Quand il faut faire bref...

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Quand il faut faire bref...

Message par DALOKA le Ven 11 Nov - 19:59

Encore un sujet à la durée de vie incertaine, mais j'ai décidé de faire un différent sujet sur mes productions courtes vu qu'il arrive que j'en fasse et que je n'ai pas envie de les classer là où je classe mes one shot... Je mettrais donc ici mes retours les plus courts, mes textes un peu expérimentaux, ceux visant à teaser sur l'univers d'Eclipse, ou bien des textes se reposant plus sur leur aspect lyrique que sur une histoire.

Commençons par un poème vu que cela fait longtemps que je n'en ai pas fait.


Bataille

 Les courbes éternelles d'un tableau de chair,
  Allongé sur un vaste lit pourpré de fleurs
  Rendent blême mon corps qui se serre, devient serf
  Face à la poitrine qui signe mon malheur,
  Face à ces yeux qui me marquent au fer rouge,
  Face à ces lèvres que je voudrais sur mon front,
  Face à ces doigts qui me transpercent comme des vouges.

   Des sires disent « Ta jalousie est affront,
   Traiter choses de la terre, en divinités ?
   Pour être cueillies, elles sont à ta portée ! »
   Leurs irritantes voix me font désespérer.
   Quand les entendrais-je, pour cesser de pleurer ?
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Re: Quand il faut faire bref...

Message par DALOKA le Lun 13 Fév - 23:00

Ce Retour était relativement court, je le poste donc ici. Je me suis posé le défi d'en écrire un en une journée, voici donc le résultat.


Shigyaku, 1863

   
   « Chargez ! Ramenez en pièces ces félons dans les jupes de leur mère ! »

   Les ordres du fils aîné de Drogo fusaient d'une voix claire dans le cerveau des soldats qui y répondaient intensément par des cris endiablés. Sabres au clair, l'infanterie d'élite charge l'adversaire  fatigué. Le choc est terrible, et la pression bérilienne prend rapidement l'avantage.

   En cette même année, des débats faisaient rage à bérilion pour savoir si il en valait la peine de déclarer la paix. Mais il était clair que les guerriers qui participaient à cette escarmouches n'avaient aucune hésitation. Drogo, qui riait au nez des propositions d'armistices, leur servait de modèle. Dreï Dalfan, comme son porte parole, galvanisait ici les troupes.

  Une autre personne, cependant, suscitait également chez ses pairs l'admiration. Une femme en armure rouge, haute de plus de six pieds, qui toujours fonçait dans la bataille un sourire aux lèvres. Son nodachi blanc, quand il tranchait l'air et la chair, allait si vivement qu'on le comparait à un fouet qui ôtait le sang et le souffle des guerriers. Shigyaku Zatoi était terrifiante sur le champ de bataille, et ceci car peu de bériliens même aimaient autant la guerre qu'elle, et aucun n'en tirait autant de plaisir ou de joie.  

   Lorsque Shigyaku humait l'odeur du sang, lorsqu'elle entendait les cris de guerre, lorsqu'elle sentait dans ses poignets la résistance de la peau et des muscles face à sa lame, elle se sentait vivre comment cent hommes. Car le champ de bataille n'était pas pour elle un lieu sacré, mais un grand banquet, elle était celle que l'on surnommait le Dévoreur de Kaigan.

  Comment ne pas la considérer comme folle et monstrueuse ? Et comment, né bérilien, ne pas admirer cette fougue ? Cette envie de bataille, quand elle menait sabre en avant la charge, était plus contagieuse que les rires et les larmes. Chacun sentait s'éveiller dans ses membres et dans son cœur la faim du dévoreur, tandis que les sangs alliés comme ennemis volaient par gouttes et giclées.


   Pourtant les bériliens n'étaient pas les seuls à être ici de leur bon vouloir. Du côté Nurenuilien, contre la charge offensive de Dreï Dalfan, s'opposait Davin Koth, Theldr de Beremor. Car, parmi les seigneurs du nord, il était celui qui se taisait quand l'on parlait de paix. Si les hommes qu'il menait devaient mériter leur nom de Fous de Guerre, il lui fallait, devant l'agression, ne pas faire la sourde oreille, répondre à la provocation et se jeter vaillamment dans la bataille. Des jours durant, Davin avait repoussé les assauts de Dreï, tel un mur infatigable.

  Homme remarquable, il avait le respect de tout guerrier, même vieillissant sous son haubert au tabar décoré. Il avait, sous son casque orné qui brillait à la lueur matinale, la face grisonnante et brute, marquée par un bec de lièvre que dissimulait partiellement l'épaisse barbe. Il portait dans ses mains la claymore qui fut il y a longtemps forgée pour lui, et, malgré les combats, ne laissait pas transparaître la fatigue. Mais tout ses hommes n'étaient pas autant exceptionnels. Alors qu'il tenait les bériliens éloignées jusqu'alors, ils effectuaient à présent une percée, ce qui signifiait que l'infanterie arrière allait devoir se confronter à ces hommes dans l'espoir de les encercler.

 L'œil de Davin ne manqua pas de remarquer quel funeste et impressionnant spectacle se déroulait sous ses yeux. La bérilienne dont les lamelles de l'armure et la chevelure noire étaient tâchées de pourpre était en tête, et mettait avec aisance ses hommes à terre, si elle ne faisait pas voler leur tête d'un seul geste. Tout ceux qui lui survivaient ne pouvaient que se faire massacrer par la horde qui la suivait.


  Les pieds de Shigyaku foulèrent un cadavre nuren, tandis qu'elle fendit sous le casque le visage d'un adversaire du menton jusqu'au nez, ouvrant sa mâchoire comme une bûche. Elle vit que les troupes arrières chargeaient, nombreuses, en dévalant la colline. Et que vit-elle à leur tête ? Rien de moins qu'un Theldr. Sa tenue ne lui laissait aucun doute.
   Rejetant le corps de sa dernière victime, elle passa sa langue sur ses lèvres mouillées de sang. Elle savait que Dreï mènerait la seconde charge pour prendre l'infanterie adversaire sur le côté. Cela signifiait qu'elle avait la meilleure position pour défier leur chef en duel, une aubaine pour elle, car jamais elle n'aurait laissé Dreï lui voler sa proie.

  Sans hésitation, Shigyaku courut à nouveau vers les ennemis, suivie de ses alliés. Le choc des épées et des sabres fut encore plus terribles que le précédent, et les vétérans nurenuiliens faisaient face à des troupes dans une bien plus grande forme. Davin Koth savait que ce combat ne serait pas aisé, et se préparait à affronter la furie qui, le sabre levé, n'attendait que de faucher sa vie.
  La bataille était chaotique, mais l'objectif de la bérilien était des plus clairs. Aussi, elle repoussa brutalement tout les soldats qui tentèrent de l'interrompre, pour pouvoir asséner à Davin un coup de son nodachi. Le Theldr para, ressentant dans ses bras toute la force de la femme qui n'avait qu'un quart de siècle.

« -Jamais je n'ai encore vu couler le sang d'un Theldr, » fit elle avec satisfaction en se remettant en garde.
«-Quel est donc ton nom, téméraire ? » Fit avec raillerie Davin en surveillant les mouvements de la longue lame de la bérilienne.
«-Tyrann, le Dévoreur de Kaigan, et vos descendants comme vos ancêtres s'en souviendront pour l'éternité.
-Ah ! Dans ce cas, je rirai en leur contant à tous comment tu as été vaincue ! »

  Shigyaku passa à l'attaque. D'un coup de taille, elle éloigna la lame de Davin pour ensuite lui asséner une attaque vouée à faire sauter sa tête, mais qui ne frappa que l'épaule. Cette dernière, protégée par la maille et la jaque, ne fut pas tranchée, mais il en ressentit le choc malgré tout dans tout son corps. Même étant jeune, il n'avait pas eu autant de force, mais si il l'était, il aurait au moins l'endurance nécessaire… Le corps douloureux, il para un coup de la bérilienne, puis esquiva le second et, avant qu'elle replace sa garde, la frappa dans l'articulation du bras, mais grâce à l'armure il ne fut que blessé, cependant, Davin ne devait pas relâcher son offensive. Il leva son épée pour cette fois, la frapper au crâne non protégé. Alors Shigyaku bloqua la claymore de son arme et, posant une main sur sa lame, fonça sur Davin, faisant glisser dans un hurlement de métal son nodachi sur l'épée de ce dernier. De la main qui tenait la lame, elle dirigea le tranchant du sabre blanc vers le cou du Theldr. La mort fondit comme un éclair sur Davin, qui n'eut pas la force de repousser ou l'épée ou la guerrière qui la maniait. Il ne vit que les yeux verts de Shigyaku luire d'une aura meurtrière, avant que le fil meurtrier lui ouvre la gorge, et qu'un flot de sang s'écoule sur l'acier des armures. Il n'eut le temps de prononcer mot, ni d'éprouver ses regrets.


    Au loin, les renforts nurenuiliens arrivaient enfin. Au pas de course, le Jundr Orien Koth menait ces hommes. Le fils du Theldr accourait pour venir en aide à son père, qu'il savait tenir cette position depuis plusieurs nuits. Le combattant encore dans l'âge vif portait comme son père la maille brillante sous le Tabar noir de Beremor et, bouclier rond dans la main, épée dans l'autre, ordonna de vive voix de venir en aide aux troupes de son père. Mais, à leur droite chargeaient également les guerriers de Dreï Dalfan, qui lui barraient la route. Orien à la barbe brune aurait par habitude combattu avec prudence, si il n'avait pas vu ce qui lui fit pousser un cri à s'en déchirer la gorge. Le fils du Theldr vit Shigyaku porter sur son épaule le corps de son père, repoussant même ainsi handicapée ceux qui voulaient récupérer leur seigneur.

  Sans en prévenir ses hommes, il accéléra le pas, ivre de rage. Bouclier en avant, il renversa tout les bériliens qui s'opposaient à lui, quitte à s'éloigner de son groupe. Le guerrier, surpassant de loin les troupes de Dreï pour la rage, atteint finalement Shigyaku. Il n'était plus qu'à sept grandes enjambées de la meurtrière de son père, et la haine bouillonnait dans tout son sang.

« -Rends moi le corps de mon père, démone ! » Cria t-il, le visage rougi par la colère.
« -Viens donc me l'arracher ! » Le nargua Shigyaku. Les troupes bériliennes avaient sur cette zone l'avantage, et c'était Orien qui était encerclé. Pour cela, Tyrann jeta derrière elle le cadavre de Davin pour saisir à deux mains son sabre. Ce corps était le parfait appât, et elle avait une fois de plus une grosse prise.
«La vie de cet homme m'appartient! » cria t-elle aux autres soldats. Elle ne voulait pour rien au monde que l'on interrompe son duel.

   Dans un pas dénué d'hésitation, Orien s'élança sans se préoccuper de la situation de la bataille, et attaqua par trois fois Shigyaku de son épée. Par trois fois, il fut paré, mais se protégea à l'aide de son bouclier. La bérilienne ensanglantée continua de le provoquer, ouvrant délibérément sa garde en lui tendant les bras. Il voyait qu'elle était blessée, mais elle n'en avait cure.
« -Tu vis intensément ! Rit Tyrann, un sourire carnassier au visage. Je peux sentir la force sous ta peau ! »

   Orien fut alors à la fois stupéfait et effrayé. Cette femme semblait prendre tant de plaisir à la bataille et à la mort que cela ne lui semblait pas humain. Il se sentit tout d'un coup oppressé par la bérilienne qui le dépassait d'une tête. Le fils du Theldr savait qu'elle avait la force de redresser assez rapidement son épée, et qu'il ne devait pas charger sans prudence… Néanmoins, en un tel moment, si il ne pouvait pas mourir, il ne pouvait également supporter d'être lâche, ou bien son père aurait pitié de lui !

   Il chargea, et soulevant soudainement son épée, Tyrann se lécha de nouveau les lèvres, ce qui inspira un frisson de peur et de dégoût au guerrier qui ne recula néanmoins pas. Elle avait l'avantage de l'allonge, et le forçait à se tenir à distance. Alors, quand le coup de taille de la bérilienne vint, il lui mit en opposition le bord de son bouclier. La lame du nodachi fendit le bois, blessant le poing d'Orien. Cependant, la lame était dorénavant coincée dans le bouclier, laissant Shigyaku sans défense. Le fils du Theldr leva son épée vers la tête de cette dernière, qui tenta d'esquiver en reculant d'un pas. Cela ne fut pas suffisant, car la lame trancha son visage de la pommette jusqu'au front, tranchant l'œil gauche sur son passage. Avec force, elle parvint à retirer sa lame et leva son bras gauche pour protéger sa tête, mais déjà l'épée d'Orien se plantait dans son aisselle, et il lui donnait un violent coup de pied qui la mit à terre.

  Orien était à présent entouré d'ennemis, mais il avait dressé sur ses épaules Davin. Avec tristesse, il confirma que le corps était sans vie, brisant le minime espoir qu'il avait de sauver son père et seigneur. Malgré tout, il était animé par l'ardeur de rentrer en vie pour offrir à ce dernier les funérailles qu'il méritait.

« Hors de ma vue ! Criait il, tandis qu'il chargeait à travers les bériliens qui l'interceptaient. Malheureusement, il ne vengerait pas son père aujourd'hui.


   Shigyaku avait à présent le visage entièrement couvert de sang. Elle avait été vaincue, et en avait perdu son œil. La douleur comme l'extase du combat rendaient sa respiration forte. Orien devait à présent être loin…

   Tyrann, au sol, éclata de rire.
« -J'espère te revoir… Theldr ! »
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Re: Quand il faut faire bref...

Message par DALOKA le Ven 26 Mai - 16:57

« … Deux problèmes majeurs font que ce vampire doit être identifié et éliminé au plus vite, même si il ne semble pas si fort individuellement. Premièrement, sa capacité à échapper aux chasseurs avec aisance. Deuxièmement, le grand nombre de civils qu'il abat, qui est alarmant. Un vampire n'a besoin que d'une victime par mois pour survive, mais on recense en moyenne 8 à 12  meurtre mensuels de ce dernier.
   Ses méthodes de chasses sont d'une simplicité troublante. Personajes s'introduit dans des maisons de nuit, handicape sa victime en endommageant ou tranchant ses membres, puis l'emporte avec lui. Les cadavres sont parfois retrouvés dans des rivières, secs et décapités. C'est l'identification de ces derniers qui nous confirma la nature vampirique de Personajes. »

Extrait du Dossier sur le cas N°836, alias ''Personajes''. Rédacteur : Heilwig Friedsang.


Un Sang Maudit 1


-975…

  Le vampire encapuchonné tenait entre ses mains une tête humaine. Une tête dénuée de tronc, posée sur ses genoux comme une balle. Elle avait appartenu à une jeune femme, une jeune femme banale. Il ne savait même pas son nom, mais elle avait de belles lèvres et surtout, de très beaux yeux vairons. Une qualité rare. Il y a quelques années, jamais il n'aurait osé approcher une femme trop jolie pour lui, même d'un milieu social égal au sien…

-… 982, 983, 984…

  Il plongea ses longs doigts blancs dans les orbites de la damoiselle morte, afin d'en arracher un œil  qu'il amena à sa bouche pour le lécher, en savourant la succulente saveur du sang. Il était bien content de pouvoir conserver les parties qu'il désirait. En comparaison à la succion du sang, manger une tête était un repas bien plus varié. Il y avait toujours quelqu'un pour aimer son fruit avec la peau, ou désirer les parties dont personne ne voulait. Le monde était bien fait.

-… 991, 992…

   Mais il lui était plutôt difficile de se concentrer sur sa tête fraîche avec cette énergumène. Marty leva le regard de sa tête pour contempler avec incompréhension le spectacle sous ses yeux. Dans ce phare en ruine où le rez de chaussé prenait l'eau, elle avait décidé d'installer sa base temporaire. Il n'y avait cependant pas grand-chose à part des tas de livres, des rochers, et cette femme aux cheveux blancs qui, la tête en bas, faisait des pompes, tout en soulevant au sommet de ses jambes un bloc de pierre sans doute quatre fois plus lourd qu'elle.

-1001… 1002…

    Mais voyant qu'elle ne s'arrêterait pas à 1000, Marty décida d'engager la conversation afin d'éclairer sa lanterne.

-… Pourquoi tu fais ça, au fait ?
   Kazhaar le regarda un instant de ses yeux jaunes, avant de projeter le bloc de pierre en l'air d'une poussée de ses jambes, reprendre pied, et frapper ce dernier de son poing. Fissuré, le rocher fut séparé en deux. Sa main droite saignante de son propre sang guérit pourtant bien rapidement de cet immense choc.

-Franchement, ça ne correspond pas à ton image de t'entraîner, fit il en suçotant son œil. Et ça m'effraie.
-Mon petit Marty… Sourit-elle. Pourquoi penses tu que je chasse des tueurs Friedsang depuis quatre ans ?
-… Pour qu'il y en ai moins ? On n'aime pas trop ces gens là…
-Il y aura toujours des chasseurs de vampire, dit Kazhaar en haussant les épaules. Ils sont d'excellents sujets pour acquérir de l'expérience de combat.
-Mais t'es déjà grandement balaise.
-Voilà l'erreur que font la plupart d'entre nous,
déclama t-elle en levant un doigt. Il y a plus de dix ans, un mage et inquisiteur ont manqué de mettre fin à mes jours alors que j'étais certaine de ma victoire. Si je n'avais pas eu de la chance, je serais morte à ce moment là.
-Tu ne mange qu'un humain tout les un ou deux mois… Ta puissance n'augmenterait pas si tu en mangeais plus ? Vu que tu n'as pas peur des chasseurs.
-C'est ce que j'ai pensé Marty…


   Les cheveux blancs de la vampires devinrent plus longs, jusqu'à atteindre le sol. Kazhaar s'assit sur ses cheveux vivants qui formèrent comme une chaise. Le vampire mineur lui, écoutant, achevait son œil.

-Il semble que j'ai déjà atteint mon potentiel maximum de puissance en buvant du sang. Ou plutôt, celui que j'ai toujours eu. Comment t'expliquer… Imagine que chaque vampire est une bouteille. Les seigneurs vampires sont les plus grandes bouteilles qui se trouvent être pleines. Chaque bouteille se remplit quand l'on se nourrit de sang, ce qui augmente notre puissance.
   Moi, je suis une bouteille naturellement pleine. Je suis affaiblie quand je ne bois pas de sang frais pendant longtemps, mais c'est tout.

   En d'autres termes, je ne peux que développer mes capacités actuelles.

-Je vois pas en quoi faire de l'exercice physique rend un vampire plus puissant…
-Tout juste. Le corps d'un vampire étant mort, il ne peut pas réellement se développer. Je suis surprise que tu le comprenne…
-… Te moques pas de moi parce que je sais pas lire.
-C'est justement dans un livre que se trouve un de mes moyens ! Contrairement aux autres vampires, mes fonctions vitales fonctionnent encore. Mais si mes capacités physiques sont décuplées par mes pouvoirs, je peux aussi augmenter mes capacités physiques naturelles… Imagine que la force humaine commune est à 100. Je ne peux pas passer de 4x100 à 5x100, mais je peux passer de 4x100 à 4x110, 4x120, etc. Essentiellement, la méthode est simplement différente.
-Euuuuh…
-… Bon,
fit la vampire avec lassitude en reposant son menton sur sa paume. Tu te souviens que j'ai perdu mes jambes contre ces deux humains ? J'ai donc pris à une femme les siennes pour les greffer à mon corps. Quand ces dernières s'étaient totalement adaptées, et que je les assimilai totalement, j'ai remarqué que leur force était légèrement supérieure à celle de mes précédentes. Même si la différence n'est pas immense, elle est significative. J'avais pris les membres d'une combattante entraînée. Avant ma vampirisation, je n'avais fait quasiment aucun exercice physique de ma vie.

   Et c'est là que je me suis penchée sur ceci.

Une mèche de cheveux de Kazhaar vint saisir le livre ouvert au sommet de la pile. Marty savait qu'elle s'infiltrait souvent dans des bibliothèques pour emprunter des livres. Mais ceci sans autorisation… Même si elle les rendait, ce n'était pas plutôt du vol ?

-''Thèse sur le renforcement physique et mental''. C'est un livre écrit par un médecin et artiste martial bérilien, Fei Long. Il explique au chapitre 15 que les muscles endommagés peuvent devenir plus forts par la suite. C'est ainsi que l'exercice, en les mettant à l'épreuve, les font se rompre pour devenir plus tenaces. Un phénomène similaire se produit sur les os.
  Bien sur, cela ne signifie pas qu'être blessé rend strictement plus fort, vu que certaines blessures graves peuvent endommager à jamais un membre. Quelqu'un qui se ferait broyer la main aurait grand mal à récupérer correctement… Cependant le problème ne se pose pas pour moi.
   Je peux guérir de n'importe quelle blessure. Cela signifie que je peux me renforcer bien plus rapidement, même dans la limite de mon petit corps.
-C'est pas simple, devenir fort chez un humain. Jamais j'aurai pu devenir fort moi,
fit Marty en piochant le second œil de sa victime.

-Laisse moi te montrer. La pratique te démontrera l'efficacité de la théorie.

 Kazhaar, dans un bond, se leva pour se diriger vers le mur derrière Marty. Sa chef avait toujours des idées effrayantes…

   Cette dernière prit une grande inspiration et frappa le mur de son poing gauche. Le mur éclata, mais sa main se brisa tout autant, tout comme son poignet se tordit.
   Puis, elle frappa quelques mètres plus loin du poing droit. Cette autre partie du mur subit le même sort, ruinant un phare déjà en piteux état, mais Kazhaar n'avait que le poing en sang.

-J'utilise toujours le poing droit pour frapper. Voilà la différence… Il faut donc que j'entraîne autant mon poing gauche.
  A l'aide de ces méthodes, je dois avoir les capacités physiques d'un seigneur vampire… Mais il n'y a pas que cela. Apprendre des techniques humaines, étendre l'usage de mes cheveux, tout cela fera de moi une combattante bien supérieure.


-Tu veux affronter un seigneur ? S'angoissa Marty, craignant surtout pour sa vie à lui si sa protectrice mourrait.
-C'est dans mes projets oui, sourit Kazhaar. Si possible, cette pédante Refinia. Mais mon corps n'est pas encore totalement au point. Ma main gauche doit atteindre le niveau de ma main droite. Et enfin… Je n'ai pas encore testé mon atout sur quelqu'un.
   Néanmoins, je comprends mieux mes aptitudes. Mon véritable pouvoir n'est pas ma chevelure, mais l'entièreté de mon corps. A l'aide de technique, je pourrai tuer plus puissant que moi.


-Je sais pas… Ca m'a l'air imprudent cette histoire…
-Bien sur, ce n'est pas pour tout de suite. Il faut d'abord que j'observe la différence… Je dois affronter un adversaire à cent pour cent de mes capacités.
-Hmm… Moi, je n'aime pas me battre.
-Moi non plus Marty,
fit elle avec un grand sourire en lui donnant une tape dans l'épaule qui lui brisa les os, lui faisant pousser un cri soudain de douleur.
Mais j'aime gagner.

-Je me demande, fit un Marty à l'air peiné, En quoi je te suis utile ? Je ne suis pas si fort, ce n'est même pas toi qui m'a vampirisé, et je n'ai pas la meilleure des conversations.
-Je pense qu'en grande partie, les vampires restent humain. Et en cela, nous avons besoin de compagnie. Bien sur, tu es un rustre, mais ce n'est pas comme si tu pouvais me faire du mal.

   Il était vrai que si il devait tenter d'agresser cette dernière, il mourrait dans l'instant sans avoir pu faire quoique ce soit. Sa résistance ne lui permettrait jamais d'être plus tenace que ces murs. Il paraissait que le sang de Kazhaar était d'un goût exquis et particulièrement puissant, mais pour Marty cela était trop peu pour risquer sa vie. Il préférait manger dans la main des forts que mordre la leur.

-D'ailleurs chef, tu as un gamin non ? Il ne te manque pas trop ?
-Bien entendu qu'il me manque. Mais mon mari semble vouloir l'éloigner de moi… Un conflit familial trivial, rien de plus. Je reverrai Seth quand j'en aurai fini ici. J'espère qu'il va bien…
-C'est drôle,
dit avec un sourire Marty, j'ai tendance à oublier que tu es une vieille peau de plus de 40 ans…
-N'est ce pas ? Se réjouit elle, flattée. Je suis la chose la plus adorable en ce monde après mon fils.
-Je vais pas te contredire,
fit le vampire en arrachant avec nonchalance le nez de la tête qu'il n'avait pas lâché.
-Oh, ce n'est pas comme ton opinion comptait beaucoup.


    Après ces mots, la vampire s'avança vers les livres. Tandis qu'elle étirait ses bras, ses cheveux s'activaient à ranger les livres correctement.
-Dépêche toi de manger. J'en ai fini ici, nous partons donc.

   Marty regarda sa tête en soupirant, avant de mordre à pleine dents la bouche du cadavre pour en sucer tout le sang. Quand cette dernière fut si sèche que l'on pouvait en décoller la peau avec les doigts, il la jeta par le trou qu'avait fait Kazhaar dans le mur. Ce dernier prit ensuite dans son manteau un objet blanc. Un dôme de la taille d'un visage, percé au milieu d'un grand trou.

   Le vampire mit son masque. Il fallait repartir en chasse, si la chef le disait.
-On va où ?
-Nous laissons ça ici et allons traverser la frontière cette nuit, nos amis nous attendent là bas… Je vais rendre une petite visite aux Friedsang.
-Je vais encore risquer ma vie moi…
-Je ne m'inquiéterais pas à ta place. Tu es Personajes, n'est-ce pas vrai ?
-Ouais, ouais…

Dans la nuit, l'être encapuchonné et la jeune fille quittèrent le phare, en direction de nouveaux désagréments.
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Re: Quand il faut faire bref...

Message par DALOKA le Dim 4 Juin - 16:36

Un Sang Maudit 2

   Après de longues négociations le comte Oswald Friedsang avait accepté qu'Heilwig obtienne l'autorisation de rencontrer la créature cachée dans le sous sol du domaine. Eleison, le saint devenu vampire, le tout premier apôtre de l'ordre haynailique. Le vampirologue se demandait bien quelle singularité pouvait il avoir pour que même lui doive tant batailler pour une entrevue. Mais ses arguments étaient venus à bout de la méfiance de son oncle.

  Heilwig attendait comme convenu Oswald à l'entrée du couloir des interdits. Il s'aventurait souvent à l'intérieur mais il restait proscrit à un Friedsang seul d'en ouvrir la porte. De telles mesures de sécurité étaient essentielles car un examen sur un vampire était parfaitement susceptible de dégénérer. Parfois, il arriva aussi que des Friedsangs furent convaincus d'aider à la libération d'une créature.

   Heilwig se leva quand il entendit Oswald, l'air toujours aussi rigide, descendre les escaliers. Allant à sa rencontre, il lui serra la main avec politesse. Chez les Friedsang, le rapport au comte était plus celui avec un supérieur hiérarchique qu'avec un parent.

