas d'inconvénient.
Il suivit donc Dally dans sa marche. Saero remarqua que chez lui nombre de choses avaient changées. Dally était plus calme, semblait plus sage et plus mature. Il repensa ainsi à Téko, plus fort et plus sûr de lui dorénavant. Finalement, il était le seul qui n'avait pas changé, il s'était contenté d'exercer sa magie. A vrai dire, il n'avait lui jamais ressenti le besoin de changer auparavant. Cela était il nécessaire ? Peut-être. En tout cas il se posait maintenant la question.
Ils arrivèrent devant la porte, déjà ouverte, d'une salle ou brûlait un feu orangé. A l'intérieur, Helio préparait du thé, l'air puissant et paisible comme à son habitude. Dally et Saero entrèrent et il les salua d'un geste de tête.

-Tu as emmené Saero, tant mieux, dit il d'un air satisfait. Il ne restera plus que Téko à mettre au courant après cela, mais je devrais partir demain, je le verrais donc plus tard. Asseyez vous donc.

Dally et Saero s'assirent sur le tapis décoré au sol et Helio leur apporta le thé avant d'approcher la cheminée et poser son index sur l'une de ses pierres. Les contours du bloc s'illuminèrent de rouge et il put aisément retirer la pierre pour prendre à l'intérieur de la roche une petite boite rectangulaire en bois. Cette dernière en main il s'assit en tailleur devant les deux jeunes hommes. Ses doigts ouvrirent un crochet métallique qui fermait le coffret, sans encore ouvrir la boîte. Le bois de la partie supérieure de la boîte était gravé d'un symbole dans un losange d'or. Il s'agissait d'une spirale à neuf branches. Saero se souvint avoir déjà vu ce symbole gravé quelque part dans la caverne auparavant, sans savoir où exactement…
-Ceci est d'une très grande importance, ajouta Helio. Mais en tant que membres à part entière du Soleil Rouge, il est temps pour vous de voir cela.

De ses deux mains il souleva le couvercle, révélant une pierre précieuse d'un rouge éclatant. Aussi grosse qu'un œuf, sa forme ovale était cependant bien plus fine et ses deux extrémités étaient pointues. Dally et Saero observèrent avec la plus grande fascination le cristal écarlate. A travers sa matière translucide, l'on pouvait voir circuler des faibles éclairs d'énergie. L'objet luisait presque…

-Ca alors… Souffla Saero, impressionné. Quelle magie est-ce donc ?
-Ce n'est pas exactement de la magie comme tu l'entends. Ceci est un fragment d'un objet plus grand nommé l'étoile de sang. Depuis son existence j'en suis le gardien… Le reste de la pierre est caché quelque part dans la montagne.


Helio saisit entre deux doigts l'artefact et quelques un des petits éclairs entourèrent ses phalanges.
-Cette pierre contient un terrible pouvoir que les hommes ne savent pas manipuler. Ce pouvoir, malgré sa dangerosité et son instabilité pourrait bien être malgré tout utilisé pour faire le bien. Cela fait bien longtemps que j'y songe… Vous avez vu la guerre, vous êtes donc conscients de ce malheur qui tourmente le monde… Cet objet pourrait changer cela, j'en ai l'espoir.
-… Votre rêve serait il réalisable avec cela ? Demanda Dally avec grand intérêt.
-Je ne peux observer l'avenir mais je le crois. C'est en tout cas une entreprise qui mérite d'être tentée, et j'aimerais que vous m'épauliez dans ce rêve. Cela bien sur relève uniquement de votre propre volonté mais je voudrais vous confier quelque chose…
Helio tira de sa ceinture le couteau qu'il gardait d'habitude dans son fourreau. L'acier était noir mais tout le tranchant d'un blanc éclatant. Une force de l'ordre de l'indescriptible se dégageait de cet étrange poignard, Dally aurait à peine osé le toucher. Il approcha le tranchant immaculé de l'objet.
-Autrefois j'ai scindé la pierre qui n'était qu'un objet unique, afin d'affaiblir son pouvoir et de prévenir une utilisation malveillante de cette dernière. Suite à un malheureux affrontement, moi et Rasoul avons perdus certains de fragments ce pourquoi nous tentons de les retrouver depuis un long moment déjà. Et seules trois choses peuvent séparer la pierre ; le soleil même, du mithril, ou bien cette lame.
-C'est à peine croyable vous savez…
Fit remarquer Saero, étonné.
-Je le sais, sourit Helio. Je compte vous confier une petite partie de la pierre. Sachez que les morceaux s'attirent entre eux naturellement. Je dispose d'un fragment de cette pierre dans mon médaillon, tout comme ma fille qui porte un bijou similaire. Rasoul, Ynam et Ydard disposent aussi d'un fragment.
De la dague magnifique, il coupa dans le sens de la longueur un fin fragment, puis un autre. La lame tranchait avec aisance, comme si elle ne rencontrait aucune résistance et que la pierre n'était qu'un simple fruit.
Je vous fais ce don. Leur puissance est ainsi infime, vous pourrez à peine la ressentir si un autre fragment n'est pas à proximité. Voyez cela comme un gage de mon affection et de ma confiance, que vous m'accompagnez dans ma quête ou non.

Le regard plein d'interrogation, Dally et Saero prirent leur morceau de la pierre. Helio rangea le fragment originel dans un objet et prit alors une gorgée de thé.
-Prenez en soin surtout. Si vous ne sentez pas capable de garder cela, vous pouvez me le rendre.
-Vous plaisantez ? S'exclama Dally. Je vis pour ce genre de tâche !
-Je n'en attendais pas moins de mon élève. Et toi Saero ?

Le jeune homme regardait l'objet dans sa paume. Tout cela était pour le moins autant extraordinaire qu'inattendu. Saero savait que Helio était un homme qui avait pour idéal la paix et la fin de la barbarie, mais jamais il ne s'était réellement intéressé à la question.
-Je ne sais pas… Répondit il, hésitant. Je devrais y réfléchir. Je la garderais pour l'instant.
-Quand à moi, ajouta Dally, vous savez que je suivrais jusque dans les flammes de l'enfer si le combat en vaut la peine !
-Allons, allons, rit Helio. Tu es jeune et toi aussi tu as une famille qui t'attends, tu devrais prendre exemple sur Saero et réfléchir plus longtemps sur la question. Qui plus est, vous êtes des hommes à présent, c'est à vous de faire vos choix. Faites les donc bien.

 Après avoir prit le thé, Saero et Dally ressortirent. Ce dernier semblait empli de joie et de motivation, mais l'autre était plutôt plongé dans ses pensées et ses doutes.
-Que penses tu de tout cela Saero ?
-… Moi ? Dit il, tiré de sa réflexion. Difficile à dire. En vérité je suis plutôt honoré, et je serais sans doute prêt à soutenir l'idéal d'Helio. Mais je ne sais pas si j'ai les épaules pour cela.
-Vraiment ? Je trouve pourtant que tu déborde de qualités que je n'ai pas. Toi et Téko vous devriez arrêter de douter ainsi en vos capacités,
dit il d'un ton plus dur. Tu ne risque pas d'avancer à quoique ce soit ainsi.
-Ce n'est pas si facile… Répliqua sèchement Saero en s'en allant. Je vais prendre l'air.

Il sortit vers les collines au dessus de la caverne et une lumière matinale lui caressa le visage. Saero contempla le ciel bleu pâle avec une légère mélancolie alors qu'il avançait dans l'herbe fraîche et encore humide. Il prit le long et petit morceau de cristal rouge et le souleva au dessus de ses yeux, entre deux doigts. La lumière solaire le faisait luire un peu. Il était légèrement inspiré par ce fragment de pierre, la perspective de se lancer dans une aventure dont il ne connaissait rien le séduisait, et il ne doutait pas en la sagesse d'Helio…
Cependant, il n'avait rien à voir avec tout cela et il n'en était pas digne. Ce n'était pas son rôle. Saero était le seul de ses amis à ne pas avoir avancé. Etait-ce l'élitisme profond des nobles Adamas qui l'avait répugné à ce point des efforts ? Peut-être, mais cela ne serait que se trouver des excuses. Et il avait beau entendre régulièrement des louanges sur son potentiel, il n'avait rien accompli d'admirable, pas même pour celle qu'il aimait. Absolument rien. Il fallait mieux qu'il rende cela à Helio, ce genre de chose n'avait rien à faire entre ses mains… Peut-être allait il après cela repartir sur les chemins en tant qu'artiste ambulant. Sans doute cela lui conviendrait il mieux.
Du temps passa où il resta ainsi, l'air désespéré. Tout à coup il entendit derrière lui une voix fortement familière, oh combien familière. C'était celle de Nelzia. Saero sursauta.

-Saero, ça va ? Répéta t-elle avec inquiétude.
Il la regarda comme si il ne l'avait pas vu depuis des décennies…
Quelle idiotie.
Si il partait il voudrait de suite revenir. Il n'était certainement pas plus digne de l'objet entre ses mains que de cette femme. Cela signifiait que malgré tout, il se devait de changer.
Et si il y avait bien quelqu'un qui lui en donnait le courage, c'était elle.

-Ynam m'a dit que tu te sentais mal à cause de moi…
-Peut-être,
lui répondit il en haussant les épaules.
-Je… Suis désolée Saero. Je voulais t'aider, mais je ne sais pas comment…
-Alors pourquoi est tu venue ? Rit il tout à coup.
Je plaisante. Tu m'aide déjà, en vérité.
Comme il l'avait craint, Nelzia s'inquiétait pour lui.
Cette bonté était une partie fondamentale de sa beauté, une gentillesse qu'il se jurait de ne jamais abuser. Saero inspira une grande bouffée d'air frais. Oui, il était à nouveau inspiré ! Avait il enfin réussit à réfléchir correctement pour une fois, ou la simple présence de celle qu'il aimait avait elle causé cela ? Peu importait… Ynam n'avait en effet pas entièrement tort, mais pas raison pour autant. Oui, il ne serait probablement jamais aimé en retour, et peut-être ne pourrait il qu'à jamais l'admirer de loin… Et devoir la garder ainsi dans son coeur comme une muse lointaine…
Et alors ?
Si il y avait bien un être qui pouvait lui permettre de progresser et de devenir un homme meilleur, c'était elle. Alors non ! Il ne nierait pas son amour et continuerait d'avancer, il attendrait, même pour ne rien recevoir !
C'était ainsi qu'il aimerait Nelzia, et ce, jusqu'au bout !

-Nelzia… Si tu désire m'aider tu n'as qu'une chose à faire… Et c'est rester telle que tu es. C'est ainsi que je t'aime.
Saero regagnait son éternel sourire provocateur, s'éloignant en s'exclamant :
-Tu es ce qui me permet d'avancer, je l'ai enfin compris. Alors je ne te demande rien !... Je deviendrais  un homme qui serait digne de toi !
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Re: Le Soleil Rouge

Message par DALOKA le Dim 10 Avr - 1:06

Chapitre VIII



-Seigneur…
-Cela devait finir par arriver,
siffla Ydard.

Téko trembla. Il avait insisté pour venir et à présent il ne pouvait y croire.
Le jeune homme s'avança à pas effrayés sur le sol de la maison que sa sœur avait depuis longtemps quitté. Derrière lui s'avançait Ydard qui, bras croisés, regardait la scène macabre avec une froideur redoutable. Ynam s'était avancé le premier et était déjà penché sur l'un des corps
.
-Ynam, ce n'est pas elle, n'est ce pas ? Souffla Téko avec un dernier faux espoir.
Ynam ne répondit pas. Devant lui se présentait un corps de femme d'âge moyen, le visage aux yeux vitreux figé dans la douleur. Chacun de ses membres était si atrocement tordu que le cadavre n'avait plus l'air d'un être humain mais d'une figure grotesque, son dos était presque plié, du sang encore frais coulait de sa bouche béante, elle était devenue un être de chiffon désarticulé.
Téko, horrifié, manqua de rejeter tout ce qu'il avait dans le gosier… Ydard restait près de la porte dans la même posture, l'air grave. Ynam se releva pour aller se pencher sur le second cadavre, certainement celui de Rodolphe Mori. Sa tête était noyée dans son sang et ce qui avait ouvert sa gorge ne pouvait pas être une arme. Dans la chair de son cou se trouvaient cinq trous béants, qu'aucun animal n'aurait pu faire non plus, et qu'aucun humain n'aurait la force de faire. Téko se trouvait brutalement en face de la vérité qui l'écrasait, et il se sentait presque perdre pied.

-Pas de doute, c'est lui, confirmait Ynam en se relevant à nouveau.
-Bordel, jura Ydard. Elle a une ouïe surdéveloppée… J'aurais dû être plus prudent !
-Il est vrai,
affirma t-il. Je ne savais cependant pas qu'il avait une conjointe et…
Il interrompit sa phrase et tourna alors son regard vers l'armoire de la salle.
-Attends, je vais vérifier quelque chose.
Il s'y dirigea.

-Bon sang, ce n'est pas vrai, répéta Téko, la main dans les cheveux, semblant presque pris de vertiges.
-J'avais dis qu'il fallait la tuer un jour ou l'autre… Fit Ydard.
-Non Ydard, c'est ma faute… Je… N'aurais pas dû lui faire confiance.
-Ca ne change rien à mon point Téko. C'est une vampire,
s'énerva le roux. Bordel, je suis le seul à comprendre ça ici?
-Je ne pensais pas qu'elle me mentirait, je pensais…
-Assez d'excuses Téko. Ce que tu vois en face de toi, c'est ta sœur qui l'a fait. Et Condor ou pas, ce sont des êtres humains. La vérité c'est que nous avons échoué, toi, Kazhaar, et Ynam et moi également. Et quand à ta sœur et amante, je peux t'assurer que…

Il fut interrompu par un cri horrifié d'enfant, Ydard et Téko s'avancèrent vers Ynam, il était accroupi devant deux enfants pleurants dans l'armoire.
-Du calme, fit Ynam.
-Des enfants ? S'exclama avec désespoir Téko. Ne me dites pas que…
Téko se sentait défaillir.
Sa sœur, qu'il aimai plus que tout au monde, qu'il chérissait de toute son âme, lui avait menti… Malgré sa promesse. Et pire que tout, elle avait infligé à d'autres enfants ce dont ils avaient soufferts. Oui, peut-être n'était elle pas elle même, peut-être ne réalisait-elle pas la gravité de ce qu'elle faisait, mais Ydard avait raison. Ses fautes étaient là… Les morts ne reviendraient pas. Leurs parents ne reviendraient jamais, quoique l'on fasse.
Ynam tentait de calmer les enfants qui s'étaient cachés, en vain, ils avaient subits un violent traumatisme. Ynam tourna la tête vers Ydard, le grand roux hocha la tête. Ydard mit sa main sur l'épaule de Téko, qui ne réagit pas, et le tira légèrement en arrière.

-Sortons, Téko.
Téko suivit Ydard dehors. Il n'avait guère envie de rester plus longtemps dans cette maison.
-Qu'allons nous faire des enfants ? Demanda t-il, une fois sorti. Ydard ne se retourna point, ni ne répondit, continuant de marcher. Les cris de panique avaient cessés.
-Ydard ?
-Tu m'agace,
soupira t-il. Regarde, Ynam sort.

Ynam, en effet, passait la porte. Dans chacune de ses mains il tenait un des enfants par le col… Une entaille rouge ouvrait leur cou et du sang s'en échappait encore. Ynam les tenait comme des sacs, marchant froidement, toujours stoïque. Ydard y jetait un regard d'un air dur mais désolé. Téko lui, eu à nouveau du mal à croire ce qu'il voyait. C'était trop pour lui.

-Que s'est il passé ? Cria t-il, dans l'incompréhension.
-Je les ai arrêtés avec ma magie avant de leur sectionner leurs artères carotide, dit calmement Ynam. Ils n'ont ni souffert ni réalisé leur mort.

Il passa ainsi devant Téko, lui frappé de silence, avant de continuer sa marche pour se diriger vers l'arrière de la maison.
-Je vais les enterrer. Ydard, pourrais tu apporter les autres corps ?
-Oui, je te rejoins tout de suite.

Ynam parti, Ydard allait se diriger vers l'entrée pour chercher les cadavres, mais Téko l'interrompit.
-Ydard, pourquoi a t-il fait cela ?… Demanda t-il, comme si il n'y croyait toujours pas.
-Réfléchis bien Téko… Ces enfants avaient perdu toute leur famille, leur vie était fichue. A cause de la guerre tout les orphelinats sont pleins et misérables, et personne n'aurait voulu les accueillir. Sans compter que des nobles auraient pu vouloir se venger et les traquer pour les tuer voire pire… Ils n'auraient pas pu survivre, et le peu d'années qu'ils auraient vécu aurait été un enfer pire que ce que tu as enduré. Les guerres mettent malheureusement quelques années à s'effacer.
-Mais… Et nous ? Helio aurait certainement accepté de les accueillir.

Fronçant les sourcils, Ydard croisa les bras, se retournant pour fixer Téko.
-Sans doute, oui… Et cela aurait été une erreur. Pour commencer, le Soleil Rouge n'est pas un abri, je refuse personnellement d'impliquer plus de gens dans nos affaires. Bientôt tu comprendras que nous avons bien d'autres soucis que de faire la charité.
Qui plus est tu as oublié un détail important… Comment abriter ces enfants là où nous abritons celle qui a tué leurs parents ? Jamais cela n'aurait pu fonctionner. Leur offrir une mort paisible était la meilleure chose à faire.
-Cela reste injuste, ce sont des enfants !
-Oui, c'est injuste. Mais bien des enfants meurent chaque jour dans des conditions plus atroces encore, quand les esprits sont troublés par la guerre.
-Ydard, je sais que tu me diras que je suis naïf, mais ces deux enfants… Sont comme moi…

Soudain, Ydard saisit Téko brutalement par le col, le soulevant presque.
-Non, ils ne sont pas comme toi, imbécile. Tu es Dyra et malheureusement il n'y en a pas deux pour l'être, des gens t'attendent pour que tu sois leur seigneur. Tu peux t'amuser avec nous si tu veux mais pour moi ta place est à la tête de ton comté, pas ici.
Se détendant, il relâcha son emprise, ayant tout à coup un regard empli d'amertume.
-Etre seigneur, non, être chef en général, est une tâche des plus importantes. Trop pour que tu passe l'arme à gauche ici, égorgé ou une épée dans le ventre.
Jadis, je suis mort pour mon roi. Même si c'était un idiot. Alors toi… Si tu ne peux plus supporter ce que tu vois, que c'est trop, rentre chez toi.


Téko baissa les yeux un moment. Il savait qu'Ydard avait plus de bon sens qu'il en avait… Il n'avait rien à dire pour protester. Téko fuyait ses responsabilités, laissant les terres de son père sans maître.

Ynam revint alors, les mains cette fois vides.
-Il y a un problème Ydard ?
-Rien, je parlais juste à Téko. Ne t'en fais pas je me met au travail. Oh, une fois rentrés nous devrions sérieusement parler de Kazhaar,
dit Ydard en se dirigeant vers la porte.
-Tu sais bien que si tu tentes de la tuer je t'en empêcherais.
-Comme si elle avait besoin de ta protection…


L'on avait pas demandé à Téko son aide. Sans doute aurait il difficilement supporté le transport des corps, même si il l'aurait aussi fait sans protester si on le lui avait demandé. Et peut-être se serait il malgré tout porté volontaire si son esprit n'était pas pris à d'autres pensées pour lui tout aussi terribles.
Téko avait été aveuglé par ses sentiments, il lui avait accordé sa confiance à cause de son amour. Si il avait eu du bon sens, pensé avec du recul !… Il repensa aux cadavres, aux enfants, et la rage monta en lui. Il était autant enragé contre sa sœur que contre lui même. Il avait été idiot, cela était on ne pouvait plus vrai, mais il ne pouvait pas non plus nier la vérité : sa jumelle lui avait menti alors qu'elle avait juré, c'était un fait.

Téko bouillonnait comme cela ne lui était jamais arrivé. Elle en qui il avait confiance, avait commis un crime si atroce !… Il tentait de garder les idées claires mais n'y parvenait pas. Il s'éloigna de la maison pour marcher il ne savait où, pensant que cela l'aiderait à réfléchir.
Téko leva la tête. Les nuages étaient sombres et il faisait froid. Un bien mauvais temps.
Sous sa cape, Téko joint ses mains dans son dos presque instinctivement, et serra de toutes ses forces, trouvant dans cette petite douleur une juste forme de punition et de défoulement.
Pourquoi n'avait il rien anticipé? Lui qui devait connaître mieux que personne Kazie… Et elle… Elle l'avait trahi ! N'avait elle rien compris de tout ce qu'il avait tenté d'expliquer ? Ou l'avait elle ignoré ? Dans tout les cas il ne se sentait pas capable de lui pardonner, que ce soit ses erreurs ou les siennes.
Téko sentit les premières gouttes, annonciatrices d'une forte pluie qui arriverait bientôt. Cela détourna le jeune homme de ses idées noires, le forçant à revenir vers la maison pour s'abriter. Comme prévu la pluie était terrible, Ydard et Ynam avaient cessé leur travail. Lui, ferma son cœur à la violence de la maison sanglante, et finit par s'asseoir. Les trois attendirent la fin de la pluie, et quand elle cessa donc, malgré l'humidité ils finirent le travail. Téko cette fois y participa, sans broncher. Il essayait de ne penser à rien.
Enterrer les cadavres fut plus aisé qu'il ne le pensait.

Ceci fait, ils repartirent vers la caverne du Soleil Rouge, s'arrêtant uniquement pour se reposer. Mais sur la route, la conversation restait faible. Ynam ne parlait que si nécessaire et Téko n'était d'humeur à ne rien dire. Ydard seul faisait régulièrement quelques commentaires.
Le temps était toujours aussi mauvais.

Quand ils atteignirent la caverne il se faisait tard et les lieux étaient silencieux. En l'absence d'Helio et de Rasoul, les lieux étaient laissés entre les mains de Nelzia, ce qui, même si Dally était également là, n'avait pas rassuré Ydard. Heureusement tout semblait en place.


Téko lui se retira vite des deux autres. Il allait se coucher, mais il n'avait à vrai dire aucun désir de voir Kazie. Il était fatigué et énervé, et par dessus tout il ne l'avait pas encore pardonnée.
Mais bien sûr il ne pourrait pas l'éviter.
Alors qu'il marchait dans le couloir, il sentit une main saisir la sienne. La belle main blanche de Kazie avait saisie la sienne, l'air presque suppliant. Téko se retourna, et il vit Kazie, les larmes aux yeux et une expression de joie et de soulagement sur le visage. Pourquoi ? Elle avait tué des gens, comment pouvait-elle oser venir avec cette expression… Téko ne pouvait oublier cela, et cette fois, il ne l'enlacerait pas. Elle n'était pas une enfant qu'il devait consoler, et il la savait bien assez intelligente pour se rendre compte de l'importance de ses actes.
C'est pour cela qu'il dégagea sa main.

