Un Fragment

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Un Fragment

Message par Kiart Nenzo le Mar 14 Fév - 22:51

Perdu dans le néant

Je crie, j'hurle, j'exulte
A ces dieux que j'insulte
Ceux qui ont tué mes pairs
Ceux qui ont tué mes aimés

Oh oui, je suis satisfait
Car je ne serai défait
Notre faiblesse, ils ne la connaissent
Notre puissance, ils la méconnaissent

Mais aujourd'hui j'enrage
En moi couve un orage
Chant de l'âme
Chant de lames

Le sang coule sur les poignées
Le mien ou le leur, je ne le sais.
Mais je sais une chose
Le roi ne mourra pas seul.





Un sursaut et il se redressa, son armure tintant doucement dans la pièce faiblement éclairée par quelques bougies disposées.
La même pièce... Petite et sans fenêtre, faite de pierre uni lézardé par des racines et des branches que la roche a épousé, un relief amplifié par la lumière vacillante des bougies qui s'éteignent peu à peu au rythme du temps qui passe. Au rythme d'une vie qui s'efface.
Une pièce close avec une seule porte, une chambre où reposait un lit occupé et à ses côtés, un homme en armure assis, une armure le faisant representer l'hydre à trois têtes, la créature immortelle à ses blessures.
Le casque tourné vers le lit, il l'observait encore. Grergo Hunsinaï.
Reposant sur un lit des plus raffinés, recouvert par des couvertures plus épaisses les unes que les autres dans l'espoir de le faire suer.
Son visage blême, sa respiration sifflante, sa chaleur irradiante. Lorsqu'il était tombé la première fois de sa selle, il lui avait dit que ce n'était rien et que cela passerait.
Mais les jours passant lui avaient retiré ses facultés, incapable même de porter ses effets et obligé de le tenir à deux.
Incapable de le soigner sur le coup, ils avaient poussé les montures jusqu'au Corvus. Mais rien.
La chair gonflant et noircie le long de la gorge et sa peau presque translucide. Son sang saigné étant d'une couleur presque onyx.

Une maladie généralisé l'arrachait à la vie. Et personne ne pouvait rien faire. Les médecins ne savaient comment le soigner à cette phase. Et les tisseurs ne savaient toujours pas comment son corps fonctionnait.
Ils lui avaient même proposés l'implantation d'un de leur Luhra, afin d'étendre sa durée de vie jusqu'à qu'ils en sachent plus, espérant trouver un remède pendant que le parasite s'occuperait de le maintenir en vie.
Mais le parasite était mort. Assez faible pour ne pas tuer Grergo, trop faible pour résister à sa maladie. Et aujourd'hui, son corps était tant marqué par la maladie que les marques d'expériences afin de le maintenir en vie, Voluptis se pliant en quatre pour tenter de le sauver.

Mais à quoi bon ces remèdes? Il souffrait, en silence, tout en voguant dans un sommeil sans rêves.
Parfois Grergo se réveillait et pouvait ainsi parler, mais souvent, il n'arrivait pas à se réveiller et semblait vivre entre deux mondes, incapable d'agir mais capable d'entendre.
Et Mehran tirait son réconfort de cette possibilité, espérant que Grergo pourrait les entendre dans la maladie. Attenuer sa peine.
Baissant la tête, il reprit le livre qu'il avait laissé, et du bout des doigts, l'approcha de son visage pour en déchiffrer avec minutie les termes sybillins que Grergo emploie dans ses textes thaumaturgiques.


"Pour atteindre le noyau profond du matériau et l'enchanter convenablement. Avec le sort d'ouverture d'Anghostra, il faut concentrer l'énergie en un motif concentrique d'Auguste inverseur afin de-
-Inversé... C'est inversé. Ne.. t'endors pas.
-... En un motif concentrique d'Auguste inversé afin de stabiliser les flux."

Oui... Ces moments où ils peuvent parler... C'était ce qu'il lui restait. Ce qu'il leur restait.
De l'autre côté de la porte menant à cette pièce, il les entendit murmurer alors que la porte entrouverte laissait passer un petit courant d'air. Se penchant, Mehran remit la couverture sur la gorge de Grergo, maintenant sa main au-dessus de sa gorge nue au moment où il entendit le métal de ses gants grincer.
Un moment de faiblesse qu'il calme, relâchant l'étoffe avant de se pencher au-dessus du lit.