-Vous ne portez pas d'arme.
-Je ne m'abaisserai pas à cela. Si vous avez peur allez donc chercher vous même une épée longue.
  Heilwig, haussant les épaules, inséra la clef dans l'immense verrou circulaire de fer, et dans de multiples cliquetis, elle s'ouvrit. Le fameux couloir s'aligna alors devant eux. Étroit, il ne devait recueillir qu'une poignée de cellules : c'était là que l'on enfermait les pires prisonniers qui étaient faits lors des chasses.
   Oswald s'avança le premier et Heilwig vint à sa suite. Le vampirologue savait très bien ce qui se trouvait derrière les barreaux d'argent. Des créatures affamées et au bord de la folie, mais nul homme saint d'esprit également ne se jetterait dans cette sinistre salle. Les monstres se montraient apathiques et restaient cachés dans l'obscurité tandis qu'Oswald ne leur adressait pas un seul regard. Heilwig connaissait chacun des prisonniers du domaine Friedsang, et, en silence, prenait en pitié ces monstres.

  Quand Oswald passa devant la sixième cellule, une main pâle et griffue se jeta alors entre les barreaux comme pour saisir le comte, qui n'était nullement à sa portée, et restait sévère comme flegmatique. Le bras, pour passer à travers les barres peu espacées, avait dû se broyer contre l'argent, et sa chair en était partiellement noircie.
-Oswald… Vomit une voix féminine dans la cellule. Quel plaisir de te revoir…
   Heilwig, surprit, avait reculé d'un pas, mais le comte ne fit qu'adresser un regard plein d'indifférence et de mépris.
-Je vais sortir, reprit la voix dans un rire étouffé. Je vais sortir et tu n'imagine même pas combien je jouirai de ton malheur ! Tout ceux dans ce bâtiment mourront…
  Elle ne put finir sa phrase, car Heilwig incanta sur son bras un sort d'incinération. Son membre ainsi dévoré par les flammes, elle se retira dans sa prison en gémissant de douleur. Oswald lui, avait continué son chemin sans écouter la vampire.

-Naquanda est une vampire majeure très puissante, dit il à son oncle, une fois sortis du couloir. Vous êtes trop imprudent.
-Heilwig, si je me présentais ici armé, ces vermines auraient l'indécence de croire que je les crains. Ils doivent bien comprendre que leurs espérances sont nulles, et que leur race est insignifiante.
-Très bien, admettons que cela est nécessaire… Naja Naquanda est une vampire majeure de presque un siècle, vous l'avez affrontée, je n'ai rien à vous apprendre sur ses aptitudes. Il serait plus raisonnable de l'exécuter.
-Ah ? Et pourquoi donc ? Risque t-elle de poser un problème, enfermée ici ?
-C'est que, selon les règles de détention, nous avons ordre de supprimer les vampire majeurs après un maximum d'un mois d'emprisonnement.
-Tant qu'il y a de la place dans ce couloir, elle restera ainsi. Telle est ma décision.
-… Je serais très franc avec vous, monsieur, nous n'avons aucun intérêt à garder ici des vampires dans l'unique but de se délecter de leur souffrance.
-Vous cachez votre pitié sous des intérêts logistiques,
sourit sèchement Oswald. Je n'ai que faire de votre tendresse. Je tiens plutôt à savoir quand cette vampire entrera dans le même état de dessèchement mental que le reste du couloir. Si le sujet vous dérange tant, écrivez un rapport détaillé et nous y repenserons.
  Passons à autre chose, voulez vous.

   Ils descendirent les escaliers au bout du couloir, ce qui les conduit à une immense porte de métal, bien plus massive que celle de l'entrée. Entièrement noire, elle était recouverte d'une série de mécanismes complexes et animés par la magie, qui se mêlaient aux multiples gravures religieuses qui tapissaient la surface de fer.
-J'ai la clef avec moi, dit Oswald, la cherchant dans sa veste. Et vous allez ouvrir la porte.
-Je le veux bien, mais je ne comprends pas cette requête.
-Taisez vous, et regardez.
  Oswald tendis une chose incarnat à Heilwig, et il réalisa avec horreur ce que ce dernier lui désignait. Une clef blanche entourée de chairs, de nerf et de muscles encore vifs, comme si elle était elle même un organisme vivant. Il comprit que la clef avait été en vérité taillée dans un os, mais ne put concevoir comment ces amas organiques informes pouvaient s'y attacher et palpiter ainsi.
-Vous feriez mieux de porter des gants comme moi.
-… Messire Oswald,
dit Heilwig dans un rire faux et apeuré, l'usage de cet objet ne serait-il pas dangereux ?
-Vous vous posez trop de questions,
siffla t-il, voilà pourquoi je ne vous informais de rien. Il est plus raisonnable que vous utilisiez un objet peut-être dangereux à la place de votre supérieur. Je vous dédommagerai si problème  il y a.

  Peu confiant, Heilwig sortit des gants de son habit et prit la clef. L'objet ne le répugnait pas, mais l'interrogeait trop pour qu'il puisse rester serein… Le regard d'Oswald néanmoins, se faisait pressant.
  Le vampirologue inséra la clef d'os dans la serrure. Les gravures, alors, s'illuminèrent de doré, et les mécanisme s'enclenchèrent dans une symphonie de cliquetis. Heilwig crut entendre des chants graves venir de la porte, tandis qu'elle s'ouvrit naturellement. Oswald, ouvrant la marche à nouveau,   passa sans crainte entre les deux plaques massives de fer, et Heilwig, suivant ses pas, s'y engouffra à nouveau.
  La grande salle, massive pour un lieu sous le manoir, avait l'air de deux choses. L'air d'une salle du trône, par ses dimensions grandioses et sa forme rectangulaire construite comme un immense couloir, et l'air d'un laboratoire par la multitude d'appareils et d'ustensiles qui peuplaient le lieu, leur acier noir entachant presque la noblesse du lieu. Heilwig reconnut là des appareils d'hémologie, de par les nombreux objets cylindriques et sphériques qui étaient consacrés au stockage et au filtrage du sang. Mais l'hémologie était un art macabre, et voir autant de ces objets, même sans savoir qu'ils étaient pleins ou non, mettait Heilwig mal à l'aise.
-Quelles types de recherches sont effectuées ici ?… Pourquoi n'en ai-je jamais été informé ?
-Taisez vous donc un peu. Les runes éclairent mal le lieu, mais l'on approche du fond… Vous comprendrez quand vous le verrez.

  Cela ne le rassurait nullement. Le clown ne se sentait guère d'humeur à plaisanter, et si il ne soupçonnait pas Oswald capable de lui tordre le cou, il oserait s'offusquer contre son ignorance. Quels vampirologues étaient donc impliqués dans cette mascarade ?

   Plus ils s'approchaient du bout de la salle, plus le mystère se faisait clair. Car au fond se trouvait bel et bien un trône, où était assise une silhouette… Inerte. Nul vampire imposant, mais à la place, un corps pâle et desséché d'un grand vieillard dans des grands habits ecclésiastiques poussiéreux. Heilwig avait étudié de nombreux vampires, et il ne pouvait penser que cette chose en était un. Les corps des vampires morts se putréfiaient à vue d'œil et étaient quasiment impossibles à conserver, et pourtant, ce qu'il avait en face de lui avait bien l'air mort. Mais une autre chose attirait son regard : les multiples tubes métalliques, qui perçaient le dos du vieillard courbé… Pour en extraire, à ne pas en douter, son sang.
-Voici Eleison. N'êtes vous pas déçus ? Railla Oswald en croisant les bras.
-Je… Vous me devez des explications, monsieur le comte. Quelle est cette chose ?
-Je viens de vous le dire. Vous n'êtes pas sans savoir la légende qui dirait que le saint des saints, Eleison, fondateur de l'Ordre Haynailique, s'est retiré du monde après avoir été victime d'une terrible malédiction. Cela fait 35 ans que nous avons récupéré ce corps, dans une crypte où il s'était reclus… Nous nous attendions, comme vous, à un vampire surpuissant de plusieurs siècles. Nous n'avons trouvé que ceci. Son corps, tout le confirme, mais dans un état… De sommeil.
-Il n'est donc pas totalement inactif.
-C'est pour ça que cette porte est utile. Il est ici totalement isolé du monde.

-Je comprend bien le désir de l'isoler… Mais que faites vous exactement, avec cette créature.
-Sa singularité est étudiée. Et elle est terriblement intéressante… Suffisamment pour que j'investisse dans ces expériences. Eleison a une singularité d'hémomancien… Bien que nous ne savons pas si il serait capable de s'en servir soi même.
  Normalement le sang d'un vampire est nocif aux humains… Mais celui d'Eleison agit de manière différente. Si le sang vampirique est dangereux à l'homme, c'est que l'introduction d'essence dans un corps doté d'âme est contre nature.
-Une âme ne peut s'entendre avec l'essence, et cette dernière tentera donc d'affaiblir l'autre pour la remplacer…
-Et si elle réussit, le corps humain, non fait pour survivre par l'essence, périt. Cela, comme vous le savez, cause un sévère traumatisme physique au corps, pendant qu'âme et essence luttent… Ici, l'essence a pour effet de conférer une forte capacité de guérison au corps, guérissant donc les séquelles physiques de la lutte interne. En résulte donc un corps qui, s'étant abîmé et régénéré à de multiples reprises, devient bien plus fort. Les muscles atteignent leur pleine forme, tout comme les os, qui deviennent plus solides, les articulations, qui deviennent plus souples…
-Je vous arrête de suite,
dit Heilwig, déboussolé. Vous êtes en train de me dire que vous drainez le sang de ce vampire… Pour créer des soldats augmentés ?
-Vous avez bien saisit l'idée. L'inquisition poursuit de telles expériences depuis plus longtemps que nous, mais nous possédons le monopole de la vampirologie ! Nous seuls, les Friedsang !
-Cependant, vous l'avez dit, une telle expérience conduit à la mort du sujet.
-Pas si nous trouvons l'exact dosage de sang et une âme assez forte pour que la lutte entre les deux forces ne s'achève jamais… Nous pourrions même atteindre un état de cohabitation entre l'essence et l'âme. L'avantage de cela, c'est d'être remarquablement plus rapide que les expériences inquisitoriales, qui s'effectuent sur des fœtus ou des nouveaux nés. Si nous vendons ceci au gouvernement… Réalisez vous ? Un procédé pour transformer n'importe quel guerrier en machine de guerre !
-… Vous avez décidément perdu la raison,
dit le vampirologue d'un ton grave.
-La chasse aux vampires ne paye plus, vous le savez.
-Pensez vous sérieusement qu'un procédé si immoral et hasardeux fera bon commerce ? Vous n'êtes pas si idiot…


  Oswald émit un rictus d'agacement. Heilwig était désemparé par son comportement, à ses yeux beaucoup moins rusé qu'il n'y paraissait… Avaient il le moindre réel contrôle sur la force entre leurs mains ? En vampirologie, un concept essentiel était bien la conscience des risques. Voilà tout ce qui les séparait vraiment des inquisiteurs ! Oswald bafouait tout ces principes… Pour de l'argent ? La famille avait des terres, avait du renom, et les caisses n'étaient pas vides. Si il voulait tant devenir riche, qu'il devienne un réel commerçant !
  Le comte, frappé de silence, tourna le dos vers le cadavre. Il était sur de lui, comme il l'avait toujours été… Mais n'avait plus le sens des réalités. Il fallait que Kartsa devienne comtesse, au plus vite, ou ce serait la ruine de la famille…
  Mais un doute terrible transperça l'esprit d'Heilwig. Il tourna les talons, et retourna vers la porte.
-Déjà parti ?… N'avez vous pas tant de questions?
  Les mains du vampirologue se faisaient moites quand il atteint la porte… Et l'examina des deux faces avec une grande attention.
-Vous avez bien dit que cette porte servait à empêcher le vampire de sortir.
-C'est exact,
dit Oswald, s'approchant rejoindre Heilwig.
-Mais tout près, se trouvent une dizaine de vampires dangereux. Il y a donc bien une double mesure de sécurité pour les empêcher eux aussi de forcer la porte…
-Merci de me couvrir de vos fabuleux constats!
Eclata t-il, agacé. Je vois que vous n'avez rien d'autre à faire. Devrions nous donc partir sur le champ ?
-… Oui. Cet endroit me donne la nausée,
rit il à voix haute. Prendre l'air me fera le plus grand bien.

  Il y avait sans aucun doute un sort anti vampirique sur la porte… Et c'est pour cela qu'Heilwig n'osa pas poser sa question qui, en vérité, dépassait toutes les autres. De l'identité des autres vampirologues au moyen qui leur permit de découvrir ce corps…
  Pourquoi Oswald lui avait il demandé d'ouvrir cette porte ?
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Re: Quand il faut faire bref...

Message par DALOKA le Mer 21 Juin - 0:30

Les adieux



Les portes de pierre s'ouvrirent dans un lourd grondement, laissant émerger la figure de l'Empereur. Laurence d'Haynailia était vêtu pour la guerre, de son armure étincelante de métal blanc. Il s'avançait cependant seul, sur le sol où lui seul avait le droit d'être. Sur la place de l'Exaccus, au dessus du toit du gigantesque palais impérial.

   Il leva la tête, lui qui se savait au dessus de tous, car quelque chose de bien plus grand lui faisait face. Allongé d'une manière féline comme un grand lion se trouvait l'être qui était quinze fois plus grand que l'empereur. L'immense dragon aux écailles blanches comme la neige souleva ses paupières, révélant les deux grandes sphères vertes brillantes qu'étaient ses yeux. Son long cou alors se dressa, pour que sa tête triangulaire toise le jeune homme infiniment petit face à lui.

-Je suppose que je n'ai aucun besoin de t'informer, fit l'empereur, ne fléchissant pas devant la présence de la créature légendaire.
-Non, répondit Basileus d'une voix tonnante et abyssale. J'entends tout ce qui se passe dans la capitale et au-delà.
-Alors, nous nous passerons des détails. Je pars en campagne, et je voulais avant cela m'entretenir avec toi.
-J'ai tout mon temps à t'offrir,
fit le dragon en croisant ses pattes devant lui. Et je parierais que c'est à propos de tes capacités, à moins que tu n'aies besoin d'un support sentimental.
-Tu serais bien inutile pour ce qui est de ce domaine, de toute façon.
Cela fait à présent treize ans que j'ai obtenu mes pouvoirs dans la fontaine, et j'ai bien constaté avoir changé. Mon corps ne vieillit plus, et désormais j'ai perdu l'usage de la magie. Suite à notre dernier entretien, je me suis alors demandé quelles seraient alors les conséquences d'une plus haute maîtrise de la lumière solaire.
-Ta transformation physique est désormais complète, mais en effet non ton apprentissage. Tu as appris à marcher, et tu peux encore apprendre à nager et à voler.
-Le premier Empereur avait il achevé son apprentissage ?
-Oui… Oui, en effet. Mais il était plus lent, et plus patient, que toi. A la fin de sa vie, il avait finalement apprit à voler…  Mais pas sans prix. C'est peu après qu'il s'éteint.
-Voilà un récit très intéressant,
dit Laurence, s'asseyant en tailleur. Qu'est-ce qui a causé sa mort ?
-Il a cessé de vouloir vivre, et dès cet instant, sa vie s'est sans doute dissipée spontanément. Plus vous devenez puissant, plus votre conscience du monde s'accroît également. Plus cette conscience augmente, moins vous êtes humains. C'est un changement progressif, mais le regard en est totalement changé.
  Si je devais l'expliquer, je dirais que mon cher ami, qui est né avec un seul sens, a fini par gagner celui le plus essentiel à la compréhension de son monde. Pour l'homme, c'est la vue. Hors, ce qu'il a vu quand il a ouvert les yeux… Soit ne lui a pas plu, soit l'a convaincu de l'inutilité de sa quête. Il ne m'expliqua pas la raison. Il est devenu plus qu'humain, et peut-être que cela l'a lassé de tout.
-Cela m'a toujours paru étrange. Pourquoi les dieux, qui aspirent à conserver la barrière entre mortels et immortels close, apportèrent le pouvoir de maîtriser le soleil ?
-Il ne s'agit pas d'une décision commune. Seules quelques entités initièrent ceci, et m'assignèrent à la fin de l'ère des dragons au rôle de gardien de cette force. Il te faut également comprendre que les dieux font en vérité rarement des cadeaux… C'est avec un certain plan qu'ils amenèrent cette force sur terre, une force qui pouvait pourtant les blesser. Et c'est avec, non la volonté de briser cette barrière, mais de la maintenir solidement…
 Un test est nécessaire pour qu'un mortel obtienne ce pouvoir : l'ambition. Une ambition dévorante, ou bien la fontaine dévore le prétendant et alimente sa force, car le courage de s'y baigner n'est pas suffisant. Il n'est pas suffisant car il ne suffit pas à atteindre l'objectif phare de ce plan. Vois tu, un homme si ambitieux que toi, ou ton prédécesseur, viendra tôt ou tard marquer le monde de son influence par son projet quelqu'il soit. Alors, les quelques aberrations nées des bribes d'essence divine restantes en ce monde, feront la rencontre du porteur de la lumière et ceux qui s'opposeront à son ambition seront balayés. Hors, les êtres doués de pouvoirs subdivins sont souvent orgueilleux , et fiers de leur être surhumain, refusent de se soumettre. Il a été déterminé que cette stratégie éliminerait de nombreux faux immortels, en plus de maintenir l'admiration et la crainte envers la force divine.
  C'est le premier commandement dont je suis le gardien… Il y en a un second, mais je ne suis pas autorisé à te dire ce dernier, et il ne te concerne pas directement.
-Je vois que les dieux sont opportunistes,
dit l'empereur avec ironie. Mais je le suis aussi.
-Oh oh, ne le vois tu pas comme de la manipulation ?
-Nous avons des intérêts communs, et leur objectif ne contredit pas le mien… Bien au contraire. Je veux un monde pour les hommes, pas les immortels… Et c'est pour cela, Basileus, qu'il n'est plus la peine de continuer mon entraînement.
-Réalise tu pourtant bien que tu n'es qu'à une fraction de toute la puissance que tu pourrais obtenir ?
-Certainement. Cependant, comme tu l'as bien dit, un tel changement entraîne également un changement dans la perception du monde. Mon rêve n'a pas changé, et je suis prêt à de nombreux moyens pour le réaliser, cependant, c'est en tant qu'homme que je veux y parvenir. C'est ainsi que j'ai conçu ce rêve, et non autrement.
-Eh bien… Peut-être ne peux tu pas le voir, mais je suis surpris. Ta fierté est donc si grande que tu te priverais d'une telle arme ? Intéressant. C'est la première décision de ta part que je n'ai pas anticipé par l'expérience… Bien que j'en avais peut-être le sentiment.
-Tu n'as pas l'air déçu.
-Bien au contraire. A mon regard, la satisfaction de la surprise est bien plus agréable que celle d'être confortée dans son savoir. Le temps pour moi s'est fait long… Peut-être le verras tu, si tu vis assez longtemps.
-Nous verrons cela,
rit Laurence. J'ai l'intention de vivre aussi longtemps que mon rêve, alors, qui sait jusqu'où portera t-il.
-Si tu suis jusqu'au bout la voie d'un homme, alors, je n'ai plus rien à t'apprendre.


  Laurence comprenait bien ce que cela signifiait. Le dragon, qui était devenu son plus proche ami, n'aurait bientôt plus aucune raison de rester ici. L'Empereur s'attendait à une telle tournure, ce pourquoi il ne put que sourire tristement. Il ne pouvait maintenant se représenter la place de l'Exaccus sans y voir ce dragon s'y prélasser, et il s'était habitué à la présence de cet être fabuleux. Se levant, il avança son corps puis sa main vers le museau du dragon aux écailles resplendissantes.
-Me prends tu pour un animal de compagnie, humain ?
-Non,
rit Laurence, avant de blottir son corps contre l'immense tête de Basileus.
-Il est assez perturbant de voir chez toi de telles marques d'affection.
-Ton sarcasme me manquera.
-J'en suis flatté.
-Je suppose qu'il faut te dire adieu,
dit Laurence en lâchant le dragon. Tu ne seras sans doute plus là quand je serais de retour.
-Il y a de grandes chances pour que cela soit notre dernière rencontre, mais, qui sait, l'avenir est plein de surprises.
-Dans ce cas nous verrons ce qu'il nous réserve. Ces 13 dernières années n'étaient pas désagréables j'ai appris auprès de toi beaucoup. Ainsi, parce que je ne l'ai jamais fait… Je voudrais te dire une première et dernière fois, merci.


  Le dragon s'esclaffa et, sans prévenir, attrapa doucement Laurence entre ses griffes pour le poser sur sa tête, alors que ce dernier tirait une mine agacée comme à son habitude lors de ce genre de situation, ce qui fit d'autant plus rire Basileus.
-Parfois tu oublie que je suis la personne la plus importante de ce continent…
-Un peu de modestie ne t'as jamais fait de mal, Laurence d'Haynailia. Si nous volions une dernière fois ? Tu n'auras que peu d'autres occasion d'avoir cette vue sur ton empire.
-C'est avec grand plaisir, mon ami.


  Et c'est ainsi que l'immense créature s'envola, causant au passage l'étonnement, l'admiration et la crainte de tout ceux qui ce jour là avaient levé les yeux vers le ciel.
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Re: Quand il faut faire bref...

Message par DALOKA le Ven 30 Juin - 20:24

Un Sang Maudit 3

Oswald rangeait scrupuleusement ses dossiers ; des dizaines et des dizaines de feuilles, de contrats, de documents sur des cibles, de traités de vampirologie… Tant de choses qui étaient à présent inutiles. Le comte Friedsang sourit, mettant pour la dernière fois ces papiers dans l'armoire.  La lumière du soleil, agressive, perçait à travers les rideaux de la grande fenêtre.

  Des pas se faisaient entendre. Ils montaient les escaliers, et étaient tendus. Oswald évalua leur nombre à trois, et ils s'approchaient rapidement. Il était évident que quelque chose clochait, pour qu'on s'avance d'un tel pas vers la porte du maître des lieux. Cette dernière ne tarda pas à s'ouvrir, révélant Heilwig Friedsang accompagné de deux chasseurs. Oscar et Wolfgang étaient tout deux des vétérans aussi respectés qu'expérimentés… Et ils étaient venus équipés.
  Haussant un de ses sourcils blancs et broussailleux, Oswald jeta son regard vers ceux qui n'avaient même pas frappé avant d'entrer. Ces derniers affichaient chacun une figure sérieuse. Bien qu'enveloppé, Oscar était un colosse imposant au double menton et à la force considérable, tandis que Wolfgang, plus jeune, avait néanmoins assez de cicatrices sur sa face pour attester de son vécu. Cependant, c'est Heilwig qui s'avança le premier.
-Monsieur le comte, selon le quatorzième article des mesures d'urgences, nous devons vous placer en interrogatoire immédiatement, dit il fermement.
-Quelle audace, siffla Oswald, s'asseyant sans montrer aucun signe de menace, et toujours désarmé. Puis-je au moins être informé des raisons de l'application de cette mesure ?
-Il m'est permis, en tant que vampirologue, de remettre en cause la légitimité de votre place si vous êtes soupçonnés d'être en lien avec une créature maléfique. Je possède les signatures du conseil des Blancs. Une dizaine d'entre eux a révisé et approuvé mon dossier. Nous avons l'autorisation, si il le faut, d'utiliser la forcer pour vous appréhender.
-Assez de votre logorrhée administrative,
fit il sèchement, poings sur la table. Je ne veux même pas voir vos signatures ou quoique ce soit écrit de vos mains. Dites moi donc clairement : de quoi me soupçonnez vous ?
-Je vous soupçonne d'avoir effectué sur vous une mutation à l'aide d'essence, tout comme je remets en cause votre légitimité à dissimuler des recherches ainsi que les noms de tout les vampirologues concernés par ces dernières.
- Il n'y a pas besoin de passer pas toutes ces procédures
, intervint Oscar, tirant sa lame d'argent de sa ceinture.
  Mon oncle, êtes vous devenu un vampire, ou non ?
-Avez vous été entraînés ici ?
répondit il, écarquillant les yeux d'étonnement dans un sourire. Comment aurais-je pu me dissimuler si longtemps, jusqu'à gagner une apparence humaine, et assurer malgré tout ma présence régulière ?
-Voilà pourquoi
, reprit Heilwig en baissant l'épée du chasseur, je pense que vous avez utilisé le sang du cadavre sur vous. Et je veux que vous nous dites tout au sujet de ce dernier, pas que vous emportiez ces secrets dans votre tombe.
-Je vois. Il fallut que je vous tendisse la main pour que vous vous rendiez compte de quelque chose
, fit il, moqueur. Je suis lassé de ce petit jeu : esquiver tout l'argent du manoir est réellement une épreuve en soi.
-Le chien !
Grogna Oscar. Etes vous tombé si bas, mon oncle ?
-Pardonnez moi de vous décevoir, tout les trois, mais j'ai bien peur que nous n'ayons aucun lien de parenté.

  Alors, sous les yeux horrifiés des Friedsangs, le visage du comte se déforma, comme si sa chair était liquide. Son grand corps devint plus maigre, et ses cheveux pâles se noircirent, tandis que sa face prenait une forme bien différente. Maintenant, Oswald avait l'air d'un bel homme aux cheveux noirs, et aux yeux d'un jaune brillant.
  Un seul vampire pouvait ainsi changer d'apparence, et Heilwig se souvint sans peine des documents sur lui. Lucius Fledermaus, capable d'imiter à la perfection tout ceux dont il avait déjà goûté le sang, se tenait assit à la place d'Oswald, et bien que seul, s'affichait en grand vainqueur devant les chasseurs de vampires. Si Heilwig ne prenait pas la parole, les prochaines secondes seraient un bain de sang, et il ne saurait rien.
-… Oswald est mort, je présume. Depuis quand l'avez vous remplacé ?
-Qui sait ?
Haussa t-il les épaules.
-Ne jouez pas avec nous. Vous êtes à présent à notre merci, et votre plan cesse ici de se mouvoir, quelqu'il soit.
-C'est regrettable en effet
, dit le vampire, ne semblant guère intimidé. Regrettable que vous ayez quelque tours de retard. Pensez vous vraiment que je vous aurais laissé voir le cadavre avant d'avoir achevé ce que je désirais ? Il y a une raison pour laquelle j'ai tant retardé ce rendez vous à un vampirologue tel que vous.
-Qu'avez vous fait exactement ?
-Tout ce que j'avais à faire ici. J'ai recopié tout les dossiers de la famille, et les ai envoyé autre part. Vous vous doutez bien que le corps du saint n'est également plus ici…
-Dans ce cas, nous vous soutirerons ces informations.
-Il est vrai qu'il fait jour, hélas,
fit Lucius en acquiesçant. Mais je ne suis pas moins cerné que vous. Pas plus que je ne suis surpris de votre présence… Souvenez vous, j'ai accès aux clefs. A toutes les clefs.
-Malédiction…
Souffla Heilwig avec surprise, avant de se tourner, l'air paniqué, vers les deux chasseurs Friedsang. Les cellules pourraient être ouvertes !
  Comprenant immédiatement la situation, Wolfgang, après un geste bref du menton, sortit dans un pas pressé, dans le but de prévenir tout le domaine de la situation.
   