-Téko ?… Fit Kazie avec un air de choc et d'incompréhension.
-Laisse moi, fit il froidement.
-Téko, je suis !… Tenta t-elle de dire, avant de se faire brutalement interrompre par son frère.
-Ne me donne pas d'excuses ! Ce que tu as fait est impardonnable, nous avons été là bas et nous l'avons vu ! Que pensais tu donc accomplir ? Je t'avais répété que cela était futile mais tu as refusé de m'écouter ! Et moi j'ai été idiot et je t'ai fait confiance… Ce que tu as fait est monstrueux, jamais je t'en aurais cru capable.
-Ecoute, je l'ai…
-Suffit, Kazhaar ! Je ne t'écouterais plus,
fit il sèchement. Laisse moi tranquille à présent, je ne veux plus te voir.
Téko avait explosé. Jamais il n'aurait été capable de dire cela dans son état normal, et il en était conscient. Cependant il les pensait, ces mots durs. Continuer d'être magnanime et affectueux serait hypocrite et il ne s'en sentait pas capable.
Il tourna les talons partant en un coup de vent. Kazhaar, derrière lui, ne l seuivit pas mais tendis la main avec désespoir.

-Téko… Gémit elle, d'une petite voix aiguë. Elle avait l'expression d'une enfant perdue…
Téko ne la vit pas, car il ne se retourna pas.


Il partit ainsi, fuyant dans la chambre de ses amis qu'il trouva totalement vide. Avait il réellement trouvé le sommeil ? Il ne pouvait le dire. Il se relevait fréquemment pour se recoucher, pouvant à peine distinguer ces brefs réveils des rêves. Le regret et la colère le rongeait toujours, et quand il était seul face à lui même il ne pouvait plus fuir tout ce qui habitait son esprit.

Au bout d'un moment, Téko abandonna l'idée de pouvoir dormir en paix, préférant rester assit dans cette chambre minuscule qui avait, maintenant qu'il la regardait, un air de cellule de prison. Sans rien d'autres que ses troubles pour meubler la salle et décorer les murs… Dally n'était pas là, et à sa grande surprise, Saero non plus...
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Re: Le Soleil Rouge

Message par DALOKA le Dim 1 Mai - 21:21

Chapitre IX


Rien n'avait changé.
Il tournait en rond. Il ne savait pas quoi faire. Il avait peur que cela empire mais ne voyait aucune solution qui lui convenait capable de régler ces problèmes…

-Ah ! Tu es donc là.
Surprit par la voix, il leva la tête vers la porte qu'il avait laissé ouverte par inadvertance. Helio était venu le voir, pourquoi ?… Avait il quelque chose à lui reprocher ?
-Vous ? Ici ?… N'étiez vous pas censés partir peu après notre départ ?
-Nous l'avons fait. Je suis revenu il y a peu, et j'ai alors appris de la bouche d'Ydard ce qui était arrivé avec ta sœur…

Téko évita le regard de son aîné, qui n'affichait pourtant que de la compassion.
-Cela est ma faute, je le sais…
-Nous en parlerons plus tard,
fit il avant de dessiner sur son visage un léger sourire chaleureux. Je voudrais que tu m'accompagne en ville aujourd'hui.
-Mes excuses mais je ne me sens pas en état de faire quoique ce soit…
-Eh bien ? Où est donc passé le Dyra plein de volonté que Nelzia aime tant me vanter ?
-Je ne veux pas vous vexer mais, vraiment…
-Pas de discussion ! Nelzia sera avec nous et ton professeur de magie attitré est bien trop occupé à présent. Tu passerais donc ta journée à ne rien faire ? Jeune homme, lève toi, nous partons ! La route est longue, alors si nous ne voulons pas arriver de nuit, il nous faut partir sur le champ.

Téko ne put refuser la demande d'Helio.. Il le suivit donc jusqu'à la sortie de la caverne. Dehors, la pluie avait cessé et ses restes coulaient à petites gouttes des rochers. Le soleil brillait dans un ciel gris pâle. Près de l'entrée, Nelzia attendait, courant sur place et semblant enjouée.
-Téko ! Je suis contente que tu sois venu.
-Ton père ne m'as pas réellement laissé le choix…
-Cela te fera grand bien ! Il ne fallait pas te laisser décrépir seul.
-Saero et Dally sont pourtant libres aussi… Pourquoi moi ?
-J'ai donné des instructions à Dally
, expliqua Helio, il doit aider Rasoul. Saero, lui, est parti à Decan un moment, il a dit qu'il avait besoin de voir le fameux musée et de changer un peu d'air.
Qui plus est, tu as le plus grand besoin de te détendre.
-Me détendre… Attendez, qu'allons nous faire ?
-J'ai des courses à faire, et puis nous devons parler. Autant donc en profiter, depuis combien de temps n'es tu pas allé en ville ?

Helio, sac sur le dos et bâton en main, avait avec ses vêtements un air semblable à celui d'un berger. Il partit devant, et Téko soupira, le suivant à pas lents. S'amuser, dans une telle situation ?… Pourquoi le devrait il ? Ou le pourrait-il ? C'était ridicule.
-Tu traînes des pieds Téko ! Dit Nelzia en lui fichant une grande claque dans le dos. Nous allons perdre papa, à ce rythme.
-Nelzia… Est-ce que tu sais seulement ce qui est arrivé ?
-Oui, je sais ce qui est arrivé. Si je ne le savais pas je n'insisterais pas autant pour que tu viennes. Juste pour aujourd'hui, oublie cela.
-Et comment veux tu donc !…
-Je ne veux pas te laisser tout seul dans cette situation ! Je tiens beaucoup à toi, tu sais ?


Visiblement, ils semblaient déterminés à l'emmener… Téko savait qu'il aurait été impoli de refuser plus, particulièrement envers ces deux personnes qui l'avaient aidé cette dernière année. Il trouvait également, malgré tout, l'attention de Nelzia touchante.
Le jeune Dyra accepta donc, même à contrecœur.

-Vous êtes lents, les enfants ! Se retourna Helio, déjà loin devant.
Nelzia sourit et tira légèrement le bras de Téko, qui finit par lui aussi se mettre en marche. Ainsi, ils suivirent Helio jusqu'à la ville de Laif, tous trois vêtu de grandes capes à capuchon, ayant presque l'air de pèlerins.

En comparaison à son retour à la caverne, l'aller vers la ville était de la plus grande clarté. La destination était moins lourde et il était en compagnie d'un duo bien moins pesant, pourtant toujours il se sentait coupable et hésitait à revenir sur ses pas. Il n'avait quasiment jamais quitté la caverne. Normalement, il y restait toujours, pour Kazie. Ainsi il se sentait l'abandonner en partant, mais bien sur, il savait que le romantisme ne l'aiderait pas. Il n'était pas prêt à accorder son pardon et avait su ses paroles cruelles. Helio n'avait pas tort en disant que rester était futile. Ce problème, ni des étreintes ni des mots doux ne sauraient le résoudre, et il l'avait bien vu, son esprit n'était pas en état de trouver actuellement la solution.
Alors, ce n'était pas si mal.


Après ces quelques heures de trajet où  le cœur de Téko s'allégea également, l'on put enfin voir le clocher et les toits les plus hauts de Laif pointer à l'horizon. Téko eu l'impression de redécouvrir ce qu'il connaissait autrefois parfaitement.
-Nous y voilà donc ! Se réjouit Helio. Quelques pas de plus et notre marche sera récompensée.
-Allez vous souvent en ville ?
-Oui, les gens d'ici d'ailleurs me connaissent plutôt bien. Nelzia y est moins allée car je préférais qu'elle évite de s'éloigner de chez nous en temps de guerre. Mais les tensions se calment et cet endroit regagne son hospitalité d'antan.

La ville de Laif se présentait devant eux. Les maisons aux pierres gris pâle grossièrement taillées parsemaient l'endroit, les restes de l'eau de pluie rendant leurs tuiles rouges luisantes. Malgré l'humidité et les flaques, les habitants garnissaient les rues, vêtus de capes ou de grands manteaux d'hiver.
Téko était ému de voir toutes ces personnes réunies, il s'étonna lui même de ce sentiment, son isolement avait il été si terrible au point de lui faire oublier quelque chose d'aussi trivial ? La fille d'Helio semblait elle euphorique comme il ne l'avait jamais vu. Cela rassura Téko.
Le clocher sonna la quinzième heure de la journée, il en avait presque oublié le son ! Chaque ville de l'empire pourtant en avait un, et la vie des habitants était depuis toujours rythmée au son des clochers. Tout autour de lui, les gens vivaient. Il l'avait oublié. En vérité, peut-être avait il oublié l'extérieur entièrement…

-Qu'allez vous faire, Helio ?
-Voir une connaissance, mais j'ai d'abord un endroit important où aller,
fit il en tapotant de la main son sac.
-Qu'est-ce donc ?
-Eh bien, un cadeau,
répondit Nelzia pour son père.
-Il y a une vieille fontaine près du centre de la ville, et c'est là que nous nous dirigeons.

Près de cette vieille fontaine débordant d'eau de pluie se trouvaient en vérité plusieurs enfants. Téko écarquilla les yeux. Ils jouaient en riant.
-Ils se réunissent toujours ici pour s'amuser, c'est pourquoi je ne viens jamais à Laif sans rien.
Les jeunes filles et garçons finirent par remarquer Helio qui s'approchait, relevant son capuchon pour afficher un visage rayonnant, la joie apparut alors sur les faces juvéniles et les bambins coururent vers Helio.
-Père Helio ! S'exclamèrent ils. En peu de temps, le grand homme avait une dizaines d'enfants réunis autour de lui.
-Bonjour les enfants ! Vous avez été sages ?
Des « oui » retentirent en chœur et en canon. Helio paraissait dans cette place un peu triste comme un personnage solaire pour ces derniers. Le grand homme posa à terre le lourd sac qu'il portait, et les filles et garçons jubilèrent avec impatience. Quand Helio détendit la corde qui fermait le sac, un tas de jouets de bois apparut. Des dizaines de petits animaux sculptés étaient à l'intérieur. Les enfants poussèrent des cris de joie et s'agitèrent pour être les premiers à se voir offrir leur jouet.
-Chacun aura le sien, fit Helio avec autorité. Et n'essayez pas de me duper, mes petits !
Téko, ébahit, regardait la scène. Il tourna son regard vers Nelzia avec interrogation.
-Fait il souvent cela ?
-Oh ça oui. C'est son passe temps, de tailler ces jouets.
-Ces enfants semblent les adorer.
-Papa me dit qu'ils les croient magiques. Vu celui qui les a fait, qui sait ?

Nelzia parvint à arracher un sourire à Téko. Le tableau chaleureux en face d'eux le soulageait, contrastant intensément avec les précédents événements… Rien de grave ici. Nul questionnement ou tourment. Pourtant, en voyant ces enfants, il repensait toujours au fond de lui à ceux qu'Ynam avait tué…
La fille d'Helio partit naturellement vers les enfants, souriant comme son père. Téko lui, restait à l'écart, comme contemplatif… Il sentait qu'il n'avait pas sa place dans ce tableau. Il y avait un brouhaha joyeux. Nelzia taquinait une jeune fille en riant, certains avaient déjà commencés à jouer, faisant marcher leur imagination juvénile.
Parfois, d'autres le regardaient avec des grands yeux ronds.
Chaque enfant de la place servit, Helio leur souhaita joyeusement au revoir, reportant un sac plus léger sur le dos, avant de repartir vers Téko.

-Eh bien Téko, pourquoi n'as tu parlé aux petits? Fit remarquer Helio.
-Je ne me sens pas à l'aise avec les enfants…
-Dommage, ils semblaient curieux à ton propos.
-Est-ce à cause de mes cheveux blancs ? Certes, il y a plus discret, mais votre fille a bien des cheveux azurés…
-Idiot
, dit il en donnant une pichenette sur le front du garçon. N'oublie pas qui tu es. Ton sang est lourd de sens dans ce pays, bien plus qu'une telle particularité physique.
-Helio… J'avais une question à vous poser.
-Je t'écoute.
-Je suis désolé de devoir parler de cela mais… Là bas, Kazie a tué deux adultes… Parents de deux enfants. Quand nous les avons découvert, Ynam les a exécutés.
-… Je vois.
-Ydard m'a expliqué que c'était la meilleure chose à faire, qu'ils mourraient de toutes façon… Mais je dois vous demander… Si vous l'auriez fait.
-Non. Jamais je n'aurais pu. Mais cela ne rend pas les actions d'Ynam mauvaises. Nous cherchons tous à faire le bien de notre manière. Je pense que ce choix cruel était peut-être le bon, même si je ne l'aurais pas fait pour autant.
Mais j'estime aussi que cela ne m'empêche pas d'être généreux. Et c'est précisément parce que je sais combien tu as été bousculé que je t'ai amené ici.
Nous parlerons de tout ça en temps voulu, tu en as ma promesse. Profite de cette journée pour te détendre… Tu en as bien besoin.
-… J'essaierai.


Helio fit un signe de main à Nelzia qui comprit qu'il était temps de partir, elle les rejoint donc.
-Les enfants, j'ai encore à faire en ville. Je ne voudrais pas vous emmener, vous vous ennuierez avec moi.
Il sortit alors de sa toge une grande bourse de cuir qu'il jeta à sa fille, qui la rattrapa aisément d'un geste vif.
-Sortez donc en ville, voilà votre monnaie.
-Tu es sûr papa ?…
-C'est mon argent, et j'ai assez vécu. Profitez donc de cela, le plaisir est pour moi.

Sans attendre d'autre réponse, Téko étant assez dérangé par cette générosité, il tourna le dos en commençant à partir.
-Gardez en un peu tout de même ! Ne cédez pas à toutes les tentations.

Nelzia et Téko se regardèrent yeux dans les yeux, l'air confus.
-… Que faisons nous maintenant ? Demanda Téko. J'admets me sentir un peu perdu...
-Eh bien… Oui, j'ai bien une petite idée. Je pense que nous pourrions t'acheter une épée, et qui serait à toi et à personne d'autre. Mon père m'a recommandé une forge dans la rue d'Avair, ce sera vite trouvé en demandant aux citadins.
-Une épée ?
S'étonna Téko. Je suis encore un piètre escrimeur.
-Détrompes toi, notre entraînement a bien porté ses fruits ! Au début, tu étais médiocre à tout sauf endurer les coups, ce qui est bien moins utile face à une arme réellement létale.
-C'est bien vrai
, avoua t-il après un petit rire gêné.
-Mais maintenant, cela est bien différent ! Je suis sûre que tu pourrais défier un soldat et l'emporter.
-Merci du compliment, mais j'en suis là grâce à toi.
-Ta détermination y est pour beaucoup. Pour être sincère, je n'aurais pas imaginé que tu tiendrais plus d'un mois.


Les compliments de Nelzia lui firent grandement plaisir. Il avait souvent une mauvaise opinion de sa personne et de ses compétences, mais il ne refusait pas pour autant même les plus modestes éloges. Peut-être aussi qu'en ce moment l'optimisme et la jovialité de Nelzia lui feraient du bien.
Une fois qu'ils surent où se diriger, une idée lui traversa l'esprit. Il la dit donc à Nelzia, concernée par cette dernière.

-Je crois qu'avec de la détermination, à défaut de pouvoir changer le monde qui nous entoure, l'on peut se changer nous même.
-N'importe qui pourrait changer si il croit assez fort ? Eh, c'est un peu farfelu.
-Non. Cela ne s'applique pas toujours mais… Comment dire, cela vaut la peine d'être essayé, puisqu'il y a un possible. Je dis certainement ceci car longtemps je me suis senti faible, et je refusais de croire qu'il m'était impossible de changer. Mais ce n'est pas universel, nous sommes tous différents… En vérité, je me demandais surtout si tu pouvais maîtriser ton don.
-Cela ? Non, pas vraiment. Quand j'étais enfant, Ynam le diminuait à l'aide de médicaments, mais ils étaient dangereux à long terme sur ma santé, risquant de me rendre apathique ou dans le pire des cas, totalement impuissante. Mon père décida alors d'arrêter le traitement, et j'ai alors commencé l'escrime. Je crois que je voulais rendre cette violence en moi utile, mais la contrôler me semble impensable… C'est étrange que tu me dises cela.
-… Je vois. Mes excuses, je ne voulais pas t'agacer.
-Pas du tout, pas du tout ! Je suis juste surprise que tu t'en soucie. Mais cela me fait plaisir, vraiment. Cela me rappelle que mon père m'avait déjà évoqué la possibilité de tenter de maîtriser ce don…
-Vraiment ?
-Alors je devrais sans doute essayer ! Qui ne tente rien n'a rien, pas vrai ?


Ils tombèrent finalement devant la forge, bâtiment aux pavés sombres décoré d'une enseigne sur laquelle était inscrit en lettre orangées ''Xavier et Fils''. Il y avait déjà bon nombre de clients dans le magasin de la forge car même la paix revenue, les habitants se sentaient toujours en danger, il était de ce fait sécurisant de garder chez soit une épée aiguisée ou une bonne hache si l'on en avait les moyens.
A l'intérieur, diverses armes blanches étaient exposées, soigneusement enchaînées au mur pour la plupart. La forge semblait tourner à plein régime en ce moment, car la milice locale commandait également des armes aux forges des villes contre de bonnes sommes d'argent.
Téko avait lui bien du mal à s'y retrouver devant tant d'épées, il n'était nullement connaisseur.

-Nous avons pas mal d'argent, fit remarquer Nelzia, prends ce que tu veux.
Il réfléchit un moment. Bien sur, le style qu'il avait apprit lui demanderait plutôt une épée légère et assez longue, et  trop correspondaient à ce profil. Beaucoup trop, même les rapières étant nombreuses. Les aciers blancs, noirs et gris pour lui se ressemblaient tous, et après en avoir comparé plusieurs sans pouvoir choisir, Téko finit par s'agacer. Il aurait certainement et malheureusement besoin d'aide. Il voulait que cela soit bien fait, et ne pas se lancer dans un choix aléatoire.
-Nelzia, si cela ne te dérange pas, pourrais choisir pour moi ?
-Moi qui voulait que tu le fasses toi même… Tu n'as aucune idée ?
-C'est à dire que je ferais mieux confiance à ton œil qu'au mien en matière d'arme.

Nelzia croisa les bras en observant les différentes épées. Elle, avait déjà visiblement une idée plus ou moins vague de ce qu'elle choisirait.
-Je veux bien te choisir une épée, mais c'est à une condition. Ce sera donnant donnant.
-Je t'écoute.
-Eh bien…

Nelzia baissa un peu son regard et le rose de ses joues devint légèrement plus vif.
-Je voudrais que tu me choisisse une robe.
-Comment ?
Laissa échapper Téko avec surprise.
-Si tu refuses, alors tu choisira tout seul ta lame !
-C'est que cela me gêne…
-Tu es le seul à qui je peux demander ça. Je n'en porte jamais, alors je ne sais pas ce qui est joli ou ce qui m'irait.
-Tout de même…
-Et puis, je fais confiance à tes goûts.
-Je suppose que je n'ai pas le choix ?
Soupira t-il. Marché conclu alors.
Bien qu'assez étonné de la demande de Nelzia, il avait certains soupçons sur ce qui motivait cette dernière, ce qui l'intimidait un peu. Cependant, après tout ce qu'elle avait fait pour lui il lui devait bien cela, et puis cela pouvait être amusant. Nelzia, rendue d'autant plus joyeuse, passa devant Téko. Et elle ne tarda pas à choisir pour lui l'une des plus belles lames de la boutique. Ce dernier, ayant l'œil utilitaire, ne savait pas apprécier le côté artistique des armes forgées.
-Je crois que celle là sera parfaite, dit elle, satisfaite.
L'arme, placée au milieu d'autres épées toutes de belle fracture, était une élégante rapière à la lame étincelante comme une aiguille d'argent, et à la garde dorée où étaient gravées des fleurs d'ailleurs, semblables à des flammes. Un mot en ancien alefridien, écriture des rois, était gravé sur la base de la lame : l'inscription signifiait ''Hardi et aimant''.
-Elle te plaît ?
-C'est en effet une magnifique épée,
reconnut il.
-N'est ce pas ? Je trouve qu'elle ressemble à la mienne, si je devais manier une épée autre que  Comète, ce serait celle là.
-Dans ce cas, c'est décidé.
Ils achetèrent l'épée. Quand la transaction fut faite Nelzia tendit la rapière à Téko pour qu'il la prenne lui même en main. Bien que Téko considérait que cette dépense avait été un peu exagérée et futile, tenir le manche du bel objet faisait apparaître un certain sentiment de fierté dans son cœur.
-Même feu mon père n'avait pas de si belles épées… Je me sens presque intimidé. Tu es sûre que je mérite de porter une telle arme ?
-Tu mériterais même plus.
-De toute façon je ne te ferais pas l'affront de te rendre ton présent. Merci Nelzia.
-Allons ! Pas besoin de me le dire, tu m'as promis une faveur après tout.
-Oui… C'est vrai.

Tout deux rapières dans leurs fourreaux, ils sortirent de la boutique. Aucun d'entre eux ne savait où trouver un bon tailleur, mais Nelzia, qui avait le contact facile, put demander à des passants qui leur indiquèrent une direction idéale à prendre.
-Au fait Téko, fit elle en marchant, tu as pensé à un nom pour ton épée ?
-Un nom ?… Eh bien, ''hardi et aimant'' ce n'est pas si mal.
-Voyons, je te parle d'un nom personnel ! Un nom rien qu'à toi !
-Je n'en ai absolument aucune idée. Cela est-ce vraiment important ?
-Primordial ! Ton épée doit avoir une âme. Mais ce n'est pas si grave, tu as tout le temps pour y penser dorénavant.


Ils arrivèrent vers le tailleur qu'on leur avait conseillé. Téko était soucieux de ne pas trop dépenser l'argent qu'on leur avait donné, mais la bourse était encore assez pleine. En entrant dans cet autre magasin, Téko grinça des dents d'avance en observant les multitudes de vêtements. Le choix allait être difficile, et avait il un bon goût esthétique en la matière ? Il sentait que Saero aurait été bien mieux à cette place que lui…
Il vit cependant que Nelzia, à sa grande surprise, paraissait plus intimidée que lui…

-Je te laisse choisir surtout ! Dit elle mains derrière le dos.
-Bien sûr. Laisse moi juste du temps.