"Grergo, je vais devoir te laisser. Bonne nuit."
Un sourire se dessina sur le visage du malade avant qu'il ne baisse ses yeux marrons vers le livre, Mehran le soupesant des deux mains pour le déposer sur la chaise qu'il occupait. Le métal contre la pierre, il attrapa la poignée de porte et sort, refermant la porte derrière lui.
Soufflant du mieux qu'il pût, Mehran se tourna vers l'Aulousien et l'Humain devant lui. Fendryn et Kahj. Et de les étreindre, ses bras enroulés autour de leurs épaules, les deux individus se rapprochant l'un de l'autre, dans une grande familiarité qui dépassait les apparences entre ces trois individus.


"Doucement Mehran. Doucement... On est là."
Une main sur le casque de Mehran, l'Aulousien frotta le métal, à la recherche d'un moyen de le réconforter, incapable de supporter de le voir ainsi dans cet état. Si Mehran n'exposait rien physiquement, sa détresse n'en était pas moins réelle. Incapable de se faire comprendre lorsqu'un soucis le tracassait, décalé de l'empathie habituelle des vivants.
"Ils font tout ce qu'ils peuvent. Personne ne veut le perdre."
D'un mouvement léger du poignet, Fendryn se retira de l'étreinte, déposant sa main sur l'épaule de l'armure un instant avant de se diriger vers la chambre, laissant le guerrier et l'Aulousien ensemble, n'osant lever le regard vers eux deux en rentrant dans la pièce.

"Je sais qu'il va mourir. Il ne tiendra pas suffisamment longtemps pour qu'ils créent ce remède.
-Peut-être. Mais il reste toujours une chance. Et on veut tous s'y raccrocher.
-Et... Si mince.
-Si mince et pourtant, c'est ce qu'il nous reste. Ne pense pas à ce moment mais ce qu'il pourrait se passer après."

Se détachant de l'Aulousien et le fixant, leur regard se croisa et si l'un ne vit qu'une pensée sincère, le second pût enfin y admirer une émotion... La peur.
Avant même que Kahj ne puisse parler, Mehran s'en retourna et s'éloigna à grandes enjambées, il ne devait pas savoir.




"Bien Mehran. Comment te sens-tu aujourd'hui? Tes extremités te font mal cette fois?
-Non, elles ne font pas mal.
-Tes yeux, ont-ils des soucis par rapport aux couleurs?
-Aucunement.
-Et ta peau a-t-elle enfin commencé à se former?
-Je n'ai pas eu l'occasion de l'observer. La chair est souvent à vif."


Le visage tourné vers sa propre main, Mehran tentait du regard de percer ce métal épais, réfléchissant à mesure que ses doigts se pliaient et se dépliaient.
Assis devant lui, sur un siège adapté à sa condition, un Josis le surveillait, l'insecte de taille humaine écrivant et notant sur un calepin ce qu'il pensait, compilant tant de données que leur lecture en étant indéchiffrable à part pour lui. Couvert d'une sorte de fourrure verte dotée de sa propre volonté de laquelle perçait des morceaux de roche, son corps ne ressemblait à rien dont l'homme avait l'habitude. Son visage de chitine était un masque qui ne permettait que des expressions feintes que ses mandibules tentaient d'imiter de tout ses efforts en ayant compris l'intérêt de l'homme dans la reconnaissance du visage.
Éduqué depuis toujours aux expressions de ses pairs, les humains étaient des créatures visuelles et leur champ de pensée était aussi réduit que leur angle de vision binoculaire, condamnant ces races inexpressive de bestialité alors que leur palette d'expression étaient plus... Subtiles.

Mais Mehran était différent, comme certains individus, il n'avait aucun tic, aucune expression, que des mouvements qui suivaient de façon évidente sa pensée. Il était un livre ouvert dans ses pensées et il semblait que seul Voluptis comprenait cette écriture qui formait un langage corporel unique en son genre. Capable de sentiments, naïf et au sang chaud, il se dénotait des autres individus au même langage corporel qui n'avaient pas d'attraction vers les autres individus.
Si certains ne faisaient preuve d'expression par absence d'intérêt, Mehran ne savait tout simplement pas en faire et le temps montrait une évolution.
Sa nature en était peut-être la cause?