    N'en pouvant plus d'attendre, Oscar chargea vers le vampire toujours assit, un air cynique au visage. L'épée d'argent traça un croissant vers le cou de Lucius qui, se renversant en arrière sur sa chaise, évita le coup pour   se redresser après une roulade sur le sol. Le chasseur, furieux, sauta par dessus le bureau, les yeux injectés de sang.
-Reculez Heilwig ! J'en fais une affaire personnelle !
-J'ai bien peur de ne pouvoir répondre à vos avances,
lâcha Lucius, reculant lentement. Je préfère me faire désirer…
  Le vampire sauta en arrière, et le chasseur ne fut assez vif pour l'attraper avant qu'il ne passe à travers la fenêtre ouverte sous la force du bond. Oscar courut vers cette dernière, mais quand il observa la cour, Lucius disparaissait déjà, et le lieu était trop haut pour qu'il saute en toute sécurité.
-Le chien !… Gémit Oscar, serrant le rebord de la fenêtre. Notre oncle, décédé depuis si longtemps !…
-Reprenez vos esprits
, signala Heilwig. Vos compétences seront plus utiles pour sécuriser le couloir… C'est fâcheux, mais nous devons le laisser filer et espérer capturer un de ses complices.
-Très bien,
fit il. Allons rejoindre Wolfgang et faire de la bouillie de ces créatures.


   Dans le couloir des interdits, toutes les cellules avaient été ouvertes par un homme. Un vampirologue à la solde d'Oswald, qui s'était éclipsé aussitôt sans demander son reste devant les vampire ébahis. Tous surpris sauf une. Naja Naquanda sortait la première, dévoilant à la lumière des torches un corps blanc, maigre, et sec. Dessous des cheveux noirs sales en bataille, se dévoilait un visage à l'air fatigué, mais aux yeux jaunes brillants d'une flamme de rage. Les autres vampires sortirent, tous dans un état comparable, laids, blessés, et décharnés. L'Un d'entre eux, reconnaissant Naja comme la seule vampire majeure, l'approcha.
-Connaissez vous une voie pour sortir en sécurité? Dit il avec empressement. Je vous en prie, guidez nous…
  Mais le vampire ne put finir sa phrase, car elle le saisit au cou, le soulevant d'une main. Voyant sa face plus clairement, il vit que le bas de son visage était couvert de cicatrices, formant de multiples becs de lièvre. Il était difficile de voir autre chose que de la colère dans cette bouche macabre, mais elle exprima alors un grand sourire.
-Tu te prends pour qui ? Un honnête citoyen ? Tu n'as pas l'air assez dangereux pour être ici… D'où viens tu ?
-Waien,
dit il, étouffé et paniquant.
-Ah, un compatriote. Très bien. Tu as fait ton service, soldat ?
Il acquiesça lentement.
-Alors ouvre grand tes oreilles. Cela vaut pour vous tous. On ne sortira pas en finesse sans se faire attraper… Nous allons donc nous enfuir en faisant un maximum de dégâts.
-C'est ridicule,
intervint sèchement un autre vampire. Nous sommes trop faibles, ils nous faut nous cacher…
-Oh, toi. Toi t'es une grande gueule, hein ?
-Ce n'est pas le moment de se battre…
-Exact, c'est pour ça que vous allez suivre mes ordres. Tous. Ainsi je vous garantis que la plupart d'entre vous s'en sortirons vivants.


  Elle finit par libérer le pauvre vampire de sa poigne, et toute la salle finit par tomber d'accord, bien que moyennement convaincue. Ils étaient tous affamés, et se séparer n'était pas une bonne idée pour affronter les chasseurs. Satisfaite du succès de son opération, Naja fit craquer son cou par deux fois. Ce jeu organisé avec Lucius touchait à sa fin, et elle avait joué son personnage jusqu'au bout, comme ce dernier… Maintenant, elle pourrait enfin casser du chasseur de vampire. Son équipe était faible, mais reprendrait vite du poil de la bête à la première victoire. Alors il ne serait pas difficile de tuer quelques uns de ces chasseurs perturbés, même au prix de quelques un de ces vampires…

   Naja passa à travers la porte ouverte du couloir. L'escalier serait facile à défendre, et les bancs de la salle d'entrée pouvaient servir de protection.
-Nous allons tenir cette position jusqu'à la tombée de la nuit à l'extérieur. Je veux que deux des plus forts d'entre vous utilisent les bancs en tant que bouclier contre l'argent, nous allons rester sur la défensive. J'ai aussi besoin de quelqu'un avec une bonne ouïe.
   Les neufs vampires affaiblis, tous de différent âge, origine et sexe, mettaient chacun leur fierté de côté pour unir leurs forces. Si ils avaient été bien enfermés dans ce couloir, ils valaient quelque chose, même si la captivité avait étourdi leurs esprits autant que leur corps.
-Pensez vous réellement que nous serons capable de tenir cet escalier ? Demanda une autre vampire, s'approchant de Naja. Il n'y a pas d'arme ici.
-J'ai songé à cela. Nous allons fendre le mur et en récupérer des morceaux, que nous lancerons sur nos ennemis. Par ailleurs, vous me laisserez le premier mort que nous ferons.
-Je pense que nous serions tous ici partisans du partage de ce dernier…
-Du calme. Je ne vais pas vous abandonner… Quand je serais en forme, nous pourrons leur tenir tête, plus que si tout le monde regagne un peu d'énergie. Je vous donnerais les autres cadavres. Comprenez le bien : nous sommes en territoire ennemi. Si nous ne travaillons pas tout les dix, nous sommes morts. La plupart des chasseurs ont été envoyés en mission par le comte, mais ceux restant ici ne sont pas des plaisantins. Et cette fois, ils ne feront pas de prisonniers…
-J'entends des pas !
Fit un des vampires qui tendait l'oreille vers l'escalier.
-Plus tôt que prévu… Dit-elle dans un hideux rictus d'agacement. Mauvais timing, Lucius.
Les gros bras, en position ! Nous allons leur montrer ce que des immortels valent.


   Les vampires concernés saisirent les lourds bancs arrachés aux murs, leurs chaînes toujours pendantes, et se ruèrent vers l'escalier où apparaissait déjà Wolfang, Oscar, et une poignée d'autres chasseurs. Equipés et prêts à en découdre.
  Naja leur adressa un large sourire, dévoilant ses dents pointures et étirant les difformités de sa bouche. Les chasseurs chargèrent les vampires nus en haillons, et le choc des forces commença.
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Re: Quand il faut faire bref...

Message par DALOKA le Jeu 6 Juil - 22:07

«Les interrogatoires classiques et la torture à l'argent ne semblent pas faire céder Naja Naquanda, ce pourquoi j'ai fini par tenter une autre méthode, en l'approchant d'une manière plus humaine. Bien que cela se révèle d'habitude efficace après des années d'emprisonnement, Naquanda n'y est aucunement réceptive et semble s'être enfermée dans sa haine d'Oswald Friedsang. Elle est dans un état psychologique instable, bien que parfois des moments de lucidité laissent évoquer une intelligence brillante. Néanmoins, Naquanda reste fermée à toute forme d'intervention, même de la part d'autres vampirologues. Bien qu'elle soit si diminuée qu'elle ne représente qu'une faible menace à elle seule, la maintenir en vie va à l'encontre du protocole de précaution contre les vampires majeurs. »
 
  Heilwig Friedsang, rapport du  6 octobre 1869.

Un Sang Maudit 4


  Cela faisait déjà trente minutes que le combat faisait rage, et les chasseurs ne parvenaient pas à passer en force. Si les vampires étaient fatigués, leur endurance avait aussi une limite, et conserver ce statut quo n'était pas à leur avantage… Cependant, Wolfgang et Oscar étaient confiants. A 16h30, le soleil était encore haut dans le ciel. Même si il était l'hiver, ils avaient encore le temps nécessaire pour forcer leur défense. Quand cela arriverait, leur élimination serait aisée.
   Wolfgang était pour le moins surprit d'observer que ces vampires étaient parvenus à s'organiser. Epuisés, affamés, leur premier réflexe aurait du être de trouver des proies et de s'enfuir, quitte à ce que les autres meurent. Les vampires, même parfois en groupe, croyaient bien plus en leur force individuelle. Il aurait eu besoin du dossier sur cette vampire majeure, Naja Naquanda, car c'était sans doute elle qui avait orchestré cette défense, ou du moins avait l'autorité pour unir les vampires. Une situation ou Heilwig aurait été bien utile…

  Mais suite à la révélation sur l'identité du comte, la maison Friedsang était débordée. Pour Heilwig, il était primordial de trouver et capturer les complices de Lucius. Il devrait par la suite inspecter la salle ou était disposé Eleison, mais avec le conflit qui devait être mené en bas, la chose n'était certainement pas possible. Normalement, ils ne devraient cependant pas avoir trop de difficulté… Naja Naquanda était un cas inquiétant, mais il avait fini par la diagnostiquer comme folle. Et il espérait ne pas s'être trompé.


-Allez, on manque de pierres!
Beugla Naja. Jetez leur tout ce que vous pouvez, nous finirons par en faire tomber un.
  Les vampires s'activaient à la tâche. Naja ne s'attendait guère à un combat facile, et ils n'avaient que leur force et leur résistance aux blessures de leur côté. Si ils étaient plus organisé, il aurait été aisé pour les Friedsangs de récupérer d'urgence l'équipement nécessaire pour les sortir de leur isolement, mais tout leurs effectifs actuels devaient être occupés.
  Cependant, les vampires avaient les poings et les doigts en sang à force de désosser les murs, et leur blessures ne guérissaient pas. Par ailleurs, à force de reculer, ses troupes allaient perdre espoir. Il était visiblement le temps d'accomplir une action risquée… S'approchant du mur, Naja s'irrita les chairs pour sortir un bloc entier, et le tendre à ses alliés.
-Ne ratez pas ce jet, commanda t-elle.
  Naja trottina vers l'entrée où le combat faisait rage, et commanda dans un cri aux vampires devant elle de se baisser, ce qu'il firent. Le pavé de pierre frappa Wolfgang, qui tenait aisément tête aux créatures, en plein visage, lui éclatant le crâne et les dents. Immédiatement, Naja se glissa pour le saisir et l'attirer vers eux avant que ses alliés ne puissent l'aider. A sa grande satisfaction, le gaillard n'était pas mort sur le coup. Les autres vampires, attirés par l'odeur du sang, s'approchèrent naturellement.
-Il est à moi ! Rugit elle. Restez sur vos positions !
  Son ton suffit à rappeler à l'ordre les vampires, qui se souvinrent de l'importance de leur stratégie et survie. Naja cependant était loin d'oublier ses instincts, et l'excitation la prenait déjà. Elle devait faire attention aux clous d'argent de la tenue du chasseur, mais son cou derrière lequel s'offrait un sang chaud et frais était à la merci de ses crocs. Oscar, voulant sauver son camarade, se débattait comme un fou furieux en hurlant des injures, mettant en grande difficulté les vampires. Pour l'instant.
  La vampire ouvrit sa bouche mutilée aux dents longues, mordant ainsi dans la chair de Wolfgang rendu inconscient par le coup. Le plaisir qu'elle ressentit quand son sang rejoignit son corps si longtemps réduit au régime dépassait aisément celui d'un orgasme. Alors que cette chaleur se répandait dans tout son être, ses membres maigres devinrent plus fermes, son visage cessa d'être creux, et son physique regagnait sa figure athlétique d'antan. Quand Naja s'arrêta, Wolfgang avait l'allure d'une momie. La vampire repue, les lèvres humides de sang, lâcha un soupir de satisfaction avant de redresser son corps.
-Bien. On passe à l'attaque maintenant, dit elle, regagnant une nouvelle confiance. Je mène la charge.

  Alors, sans prévenir, Naja sauta sur le dos d'un des robustes vampires qui gardaient l'entrée, arrivant ainsi face à face à Oscar Friedang qui la dépassait d'une tête et l'incendiait de son regard plein de haine. Mais la vampire évita son coup facilement, cependant sans contre attaquer. Sans armes, les clous d'argents des Friedsang seraient une plaie. Se blesser pour s'en débarrasser était trop risqué, à cause des autres chasseurs derrière lui. Naja, esquivant un autre coup de la lame d'argent, sauta pour se retrouver derrière Oscar, qui se retourna immédiatement. Elle était désormais prise en tenaille par ce dernier et deux autres chasseurs prêts à en découdre derrière elle…
-Chargez ! Cria Naja. En réponse à son ordre, les deux vampires à la défense foncèrent sur Oscar, portant leurs bancs devant eux pour le faire chuter. Le Friedsang, bien que surprit, mit ses bras en avant pour les intercepter. Il avait l'avantage du poids et de l'ascendance, mais il restait surprenant qu'il puisse contenir les deux vampires, même fatigués.

  Les deux chasseurs, armes tirées, se préparèrent au combat. L'un d'entre eux tira de sa poche une poignée de poussière d'argent qu'il jeta. Le métal fit son effet sur Naja, la brûlant partiellement, bien qu'elle eut fermé les yeux assez tôt pour ne pas être aveuglée. Cela l'empêcha d'attaquer Oscar de dos, puisque les chasseurs eurent le temps d'atteindre Naja au corps à corps. Ces derniers prenaient garde à ne pas se tenir trop haut, de peur de se prendre un lancer de pierre meurtrier. Naja ne pouvait donc compter que sur elle même… Cela faisait longtemps qu'elle ne s'était pas réellement battue. Elle espéra ne pas avoir perdu la main.
  Sous l'œil méfiant des chasseurs qui ne la quittaient pas du regard, une masse se forma dans le bas du dos de Naja. Emergea rapidement une longue queue blanche qui dépassait aisément sa taille. Ayant l'allure de celle d'un reptile, mais dotée d'une peau pâle comme sa détentrice, elle était épaisse à sa base pour devenir plus fine vers son extrémité.
   La queue de lézard s'agita dans l'air, comme pour détendre ses muscles, et Naja, se tenant solidement sur ses appuis, invitait les deux Friedsang à venir la chercher. Elle était dos au mur à présent, et un des chasseurs s'avança pour s'en débarrasser au plus vite. Quand il entra dans le rayon d'action de Naja cependant, il se produit à peine un bruit de claquement avant que la gorge du chasseur ne soit ouverte. Au bout de la queue se trouvait maintenant une excroissance osseuse, qui prenait la forme d'une lame à sens unique. 5 pieds devant et 7 derrière elle, c'était son rayon d'attaque. Elle fit un pas sur le côté, et dans un autre claquement, la nuque d'Oscar se fendit d'un seul coup, éteignant ses grognements, et permettant aux vampires de passer en soulevant son cadavre. Le dernier chasseur, constatant qu'ils n'avaient pas pu tenir avant l'arrivé des renforts, et craignant pour sa vie, décida de battre en retraite. Naja ne le poursuivit pas, et se retourna vers les vampires qui montaient tous au trot, galvanisés par l'espoir de victoire.
-Buvez ! Et n'en laissez pas une seule goutte !
  Et ils n'attendirent pas pour se jeter sur les cadavres.
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Re: Quand il faut faire bref...

Message par DALOKA le Dim 30 Juil - 17:35

Un Sang Maudit 5 


   A quelques lieues du domaine Friedsang, ainsi que quelques heures plus tard, deux autres chasseuses se pressaient dans la nuit agitée. Les arbres rendus nus par l'hiver se tordaient, et c'est à travers leurs branches semblables à des griffes que l'on pouvait voir Christa, menant la marche, talonnée par Kartsa Friedsang. Cette dernière, bien différente dans son allure qu'il y avait sept mois, portait ses cheveux devenus longs en queue de cheval, ce qui aurait donné un air plus serein à son visage si une brûlure ne lui grimpait pas de la base du cou jusqu'à l'oreille. Sa tenue de Friedsang n'ayant pas survécu au voyage et à l'entraînement, elle portait un long manteau de cuir en guise de remplacement.

    Mais l'urgence de la situation nous force à ne pas nous attarder sur ces détails. Kartsa et les sœurs louves, revenues récemment dans la région, avaient croisé sur le chemin du retour à leur maison un messager des Friedsang, chargé de répandre la nouvelle d'une situation de crise aux chasseurs encore présents dans les environs. Peu de détails étaient connus, si ce n'était la libération des vampires captifs, suffisante pour justifier un tel empressement. Sachant cela, Christel était partie la première, se séparant du groupe avec imprudence. Sa sœur se faisait un sang d'encre, autant pour elle que pour Heilwig. Malgré sa figure stoïque, son emportement était tel que Kartsa n'avait pas pu lui toucher un mot, même en étant sa supérieure hiérarchique. Un mépris qui l'agaçait, mais dont elle ne tint pas rigueur.

-Il est étonnant que Christel parvienne à nous distancer si facilement, fit remarquer Kartsa.
-Peut-être ne serais-je pas ralentie si je n'avais pas à rester près de vous, fit Christa sèchement. Elle était décidément d'une humeur massacrante. Sa jumelle fonçait toujours sans prévenir, et elle ne voyait pas comment la contrôler… Elles s'étaient pourtant mises toutes trois d'accord pour rester groupées durant tout le voyage.
-Inutile d'être si acerbe. Vous m'en voulez encore pour d'étroites raisons ?
-Vous ne gagnerez pas mon respect, à moi, en six mois.


  Kartsa réprima un rictus d'agacement. Elle était en meilleurs termes avec Christel, mais sa sœur restait totalement hermétique alors qu'elle semblait être la plus raisonnée. Kartsa n'était certes pas devenue une autre personne, mais avait prouvé pouvoir mériter le titre de comtesse, chose que la lycanthrope ne considérait pas un seul instant.
-Stop, fit abruptement Christa, cessant sa course. Nous ne sommes pas seules.
Kartsa s'arrêtant également, et détacha le fourreau de son épée des lanières qui l'attachaient à son dos, la tenant ainsi dans sa main, prête à être dégainée. Christa, qui avait toujours sa chaîne enroulée autour du bras, en fit tomber la pointe qui pendait maintenant près de son poignet. Le regard de Christa se tourna par la suite vers les hauteurs d'un arbre à sa droite. Kartsa suivit son regard, et vit la même chose.

  Perchée sur la branche d'un arbre, une femme blanche aux longs cheveux de neige, s'agitant lents et joueurs, comme des serpents dont elle était la charmeuse. Accroupie sur la branche peu épaisse, la pointe de ses deux pieds sur l'écorce, elle reposait son menton dans le creux de sa main, arborant un sourire nonchalant.
-Bien le bonjour, s'exclama t-elle d'un ton enjôleur.

  Christa, portant son regard sur l'adolescente en bretelles et en culotte courte, reconnut le ''démon'' blanc des rapports. Un vampire majeur qui tuait des chasseurs de vampire comme passe temps, et un danger du plus haut niveau. Alors que la lycanthrope réévaluait la gravité de la situation, et estimait comment pouvaient elles s'en sortir, Kartsa s'avança et s'adressa premièrement à la vampire.
-Kazhaar Dyra, je présume ?
-Oh ?
Dit elle, amusée, passant sa deuxième main sous son menton. Comment savez vous mon nom ?
-J'ai eue l'occasion de dialoguer avec votre frère.
-Voilà qui n'est pas commun. S'il vous a parlé de moi, ce n'est pas par hasard, je suppose ?
-En effet. Il m'a recommandé de ne pas vous affronter.
-Ce galant,
soupira Kazhaar avec plaisir, il tient toujours à me protéger. Enfin, il serait plus correct de dire qu'il veut limiter les dégâts que je cause, mais c'est bien moins romantique, vous ne trouvez pas ?
-… Pourquoi êtes vous ici ? Faites vous partie de l'attaque qui sévit le domaine ?
-Pas du tout.
-Je ne serais pas si sûre de votre parole,
articula froidement Christa. L'homme qui vous accompagne devrait sortir de sa cachette.
-Soit… Personajes, montre toi.

  Emergea alors de l'ombre des bois un individu dans une grande cape de toile sale, portant pour visage un masque blanc troué d'un cercle en son milieu. Personajes ne leur était pas inconnu non plus : ce vampire pourtant faible avait fait un très grand nombre de victime.
-Etes vous venue ici pour attenter à la vie de Kartsa, demanda Christa.
-Elle ? Non, pas du tout, nia t-elle en se redressant. C'est votre nouvelle comtesse, je suppose ? Eh bien peu me chaut. Votre hiérarchie ne m'intéresse pas… Pourquoi pensez vous que je chasse certains d'entre vous ?
-J'écoute bien votre réponse…
-Parce que vous êtes le meilleur moyen pour moi de devenir plus forte. Chez les vampires, ce n'est pas le charisme, la beauté, les possessions, qui déterminent le respect, mais la force et la crainte de cette dernière. Il est tout naturel que je la cultive. Ainsi, je cherchais à affronter le Friedsang le plus compétent…
-Est-ce vous qui avez blessé Lise ?
Manqua de s'emporter Kartsa.
-Oh, non. Non non non. Je n'ai pas eu la chance de voir ce qu'elle valait… Mais, maintenant qu'elle ne peut plus se battre, le meilleur d'entre vous n'est plus aisément identifiable. Ceci si l'on s'arrête à la surface… Mais, si l'on s'éloigne des sentiers battu… Alors la réponse est évidente.
Il s'agit de vous, dit-elle en pointant la lycanthrope du doigt. Christa. Et c'est pour vous que je suis là.
-… Alors les choses sont claires,
fit Christa, une flamme dans ses yeux glacials. Je les préfère ainsi.
-Je savais que vous ne reculeriez pas, sourit Kazhaar de toute ses dents, avant de retomber en bas de l'arbre, se réceptionnant sur trois appuis. Personajes, divertis la future comtesse pendant que les dames parlent.
-Tu me pose un lourd travail chef, dit il en se frottant l'arrière de la tête, d'un ton non convaincu. Elle a pas l'air commode.
-Ce rôle ne te va pas,
fit elle, les poings sur les hanche. Tire ton épée, et vite.
  Quand à nous deux, Christa, que diriez vous de nous éloigner un peu ?

-Comme vous voudrez, fit la loup garou en partant d'un autre côté du bois, sans quitter Kazhaar des yeux. Vous n'avez pas intérêt à perdre, Kartsa. Je ne pourrais pas vous aider.

  Elles s'éloignèrent alors dans un autre recoin de la forêt. Christa étant chargée de la sécurité de Kartsa, cela l'arrangeait que Kazhaar soit éloignée, quand à cette dernière, elle craignait sans doute d'être gênée dans son duel. Personajes les regardait s'éloigner, mais Kartsa, n'avait pas ôté la main du manche de son arme ni le regard de son adversaire.
-… Elles mettent la pression hein ? Commenta t-il. Pas facile tout les jours.
-… Je suis sa supérieure.
-C'est bête, alors,
fit le vampire en dégainant une épée courte de dessous sa grande cape.
-Je ne vous poursuivrais pas si vous vous enfuyez.
-Merci, mais non...


  En guise de réponse, Personajes passa à l'attaque. Kartsa, bien que surprise par sa vivacité, para son coup assez facilement. Selon les rapport, il était peureux, et faible au corps à corps…  Elle devrait pouvoir s'en débarrasser.


   Dans la même forêt, à une centaine de mètres de là, les deux adversaires se faisaient face, et Kazhaar ne semblait nullement inquiété. Un grand contraste avec la figure stricte de Christa, qui n'avait même pas un tremblement. Cela rappelait Téko à la vampire, mais contrairement à lui, Christa débordait d'animosité et ses iris seuls le disaient.
-Si vous comptez combattre, adoptez une allure plus sérieuse, fit Christa. Vous m'insultez.
-Allons, pas la peine de le prendre ainsi…
   Kazhaar ne put dire une réplique de plus avant que le pieu de la chaîne de Christa ne fonce vers elle. Kazhaar se déplaça sur le côté en un éclair, mais, à sa grande surprise, la chaîne la suivit dans son mouvement. Elle qui était capable d'éviter des flèches, dut interposer ses bras entre le pieu qu'elle devinait mortel, et sa poitrine.
-C'est un coup surprenant… Fit Kazhaar, le bois maintenant planté dans son bras gauche. Christa se retint de jurer ; si elle avait tenté de saisir le pieu, elle serait peut-être morte. Avant que la vampire ne fasse quoique ce soit d'autre, Christa retira son arme qui revint automatiquement à sa main. Puis, à la grande surprise de Kazhaar, son bras gauche commença à trembler, se tendant. Alors, elle sentit toutes les veines de son avant bras exploser, tout les muscles s'en déchirer, toute sa chair éclater. Suite à cette sensation de douleur inconnue, Kazhaar mis une main à son bras, le fixant avec étonnement.
-Mais… Ce n'est que du bois !
-Du chêne qui a trempé dans le sang de centaines de vampires. Cela a son petit effet, je suppose,
sourit Christa.
   Avec un rictus de colère, la vampire constata que son bras peinait à guérir et était également difficilement utilisable. Quelque chose semblait perturber ses forces, empêchant ses chairs de se reconstituer efficacement. Cette arme était plus redoutable encore que l'argent, elle ne pouvait plus se permettre de prendre cela à la légère. Christa faisait des moulinets avec sa chaîne, préparant son prochain lancer, mais Kazhaar passa d'abord à l'offensive. Quand le pieu de bois fut projeté vers elle, les cheveux aussi solides que l'acier de la vampire se disposèrent devant-elle pour bloquer l'arme qui rebondit devant cette barrière. La pointe, alors que la vampire progressait en avant, fondit  à la vitesse d'une flèche vers ses jambes. Cependant, à la surprise de Christa, la chaîne ne put atteindre Kazhaar, bloquée alors que sa portée n'avait pas atteint son maximum. Mais la femme aux cheveux blanc ne tarda pas à l'atteindre, et avant que la lycanthrope puisse réagir, donna un violent coup de pied dans l'abdomen de Christa, la propulsant pour qu'un arbre arrête brutalement l'inertie de son corps.
-Tu es tombée contre le mauvais adversaire, dit Kazhaar en la toisant du regard. Contre toute attente de la vampire, Christa, toujours consciente, se redressa. Son armure était légèrement cabossée, mais elle avait survécu à l'attaque de la vampire qui était capable de tuer un homme sur le coup. Le corps de Christa était endolori, mais elle était bien toujours en état de se battre. Sa chaîne ne pouvait plus revenir : Kazhaar avait glissé de ses cheveux entre les maillons.
-J'espère bien pour toi que cette chaîne n'était pas ta seule arme, dit Kazhaar dans un demi sourire. Christa eut un sourire complet, alors que les gemmes blanches qui décoraient son armure se mirent à émettre une douce et pâle lueur. Kazhaar leva les yeux sur la lune, qui n'était pourtant pas encore pleine. C'était là le tour que réservaient les armures que leur avait confectionné Heilwig : amplifier la force de la lune, étendant ainsi la fréquence possible de leurs transformations.
 