Téko joint ses mains, songeur, tapotant ses index l'un contre l'autre. Il lui faudrait être honnête et faire le bon choix, il se sentait trop redevable pour prendre cette décision à la légère. On lui faisait confiance, il pensait donc qu'il relevait de son devoir de tenir sa promesse, ce du mieux qu'il le pouvait.
-Alors ? Demanda timidement Nelzia.
-Je vais demander au tailleur si tu peux en essayer quelques unes.
-Quoi ?
S'étonna la jeune femme, sursautant en arrière. C'est vraiment nécessaire ?
-Si je veux faire le bon choix, oui, mais je ne te forcerais pas. Je vais appeler le tailleur, tu me diras ce que tu veux faire après.

Le tailleur lui donna une réponse affirmative, considérant même cela comme une évidence pour une maison de son statut. Quand il vit Nelzia il complimenta la beauté de la damoiselle, puis demanda si ils étaient un jeune couple, ce que Téko nia bien sur d'un ton formel, avant de revenir vers elle.

-Tu pourras entrer dans la salle à droite pour te changer, il n'y a pas de problème.
-C'est moi qui t'ai demandé de venir ici de toute façon… Alors il le faut bien !
Fit elle en serrant les poings, d'un coup déterminée. Quelle est la première ?
-On dirait que tu prends cela comme un combat
, dit il avec un air gentiment moqueur.
-C'est plus facile pour moi de cette façon. Je n'ai pas mis de robe depuis mes huit ans, de mémoire.

Téko compara plusieurs robes, il se doutait que malgré cela Nelzia serait incommodée et voulait de préférence faire le meilleur choix du premier coup. Il tira de prime un trait sur les robes les plus extravagantes car selon lui il fallait à Nelzia un vêtement élégant mais ample. Cette dernière s'étonnait du sérieux de Téko pour quelque chose qu'il aurait normalement considéré comme trivial, mais cela lui était en vérité bénéfique de réfléchir à ce qui n'avait que peu de conséquence. Le détendait. Helio avait finalement bien raison.
Il eut grand mal à se décider. Il fallait quelque chose s'accordant à la chevelure particulière de Nelzia…

-Essaye donc celles là, dit Téko en indiquant deux robes.
-Laquelle en première ?…
-Ce n'est pas important, nous verrons les deux dans tout les cas.
-D'accord. Gardes mon épée.

Téko n'avait pas le souvenir que Nelzia eut confié sa rapière, Comète, à quelqu'un. Il s'en sentait honoré, et maintenant qu'il la tenait il remarquait qu'en effet, elle était similaire à la lame qui était à présent la sienne.
Il la mit à sa ceinture, et Nelzia partit en prenant les robes dans la salle d'à côté. Téko s'adossa contre le mur, mains jointes contre le ventre et le regard un peu dirigé vers le plafond, patientant. Il tâcherait d'être franc, mais espérait ne pas blesser son amie qui, il le savait, avait peu confiance en sa féminité. Bien qu'il eut toujours pensé que c'était un tort.
Nelzia tarda à se changer, mais finit par sortir avec la robe bleue pâle, bras croisés contre sa poitrine. La pauvre avait les joues rouges.

-Pardon, j'ai eu beaucoup de mal à l'enfiler… Mais alors, cela me va ?
-Non, fit il avec une sincérité tranchante sur le coup, avant de se rattraper, l'air un peu confus. Ce n'est pas à cause de toi, tu es très jolie ! J'eus juste tort de penser qu'il suffisait d'un vêtement de la couleur de tes cheveux, cela ne t'embellis pas autant que je ne le pensais.
-J'essaye l'autre, alors !
-Oui.

Et elle repartit, cette fois toute souriante en vérité à cause de son compliment. Quand elle ressortit, Téko sut qu'il n'y aurait nul besoin de troisième essai. La robe couleur crème mettait parfaitement Nelzia en valeur des pieds jusqu'à la tête, et cette fois il fut lui même soufflé. Il avait toujours su qu'elle était jolie. Il réalisait maintenant qu'elle était belle.
Une chose était cependant en trop.

-Alors ?… Il y a un problème ?
-Tu devrais détacher tes cheveux.
-Hein ?
S'étonna t-elle. Mais…
-Fais moi confiance, vas y.


Elle dénoua le nœud qui maintenait sa chevelure en place. Une cascade bleue comme le ciel retomba sur ses épaules et sur son dos, et ce bleu contrastait avec l'actuelle couleur de son visage. Dans cette robe pâle, la vaillante escrimeuse qu'il avait toujours vu comme telle se retrouvait en magnifique jeune femme. Tout était chez elle charmant.

-C'est parfait, sourit Téko. Regarde toi dans une glace, tu devrais te présenter ainsi plus souvent.
-C'est que je trouve normalement cela inconfortable...Aujourd'hui je veux tenter au moins une fois de changer, d'être élégante.
-Dans ce cas tu as réussi,
rit le jeune homme.
Ils achetèrent donc cette robe à un tailleur fort ravi.Nelzia se sentait bizarre dans cette tenue et ses cheveux totalement exposés au regard, mais Téko lui assura que c'était mieux ainsi. Elle resta en robe et ils partirent se promener en ville un peu plus. Radieuse, il n'avait jamais vu Nelzia aussi heureuse alors, mais pourtant quelque chose le dérangeait. Il s'en doutait pourtant depuis longtemps, il s'était juste contenté de l'ignorer. C'était la raison même pour laquelle jamais Nelzia n'aurait supporté de risquer sa vie. Il avait utilisé ce sentiment lors de son chantage, il ne pouvait donc plus être hypocrite et nier son savoir.
Nelzia l'aimait. Il ne pouvait savoir ni comprendre pourquoi mais il percevait clairement que c'était pour lui qu'elle voulait être belle. Cependant, cela le dérangeait plus que cela ne le flattait, bien qu'il n'en montrait rien. Comment devait il réagir ? Il n'avait guère envie de repenser à Kazhaar pour le moment et évita donc de trop songer à cette première gêne. Mais en parcourant ces rues avec Nelzia souriante, il sentait qu'il volait la place de Saero et ne pouvait donc échapper à la culpabilité, qui finalement le rattrapait encore. Il ne devrait pas être avec elle dans cette situation, et pourtant il l'était. Malgré tout il ne pouvait rien en dire…
Elle semblait beaucoup trop joyeuse, comment pouvait il briser cela ?

Téko, si il voulait parler à Nelzia de Saero, savait également, ayant passé beaucoup de temps avec elle, que cette dernière ne partageait nullement les sentiments de son ami. Ces derniers même, l'embarrassaient, bien qu'elle n'osait jamais le dire. Il se sentait triste pour Saero, mais c'était ainsi. La vraie question à présent était comment réagir aux sentiments de Nelzia.

 La journée touchait bientôt à sa fin et le jaune du soleil virait légèrement à l'orange. Ils étaient arrivés à l'auberge indiquée par Helio, et Téko avait continué les conversations normalement, gardant ses réflexions pour lui même.
Nelzia entra dans l'auberge, suivie de son ami. Elle était déjà peuplée de voyageurs  et de locaux, la nuit n'allait pas tarder à venir et l'aubergiste était en train d'allumer le feu de la cheminée. Près d'une estrade, une petite troupe de jongleurs et de musiciens discutaient. Quand les plats chauds et les boissons fraîches seraient servies sur les tables par dizaines, ils ambianceraient la soirée, et tout leurs instruments étaient déjà prêts à cet effet.

Téko chercha des yeux Helio parmi les quelques personnes présentes, mais Nelzia le trouva avant lui. Debout et aisément reconnaissable au milieu du reste des occupants de l'auberge, il discutait avec un habitant de la ville. Voyant les deux jeunes gens se diriger à sa rencontre, il salua l'homme à côté de lui pour rejoindre Nelzia et Téko.
-Eh bien ma fille, tu n'as pas perdu du temps ! S'exclama Helio, posant les mains sur les épaules de Nelzia.
-C'est Téko qui l'a choisie, déclama t-elle naturellement, ce qui embarrassa quelque peu le jeune homme.
-Tu as donc bon goût ! Lui dit il. Je croyais pourtant que tu n'avais aucun instinct esthétique.
-Oh, moi aussi, répondit le jeune Dyra, se demandant déjà comment changer de sujet.
-Tu n'es pas aveugle, et un beau vêtement sur une belle femme…
-Papa, je t'ai déjà dis ne me pas me jeter de fleurs !
S'agaça Nelzia.
-Allons, nul parent fier ne trouverait son enfant laid. Mais allez donc vous asseoir. Chants et danses vont animer le soir, mais en attendant je vous offre à boire !
-Qu'était-ce donc ces rimes ?
Se demanda Téko.
-En fréquentant les bardes, je me prends au jeu, s'esclaffa Helio.

Ils s'installèrent à table et des boissons alcoolisées furent servies. Téko, méfiant, accepta l'offre par politesse mais décida de boire lentement et soucieusement. Nelzia par contre ne se retint pas. Il lui demanda si elle avait déjà bue, elle répondit que non et il s'attendit au pire, jetant des regards furtifs à Helio qui ne semblait pas bien inquiet à ce propos. Il laissa même sa fille se resservir.
Peu de temps après, les musiciens commencèrent à jouer de la musique locale et certains clients se levèrent. Nelzia observa les gens danser joyeusement et, pris d'envie, en plus d'être un peu désinhibée, se leva à son tour et saisit la main de Téko, le forçant à se lever également
.
-Viens danser avec moi !
-Mais je ne sais pas danser !
Protesta t-il du mieux qu'il pouvait.
-Moi non plus !
Et elle éclata de rire. Téko jeta un regard vers Helio qui s'était subitement éclipsé. Le jeune homme aurait normalement continué de protester, mais Nelzia était si belle et si joyeuse… C'était sûrement stupide, mais il voulait la voir ainsi encore un peu peu.

Téko et Nelzia apprirent à danser ensembles sans rien en savoir, sur le plancher de cette auberge, parmi les rires et les chants et à la lumière des flammes. L'ambiance festive, rythmée par les cordes et les frappements des mains et des sabots, finit par emporter Téko qui se prit au jeu tout autant que son amie dans des pas maladroits mais pleins d'une joie de vivre qu'il ne pensait pas avoir. Depuis combien de temps n'avait il pas fait la fête ainsi ? Téko tenta de s'en souvenir, sans succès, car il n'avait certainement jamais connu cela.

Quelques heures passèrent. Au bout d'un moment, Nelzia confia à Téko que la tête lui tournait et ce dernier, inquiet de son état, la fit sortir. Titubant et rigolant légèrement, elle huma l'air frais de l'extérieur. Visiblement elle avait trop bue, c'était une chance que l'alcool ne fut pas sa tasse de thé à lui. Tout de même, Helio était irresponsable, ou avait il confiance à ce point ?
-Ouh là !… S'exclama Nelzia en manquant de tomber. Ca va Téko ?
-Je me porte comme un charme, on ne peut en dire autant de toi.
-Je vois bien !…
Dit elle avant de rire de plus belle. Mais on s'est amusé ?
-Oui,
répondit il avec un sourire. Mais tu devrais t'asseoir. Il y a un banc là bas.
-Peut-être, oui, allons y… Oh là là… Que mettent ils donc dans leur boisson…
-Laisses moi donc t'aider.

Tenant le bras de Nelzia, il l'amena jusqu'au banc de pierre et la fit délicatement s'asseoir.
-Merci.
-Ce n'est rien,
fit Téko en s'asseyant à côté d'elle. Nelzia soupira légèrement.
Tu m'as inquiété Nelzia, dans cet état on ne sait pas ce qui peut arriver.
-Mais non ! Si des méchants m'avaient approchés !… Ah ! Une fente avant, et bim ! En pleine poitrine !
S'exclama t-elle en mimant le geste de sa main, je suis imbattable, im-bat-table !
Il avait bien fait de garder les deux épées. Téko se demanda l'espace d'un instant si le don de Nelzia réagissait de la même façon en état d'ébriété. Cependant il n'eut nullement envie de vérifier… Mais était-ce bien raisonnable pour elle de boire ?
-A quoi penses tu donc Téko ?
-Rien d'important ! Je m'inquiète, voilà tout.
-Eh bien tu t'inquiètes trop !...
-Vraiment ? Je pense faire le minimum.
-Tu sais que c'est ton meilleur défaut, ça
? Sourit elle chaleureusement.
-Ca n'a rien d'extraordinaire… Je suis juste effrayé par l'échec. Dally et Saero eux, cela ne leur fait pas peur. Moi, je suis effrayé de prendre la pire décision, et effrayé par moi même. Quand je tiens un verre ou un œuf par exemple, je ne peux m'empêcher de l'imaginer tomber.
-Et voilà ! Encore à te dénigrer. Tu es noble non ? Tu es intelligent et tu fais toujours d'énormes efforts.
-Moi, intelligent ? Allons bon, j'en ai assez qu'on me le dise. Si je l'étais tant je n'échouerais pas.
-Tu sais… Tu as le droit d'échouer. On a tous le droit.

Alors que Téko détourna le regard en prenant un air préoccupé, Nelzia lui leva brutalement le menton de la main.
-Alors relève la tête ! Tu n'es pas seul !… Moi… J'ai peur de ne pas être celle que j'aspire à être… Mon père est si bon et sait tant de choses, je crois que jamais je ne pourrais l'égaler en quoique ce soit. Tu sais, on a tous peur d'échouer au final ! Ce qu'il te faut c'est être fier ! Relève donc la tête et bombe le torse ! Tu es futur comte, un petit génie, tu es gentil et tu es plutôt joli… Ne dis pas que tu n'as aucune raison d'être fier.
Téko resta un moment silencieux, semblant un instant captivé et pensif… Puis il rit de manière chaleureuse et sincère, comme l'on avait pas l'habitude de le voir. Elle lui avait parlé avec une telle franchise, que même si il n'était pas sur de croire en ses paroles, il se sentait le cœur plus léger. Nelzia l'aimait. Il savait cela problématique, mais même malgré ça, le fait d'être encouragé par cette femme qu'il admirait le flattait.
-Je vous suis reconnaissant de m'avoir emmené ici.
-Ah ! Tu vois ?
-Je dois bien l'admettre. Cette journée était très agréable.
-Oui !…

Nelzia détourna son regard vers le sol puis rit légèrement.
J'ai trouvé cela agréable moi aussi… J'aime être avec toi, comme ça… On a pas souvent ces occasions là…
Alors qu'elle souriait toujours faiblement, Téko put voir ses yeux humides de larmes. Elle pleurait. Et cela lui fendit le cœur.
-Mais c'est la dernière fois, je crois… On ne devrais pas être là. C'est avec Kazhaar que tu aurais du danser…
Passant une main sur ses yeux, elle se mit à rire bruyamment et assez faussement, tentant de regagner son habituelle jovialité.
-Qu'est ce que je raconte moi ! Je vais te saper le moral !
Nelzia tenta de se relever d'un seul coup, pour de suite retomber sur les fesses au sol. Visiblement elle n'allait pas vraiment mieux… Téko l'aida encore à s'asseoir, et Nelzia, la paume sur le front, semblait en piteux état.
-Tu devrais te reposer…
-On dirait bien… Je crois que je fatigue.

Il n'était pas courant de la voir ainsi. Celle qui était si pétillante semblait tout d'un coup vidée de ses forces. Téko, en vérité, ne se souvenait pas l'avoir vue faible une seule fois. Les paupières tombantes et les yeux encore brillants de larmes, Nelzia s'effondra d'un coup vers sa gauche. Elle finit tête posée contre l'épaule de Téko.
-Nelzia ? S'exclama t-il avec étonnement.
-… Pardon…
Je ne vais pas te mentir, je veux pouvoir m'endormir comme cela…  juste une fois… Si cela te dérange, je comprends…


Mais Téko ne la repoussa pas. Peut-être était il trop faible d'esprit pour cela, car il avait beau être embarrassé, avoir Nelzia à ses côtés ainsi n'était pas désagréable. Elle avait fermé les yeux, son beau visage détendu dans une paisible expression.
-… Merci.
Après cela, elle s'endormit. Il ne bougea pas.
Malgré tout son sang froid, Téko savait qu'il avait fini par désirer cette peau rose, ces yeux brillants et cette bouche au sourire si charmant.
Pourquoi lui, qui se croyait si intouchable, avait envie de l'entourer de son bras ? Pourquoi son coeur s'agitait ? L'esprit embrumé par ses propres pensées, il ne savait plus où il en était.


Alors qu'il était si perdu, il entendit quelqu'un s'approcher. Il tourna brusquement la tête et eut, l'espace d'un instant, peur de voir Kazie. Mais c'était Helio, ce qui ne le rassura pas vraiment. Ce dernier, souriant, leva la paume comme pour saluer Téko.
-Ma fille te pose bien des soucis, on dirait.
-Elle m'en a causé de pires.
-Eh,
rit il, sans doute.
Helio s'assit sur le banc et soulagea Téko de son poids. Il posa la tête de Nelzia sur ses genoux, et elle dormait comme une enfant. Téko fut plus apaisé, mais regarda un moment Helio avec suspicion. Téko se courbant et posant ses coudes sur ses genoux, joint ses mains devant son visage.
-J'espère que tu t'es amusé, fit Helio, sincère dans son inquiétude. Tu sembles pensif.
-Helio… Je ne veux pas vous offenser, mais vous savez… Que Nelzia m'aime, n'est-ce pas ? Cela n'aurait pas put vous échapper.
Le grand homme se fit silencieux.
-… Est-ce que vous tentez de me rapprocher de Nelzia ? Si oui, je n'aime pas ça du tout. Je n'ai pas abandonné Kazie.
-Je sais bien. Mais je ne te manipule pas.  Même si mes actes tournent en faveur de ma fille, elle ne sait pas réellement ce qu'elle veut. Je voulais réellement que tu te divertisses en ville, et elle avait vraiment l'envie d'y aller avec toi… Et puis, te serais tu amusé, seul ?
-… Je suis perdu, Helio. Je ne sais quoi faire ni penser. Hors je dois trouver une solution.
-Pour l'instant, ne fais rien. J'ai trop longtemps fermé les yeux au sujet de Kazhaar. Vous étiez jeunes et je voulais qu'elle puisse également profiter de sa jeunesse malgré son état… Ydard avait peut-être raison. Je n'aurais pas dû être si flegmatique. Il ne faut pas regretter néanmoins ce que tu as vécu avec elle. En revanche, le moment est aussi venu que je prenne cela au sérieux. Téko, je m'occuperais désormais de Kazhaar, cela est pour le mieux.
-Vous voulez qu'après tout cela je la laisse tomber ?
-Oui…
-C'est hors de question.
-Je savais que tu réagirais ainsi. Malgré cela je serais clair… Dorénavant Kazhaar fait partie d'un autre monde que le tiens.
-Il suffit, Helio !
S'agaça Téko en se redressant.Soyez clairs, je n'en puis plus. Il y a un grand nombre de choses que j'ignore sur le soleil Rouge… Comment espérez vous que je comprenne vos actes ?
Helio regarda les étoiles un moment, silencieux, avant de finalement décider de répondre à Téko.
-Je comptais de toute façon t'éclairer.
Il sortit de son manteau un médaillon d'argent. Plate et ronde, la grande pièce était creusée de gravures qui n'étaient ni du runiques, ni de l'ancien Alefridien. En son centre était incrustée une pierre sphérique, rouge et translucide. Helio lui expliqua alors ce qu'il avait dit à Saero et Dally sur la nature de cette pierre, et Téko écouta silencieusement jusqu'à la fin.
-Qu'est ce qui lie ma sœur à cela ?
-As tu déjà entendu parler de l'essence ?
-Oui, mais cette énergie ésotérique n'est évoquée que dans quelques livres poussiéreux et théories douteuses d'Aporistes ambitieux… Nous ne sommes même pas certains qu'elle existe.
-Elle existe bien… Peut-être pas comme on l'imagine, mais elle existe. Cette pierre en est un réceptacle. L'essence est la force la plus ancienne de notre univers, elle ignore les règles de la thaumaturgie humaine, dépasse notre entendement. Les vampires sont liés inextricablement à cette essence, car c'est là que réside leur immortalité et puissance. Depuis sa vampirisation, Kazhaar est très sensible à cette énergie, cela de manière extraordinaire… Téko, tu ne réalises peut-être pas qu'elle d'existence d'exception elle est. Kazhaar deviendra certainement un être d'importance pour l'humanité un jour. Je l'ai accueillie de prime uniquement pour la protéger, mais les choses ont maintenant évoluées. De plus en plus, elle s'éloigne de l'humanité…
-Ma sœur n'est pas un monstre.
-Non. Et elle ne le deviendra pas… Mais autre chose qu'une humaine, ça, elle le deviendra sans aucun doute. Cela ni toi ni elle ne pourront l'empêcher. Il faut cependant que quelqu'un la surveille, laisser un tel être libre sans gardien pourrait entraîner des conséquences catastrophiques.
Et tu n'es pas apte à jouer ce rôle.
-Vous dites sans doute vrai mais je ne l'accepterais pas ainsi… D'autant plus que je ne sais toujours que peu de choses. D'où vient cette pierre et pourquoi ses fragments sont ils dispersés à travers le monde ?
-Si tu es prêt à entendre une longue histoire… Qu'il en soit ainsi.


Jadis, moi, Rasoul, et un troisième homme qui était notre ami, nous vainquîmes une créature terriblement puissante. Nous récupérâmes alors sur son cadavre son cœur, cristallisé en une grande gemme rouge. Il fut décidé que nous utiliserions son pouvoir pour le bien commun. Mais le troisième finit par se désintéresser de notre objectif et poursuivit ses propres recherches. Moi et Rasoul, nous désirions préserver l'humanité de sa fin, et lui offrir un futur plus accueillant ou le bonheur fleurirait plus aisément. Cependant, notre ami s'isolait de plus en plus, obsédé par son propre objectif, et menait ses recherches sans nous informer.
-Et que voulait il ?
-Pour lui il n'y avait nul besoin de changer le monde. Non, à son monde, il ne manquait qu'une seule chose…
Un jour, ses recherches le guidèrent à la rencontre d'une étrange femme… Mais il lui était impossible de la rendre heureuse, peu importe l'étendue de sa bonté et de son amour. Malheureusement, quand il le réalisa, il était trop tard et sans elle, son monde n'avait plus de sens. Il voulut donc la sortir du monde dans laquelle elle, était enfermée… Alors il créa un puissant artefact avec l'espoir d'utiliser l'étoile de sang pour façonner un nouveau monde, semblable au notre, mais où il pourrait vivre heureux avec elle.
-C'est une belle histoire.
-Oui… Ca l'était.
Mais son projet mettait l'humanité en péril, nous ne pouvions donc le laisser faire. Ce pourquoi j'éclatai la pierre quand il tenta de s'emparer, et dans le combat, je dispersai les fragments. Puis nous fîmes la seule chose à faire et le combattîmes. Nous gagnèrent, mais à un lourd prix. Nous ne purent ensuite que retrouver le plus gros fragment, le reste s'étant dispersé dans tout le pays… Et par dessus tout, je fus forcé de le tuer. Nous perdîmes notre ami le plus cher.
Téko, tu ne dois pas devenir comme lui. Et personne ne le devrait. Son existence était devenue folie, désespoir, et souffrance. Si tu veux à tout prix rester avec Kazhaar, alors tu devras emprunter le chemin de cet homme…
L'Amour, celui de la passion qui brûle l'âme, est le sentiment le plus beau qui existe en ce monde, qu'il soit éphémère ou éternel… Mais c'est aussi, avec son jumeau, la haine, l'un des plus mauvais.
-Un sentiment mauvais ?
Fit Téko, fronçant les sourcils. C'est ridicule, comment pouvez vous dire cela ?
-Il brise le bon sens et peut très aisément éclipser le plus simple amour de son prochain. Il peut mener aux pires colères et aux pires souffrances. Ne te méprends pas Téko, l'amour doit exister. Sans cela, le monde serait plus triste. Mais je ne pense pas qu'il soit bon…
Ah… Je ne devrais pas dire cela à un adolescent. Peut-être comprendras tu plus tard, en y réfléchissant. Ne regrettes pas ce que tu as vécu avec Kazhaar, gardes dans ta mémoire un souvenir précieux de cet amour, aussi étrange était il.
-Ce que vous me demandez…
-C'est difficile. Oui.