Posant sa main droite au dos de son autre poignet, Mehran se mit à défaire les attaches une à une.
Le métal, enroulé et attaches par des bandes, formait un environnement étanche qui entourait une sorte de cocon marron qui se découvrait sous les yeux de Voluptis, entourant entièrement la main de Mehran. Cinq doigts, quatorze phalanges et des muscles utilisables sous cette carapace. Qu'il brisât, insérant entre les plis de la matière son index.
Tel une poche, un liquide transparent en sortit, comme amniotique alors que la déchirure s'étendait, Mehran traçant un long chemin à travers la carapace et la découpant.
Au début rapide, son doigt ralenti à mesure que le liquide s'échappait.. Et que sous la carapace se dessine une chair nue, doté de tendons à l'air libre, de muscles libérés et de veines, artères qui vivaient en dehors de toute protection que formait la peau.


"C'est douloureux.
-En effet, l'implantation de la peau n'a pas réussi cette fois. N'est ce pas fascinant?"

Reposant le calepin au sol derrière lui, Voluptis attrapa son propre siège et s'approcha d'un léger saut de Mehran, prenant le bras de Mehran par son armure, frôlant du bout des doigts la chair dénudée.
Comme une plaine herbeuse, ses doigts étaient recouvert de léger filaments verts qui touchaient et frôlaient la chair, comme un millier de mains délicates qui ne pensaient qu'à ressentir les aspérités délicates de cette création sans protection, pressant et reculant lorsqu'un mouvement était fait.
Perdu dans ses pensées, Voluptis n'en admirait que les sensations que ces filaments le faisaient ressentir, les faisant glisser autour d'un muscle sans le toucher, estimant la taille, sa rondeur, des outils qui ne se résumaient pas qu'au contact physique.


"Qu'est-ce qui est fascinant?
-La chair... Ta chair. Elle pousse de façon regulière comme on s'y attendrait. Mais depuis quelques temps, nous n'avons qu'un contrôle léger sur ce que devient ton corps. C'est peut-être que c'est la première fois que je fais pousser un corps du début à la fin aussi.
Reculant ses doigts plus que tactiles, il leva la tête vers Mehran, ses mandibules inférieurs se pliant pour former un sourire, ses paupières se fermant à moitié. Il semblerait Mehran que bientôt, on pourra te qualifier d'humain en apparence. Ta proprioception s'est d'ailleurs améliorée.
-Je... Me suis dis que je devais faire attention à l'intégrité de ce corps... Vous me l'avez bien donné.
-Un corps ne m'appartient pas. Je n'ai fais que te donner un moyen de vivre au-delà d'un assemblage mécanique. Que serait une vie sans pouvoir rien ressentir ni voir?"

Rapprochant ses doigts de la main de Mehran, Voluptis rangea son sourire alors que ses yeux partaient dans le vague. Comme une infinité de fils qui se plantaient dans sa chair, Mehran sentit les filaments de l'armure de Voluptis se glisser et s'enfoncer dans ce qui lui servait de main... Comme des vers, cette sensation s'infiltrait et avant qu'un mouvement de sa part n'ait pu se faire, une sensation de vide remplaça celle de l'invasion.
Incrédule, il retira sa main de la poigne de Voluptis qui se redressa, observant son oeuvre. Totalement détaché des sensations de sa main, il pouvait encore la bouger mais rien ne se percevait.
Au paroxysme de cette sensation, il en vint à déposer sa main sur le métal de son armure et à simplement fixer cet état de fait. Tout ce qu'il ressentait s'arrêtait au début du poignet et au delà, il ne s'agissait que d'un néant, un fantôme de sensations que son esprit tentait de recréer aux moyens de souvenir.


"Il s'agit d'un moyen que nous connaissons pour intégrer des Lurah sans douleur... Et c'est ça qui nous prouve que nous avons plus besoin de nos perceptions que l'on croît. Continue de t'occuper de ce corps et d'y faire attention, d'accord?
-Je ferai de mon mieux.
-Bien. Maintenant, rapproche ta main que je répare ta coque avant que la chair en dessous ne commence à se putréfier."