  Soudain intimidée par Christa, Kazhaar recula d'un pas par réflexe, sans détacher son regard de la lycanthrope. Dans un bruit de chairs et de craquement d'os, le corps de la jeune femme se transformait,  devenant plus massif, plus velu, son visage s'allongeant. La métamorphose monstrueuse se produit trop vite pour que Kazhaar ne songe à l'attaquer, captivée et terrifiée par ce changement. Christa avait laissé place à une immense humanoïde de deux mètres de haut aux pelage brun et à la tête de loup pourvue d'une rangée de longs crocs. Les pièces de son armure, rattachées par des lanières, s'étaient espacées mais restaient en place sur son corps, les perles blanches calmant leur lueur. Une longue main munies de griffes tira la chaîne jusqu'à elle, manquant d'emporter Kazhaar si elle n'avait pas détaché au dernier moment ses cheveux de cette dernière. Son arme revenant à elle, Christa empoigna le pieu à la main, et, sa deuxième patte au sol, se tint prête au combat. Visiblement, la louve avait décidé d'utiliser la manière brutale…

   La lycan passa à l'attaque, chargeant Kazhaar qui recula d'un bond en arrière, voyant passer le pieu mortel devant ses yeux. Elle n'avait plus l'avantage de la force et de la vitesse, et son bras gauche était toujours inutile : Christa le savait, et la harcelait au corps à corps sans relâche. Malgré son changement d'apparence, elle exécutait méticuleusement ses coups avec la plus grande force qu'elle pouvait exécuter, sachant autant maîtriser son corps bestial que son corps humain. Pour la stopper, les cheveux de Kazhaar s'étendirent vers le bras armé de Christa, réunissant assez de force pour entraver ce dernier. Alors, la main gauche de la lycanthrope balaya de bas en haut le ventre de Kazhaar, le déchirant de ses griffes. Kazhaar interrompit la montée de la griffe avec son bras, et une abondance d'hémoglobine s'échappa des traits laissés sur la chair de la vampire, qui relâcha Christa pour à nouveau se jeter en arrière, autant à l'aide de ses jambes que de sa chevelure qui agit comme un ressort. Elle entreprit ensuite de battre temporairement en retraite. Contre toute attente, Christa avait des capacités physique suffisantes pour rivaliser avec la vampire, et malgré ses réflexes supérieurs, les bras de Kazhaar avaient une portée bien inférieure. Tant que Christa maintenait une distance de sécurité, elle ne pourrait pas l'attaquer sans subir un terrible coup elle aussi. La vampire ne pourrait par ailleurs pas échapper beaucoup de temps à la louve, qui la retraçait sans difficulté à l'odorat, ce pourquoi Kazhaar donnait juste le temps à ses cheveux de recoudre ses plaies béantes et empêcher ses tripes de sortir.

  Bien entendu, le sac à puce qui lui servait d'adversaire n'avait pas tardé à la rattraper, toujours aussi enragée. Ses blessures refermées, Kazhaar se retourna vers Christa qui la fixait toujours de ses grands yeux bleus meurtriers.
-Tu as ruiné mon haut, fit Kazhaar, l'air faussement outré. Le regard et la posture de Christa ne changèrent aucunement.
Bah, c'est sans importance de toute façon, ce vêtement ne me sera plus d'aucun usage. Je tiens à te féliciter, tu es la seule à me pousser à de telles extrémités.

   En disant cela, Kazhaar détacha les deux bretelles qui soutenaient son autre habit, avant de retirer de ses mains son vêtement souillé de sang. Alors qu'elle se dénudait, ses cheveux blancs s'allongèrent et l'enveloppèrent entièrement dans un cocon. Christa, ne pouvant l'attaquer ainsi, l'observa prête à réagir en conséquence.
  Quand l'œuf blanc dans lequel elle s'était enfermée éclot comme une fleur, la vampire se révéla à nouveau, la silhouette tout blanche. Un tissu immaculé la recouvrait, épousant les formes de son corps comme une seconde peau. Ce nouveau vêtement fait de sa chevelure ne laissait à l'air libre que son visage et son cou, ses cheveux ayant l'air du capuchon de l'habit, et ses poignets pendaient de longues mèches, comme de grandes manches.
  Dans ses nouveaux atours, Kazhaar étira ses membres sans inquiétude, brillant à la lumière lunaire. Une main sur la hanche, elle jeta un regard provocateur à la louve.
-Pourquoi tant de prudence ? Je t'affronte nue.
  La lycanthrope grogna en montrant ses dents brillantes, sans pour autant passer à l'attaque. La vampire avait visiblement ébranlé sa confiance, et un sourire en coin, leva le bras, tendant son poing vers son adversaire dans un air de défi.
-J'ai gagné, Christa.


  Mais Kartsa ne parvenait pas à l'emporter. Tout ses coups étaient bloqués par son adversaire, au jeu de jambe impeccable, réactif, parfait à l'escrime. La Friedsang ne comprenait pas comment Personajes pouvait autant lui tenir tête en ayant été reporté comme inexpérimenté au combat. Ce vampire était non seulement fort, mais savait exactement ce qu'il faisait. Même avant son dernier entraînement, Kartsa aurait put vaincre seule un vampire de bas de niveau, mais elle n'avait pas réussi à porter un seul coup à son adversaire. Kartsa finit par reculer, tentant de discerner quelque chose à travers le masque que Personajes portait.
-Vous n'êtes pas Personajes, fit-elle. Vous ne correspondez pas du tout à nos informations.
-Vraiment ? Vous êtes sure que vous n'êtes pas juste trop mauvaise ?
 

   Il avait un ton incrédule mais se moquait clairement d'elle. Continuer de le combattre à l'épée ne rimerait à rien, même si c'était son point fort. Face à un vampire maniant lui aussi une arme, l'on était dans un immense désavantage physique. Elle s'épuiserait bien avant lui, ce pourquoi ce dernier ne lançait que des attaques prudentes. Alors Kartsa, dans un rictus d'irritation, leva la main gauche pour incanter un sort. Le vampire recula alors mettant sa tête devant son bras, mais rien ne lui arriva. A la place, des sphères enflammées pas plus grosses que des billes flottaient autour de la Friedsang, comme des lucioles. Personajes, voyant ceci, se montra bien plus hésitant à attaquer. Ce tour n'était simplement qu'un bluff… Et elle avait un certain temps avant que son opposant ne réalise que ces flammes ne lui exploseraient pas au visage. Avec méfiance, le masque fit quelques pas sans la quitter des yeux, traçant un demi cercle autour de Kartsa qui tournait son regard afin de l'avoir toujours de face.
-Alors, on a peur ? Fit Kartsa dans un sourire arrogant, alors que la pointe de l'épée de Personajes était toujours pointée vers elle. Le Vampire ne réagit pas, restant ferme comme une statue.

-Je vous attend !
Dit-elle de plus belle, frappant sa poitrine de sa paume gauche et reculant de quelques pas. Kartsa n'était pas sure que son plan fonctionnerait, et le vampire ressenti son manque d'assurance. Avant qu'elle ne fasse un pas en arrière de plus, Personajes fondit sur elle, repoussant son arme d'un coup de taille pour atteindre son épaule, sa tenue se faisant ronger par les billes incandescentes qui n'étaient au final que des flammèches pas plus intimidantes qu'un feu de bois. Cependant, son fer percuta quelque chose de solide. Personajes eut un instant d'hésitation, vérifiant que Kartsa n'avait bien aucune plaque d'armure, avant de réaliser qu'était maintenant sur sa poitrine une pièce métallique sur laquelle brillait un symbole runique dont la lueur s'effaçait petit à petit. Son bras gauche fut alors arraché par l'argent de Kartsa, tombant sur le sol avec son épée fermement tenue dans le poing. La Friedsang avait disposé cette pièce enchantée sur sa tenue pour solidifier son corps, et n'attendait qu'une attaque pleine d'assurance telle que celle ci. Ce plan avait malgré ses doutes fonctionné, et le fil de sa lame menaçait maintenant Personajes qui leva sa seule main disponible.
-… On peut discuter ? Fit il, la voix hésitante.
-Non.
 L'épée de Kartsa fit un mouvement rapide vers Personajes, qui évita le coup en bondissant en arrière, et estima que la fuite était une stratégie optimale. Crachant un juron, Kartsa se mit sur le champ à sa poursuite. Elle doutait être très utile à Christa, malheureusement.



   Mais Kazhaar et Christa étaient toujours face à face, les yeux jaunes brillants rencontrant les sphères bleutées injectées de sang de la lycanthrope. Kazhaar fit se mouvoir dans l'air avec délicatesse les doigts de son bras gauche blessé, sentant ses fibres musculaires s'y ressouder à l'intérieur de son armure de tissu blanc. Ses cheveux accompagnaient chacun de ses mouvements, et  elle sentait ces derniers vibrer à chaque mouvement de l'air. A l'aide de cette nouvelle peau, elle se sentait bien plus légère, bien plus forte, plus consciente et confiante que jamais. Christa, voyant la flamme dans son regard, peinait à formuler un plan d'attaque et Kazhaar sentait à sa respiration que la lycan faisait de son mieux pour contenir son excitation qui lui hurlait de bondir en avant. La vampire sourit de toute ses dents.
   Elle n'avait pas l'intention d'adopter une telle retenue.
Kazhaar courba son nouveau corps dans une posture féline, fonçant vers la louve qui se décida à réagir, abattant son pieu vers la vampire qui cette fois eut le culot de s'approcher, stoppant le bras au moins deux fois plus épais que le sien aisément dans sa petite main. Les griffes de Christa ricochèrent sur la maille blanche dont était recouverte la vampire, et un genou blanc frappa la gueule de la louve dans un bond de Kazhaar, qui poursuivit son saut pour sauter par dessus ses épaules et atterrir derrière elle.
La pression des crocs de Christa n'était plus une menace, les os de sa mâchoire inférieure en miettes, la victoire était déjà presque emportée. Elle ne savait pas la solidité du métal qui recouvrait Christa, mais elle l'aurait aisément plié si son bras gauche était en meilleur état. Cependant la sensation agréable de la guérison de ses chairs était un signe heureux de son futur rétablissement…

  Quand elle tourna les talons vers son adversaire, la chaîne de la louve se glissait dans l'herbe tel un serpent pour s'enrouler à son pied, ce qui ne fit que faire doucement rire Kazhaar. Mais, saisissant les maillons noirs de ses deux griffes, Christa souleva d'un grand geste la Coyote et avec elle la cheville du démon blanc. Kazhaar, aussi blanche que légère comme une feuille, s'envola spontanément dans un grand cri aigu qui signifiait sa surprise, avant de percuter un arbre, en fendant l'écorce. Presque enfoncée contre le végétal qui avait ployé sous l'impact, Kazhaar fit en sorte que ses cheveux l'y attachent, de peur que la louve s'amuse à continuer de la secouer comme un sac à patate contre tout ce qu'elle trouverait.

-Bien joué Christa, fit elle dans un rictus entre le sourire et l'agacement. Elle sentait la louve tirer sur sa chaîne de plus de belle, mais son corps ne daignait pas se détacher de l'arbre. Kazhaar allait lâcher une autre phrase provocatrice, mais la chasseuse de vampire, sa chaîne noire par dessus l'épaule, continuait cet acte futile. Puis, Kazhaar entendit des craquements de bois. L'arbre se penchait petit à petit. La lycanthrope bandait ses muscles qui se gonflaient sous l'effort, utilisant sa force titanesque pour arracher l'arbre du sol, puisqu'elle ne pouvait en arracher la créature de la nuit.
-… Sérieusement ? Exprima la vampire, l'air aussi surprise que médusée alors que les racines s'arrachaient de la terre et que le pilier naturel s'écrasait sur le sol, ainsi que Kazhaar avec. Christa continua sa charge en avant en se tenant sur trois pattes, traînant au sol son adversaire qui gisait sous l'arbre en même temps que ce dernier. Sa course fut forcée de s'achever quand le bois finit par se coincer entre deux troncs. Et la louve continuait de tirer sur sa jambe! Avait-elle l'intention de la démembrer ou d'arracher d'autres arbres ? C'en était trop. Kazhaar saisit la chaîne elle aussi, opposant sa force à celle de Christa. Les griffes des pieds de la lycan labourèrent le sol, la situation s'inversant. Elle disposait de bien plus de force brute que ce sac de poil, et elle ne perdrait pas dans un bras de fer ! Lentement mais sûrement, la masse de Christa était traînée vers Kazhaar, qui finit par se détacher de l'arbre et fondre sur la louve à l'aide de l'arme. Mais le regard de prédateur ne semblait guère étonné  de ce bond, se jetant également à corps perdu. La garou plaqua Kazhaar au sol, l'enserrant de ses membres et saisissant sa tête. Solidement accrochée à la vampire, elle resserra de plus en plus son étreinte avec l'intention de lui briser les membres et le cou, puis de la broyer. Cette concentration de poils et de muscles lui faisait une étreinte un peu trop brutale à son goût, et si son corps était apte à se régénérer, il n'était pas encore assez solide pour résister à cela. Malheureusement pour la louve, la vampire ne comptait pas se laisser faire.

  Etendant les bras dans la solide prise de Christa, Kazhaar força l'étau à se desserrer. La loup garou tendait sa musculature jusqu'au limites de son corps, et ses griffes grattèrent le corps blanc de la vampire sans succès. Elle ne voulait pas laisser sa proie s'échapper, mais, alors qu'elle éloigna lentement ses bras, Kazhaar regardait la lycan d'un regard plein de confiance. La salive mêlée au sang de la gueule canine enragée coulait à grosses gouttes sur Kazhaar, absorbée comme une éponge par ses cheveux. Un chien était bien moins dangereux sans ses crocs, se dit-elle avant de poser son pied contre le ventre de Christa pour d'autant plus la repousser. Cet être si petit comparé à son adversaire dominait cette lutte, et le corps de la loup garou perdait de plus en plus le contrôle de la situation. Les doigts blancs s'enfoncèrent dans le métal des gantelets et le cuir des bras, les perçant comme des petits crocs et teintant la fourrure brune de rouge.
-Peut-être serait-il temps d'abandonner ? Fit Kazhaar d'un air suffisant. Je pourrais faire ça toute la nuit.

  Christa était si investie dans cet effort que sa chaîne était maintenant inanimée et avait lâché le pied de Kazhaar. Les tendons et la chairs de la louve lâcheraient avant les siens, et elle les sentait s'étirer jusqu'à la limite. L'adrénaline et la lycanthropie permettaient à Christa d'ignorer totalement la douleur, mais sa force avait ses limites : dans un craquement sonore des ligaments, un des bras finit par lâcher, et en moins d'une seconde le démon blanc s'était extirpé.
 
  Etendant les cheveux à ses manches jusqu'à un arbre, Kazhaar s'y envola. La bête n'avait à présent plus que deux choix : poursuivre le monstre à l'allure de jeune femme, ou s'enfuir en se sachant inférieure.
  Christa sprinta vers Kazhaar, bondissant pour la saisir. Mais elle s'était déjà déplacée vers un autre arbre. Le sac à puce ne semblait pas renoncer malgré tout… Sans doute par volonté de protéger ses pairs. Christa menait des assauts rapides, mais qui lui permettaient de facilement se replier : elle faisait perdre du temps à la vampire. Kazhaar sauta d'arbres en arbres, évitant toute attaque de la lycanthrope enragée, qui ne perdait pas de son endurance. Malheureusement, la  vampire n'avait aucune intention de laisser le combat s'éterniser. Jamais Christa ne la toucherait : les cheveux qu'elle laissait derrière elle à chaque saut captaient chaque mouvement et formait un véritable réseau dans le bois. Kazhaar, à l'aide de ses sens et de ses réflexes, pouvait prévoir les prochains coups de son adversaire naturellement. Et elle n'avait plus qu'à lui tisser un piège…
 
  Tout à coup, les mouvements de Christa se stoppèrent. Elle commença à enfin le remarquer, mais il était trop tard : des fils blancs enserraient maintenant son corps. D'autres, comme des fins tentacules, la ligotèrent d'autant plus. Suspendue ainsi en l'air, elle pouvait à peine bouger ses membres, et Kazhaar, perchée sur une branche, l'observait comme étant fière de son œuvre.
-C'est fini,maintenant. Je t'ai fait courir sur un bon kilomètre, et mes cheveux s'étendent maintenant sur toute cette zone de la forêt et au-delà encore. Pas un oiseau ne s'y poserait sans que ne le sache, et il me paraît évident que je suis la plus forte d'entre nous deux.  
  Ne l'écoutant pas, Christa mobilisait les forces qui lui restaient pour tenter de s'extirper en déracinant les arbres. Ainsi liée, la lycanthrope n'en aurait pas la force, mais achever le combat maintenant était préférable.
 
   La vampire sauta au sol, ses cheveux grandissant dans son dos pour s'onduler en ressort.  Fléchissant ses jambes, Kazhaar réunit la force de son corps entier, du moindre muscle, de la moindre fibre de sa chevelure, afin de se propulser vers Christa. Elle se jeta comme un obus vers la lycanthrope, poing en avant. Ses phalanges blindées frappèrent l'acier de l'armure, creusant un trou à travers la protection en l'enfonçant, puis déchirant l'épaisse peau et les muscles minéraux de l'abdomen, transperçant comme une lance sa chair et ses intestins pour exploser d'un seul coup un de ses reins. Le bras ensanglanté ressortit de l'autre côté du corps de Christa, les cheveux aspirant spontanément le sang qui les recouvraient. La louve, tremblant de tout ses membres, lâchait des gémissements saccadés et étouffés, et Kazhaar retira d'un seul coup son avant bras. Passant sa langue sur le sang odorant et les chairs qui restaient encore dessus, la jeune femme émit une grimace.
-En effet, le goût du loup garou n'est pas très délicat…
  Pas étonnant qu'il ne soit pas comestible pour les vampires. Mais pour autant, Christa ne lui serait pas inutile. Bien qu'elle ne se débattait plus, elle était toujours vivante.
   Des filets sortirent de ses mains pour entourer la louve et d'autant plus la resserrer dans ses cheveux. Elle pourrait plus aisément la transporter ainsi.
  Kazhaar sourit, caressant doucement la tête canine d'une Christa inconsciente. Une victoire sans encombre était toujours agréable.
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Re: Quand il faut faire bref...

Message par DALOKA le Ven 1 Sep - 22:08

Un Sang Maudit 6


Jamais Heilwig n'avait eu à gérer une telle situation de crise. Les vampires s'étaient échappés de leur prison et n'avaient qu'un seul désir : rejoindre l'extérieur, maintenant que la nuit était finalement tombée. En l'absence de comte Friedsang, et avec la mort des plus éminents chasseurs présents alors  sur le domaine, Heilwig avait du s'imposer en meneur, la disparition de plusieurs vampirologues n'arrangeant rien. Malheureusement, il était bien trop tard pour rattraper cette situation qui avait évoluée en crise catastrophique.
  Les vampires, ayant récupéré leurs force et leur entrain, avaient enfoncé leurs défense et prit le contrôle du bâtiment qui était leur prison. Ils n'avaient su ralentir leur progression, et Heilwig avait jugé plus sage de se réunir dans le hall en attendant l'arrivée de ces derniers… Mais pouvaient ils gagner ? Ils étaient une vingtaine certes, mais dénués de leurs meilleurs éléments, et face à des vampires qui était tous redoutables avant leur capture. Oeil de Lune suait d'effroi. Jamais il n'avait voulu repartir sur le terrain, affronter de nouveau les crocs… Et voilà que le terrain se déplaçait jusque chez lui. Il aurait voulu déléguer sa responsabilité, mais pour cela aussi, il était bien trop tard.
  Les chasseurs attendaient, tous aussi inquiets que lui. Ils étaient armés, équipés, les pièges à argent étaient déjà disposés et les arbalètes chargées, mais personne n'était véritablement prêt. Derrière les chasseurs, Heilwig, accroupi lui aussi, fixait avec appréhension les entrées du hall de son œil unique. Il avait été impossible de les condamner à temps de manière à stopper la force colossales de ces créatures et seule la sortie principale avait été scellée magiquement. Tant de choses auraient été possibles, si leur organisation n'avait été démantelée par les événements ! Heilwig ressentait que la situation présente n'était pas le fruit d'une inattention, mais d'une accumulation d'erreurs. Qui avaient déjà coûté la vie à huit chasseurs… Un septième de leurs effectifs totaux.

  Une explosion retentit. Les pièges à argent, se dit Heilwig. Mais point de rugissements ou de cris… Les futés l'avaient repéré, ou plutôt la futée. Naja Naquanda, un soldat de la révolte Waienne… Une ancienne héroïne même. L'idée d'Oswald, ou plutôt de Lucius, de la garder était une manipulation, car elle était une pièce maîtresse de son plan.

   L'explosion avertit les soldats de l'entrée par lesquels les vampires allaient entrer… La moitié de la double porte sortit de ses gonds, portée par un robuste vampiris, qui la jeta d'un grand geste vers le sol. Les runes de feu qu'Heilwig avait disposé s'activèrent et incendièrent la porte de bois… Naturellement, un second piège était prévisible, et la dizaine de vampires fondit sur eux, suivis de trois pauvres cadavres de chasseurs réduits à l'état de goules enragées. Les vampires portaient sur eux tout ce qu'ils avaient pu trouver : bouts de meubles pour se protéger des flèches, projectiles, armes et boucliers… Cela était déjà une petite troupe, et Naja se tenait derrière eux. Ses blessures aux lèvres étaient cachées par un drap noir qui voilait le bas de son visage, mais pourtant elle n'avait aucun équipement.
Les arbalétriers qui étaient hissés en haut de l'escalier du haut, derrière les rambardes, tirèrent leurs carreaux. Les tirs étaient moins effectifs que prévu, leurs cibles étant rapides et parfois couvertes, mais un nombre suffisant d'entre eux atteint leur cible pour les ralentir. Trois d'entre eux chutèrent à terre, mais Heilwig ne les croyait guère mort, il fallait rester prudents.
   Mais Naja ne chargeait pas. Pas dans la même direction que le reste du groupe, qui entrait en confrontation directe avec les chasseurs armés de lances et d'épées d'argent. Elle se dirigeait vers les arbalétriers en train de recharger leurs carreaux en hauteurs, se croyant suffisamment éloignés du combat.  Heilwig les prévint du danger, mais elle courait trop vite, et d'un seul bond, elle saisit d'une main la rambarde et se hissa derrière cette dernière, sa queue déployée. Ils n'avaient pas dégainés leurs armes, les autres combattants étaient loin, c'était un massacre. Les chasseurs ne perdaient pas pour autant leur ardeur, et plusieurs d'entre eux vinrent se placer entre Naja et Heilwig, menaçant la vampire de leurs fers argentés.
-Mr Oeil de Lune, dit elle d'un air de salutation, sa queue ensanglantée s'agitant derrière elle. Je m'attendais à vous revoir.
-Naquanda… Vous devez être fière de votre acte. Vous m'avez lu, trois fois…
-Hmf. Vous n'êtes pas chasseur, ni commandant. Je vois votre regard, mais ces hommes sont morts par votre faute. Et votre défaite est causée également par vos mains… C'est la responsabilité d'un meneur de troupes.
-Vous dialoguez beaucoup. Je ne vous ai guère connue ainsi.
-Je vous ai bien trompé, pour cela aussi
, rit-elle. Mais je vous affectionne, vous m'avez bien traitée… J'en venais même à apprécier les moments avec vous. Néanmoins vous avez bien raison, nous sommes sur un champ de bataille, et il n'y a pas de place pour cela… Je me délecterai donc de votre sang !

  Naja s'avança vers les deux chasseurs qui protégeaient Heilwig, tandis que ce dernier incantait un sort de flammes dans sa main. Il était clair que ces derniers ne faisaient pas le poids, car elle avait récupéré sa force physique et contrairement à la plupart des vampires, se battait avec technique. Peut-être Lise ou Christa auraient eue une idée pour l'abattre, mais il ne pouvait guère penser à cela maintenant. Les chasseurs comprirent qu'il fallait se baisser pour éviter les flammes, et Naja également. La gerbe de feu passa au dessus de sa tête et elle roula sur le côté, cassant le bois de la rambarde, et chutant un bref instant avant de saisir le bord de l'escalier des mains et de se propulser à la force de ses bras vers Heilwig. Pour lui, tout ceci s'était déroulé si vite qu'il ne put que vivement reculer… Mais sa main gauche, déjà, volait à ses pieds, emportée par la queue rapide comme un fouet de la vampire. Heilwig gémit de douleur, et même si ses camarades volèrent à son secours, il sentait avec amertume et regret que ses jours était comptés.

  Son désespoir fut bref, car il entendit un hurlement, terrifiant pour tous, mais providentiel pour lui. Celui de Christel. La porte de l'étage supérieur fut fendue en deux d'un seul coup, quand la lycanthrope transformée, sa massive lame dans la main droite, se présentait sous l'arche de cette issue, jetant des yeux bleus assassins vers les vampires et Naja. Les Friedsang, d'abord apeurés, ressentirent également l'espoir d'Heilwig quand ils reconnurent la lycan comme leur alliée dans ce combat.
   La lycanthrope fonça vers Naja, abattant sa lourde épée vers elle. La vampire esquiva, et sa queue fendit l'air à nouveau, laissant une entaille sur l'épaule de Christel, qui l'ignora totalement.
-Christel, s'exclama Heilwig, alors qu'il cicatrisait magiquement sa main. Si tu bats Naja, nous pourrons renverser la situation !
  Et elle le comprit bien. Heilwig savait Christel capable de vaincre un vampire majeur une fois transformée, car elle était presque aussi forte que sa sœur. Qui plus est, Naja ne connaissait pas les pouvoirs de la Jackal… Malgré tout, elle restait sur ses gardes. Elle constatait bien qu'elle pouvait y laisser des plumes, et redoublait de prudence. Même avec son corps immortel, Naja ne prit pas le risque de laisser la lame la blesser, et évita les coups rapides de Christel. La lycanthrope possédait plus de force physique, le combat était terminé si elle saisissait la vampire, ce pourquoi Naja reculait à chaque pas en avant de son adversaire. En vérité, elle ne semblait plus avoir réellement l'intention d'attaquer. Heilwig, même si il était préoccupé par sa blessure, observa la salle, sans rien repérer de suspicieux ou annonçant un piège. Il ne pouvait pas baisser sa garde, même si Naja ne semblait pas avoir l'avantage dans ce combat.
 
   La lourde lame ne volait jamais loin de sa chair, et contrer la force de Christel lui serait difficile. Avec ses bras et la longueur de sa lame, la lycan était capable de frapper sans se mettre dans la portée létale de la queue de Naja, qu'elle finit à son tour par entailler au bras. Alors, sous l'oeil étonné de la vampire, le sang, au lieu de couler lentement vers le sol, était attiré spontanément vers la lame de Christel, l'entourant dans une volute rouge. La Jackal pouvait maintenant se montrer utile !…

  Mais le combat s'interrompit. Autant pour Christel et Naja que pour les chasseurs et vampires. Dans un éclatement et grondement terrible, le plafond explosa et s'effondra. Une grande masse sombre, percuta le sol dans un immense choc dirigé vers les chasseurs, en écrasant trois, ainsi qu'un vampiris qui luttait farouchement contre eux. Un nuage de poussière fut soulevé, des chandeliers s'éteignirent, et les deux camps s'éloignèrent respectivement des morceaux du plafond… Dans le bois et la roche, Christel reconnu la première le corps ensanglanté d'une Lycan, celui de sa sœur, un trou pourpre au milieu du ventre, et se jeta vers elle en ignorant Naja. Heilwig comprit avec horreur la réaction de Christel, et accouru, bousculant les chasseurs, vers Christa.