Helio soupira longuement, puis serra les lèvres un instant avec amertume.
Pour le Soleil Rouge, les prochaines années le seront.
-…
Qu'allez vous faire avec la pierre ?

Helio ne semblait pas vouloir répondre. Le silence dura longtemps, et Téko n'insista pas.

-Par le passé, répondit il finalement, nous avons tentés différents usages de la pierre. Avec son pouvoir il nous était possible de rendre des terres ou rien ne poussait fertiles, ne serait-ce que pour un temps. Nous sommes donc allés en des régions ou la famine causait des conflits, du banditisme, ou des guerres. Nous aidâmes ces gens, leurs problèmes furent réglés, mais cela n'était que temporaire. Même en ne manquant de rien, ils trouvaient des raisons de se battre. Je voulais malgré cela encore tenter. Mais le même scénario se répéta. Nous les aidions, les soucis étaient résolus, mais même si nous nous présentions en sauveurs et leur disions d'éviter le conflit, il éclatait toujours tôt ou tard. Je n'ai pas laissé tomber. J'ai continué d'échouer. Ce que je faisais était inutile et je le savais, car même si j'apaisais certains conflits mineurs, comment stopper les grands royaumes qui s'étaient formés ? Je ne pouvais leur montrer ce pouvoir, car il aurait été utilisé pour dominer les autres.
J'étais dans l'impasse. Avec les pierres je réalisais de nombreux miracles, mais au final ils ne servaient à rien… Rasoul, lui, s'était depuis des lustres retiré à de longues méditations pour comprendre ce qu'il nous fallait faire. Dorénavant seul, je finis par laisser tomber et m'isoler également, parcourant le continent en ermite. Je décidai qu'il ne me restait qu'à contempler ce monde que j'avais abandonné.

Un jour, je sauvai un jeune inconnu… Je fis un bout de chemin avec le blessé pendant quelques jours. Ce jeune homme avait des cheveux blancs semblables aux tiens. Chaque soir, je lui contais l'aventure de ma vie, et il était chaque fois attentif, une flamme dans le regard.
Quand nous nous quittâmes, alors que nos routes se séparaient, nous nous dîmes nos noms. Avant de partir, le jeune homme me dit alors que j'étais un couard, et qu'il accomplirait ce que je n'avais pas eu la force de réaliser. Je lui souhaitai bonne chance, et nous partîmes chacun de notre côté. Jamais je ne le revis.
Plus tard, le continent entier apprit sa tentative, qui en changea la face. Mais comme je m'y attendais, il échoua, malgré la création de son empire.
-Vous plaisantez…
Souffla Téko, subjugué. C'était Haynailia ? Le Premier Empereur ?
-Ah, ce n'est pas le nom qu'il m'a donné, dit Helio avec un sourire un peu cynique.
-Vous… Ne vieillissez pas ?
-… On ne peut malheureusement rester jeune d'esprit. Les… Très longues années ont affaibli ma volonté.

Peu après cela, Rasoul me retrouva. Il me dit qu'inévitablement, les hommes finiraient par détruire ce qui les entoure. Il nous fallait enrayer le processus avant même qu'il ne commence réellement. Il nous faut pour cela la pierre complète. C'est à partir de là que nous commençâmes à recruter de nouveaux camarades et à nous mettre en quête des fragments perdus. Rasoul n'était pas certain que cela marcherait, mais m'affirma qu'il était dans l'ordre des choses que cela se produise. Ce serait selon moi, une épreuve à l'humanité.
Je vais te l'avouer, Téko… Nous comptons faire grâce à l'étoile de sang une arme.
-Pourquoi faire, si la guerre est contre vos principes ?
-Pour dissuader… A son plein pouvoir, cette arme peut détruire une zone entièrement, et après cela, la végétation pousse alors à grande vitesse au lieu frappé.
-Mais cela pourrait anéantir des milliers de vies humaines. Helio, ce que vous proposez est affreux.
-C'en est bien le but. L'Homme devra décider de son destin. Si il persiste à guerroyer pour des raisons futiles, la nature reprendra ses droits. Comme je l'ai dit, cet objet basé sur la peur mettrait les  hommes à l'épreuve.
-Je ne suis pas d'accord avec cela. Ce n'est pas ainsi que l'humanité peut changer !
-Comment, alors ? Peux tu me donner une réponse ?
-Non, mais je ne pense pas que vous devriez le faire non plus.
-Si cela échoue, alors il en sera ainsi. Mais personne ne l'a jamais tenté.
-Des gens mourrons forcément. Pour que les gens aient peur, vous devrez démontrer votre puissance.
-J'en ai vu tant mourir… Tous mourront un jour.
-Vous ne pouvez forcer l'humanité à s'accorder à votre vision du monde. Vous avez sans doute vu des générations périr… Mais certains s'en moquent. Ils veulent juste vivre, même si le monde est imparfait.
-Je le sais… Mais c'est un rôle que je me dois d'assumer. Je suis l'un des seuls à pouvoir le faire.
-Vous deviendrez un tyran.
-Tout les héros le deviennent.
-Si ce plan échoue, que ferez vous ?

Helio eu le regard dans le vague un instant.
Il faut accomplir l'insensé, le monstrueux, pour accomplir ce que je désire. Si je dois devenir un tyran, cela me sied.
-Je saisis ce que vous essayez de me dire, mais vous n'avez pas le droit de décider du destin de tant de personnes, même pour une raison juste.

Le grand homme eut d'un coup un rire sincère et heureux.
-Tu t'opposes fermement, sans l'ombre d'une hésitation.
-Parce que je suis persuadé que vous vous trompez…
-Mais tu n'as pas douté une seconde à mon histoire abracadabrantesque.
-Je ne crois pas que vous me mentiriez. Et puis, ma sœur jumelle est une vampire… Je crois que je suis prêt à croire aux fantômes, dorénavant.
Cependant, vous ne m'avez pas tout dit.

Helio, sans répondre, releva sa fille sur le banc. Elle était encore endormie dans un sommeil imperturbable. Il se leva et la pris dans ses bras aussi épais que des bûches.
-Il se fait tard, nous devrions nous coucher.
Il ne voulait pas donner de réponse ni ajouter plus de mots. Mais ce que Téko avait apprit était déjà beaucoup… Il ne poserait pas plus de question pour l'instant.
-Vous avez raison, fit il en se levant.
-Une dernière chose : aucun d'entre vous n'a à être mêlé à cela sans y croire. Je ne tenterais pas de te convaincre.
Ce furent les derniers mots de la soirée. Helio déposa Nelzia dans sa chambre, puis se retira dans la sienne. Téko, une fois allongé sur son lit, tenta de repenser à toutes les discussions de cette journée, ressassant chaque parole qui avait marqué son esprit. Il pensa d'abord à Nelzia, puis finit par s'endormir sur le conte d'Helio, mort de fatigue…


Au beau milieu de la nuit, il se réveilla brusquement. Ou plutôt, il lui sembla qu'il fut réveillé. Il vit alors un homme de grande taille, ou plutôt la silhouette de ce dernier, debout et tenant sa main avec force. Il s'agita mais ne put s'échapper, il tenta de crier mais il n'entendit aucun son s'échapper de sa bouche. Une vive brûlure se mit à animer sa main droite enserrée, comme si l'on tentait d'enfoncer du métal brûlant dans sa peau. Téko, d'un seul coup, s'évanouit.


Quand il se réveilla il faisait jour. Paniquant, il regarda sa paume, mais elle était intacte. Il ne ressentait également aucune douleur.
Après avoir presque bondi, il inspecta avec minutie la salle, car ce qu'il avait vu lui semblait toujours bien réel. Mais il ne put trouver nulle trace de passage, et se résigna. Bien qu'il était inquiet, il avait également peur de devenir paranoïaque un jour, particulièrement quand le stress l'accablait.


Il descendit et à sa grande surprise, il réalisa qu'il s'était réveillé tard. La lumière du soleil envahissait maintenant les lieux, et il vit Nelzia attablée, dans sa tenue habituelle, avec des cernes qu'il n'avait jamais vu sur son visage. Elle se frottait les tempes avec accablement. Quand à Helio, Téko ne le voyait pas mais percevait sa voix à l'extérieur.
Le jeune homme posa l'épée de Nelzia sur la table, ce qui la fit légèrement sursauter.

-Oh !… Salut, Téko.
-Bonjour,
fit il dans un sourire avant de s'asseoir. Tu n'as pas l'air dans ton assiette.
-Sans blague, rit la jeune fille avant de lentement saisir son arme. Merci de me l'avoir gardée.
-De rien. Nous sommes amis après tout.
Nelzia reprit son épée et il y eut un silence embarrassant. Téko resserra les doigts de sa main droite sur la table en regardant un instant vers l'extérieur.
-Nous repartons après le déjeuner, l'informa Nelzia, cela nous fera arriver chez nous vers le soir.
-Cela me convient. Je ne suis pas si pressé de repartir.
-Téko, est ce que ce que m'a dit mon père est vrai ?…
-… De quoi parles tu ?
-Il m'a dit que tu ne pourrais plus vivre avec Kazhaar.
-C'est donc cela qui te tracasse…
-Oui. Ca et la gueule de bois, mais… Malédiction…

Nelzia prit sa tête entre ses mains, l'air abattue.
-Téko, ne crois pas que je suis contente de cela.
-Je ne le crois pas. Tu n'es pas comme ça.
-… Comment fais tu pour être aussi calme ?… Téko, je ne sais pas ce qui va arriver à Kazhaar, ce qu'elle va devenir… Et toi non plus…

Téko déglutit et joint ses mains sur la table, comme si il se sentait oppressé par quelque chose d'invisible.
-Je… Ne suis pas si calme que ça, Nelzia. Mais il n'y a rien à faire, et rien à dire non plus. J'y réfléchis depuis maintenant presque un an et… Je ne sais pas comment sauver Kazhaar. Je ne sais pas quoi faire, et l'on me rappelle chaque fois ce que je suis : un gamin noble en fugue. Helio, Ynam, et Rasoul sont des hommes qui ont vu des siècles changer, et ma sœur est une vampire, que puis-je faire face à cela ? Je n'ai même pas pu empêcher ma sœur de commettre l'irréparable, alors que suis-je ? Nul héros. Je ne suis que Téko Dyra. Et peut-être qu'en vérité j'ai fais souffrir plus de personnes que j'en ai réjouies…
-Tu… Abandonnes Kazhaar ?

Téko ne répondit pas et s'appuya contre le dossier de son siège. Il passa sa paume sur son visage, avant de finalement se lever.
-Je ne suis pas prêt à parler de ça maintenant.


Personne n'en reparla. Téko partit prendre l'air en solitaire jusqu'à l'heure du repas ou il mangea avec Helio et sa fille, qui avait gagnée une mine plus claire mais était toujours autant tracassée par toute cette histoire. Kazhaar avait après tout été son amie durant plus de trois ans, cela était normal. Téko fut bien peu bavard cette fois et ne participa que brièvement aux conversations légères que Helio tentait de poursuivre. Le voyage de retour ne fut pas bien différent, mis à part pour une chose : A chaque fois qu'il sentait que la caverne se rapprochait, son cœur se serrait. Téko ne savait toujours pas quoi faire, mais était enfin sûr d'une chose. Il savait de quoi il avait réellement peur à présent.
De faire un choix.

Ils arrivèrent finalement. La nuit avait reprit ses droits. Le lieu était comme toujours, silencieux.
Alors que tout semblait normal à l'entrée, Helio baissa un œil suspicieux vers le sol et y dirigea sa main. Quand il la releva, il y avait une longue mèche de cheveux blancs dans cette dernière. Et ils le savaient, il n'y avait que Kazhaar pour avoir une telle chevelure ici.
Helio ouvrit la caverne avec empressement. Ils descendirent les escaliers et ne tardèrent pas à entendre le léger écho d'un gémissement rauque. Il s'agissait de la voix d'Ydard, qui provenait de l'atelier d'Ynam, et en la reconnaissant ils s'y dirigèrent tous au pas de course.

A l'intérieur, Ydard était assit sur une chaise et était en bien piteux état. Sa tunique blanche était en partie rosie de sang, car il avait sur le côté gauche de son torse une large griffure qui avait creusé sa chair profondément et dont la gravité était visible même sous les bandages empourprés qui enserraient sa poitrine. Son bras droit, quand à lui, était examiné par Ynam et était dans un sens qui ne paraissait nullement naturel.

-Ah ! Vous voilà ! Fit Ydard avec ironie, alors qu'il suait de rage. Bonne journée, j'espère ?
-Reste calme, fit brièvement et strictement Ynam en continuant son diagnostic. Tes blessures sont loin d'être anodines.
Nelzia affichait une expression choquée, et Téko avait du mal à cacher son trouble également. Helio croisa les bras, gardant son calme mais adoptant un visage bien plus sérieux qu'à son habitude.
-Que s'est il passé ?
-Kazhaar… Elle a fait une crise. Elle était furieuse et voulait partir, alors naturellement j'ai tenté de l'en empêcher… Tu vois, quand je te dis qu'elle n'a pas besoin de ta protection !
Lâcha t-il ensuite à Ynam.
-Ne crie pas. Tu perds beaucoup de sang.
-Je vois ça…
Grogna Ydard avant de continuer. J'ai été forcé de tirer l'épée pour l'empêcher de partir, elle n'écoutait rien… Je l'ai blessée mais elle m'a bien amoché, comme tu le vois.
-Ynam, il ira bien ? S'inquiéta Nelzia en se rapprochant du blessé.
-Ydard est solide. Mais il lui faudra quelques temps. Si je soigne son bras correctement, il ne perdra rien de son habileté à l'épée.
Dally débarqua d'un seul coup, l'air pressé, des draps sous le bras et une fiole dans la main, bousculant au passage Téko. Ce dernier n'osait pas s'approcher, et restait près de la porte.
-J'ai ce que vous avez demandé.
-Cela fera l'affaire.


Téko ne resta pas plus longtemps. Cela était arrivé par sa faute et il le savait, car jamais Kazhaar n'aurait eue une réaction si extrême si il ne lui avait pas dit ce qu'il lui avait dit, si il ne l'avait pas rejetée ainsi. Bon sang, quel misérable faisait il ! Encore une fois, quelqu'un était blessé par Kazhaar et il en était responsable… Serrant le poing, il s'adossa contre le mur extérieur. Il avait le sentiment que, à cause de son inconscience, plus rien ne serait jamais comme avant, et cette perspective l'effrayait. La colère montant en lui, il se mit à maudire toutes les décisions qu'il avait prise. Ce jour d'incendie, c'est lui qui aurait du être capturé, lui!

Helio sortit de la salle, visiblement préoccupé.

-Je pars d'ici, fit il à Téko, je vais aller retrouver personnellement Kazhaar.
-Dans ce cas… Que fais-je ?
-Cela relève de ta décision.

Ne l'oublie pas Téko : les choses vont changer ici. Et tu ne peux rien y faire.

Il partit.
Téko frappa la pierre à son dos du poing, enrageant. Il se sentait affreusement inutile, comme le jour ou sa sœur l'avait sauvé des flammes, comme le jour ou elle l'avait sauvé des vampires…
Faisant volte face, il se retira. Il en avait assez de tout cela. Assez ! Jamais rien n'était et ne serait facile, peu importe ce qu'il ferait. Il en était plus que conscient. Il n'y avait pas de miracles ni de sauveurs…
La vie l'acculait, le mettait en échec. Et malgré la volonté qu'il avait, non, qu'il croyait avoir, l'envie d'abandonner naissait en lui.
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Re: Le Soleil Rouge

Message par DALOKA le Sam 25 Juin - 0:33

Chapitre X



La situation ne faisait qu'empirer. Cela, Nelzia en était amèrement consciente. Kazhaar était devenue folle, et ce que son père disait à son sujet était plus qu'inquiétant, sans compter que le projet du Soleil Rouge débuterait bientôt… Et qu'elle ne savait pas quel rôle aurait elle à jouer.

Cependant, Nelzia savait ce qu'elle pouvait faire maintenant. Téko, depuis ces nouvelles, était dévasté. Il n'avait jamais eu réellement confiance en lui, l'échec lui était insupportable, et il se tenait pour responsable de la fuite de Kazhaar. A cause de cela, il en était venu à se haïr.  Mais elle savait qu'il était une personne merveilleuse malgré ses défauts, car tout ce qu'il avait fait, il l'avait fait pour quelqu'un d'autre ! Ce n'était pas pour lui qu'il s'était blessé, qu'il avait sué, souffert sans broncher, mais pour la femme qu'il aimait. Nelzia avait dû admettre que, et ce depuis longtemps, elle aurait aimé être cette femme. La chose, bien entendu, était impossible. L'on obtenait pas toujours ce que l'on désirait, et elle devait l'accepter… Il fallait qu'elle reste digne comme son père. Elle soutiendrait Téko, pour lui et non pour elle même. Car elle était maintenant la seule à pouvoir le faire, et il ne pouvait pas rester lui seul dans cette situation. Elle l'aiderait, car il était son ami. De plus en plus, Nelzia sentait qu'elle n'était pas la bonne personne qu'elle aspirait à être, mais c'était une raison de plus pour agir !

 Elle n'eut pas à le chercher bien longtemps, car il n'y avait qu'un endroit ou il pouvait être. L'ancienne chambre de ses amis, où son père l'avait trouvé avant elle. Cependant, elle ne savait pas encore que dire. Comment le convaincre qu'il y avait toujours de l'espoir ?
  Arrivant devant la forte, elle inspira longuement avant de frapper deux fois, mais elle ne reçu aucune réponse. Inquiète, elle ouvrit tout de même. Téko était assit sur le sol, reposant sur une main son menton, et ayant disposé en face de lui un plateau d'échec. Il ne leva même pas les yeux vers elle quand elle entra, et sa main gauche appuyée sur le sol frappait frénétiquement son index contre la pierre.

  Téko était du côté des noirs, mais fit avancer la tour du côté des blancs, avant d'avancer un pion de son propre côté. Nelzia n'avait toujours pas trouvé que dire, elle s'assit donc sur le sol en face du plateau.
-Je peux être ton adversaire si tu veux.
Il leva des yeux tristes sur Nelzia, et haussa les épaules.
-Dans ce cas, c'est ton tour.
Elle connaissait les règles, mais savait que jamais elle ne pourrait vaincre Téko à ce jeu. Nelzia prit néanmoins un pion à l'aide de la tour qu'avait avancée Téko, avant de se rendre compte que cela exposait totalement sa pièce au fou de son adversaire. Ne demandant pas à corriger son erreur, elle laissa son ami commencer son tour. Ce dernier, prit un instant de réflexion et avança à la place un pion du côté opposé du plateau, ce qui surprit Nelzia. Mais peut-être cela faisait partie de sa stratégie. Sans rien ajouter, elle fit reculer la tour. Téko répéta un autre coup qui semblait aux yeux de Nelzia, parfaitement aléatoire. Le jeu se poursuivit en silence et Nelzia réalisait alors que quelque chose n'était pas normal : non seulement Téko semblait faire n'importe quoi, le regard dans le vague, mais elle était également en train de gagner la partie, ce qu'elle n'aurait jamais envisagé.
-Téko… Regarde moi.
Le jeune noble releva les yeux, et les doutes de Nelzia furent confirmé. Il le faisait exprès, il ne se concentrait pas, et réfléchissait à peine.
-Pourquoi me laisses tu gagner ?
Téko garda un visage dénué d'émotion, mais sembla émettre un léger soupir muet. Regardant le plateau, il appuya son front contre son poing.
-Je ne veux pas te vexer. Et je n'ai aucun intérêt à gagner cette partie.
-Non !… C'est absurde. Même en ne jouant pas sérieusement, tu n'as jamais laissé gagner une seule fois ta sœur, et encore moins Saero.
-Ce n'est qu'un jeu.
-Oui, mais tu as toujours pris ce jeu au sérieux… Téko, n'importe qui, voyant ton visage, saurais que tu as mal !

 Téko rit faiblement avec ironie et se leva.
-Je ne vais pas si mal. Dehors, des gens souffrent bien plus que moi, et meurent. Nelzia, ta bonté est grande, c'est peut-être la plus grande chose que tu ai hérité de ton père... Ne la gâche pas pour moi.
-Pour moi, tu n'es pas insignifiant… Articula Nelzia, tandis que Téko s'assit sur son lit avec indifférence, joignant ses deux mains.
-Sors d'ici,
fit il.
-Pourquoi le ferais-je ?
-Tu as raison, je vais mal. Tout ce que j'ai tenté de faire se révèle inutile… Et oui, j'enrage. J'en ai assez, et je ne supporte plus. Mais il y a bien plus important que cela… Ce n'est pas parce que je suis noble que je dois me croire plus important que les autres. Je n'ai pas le droit de me plaindre, surtout pas à toi. Tu devrais te soucier de gens plus malheureux et moins misérables que moi.
-C'est ridicule Téko. Ce n'est pas n'importe qui que je veux aider, mais toi ! Tu penses que tu es insignifiant, mais à mes yeux, tu es important. Je n'ai pas besoin d'autres raisons pour t'aider… Je ne le fais par pitié ou par devoir, mais parce que je le veux.