Rapprochant sa main, Mehran la laissa aux soins de Voluptis, le laissant déformer la chair sous ses yeux.
Tel des milliers de cordes tendues au-dessus d'un vide, des fils de chitine molle blanchâtre enjambaient la faille creusée par Mehran, s'enroulant et formant une nouvelle couche qui protégerait la main de Mehran en attendant sa maturité. A la fin, seule une couleur blanche marquait le cocon là où il avait tranché et ce blanc uni disparaissait, cachant jusqu'à la prochaine fois ce qu'il en adviendrait.





La neige tombait en minces flocons, le vent endormi ne faisant que doucement osciller les fins cristaux qui se déposaient en une couche épaisse où les pas s'enfonçaient jusqu'au haut de la cheville. Les arbres ployaient mollement sous la couche de neige et le silence de cet instant n'était brisé que par le crissement calme du poids des corps qui s'approchaient, rompant la fine couche de neige en un bruit étouffé.
"Tu sais qu'il ne faut pas rester au frais trop longtemps?"
Debout, sa visière tournée vers le ciel, Mehran observait le ciel d'un gris où parfois des éclaircies bleutées le traversait, formant un tableau instable qui variait au fil du temps, prenant des formes qu'il surveillait alors, les bras pendant le long du corps immobiles.

Un homme. Le visage élimé par les ans, le teint blême et des yeux perçants dont les couleurs qu'il percevaient étaient changeantes, troublantes. Son nez aquilin tordait légèrement mais Mehran le savait et l'avait toujours su que tout cela n'était qu'une façade pour le fossoyeur, le pilleur.
Se tournant, ses pieds crissants dans la neige, il essuya d'un revers de la main le peu de neige qui s'était accumulé alors que ses cordes vocales commençaient à résonner.


"Le froid ne me gène pas. Et vous? Vous n'êtes pas censé être de l'autre côté?
-L'autre côté, c'est vite dis. Mon frère peut veiller au grain sans moi. Tu permets?"

S'approchant d'un pas leste et preste, le vampire se retrouvait aux côtés de Mehran, les bras enroulés dans sa veste élimée dans une expression de froid ressenti tandis que son souffle n'apparaissait aux yeux de l'humain en devenir.
"Tu pense encore à ton père? Lancé par le vampire, la question resta en suspens quelques secondes dans un silence pesant, la tête de Mehran se pencha un instant en arrière.
-Ce n'est pas mon père.
-Il t'a crée et donné vie. Même si tu ne proviens pas d'une mère, il t'as toutefois donné le jour. Il est ton père Mehran."

Soufflant un instant, Mehran se pencha en avant, soufflant alors que l'air se condensait sous ses yeux avant qu'il ne tourne sa visière vers le vampire, sa voix traversant le casque, déformée et aggravée.
"Pourquoi vous faites semblant d'avoir froid?
-Peut-être que je ne fais que semblant d'être. Je n'ai pas froid. Mais je préfère m'imaginer que j'ai froid.
-Je me demande ce que cela fait."

Un léger soupir et un haussement d'épaules fût la réponse, avant que le silence ne reprenne quelques minutes, le temps comme ralenti par ce blanc stérile et sans vie.
"Le vent est son chant, le froid est son instrument. Ses larmes sont ces flocons, son sourire le ciel bleu que nous observons. Lorsque Dame hiver passe, nous pleurons les saisons plus clémentes. Mais comment ressentir la chaleur des saisons rémanentes?
-Qu'est-ce? Un Poème?
-Quelque chose comme ça que j'avais trouvé à un moment. Le froid, ce n'est pas explicable. C'est une absence. Et c'est ce qui nous permet de mieux sentir la chaleur. Lorsque le froid t'enveloppe, tu es engourdi. Tu sens de moins en moins, ou tu ne sens plus qu'une douleur continue, sans arrêt, qui fini également par s'éteindre. Le froid... Est comme une vague. Qui fini par t'emporter.
-J'aime les images que vous employez."

Croisant les bras, Mehran voulait tant pouvoir fermer les yeux et imaginer cette vague d'absence. Être emporté. Ne pas être séparé de la chair. Détournant le regard du vampire, il leva légèrement la main pour en bouger ses doigts, l'agiter. Il n'y parvenait que peu, extrémités engourdis et incapable de s'agiter. Sans avoir réussi à imaginer le froid, il en avait été la victime inconsciente.