   Naja, elle, avait le regard tourné vers le trou qui laissait entrer la lumière lunaire… Les vampires et chasseurs levèrent eux aussi les yeux, et ils ne regardaient non pas l'astre, mais l'autre présence immaculé qu'ils pouvaient entrevoir. Celle d'une vampire entièrement habillée de blanc, les toisant malicieusement du regard. A ses côtés apparut alors une figure sombre, portant un étrange masque à la couleur de l'ivoire… Naja semblait avoir attendu ce moment, et souriait sous le drap noir qui voilait son visage. Heilwilg et Christel eux, étaient trop préoccupés par Christa pour le remarquer, et ils constataient avec espoir que cette dernière n'était pas encore morte. Il fallut que Kazhaar lève la voix, debout sur le bord brisé du plafond, pour qu'ils y portent attention.
-Mes salutations, Friedsangs, déclara t-elle en bombant le torse. Moi, Kazhaar Dyra, ai vaincu la meilleure chasseuse qui soit ! Considérez ma merci comme un témoignage de mes respects et ma reconnaissance de votre force.
  Entendant ceci, Christel grogna, prête à grimper là haut pour affronter elle même la vampire, mais  Heilwig lui saisit le bras, l'en dissuadant. Il était terriblement pâle, et tenait à peine debout.
-Si elle a battu Christa, dans l'état de nos forces… Nous ne ne pouvons plus gagner. Si tu l'attaque, tu pourrais mourir… Et ta sœur aussi.
  Ecoutant les paroles de son père, Christel calma ses ardeurs, ce qui fit soulever un sourire à Kazhaar. Heilwig, levant lui aussi les yeux vers la vampire, l'observa avec attention et en déduit qu'elle était très certainement le démon blanc des rapports. Même si elle était un vampire majeur, Heilwig avait du mal à croire qu'elle ait vaincue Christa au maximum de sa force… Mais elle avait laissé cette dernière en vie, et il osa supposer à lui même que Kartsa était donc toujours vivante également. Malgré cela, ceci ne signifierait rien si le combat continuait et qu'ils périssaient tous.
-Je suis en charge de ces hommes, clama Heilwig en s'avançant. Si les raisons de votre attaque sont la libération de ces vampires, alors nous vous laisserons vous enfuir et cesserons le combat.
-Pourquoi se battre quand j'ai déjà prouvé vous surpasser ? Ricana Kazhaar à voix haute, avant d'étendre les bras. J'accepte votre proposition. Montrez vous, mes personajes !
  Suite à ces mots, d'autres figures masqués impossibles à différencier se penchèrent vers le trou. Heilwig en compta quatre, en plus du masque déjà présent aux côtés de Kazhaar. Le nom de personajes ne fut pas inconnu au vampirologue, et il fut médusé de comprendre qu'il y avait plusieurs d'entre eux. Plusieurs vampires avaient été identifiés sous les même actes.
-Vampires ! Reprit-elle. Comme vous le voyez, j'ai terrassé un de nos de plus terribles adversaires. A présent, vous pouvez me rejoindre, ou rester des prédateurs solitaires à la merci de nos chers chasseurs. Le choix est votre.

  Kazhaar était forte. La chose était certaine, mais les vampires ne se faisaient guère confiance entre eux, et suivre cette inconnue n'était pas un choix évident, car ils ne voyaient guère cette dernière comme une salvatrice plus qu'une opportuniste. Cependant, Naja, qui sauta de l'escalier, eut un avis plus tranché.
-Je suis parmi vous.
  Il n'y avait rien d'autre à ajouter. Naja les avait mené au combat, et tout ceux qui étaient vivants pouvaient le reconnaître. Sans elle, ils se feraient abattre, et la liberté qu'ils désiraient ne serait jamais venue. Nul ne doutait en Naja à présent, et pour l'instant, la suivre n'était certainement la pire idée imaginable.
-Dans ce cas… Dit Kazhaar en se tournant vers le masqué à ses côté. Marty, au travail.
  Et c'est en soupirant que ce dernier disparut l'espace d'un instant, avant qu'une corde ne chute de la fissure du plafond, s'étalant dans l'air. Naja n'hésita guère, et bondit pour saisir la corde de ses deux mains. Alors, elle tourna ses yeux jaunes vers les chasseurs, puis Heilwig. Tous enrageaient, et nombreux désiraient se battre jusqu'à la mort, cependant ils durent durement se résoudre à voir l'entreprise futile, et contemplèrent amèrement le fruit de leurs échecs.
-Si vous êtes des vrais chasseurs, nous nous reverrons, dit-elle, avant de commencer son ascension. Heilwig ne tenait plus debout, et Christel serrait les crocs pour ne pas se jeter sur la vampire et la déchiqueter. Il ne restait plus au Friedsang que l'espoir de pouvoir combattre et vaincre un autre jour… Les vampires suivirent le chemin emprunté par Naja, tandis que Kazhaar les regardait, triomphante. C'est ainsi qu'ils s'enfuirent dans la nuit, quittant le domaine Friedsang.
   

 Des heures plus tard, à l'orée d'un bois, deux masques se retrouvaient entre eux. Les personajes, vêtus de même façon, se reconnurent et se saluèrent. Ils étaient visiblement éloignés du reste du groupe, mené par Kazhaar. Il n'y avait pas l'ombre d'une vie humaine ou monstrueuse dans cette forêt.
-J'ai entendu dire que tu te faisais poursuivre par la future Comtesse… Pas trop d'ennuis ? Fit un des masques.
-Aucun, Marty, fit le second masque d'une voix suave. Je l'ai faite tourner en rond dans la forêt jusqu'à ce qu'elle renonce.
-Tu t'es bien amusé, alors ?
-Pas vraiment. T'imiter n'est pas vraiment très divertissant.

  Levant la main derrière sa tête, ce personajes ôta son masque pour révéler l'élégant et mesquin faciès de Lucius Fledermaus, qui semblait vibrer de moquerie. Mimant son action, l'autre retira également son masque, révélant la laideur du visage blanc et creux d'un vampire mineur.
-Cette petite m'a ôté le bras gauche, elle se débrouille bien.
-C'est pas problématique ?
-Non. Le plus important, c'est que tout se soit bien déroulé,
dit il avant de soupirer avec plaisir. Si tu savais ce que j'ai ressenti quand ils ont découvert le pot aux roses ! Leur supérieur remplacé par un vampire, depuis des années… Quelle tragédie, vraiment. Exaltant.
-Ouais… Certainement
, fit Marty, peu convaincu, en grattant son crâne chauve. En fait, nous n'avons plus besoin de mes masques, si ?
-Au contraire. Ils sont encore utiles. Je dois te louer pour m'avoir inspiré ce plan… En faisant porter le masque aux vampires que tu as fait naître, et en leur faisant imiter ton mode opératoire, nous avons pu faire passer les agissements de six vampires pour ceux d'un seul. Te transformer était réellement une bonne affaire, et maintenant que nos effectifs ont doublé, nous pouvons continuer dans cette voie. Ils savent que Personajes est plusieurs vampires, mais pourront ils deviner quel personajes vont il affronter, maintenant que leurs forces varient ? Il en sera de même pour nos autres ennemis.

  Leurs conversation s'interrompit alors, car Lucius perçut la présence d'une personne qu'il ne connaissait que trop bien. Naja.
-Elle n'est pas avec le reste du groupe ? Demanda Marty en inclinant la tête d'interrogation.
-Te retracer n'est pas bien difficile, affirma t-elle. Et je savais que Lucius serait avec toi. Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu son joli minois.
-Je me vois honoré du compliment,
répondit Lucius dans une révérence. Marty, je te présente Naja Naquanda, une vieille connaissance. Elle mènera les personajes au combat et déterminera leurs déplacement.
-Hm… Je croyais que la chef était… Bah, la chef quoi.
-C'est le cas. Mais ne faut-il pas quelqu'un d'expérimenté pour mener cette folle troupe ? Mademoiselle Dyra n'a aucune envie d'être au commandement et n'a jamais commandé à ces vampires, il s'agit surtout d'une figure d'autorité appropriée. Et forte de symbolique, qui plus est. Je pense que notre cher Haut Sang préfère se libérer de telles responsabilités…
-Plus important,
dit Marty avec une inquiétude sincère. Ce que je veux avant tout c'est survivre... Ce plan était sympathique et je pouvais rester planqué, mais... Vous n'avez pas l'intention de berner Refinia, pas vrai? 

  Lucius et Naja tournèrent la tête chacun vers l'autre, s'observant dans un moment de silence pesant ou Marty se sentait presque ne plus exister… Puis, ils s'esclaffèrent tout deux à gorge déployée, Naja se courbant sous le rire, et Lucius posant sa main sur son visage. Marty fit la moue, autant vexé que dans l'incompréhension… Quand ils finirent par calmer leurs rires tant bien que mal, Lucius fit une amicale tape sur l'épaule du vampire mineur, un grand sourire aux lèvres.
-Il est l'heure pour moi d'y aller, fit il. Je vous laisse la suite.
  Sur ces mots, après une seconde tape, il retira sa main et posa son index sur ses lèvres marquées d'un léger sourire. Un sourire malin, astucieux, narquois, sardonique, et plus que tout pour Marty, malsain. Avec cette dernière image, le vampire disparut en une nuée de chauve souris, qui s'éloignèrent dans les étoiles.



  Le lendemain, le domaine Friedsang qu'avait retrouvé Kartsa était devenu sinistre. Nombreux étaient les couloirs qu'elle connaissait qui avaient été marqués de conflit, et aussi nombreux étaient ses cousins et vassaux morts. Les cadavres recouverts de linceul s'alignaient, dans une quantité qu'elle n'aurait pas osée imaginer. Le hall était en ruine, et des chasseurs soulevaient des débris pour en sortir les corps broyés de leurs pairs, la rage au ventre. Christa, blessée mortellement, était inconsciente et alitée. Si elle n'avait pas été blessée lors de sa transformation et n'était pas si endurante, elle n'aurait eu aucun espoir de survie… Elle apprit avec choc qu'Oswald était un vampire ayant prit son apparence et les trompant tout ce temps. Cependant, cela ne l'attrista pas. Sans doute parce qu'elle n'avait jamais aimé ou estimé son oncle en premier lieu… L'humiliation de la tromperie était la seule chose qui la faisait enrager. Toute sa famille était tournée en ridicule par cette supercherie.

  Kartsa trouva Heilwig en allant vers la chambre ou Christa était soignée, quand ce dernier ouvrit la porte pour en sortir. Ses yeux étaient marqués de cernes, autant par la fatigue que par l'humeur qui frappait chaque Friedsang. Cependant, revoir Kartsa fit soulever sur ses lèvres un sourire, alors qu'il refermait calmement la porte derrière lui.
-Quel changement, je vous ai à peine reconnue.
-Vous êtes vivant…
-Etonnée ? Je me débrouille, même si j'ai failli perdre une main
, fit il en indiquant sa main couverte de bandages. Je l'ai refixée à temps… Bien que je ne suis pas certain de vraiment pouvoir l'utiliser correctement, après cela.
-Et Christa ?
-Elle survivra… C'est ce qui importe. J'ai juste peur qu'elle finisse comme Lise… Quoique, peut-être serait-ce pour le mieux. Mais, peu importe ce qui arrivera, je sais qu'elle sera forte. Elle l'est toujours, je la connais bien.
-Christel doit être morte d'inquiétude...
-Ceci l'affecte grandement... Elle enrage de ne pas avoir tué Naja hier, et ne m'a dit que quelque mots depuis.
-J'ai toujours du mal à croire à tout cela
, fit sombrement Kartsa en s'adossant au mur. Vous pouvez me faire un rapport des pertes ?
-Les onze vampires du couloir des interdits se sont échappés, et nous en avons éliminé quatre. L'un d'entre eux a été tué en tant que dommage collatéral dans la bataille. Quand à nos éléments… Nous avons perdu quatorze chasseurs Friedsang, dont Wolfgang et Oscar. Il y a pas moins d'une dizaine de blessés, dont quatre en état critique, sans comprendre Christa. Enfin, nous avons perdu une partie importante de nos archives, et six vampirologues sont introuvables… Et un vampire majeur inconscient caché sous les sous sols a maintenant disparu. Aucune donnée sur ce dernier et le travail effectué sur lui ne reste.
-L'Empereur nous protège…
-Une bonne partie de nos chasseurs chevronnés a été envoyée en mission, ainsi que tout nos entachés. Lucius Fledermaus a organisé ceci afin de nous affaiblir, et cela a fonctionné. Ne pas l'avoir démasqué est notre plus grande erreur dans l'affaire.
-C'est étrange. Les vampires ne se montrent jamais si actifs, ni si agressifs…
-Ces vampires ne sont pas à la solde de la Dame écarlate… Ils ont trouvé un nouveau seigneur, en la personne de Kazhaar Dyra.
-Lucius a toujours été un serviteur de la dame…
-C'est en effet étrange. La vérité est sans doute bien plus dense,
répondit Heilwig. Le corps d'Eleison hantait toujours ses doutes…
Cependant, je soupçonne une chose au sujet de la Dyra. Une suspicion que le comte lui même m'a confié… Cette dernière pourrait vouloir réaliser notre plan. A sa manière.
-Que faire, alors ?
-Je regrette, mais il est trop tôt pour que je le sache… Qui plus est, ce n'est pas ma responsabilité d'en décider. J'ai pris les rennes parce que personne d'autre ne pouvait le faire, mais j'ai aussi du comprendre que je n'étais pas compétent et n'avait pas le sang froid pour cela. La prochaine fois, ce sera à vous de prendre de telles décisions.
-Oui… Je dois prendre les commandes de la famille. Mais êtes vous certain que le moment est bien choisi ?
-C'est le moment
, répondit Heilwig d'un air décidé. Maintenant plus que jamais.
  Suivez moi. Nous allons présenter notre nouvelle comtesse.


  Kartsa emboîta le pas d'Heilwig. Elle allait faire face aux siens, en tant que dirigeante. Une responsabilité immense, dans cet état de crise, pesait sur ses épaules… La Friedsang ne savait si elle en était digne, ni si Lise serait fière d'elle, ni si elle ferait un meilleur travail que le défunt Oswald… Mais elle guiderait sa famille jusqu'à son dernier souffle.
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Re: Quand il faut faire bref...

Message par DALOKA le Mar 13 Mar - 23:38

Ni deux soleils, ni deux souverains

Il était juste là.
Les pieds sur le balcon de pierre, le garçon aux longs cheveux d'or était proprement semblable à une statue. Sa main gauche retombait près de sa taille, le poing presque clos, et en dessous de son épaule gauche flottait une manche vide doucement soulevée par le vent glacé. Ses longs cils étaient abaissés, fermant ses yeux dans une stoïque expression de paix, et ses joues, par le froid sans doute, étaient rosées sur son teint plein de vie. Ses lèvres fines restaient elles aussi closes, imposant un silence que seule la nature avait l'autorisation de troubler. Par dessus l'épaule du monarque s'élevait le soleil, qui montrant enfin sa pleine lumière après les longs jours nuageux d'hiver. Et il était là. Il semblait l'avoir toujours été.

  Mais Laurence lui ne se sentait pas ici.
Il était dans le passé, face à un homme bien plus grand que lui. Son visage même était devenu trouble, contrairement à la silhouette ferme et à la voix, rigide comme un lourd engrenage poussiéreux et rouillé, mais qui broyait tout entre ses dents.
« Tu dois rester droit. »
  C'était impossible. Le gamin appelé Laurence se tenait une côte, il était petit et frêle. Pas plus de douze années dans ce corps où il avait terriblement mal. Gérard le vit.
« Tu n'as aucune excuse pour être faible. »
  Il s'attendait alors à recevoir un autre coup, mais à la place, Gérard tourna le dos. Et cette fois l'Empereur d'Haynailia, pas l'enfant, se tenait debout face à lui. Il était devenu plus, fort que personne ne l'avait attendu. Il n'avait plus de reconnaissance à obtenir.
   L'Empereur avança un pas, puis un autre, et se mit en marche, dépassant Gérard et traversant le fantôme de l'enfant, qui disparut.

   Le jeune valet disposait sur la table une coupe où il versa du vin. Sous le regard satisfait du comte au cheveux blancs, le liquide violacé emplissait le récipient d'or, avant qu'il ne le saisisse d'une main. Entre les doigts du comte, la surface de l'alcool reflétait son visage, mais l'or lui, renvoyait l'image de Laurence. Durand sourit avec plaisir.
« Mon cher Laurence, il te faut rester à ta place. Tu peux le comprendre, n'est-ce pas ? »
  La seule main de l'Empereur se posa sur le dossier du fauteuil, au dessus de la tête de Durand Vinnairse. Ce dernier lui semblait à présent n'être que peu de choses. Laurence n'avait plus personne à qui obéir, et plus personne à dépasser non plus.
  Il dépassa le fauteuil, et la vision du serviteur éclata.  

  Le jeune étudiant en uniforme d'académie posa avec force sa valise sur le plancher de la chambre. L'adolescent brun plusieurs pas en face de lui replaçait ses lunettes en exprimant un rire sans assurance, et le blond, poings sur les hanches, le fixait en levant le menton avec la claire intention d'imposer son autorité. West, Son futur camarade de chambre, lui tendit la main.
« On ne se connaît pas… Soyons bons amis, d'accord ? »
  L'Empereur se tenait derrière le cadre de la porte ouverte. Il fixait le dos de l'étudiant et la main ouverte de West Adamas, ses lèvres se crispant un bref instant. Il n'avait plus d'amis, plus personne à qui parler en égal.
  Il continua son chemin, et perdit l'intérieur de la chambre de vue.

  L'Empereur rouvrit les yeux, à nouveau sur le balcon du donjon Beremorois. Il agita les doigts de sa main un instant. Grâce au soleil son corps était de nouveau plein de force et de vitalité, et prêt à tout défier. Derrière lui se trouvait, discret comme une ombre, un homme lugubre au masque de cuir  , au grand chapeau et à la longue veste. Gorneval, l'inquisiteur muet et son plus fidèle garde du corps, était resté en retrait vers l'intérieur du donjon comme pour ne pas être lui touché par l'éclat du jour.
-… Je rêvais, je crois, fit l'Empereur, levant les yeux vers le ciel.
Songes tu parfois au passé, toi aussi ?
  Dans un mouvement presque imperceptible du menton, l'apôtre de l'humilité répondit que oui sans émettre un son.
-Cela m'arrive, parfois… Je dois l'admettre, j'en suis attristé.
L'Empereur se retourna alors à nouveau vers le tissu azur des cieux et souleva sa main qui, se dessinant parmi les nuages au dessus de sa tête, semblait tenir l'astre céleste juste dans le creux de sa paume.
-Je suis au sommet, reprit-il en refermant son poing sur le soleil. Il y a des gens plus forts, plus beaux, plus rusés que moi, même à mon service, mais malgré tout… Je ne trouve plus personne sous ce ciel qui soit mon égal. Je le réalise depuis que j'ai tué Sharkaan, et lui n'était rien de plus qu'un monstre perdu dans ses propres illusions, pas un leader.
Il me manque, toujours, toujours quelque chose. Peut-être qu'il est dans ma nature de désirer… Mon rêve est à portée de main, mais j'aimerais, sur et derrière le champ de bataille, me confronter à quelqu'un qui me vaudrait. Du moins quelqu'un qui me ferait trembler. Quelqu'un qui me ferait douter et qui pourtant me comprendrait, quelqu'un qui réussirait à me fasciner… Un tel individu serait je pense, plus qu'un adversaire, mon plus proche ami.


  En tant qu'homme de foi, Gorvenal n'était certainement pas le plus apte à comprendre. Lui qui avait brûlé sa langue et tranché ses attributs masculins par religion était même tout le contraire de l'Empereur. Pourtant, il n'y avait aucune oreille plus fiable... Ceci même si il avait le profond sentiment de parler à l'air et non à un être de chair et de sang.
  Laurence posa une main sur la rambarde de pierre et sourit en apercevant non loin certains de ses soldats, guidés par ses plus fidèles généraux. Il n'était pas seul. Non. Il avait tant de gens qui lui faisaient confiance et d'autres qui l'adoraient mais… Il ne pouvait s'extirper de ce sentiment d'insatisfaction.
-Quelle idée stupide, s'esclaffa l'Empereur. Si cet égal apparaît il sera peut-être celui qui mettra fin à mon rêve…
   Ou bien n'apparaîtra t-il jamais.


  L'Empereur tourna les talons, et d'un pas décidé, dépassa Gorneval pour disparaître dans l'intérieur du donjon. Dans un parfait silence, l'inquisiteur se retourna et, sans un bruit, se glissa dans l'ombre du souverain.
-Ne faisons pas attendre mes hommes, dit Laurence, alors que ses pas s'entendaient encore à l'extérieur. J'ai une guerre à mener.
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Re: Quand il faut faire bref...

Message par DALOKA le Mer 28 Mar - 10:55

Un père malgré tout








Félicitation pour ton mariage.
                                                  Ton père, Téko Dyra.



  Voilà les mots que j'avais l'intention de t'envoyer quand j'ai commencé à écrire cette lettre. Je pense que tu t'en serais contentée, et j'aurais gagné du temps.
  Cependant, j'ai des choses à te dire, Félicia, et c'est en posant ma plume sur le papier que j'ai réalisé cela. Je ne sais quand je pourrais te revoir, ni même si je pourrais réellement, ainsi il me faut aligner ces pensées et leur donner forme. En commençant depuis le début.

  Ce début, c'est ma rencontre avec toi. C'était en 1845, au manoir Vinnairse. Tu n'avais à l'époque que 5 ans, et je rendais visite au comte qui était l'ami de feu mon père. J'étais hanté par ce que j'avais fait à Kazhaar, et ce que j'avais fait à tout mes amis, ce pourquoi j'étais souvent dans un bien piètre état. Si je me souviens de ce jour où j'étais uniquement venu pour Durand, c'est parce que, alors qu'il me présentait à ses enfants, ses filles prenaient la fuite, l'une d'entre elle criant que j'étais effrayant. Je ne sais pas si c'est toi ou Alexia qui le dit, mais cela était certainement vrai.
  Voilà pourquoi je n'étais guère surpris, deux ans plus tard, de recevoir chez moi une des deux jumelles pétrifiée de peur dans une maison inconnue qui appartenait à un homme tout aussi inconnu dont la présence ne devait pas être rassurante pour un enfant. J'étais moi même répugné par l'aisance de l'accord signé avec Durand ; nos familles avaient certes une histoire de collaboration et un lien de parenté, cependant j'arrachais une fille à son habitat et à ses proches. Et pouvais-je dire que je n'avais pas le choix ? Pas vraiment.
  Il était certes vrai que je voulais éteindre la lignée des Dyra, mais cette raison me semble maintenant comme une excuse. La vérité est que je refusais de prendre une femme alors que je n'avais pas le courage de tuer Kazhaar.

  Je ne me sentais pas moins coupable de t'avoir intégrée de force à ma famille. Ce jour là, tu pleurais tant qu'aucun serviteur n'était capable d'y faire quoique ce soit, et je me sentais impuissant, moi qui déclarait être ton nouveau père. T'en souviens tu ? Je t'ai approchée pour la première fois, et j'ai posé ma main sur ta petite tête blanche. Je ne sais quelle expression j'avais, je tentais de sourire, mais ma tristesse devait être visible. Je t'ai dit alors « Désolé. ». Un mot d'une platitude sans nom, que je ne dis pas pour tenter de te consoler, mais parce qu'il exprimait mon ressenti le plus profond. Ce n'est pas le genre de mot que l'on dit à son enfant quand il pleure, et pourtant, tu as cessé de pleurer.
   Jamais je n'ai compris pourquoi. Jamais je ne comprenais, tu étais une énigme à mes yeux.

  En Juin 1848, tu avais 8 ans. Je recevais alors enfin le fruit des fouilles que j'avais financée dans la zone côtière de Scarrath : la Sarth Ut Ardentis = Xephiel. J'avais déjà prévu de te la faire manier à l'avenir, tout comme j'avais déjà prévu ton mariage avec West Adamas, ainsi que l'intégralité de ton éducation. J'avais décidé de t'encadrer dans un cadre très strict, fort différent de ce que tu avais vécu au manoir Vinnairse. Et à ma grande surprise, tu t'y adaptais plus aisément que je ne le pensais. Alors que je craignais avec appréhension les débuts de ton adolescence, tu ne refusais à douze ans aucune tâche, aucun devoir. Je commençais à voir en toi une loyauté et une dévotion que je n'avais pas anticipé, et qui me dérangeait bien qu'allant absolument dans le sens de mes projets. L'admiration que tu me portais me gênait tout autant, parce que je n'étais pas admirable. Je n'avais oublié ce que j'avais fait, ce que je faisais, et ce que je t'avais fait. Ainsi, te voir ainsi me fâchait au fond de moi même, et me fit faire une de mes pires erreurs depuis ton adoption : ne jamais te donner la reconnaissance que tu méritais.
  Et pourtant, alors que je te n'ai jamais félicité chaleureusement, encouragé, souri, tu continuais. J'étais stupéfait par ta force d'esprit. Même confrontée à tes difficulté pour apprendre la magie, tu ne renonçais pas. Tu t'es sans doute demandée alors comment ne t'ai-je pas réprimandée pour être incapable de lancer le moindre sort, mais comment le pouvais-je ? Je n'étais pas en colère, j'étais attristé de voir qu'un tel handicap se portait sur le potentiel d'une fille si pleine de volonté. C'est pour cela que j'ai concentré tes études sur l'escrime, car je voulais profondément que tu réussisse. Malheureusement, jamais je n'ai su le dire. Je m'étais mis en tête que cette difficulté à obtenir ma reconnaissance était ce qui te poussais à aller si loin. Peut-être m'étais-je trompé, peut-être au contraire, avais-je raison, mais il est trop tard pour cela à présent.

  Félicia, je t'ai imposé tant d'épreuves qu'une jeune femme de 16 ans ne devrait pas subir. Affronter parmi les pires adversaires de ce continent, te confronter à ta propre sœur, t'exposer toujours au danger. Et, bien que je ne sais la mesure de l'affection que tu portais à Alexandre Rosentia, je t'ai fait vivre la mort d'un mari. Et tu restais auprès de moi, comme si cela était la seule chose que tu savais faire.
J'étais autant touché que honteux.

 Quand je me suis enfui d'Haynailia, et que tu étais exilée, je ne savais pas où tu te trouvais. Il fallut très peu de temps pour que je réalise que tu me manquais. La Félicia silencieuse n'était plus à mes côtés, elle qui m'avait soutenu mieux que mes amis même. Pour la première fois depuis longtemps, j'étais mort d'inquiétude pour autrui. Je ne t'avais pas appris à te débrouiller, à improviser dans un monde bien plus vaste que l'empire, car je n'avais jamais envisagé que tu serais autre chose qu'une Dyra.