Oui, elle aurait beau se justifier, jamais elle ne serait son père. Sa générosité n'était pas pure, et ne l'avait jamais été : elle voulait voir Téko heureux. Elle désirait même qu'il soit heureux grâce à elle, c'était pour cela que Nelzia s'était faite à cet entraînement qu'elle n'avait pas envie de commencer. Pourtant, elle voulait tant être comme son père !… Mais cet idéal était impossible. Car cette fois encore, c'était les sentiments qui la guidaient, et non pas sa bonté.  
Et parce qu'elle faisait cela pour elle même, elle le soutiendrait, même si il refusait.

  Nelzia, sans rien dire, se leva pour s'asseoir à côté de Téko sur le lit. Ce dernier serrait les dents, car il était animé d'une insensée fierté. Il refusait de s'ouvrir à Nelzia, car il l'admirait, et l'idée qu'une femme comme elle puisse autant s'attacher à un homme comme lui… En un sens, le faisait se sentir honteux.
  Mais cette dernière ne renoncerait pas.

-Si tu tiens tant à m'aider, fit Téko, acerbe, dis moi… Que devrais-je faire ?
-Te trouver un but. Le Téko que j'ai connu, motivé par un objectif, ne reculait pas si aisément. Même si c'était stupide, car il était têtu comme jamais.

  Le cœur de Nelzia se serra quand elle dit cette phrase. Car, malgré ce qu'elle disait, elle espérait que Téko se trouve un autre but que celui de protéger Kazhaar. Pour cela, elle se sentait mauvaise. Même si elle avait dissimulé tout ce temps sa jalousie, il lui était impossible de fuir son désir.
-Nelzia, à quoi bon essayer si c'est pour échouer ? Si j'agis, ce n'est pas par fierté, par un orgueil qui m'encouragerais à ne jamais perdre la face, mais parce que j'estime que j'ai une chance de réussir.
-Parce que tu échouerais à tout ?
-Parfois, je me le demande…
-Ne sois pas ridicule… Téko, tout ne dépend pas de toi.
-C'est vrai… Mais je crois que j'en ai assez fait ici. Quand nous étions là bas, Ydard m'a rappelé… Que ma place était ailleurs.
-Que veux tu dire ?…
-Je ne pourrais peut-être plus être avec ma sœur. Je ne vois plus mes amis et… Je refuse de participer au projet de ton père, qui est pour moi une absurdité.
-Il… Il te l'as dit ?
-Oui. J'imagine que tu es au courant depuis longtemps. Ne t'en fais pas, je ne te demanderais pas ton avis sur la question. Je n'ai pas envie d'en parler.
Dans tout les cas, je crois que je vais bientôt partir d'ici.
-Mais… Pourquoi ?
S'exclama Nelzia, non par surprise, mais parce qu'elle craignait cette décision.
-Je vais retourner au comté Dyra. Plus rien ne me retiens ici, Nelzia… Plus sans Kazie, en tout cas. C'est la meilleure chose à faire.
-Veux tu réellement nous quitter, si brusquement ?
-Non. Ailleurs je n'ai aucune connaissance, je serais seul… Mais tu devrais savoir que, quand ton père mettra son projet en marche, je n'aurais plus de raison de rester.
-Téko, si jamais tu pars… On ne se reverra peut-être plus jamais.
-Oui. Peut-être.


  Téko soupira et se frotta les yeux un instant. La décision l'attristait aussi, même si il était persuadé que c'était actuellement la meilleure chose à faire pour lui et pour les autres. Nelzia en revanche, bien qu'elle respectait sa décision et ne répondit rien de plus, avait grand mal à l'accepter. Pourtant, elle pensait s'être faite au fait que jamais il ne lui serait accessible. Mais jusqu'alors, sa simple présence déjà la réjouissait… Pourtant elle ne devait pas être égoïste, et rester digne…
-Nelzia… Je sais que je ne devrais plus m'excuser pitoyablement ainsi… Mais je suis désolé de te faire mal comme ça.
-Non, ça va, tenta de mentir Nelzia,
la voix tremblante. Je m'inquiète plus pour toi. Je t'en prie Téko… Dis moi ce qui te pèse tant sur le cœur.
-… J'ai de mes mains assisté l'enterrement des cadavres de ceux que ma sœur a tué… Je m'étais dis, ceci fait, que ce n'était pas si terrible que ça… Mais maintenant que j'y repense… Je réalise que je n'essayais que de me convaincre. La mère de ces enfants, Nelzia, elle… Ne ressemblait même plus à quelque chose d'humain. Je suis déçu. Déçu de moi même et de ma sœur… Comment est-ce que je pourrais encore rire avec elle en sachant ce qu'il s'est produit ? Je ne pourrais pas, et pourtant je ne veux pas la laisser… Nous avons toujours vécu ensemble, avant. Alors même si je sais que c'est la meilleure chose à faire, elle est comme une part de moi même. Même si notre relation ne sera plus jamais pareille, et que je crois qu'elle était une erreur…
Des larmes se mirent à couler sur les joues de Téko, alors qu'il tentait tant bien que mal de garder un ton et un visage posé. Jamais Nelzia ne l'avait vu pleurer avant… Presque instinctivement, elle l'enlaça.
-Je veux que tu sache que je serais toujours de ton côté.
Nelzia trembla. Bien qu'elle semblait à l'aise la plupart du temps, jamais elle n'aurait normalement osé faire un tel geste. Elle tenait Téko dans ses bras, sentait son cœur battre contre elle, comme elle l'avait toujours désiré. Etait-ce pour lui, ou pour elle, qu'elle avait fait ce geste ? Nelzia ne pouvait plus se le dire.
-Nelzia… Commença Téko, faiblement. Je te remercie de m'écouter et d'être celle que tu es. Tu comptes beaucoup pour moi.
… Si il n'y avait pas eu Kazie… Ce serait toi…
-Ne… Me dis pas cela maintenant…
-… Pardon. Je ne voulais pas…

Elle desserra son étreinte, regardant le visage de l'homme qu'elle avait longtemps aimé en silence. L'esprit de Nelzia était confus, car son cœur saignait. Et cette douleur, pour elle, était le signe qu'elle n'était pas celle qu'elle voulait être. Cela paraissait si simple, d'aimer purement, et sans rien attendre… N'était ce pas ce que, toujours, son père faisait ? Pourquoi alors ? Pourquoi elle, sa fille, qui aspirait à la même noblesse, était dévorée par l'envie ?
Nelzia resserra ses bras autour de Téko, et, comme finalement cédant, approcha son visage du sien.
Elle jura intérieurement contre elle même.
Elle venait de commettre une terrible erreur.

-Désolée, dit elle avec honte, après avoir séparé ses lèvres de celle de Téko. Je n'aurais jamais dû faire ça…
Alors qu'elle détournait son visage, la main de Téko se posa sur sa joue et lui rendit son baiser.

-Ca n'a plus d'importance, souffla t-il avant de l'embrasser à nouveau. A ce moment là, Nelzia ne pouvait plus dire si elle était heureuse ou désespérée. Il était évident qu'elle devait s'arrêter là, que tout cela ne devait pas continuer, mais elle hésitait. Peut-être que cette fois serait la dernière, et qu'il lui fallait saisir cet instant…
Au lieu de repousser Téko, elle l'enlaça à nouveau en passant ses bras derrière son cou. Attirant Téko contre elle, ils s'allongèrent sur le lit. Le sentiment de culpabilité et de honte qu'elle ressentait se faisait de plus en plus étouffer par ces caresses grisantes, jamais elle n'avait été si proche de l'objet de son désir…
D'une main, Téko détacha ses cheveux. Bien que c'était la première fois qu'ils s'embrassaient, Nelzia sentait qu'elle pouvait le perdre à jamais. Elle se lova contre lui en l'entourant de ses bras, et Téko ne résista plus un instant à ses charmes. Leurs embrassades durèrent, et leur ardeur ne tarda pas à les emporter. Ils finirent tout deux nus, peau contre peau, s'abandonnant au plaisir.



Cependant, une fois l'acte consommé, le tableau était bien différent… Après la jouissance, le désir passé, la réalité les rattrapa rapidement. Assis, dos à dos, ils ne se disaient rien. Téko avait l'air véritablement abattu, gardant une main sur son visage.
-Je n'aurais pas du répondre à ce baiser… Fit il finalement, brisant le silence. Je suis allé trop loin, j'ai été faible et impulsif.
-Ne dis pas ça. J'aurais pu te repousser si je l'avais voulu, tu le sais.

-Mais tu n'aurais pas voulu me repousser… Et je le savais.
Il vaut mieux pour tout le monde que je quitte cet endroit. Je ne sais plus ce que je fais, et les choses iront en empirant. Pour être franc, je ne sais pas si je pourrais oublier toute cette histoire que m'a raconté Helio… Et rentrer chez moi, pour rester passif… Mais je dois prendre sur moi même. Ma place n'est plus ici.
-Si tu es tant décidé… Je partirais avec toi!… Fit Nelzia en se retournant vers lui.
-Non. Nelzia, tu n'aurais rien à faire avec moi. Je suis désolé de devoir de te le dire mais… Je ne crois pas pouvoir t'aimer autant que tu m'aimes. J'ai… Juste profité de toi pour accomplir un désir narcissique. Notre relation n'a rien de sain. Tu devrais passer à autre chose.
Sur ces mots, Téko se leva et commença à se rhabiller en silence. Quoiqu'elle ait voulu faire en venant le voir, elle sentait qu'elle avait profondément raté.
-Quand comptes tu partir ?
-Le plus tôt possible.

Sans rien ajouter, Téko partit une fois vêtu. Ainsi, c'était comme cela que ça se terminait… Qu'avait elle donc espéré ? C'était idiot, ni plus, ni moins. Elle l'avait pourtant tant désiré… Mais cet instant n'en valait pas la peine.

  Après cela, Nelzia partit s'entraîner pour se changer les idées. Quoiqu'il arrivait, elle savait que quand elle tenait comète, elle parviendrait à se focaliser sur cela. A oublier tout ce qui se passait autour d'elle, et à ne plus penser à rien. Pour cela, Nelzia était parfois contente d'avoir ce « don ». Mais ce n'était qu'un remède temporaire. Bien que se morfondre n'était pas son genre, ce qu'elle avait fait lui rappellerait toujours qu'elle n'était pas et ne serait pas l'idéal qu'elle aimerait être… Ainsi, elle comptait bien continuer de fendre l'air de sa rapière jusqu'à ce que son corps lui fasse trop mal pour continuer, car elle ne voulait pas y penser.

  Elle s'arrêta néanmoins quand elle vit qu'Ydard était entré. Il avait le bras entièrement bandé, semblant encore mal en point. Le connaissant, il n'était pas surprenant qu'il désobéisse au diagnostic d'Ynam qui lui recommandait de rester alité.

-Bonjour messire Ydard… Vous allez bien ?
-J'ai connu des jours meilleurs… Et toi ? Tu n'as pas bonne mine.
-Ce n'est rien ! Juste une mauvaise passe.

Ydard fronça légèrement les sourcils. Nelzia n'avait jamais été une très bonne menteuse, il était donc évident qu'il serait suspicieux.
-Tu dois me cacher quelque chose… Mais très franchement, je n'ai pas la tête à réfléchir à cela… Les médicaments d'Ynam m'ont embrouillé le crâne. Je suis juste venu te dire que ton père est revenu, et qu'il a ramené Kazhaar. Il m'en a également ôté la responsabilité. C'est assez vexant mais… Helio a ses raisons.
-… Parfois, je ne comprends pas ce que fais mon père.
-Moi non plus Nelzia… Je crois que ma foi en lui n'est plus aussi forte qu'il y a dix ans. Par ailleurs, as tu finalement fait ton choix ?
-Je pense… Que malgré tout je combattrais aux côté de mon père.
-Rien ne t'y force. Je peux te donner les moyens d'aller vivre ta vie ailleurs, ce n'est pas un problème.
-A quoi bon, si c'est pour être seule ?… Non, je soutiendrais la cause du Soleil Rouge. C'est ma décision, je ne reviendrais pas là dessus.
-Ainsi nous combattrons ensemble… Je ne voulais pas ça. Mais je m'y attendais.

  Nelzia rangea sa rapière. Maintenant que Kazhaar était revenue… Elle devait lui dire la vérité. Peut-être était-ce trop tôt, mais Nelzia avait le sentiment qu'attendre n'arrangerait rien. Pire, Kazhaar serait sans doute bien capable de deviner cela par elle même bien assez tôt. Elle devait avouer aujourd'hui, pour cela mais aussi parce que c'était devenu un poids qu'elle ne voulait pas porter plus longtemps.
-Ou est Kazhaar ? Demanda t-elle à Ydard.
-Dans sa chambre. Helio l'a laissée seule un moment pour discuter avec Rasoul de son cas. Bien entendu, on ne me demande plus mon avis…
Si tu y vas, fais attention.
-Ne vous en faites pas pour moi,
répondit elle avec un sourire forcé.

  Ydard regarda Nelzia sortir avec un regard inquiet. La tournure que prenaient les événements ne plaisait à personne, même si il avait toujours été persuadé que cela finirait ainsi… Il avait cependant du mal à s'y résigner.

  Nelzia se rendit devant la porte de la chambre de Kazhaar. A l'instant où elle approcha sa main de la porte cependant, elle se mit à hésiter. Cette vérité ne serait pas évidente à dire… La prononcer signifiait emprunter un chemin sans retour. Ce serait dire adieu à son amitié avec Kazhaar… Probablement pour toujours. Cela faisait un moment déjà qu'elles n'étaient plus très proches, mais elle avait tout de même été sa première amie…
Prenant une grande inspiration, elle ouvrit la porte. Si elle ne le faisait pas maintenant, elle ne le ferait jamais. La salle était sombre, car Kazhaar n'allumait jamais quand elle n'était pas avec Téko. Cette fois, elle n'avait pas pensé à apporter de bougie elle même… Mais la lumière de l'extérieur lui laissait voir le dos de la jeune femme. Kazhaar faisait face au mur, et ne se retourna même pas en l'entendant entrer.

-Pardon, j'ai oublié de frapper ! Réalisa Nelzia à voix haute. Je ne te dérange pas ?
-Non, ça va, fit elle d'un ton neutre.
-Tu vas bien ?
-… Oui. Ca peut aller.
-Ca fait longtemps qu'on ne s'est pas parlé…
-Oui.
-Malgré tout, je te considère toujours comme une amie.
-… Nelzia, si tu veux me dire quelque chose d'important, fais le maintenant. Je peux clairement sentir que tu as peur.

C'est vrai… Il devenait de plus en plus dur de lui mentir. Ses sens étaient encore plus aiguisés qu'avant, c'en était presque effrayant. Ou peut-être était-ce tout simplement elle même qui était bien trop lisible.
-Kazhaar… Je suis désolée…
-Quoi ?
Répondit la vampire d'un ton sec, presque agressif, en se retournant partiellement. Son regard jaune perçant était empreint d'irritation.
-… Je ne devrais pas te le dire aujourd'hui.
-Vas y. Je ne crois pas que cela changera chose.
-Très bien…
Moi et Téko, nous avons couché ensemble.
-… Je vois,
fit Kazhaar, la voix tremblante, mais tentant de rester calme. C'était donc cela… Tu as son odeur sur toi…
-Nous n'aurions jamais dû. Je sais que tu ne me pardonneras jamais, mais…

-C'est bon. Sors d'ici, maintenant, déclara t-elle rapidement en rejetant à nouveau son regard vers le mur. Nelzia remarqua que ses cheveux commençaient à s'agiter et que les doigts de ses mains tremblantes se tendaient et se détendaient nerveusement. Nelzia voulait tant trouver les mots pour lui exprimer son regret… Mais il n'y avait rien à se dire.
-SORS D'ICI ! Répéta Kazhaar avec rage.

Sans rien ajouter, Nelzia partit sans se retourner, la tristesse dans l'âme. En marchant dans le couloir sombre qui la menait ailleurs, elle entendit des pleurs mêlés à des cris, des bruits de bois et de roches brisés.
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Re: Le Soleil Rouge

Message par DALOKA le Dim 28 Aoû - 1:39

Chapitre XI

-Alors c'est décidé ? Comme cela, tu pars ?
-Il était temps pour moi de faire un choix.


  Dally croisa les bras, l'air songeur. Devant lui, Téko préparait ses sacs avec un brin d'empressement, semblant également ne vouloir prendre que le strict nécessaire afin de voyager léger.
-Je suis surpris… Dit Dally. Cela me semble soudain… Même si je sais que nous avons peu conversé ces derniers temps, je ne m'attendais pas à cette décision.
-Tu n'y es pour rien
, répondit Téko en tournant la tête vers le bérilien. Si tu te dis que tu aurais dû être à mes côtés, sache que je doute que cela aurait changé grand-chose.
-J'aurais aimé te soutenir quand même.
-Moi et Saero, nous nous reposions trop sur toi… A mes dépends, j'ai compris certaines choses.
-Très bien… Je suppose que c'est la voie que tu as choisi. Quand tu auras fini, est-ce que tu peux me rejoindre à l'extérieur ? J'aimerais discuter.
-Si c'est pour me convaincre…
-Rien de ça,
coupa Dally en levant les paumes avec un sourire. Je veux juste converser avec toi, en tant qu'ami, comme auparavant.

 Téko redirigea son regard vers ses affaires sans répondre pour autant. Dally haussa les épaules en réaction, décidant tout de même de sortir. Il l'attendrait, car il savait que ce dernier était peu loquace, particulièrement en ce moment.
  Malgré cela, son ami ne le fit guère patienter. Dally le vit sortir peu après lui, alors qu'il n'était resté pour l'instant qu'une minute ou deux. Il était vrai que Téko détestait faire attendre les gens.

-Et si nous marchions un peu sur la route du nord ? Proposa Dally.
-A ta guise, je te suis.

 Depuis qu'ils étaient là, Dally, quand il n'était pas dans le jardin d'Helio, sortait assez fréquemment et ce même si on lui disait que la chose était peu prudente quand la guerre était encore fraîche. Parce qu'il ne voulait pas être traité comme un enfant, mais aussi parce qu'il avait vite l'impression de devenir claustrophobe à l'intérieur de cette caverne. Maintenant que le conflit était conflit, il comptait bien profiter de chaque instant de lumière… Téko, lui, sortait extrêmement peu.

Dally avait déjà repéré ce chemin avant. Il avait même songé à le proposer à Téko pour des balades avec Kazhaar, regrettant après coup que la chose était bien évidemment impossible pour son ami, et maintenant encore plus qu'avant. Il espérait qu'au moins cette balade en pleine nature le rende moins morose.

-Tu vas reprendre le comté de tes parents j'imagine ?
-Si il y a une chose que je puisse faire, c'est bien cela.
-Quand tout sera fini, je retournerais à Bérilion pour mener mon clan. Je pense que Saero devrait faire de même…
-Je le vois mal à la tête des Adamas… Non, il devrait léguer sa place.
-Tu crois qu'il n'en est pas capable ?
-Je pense plutôt qu'il y a beaucoup d'autre choses dans lesquelles il apprécierait de s'investir.
-Et il n'y a rien d'autre pour toi ?

Téko marqua un silence, baissant légèrement le regard vers le dol, puis reprit.
-Depuis que j'avais fui mes responsabilités, je n'avais plus qu'un objectif : retrouver Khazaar. Quand je l'ai retrouvée, j'étais terriblement heureux, mais j'avais surtout peur de la perdre. Pas juste parce que je l'aimais, mais aussi parce que c'était réduire mes efforts à néant, voir la destruction de mon rêve. Peut-être que j'avais peur autant par fierté que par amour. C'est pour cela que je me suis trouvé pour objectif de la protéger, moi même, alors que j'étais loin d'être le plus compétent pour cela…
Je me suis laissé emporté dans un amour immature qui n'avait pas lieu d'être. J'estime qu'il est probablement temps pour moi de… Retourner à la réalité.
-J'ai l'impression que tu regrettes d'avoir rêvé… Je ne comprends pas Téko. Où es tu responsable de quoique ce soit là dedans ?
-J'ai été idiot, égoïste, et impulsif, Dally… Inutile, par dessus le marché. J'ai beau être devenu plus fort, je n'ai rien fait pour stopper Khazaar à part lui dire des paroles creuses. Je voulais tout gagner, mais rien perdre. Il me faut apprendre à faire des sacrifices.
-Téko… J'extrapole sans doute un peu, mais tu ne crois pas que si tu te sens responsable de tout, tu ne te reposeras jamais ? Tu veux devenir plus fort, savoir prendre les bonnes décisions quand il le faut, aussi dures soient elles. Sauf que tu n'es qu'un humain.
-Oui… Ca, je ne le sais que trop bien.
Mais nous avons assez parlé de moi. Tu comptes suivre Helio jusqu'au bout ?
-J'en suis certain. Son plan est terrible, mais je veux y croire. Helio n'a aucune intention d'utiliser réellement la pierre… La portée de cet acte est avant tout symbolique.
-C'est ce que tu crois ? Qu'un symbole peut changer le monde ?
-Tu n'y crois pas ?
-Pas vraiment. Un symbole peut très certainement apporter un changement, dont l'envergure est imprévisible et peut perdurer longtemps. Cependant, se reposer sur cela… C'est désespéré.
-… Tu as raison, cela est désespéré. Mais existe t-il une autre solution ?
-Assurément, non, aucune qui ne me vient à l'esprit.  Je perçois la guerre comme une fatalité. Seul les fous cherchent à vaincre la mort, et il en va de même pour la guerre. Des millénaires de héros n'ont pas suffit à détruire ce que l'on appelle, ''le mal'', je ne vois pas pourquoi cela marcherait.
-Je ne crois pas non plus à un arrêt total… Je pense qu'il faut simplement déclencher une prise de conscience.
-Je pense que de tels artefacts ne devraient pas être utilisés pour influencer l'histoire des hommes. C'est par la société que ces choses évolueront, non le surnaturel.
  Je crois personnellement que la longévité d'Helio et Rasoul n'a pas forcément jouée en leur faveur.
-Tu as peut-être raison mais… J'ai comme l'impression que je ne pourrais pas continuer sans obtenir une réponse.
-Une réponse ?
-Est-ce que le rêve d'Helio est réalisable ? Ce n'est pas quelque chose sur lequel je veux théoriser, Téko. C'est quelque chose que je veux voir.
-Si il s'avère que ce dernier ne l'est pas, n'auras tu pas des regrets ? Ne voudras tu pas revenir sur tes décisions?
-Si. Sans aucun doute. Peut-être même que je me maudirais, le risque existe. Mais ce n'est pas si grave, d'avoir des regrets. Mon moi du futur me regardera peut-être en riant ou en pleurant, et j'espère bien qu'il le fera. Sinon, cela voudrait dire que je n'ai pas changé, et ce serait plutôt effrayant.
-Je ne comprends pas… Tu n'as aucune raison concrète d'aider Helio.
-J'aime son rêve. C'est peut-être idiot, et presque mégalomane, mais je trouve ça beau. Et puis, il m'a beaucoup appris, j'ai une dette envers lui.
-… Je vois,
fit Téko à voix basse, amer.
-Téko, ne prends pas cet air là. C'est ta décision de partir.
-Je sais. Ce n'est pas pour cela que je suis inquiet, Dally. En tant que comte, il sera mon devoir de protéger les miens et d'appliquer mes lois. Et pour cela, peut-être seront nous ennemis à l'avenir.
-Oui… Peut-être.