"Retourne voir Grergo, Mehran. Il a besoin de te voir."
Surpris dans sa réflexion par le vampire, il tourna la tête vers là où il était pour le voir disparu, sans aucunes traces de pas que celles qu'il avait utilisés pour venir. La respiration rauque, il se tourna vers l'entrée de la caverne creusée sous le marais, un murmure sous cape.
".. Père. J'aimerai."






Comment faire lorsque la mort approche? Que faire lorsqu'un de vos êtres chers approche de la mort?
Dans les livres du Corvus, ils parlaient tous d'une acceptation, d'un moment douloureux à passer. Parfois d'une libération. Parfois d'injustices.
Dans ces œuvres, on voyait la pensée d'un homme différent sur des circonstances fictives ou réelles, sur un moment marqué par une pierre noir sur la course du destin.
Ces images et métaphores s'enroulaient en des multiples cas de la destiné de tout un chacun.

Mais aucun ne l'aidait.
Que faire lorsqu'un de vos êtres chers approche de la mort et que cela vous condamnera également?
Faut-il le maintenir en vie au-delà de tout, dans un désir égoïste ou accepter la mort de l'autre dans un sacrifice de la sienne.
Si peu de temps et Mehran était déjà à ces notions, celles qui définissent un individu et un être humain.
Celles qui veulent donner un sens à notre vie mais qui ne font que s'appuyer sur une perception unique et sans plus de poids dans l'océan des vies que celui de toute autre homme.


Avalant sa salive, Mehran se redressa, son armure clinquant contre le sol inexistant de ce lieu.
Une poche, une anomalie. Son lieu de naissance. Son lieu de mort.
Ce lieu était une création, un milieu condamné à disparaître avec son créateur.
Stérile et froid. Blanc mais sans lumière. La logique s'y appliquait.
Mais qu'était la logique lors qu’aucune perception ne vient vous effleurer?
Folie.
Il y a de ça six heures, il avait demandé à son créateur de lui permettre d'y entrer.
Kahj lui avait demandé pourquoi il fuyait comme ça et ni Grergo, ni Mehran et ni Fendryn n'avait osé lui répondre.
Lui aussi, il attendrait sa mort et seuls eux trois le savaient.

Assis au sol tel qu'il était, il était entouré de différents livres qu'il avait emporté dans son dernier voyage. Des textes philosophiques déjà recopiés, des fragments de pensées humains qu'il avait pris alors qu'il s'apprêtait à disparaître...Lui... Son vrai corps.
Comme dix squelettes de fer et d'aciers aux muscles de pierre et de bois, ils étaient tous en cercle, tournant le dos à leurs confrères, ces golems formaient un conclave.
Un assemblage ésotériques de pantins enchantés, leurs corps vibrant d'une magie insufflée par Grergo dans l'espoir de leur donner une certaine intelligence.
Mais ici, dans un élan créatif, il lui avait donné naissance. Mehran Hunsinaï.
Sa création.  

Et ils étaient son vrai corps. Chacun était une part de lui et les toucher revenait à toucher sa propre âme.
Des frissons, une peur inconsidéré de les perdre. Une peur inconsidéré de se perdre.
Ici, ils formaient son esprit et ils y étaient enfermés.
Une fois, ils avaient tenté de l'extraire de ce lieu en retirant un des golems.
Et en y repensant. Ils ne se souvenait plus que d'un douleur, d'une sensation d'avoir perdu quelque chose.
Ils n'avaient pas tenté depuis et il se savait condamné.

Il n'osait plus regarder.
Tournant son corps vers Aube d'un nouveau monde, il prit le livre à la couverture usée et l'ouvrit, commençant à lire à voix haute en attendant ce qu'il lui arriverait.