  Pourtant, j'ai décidé de ne pas te chercher. Parce que, moi recherché, cela ne t'aurais pas mis moins en danger, et parce que je ne voulais pas de nouveau t'enfermer. C'était l'occasion pour toi de quitter les combats, de vivre ta vie, peu importe laquelle.

  Puis, le juillet 1864, j'entends parler de l'équipage du Griffon. De la comtesse pâle. Avant que son identité ne soit confirmé, je sais déjà qu'il s'agit de toi. Tu avais 24 ans, et tu étais à la tête d'une bande de pirates. Que c'était inattendu, et inapproprié. Pourtant, ce jour là, j'étais empli d'une fierté franche, et je ne pus me retenir de rire. Sans moi, à partir de rien, ma fille avait construit quelque chose qui n'avait rien à voir avec moi, avec mes idéaux. J'avais, une fois de plus, sous estimé ta force.

  Maintenant, te voilà. Corsaire à la tête d'une flotte, colon sur Aurore, et maintenant, tu viens récupérer de tes mains le titre qui te revenais de droit. Tout ce que j'ai construit dans le comté Dyra, c'est avec joie que je le donne. Fais en ce que tu veux, je n'ai plus besoin de te demander d'agir avec sagesse. Peut-être que nos routes ne se recroiserons plus, peut-être le feront elles dans de fâcheuses circonstances, mais je te penserais toujours ma fille.
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Re: Quand il faut faire bref...

Message par DALOKA le Jeu 5 Avr - 18:11

Sous le modèles des Des trucs randoms, que je sais pas où caser...Mais sur Eclipse! de Jack, voici quelques textes pour apporter des développements divers faits parce que j'avais envie.

Fragments I


"Mes espoirs de restaurer un gouvernement stable et efficace s'amenuisent de plus en plus. Sente Al'Zar devient un bien plus grand mal qu'une mesure extrême. Normalement, nous aurions pu nous en débarrasser et reprendre les rennes mais à ce stade, le pays s'est déjà trop divisé, et cela ne changera pas grand-chose. La faute à Double Delta ? Elle était assurément une variable inattendue. Quoiqu'elle veuille elle a toujours un coup d'avance sur nous. Toujours est-il que si l'Empire n'attaque pas maintenant, une guerre civile éclatera de toute façon. Et Laurence ne laissera pas la démocratie renaître sous son règne.
  Il est temps de proposer le projet d'exil à Septrios. Même si le pays meurt, le travail de son élite intellectuelle peut largement être sauvé si nous nous y prenons dès maintenant. Nous avons la possibilité, en recommençant sur de nouvelles bases, de confectionner une démocratie plus efficace et plus juste. Bien sur, je ne sais pas si je vivrais pour voir ce projet aboutir."

  Correspondance de Téko Dyra à un anonyme



Ces Personajes étaient des bêtes assoiffées de sang. Kazhaar le constatait en les observant se comporter entre eux comme des brutes, et désespéra à l'idée d'avoir à mener cette bande. Lucius avait cherché des gens à la fois dangereux et manipulables, et à cela s'étaient ajoutés des vampiris capturés par les Friedsang. Certains d'entre eux ne voulaient que deux choses : en découdre, et manger. De vrais animaux. Bien entendu, personne ne contestait ses ordres. Parce qu'elle pouvait tous les tuer, bien sur.
-Eh, fit la voix de Marty, la sortant de ses pensées. Ce type est arrivé là… Ephraim Rashan ? C'est pour les quartiers généraux qu'il est supposé nous fournir.
-Ah, exprima t-elle avec un fond de dégoût. Cet homme malsain. Très bien, je vais aller de suite à sa rencontre…
-Tu ne l'aime vraiment pas.
-Suprématiste vampire qui manipule les humains depuis des siècles ? Non, pas vraiment. Mais tu sais, mon petit Marty…

  Elle afficha un large sourire.
-Les vampires, qu'ils soient faibles comme toi ou puissants comme lui, sont pour moi des atouts faits pour être utilisés. Et jetés s'ils n'ont plus de valeur. Alors voyons ce que le maître des catins a à m'offrir…



-… Kerdiald.
-Hm ?…

  Le vieux chevalier se retourna vers lui, un sourcil haussé. Le vent glacial qui avait déposé des flocons dans sa longue chevelure grise ne semblait pas le déranger outre mesure. Il conservait cet air détaché, cette impertinence, comme si rien ne l'atteignait, alors que la tempête approchait.
-Est-il trop tard pour reculer ?
-Pas de ça avec moi,
fit le chevalier en approchant le scarrath recouvert de tissus de la tête au pied, avant de tapoter de l'index la poitrine de ce dernier. Ce n'est jamais « trop tard ». Si tu veux fuir, vas y, je ne te retiens pas. Tu peux tenter de me poignarder dans mon dos aussi mais… Eh eh, je suis déjà presque mort une fois. Je peux recommencer.
 Alors, laisses moi te dire
, reprit-il sèchement, en levant le menton. Ou tu en fais partie, ou tu n'en fais pas. Même si tu es une raclure tu peux encore trouver un moyen de te sauver. On peux toujours fuir.
-Eh,
dit le scarrath, haussant le ton lui aussi. Cela va te surprendre, mais j'ai de l'honneur. J'ai appris la nécromancie et tué des gens sous le nom d'Ereshkigal: ce n'est pas sans raison. Je veux être assuré que ces sacrifices aboutissent à quelque chose.
-Et donc tu as répondu à ta question toi même,
sourit Kerdiald, étendant les bras. Par contre, ne te fais pas d'illusion. Ce que l'on nomme honneur, c'est de l'orgueil. Rien que de l'orgueil.
Bon, nous réveillons Geldo, ou nous restons ici à geler sur place ?
-Le choix est vite fait.
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Re: Quand il faut faire bref...

Message par DALOKA le Dim 15 Avr - 13:01

Dernier Shatranj

La lumière était faible. Rien ne semblait exister au-delà de la table où ils jouaient tout les deux dans un silence plus sensible qu'une surface liquide dans un verre, chaque son faisant vibrer et trembler le lieu, même le simple froissement d'habit. Une main gantée se souleva, prit entre ses doigts la tête d'un pion noir, et le fit progresser sur le plateau d'échec. Une main plus petite et tout aussi blanche flotta un instant dans l'air au dessus de la ligne des pions blancs pour finalement en saisir un et le faire glisser en avant également. Téko joint ses deux mains. Kazhaar reposa son menton sur sa paume.
-Pourquoi les Personajes? Dit-il en faisant avancer un nouveau pion.
-Je ne sais pas, fit-elle dans un sourire ironique, en répliquant sur le plateau de manière similaire. Pourquoi s'être impliqué chez les Friedsang ? Pourquoi vouloir affirmer la suprématie de Refinia ? C'est bien plus absurde, selon moi.
-Elle est passive.
-Et elle est notre ennemie.
-C'est ton ennemie. Non la mienne.

  Disant cela avec fermeté, il continua son jeu. Son regard n'était pas tourné vers elle mais vers le plateau, alors que la vampire captait avec attention chacune de ses imperceptibles réactions.
-Eh bien tu me laisseras la gérance du monde des vampires à présent. N'est-ce pas le juste ordre des choses ? Tu as bien assez sur ton esprit.
-J'ai quelques soupçons sur ce que tu feras. Et cela n'est pas la solution.
-C'est toujours toi qui a la solution, n'est-ce pas ?

  Croisant les bras, Kazhaar s'enfonça profondément dans son fauteuil, et une mèche de ses cheveux  s'étendit vers le plateau pour jouer son tour à sa place.  

   Téko adoptait sa typique attitude prudente, il ne prenait pas de risque, était objectif et à distance. Tout geste était calculé pour lui fournir une porte de sortie. Parce qu'il avait peur des erreurs. Il le savait, il en était terrifié, il ne savait pas les pardonner, et la personne qui lui faisait face était comme l'incarnation vivante de toutes ses erreurs. Et il s'était considéré comme l'unique responsable de tout ce qu'elle était à présent, précisément parce qu'il ne supportait pas ses propres échecs, parce qu'il ne pouvait qu'entrevoir les possibilités qui lui auraient permis d'installer une meilleure situation. Mais cela était naïf et égocentrique. Il avait désiré certainement au fond de lui avoir ce contrôle sur elle, avoir cette importance suprême qui ferait que cet être serait dépendant uniquement de ses décisions. C'était faux. Ses mains avançaient les pièces du jeu contre elle et sa stratégie devait perpétuellement s'adapter. Elle était en dehors de ses calculs, et elle agissait pour elle même.
-J'évalue purement les conséquences, répliqua t-il. Rien n'est assuré, jamais, peu importe à quel point l'on est prévoyant.
-Si j'échoue, j'échoue. Mais je n'en ai pas l'intention, et le destin est toujours de mon côté.
-Je ne crois pas au destin.
-Tu ne crois pas au destin et malgré tout nous sommes encore là tout les deux. A jouer aux échecs. Comme il y a plus de trente ans.


   Kazhaar était agressive, assurée, et piquait toujours à vif la posture que Téko empruntait. Elle savait où toucher pour qu'il reconsidère sa position, exploiter ses faiblesses qu'elle connaissait si bien. Elle était capable de voir le moindre frémissement du visage et de ressentir le moindre souffle, entendant jusqu'au rythme du battement de son cœur, comme si elle pouvait voir à travers de sa peau l'intégralité de son corps. Il ne pouvait pas se cacher, même s'il conservait son calme habituel. C'était sans doute pour cela qu'elle était si attachée à lui, pour cela qu'elle ne s'en sentait pas séparable, parce qu'elle le connaissait si bien. Parce qu'elle savait tout de lui. Elle n'avait pas de regrets, contrairement à lui. Elle ne lui en voulait même pas pour toute les souffrances qu'il lui avait infligé, et ceci était une folie qu'elle avait toujours justifié par amour. Oui, elle avait été folle à lier. Mais, elle finissait par le comprendre, elle se figeait elle même en restant rattachée à lui. Même si son corps ne changeait pas elle ne pouvait pas être encore enfermée dans ce rôle de la sœur, ou bien jamais, jamais elle ne se surpasserait.

   Kazhaar se leva du fauteuil de cuir, contournant la table basse pour arriver dans le dos de Téko qui restait le regard concentré sur le plateau du jeu. Ses cheveux blancs manipulaient toujours les pions, jouant même alors qu'elle avait quitté son siège et posé ses mains sur les épaules du comte.
-C'est par nostalgie que nous répétons cela, reprit-il. Il n'y a rien de spirituel. Même moi je pense souvent à ces années passées.
-Et tu penses toujours que tout cela n'était qu'une erreur ?
-Oui. Je ne suis pas poétique comme toi, je ne peux pas la trouver belle. Nous nous sommes mutuellement détruits, au final.
-Tu es un trouillard,
dit-elle avec un sourire en coin, s'abaissant pour l'enlacer dans son dos, joignant ses mains contre le torse du comte. C'est pour cela que tu as éloigné notre enfant.
-Il me fait peur oui. Mais j'ai bien plus peur de ce qu'il pourrait devenir avec toi ou avec moi.


   La partie continuait entre les mains gantées de soie et le tissu blanc des cheveux de Kazhaar. Téko semblait parfaitement concentré sur le plateau. Pourtant, son regard se détourna légèrement vers lui même, vers les mains de Kazhaar sur lui. Elle avait toujours de belles mains. Ces mains capable de le fendre en deux en un instant pourtant. Il avait toujours eu peur de Kazhaar. Peut-être même qu'une part de lui même la détestait.

   Kazhaar avait entre ses bras quelqu'un qui n'était pas juste Téko Dyra. Il était devenu un homme de réputation, il avait des rêves qui étaient totalement étrangers à elle, des idéaux qu'elle ne partageait pas et ne comprenait pas. Elle en éprouvait une certaine frustration. Alors qu'elle l'avait pensé si important, elle ne lui avait jamais été indispensable.
-Echec et mat, fit-elle, une tristesse animant alors son regard. J'ai gagné, cette fois.
   
  Téko n'observait plus aucune option sur le carrelage blanc et noir. C'était la première fois qu'elle gagnait réellement contre lui, alors même qu'elle pouvait sentir ses moindres réactions. Admettant sa défaite, il s'appuya contre le dossier du fauteuil.
-Tu as vieilli et pourtant tu es toujours le même, fit-elle.
-Tu n'as pas changée et je te trouve plus remarquable que jamais, fit-il. Et c'est pour cela que nous devons nous séparer, pour de bon.
-Tu dis vrai. Hélas.

  Kazhaar relâcha son étreinte, exprimant un soupir entre ses lèvres. Ses cheveux blancs qui retournaient à elle emportaient le plateau d'échec, ainsi que l'entièreté de ses pièces.
-J'emporte cela avec moi. En souvenir.
  Le plateau disparut du champ de vision de Téko, et Kazhaar se retourna, s'évadant dans l'ombre. Il  prit une grande inspiration et soupira, les yeux tournés vers la table éclairée uniquement d'une faible lanterne. Il avait, finalement, accompli ce qu'il fallait, pourtant, quand il voyait la surface plane, triste et vide de cette table… Il se sentait amer.
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Re: Quand il faut faire bref...

Message par DALOKA le Lun 27 Aoû - 23:17

Sans justice


Partie I: Celle qui détient la raison


Pablo Andromes retira le bout de sa pipe d’entre ses lèvres, et laissa s’échapper dans son souffle une fumée à l’odeur forte de tabac, qui s’éleva dans le salon. Les volutes s’envolèrent, floutant un instant les visages stricts et concernés des hommes assis dans les larges fauteuils de ce qui leur servait ici de salle de réunion de haute importance. La maison du directeur Andromes était assez somptueuse pour contenir des salles pouvant avoir cette prétention, cependant, malgré le feu de cheminée et les boissons sur la table basse, nul parmi le petit comité de quatre personnes ne semblait être apte à totalement se détendre.
– Messieurs, fit le soixantenaire au visage émacié en reposant sa pipe sur la table basse. Je sais que la situation nous presse tous, cependant, j’ai un dernier point important à aborder avant d’achever cet entretien.
– Aussi important que la guerre ?
Répondit avec scepticisme Jose, un homme gras enfoncé dans son fauteuil.
– Cela je ne le sais pas, mais je peux vous affirmer sans aucun doute qu’il pèse dans la balance.
Sa main saisit alors, près de sa pipe, un papier plié en quatre, qu’il mit en évidence en le levant au dessus de son nez. Téko Dyra, qui était assit à côté de lui, ne semblait guère intrigué ou étonné, et resta silencieux. L’ancien noble aux cheveux blancs et à la veste bleue marine attirait la méfiance, par son silence et par la quantité d’informations qu’il possédait : Lupe et Jose savaient qu’il avait sur eux plusieurs tours d’avance.
– C’est une lettre que j’ai reçu de la part de Double Delta, c’est à dire la non humaine douée de pouvoirs mentaux qui nous a causé bien des soucis.
– Elle est donc toujours dans le pays, même après nous avoir échappé, fit Lupe, le plus jeune et fringuant d’entre eux, qui avait éloigné son regard des flammes de la cheminée pour le tourner vers la lettre en question.
– J’étais supposé la remettre au Dirigeant Fédéral Al’Zar… Mais, considérant sa véhémence, j’ai jugé bon de lui cacher cela pour l’instant. Et c’est pour cela que même en étant la figure de proue du parti, il n’est pas présent parmi nous ce soir.
– C’est une sage décision,
approuva Téko. Les hommes qu’il avait engagé pour la capturer ont causé trop de dégâts et de bruits, couvrir cela n’a pas été une mince affaire.
– Et s’il reprend l’initiative sans nous consulter, cela se reproduira. Si vous le permettez, maintenant, je vais vous lire cela…

Pablo Andromes, ayant l’attention de tout le monde, déplia le papier et s’éclaircit la voix avant de reprendre la parole.
« Cette lettre s’adresse à tout les membres d’importance du gouvernement Provisoire de la Nouvelle Aube, et a pour unique but de dévoiler, dans une parfaite honnêteté, mes intentions. J’ai été victime d’une capture, ainsi que de tentatives de meurtres, de la part de certains membres de l’état, le plus notable étant le Chef de parti, Sente Al’Zar. Malgré tout, sachez que je n’en tiens pas rigueur, et que je souhaite établir avec vous un rapport cordial.
Je désire prévenir tout acte invasif ou belliqueux à l’égard de mon peuple sur Aurore. Pour ce faire, j’ai informé de manière cordiale des gens de toute classe sociale de l’identité des myosiens et de leur mode de vie, ce qui conféra aux yeux de certains d’entre eux une image favorable de mon peuple. Parmi vous, certains voient cela comme un danger, néanmoins je remets pour ma part fortement en question les méthodes de votre état. En effet je ne vous apprendrai rien en vous disant que les chances pour que Waien soit annexée dans l’année sont de 97 %, avec un pourcentage extrêmement faible de marge d’erreur. Néanmoins, et ceci en considérant que vous cherchez le bien être de votre peuple, je peux vous aider, même sans vous rencontrer directement puisque vous semblez craindre ce qui n’est qu’un moyen de dialogue (quand bien même vous est-il inconnu). Néanmoins, il faut pour cela que je puisse de nouveau, de manière légale, apparaître en public. Au cas où vous ne seriez pas disposés à négocier un arrangement, je tiens tout de même à vous informer que, si la fédération renonce à la guerre et dépose les armes, il est possible que, en considérant les facteurs économiques et sociaux, le niveau de bonheur des membres de votre communauté augmente d’au moins 10 %, alors qu’il baisserait de 30 % en cas de guerre. Notez également qu’avec mon aide, ce bonheur commun pourrait connaître de meilleures hausses encore.
Si vous n’êtes pas disposés à communiquer de quelque manière avec moi, alors je trouverai mes propres moyens d’agir. J’espère que vous aurez la conscience d’esprit de bien entendre mes paroles. »
… C’est tout.

– Se moque t-elle de nous ? S’agaça Jose. On dirait qu’elle veut elle même diriger le pays !
– Et au final elle compte agir peu importe notre décision…
Renchérit Lupe, inquiet. Nous n’avons aucun moyen de la contrôler.
– Notre accord n’est qu’un détail pour elle,
exprima Téko. Quelque chose qui faciliterait son travail. C’est avec le peuple qu’elle communique, pas nous. Si l’Empire prend le pouvoir ici, son influence restera la même. Et je pense qu’elle a dû réaliser que négocier avec Haynailia, si cela est plus délicat, lui profitera plus, particulièrement quand elle a savamment profité de l’ouverture waienne pour semer ici ses graines et se constituer une base forte de soutiens. Elle a entre ses mains tout les membres importants du parti des tuniques bleues, et a même réussi à se faire pour allié un agent important de la veille patriotique avant qu’il ne soit trouvé et liquidé. Personnellement cette lettre me paraît… Comme un pied de nez. Elle sait qu’elle n’obtiendra rien de nous.
– Et nous, nous ne pouvons nous permettre de l’ignorer,
dit Pablo. Cette créature dispose des moyens de refaçonner ce pays. Quand l’Empire aura vaincu nos armées, notre parti, qui s’est trop reposé sur la force militaire, sera un facteur assez faible pour qu’elle nous éjecte du calcul. Ceci sans aucune possibilité de retour. Entre autre c’est notre place à nous tous qui est en jeu. Et pas seulement : dans ce monde à venir, il pourrait ne plus y avoir de révolution. Ses principes auront, via les tuniques bleues, supplantés les nôtres. Waien n’existera plus.
– Et elle pourra confortablement, avec le support de notre peuple, négocier avec l’Empire qui contrôle véritablement la colonisation humaine,
songea Lupe, retirant ses lunettes pour les essuyer. Nous devons faire quelque chose, cependant notre précédente expérience nous a bien prouvé qu’on ne pouvait la capturer… Elle a fini par s’échapper sans difficulté, en convaincant nos agents.
– Dans tout les cas, nous devons nous en débarrasser,
fit fermement Pablo en jetant la lettre sur la table basse. Téko Dyra est l’homme le plus approprié pour cela, particulièrement si tu lui viens en aide, Lupe. Quant à vous Jose, vous offririez la couverture médiatique idéale, particulièrement si les choses tournent mal… Moi, je me chargerais de faire détourner les yeux de notre bien aimé dirigeant. Ainsi, à nous quatre, nous devrions pouvoir résoudre le problème sans nous en mordre trop les doigts.
– Cela me convient,
dit Téko en joignant ses deux mains gantées devant ses genoux. Néanmoins… Que devrais-je faire de Double Delta ? Plus exactement, quelles sont les limites qui me sont imposées ?
– Il s’agit de lui faire quitter le pays. Pour cela tout les moyens sont bons… Je laisse donc cette décision à ton sage jugement, mon ami
.

La conversation se poursuivit une demi heure de plus. L’ancien comte y exposa le plan qu’il avait déjà en tête, et les moyens dont il aurait besoin pour le mener à bien. Le rôle de chacun dans l’opération fut alors déterminé, et il fut conclu qu’il les contacterait ultérieurement en personne pour les finitions… Cette soirée finie, Téko Dyra avait fini par s’isoler du reste du groupe, s’éloignant dans la campagne qui environnait la maison Andromes, jusqu’à arriver au lac qui se trouvait à un kilomètre de distance de cette dernière. Il savait que le conseiller Pablo appréciait ce lieu pour la pêche et il était vrai que, si l’on exceptait la présence élevée de moustiques en cette saison, il pouvait faire office de lieu de détente idéal. Passant sa main sur son menton et sa moustache, il se mit, pensif, à marcher en suivant la rive du lac ; il y avait des choses qui méritaient encore réflexion, surtout certaines dont il n’avait rien dit aux autres. Après tout, il devait l’admettre, il n’était pas waien au fond de son cœur. La mort de Waien dans sa forme, dans son nom, ne le dérangeait pas. Tout ce qu’il opérait n’était que la suite des principes avec lesquels il avait agit en tant que comte jusqu’à sa destitution, ainsi il n’avait pas de doute que son actuelle collaboration n’était pas un retournement de veste, mais bel et bien la continuation de son objectif, quand bien même avait-il changé de stratégie. Malgré tout, il pouvait comprendre pourquoi l’on se méfiait de lui, et pourquoi l’on le détestait : il avait renoncé à son estime de soi, et cela n’était pas synonyme d’altruisme désintéressé que l’on pouvait admirer. Cela signifiait plutôt que l’honneur et la recherche de bonheur personnel n’étaient pas applicables à sa personne, qu’on ne pouvait l’estimer à partir d’elles. On ne pouvait pas l’acheter, mais encore moins lui faire confiance.
Intrigué par le bruit de bottes de cuir sur la terre, Téko détourna sa tête du lac, trouvant Lupe Andromes qui, seul, se dirigeait vers lui. Le fils du Conseiller Pablo était loin d’être un inconnu pour le comte, puisque ce dernier lui avait servit d’instructeur durant son exil, avant que le jeune bourgeois ne devienne un agent de la veille patriotique. Il avait toujours été courtois et respectueux, même si cela n’empêchait pas l’ancien noble d’être distant. Néanmoins après toutes ces années, il n’y avait pas de soucis à ce qu’il l’approche avec familiarité.
– J’ai moi aussi fini par m’ennuyer, fit Lupe d’un détaché en haussant les épaules.
– Je doute qu’il ne s’agisse que de cela, répondit Téko. Même toi, tu chercherais une meilleure compagnie pour passer ton temps.
– Vous êtes si conscient de cela, j’en suis presque mal à l’aise…
Sourit le waien en arrivant aux côtés de Téko, claquant au passage un moustique qui s’était posé sur le dessus de sa main. Pour dire vrai, je ne suis pas vraiment satisfait de la conversation de ce soir… Une frustration me reste en travers de la gorge. Cette femme, myosienne, ou quoique ce soit, semble estimer nous dépasser en tout point dans nos propres intentions : le bien être du peuple. Nous nous basons sur des philosophes, sociologues et penseurs, contre la tradition et le sacré de l’Empire… Cela a toujours été une position confortable. Mais notre adversaire ici ne joue pas selon ces règles, si j’ose dire, elle nous damne le pion à notre propre travail.
– C’est bien pour cela que la neutraliser a été jugé nécessaire. Ici, ce n’est pas la peur d’être vaincus qui dicte nos intentions, mais celle d’être surpassés, puis éventuellement intégrés. Un destin humiliant.
– Vous utilisez le mot juste… Cependant, je suis étonné que vous le prononciez. Cela ne vous ressemble pas, de parler de honte. Vous ne semblez même pas croire en ces mots.
– Tu dis vrai Lupe,
répondit Téko, tournant son regard bleu et glacial vers le waien. Je ne pense même pas que notre cause soit juste, bien au contraire. Si nous observons avec recul la situation actuelle, la myosienne est plus proche de la vérité que nous le sommes.
– Ce sont des propos bien osés,
fit avec humour Lupe. Ne seriez vous pas convertis ?
– Je n’ai jamais rencontré cette myosienne en personne, et tu le sais… Néanmoins, tu soulèves un point intéressant. Quelqu’un comme moi, qui n’a ni assez d’ego ni une croyance défiant la raison, serait particulièrement aisé à convertir pour elle. Pas juste à cause de mon caractère, mais aussi parce que nos opinions sont proches… Je suis arrivé à des conclusions similaires à elle, bien que moins exactes, sur la situation de Waien.
– Ses mots n’étaient pas dénués de sens… Le problème est au final sa méthode. Laver le cerveau des gens, c’est forcer leur opinion, et peu importe la justesse de cela, nos principes s’y opposent.
– Est-ce vraiment le cas ?