 Ils marchèrent en silence un moment. Le chemin de campagne s'acheva, rejoignant alors une voie pavée qui menait à la ville.
-Téko, je respecte ton choix, fit Dally encore une fois. Mais tu n'as pas l'air heureux de choisir cette voie.
-Je ne le fais pas pour être heureux. Vois tu, en tant que noble, je suis né avec des privilèges. Aurais-je cherché tant ma sœur si je n'était pas né avec le privilège de l'aisance et de l'ennui ? Non. Je ne suis pas si brave. J'aurais cherché avant tout à vivre ma vie, et j'aurais enterré cette blessure. J'aurais travaillé, j'aurais vécu, et je serais mort sans faire de rencontre extraordinaire avec le surnaturel. Cette vie peut sembler triste et idiote, mais des millions de gens vivent ainsi, Dally. Certains se moquent des vampires, ou de la paix éternelle : au mieux, l'avenir de leur pays les suffisent.
 Et en tant que comte, je suis censé protéger ces gens et leur offrir un meilleur avenir. C'est le prix de mes privilèges, que je n'ai pas payé.
-On dirait que tu veux te sacrifier…
-Je ne le vois pas comme ça. C'est que je réalise que je n'ai rien accompli ici, si ce n'est des erreurs.
-C'est ridicule, Téko. Tu n'as commis aucun crime, et le monde ne t'en demande pas tant. Non, il ne te demande même rien.
-Effectivement, le monde ne me demande rien… C'est moi qui demande cela. Et je pense que Helio n'est pas différent. Personne ne lui a dit qu'il devait apporter la paix au monde, cependant, il continue.
-Peut-être est-ce le sens qu'il a trouvé à son immortalité ?…
-Sans doute… Je serais peut-être aussi obstiné, si je ne perds pas la raison, en ayant une telle longévité. Par ailleurs, Rasoul m'intrigue. Tu as passé plus de temps auprès d'Helio, tu sais des choses sur lui ?
-Pas vraiment, je te l'avoue. C'est un homme étrange. Mais je ne crois pas qu'il soit mauvais.
-Peut-être… Je crains juste qu'il tire les ficelles pour un autre objectif.
-Pourquoi cela ?
-… Une mauvaise impression. Je n'aime pas sa présence. Mais cette raison ne vaut pas grand-chose, ne fait pas attention.


  Ils s'arrêtèrent un instant devant le croisement. Dally ne voyait pas quoi répondre, et gratta sa joue en soupirant. Il savait que son ami n'était jamais aussi solide qu'il voulait le faire croire, et que c'était pour cela qu'il avait cette obsession de garder son sang froid à tout instant. De ce fait, il s'inquiétait fortement pour lui, cependant, si ce dernier était certain de sa voie, alors Dally n'avait rien à lui dire.
-Sur ce, finit par dire Téko, en partant sur le chemin. Je vais rentrer, finir de me préparer.
-A plus tard, alors. Je vais me balader encore un peu.

  Téko repartit vers la caverne. En vérité, il n'avait aucun véritable préparatif supplémentaire à faire avant de prendre ses affaires, il devait avant tout vérifier un certain endroit. Il avait vu, quelque part dans un des couloir, inscrit sur un mur, un symbole prenant la forme d'une spirale à neuf branches. Derrière ce symbole, il sentait une force qui l'appelait… Une force semblable à celle contenue dans la pierre qu'Helio possédait dans sa médaillon. Il ne pouvait partir sans avoir inspecté ce lieu.

  Téko, une fois entré, se mit à parcourir à nouveaux les nombreux couloirs de la montagne, parcouru d'un étrange malaise. Maintenant qu'il partait, il prenait conscience, non pas que ce lieu lui manquerait, mais qu'il espérait bien ne plus jamais y revenir.
Il retrouva sans difficulté le mur précis, étonné lui même de ce fait. Une fois en face du mur, il observa le symbole avec attention. Cela n'était peut-être qu'une simple gravure, mais Téko toucha de sa main cette dernière. Il ressentit alors une chaleur remonter de ses doigts jusqu'au reste de son corps. Tout à coup, la spirale rougit, comme si l'on avait tâché de sang cette dernière, et dans un bruit sourd de roche, un pan de mur s'enfonça dans le sol. Il =retint un cri de surprise. Même si cela était ce qu'il attendait, et même espérait, il ne pensait nullement que l'ouverture serait si évidente.
  Devant lui se présentait dorénavant l'entrée d'un autre couloir. Aucune torche ni rune lumineuse n'éclairait ce dernier, l'obscurité semblait totale, mais il pourrait facilement se repérer en conjurant une flamme.
 
  Alors qu'il fit un pas pour rentrer, désirant se hâter, il entendit la voix de Saero l'appeler d'un des côtés du couloir.

-Tout va bien Téko ? J'ai entendu un bruit étrange, fit il, l'air soucieux.
Il était rentré de son voyage, si tôt ? Téko ne s'y attendait pas, et cela ne l'arrangeait pas. Il serra le poing droit. Comment se sortir de cette situation ? L'objectif de Téko était clair : il voulait voler la fameuse pierre. C'était son unique occasion de stopper le plan d'Helio. Si cette dernière ne s'était jamais présentée devant lui, il ne se serait peut-être jamais décidé à le faire, mais ici, il devait faire un choix. Un choix, rapidement.
-Un problème ? Demanda Saero, son ami ne répondant pas, tout en s'approchant.
-J'ai posé la main sur une étrange gravure sur le mur, et cela s'est ouvert tout à coup, répondit sincèrement Téko, réfléchissant à une échappatoire.
-Vraiment ? Fit Saero en regardant le nouveau couloir obscur qui s'ouvrait. Oui, je me souviens de ce mur… Si j'avais su qu'il y avait un passage secret… Que devrions nous faire ?
-Mieux faut éviter d'être imprudent. Parlons en à Helio, il sait certainement de quoi il en retourne.

  Gardant son calme, Téko ne regardait pas Saero quand il prononçait ces mots, mais avait le regard plongé dans l'obscurité. Au sol, il y avait quelques gravats, dont une pierre grosse comme une pomme.
-Je suis d'accord, approuva Saero. J'y vais de ce pas. Tu me suis ?
-Bien sur. Pars devant, j'ai fait tomber quelque chose dans le noir et j'aimerais le récupérer.
-Très bien. Ne traînes pas trop, tout de même.

  Saero ne se douta de rien, même avec une excuse si suspecte. Ce dernier lui faisait réellement confiance… Oui, sans doute ne savait il pas ce que Téko avait fait. Sinon, il ne serait pas aussi chaleureux… Mais, même malgré cela, ce dernier était un véritable ami. Malheureusement, Téko avait fait son choix.
Ramassant la pierre, il suivit ensuite naturellement, sans se presser, les pas de Saero pour arriver dans son dos. Il n'aurait pas deux chances. Il devait agir maintenant.
Téko hésita, mais quand Saero, commençant une phrase, allait tourner la tête, il abattit d'un coup la pierre sur son crane. Saero tomba à terre d'un coup, et ses cheveux se rougirent de sang.

 Il n'avait plus que peu de temps. Lâchant la pierre, il  alluma une flammèche dans sa main gauche et s'avança dans le couloir. Etrangement, alors que sa main ne faisait rien, il y sentait une chaleur, une brûlure qui la parcourait.
 Le couloir était en ligne droite, s'arrêtant sur un bref escalier de 5 marches tout au plus, que Téko gravit en trois pas. Il trouva bien rapidement ce qu'il désirait trouver. Sur un socle de pierre, sans aucune protection, se trouvait une gemme difforme grosse comme un melon. Sans plus penser, Téko souleva des deux mains l'objet et ne perdit pas plus de temps à observer les lieux, pourtant décorés avec un grand détail, comme dans un temple.

 Téko sortit, et, regardant un instant le corps immobile de Saero, fut pris d'une naturelle inquiétude et vérifia son pouls. Il était bien vivant. Se sentant rassuré autant que coupable, il se dirigea vers sa chambre et plaça l'objet lourd dans son grand sac qui contenait ses affaires. Il ne dirait au revoir à personne, malheureusement.

Son sac alourdi sur le dos, il alla à l'extérieur. Il se dirigerait d'abord vers le nord et s'arrêterait dans un village. Il ne pouvait pas fuir vers Leif, ou la compagnie allait souvent, et préférait prendre une autre route. Grâce à la carte qu'il s'était procuré, cela ne serait guère difficile.
A grands pas, Téko allait emprunter la route du nord. Mais il vit alors Dally, sur le chemin du retour, ayant terminé sa promenade.
Apparemment, il dirait au moins au revoir à quelqu'un.

-Tu t'en vas déjà ? Fit Dally, sans cesser de marcher vers lui.
-Je voudrais atteindre la ville avant la nuit, je voyage seul alors c'est plus prudent.
-Je vois…
Fit il avec déception, haussant les épaules. C'est là qu'on se dit adieu, je suppose.
-Nous nous reverrons, cela est certain, même si je ne sais pas en quelles circonstances,
dit Téko en s'avançant vers le bérilien, lui tendant la main.
-Au revoir, alors, fit Dally en serrant la main de Téko. Prends soin de toi.
-Toi de même,
répondit il dans un sourire.

 Après cela, Téko passa derrière Dally pour continuer sa route. Il avait perdu trop de temps…
-… Tu l'as? Fit le bérilien derrière lui. Dally avait vu clair dans son jeu. Téko ne répondit pas et continua d'avancer.
-Tu ne compte pas m'arrêter ?
Dit, il, tout en marchant.
-Je devrais, pourtant… Mais j'ai envie de savoir si tu as réellement tort.
Pour cela, je vais te laisser mener ce combat.

-Cela n'a pas de sens.
-Le vainqueur est le plus méritant. C'est ce qu'on m'a appris dans mon pays…
Tu veux te battre, seul contre nous. Ce n'est pas de la bravoure, c'est de la folie. Mais je respecte de genre de folie… Et si tu peux gagner un tel affrontement… Qui serais-je pour dire que tu n'es pas méritant de décider du destin d'un tel objet ? Par ailleurs, si tu perds, cela prouvera que tu as tort.
-C'est un raisonnement stupide,
fit Téko, s'arrêtant. Les vainqueurs n'ont pas toujours raison.
-Ce n'est pas faux. Mais, Téko, quand bien même tu deviendrais un sale type, tu voudrais agir pour ce que tu pense bon. Tu ne serais pas capable d'utiliser cet objet pour ton propre bien, ce n'est pas ton genre.
Je devrais t'arrêter. Mais je n'en ai pas envie. Je le regretterais peut-être, mais je crois qu'il existe une chance que tu ai raison, ou plutôt, j'ai envie d'y croire, car tu reste mon ami malgré tout. Et puis, ce serait dommage que le combat s'achève si tôt, tu ne crois pas ? Sois sur qu'un jour, je te rouerais de coup. Et ce jour là, tu auras intérêt à être prêt.
Allez, pars avant que je ne change d'avis. Il y aura un autre temps et lieu pour régler nos comptes.
-… Vous deux…
Souffla Téko, stupéfait, sans se retourner. Vous êtes vraiment des imbéciles.

 Le jeune Dyra continua sa route. Il n'était pas heureux de voir la confiance que ses amis voulaient lui accorder, bien au contraire, il était enragé. Serrant les dents et les poings, Téko s'éloigna de plus en plus de cette montagne. En volant la pierre, il avait rendu l'affrontement futur avec le Soleil Rouge inévitable, et il était trop tard pour retourner en arrière. Son combat commençait maintenant.


  Dally resta là, debout, à le regarder un instant. Il finit par redescendre dans la caverne. L'agitation ne tarderait pas à régner, mais il tiendrait sa langue un moment car son acte ne valait plus rien si l'ont rattrapait Téko. Et, quitte à ce quelqu'un le stoppe, il préférait que ce soit lui même.

  Quand il eut descendu les escaliers, il se dirigea vers les cuisines. Il agirait naturellement, et ceci lui avait ouvert l'appétit. Cependant, sur le chemin, il croisa Nelzia qui courrait, paniquée.
-Dally, tu tombes à pic, il s'est passé quelque chose d'affreux !  Sur le sol, j'ai vu… Il faut vite l'aider !
-Calme toi,
fit il avec sérieux en levant une paume. Que s'est il passé ?
-J'ai retrouvé Saero par terre la tête en sang ! Je ne sais pas comment cela est arrivé mais… Par tout les dieux, je dois vite trouver Ynam !… Peux tu t'occuper de lui pendant mon absence ?
-Quelle question… J'y vais de suite
, fit Dally, l'air irrité avant de dépasser Nelzia, qui reprit sa course.
Cela était à prévoir, pourtant, Dally ne l'avait pas anticipé. Il ne pensait pas regretter son choix si tôt… Helio avait raison.
Les prochaines années seraient difficiles.
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Re: Le Soleil Rouge

Message par DALOKA le Jeu 1 Sep - 1:24

Interlude


Cela faisait maintenant cinq mois que Téko avait volé la Pierre et quitté le Soleil Rouge. Depuis, les choses avaient changé dans ce qui fut toujours la maison de Nelzia… Ils ne lui paraissaient plus vraiment comme une famille, mais une organisation, avec un objectif. Depuis la trahison de Téko, ils s'étaient mis à activement chercher les fragments restant de la pierre complète. Helio et Rasoul s'affichèrent comme les maîtres de l'opération. Ils décidèrent de ne pas tout d'abord chercher à retrouver le gros de l'artefact possédé par Téko, car ce dernier, selon Helio, ne saurait de toute façon utiliser ou détruire la pierre, et la lui récupérer ne ferait qu'éveiller les soupçons de l'état. La trahison de ce dernier ne semblait que peu l'avoir affecté ou surprit. Rasoul lui, s'était contenté de ruminer quelques jours, ce qui n'avait rien d'extraordinaire. Ydard voulut partir retrouver Téko, mais on lui avait commandé de rien en faire. Ynam n'avait montré aucune réaction, et semblait plutôt préoccupé par l'état de Kazhaar. Quand à cette dernière… On ne la voyait quasiment plus. On ne savait même plus quand elle était à l'intérieur ou à l'extérieur, parfois même si elle était en vie. Ydard n'aimait guère cela, mais il n'avait plus aucune responsabilité par rapport à la vampire, Helio ayant clamé sa garde.

Dally lui, participait activement aux missions de récupération, envoyé avec Ydard aux quatre coins du pays pour retrouver les derniers fragments. Mais il semblait plus déterminé qu'émotionnellement touché… Pour Saero, en revanche, c'était autre chose. Le coup en traître de son meilleur ami, suivi de son départ le touchèrent grandement. Apprendre qu'il avait couché avec Nelzia n'améliora aucunement cela… Le jeune Adamas étant d'habitude si jovial, elle n'aurait jamais imaginé que ce dernier pouvait se retrouver dans cet état. Il était terriblement en colère contre Téko, presque fou, et Ynam dut l'endormir pour éviter qu'il ne risque de se blesser.
Quand, après cela, Nelzia avait tenté d'aller le voir, la porte refusait de s'ouvrir. En effet, toute la salle avait été recouverte de glace. Si sa condition physique et mentale s'était améliorée, il l'inquiétait toujours. A présent, il travaillait sa magie de glace régulièrement à l'aide de grimoires, animé par une volonté nouvelle, et même s'il restait lui même, cette expérience l'avait rendu plus amer. Selon Ynam, il avait reçu des séquelles de ce coup au crâne, qui, si il ne fut pas mortel, le troubla grandement, ramenant des souvenirs enfouis à sa mémoire. Mais le concerné refusait d'en parler. Nelzia se sentait partiellement responsable de son état, et dorénavant, ce dernier l'évitait. Elle l'avait toujours trouvé un peu agaçant, mais ne voulait en arriver là pour autant. Sans doute cela était il mieux pour lui de tourner la page… Et même si elle ne voulait pas en arriver là, cela la soulagea.

Nelzia accomplissait, tout comme Dally et Ydard, des missions de récupération. C'était la décision qu'elle avait prise, de suivre son père jusqu'au bout, mais bien qu'elle ne doutait pas un instant de lui, elle n'avait guère l'entrain de Dally. Tout ceci lui pesait grandement, et elle ne savait pas si elle avait la force mentale de le supporter… Son don mis à part, elle n'avait aucun support. Aucune motivation. Ses actes étaient vides, et cela mettait son humeur à mal, bien qu'elle tentait de garder le sourire.

Ce jour là, Nelzia était de retour de mission et rentrée en avance par rapport à Ydard, qui avait gardé le fragment en question. Il faisait nuit, et un vent fort soufflait de ce côté des collines. S'éclairant à l'aide d'une lanterne, elle aperçut la formation rocheuse qui était son habitat. La lune était haute.

C'est alors qu'elle la vit. Debout sur des collines, non loin de l'entrée de leur base, se trouvait Kazhaar. Dans une robe blanche, cette dernière observait la lune, un sourire aux lèvres. Le vent soulevait ses longs cheveux, et, alors qu'elle n'était guère loin, et dans son champ de vision, elle ne semblait pas remarquer Nelzia malgré ses sens aiguisés.
La jeune femme aux cheveux bleus allait normalement passer son chemin. Elle avait ruiné elle même leur amitié, et ne pouvait plus se permettre de la saluer comme une amie, comme si de rien était. Cependant, quelque chose n'allait pas. Kazhaar était la même, bien entendu, mais un détail, même dans l'obscurité, troubla Nelzia. Cette dernière se rapprocha alors…
Le ventre de Kazhaar était gonflé, comme si elle était enceinte. Cela n'était pas possible, alors que se passait il ? Etait il possible qu'ayant perdu la raison, elle s'amuse à de tels artifices ? Elle ne paraissait pas normale. Trop sereine, malgré tout ce qu'il s'était passé. Nelzia ressentit un léger malaise.

-Ah, fit Kazhaar sans changement dans son humeur en remarquant Nelzia. Bonsoir, Nelzia.
Il n'y avait aucune once d'animosité dans sa voix.
-… Kazhaar, qu'est-ce donc que cela ?
-Quoi donc ? Tu t'attendais à ce que je te menace de mort ?
Rit Kazhaar. La colère est passée, tu ne crains rien.
-Je ne parles pas de ça… Tu vas bien ?
-Hum ? Oh, tu parle de cela
, fit elle en posant une main sur son ventre. C'est vrai que Helio a ordonné de ne pas ébruiter cela… Ceci est l'enfant de Téko que je porte.

-Je n'aurais pas dû te laisser seule si longtemps, dit Nelzia avec regret en remontant la colline pour venir jusqu'à elle. Téko est partit, Kazhaar…
-… Tu penses donc que je mens ?
-Non, pas du tout !…
Nia Nelzia, se sentant étrangement de plus en plus mal à l'aise
-… Que je suis folle ? Dit elle avant de pouffer de rire. Ceci est l'authentique vérité, Nelzia. Si tu veux que je me dénude devant toi pour te le prouver, cela ne me dérange pas. Mais tu devras t'excuser à plat ventre après.
-Comment cela est il possible ? Tu es une vampire, tu n'es pas censée…
-Je sais. J'en suis la première surprise.

Nelzia, étonnée et confuse, fit par réflexe, un pas en arrière… Un pas en arrière ? Pourquoi avait elle reculé ? Une migraine commençait à la prendre également.

-Pourquoi cet air, Nelzia ?
Fit Kazhaar en ouvrant les bras, comme pour lui proposer une étreinte. La bonne et souriante amie devrait me présenter ses félicitations.
Mais cette dernière ne réagit pas. Ses mains tremblaient, et elle ne savait même pas pourquoi.
-… Les explications d'abord ?… Dit la jeune vampire, déçue, en baissant les bras. Je suis au regret de dire que je n'en sais pas plus que toi. Selon Ynam, l'enfant que je porte dans mon ventre ne devrait même pas être vivant. Pourtant, mon enfant vit bel et bien. Je peux l'entendre. Je l'appellerais Seth, qu'en penses tu ? Ah, mais si c'est une fille… Une fille pourrait-elle s'appeler Seth ?
-Pourquoi fallait il cacher cela ?
Demanda Nelzia. Le coeur de cette dernière se serrait, et sa migraine était de plus en plus violente. Ce n'était pas juste un sentiment, c'était presque physique.
-Notre enfant est spécial. Premièrement, parce qu'il n'aurait pas dû naître. Même si je suis, contrairement aux autres vampires un être vivant, mon corps avait un pourcentage de chance proche de zéro de donner un autre être vivant. Car je reste non humaine, n'est ce pas ?
Entre autre, cet enfant est un véritable miracle. Si tu es pieuse tu pourrais même dire, un don des dieux.
Mais, dis moi, une idée me turlupine… Tu n'aurais pas préféré être la mère de l'enfant de Téko ?
-Quoi ?
Répondit avec choc Nelzia, avant qu'immédiatement, Kazhaar ne reprenne la parole. L'escrimeuse avait envie de quitter cet endroit.

-Rien. Je me disais juste que c'est amusant de penser que, malgré mon état, je sois devenue mère. Et c'est pour cela que je ne t'en veux plus.
Dis moi, est-ce que tu crois au destin ?
-Cette question ne m'importe pas vraiment…
-Elle est pourtant intéressante. Tu sais, Nelzia, les humains n'aiment pas trop le destin. C'est une notion qui les effraie, car elle va contre leur libre arbitre. Pourtant, l'homme a besoin du destin. Car, même si cela est absurde, il veut trouver un sens à ce monde. On peut bien sur prétendre que l'on vit sa vie paisiblement, sans se soucier de ces questions, mais c'est impossible. L'homme est condamné à réfléchir à cela de par la nature même de son existence, même si c'est pour le nier. Entre autre, puisqu'il le fait exister quoiqu'il arrive, le destin existe forcément.

Quand j'étais petite, j'ai une fois vu un domestique mourir dans un accident banal. Cela m'a terrifié de la mort… Mais sais tu ce que Téko est venu me dire, un jour? Que, puisque la mort arrivera, quoique l'on fasse, il était inutile de la craindre. Il n'y a pas avoir peur de quelque chose qui se produira, n'est-ce pas ?
Il n'y a aucune raison d'avoir peur du destin. Je crois que moi et Téko sommes destinés à être ensemble, sinon ce miracle n'aurait pas de sens. Je n'ai aucune raison de t'en vouloir, ni d'en vouloir à Téko d'ailleurs. Qu'il le veuille ou non, nous sommes liés. Ce fait ne changera pas. Tôt ou tard, il reviendra vers moi.