Le corps entier du comte faisait maintenant face à Lupe, et son regard comme son ton laissaient entendre que la conversation avait pris maintenant un tournant irréversible. Le doute tranchant de Téko, face à ce qui était leur seul argument contre Double Delta, avait un poids sans merci.
– Grâce à la franchise de Double Delta, nous avons un grand nombre d’informations sur sa civilisation et son mode de vie, fit-il, semblant tirer le tissu de ses gants pour les replacer correctement. Dans leur communauté, leurs aptitudes mentales sont un moyen de communication, un moyen de transférer l’information, rien de plus. C’est une chose effectuée naturellement, cela est aussi simple que de respirer… Entre autre, il faut se demander ce qui la différencie de notre langage oral.  En passant les détails formels et les subtilités, une chose ressort avant tout : l’efficacité. C’est la principale différence entre leurs psychiques et notre langue, en termes de moyens de communication. En comprenant cela, si l’on anthropomorphise ainsi leurs capacités, nous sommes face à une conclusion absurde : si quelqu’un était doué d’une éloquence supérieure à ceux à qui il s’adresse, et que cette éloquence  n’était que disposition d’information à ses yeux et non pas un enchantement, se retiendrait-il, même en croyant en la liberté, d’utiliser cette éloquence ? Abrutirait-il son langage pour communiquer ses idées, de peur que la brillance de ses mots ne rendent sa tâche trop aisée ? Non. La pensée ne lui traverserait peut-être même pas l’esprit. Même quand l’éloquent évite les mots complexes ou qu’il parle une toute autre langue, cela est toujours par éloquence : c’est pour être compris par son prochain. Qui aurait être peur d’être trop facilement compris ? Il est ensuite vrai que nous pouvons considérer les psychiques comme des manipulateurs, néanmoins, nous le sommes aussi en politique : nous tordons les mots pour toucher le cœur de gens. Et au contraire de Double Delta, nous ne nous disons pas toujours la vérité. Rien ne rend notre manipulation moins vile, quand nous la situons de ce point de vue.
– Vous supposez donc que nous n’avons au final que peur de ce qui est alien ?
– Notre réaction est tout à fait naturelle. Néanmoins, peut-être que la naïveté waienne y est pour quelque chose… L’idée que l’homme, quant on lui donne le choix, est libre, et que cela n’est que sa décision… Alors que toute campagne politique a pour vocation d’influencer cette décision. Les gens qui viennent voter sont considérés libres, pourquoi ceux qui soutiennent Double Delta ne le sont pas ?
– J’entends votre raisonnement. Si nous considérons leur pouvoir comme une autre forme de langage, tout cela prend sens… Néanmoins Double Delta n’aurait aucun tort.
– Peut-être qu’elle n’en a en vérité pas.
– Dans ce cas pourquoi la stopper ?… Ce qui se passe dans votre esprit me perturbe parfois. Vous n’êtes pas comme moi, vous n’obéiriez jamais à un ordre s’il ne va pas dans vos intentions. Au final, malgré votre statut, vous restez un comte avant d’être un soldat.
– Peut-être que j’ai en vérité moi aussi ma fierté d’humain,
fit Téko avec un léger sourire, avant de joindre ses deux mains derrière son dos et de reprendre de son ton habituel. D’après les informations que nous avons, le système myosien a un défaut fatal : la progression de pensée existe, mais stagne. Le manque de conflit ne favorise pas leur développement intellectuel ou économique… Ils disposent de certains savoirs supérieurs aux nôtres, par prédisposition ou par héritage ancestral, mais leur civilisation s’est limitée à une vallée, sans ambition d’expansion ou du développement d’une technologie majeure… Comme s’ils s’estimaient déjà achevés, parfaits. Bien sur, je ne peux que me baser que sur les dires d’un individu, cependant si mes suppositions sont juste, tout ce que Double Delta a dit sur son peuple est vrai. Hors, ce n’est pas le futur que j’envisage pour l’humanité. Rien ne dit que cela n’est pas une erreur, cependant…
Un instant hésitant, Téko sépara ses deux mains, et son regard se plongea alors non plus vers la surface du lac, mais la toile nocturne du ciel. Ses bras se croisèrent, dans une attitude qui surpris Lupe. Les yeux de Téko, habituellement ternes et voués uniquement à l’analyse et à la méfiance, brillèrent un bref instant.
– Je suis persuadé qu’au fil des échecs et des essais, nous pourrons faire mieux qu’ils ne l’ont jamais fait.

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Re: Quand il faut faire bref...

Message par DALOKA le Mer 29 Aoû - 16:30

Partie II: Hédonisme


Le séjour en Waien de Double Delta avait été particulièrement intéressant. Les humains et leurs différentes factions et nations présentaient un tableau extrêmement complexe, elle osait même dire que la quantité d’informations et d’interactions, en comparaison de celle d’Aurore, mettait sa psychohistoire à l’épreuve. Son impatience de transmettre à la communauté toute ses notes était pour le moins difficile à contenir, les coins de ses lèvres se soulevaient plus que d’habitude en songeant à la satisfaction et la fierté d’apporter d’un coup d’un seul tant de savoir. Elle était aux anges. Même pour si elle n’avait pour ainsi dire jamais été inquiétée de quelque manière, même lors de son emprisonnement, car elle comprenait aisément les individus. Au fonds d’eux, ils étaient tous aimables et raisonnés, il avait toujours été une évidence que sa visite en prison serait courte et qu’aucun mauvais traitement ne lui serait infligée. Grâce à ses bienfaiteurs du parti des tuniques bleues, elle était à présent paisiblement dissimulée dans des appartements au cœur même de la capitale, et même si les services secrets waiens savaient où elle se trouvait, cela ne l’inquiétait guère. Allongée lascivement sur un divan rouge au milieu d’un riche et coloré salon, elle se délectait de fruits locaux comme si sa sécurité n’était nullement en danger. L’étrange créature à l’allure de jeune femme cornue était habillée dans des habits féminins locaux, qui ne lui avaient pas semblé inconfortables. Pour toute la barbarie que contenait leur monde, les humains étaient habilles, et la curiosité de Double Delta avait été piquée pour un grand nombre de leurs créations. Bien entendu, elle considérait qu’il fallait faire le tri dans certaines choses : les raisins qu’elle mangeait actuellement étaient délicieux, mais en faire une substance psychotrope dangereuse était du véritable gâchis. L’alcool, en se faisant fausse solution pour la joie, n’encourageait aucunement à trouver des voies durables vers cette dernière. L’effet qu’il avait sur la réflexion, elle le savait bien, était parfois effrayant. D’habitude, les humains de cette société avaient déjà peu de contrôle sur leurs passions, mais ce défaut éclatait sous l’influence de cette substance… Ce n’était par ailleurs pas la seule dans ce cas. La capacité des humains à détruire leur propre esprit la dépassait, elle était même parfois inquiète que cela influence son propre esprit. Cela était néanmoins improbable, puisqu’elle surveillait tout possible changement comportemental de sa part…
Cela faisait plus d’un an qu’elle avait quitté la vallée. Un myosien commun serait peut-être entré dans une sorte de dépression ou dégénérescence mentale à sa place, mais elle savait sa force d’esprit au dessus de la moyenne. Jamais elle ne se serait lancée dans une telle mission par elle même dans le cas contraire. Double Delta appréciait au contraire les humains, qui n’étaient après tout pas entièrement responsable de la barbarie de leur société. Les habitants d’Eclipse avaient un grand potentiel, si une coopération s’établissait entre eux et la vallée, ils pourraient certainement trouver le bonheur et la paix. Hélas le pourcentage de chances d’arriver à cette possibilité était ridicule : en terme de puissance, la vallée n’était rien face aux pays du continent… Il lui faudrait donc faire preuve de finesse. Elle savait qu’elle ne pourrait jamais communiquer avec l’Empereur d’Haynailia à cause de la phobie des humains pour la communication mentale, néanmoins, un agent du conseil impérial avait réussi à traverser la frontière pour venir la rencontrer : ce serait la première étape vers les négociations qui sauveront son peuple. La vallée finirait bien par comprendre qu’il était nécessaire de jouer à leur politique pour le bien de leur communauté.

Double Delta se releva, faisant rouler une pèche entre les quatre doigts de sa main. Elle captait les pensées de ses alliés à l’étage, qui s’inquiétaient des futures actions de la veille patriotique… Marchant vers la fenêtre mouillée par la violente pluie orageuse qui battait l’extérieure, elle étudia leur réflexion, constatant leur fatigue et leur inquiétude, avant de les rassurer mentalement sans avoir besoin d’être dans la même pièce. Double Delta avait confiance en ses capacités, mais également confiance en Téko Dyra : quand bien même il était chargé de la tuer, il semblait être un homme de raison, quand bien même avait-il refusé toute entrevue… En considérant ses actes, elle pouvait dresser un profil du personnage. Il n’avait aucun intérêt à la tuer, et désobéirait à ses supérieurs sans hésiter s’il estimait que c’est la bonne chose à faire… Il ne manquait que peu de choses pour qu’il réalise qu’elle n’était pas son ennemie.
La myosienne jubila un instant. Elle avait hâte de rencontrer cet individu, et la liste de ses alliés se remplissait de plus en plus ! Nul autre myosien ne pouvait clamer avoir réussi telle manœuvre. Le sourire faux qu’elle portait en permanence, pour la simple raison qu’elle aimait l’apparence de son visage quand il portait cette expression, apparaissait de manière de plus en plus spontanée ces derniers temps. Double Delta avait avant toujours souri par esthétisme : un visage, dans la vallée, ne trompait jamais personne. Les autres individus de la communauté savaient très bien que Double Delta avait un esprit glacial et tranchant comme une lame de rasoir, et l’avaient acceptée comme telle. Quand les autres étaient heureux, c’était à peine si cela affectait son esprit, une chose qu’elle attribuait à la puissance hors norme de ses capacités mentales… Peut-être que son cerveau n’avait simplement jamais été assez stimulé. Oui, il était possible que la communauté évalue mal le potentiel d’un individu ; certains étaient assez forts pour subir et apprécier une telle quantité d’informations sans dévier des objectifs de la communauté… Quand elle reviendrait, elle proposerait à la communauté une réforme majeure. Les missions semblables à la sienne apportaient trop pour qu’on puisse les négliger…
Double Delta gloussa une fois de plus, il ne restait de son fruit que le noyau. Elle s’amusait, vraiment.
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Re: Quand il faut faire bref...

Message par DALOKA le Jeu 30 Aoû - 21:51


Partie III: Rétribution



La pluie ruisselait sur les pavés de Childil, dans des ruisseaux ridés qui étaient comme de petites cascades, inondant les chaussures des passants. Les rues étaient presque vidées, et des traits distordus de lumière déchiraient occasionnellement les nuages, suivis de tremblements sourds. Ce n’était guère l’environnement idéal pour une balade citadine, comme devait durement penser un vieil homme qui n’était guère protégé de l’humidité par son chapeau. S’empressant alors que chacun de ses pas causaient dans l’eau un floc sonore, il finit par être intercepté par deux hommes encapuchonnés. Des gardes, comme il le réalisa après coup.
– Veuillez m’excuser mais nous voudrions vous poser quelques questions, fit d’un ton poli mais plein d’autorité un grand jeune homme aux rouflaquettes noires.
– Je suis pressé…
– Nous avons pour ordre d’interroger le maximum de gens possible dans ce quartier, et c’est ce que nous ferons
, insista t-il d’une intonation qui ne laissait cette fois aucune possibilité de réponse. Suivez nous.
L’autre militaire se tenant derrière le vieil homme, ils se déplacèrent vers un préau, et l’entourèrent pour l’interroger avec précaution sur ses agissements et tout ce qu’il pouvait savoir à propos de Double Delta. Naturellement, la nature de son opinion elle aussi était surveillée. Le passant était pour le moins terrifié, ce qui incitait d’autant plus les deux hommes à poursuivre dans leur interrogation : même si ce qu’il avait à cacher n’avait aucun rapport avec la myosienne, ils le découvriraient.
L’Homme au rouflaquettes fut interrompu dans l’interrogatoire par une tape sur l’épaule, et tourna les talons pour se retrouver face à un autre homme encapuchonné. Le blond légèrement plus petit que lui et au visage carré portait une paire de lunettes rondes qui rendait toute confusion impossible. Le garde sourit, détournant totalement son attention de son précédent travail pour le laisser à son subalterne.
– Lupe, vieux frère. Étonnant de te voir sortir par ce temps.
– L’appel du travail, Horacio, l’appel du travail,
répondit t-il dans un sourire chaleureux en serrant avec force la main du garde.
– Tu es toujours sous les ordres du noble destitué… Ce fauconneau doit être une plaie. Je ne t’envie nullement. Moi et mon gars on a suivi ses directives pour la recherche de la non humaine, mais au moins nous ne le fréquentons pas personnellement.
– Allons, il m’a quand même beaucoup appris. Je n’en serais pas là sans lui.
– Il a l’air d’un type derrière bien trop de choses pour son propre bien… Et qui a ses propres agendas. S’il a pu trahir l’empereur, il pourrait trahir la fédération en un battement de cil.
– Tu te poses trop de questions mon bon. Tu as une place bien confortable à la capitale, tu devrais laisser ce genre d’inquiétude pour nous. Qui plus est je ne suis pas juste là par courtoisie… J’organise quelques préparatifs pour l’opération de l’ex comte, et j’aurais bien besoin de quelque chose que tu pourrais te fournir sans difficulté.

La main de Lupe se glissa dans sa poche pour en sortir un papier plié et le tendre vers Horacio qui le prit et le déplia.
– Oui, pas de problème pour ça. Ce genre d’arbalète sera idéale si vous tentez une approche musclée. Je t’en donnerais une dans la semaine.
– Je peux toujours compter sur toi, à ce que je vois.
– C’est rare de nos jours, c’est vrai…

Le vieil homme interrogé cria, poussant Horacio à se retourner. Son collègue avait saisi le passant par le col.
– Cet enfoiré a un médaillon haynailique on dirait, fit le garde.
– Ah… On a été chargé d’appréhender tout ceux qui priaient Haynailia, avec la guerre en ce moment. Excuse moi, mais on va devoir lui donner quelques baffes ou deux, histoire de calmer un peu sa foi. A plus, Lupe.
Lupe lui rendit son au revoir, levant sa main vers sa tempe dans un salut militaire, et s’éloigna de la scène pour revenir à son objectif principal. Retournant sous l’orage alors que le bruit des coups résonnait dans son dos, il marcha à pas vif quelques instant, s’éloignant du centre ville, puis arrivant dans une allée où se trouvaient quelques commerces, avant d’entrer dans l’un de ces établissement, se sauvant à nouveau de la pluie torrentielle.
Il débarqua, sa cape ruisselant d’eau, dans une espèce de petite pharmacie et droguerie. Un magasin qui n’avait pas l’air de rouler sur l’or, mais Lupe appréciait son aspect humble et son air vieillot, qui plus est cela en faisait un lieu d’échange idéal. Quant il avait poussé la porte, il avait également enclenché une cloche, ce qui causa l’entrée d’une femme depuis l’arrière boutique. La dame aux cheveux gris s’accouda sur le comptoir, plissant le regard en voyant Lupe, qui abaissait son capuchon. Elle avait entre cinquante et soixante ans, et n’avait pas la carrure la plus impressionnante, cependant il constatait bien que son regard était toujours aiguisé. De plus, le crochet qui remplaçait intégralement la main gauche de la femme était bien la preuve qu’elle avait vécu suffisamment de choses pour pouvoir se permettre de jeter ce regard mauvais à un homme qu’elle savait agent des services secrets de l’état.
– C’est toi, dit-elle. Cela fait un petit moment que tu n’es pas passé ici… Qu’est-ce que tu veux ?
– Pas la peine d’être si agressive, répondit Lupe en s’avançant vers le comptoir. Je ne t’ai jamais posé de problème, bien au contraire.
– Mon crochet aurait tendance à me dire que tu travaille encore pour cette raclure…
– Hélas, tout cela est secret défense pour toi.

La femme leva le nez en considérant Lupe un instant, qui avait retiré ses lunettes pour les essuyer. La pluie rendait sa vue difficile, quand des goûtes d’eau se posaient sur ses verres.
Il replaça ses lunettes. Berthe Colstinger avait travaillé en tant qu’agent pour la fédération bien avant la fondation de la veille patriotique dont il faisait partie. C’était en quelque sorte, sa senior, même elle avait été plus une mercenaire qu’une agente gouvernementale. Ses agissements remontaient à l’époque de la guerre de 34-39, et elle avait agit en tant que voleuse après cela… Avant que tout son groupe ne se fasse trahir par son ami proche, un criminel psychopathe nommé la Plume noire. Entre autre, elle avait toujours eu des histoires extraordinaires à raconter, et Lupe la connaissait depuis qu’il était gosse… Ce pourquoi il se tournait toujours vers elle quant il avait besoin de choses que l’État ne pouvait ni savoir ni fournir.
– J’ai entendu dire que l’ex comte t’avait refusé une place dans son projet, alors que tu es le fils de Pablo, fit Berthe, grattant son comptoir déjà entaillé de son crochet. Je suis étonnée que tu ne le prenne pas mal.
– Il m’estime plus adapté à d’autres tâche que de siéger à la Table du Nouveau Soleil. Bien sur, cela signifie juste qu’il ne me fait pas confiance pour cela, mais c’est le genre de chose qu’on doit bien accepter… De toute façon, précisément car je suis le fils du conseiller, j’ai bien plus de possibilités pour monter dans les échelons de la société.
Mais revenons en à mon affaire. J’ai besoin de Maniacal, pure, et tu dois en avoir caché quelque part dans cette boutique.
– Pure ? Tu as perdu la tête ?
– J’ai dit exactement ce que je voulais dire,
appuya t-il en posant ses deux mains sur le comptoir. La veille patriotique n’aurait aucune raison de posséder ce genre chose, et c’est pour cela que suis ici.
– Je ne sais pas à quelle pauvre victime tu veux infliger ce poison, mais… Très bien. Néanmoins se procurer une toxine almiriane ce n’est pas rien, j’espère que tu as ce qu’il faut pour soutenir l’échange.
– Je t’offre une avance de 100 écus d’or. Quand tout sera réglé, tu auras 150 écus d’or supplémentaires… Avec ça tu auras bientôt de quoi t’acheter une bonne maison dans un coin éloigné de la guerre.
– Tu tente de me duper ?
Dit froidement Berthe. En un éclair, elle avait approché son crochet de la gorge de Lupe. Il y a le prix pour le produit et le prix pour m’impliquer dans votre sombre histoire… Quand l’empire arrivera, où que je sois, je serais dans une merde sans nom. En revanche, cela pourrait changer si tu faisais… Disparaître tout document sur mon passé criminel en plus de toute preuve que j’ai travaillé de près ou de loin avec le gouvernement fédéral.
– Très bien, soupira Lupe. Je vais détruire ces preuves, et tu ne seras plus qu’une marchande sans histoire. Avons nous un accord ?
– Voilà qui est mieux,
rit-elle, s’éloignant de l’agent fédéral. Je vais te chercher la marchandise, et après cela je crois nous ne nous reverrons plus jamais.
– Tu es dure en affaire, Colstinger.
– C’est comme ça qu’on survit plus de cinquante ans en ayant commis son premier meurtre à quinze… Enfin, ou ça, ou bien être comme toi, pas vrai ?


Elle s’éloigna, ouvrant la porte de son arrière boutique. Lupe mit les mains dans les poches de son veston, observant son reflet dans les bocaux à sa vue. Etre comme lui ? Il avait toujours été un homme modèle. Tout ce qu’il avait fait, il l’avait fait pour le bien de son pays, Lupe n’avait pas une once de doute sur la question. Alors qu’il aurait pu avoir une carrière paisible, il a été un des premiers à subir l’entraînement de la veille patriotique inventé par son père et le comte Dyra, il avait offert son corps et sa chair au pays. Il avait suivi les règles de sa société, avait progressé dans cette dernière de manière idéale, et son parcours lui donnait assez de prestige pour envisager la possibilité d’être un jour à la place de son père, alors quelle importance s’il avait tranché quelques gorges dans sa vie ? Berthe Colstinger ne pouvait pas se dédouaner d’être une criminelle. Elle suivait certes ses propres principes, mais ses propres principes n’avaient aucune importance face aux demandes du monde. Avec toute l’affection qu’il portait à cette femme, il ne pouvait décemment reconnaître avoir grand-chose de commun avec elle.
L’ancienne voleuse revint avec un paquet entouré de cordages, qu’elle posa délicatement  de sa main valide. Lupe sorti alors une bourse, et la plaça aux côtés du paquet sur le comptoir.
– Dans ce cas c’est le moment de se dire adieu, fit-il en prenant le paquet. Passe le bonjour à ton fils de ma part.
– Lupe,
dit-elle d’un sérieux abrupt, alors qu’il s’était retourné, le poussant à s’interrompre.
Téko Dyra est trop pourri pour rester debout longtemps, particulièrement en cette période… On paye tous pour nos crimes, d’une manière ou d’une autre, quelques soient nos motifs. Tu ferais mieux d’éviter de te tenir dans la maison quand elle s’effondrera.
– Une sorte de jugement divin…
Songea Lupe, avant de continuer sa marche vers la sortie. Oui, peut-être que c’est une fatalité d’être jugé pour ses crimes.
Restait à savoir ce qui était un crime et ne l’était pas.
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Re: Quand il faut faire bref...

Message par DALOKA le Ven 31 Aoû - 23:24

Partie IV: Ce qu’il a construit

Une semaine plus tard, la tempête avait laissé place au soleil d’été. L’eau qui était tombée des jours durant s’était asséchée, et la lumière du jour redonnait sa vivacité et sa beauté au parc fleuri de Childil, en ce moment bien vide. Même la haute société, en ces temps troublés, ne pouvait pas se permettre de flâner. Naturellement, cet homme faisait exception. Dans ses vêtements flamboyants d’orange et de bleu, le gentilhomme nommé Saero Adamas marchait d’un pas élégant autour d’une fontaine dont l’eau gelée était suspendue en l’air. Quand sa main droite passait près de glace, cette dernière se déformait, et sur les filets d’eau figée poussaient des fleurs de cristal. Il semblait faire cela presque naturellement, sans effort ni concentration, donnant plus l’impression d’un faiseur de miracle que d’un manipulateur du mana. L’haynailien, toujours pimpant en approchant la cinquantaine d’année, acheva en trois tours son œuvre, remplaçant la fontaine par un bouquet de glace.
– Je croyais que l’on t’avait demandé d’arrêter de toucher à ces fontaines, fit une voix familière. Téko Dyra, marchant sur le chemin pavé, venait à la rencontre du mage qui exprima un sourire.
– Il n’y a personne pour me le reprocher. Sauf les jardiniers, qui n’ont pas l’air de m’en vouloir, haussa t-il les épaules.
– Tu n’as pas la citoyenneté waienne, dit-il en se penchant vers les fleurs de glace. En ce moment, tu ne devrais pas faire de vagues quand tu es dans ce pays.
– Quelle plaie ! Je ne peux plus aller en haynailia, et je dois surveiller mes actes à waien… Heureusement que scarrath a encore une petite place pour un pauvre hère tel que moi.
– Et je suis, en un sens, responsable de ta situation…
Dit l’ancien comte avant de claquer des doigts. La glace se mit alors à fondre à une vitesse surprenante, victime d’un sort.
– … Vraiment, tu n’as aucune compassion pour mon pauvre cœur, dit Saero, vexé que Téko détruise son travail.
– Je n’ai pas envie de perdre du temps à excuser tes actes, tu n’es pas un enfant.
Téko se redressa, la fontaine reprenant son fonctionnement normal, et Saero soupirant avec lassitude. Ils avaient l’air tout les deux absolument incompatibles, mais malgré tout les années avaient démontré qu’ils excellaient tout les deux quand il s’agissait de supporter l’autre. Sans compter que Saero s’impliquait encore dans des affaires qui maintenant ne représentaient plus strictement aucun intérêt pour lui.
– Je reviens de mon entretien avec Magnolia, dit Téko en tournant les talons pour reprendre sa marche en dépassant la fontaine. Elle partira à Septrios sous peu.
– Ah, Magnolia,
souffla Saero. Parangon de la féminité, sans aucun doute ! Je pourrais admirer cette femme sans jamais m’en ennuyer.
– Cette femme qui n’a que vingt ans,
fit Téko dans un regard plein de reproche. Le temps qui a passé ne te permet peut-être plus certaines choses.
– Qu’est-ce que tu raconte ? Cela est peut-être vrai pour toi. Dans ta pleine jeunesse tu étais joli garçon et ta mine triste attirait la curiosité… Mais à présent tu n’es plus qu’un vieux grincheux. Pour ma part je suis comme le bon vin, la vieillesse ne m’effraie nullement.
– Le monde est en plein mouvement et quand je te parle j’ai l’impression qu’il n’a jamais changé…

Mais les choses avaient changé. Saero était l’une des rares personne de sa jeunesse qu’il fréquentait encore, et il avait perdu de vue même sa fille depuis des années déjà…  Téko avait beau eu tenté de s’endurcir, force était de constater que leur présence manquait.
– En tout cas, sache que Magnolia n’a pas été choisie pour sa beauté, reprit Téko. Même si sa jeunesse est une des raisons…
– La plupart des heureux élus ont moins de trente ans en effet…
– Le projet Septrios a pour ambition de créer quelque chose nouveaux, je ne veux qu’il soit ralentis par certaines idées des vieux partis… J’ai tenté de choisir des personnes d’origines sociales diverses également. C’est un pari risqué, cependant, c’est celui de toute de ma vie. J’ai placé toutes les chances de mon côté.
– Ne dirigeras tu pas la table, cependant ? Toi aussi tu es un vieil homme.
– Je prendrais les commandes jusqu’à l’enracinement du projet… Mais, je l’espère, pas longtemps. Je vois très bien Magnolia prendre ma place, à titre d’exemple… Et quand cela sera fait, hm… Peut-être tenterais-je de me reposer.
– Te reposer ?
Fit Saero avant de rire avec une amertume qui lui était inhabituelle. Allons, ne te moques pas de moi. Cela fait des années que je tente de faire en sorte que tu te détende, ne serait-ce qu’un jour. Tu en es incapable, ne me dis donc pas que tu le feras spontanément ainsi. Tu seras pire qu’une sangsue, il faudra te tordre le cou pour te mettre à la retraite.
–  Tu me connais trop bien,
sourit Téko. Je serais sans doute incapable de dormir sur mes deux oreilles, reculé paisiblement dans une maison de campagne.

Cela n’était certainement pas le plus sain des comportements, mais le Projet Septrios était la culmination de tout ce qu’il avait entrepris. La fondation d’un nouvel état pour le peuple. Grâce à Haynailia qui écraserait Waien, cet état serait indépendant et libéré de l’actuelle corruption et du militarisme… Téko n’avait jamais eu d’affection particulière pour Waien, il ne serait même pas exagéré de dire qu’il avait profité des opportunités qu’offrait ce pays, car le plus important était les valeurs de ce pays, liées à son origine révolutionnaire. Ou plus exactement, ce que l’on pouvait tirer  de ces dernières. Malgré la destruction de la fédération, quelque chose de nouveau pourrait renaître… Une chose qui serait une graine pour l’avenir, même si le continent était voué à être dominé par l’Empire.
– La torture nous a permis de savoir où se trouve Double Delta, et le Gargantua sera bientôt prêt à s’envoler, fit Téko alors qu’ils traversaient le portail qui menait à la sortie du parc vide. Si tu pars à Septrios… Ce sera le dernier service que tu me rendras. Tu devras entrer en contact avec ma fille, afin d’ouvrir les négociations entre elle et la table. Tu es comme son oncle après tout.
– Tu ne peux pas venir de suite, alors tu m’utilises… Toute forte femme qu’elle est, son cœur est toujours tendre pour ses aînés. Tout ça pour avoir des négociations favorables, hm ?
– Ainsi est la politique. Si Félicia mérite bien sa place, alors elle ne se fera de toute façon pas avoir par un contrat malhonnête, même tendu par un ami. Néanmoins c’est à elle de s’inquiéter de cela, pas nous.
– Tu es vraiment le pire père du monde,
dit Saero avec sarcasme, donnant une grande tape dans le dos de Téko.
–  Probablement… Cependant… Même si il ne me reste actuellement plus grand-chose, j’ai toujours suivi ce qui était pour moi la raison derrière le titre avec lequel je suis né. Ma ‘’responsabilité’’. J’ai trahi tant de gens, mais je n’ai jamais tourné le dos à cela… Peut-être était-ce une erreur, l’avenir le dira, mais je suis à présent enfin convaincu de quelque chose mon ami.
Tout ceci… Avait bien un sens.
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Message par DALOKA le Dim 2 Sep - 1:09

Partie V : Overdose

Les membres de la myosienne glissèrent lentement sous les draps de son lit, alors que ses yeux se rouvraient, captant la noirceur de la nuit. Rapidement, Double Delta reprit conscience totale de son environnement, et localisa aisément tout ses alliés dans la maison. Tout semblait en ordre. Hector, qui se trouvait précédemment dans le même lit qu’elle, était, selon ce qu’elle pouvait déduire des pensées des autres, à l’extérieur. Tout était calme, et la non humaine leva nonchalamment son corps nu du lit, partant chercher de quoi s’habiller. Elle avait entretenu depuis le début de son séjour quelques relations sexuelles avec certains humains, notamment Hector Ormet, son protecteur, qui semblait avoir nourri pour elle un certain attachement. Probablement car entretenir un lien mental avec sa partenaire rendait l’expérience particulièrement différente et nouvelle. Pour elle, ce n’était pas grand-chose de plus qu’un divertissement, ou de la consommation, néanmoins elle constatait que les humains avaient sur ces choses un regard particulier et quelque peu fétichiste. Elle ne s’était pas encore attardée dessus, cela était loin dans ses priorités d’analyse, néanmoins, une différence était constatable avec la vision myosienne, où cela était un acte de plaisir simple pour lutter contre le stress, s’il n’était pas reproducteur. Double Delta plissa les yeux, tapotant sa corne. Bien entendu, elle n’avait aucun désir reproducteur ici, et les chances d’un succès à cela étaient de toute façon trop faible entre deux races. Par le passé, elle avait donné deux enfants à la communauté myosienne, un chiffre moyen… Quelque chose avait changé dans son comportement, de toute évidence. Son cerveau parfait avait été endormi toute sa vie, et depuis que cette porte d’informations s’était ouverte, il ressentait le besoin d’être nourri. Elle avait besoin d’expérimenter, de ressentir, une impulsion lui interdisait la passivité mentale et corporelle… Mais, cela n’était pas de la dégénérescence, non. C’était bien plus intéressant, et puisque cela ne dérangeait en rien ses plans et le bien être de ses pairs, elle pouvait se permettre de persister ainsi...
Après avoir enfilé sa robe de chambre, Double Delta finit par sentir une présence signifiante approcher. Une femme de l’Empire, celle qu’elle était supposée rencontrer. Une nouvelle source d’information estimable, qui pourrait également la mettre en contact avec le conseil impérial. Peu importe la nature de la myosienne, elle avait une influence suffisante pour abréger leur petite guerre, ils seraient bien forcés de lui prêter une oreille.
La myosienne sortit de sa chambre, afin d’attendre cette dernière dans le salon. Elle se ferait également préparer des boissons et certains gâteaux ; non seulement elle en raffolait mais une telle ambiance mettrait à l’aise son interlocutrice. Par des actes triviaux, Double Delta aurait moins l’air alien, et surtout bien moins menaçante.
Elle finit par accueillir, paisiblement assise dans son fauteuil, la négociante quarantenaire qui la voyait pour la première fois. La conversation se déroulait sans encombre : la myosienne était habituée depuis longtemps aux premières rencontres. La méfiance de celle qui venait armée pour négocier à son avantage fondait sous les messages mentaux apaisants de Double Delta. Néanmoins quelque chose chiffonnait la créature venue d’Aurore… C’est que tout allait encore bien. Plusieurs de ses alliés avaient été capturés, sans doute pour être interrogés avec les méthodes brutales de ce continent, elle s’attendait, après cette accumulation d’actes, à ce que cette négociante soit le signal d’alarme indiquant le début de leur intervention… Mais cette femme ne savait strictement rien. Elle n’était en aucun cas liée à Téko Dyra, ou à la Nouvelle Aube, ou quelque faction hostile. Pourtant quelque chose devait arriver, et ses sens étaient en permanence en alerte. Elle avait prévu maintes choses pour se défendre à la seconde même où des intentions suspectes se manifesteraient. Souriant à son interlocutrice, qu’elle savait à présent essentiellement pacifique, elle se versa une coupe de jus de raisin, qui fut évidemment prise pour du vin par la négociante. Elle le refusa, et la myosienne, haussant mentalement les épaules, porta le liquide à ses lèvres avant de reprendre la conversation.
A ce moment là, l’esprit de Double Delta fut foudroyé. Sa main se paralysa, laissant tomber sa coupe, alors que ses yeux s’écarquillaient. Un brouhaha résonnait dans sa tête, lui vrillant l’esprit un millier de fois plus fort qu’une foule chaotique. Si elle percevait avec encore plus de portée les pensées et sensations des êtres dans un rayon de plusieurs dizaines de mètres autour d’elle, ses propres pensées semblait accélérées. Le verre était encore en train de tomber, et son interlocutrice venait de le réaliser. Quelque chose n’allait pas. Une main s’était glissée à l’intérieur de son crâne et plantait ses doigts à l’intérieur de la matière organique de son cerveau, qui semblait surchauffer. Elle devait réagir, rapidement. On l’avait piégée, mais comment ? On devait avoir empoisonné la caisse même de boisson avant même sa livraison ici. S’était-elle trop reposée sur ses pouvoirs psychiques ? Les humains fonctionnaient différemment, elle aurait dû y songer, ce genre de choses était envisageable, mais pour elle, le mensonge n’avait jamais été une option… Elle ne devait pas penser à cela ! Elle avait déjà atrocement mal… Il fallait trouver une solution.
Double Delta se leva, ignora la remarque interloquée de la négociante, et chuta immédiatement à genoux sur le sol, tenant sa tête entre ses mains. De manière incontrôlée, elle hurla de douleur dans un cri perçant qui retentit dans tout le bâtiment. Que lui avait-on fait ? Elle devait savoir. Elle savait que le nombre d’individus dans sa zone d’interaction avait augmenté, et une vague supplémentaire de pensées et d’images envahissait son esprit. Toutes les limites qu’elle posait naturellement, sans même en avoir conscience, à ses pouvoirs avaient été abattues… Alors qu’elle se redressait, elle remarqua que son interlocutrice se tenait à présent le crâne également, se roulant par terre en gémissant. Bien sur, elle ne contrôlait ni l’émission, ni la réception. Tout les humains ici étaient en danger, mais elle également ! Elle devait connaître la nature de l’attaque. Pourquoi des mercenaires attaquaient en même temps ? Double Delta réalisa vite sa bêtise. La fenêtre était ouverte, et les humains avaient des outils pour voir à plus de 30 mètres de distance. Sans même réellement le vouloir elle obtint de l’esprit des assaillants les informations qu’elle désirait. Elle percevait la conversation qu’ils avaient eu précédemment avec l’homme nommé Téko Dyra, et c’était comme si ce dernier parlait face à elle. La Maniacal. Un psychotrope puissant venu de Scarrath, originellement un poison mortel, mais autrement utilisé, quelque chose qui permettait d’accélérer les processus mentaux. C’était un produit détectable, et son effet n’était pas immédiat. Il n’était jamais utilisé comme poison, alors pourquoi l’utiliser pour la tuer ? Il était vrai que ses protecteurs ne se seraient jamais fournis d’antidote pour un poison si atypique mais… Double Delta trembla d’effroi en réalisant que cela n’était pas le but.
« Le premier usage de la Maniacal est un produit dopant, résonna la voix de Téko Dyra dans son esprit. Le deuxième est l’exploitation des effets secondaires d’une crise causée par cette substance à l’état liquide. »
Elle n’avait aucune information sur cette chose, aucun moyen de le contrecarrer dans ce bâtiment. Même si l’effet n’était pas mortel, elle était piégée ! Et la voix du comte continuait de résonner en elle contre sa volonté.
« Le choc que subit l’esprit est significatif, et laisse place à une certaine période où il est extrêmement sensible et manipulable. C’est pour cela que je veux la myosienne vivante. Je la récupérerai quand elle sera inconsciente. »
Ce n’étaient pas les pensées de Téko Dyra, juste un reflet de ses paroles à travers l’esprit d’un autre. Où était-il ? Elle devait le trouver pour arrêter ça. Des larmes coulaient sur les joues de la myosienne, et pas juste à cause de la douleur. Elle n’avait pas imaginé qu’on oserait lui infliger cela. La droguer pour lui laver le cerveau ? C’était… Absurde, hideux ! C’était à ça que l’on comparait ses pouvoirs psychiques ?
Courant vers l’extérieur dans l’espoir d’établir un contact avec celui qui tirait les ficelles, Double Delta trébucha de nouveau, cette fois sur les pavés froids, alors que sa vue se troublait. Ces hommes ne savaient pas où était caché leur employeur, mais ils étaient incapables de progresser. Le flot incontrôlée de pensée de Double Delta les avait sans aucun doute frappés. Pourtant, elle n’était pas hors de danger ! Si elle tombait inconsciente c’était la fin… Elle refusait que cela arrive. ‘’Double Delta’’ signifiait l’élévation, on ne pouvait pas la traîner ainsi au sol ! Depuis le début, elle avait respecté leurs lois, ne leur en avait jamais voulu. Pourquoi avoir recours à de tels moyens ? C’était absurde, absurde… Elle n’avait voulu que la survie de son peuple, et n’avait voulu au final que le bien du leur. Leur justice… N’avait pas de sens.
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Re: Quand il faut faire bref...

Message par DALOKA le Dim 2 Sep - 22:15

Partie VI: Humain malgré tout

L’opération avait été un succès, malgré les conséquences imprévues.  Certains étaient morts à cause des impulsions psychiques incontrôlées de Double Delta, d’autres étaient inconscients. Aucune mort civile sans lien à l’affaire n’était à déplorer, en partie car la population était dans ces résidences riches peu concentrée,  et également car la zone avait été fermée et surveillée avant le début de l'opération. Néanmoins, cela était tout de même une erreur à considérer, même si la mort des alliés de la myosienne et de la négociante de l’empire, qui étaient dans l’œil du cyclone, était avantageuse. La puissance de Double Delta était terrifiante, il n’était pas certain de pouvoir la contrôler, et était d’autant plus satisfait d’avoir eu la prudence d’attendre le temps suffisant pour qu’elle tombe inconsciente ou meure à cause de sa crise. Parce qu’elle était bien vivante, le comte, habillé dans une tenue terne de civil et la tête couverte d’un large chapeau qui couvrait sa chevelure, transportait actuellement le corps de la myosienne par dessus son épaule, l’ayant couverte d’une cape pour la rendre méconnaissable dans la nuit . Elle n’était pas lourde, mais il espérait à ne pas avoir à la transporter longtemps : si elle venait à se réveiller, ce qui était peu probable si on le traitait pas, il devrait lui trancher la gorge immédiatement, et cela lui infligeait une certaine pression désagréable. Avoir à la tuer après être en arrivé là aurait été de toute façon déplorable… Téko avait utilisé ce produit exotique risqué dans l’espoir de pouvoir utiliser Double Delta. Ses capacités en faisait un atout trop grand pour être gâché, et si il l’envoyait à Septrios, sa mission serait accomplie. Le comte ne savait pas si ils pouvaient manipuler Double Delta, mais l’objectif n’était pas tant de parvenir à la soumettre. Pour lui, le problème des myosiens ne résidait pas dans leurs pouvoirs, mais dans leur incapacité à changer. Si il détruisait cela, alors de nombreuses possibilités étaient envisageables… Mais avant cela, il fallait l’isoler dans des conditions propices pour éviter tout danger, et conduire quelques expériences psychologiques. Cela, Téko le savait, était cruel. Il plaignait même sans aucune condescendance cette pauvre créature, qui n’avait sans doute aucune intention néfaste, et qui risquait de subir ce qui serait pour elle pire que la mort. Oui, Double Delta avait eut un certain ego pour penser qu’elle, en tant qu’individu, pourrait s’en tirer sans problème avec la seule force de ses pouvoirs et de son intelligence. Cependant, cela ne fournissait aucune forme d’excuse.
Téko, maintenant loin de la scène d’opération, retrouva la personne de confiance qui l’attendait là. Magnolia, la jeune femme à l’allure de nonne, était recouverte d’un capuchon qui dissimulait ses traits, et cachée dans un recoin de rue, observait le comte avec un regard lugubre. Ce dernier souleva Double Delta, et la disposa dans les bras de la jeune femme, qui sembla la bercer presque comme si c’était une enfant.
– Transporte là au second point de rendez vous, fit-il, ôtant ses gants pour les mettre dans la poche de sa veste. Victoria connaît les directives à prendre, et l’emportera directement sur le Gargantua.
– Je ne me sens pas très bien à ce sujet… C’est vraiment comme si c’était nous les agresseurs, tout d’un coup. Je sais que cela sert notre cause ultimement, néanmoins, ces méthodes… Seuls les inquisiteurs devraient être capable de telles choses.
– Conserve ce sentiment, Magnolia. Ne le quitte jamais.
– On dit que ma compassion fait partie de ce que je suis, mais, quand je m’occupe de cela… Je voudrais n’en avoir aucune.
– Ce n’est pas à propos de toi en tant que personne. Nous devons être conscients de ce que nous faisons de mal, c’est une douleur saine. Vous ne devez, en aucun cas, devenir le genre de personnes capables de commettre des atrocités pour sourire normalement après cela. Il n’existe pas de réalité où tuer quelqu’un n’a aucun poids. Parfois, accepter cela est sans doute trop difficile, mais sombrer est préférable à devenir quelqu’un sans remords, et donc sans limites.
… J’aurais dû vous enseigner cette leçon. C’est une raison de plus pour que tu la retienne, et ne l’oublie sous aucun prétexte. Acceptes tout ce que tu fais et ce que tu es, restes toujours humaine, c’est le seul moyen pour voir clair.

Après un silence, la jeune femme dont il ne voyait que la bouche et le menton finit par acquiescer. Téko sortit alors un poignard, et le lui tendit.
– Tu pourrais avoir besoin de cela, mais je ne le souhaite pas. Tout peut arriver, souviens toi donc bien de mes leçons. Nous nous retrouverons à bord du Gargantua.
Il était plus prudent de se séparer. Elle aurait également de meilleures excuses pour transporter un petit corps inconscient quelque part, d’autant plus qu’on risquait de reconnaître son visage. Sur ces mots, Téko tourna les talons, et s’engagea dans une direction opposée à celle de Magnolia.
Il ferait encore nuit de nombreuses heures, à l’heure actuelle la troisième équipe devait s’occuper des personnes affectées par Double Delta, et s’occuper des morts afin de permettre le contrôle de l’information. Quant à Téko, il allait s’organiser, et se faire un moment discret. Les mercenaires prendraient tout le blâme de l’affaire, comme prévu, en échange de leur payement d’avance et de leur passe pour traverser la frontière… Néanmoins il était possible qu’ils soient dans un pitoyable état également.
Alors qu’il s’éloignait vers la bordure de Childil, une figure furtive surgit rapidement d’un recoin de rue, face à lui en un éclair. Avant que Téko ne puisse réagir correctement, la figure planta une dague dans son estomac. Il reconnut cette figure, celle d’un jeune homme en dessous de la majorité. Un des mercenaires du clan qu’il avait engagé. Son regard était tremblant de folie et d’effroi.
– Tu pensais pouvoir nous sacrifier comme ça ? Dit-il, ivre de colère. On avait aucune chance contre ce monstre, et tu le savais très bien, hein ? Tu le savais !
Des larmes coulaient sur les joues du garçon. Téko ne pouvait pas mentir. Il n’avait pas été présent sur la zone lui même… Il avait engagé ces hommes en connaissance de cause. Tout pouvait arriver, quand il les avait soumis à ce pari risqué. Ainsi, il ne dit rien. Devant ce manque de réponse, le jeune mercenaire recula, et dirigea son arme vers la gorge de Téko, qui bloqua son attaque en saisissant son poignet. La main nue du comte se mit à brûler, et le message dans son regard intimidant était clair. Le jeune homme se dégagea, et fuit dans la nuit, la magie ayant heureusement suffit à l’intimider… Téko regarda à ses pieds, et une flaque de sang s’écoulait déjà.
Il mit un bref instant à réaliser la gravité de sa blessure. La possibilité qu’elle l’empêche de reprendre sa marche lui parut tout d’abord impensable, mais la traiter était en vérité une urgence. Une main sur sa plaie, il incanta un sort pour refermer ses chairs et éviter de se vider de son sang. Il lui fallait trouver un endroit où se reposer, il n’avait en aucun cas le temps de se préoccuper du fuyard. Dépassant son propre ruisseau abondant de sang, Téko poursuivit sa marche dans les rues vides. Un garde, sans doute, ne tarderait pas à le remarquer… Encore quelque chose qu’il faudrait couvrir pour effacer son implication.
Le comte parcourut dix mètres, puis s’effondra. Son sort avait fonctionné, et il s’était revitalisé grâce à la magie… Mais, dans son dos, se trouvait à présent un carreau d’arbalète. Son esprit, pourtant, ne fut pas secoué par la panique. Ses deux paumes appuyées contre les pavés, il tenta de se relever. Cette blessure était mortelle, il le savait. Il ne pourrait pas y remédier aussi aisément, il en était conscient. Cependant, il ne pouvait pas s’arrêter. Il en était incapable. Les mots de Saero lui revinrent à l’esprit. Oui, il était trop têtu, il l’avait toujours été. Il ne pouvait pas compter le nombre de fois où on lui dit de se tenir à l’écart, de ne pas agir, et où il avait ignoré ces paroles. Téko se tint sur un de ses genoux, se redressant lentement, l’extrémité du carreau dépassant de ses côtes. Il refusait de se reposer, même maintenant. C’était une belle nuit, il était seul, sa journée de travail était achevée avec succès. L’occasion était parfaite pour s’allonger et faire une sieste… Ses tympans durcis étaient insensibles à cette voix, quoiqu’elle fasse pour se faire entendre.
Ah… Il ne pouvait gaspiller son temps. Il y avait après tout encore tant de choses à faire… Et tant de choses encore après elle…

Pour la première fois de sa vie, Téko Dyra s’endormit sans le vouloir, dans un lit pourpre qui semblait n’être installé que pour lui.
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Re: Quand il faut faire bref...

Message par DALOKA le Dim 2 Sep - 23:34

Epilogue

Debout sur un des toits de la cité de Childil, Lupe Andromes abaissa sa paire de jumelle, une expression contrariée sur le visage.
Téko Dyra était, malgré sa ténacité, mort pour de bon. C’était ce qu’il avait prévu, néanmoins, à cause de la vieille Colstinger, ses attentes étaient trahies. Le jeune mercenaire n’avait pas pu tuer par lui même l’objet de sa vengeance, et sa cible aurait survécu à son attaque. Au final, Lupe avait dû agir pour confirmer la mort de l’ancien comte…
On dirait qu’il n’y avait aucune justice divine, se dit-il dans un sourire en haussant les épaules. Les mauvais n’étaient pas punis par autre chose que leur propre monde… Quiconque avait imaginé cette idée romantique devait prendre des coïncidences pour des signes divins, comme beaucoup de superstitieux. Cela l’attristait un peu, néanmoins ses doutes sur sa vision du monde étaient à présent effacés. La froideur du monde avait quelque chose de frustrant, mais quel autre choix que de l’accepter et de la suivre ?

Sa mission accomplie, Lupe donna un coup de pied dans l’arbalète lourde qui lui avait servi d’arme. Elle glissa sur les tuiles, et se fracassa sur le sol. Il retira ses lunettes, et les essuya. Parce qu’il avait perdu trop de temps ici, il ne pourrait retrouver la myosienne à temps. Tant pis… La mort de Téko était nécessaire, son influence était devenue trop grande, et il n’aurait jamais cessé de manipuler les choses derrière les coulisses, guère différent d’une sorte de dictateur discret. C’était ce qu’il y avait de mieux pour le futur, cependant… Combien de plans ce vieux fou avait-il laissé derrière lui ? Combien étaient toujours en cours ?
– Nous n’en avons pas fini avec vous… C’est comme si vous refusiez encore de mourir, rit Lupe en replaçant ses lunettes. Redressant la tête, le corps droit, il effectua dans la direction du cadavre lointain un salut militaire en bonne et due forme.
– Adieu, instructeur.





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Re: Quand il faut faire bref...

Message par DALOKA le Jeu 6 Sep - 11:09

Le Monstre chétif


Un sifflement résonnait dans la morgue, accompagnant le bruit des pas du gardien, alors qu’il se préparait à rejoindre son lit. La nuit était tombée depuis longtemps, et la journée avait été particulièrement difficile. Son sifflement détonnait avec le lieu souterrain, uniquement éclairé par la lampe à huile qu’il tenait à bout de bras. L’extérieur était secoué par la mort récente d’un politicien, mais pour lui, c’était un homme comme un autre, et pas le seul cadavre du jour. Quant il sortit, il verrouilla comme d’habitude avec soin les portes de la morgue, et s’en alla, confiant d’avoir tout laissé en ordre.
Néanmoins, il avait bel et bien manqué quelque chose. Dissimulée dans l’obscurité, si silencieuse que l’écho même ne la trahit pas, cette chose s’était introduite auprès des cadavres, et avait attendu, attendu pour ce moment. Elle ouvrit deux yeux dorés, brillants comme ceux d’un chat, assurée par son ouïe surhumaine qu’elle était bien seule dans ce sous sol. La créature était une adolescente aux longs cheveux blancs et purs, vêtue d’une culotte courte à bretelles qui se cumulait à l’immaturité de ses traits… Néanmoins, elle avait une expression sombre, trop pour elle celle d’une fille de son âge. Elle était, après tout, un monstre sous forme humaine.
Kazhaar Dyra s’avança vers le cadavre du fameux politicien qui était mort aujourd’hui, et reposait allongé l’air plus paisible qu’il ne l’avait jamais été de son vivant. Les cheveux de la vampires s’allongèrent et se tordirent en spirale vers le sol, formant une sorte de chaise sur laquelle elle s’assit, au chevet du corps inerte de Téko Dyra. Elle avait toujours su que le moment viendrait où elle le verrait ainsi. Oh, elle aurait souhaité mille fois que cela se déroule dans un autre contexte, mais on ne pouvait pas changer les faits : ce moment était maintenant. Elle ne pourrait pas assister à ses funérailles, s’il y avait donc un instant à chérir, l’instant où elle pourrait parler futilement à un cadavre, cet instant était maintenant.
– … Longtemps, j’ai souhaité vivre une longue vie à tes côtés. Une vie libre des tracas, des combats, de la politique, de tout ce qui rend ce monde noir… Mais cela n’aurait pas été possible, n’est-ce pas ? Tu n’aurais pas pu.
… Et tu ne t’es pas donné l’occasion d’essayer, fit-elle avec un sourire sarcastique. Maintenant que j’y pense, te transformer en vampire aurait été la pire chose que j’aurais pu te faire. J’en avais pourtant envie, je l’avoue. J’y ai longtemps pensé. J’aurais pu te garder à moi, pour l’éternité, sans peur d’être seule… Mais, puisque tu ne peux te permettre de pause, qu’est-ce que tu serais devenu si tu étais immortel ? Tu n’aurais même pas été assez fatigué pour te reposer dans mes bras. C’est peut-être une bonne chose que tu meures, tout bien considéré.

Kazhaar commença une autre phrase, sans en dépasser la première syllabe. Après un silence qui parut durer une éternité, elle soupira, levant son regard vers le plafond sombre et froid.
– J’espérais venir ici pour me moquer de toi. Je voulais te rire au nez, parler de ton ridicule et de ta folie… Mais je ne peux pas. Même pas après avoir décidé de ne plus te voir. Et si ce n’était que cela !… Maintenant que tu es mort pour de bon, je réalise que je n’ai jamais envisagé un monde où tu n’existe pas. Ce monde est face à moi à présent… Et je suis incapable de m’y reconnaître.
Je me suis surestimée, n’est-ce pas ? C’est drôle. C’est toi qui est mort, et c’est de moi dont j’ai envie de rire… Je ne peux pas être faible. Parce que j’ai l’air faible. De quoi aurais-je l’air alors ?… D’une enfant, rien de plus.
Et voilà… Je ne parle que de moi. Je me vantais de te connaître par cœur, et j’avais raison. Mais pour ce qui étais de moi même… C’était une autre histoire. Avec tout le sang que tu as sur les mains, tu as probablement ressenti une honte pire encore… Et tu continuais, pourtant. Tu étais comme un monstre.

Les deux pieds de Kazhaar touchèrent le sol, et elle se releva, observant de haut le cadavre. Sa gorge se serrait, mais elle ne pouvait pas perdre la face, pas face à elle même. Combien de fois s’était-elle disputée avec cet homme ? Elle devrait également lui en vouloir pour avoir tenté de la tuer ce jour là, et l’avoir enfermée pendant des années. Les lèvres de Kazhaar se soulevèrent dans un sourire narquois un instant, alors qu’elle croisa ses bras.
– A quoi riment tes idéaux à présent ? Tu as semé méticuleusement, avec la pat et ta récolte a fini par te tuer. Maintenant tu n’es qu’un cadavre, incapable de voir si ton travail avait un sens. C’est ça, ce que tu as obtenu, en refusant d’être heureux ? Tu es un homme misérable, Téko Dyra. Tu savais où tu te dirigeais, mais tu étais... trop têtu pour t'arrêter…
Tout à coup, les poings de Kazhaar s’abattirent contre le rebord du lit de pierre de l’homme qu’elle avait aimé, y creusant de profondes fissures. Elle était maintenant à genoux, et des larmes impossibles à retenir coulaient sur ses joues blanches. Sa fierté avait perdu à son propre jeu stupide, c’était une défaite totale, et elle retentit dans un cri soudain de douleur qui se répercuta contre les murs.
– Je te pardonnerai pas ! Comment as tu pu ? Comment as tu pu me dire que ce que nous avions vécu n’était qu’une erreur ? Je me moque des conséquences ! Tout ce que je sais… C’est que j’étais heureuse alors… Et que maintenant ces jours ne reviendront jamais plus !
Elle passa une main sur son visage, essuyant ses larmes, les dents serrées, bien qu’elle sanglotait encore. La vampire pleura un instant, cessant de tenter de parler, et inspira longuement. Elle avait légèrement repris son calme après cette explosion.
– … J’étais… Toujours dans le passé, au final. Je n’ai toujours pas toujours trouvé, comme toi, de raison derrière ce que je fais. Mais il a fallut que tu meure, pour ne plus me laisser d’autre option?…
Tu es cruel, mon frère.

Kazhaar se pencha sur le corps inerte, et l’enlaça de ses bras et de sa chevelure vivante. Elle avait envie, dans un fétichisme fou, d’emporter le corps et de l’enterrer où elle désirait. Mais il ne fallait pas. Elle lui laisserait son propre enterrement, qui représentait ses accomplissement à lui seul. Il n’y avait qu’un seul moment où lui dire adieu, un point de non retour, et c’était cet instant. Posant un instant ses lèvres sur celle du cadavre, elle reposa lentement là où il était, ses cheveux qui le recouvraient comme un linceul s’éloignant. Puis, les yeux dorés disparurent dans l’obscurité, n’ayant laissé comme traces qu’un cri et la marque de deux poings.


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DALOKA
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