Nelzia, écoutant les paroles de Kazhaar, tentait de garder son calme. Elle avait l'impression que l'air manquait… Pourtant, ce n'était pas de l'hostilité qu'elle ressentait. Son ''don'' ne réagirait pas de cette manière, sinon.

-… Tu sembles presque malade, Nelzia, fit la vampire, légèrement moqueuse. Nous avons un point commun toutes les deux : nos sens sont plus affûtés. Autant pour ce qui est des choses physiques que abstraites. Ynam qualifie ta faculté de problème psychologique, mais il est bien évident que ceci n'a pas de sens.
Mais, même ton don mis à part, n'y a t-il pas autre chose ? Tu me regarde avec un soupçon d'animosité.
-Cesse de te moquer de moi, s'il te plaît,
fit Nelzia, tentant de garder son calme pour ne pas perdre pied. Pourquoi me parles tu de tout ça ?…
-Pardon. En vérité, la relation entre moi et Téko n'a rien à voir avec toi. Je te taquinais. Le reste en revanche te concerne particulièrement.



Tandis que Nelzia restait immobile, Kazhaar, les mains dans le dos, se mit à marcher en cercles sur la colline. L'instant de silence était oppressant.
-Comme je l'ai dit, mon enfant est spécial. Il est capable de voir le passé et le futur, ou plutôt de le sentir. Même dans mon ventre, il en est capable. Je ne crois pas qu'il s'en souviendra, mais il a sans doute vu certains de tes souvenirs à présent.
Des personnes comme toi et moi sont particulièrement sensibles à sa présence. C'est sans doute la raison de ton état. Moi, le portant, je suis parfois capable de partager ses visions, ce qui a changé ma vision du monde. Je crois qu'il y a bien une ''vérité supérieure''. Mais revenons à toi, Nelzia.

J'ai vu, par son biais, ta mort.

Nelzia fut frappée d'étonnement. Elle n'avait aucune raison de croire en cette phrase, ou plutôt, cette dernière n'avait aucune raison d'être vraie. Aucune. Nerveuse, plus pour se rassurer qu'autre chose, cette dernière rit. Rit longuement, de sorte que même Kazhaar perde son sourire espiègle, trouvant cela malsain.
-Je devrais appeler Ynam, tu racontes vraiment de drôles de choses, fit elle après avoir repris son souffle.
-Ce n'est ni un mensonge ni une plaisanterie, une deuxième fois. D'habitude, les visions de mon enfant sont troubles… Sauf quand elles sont une certitude. Cette vision était parfaitement claire.
Tu vas mourir, Nelzia, dans quelques années tout au plus. Je te dis ça pour que tu profite de ta vie du mieux que tu puisses.
-Arrête ça, Kazhaar… Je sais que ce que j'ai fait est impardonnable, mais c'est assez…
-Je n'ai jamais dit vouloir te nuire. Oh, bien sûr, cela ne veut pas dire que je n'en ai pas le désir, mais cette révélation n'en a pas le but.

Instinctivement, sans qu'elle n'en ait même conscience, Nelzia avait posé sa main sur le manche de sa rapière. Son cerveau hurlait, sa gorge lui brûlait, et son don lui criait qu'elle était en danger. Elle devait réagir. Maintenant ? A quoi ? Elle ne savait pas, mais son cerveau voulait agir. Comme tout être désirant s'auto préserver, le corps entier de Nelzia désirait survivre. Mais quel ennemi y avait il ?
-Je n'ai aucun désir d'insister, sourit Kazhaar en révélant ses dents blanches à l'allure de crocs.
Puisque tu ne sembles pas apprécier mon aide, que dirais tu d'autre chose ?… Veux tu que je te dise comment ton histoire s'achève? Désires tu savoir comment tu meurs ?
-Tais toi !
S'exclama avec rage Nelzia. Jamais elle n'avait été dans cet état auparavant, et jamais elle n'aurait voulu l'être. Elle se faisait honte, mais elle ne pouvait retenir ce qui lui commandait maintenant de tuer la seule chose identifiable comme menace.
L'enfant. Elle devait tuer l'enfant. Elle ne pouvait pas tuer la mère, mais elle pouvait transpercer son ventre et le tuer à travers elle. Ensuite, elle profiterait du choc pour la démembrer et battre en retraite. Oui, tout irait bien si cet enfant mourrait. Cet enfant, non, cette chose qu'elle portait dans son corps n'était pas humaine, c'était un danger plus grand que tout ce qu'elle avait jamais vu.


Les lèvres de Kazhaar articulèrent alors la vérité, avec la claire intention de la faire souffrir. Comment Nelzia mourrait. Elle aurait désiré ne pas l'entendre, mais il était trop tard.

A l'entente de ces mots, l'escrimeuse tira son épée et fondit vers Kazhaar. Cependant, elle ne put rien faire, car alors qu'elle allait embrocher la vampire, une main couvertes de bandages retint son bras.
Ynam avait interrompu son attaque, sans doute grâce à son sort d'arrêt. Kazhaar, surprise et effrayée un instant, avait reculé en arrière, ayant un regard comparable à celui d'un fauve qui désirait maintenant déchiqueter Nelzia et non converser avec elle.

-Il suffit, fit Ynam de sa voix posée.
-Cette chose… N'est pas humaine… Dit elle, son regard dirigé vers Kazhaar, semblant toujours dans sa transe.
-Reprends tes esprits, répliqua Ynam avec sévérité, baissant le bras de Nelzia. Cette dernière inspira et expira longuement. Elle était sur le point de tuer un enfant, sans savoir si ce dernier était bon ou mauvais, ou lui voulait même du mal… Jamais sa capacité ne l'avait menée aussi loin. Cela n'était pas censé arriver… Son don avait identifié un danger de mort dès le début, mais, incapable de le déterminer, il ne s'était sans doute manifesté que dans un malaise. Au moment où l'idée même que l'enfant soit responsable du danger avait traversé l'esprit de Nelzia, il s'était totalement déclenché.

-Tu ne devrais pas dire ça à voix haute, fit durement Kazhaar. Il t'entends, tu le sais ? Et, en voyant cela, on se demande qui est inhumaine. A partir du moment ou ta préservation est en jeu, tu es capable de tout.
-Pas un mot de plus,
coupa Ynam. Nelzia, retourne à la maison, j'irais te voir. Tu as besoin de calmants.
-… Non. Non, j'irais bien,
répondit la concernée, posant sa paume sur son front avant de s'éloigner.

Elle allait rentrer et dormir, tout simplement. C'était tout ce qu'elle pouvait envisager de faire pour l'instant, mais elle n'était pourtant pas sûre d'y parvenir… Le danger qu'elle avait perçu était réel. Et si Kazhaar avait raison ? Et si elle était condamnée à mourir quoiqu'elle fasse, et de cette manière qui plus est ? Elle ne voulait pas y réfléchir, mais s'y heurtait inévitablement. Nelzia ne voulait pas mourir… Elle voulait continuer de parler, de sentir, de penser. Sa vie n'avait jamais eu de sens particulier, mais ce n'était pas grave. Même si elle n'était destinée qu'à être une copie imparfaite de la bonté de son père, elle ne voulait pas cesser d'exister. Et, par dessus tout, si elle mourrait ainsi… Quelqu'un en souffrirait pour toute sa vie.








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Re: Le Soleil Rouge

Message par DALOKA le Sam 19 Nov - 23:42



I :  Le Comte Dyra



-Nous sommes arrivés messire.

    Le carrosse s'arrêta et, peu de temps après, la porte s'ouvrit. Téko descendit et posa pied à terre, redressant la tête pour observer le domaine qui s'étendait devant lui et était maintenant le sien.  Après tant de temps, il était rentré à la maison. Cela faisait pourtant deux ans depuis qu'il avait quitté le Soleil Rouge. Des complications l'avaient retardé dans son retour, bien qu'il était officiellement revenu depuis plus d'un an et demi…
   Mais malgré ces dernières, il avait eu maintes occasions de revenir. Il n'en fit pourtant rien, sans doute car cette maison l'effrayait encore. Il n'était pas venu depuis dix ans maintenant, et personne ne l'attendait.

  Téko salua brièvement le cocher et lui fit don d'un pourboire avant de se retourner vers le manoir, ou plutôt ce qu'il en restait. La cours avait été gardée en état, et ne semblait pas avoir changé d'une haie. Pour ce qui était du bâtiment en revanche, il était toujours à moitié détruit. Téko n'avait jamais vu ce qu'il restait du manoir après que les flammes l'aient ravagé, cela était donc très différent de ses souvenirs. Mais, même si les étages supérieurs étaient presque intégralement calcinés et que le toit semblait s'être effondré, il reconnut la structure de la maison dans laquelle il avait grandi avec Kazhaar.


 Téko remarqua à droite le bâtiment qui constituait les appartements des serviteurs. Il était toujours en état, n'ayant pas été brûlé. C'était sans doute le seul lieu vivable ici.
 Il continua, passant à côté d'une petite fontaine asséchée qu'il reconnut. Un jour, Kazhaar l'avait poussé dedans… Il avait pleuré tout une journée. Maintenant qu'il y repensait, il l'avait toujours cru bien plus tenace que lui.
  Le jeune noble s'arrêta devant là où se trouvaient autrefois les portes du manoir, qui avaient brûlé et avaient été retirées. Si le nettoyage des débris avait été effectué, la maison Dyra ne fut pas reconstruite, ceci sans doute à cause de son absence. Téko resta un moment debout devant l'entrée de son ancien logis, comme incapable d'entrer. Ce moment ne s'arrêta que quand la voix d'un homme derrière lui l'interpella.


-Téko… Est-ce bien vous ?

   Ce dernier se retourna, et vit alors un homme d'âge moyen, maigrelet bien que grand, à la calvitie naissante et à la barbiche noire. Il était vêtu simplement et portait une chemise blanche aux manches retroussées. L'homme fixait Téko avec un air étonné. Ce dernier était certain qu'ils se connaissaient, mais n'arrivait pas à clairement se souvenir de cette personne.
-Pardonnez moi, vous êtes ?...
-Balthazar Hulgens,
se présenta t-il dans un sourire ému. Vous ne devez pas me reconnaître. J'étais le valet de Garrus Dyra, feu votre père, avant le tragique incident.

  Le souvenir de cet homme revint alors à Téko. Il l'avait oublié, comme bon nombre de choses, durant les années qui avaient suivie l'incident. Cela n'était guère étonnant que, quand Ynam lui évoqua le nom des Hulgens, il n'avait pas paru comme une évidence à ses oreilles. Téko avait reculé dans son esprit bien des choses de son enfance, sans doute pour se préserver du regret. Il se dit avec amertume que cette perte n'avait pas servie à grand-chose
.
-Cela fait dix ans que je ne vous ai pas vu… Personne ne m'a informé de votre retour, Téko… Non, je devrais vous nommer Messire Dyra, à présent.
-Ne vous donnez pas cette peine.
-Si, c'est la forme,
fit Balthazar en s'approchant, un grand sourire aux lèvres. Ses yeux étaient humides de larmes, et il posa une main sur l'épaule du jeune homme.
Bon retour chez vous, Messire.

 Balthazar semblait terriblement heureux. Il avait attendu Téko toutes ces années… Il avait vécu auprès de ces ruines. C'était lui, sans doute, qui travaillait pour entretenir le jardin. Téko ne put retenir un sourire empreint de tristesse. Des gens l'attendaient ici aussi, et il n'y avait pourtant accordé aucune attention.

-Etes vous seuls ici ?
-Non, non bien sur, répondit Balthazar. Les premières années, c'était le cas, car tout le monde est parti. Comprenez, sans comte pour les payer… Mais la maison était trop vide, et tout ceci était trop de travail pour moi. J'ai engagé quelques personnes, et nous logeons dans les anciens appartements des serviteurs… D'ailleurs, il y a une chambre pour vous. Comme vous le voyez… Le manoir n'est guère vivable. Nous avons tenté d'arranger un peu le lieu, mais le reconstruire est au-delà de nos capacités.
-Je vois…
Balthazar, merci pour vos services.
-Ma famille vous sert depuis le règne du premier Empereur. C'est tout naturel.
-Je vous suis tout de même immensément redevable… Si il y a quoique soit que je puisse faire…
-Il n'y a qu'une chose que je vous demanderais, Messire. Rendez à cet endroit la splendeur qu'il avait.
-J'y compte bien.
-Je vais de ce pas avertir les autres. Peut-être avez vous besoin de temps pour vous recueillir ? Et c'est un sac semblant bien lourd que vous avez là… Devrais-je le porter ?
-Inutile, ne prenez pas cette peine… Vous devez bien assez travailler.
-Alors soit,
fit le valet en s'inclinant. Quand il redressa la tête, il exprima tant la joie que la reconnaissance, semblant à nouveau au bord des larmes.
Bon retour chez vous, sire, fit il avant de tourner les talons. Téko le regarda s'éloigner. Il avait le sentiment revigorant que, contrairement à ce qu'il avait pensé, certaines choses avaient survécu à ces flammes. Rejetant son regard vers l'entrée, Téko s'avança à l'intérieur. Le hall ne ressemblait aucunement à ce qu'il avait connu, mais il en reconnaissait la structure, et ses deux escaliers symétriques, taillés dans le marbres, avaient la même forme, bien que leur ancienne majesté n'était plus. Observant ces escaliers de plus près, il lui parurent bien plus petits qu'avant.

   Il alla ensuite vers la droite du hall. Ses souvenirs de la structure n'étaient pas clairs, à la place, il se déplaçait presque par instinct. Il y avait là le salon, ou souvent son père accueillait des invités pour des conversations barbantes. Il n'y avait plus aucun meuble, si ce n'était la cheminée. Cette cheminée, Téko s'en souvenait bien. C'était l'entrée secrète du sous sol du manoir, où il s'était réfugié et avait miraculeusement survécu à l'incendie et au massacre… Dorénavant, cette entrée était béante, car pour l'extirper après la catastrophe, on avait dû détruire le mur. Il s'était évanouit, mais il s'en était sortit vivant.
  Téko entra dans le sous sol assez petit. Ce lieu, il y songeait maintenant, pourrait lui être très utile. Peut-être pourrait il y cacher la pierre ? Il verrait bien. Son père avait confié à Kazhaar l'emplacement de ce passage secret, en raison de ses talents innés pour la magie. Ce sous sol étant à l'origine un atelier magique abandonné, l'on supposait qu'un jour elle s'en servirait. Ce serait finalement lui qui devrait le faire… Mais le lieu pourrait avoir d'autres usages. L'agrandir serait idéal, mais il y réfléchirait plus tard.
  Il ressortit. A côté devait se trouver la salle des mémoires. Il se souvenait qu'elle était faite en hommage aux précédents Dyra, et parsemée de nombreux tableaux et sculptures. Il ne devait plus en rester grand-chose…
 
 Il n'y avait plus aucun tableau. Aucun n'aurait put survivre à l'incendie, malheureusement. Néanmoins, sur un long meuble en bois, plusieurs bustes étaient installés. Ceux des précédents comtes. Ils avaient tous été lavés et certains reconstitués. En vérité, la salle était bien plus entretenue que tout le reste du bâtiment. Balthazar avait vraiment tenu à restaurer cette salle en particulier, certainement parce qu'elle était d'importance capitale pour les Dyra.
Téko passa devant les bustes blancs qui se juxtaposaient. Il y avait, par exemple, le visage dur et imposant de Warren Dyra, le fondateur de la famille, ou bien la figure pleine de bonhomie de Balthus Dyra, qui avait un soupçon de malice, même quand il manquait à sa figure la moitié du crâne, ou même encore le doux mais sérieux visage de la comtesse Armène Dyra.
 Arrivant à la fin de cette série de visages, il fut attristé de ne pas pouvoir voir celui de son père, Garrus. Seule la base du buste, où était inscrit son nom, restait encore. Il n'était guère surpris que l'on ait saccagé son image, mais il espérait revoir son père en rentrant ici.

  Après la série de bustes se trouvait un trône. Couverts d'impacts, ce trône de pierre n'avait pas été détruit… Si sa mémoire de l'histoire était correct, cet objet était un cadeau offert à Warren Dyra pour ses succès militaires de la part de sympathisants Nurenuiliens. L'objet était d'une solidité à toute épreuve, et sculpté dans des roches avec lesquelles on fabriquait les plus sacrés des autels. Ce n'était qu'un objet de collection, mais Téko se souvint que son père se soit une fois devant lui assit dessus, et l'ait interdit par la suite de le faire, disant en riant que c'était un droit réservé aux comtes.

Téko hésita. Il ne se sentait pas digne de s'asseoir mais… Cela ne l'avancerait à rien. Il le savait. Se mépriser ne lui avait pas apporté grand-chose jusque là. Alors il s'assit. Toute sa fatigue accumulée lui retomba d'un seul coup sur ses épaules alors, et il s'appuya totalement contre ce siège inconfortable. Son voyage achevé, Téko avait dû passer par un bon nombre de procédures administratives, puis passa plusieurs mois à la capitale originellement dans le seul but de rencontrer en personne l'empereur. Tels étaient les formes, dès que l'on s'était soi même exilé. Il n'avait eu que peu de temps de repos… Mais il savait qu'il n'en aurait jamais bien plus. Car enfin… Il était comte. Cette pensée, bien qu'il se l'exprimait avec fierté, était presque déchirante. Il regarda la série de bustes. Inspirant d'une voix tremblante l'air poussiéreux du manoir, Téko ferma ses lourdes paupières, ses yeux parcourus de picotements.

Il était maintenant le Comte Dyra.


  Quand Téko rouvrit les yeux, Balthazar se tenait devant lui, l'air l'inquiet, secondé par une jeune femme. Ce dernier l'avait certainement réveillé, et il se faisait visiblement tard. Le soleil ne tarderait pas à se coucher… Bon sang, il ne devrait pas dormir dans un tel endroit. Il faisait honte à ses ancêtres ainsi.

-Vous allez bien monsieur ? Demanda le valet, tandis que Téko se relevait, se frottant les yeux du pouce et de l'index.
-Oui, ne vous en faites pas pour cela. J'avais sans doute besoin de sommeil.
-Vous devez être éreinté, je m'en excuse,
fit Balthazar avant de présenter de son bras la jeune femme aux boucles blondes derrière lui. Laurie fait partie de ceux qui m'aident à entretenir le lieu.
-Je suis la fille aînée de la famille Tiep, enchantée messire,
fit-elle dans une révérence polie.
-Heureux de vous rencontrer, répondit il. Me présenterez vous le reste de la famille ?
-Bien entendu
, fit jovialement Balthazar, nous dînerons ensembles. Je suis certain que vous avez tant de choses à nous dire !

  Téko, ainsi, les suivit jusqu'à la grande maison qui accueillait les serviteurs, et fut présenté à la famille Tiep. C'était un couple possédant trois enfants, deux filles légèrement plus jeunes que lui, et un très jeune garçon. Balthazar s'efforçait de les payer comme Garrus payait ses serviteurs, de ce fait il était certain que ce travail fut pour la famille une occasion bien plus intéressante que tout ce qu'ils auraient put trouver dans le comté. Contrairement à Balthazar, la famille était très formelle avec lui et peu émotive au-delà du nécessaire, à l'exception du père qui visiblement, tentait de lui graisser la patte. C'était compréhensible, car il n'avait aucun lien avec eux. Il n'était qu'un employeur, en somme, du moins pour l'instant. Mais si ils faisaient un bon travail, Téko n'avait aucune raison de s'en plaindre.

  Lors du dîner, Téko dû raconter une partie de son voyage. Ne désirant pas en dire grand-chose, il fut très évasif et n'évoqua jamais clairement le Soleil Rouge, tout en évitant au possible toute allusion à sa sœur. Pour tout le monde, Kazhaar Dyra était morte, et Téko trouvait que cela était mieux ainsi. Tout en restant secret, Téko parvint à occuper l'attention de Balthazar et de ses nouveaux serviteurs grâce à de nombreuses anecdotes, car son absence avait été très longue. Cette conversation fut, de toute façon, bien plus agréable que les interrogatoires qu'il avait eu avec les autorités, où il avait aussi éludé certains détails et parfois menti. L'Empereur n'était plus qu'une marionnette, les nobles avaient le pouvoir. Pour cela, il ne fallait pas que les aristocrates apprennent l'existence de la pierre. Ils auraient tôt fait de vouloir s'en emparer pour leurs propres intérêts, et les conséquences pourraient être catastrophiques si ils parvenaient à l'utiliser… Et même en excluant les nobles, l'armée et le conseil administratif impérial représentaient les mêmes dangers. Dans cette géopolitique pesante, chaque réunion devenait une clameur chaotique ou chacun ne pensait qu'à ses objectifs. Pour cela il devrait redoubler de prudence, d'autant plus qu'il savait que les machinations d'un noble n'étaient pas étrangères à la fin funeste de sa famille.

  Après le repas, Téko remarqua quelques vieux portraits. Sur les trois, il ne reconnaissait que le personnage représenté sur la toile du milieu, qui n'était autre que Warren Dyra. A droite était dessiné le visage d'un homme jeune et brun, en armure rutilante, et couvert de maints grades. A gauche se trouvait un homme aux cheveux blonds platine, aux traits fins et aux yeux brillants, efféminé mais beau comme un prince.

-Qui sont ces deux personnages à côté du portrait de Warren? Demanda t-il a Balthazar, qui lui amenait un verre de vin qu'il n'avait pas demandé.
-Le chevalier est Marius Alcamène. C'était le lieutenant de Warren Dyra, quand il combattait à Nurenuil. C'est une figure phare de la famille Alcamène, et ils sont comme les Hulgens, des vassaux des Dyras depuis des générations. A droite vous avez mon ancêtre, Emmanuel Hulgens. C'était un  homme très doux, paraît il, mais la mort du comte le détruisit. Il finit par se suicider.
 
  Emmanuel. C'était le véritable nom d'Ynam. Ainsi c'était ce à quoi il ressemblait avant… Jamais Téko ne l'aurait imaginé ainsi. Il semblait sur ce portrait si serein.

-Savez vous comment est morte la femme de Warren Dyra ? Demanda t-il.
-Non. Le secret de cette horrible tragédie n'est transmit que de comtes en comtes. Votre père est mort avant de vous faire passer ce secret.
-Je me suis toujours demandé pourquoi aucun portrait de cette femme n'existait.

Il aurait aimé pouvoir voir le visage de celle qui avait transformé sa sœur en ce qu'elle était maintenant. Tant pis.
-Que savez de plus d'Emmanuel Hulgens ?
-C'était un horloger et un mage de renom à la fois. En tant que Baron Hulgens, à l'époque ou notre famille était puissante, il était un nom connu dans toute la région, et une référence dans toutes les sciences où il excellait. Il eut quelques ennuis néanmoins, même avant la mort du comte, qui mirent à mal la famille.
-C'est à dire ?
-Il éprouvait pour feu Warren Dyra bien plus que de la loyauté. Voyez vous, la rumeur courut qu'il était son amant. Imaginez donc le scandale !… L'affaire fut étouffée, mais en vérité il dût payer de nombreux pots de vin pour cela. La femme de Warren ne l'aimait pas également. Peut-être ceci engendra des tensions qui déclenchèrent la triste suite des événements ? Je n'en sais malheureusement rien. Le comte avait tenu à effacer toutes les sombres parties de son histoire.
-C'est une étonnante histoire Balthazar. Merci de me l'avoir partagée.
-Tout le plaisir est mien, mais pourquoi cet intérêt ?
-Je garderais ceci secret, si vous le voulez bien…
-… Très bien,
fit avec un léger agacement le valet. Mais ne gardez pas tout pour vous. Il n'est pas sain de porter tout sur ses épaules, le fait que Warren se soit laissé mourir en est une ultime preuve. Moi et les Tieps, nous sommes là pour vous, bien que nos compétences soient limitées.

 Ayant acquis ces nouveaux savoirs, Téko se dit qu'il était temps pour lui de trouver le sommeil. Il demanderait à Balthazar demain des renseignements sur les relations actuelles des Dyra avec la noblesse comme avec l'étranger, et des problèmes du comté. Il n'oubliait pas qu'un de ses objectifs était de stopper le Soleil Rouge, mais dans l'état actuel des choses, cela serait difficile, et il devait penser à long terme. Si il s'obstinait à produire des efforts inutiles, il courrait droit à la catastrophe, hors des gens comptaient sur lui. Et c'est en réfléchissant sur ces responsabilités que le nouveau comte finit par s'endormir dans son lit, avec une paix qu'il n'avait pas trouvé depuis longtemps.

 Quand il se réveilla le lendemain, il vit en descendant au rez de chaussé de la maison l'aînée des enfants Tieps, Laurie, qui avait visiblement préparé son petit déjeuner. Elle ne lui dit rien, et il sembla à Téko qu'il l'intimidait, mais bien qu'il trouva cela étrange, il ne vit nul intérêt à lui parler de toute façon. Il lui demanda néanmoins où était Balthazar, vu qu'il savait certainement les affaires importantes dont il devait s'occuper, mais il était apparemment en plein travail, Téko ne voulait donc pas le déranger. Son petit déjeuner finit, il se fit un thé. Il n'en avait pas l'habitude, mais celui que Laurie lui servit était d'une amertume sans nom, il préférait donc s'en charger lui même. Il n'en dit rien, car il ne voulait pas la vexer.


Ceci fait, il décida de faire le tour du manoir de l'extérieur. Il se souvenait qu'il lisait souvent dehors, ou bien jouait avec Khazie les jours d'été. Cette nostalgie du temps passé lui fut douloureuse, mais il sentait qu'il avait besoin de voir combien le lieu avait changé. Cela était nécessaire pour qu'à nouveau, il se sente chez lui.  Il se souvint de cet endroit, près de lauriers aux feuilles épaisses et foncées, d'où il pouvait admirer des champs s'étendant à perte de vue. En se tenant debout là, il se dit que les levers et couchers de soleil étaient magnifiques ici. Il n'accorderait jamais sans doute un temps à ce spectacle, mais ce constat lui faisait plaisir.

 Dans sa marche où il perdit la notion du temps, il croisa Balthazar qui le cherchait. Ce dernier lui dit alors qu'une de ses connaissances était venue lui rendre visite.

-Déjà ? Mais je suis rentré hier.
-Il était à Rohalmia de passage, et a eu vent de votre venue. Il a dû s'empresser de venir vous voir. Il s'agit d'Esteban Adamas, votre ancien professeur de magie à vous et Saero.


Voilà bien la dernière de ses anciennes connaissances qu'il s'attendait à voir. Esteban n'était pas un grand sentimental, et par dessus tout il ne lui avait jamais semblé que ce mage patibulaire l'appréciait. Néanmoins, il ne voulait nullement lui manquer de respect. D'autant plus qu'en vérité, de tout ceux auxquels il pouvait penser pour l'aider, il serait sans doute le plus utile.

Il retrouva Esteban dans le jardin à l'entrée du manoir. Le magicien était un homme costaud aux épaules carrées, portant un grand manteau marron et coiffé d'un chapeau simple de même couleur dénué du plus bête ornement. De chacune des manches du manteau dépassaient de solides poings qu'il gardait toujours serrés quand ils n'étaient pas dans les larges poches de son manteau. La dureté de son visage n'avait rien à envier à celle du buste de Warren Dyra lui même, et était même appuyée par sa  barbe brune et deux yeux bleus audacieux. Le quarantenaire grisonnant semblait toujours fait d'acier, et Téko parierait qu'il en serait de même trente années plus tard.


-Ah, monsieur le comte ! S'écria t-il dans un ricanement, en tendant les bras vers lui. Ma foi Téko, tu as poussé. Tu fais ma taille maintenant.
-Vous, vous n'avez pas changé du tout,
répondit ce dernier en lui serrant la main. Esteban répliqua par une poignée forte. Mais j'ai entendu dire que vous étiez maintenant une figure importante à Axaques.
-J'ai monté en grade, c'est vrai. Mais je ne suis pas venu ici pour parler de moi, dit le mage en tapant dans le dos de Téko de la paume. Marchons un peu. Il me fallait te rendre visite car j'ai peu de temps libre.
-Vous êtes inhabituellement amical.
-J'ai déjà été inamical, moi ?
Pouffa Esteban avec un sarcasme tranchant. Je t'ai laissé mauvais souvenir, mais il faut dire que tu étais une mauviette.
-Allons droit au but : que voulez vous ?
-Ne te méprends pas Téko : je n'ai pas une dent contre toi. Je suis là en ami, et je ne plaisante pas sur cela. Cependant, tu as raison sur un point : je veux quelque chose. Je veux connaître les péripéties de ton voyage… Et savoir ce qu'est réellement devenu mon crétin de neveu.
-Lisez donc les rapports.
-J'aimerais, si tu me le permet, une véritable version de l'histoire. Et dis moi tout. Nous avons tout le temps.
-… Esteban, j'ai une faveur à vous demander : gardez cette histoire pour vous.
-Nous sommes d'accord. Je me doutais bien que tu comprendrais vite dans quel monde de vipères nous nous trouvons. Allons donc, raconte moi tout depuis ton départ. Je n'en perdrais pas une miette.


Et Téko n'omis aucun détail important. Esteban Adamas était quelqu'un de rugueux, mais il était têtu comme une mule sur ses principes, et comprendrait immédiatement le danger de révéler certaines informations. Hors, il avait besoin d'au moins une personne partageant ses secrets. Et avec un peu de chance, ce dernier le soutiendrait. Téko parla donc autant du Soleil Rouge que de sa sœur, mais surtout, de la pierre et de sa fuite des lieux. Esteban écouta sans commentaire, haussant ou fronçant les sourcils à certaines occasions, mais ne questionnant jamais la santé mentale du jeune comte. Après tout, en tant que mage, il aurait été stupide d'être si sceptique.


-… Voilà. Après cela, j'ai rempli les procédures que vous connaissez bien et attendu trois mois que la santé de l'empereur se stabilise et que ses médecins daignent le libérer, ceci uniquement pour lui faire du baise main.
-Trois mois pour embrasser un cadavre !
Rigola Esteban. Vous, ceux de la haute noblesse, faites parfois des choses bien drôles. A tu au moins profité de la capitale?
-J'étais sous garde rapprochée là bas, cela m'étais difficile et de toute façon, je n'en avais guère l'envie.
-Bref… Donc Saero est toujours parmi eux.
-Exact, et si personne ne l'a signalé depuis, c'est qu'il y est resté ces deux dernières années.
-Tu sais Téko, tu as bien fait de préciser qu'il est toujours en vie. Sinon, je t'aurais incinéré sur place.

Il disait ça en souriant, mais ce n'était absolument pas une plaisanterie.
-Je m'inquiète pour lui, même si cela peut paraître hypocrite après ce que je lui ai fait.
-Il s'en tirera. Pour le meilleur et pour le pire… Sûrement le pire. A mon avis il t'en voudra terriblement.
-Je l'aurais mérité.
-Cela est certain, mais tu as bien fait de prendre cette pierre. L'as tu avec toi ?
-Je l'ai cachée ici.
-Très bien. Si ton objet correspond bien à ce que tu décris, c'est un artefact du plus haut niveau. Je vais me renseigner sur les moyens de détruire ce genre d'objet une fois rentré à Axaques, et si je le découvre, je te contacterais.
-Merci, cela me sera d'une grande aide. Cependant, avant d'organiser quoique ce soit contre le Soleil Rouge, je devrais mettre un peu d'ordre ici,
fit Téko, joignant ses mains dans son dos.
-A ce propos, tu as reçu une invitation des Alcamènes ?
-Non.
-Alors ça ne saurait tarder. L'actuel baron, Charles Alcamène, veut organiser une grande sauterie en ton honneur. L'occasion rêvée de de renouer avec la noblesse.
-Parfait. J'allais tôt ou tard m'entretenir avec lui.
-En effet…
Exprima Esteban avant de prendre un air plus posé et sérieux. Méfie toi de Charles. En ton absence, c'était lui, l'homme le plus puissant du comté. Et il en a profité pour empiéter sur les accords commerciaux, les richesses et même certaines propriétés des Dyra… Cet homme est un poison. Et parce qu'il a une dizaine d'année de plus que toi, donc plus d'expérience et d'influence, il va tenter de faire de toi sa marionnette.
-Je ne pensais pas que cela arriverait…
-Penses tu ! En ce moment, tout noble, bas ou haut, cherche à grossir en mangeant les autres. L'Empereur ne gère plus rien. C'est un vieux décrépit qui songe en pleurant à ses échecs passés alors qu'il perd la boule et que son pays également !
-Que devrais-je faire contre ce Charles, selon vous?
-Bah. La cour, ce n'est pas si différent d'une cour pour les enfants. Montres lui que tu en impose plus que lui, et si tu n'y arrives pas, ce qui est fort probable eh bien… Il te faudra ruser, et l'éliminer du jeu.
-J'essayerais de trouver un accord avec lui, de prime. Le comté n'a vraiment pas besoin d'un conflit… Mais si je n'ai pas d'autres alternatives, je m'en remettrais à vos conseils.
-Tu as bel et bien grandi,
rit Esteban. Peut-être ne t'en souviens tu pas, mais avant, au lieu de me répondre cela tu te serais tut pour ensuite n'en faire qu'à ta tête.
-Je crains que ce côté de ma personnalité n'ait pas totalement disparu,
dit Téko dans un sourire en coin, avec un peu d'amertume.
-Saero n'était pas si différent… Mais tu sais que te connaître l'a changé. Avant cela il était peu bavard, et quand on le poussait à bout il avait des crises terribles…
-… Vous pensez à cet incident quand il avait dix ans ?
-Ce n'est allé aussi loin qu'une seule fois,
dit Esteban, l'air sombre. Saero a dû en conserver des séquelles… J'aurais mieux fait de m'occuper de ce problème avant qu'il ne dégénère, mais ce qui est fait est fait. Mon frère tiens cependant grandement à récupérer son fils, tu sais qu'il doit devenir comte.
-Il n'est pas fait pour ça.
-Sans doute. Mais il est le seul que nous avons. Nous remuerons ciel et terre pour le ramener… Si défaire les plans du soleil rouge permet cela, je serais ravi de t'aider quand tu auras réglé les affaires internes du comté.
-Je vous en remercie.
-Mais au fait,
prononça Esteban, un léger sourire presque sardonique sur le visage, en arrêtant sa marche. J'ai entendu dire que tes progrès en magie étaient phénoménaux. Enfin, nous partons de loin.
-Vous devez l'avoir appris des mages de la capitale qui m'ont fait quelques cours lors de mon passage.
-Exact. Mes oreilles portent loin, et par dessus tout, j'aimerais bien voir ce qu'est devenu ce poussin de Dyra.
-Je n'ai rien à vous prouver, vous le savez
, répondit le comte, en reprenant sa marche.
-Pas si vite, l'interrompit le mage en lui attrapant fermement l'épaule. Téko se retourna alors et devant lui, Esteban sortit de sa veste un mouchoir blanc et d'un geste ferme, le jeta au sol dans un sourire qui laissait entrevoir ses dents. Téko le regarda avec étonnement. Les Adamas étaient les seuls mages, ayant une longue tradition de mages combattants, à avoir comme rite de se défier en duel. Téko, ayant passé plusieurs années chez eux, savait bien évidemment que ce geste signifiait une provocation au combat singulier.
-Je suis on ne peut plus sérieux, comte, affirma Esteban en jaugeant Téko du regard. Vous pouvez refuser, mais attendez vous à perdre mon estime. Et je le crierais avec fierté dans toute la maison Adamas.
-Vous ne me laisserez pas le choix de toute façon… Bien. M'autoriserez vous à utiliser ma rapière ?
-Si cet objet à ta ceinture n'est pas qu'une arme d'apparat, soit ! Mais je te garantis qu'elle sera inutile contre moi. Etablissons une distance de… Disons 5 pas ?
-Cela me convient.

  Choisissant un endroit sans trop de végétation, afin de ne causer aucun dégât fâcheux, Téko se tint à la distance dictée par Esteban. Téko savait parfaitement que ses chances de victoire contre ce dernier étaient quasiment nulles. Esteban n'était pas un grand pyromancien, mais abusait de sorts de barrières et d'amplification et était un adversaire parfaitement équilibré. Téko ne lui connaissait aucune faiblesse particulière, et même sans sorts il lui était supérieur physiquement. Il lui fallait l'acculer et l'attirer dans un piège pour réussir à lui infliger le moindre dégât. L'Adamas lui ne semblait nullement inquiété, mais ce n'était guère étonnant : le fossé qui les séparait était abyssal. Et en combat, la pyromancie de Téko et sa rapière étaient ses seules armes viables.Il n'était qu'un novice loin d'être un prodige, il ne pourrait pas bluffer Esteban sur ses capacités.

-Je te laisserais le temps d'incanter ton premier sort. N'hésites pas, et lance moi ce que tu as de mieux.
 Téko se doutait bien qu'Esteban procéderait ainsi et avait bien l'intention d'en profiter. Se concentrant, le novice banda sa volonté et prononça une phrase en runique, ou plutôt, un ensemble de mots conceptuels, qui firent se visualiser très clairement dans son esprit le sortilège. A partir de son mana, des sphères de feu de la taille de globes oculaires se matérialisèrent  entre Téko et Esteban, formant un redoutable arc de cercle ardent dont l'intérieur était tourné vers le mage. En un geste de main, les dizaines de billes de flammes fondirent sur Esteban, ne lui donnant aucune échappatoire si ce n'était reculer.
« Sixième bouclier », prononça simplement ce dernier. Tout les sphères explosèrent alors, mais pitoyablement devant ce dernier, sans que les déflagrations le touchèrent. Ce dernier était entouré d'une bulle magique. Plus que de bloquer, cette dernière déviait certainement l'énergie de la chaleur et des explosions. Si c'était bien le cas, alors elle ne céderait pas puisqu'elle n'encaissait pas le sort, peu importe combien il pouvait maintenir ce dernier, Esteban serait protégé tant qu'il maintenait la barrière.
-Pas mal du tout, dit il en observant les flammes qui pleuvaient sur lui, avant qu'elles ne cessent.
Tu as détourné le simple sort de boule de feu pour tenter d'en faire un sort destructeur et plus difficile à éviter. C'est un joli cache misère, puisque tu as du mal à maîtriser du feu informe.
 Avec nonchalance, Esteban s'avance. Téko n'avait que la pyromancie comme technique offensive dont il pouvait faire l'usage maintenant, il ne pouvait donc pas stopper Esteban. Il ne restait à Téko que peu de possibilités… Tirant son épée, il décida d'attaquer le premier. Voyant son adversaire sortir son arme, l'Adamas murmura le mot « Amplification », et alors que Téko allait tenter un coup de taille, Esteban évita la rapière en voyant avec aisance à travers l'attaque, dévia simplement l'épée en la souleva vers le haut à l'aide de sa paume, avant d'enfin donner un puissant coup de poing dans l'abdomen de Téko. Si le jeune comte avait constaté avec admiration la précision des gestes de son ancien professeur, tout s'était déroulé trop vite pour qu'il puisse réagir en conséquence. Il tomba à genoux sous la puissance de l'attaque.
-J'admettrais que ce n'était pas un affrontement très équitable, fit Esteban en s'avançant puis relevant son col, faisant dos à Téko. Mais si tu as l'intention de mettre des bâtons dans les roues à ceux que tu me décris…
  Il n'eut pas le temps de finir sa phrase car Téko s'était relevé et le tranchant de son épée caressait désormais le cou d'Esteban.
-Voilà qui n'est guère gentilhomme, commenta Esteban avec une pointe menaçante d'humour.
-Et il n'est guère respectueux ni prudent de tourner le dos ainsi à son adversaire, répliqua Téko.
-Tu t'en es relevé si vite… Dit le mage avant d'exprimer un sourire sincère. Peut-être pourras tu te débrouiller. Allez, je te concède cette victoire.
-Votre coup n'était pas anodin
, fit Téko, qui ressentait encore l'impact jusque dans ses entrailles. J'ai cru manquer de dégobiller.
-Tu es peut-être meilleur combattant que mage. Néanmoins j'ai entendu dire que tu te débrouillais remarquablement bien en invocation, ce pourquoi, pour ton grand retour, je veux te faire cadeau d'un familier. Je l'ai emporté avec moi et même si je ne suis pas certain que tu puisses le maîtriser de sitôt, cela pourrait te donner un défi intéressant, bien qu'ardu. Viens, nous allons faire les présentations.


  Téko le suivit, relativement inquiet à l'idée de ce que son ancien professeur lui réservait. A l'entrée du domaine se trouvait une charrette dont Esteban était le conducteur, à voir l'absence de cocher, et tirée par un seul cheval noir. L'Adamas courait le pays avec son moyen de locomotion personnel, accompagné de maintes valises contenant son matériel. Se trouvait également dans cette charrette une grande cage de fer noir, là que se trouvait sans doute le fameux familier.
-Ceci est le cadeau d'un de mes aînés à Axaques, mais n'étant pas invocateur je l'ai gardé pour un jour l'offrir à un apprenti. Observes moi donc ça, quelle belle bête !

 En disant cela, Esteban adoptait un sourire sardonique qui ne plaisait guère à Téko. Le comte s'approcha tout de même, et alors la masse noire lui sembla tenter de bondir en dehors des barreaux pour au final s'y percuter dans un choc sonore, le faisant sursauter. Il y avait dans la cage un grand chien au pelage brun sombre et rayé de rouge. Ses yeux luisaient d'une lumière bleutée, regardant Téko avec rage, tandis que le chien montrait ses longs crocs jaunes, sa salive coulant goutte à goutte dans la cage, émettant à chaque fois qu'elle tombait un bruit de vapeur et une forte odeur. En observant avec plus d'attention, Téko remarqua que les barreaux de la cage étaient partiellement rongés… Sans doute cette salive était t-elle corrosive.
-Et merde, jura Esteban. Il est même parvenu à grignoter l'enchantement des barreaux, finalement.
-D'où vient donc cette chose ?
-Vois tu, les chiens ont toujours fait d'excellents familiers. Bien sûr ils ne paraissent pas aussi terrifiants que les bêtes les plus rares que tout invocateur convoite… Mais ceci est un dogue infernal, une sorte de chien mutant adapté pour le combat, un véritable bijou comme il en existe peu. En contrepartie, il est plus féroce et difficile à dresser… Mais le jeu en vaut la chandelle. Il devrait pouvoir vivre aussi longtemps qu'un humain, est plus fort, plus rapide, possède une salive particulièrement dangereuse, et guérit plus aisément des blessures mineures. Il peut aussi se passer de manger ou boire des mois, mais en revanche, il peut manger le mana, ou plutôt l'absorber. C'est comme cela que l'enchantement supposé le retenir a disparu… Prends garde, donc. Ne lui donne pas trop de ta magie, où il pourrait réellement vouloir te dévorer. C'est un dangereux familier, alors surtout si tu veux t'en débarrasser, tue le, ne le relâche point en pleine nature. Bien qu'il soit stérile, il causerait bien des soucis avant d'être occis. Quand à son créateur, il s'agit de Marcus Cidrel, un collègue. Mais il est mort maintenant, ne comptes pas trop là dessus.
-Pensez vous réellement qu'à mon niveau je peux contrôler une telle chose?
-Franchement, non,
dit il en haussant les épaules. Mais ça me paraît amusant.
  Allez, aide moi à le descendre, fit il en montant sur la charrette. J'ai l'intention de partir tôt, donc inutile de m'offrir le déjeuner.

  Téko, sans trop d'assurance, prêta main forte à Esteban pour descendre la cage et la bête enragée qu'elle contenait. Portant bien son nom, l'animal avait réellement un air démoniaque, et le jeune comte aurait bien voulu refuser ce cadeau, craignant qu'il ne lui apporte plus d'ennuis qu'autre chose. Le collier au cou du chien était supposé le calmer, mais l'enchantement tiendrait il ? Téko décida de déplacer ce monstre dans l'ancienne cave secrète des Dyras, où il placerait aussi la pierre. Il prévint naturellement Balthazar et le reste de son personnel de ne pas y entrer, ceci pour leur sécurité. Malgré cela, le chien restait apparemment passif si il était isolé de source active de magie, et il avait tenté de se jeter sur Téko à cause du mana dégagée par le précédent combat.

  Après cela, Esteban partit dans sa charrette, demandant au passage à Téko de saluer la bonne société de sa part.
 
  Téko alla entreposer la pierre dans la cave secrète. Le chien réagissait à la présence de Téko, mais l'artefact le laissait indifférent, sans doute car il n'avait aucun lien avec le mana. En vérité, il lui semblait même moins agressif. Malgré cela, il devrait venir ici souvent pour vérifier que tout était en ordre. Il lui fallait également trouver un moyen efficace de refermer ou cloisonner ce passage.

  Après le déjeuner, alors que Téko consultait le vieux livre de compte de la famille qu'à sa demande Balthazar lui avait donné, il fut interrompu dans son travail. Un messager était arrivé, portant une lettre au nom de Charles Alcamène. Il était invité à prendre part à une soirée au domaine Alcamène dans une semaine… Banquet organisé en son honneur par son vassal. Bien entendu, il ne manquerait pas d'y être.
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