Chante mon courroux
Dance parmi les fous
Brise leurs corps maudits
Repousse encore cet appel infini

La mort nous appelle
L'entropie nous recherche
Mais nul titan ne peut sombrer
Notre pensée ne peut se terminer

Nous sommes infinis
Pas dans les nombres
Pas dans notre durée
Mais dans notre capacité à recommencer

Nous pouvons mourir
Nous pouvons revenir
Le domaine de la mort n'existe pas pour nous
Car nous n'avons jamais connu la vie

Les dieux nous ont crée hors de leurs domaines
Alors nous avons le nôtre
La puissance peut bien leur appartenir
Mais nous, nous sommes l'infini.





"Changeant... Mais Irrépressible"
Une voix différente de tout ce qu'il avait connu. Il était allongé au sol... D'où avait-il perdu conscience? Comment?
Portant la main contre son visage, il s'aperçut que son armure avait disparu... Sa carapace... Rien.
Un écorché vif dans un milieu stérile. Ses muscles dénudés gisaient devant lui, maintenus dans une gangue inexistante et qui, pourtant, assuré son intégrité, maintenant sa chair nue en place.
Par peur, il posa la main sur son abdomen en se redressant et il le sentait.
Ses organes internes qui gisaient là, à portée de doigts. Il les frôlait et sentait les sensations provenant de l'intérieur de son propre corps.
Pris d'une curiosité folle, il osa même y glisser sa main, tentant d'attraper un morceau de ses propres intestins.

"Cesse de jouer, veux-tu? Nous avons pas le temps pour tes découvertes sensitives."
La même voix. Malgré l'absence de lobe oculaire, il l'entendait parfaitement et ses yeux sans paupières se projetaient dans la direction de ce son lointain, à la recherche d'un quelconque être humain. Seulement son corps.

Les dix pantins étaient toujours là, en cercle, les mains des uns sur les épaules des autres, dans une posture d'unicité alors qu'ils tournaient le dos à son armure. Sans rien pour la contenir, elle était pourtant droite et semblait accueillir quelqu'un, comme un fantôme qu'il ne pouvait observer de par ses yeux humains. Ouvrant la bouche, il fit frissonner ses cordes vocales. Pour la première fois, le son en sortait clair et cristallin, libéré du métal protecteur et du poids d'une chitine protectrice. A ce son si insolite, il en brisa la friction de l'air dans sa gorge, le souffle coupé, pour le reprendre aussitôt.

"Qui est-ce? Pourquoi m'avoir...
-Dénudé? Non. Ce n'est pas mon fait. Il ne te reste plus beaucoup de temps.
-Comment ça? Pourquoi il ne me reste plus beaucoup de temps? Que se passe-t-il?
-Celui qui a conçu ce lieu est en train de mourir. Et à sa mort, tu disparaîtra.
A mesure qu'il l'écoutait, cette voix semblait osciller entre deux points. Derrière lui, derrière ses corps, elle s'approchait peu à peu de son armure, s'y fixant et donnant l'illusion d'y appartenir. Mehran connaissait ce mécanisme de faire en sorte que l'on identifie comme un humanoïde un son ou un bruit. Mais le subir était une autre. Mais ses propos étaient si stériles.
-Je le sais déjà... Je vais le suivre dans la tombe.
-Non"


Tel un coup de marteau, il sentit le poids de cette simple mot en travers de la figure alors que l'armure se mouvait. Oui. Au début lentement, l'armure prit vie et se déplaçait avec aisance.
Il ne fit aucun mouvement vers elle lorsqu'elle s'approcha de l’extérieur du cercle que formaient les golems. Il ne fit aucun mouvement lorsqu'elle leva la main vers l'un d'eux. Et il ne fit aucun mouvement lorsque ce bras s’abattit sur la carcasse de faire qui représentait un fragment de sa pensée.
Mort. Effondré. Brisé.
Voilà ce que son esprit aurait dû être en pensait-il. Pourtant, il était là. Vivant et pensant.
Il pencha la tête et observa l'intégrité de son contrôle sur le corps, pliant les doigts de sa main. Oui, il était encore la. Et l'armure s'approchait désormais de lui, un bras manquant à cause du choc avec la carcasse. Mais toujours intègre et devant lui, tel une personne qui le jaugeait. Et au fond de la visière de cette armure, il voyait deux yeux jaunes incandescents.


"Tu vas bientôt devenir au-delà de ton statut de créature animée par la magie. Tu es destiné à devenir un Titan. Tu es destiné à devenir un de mes frères"
Il ne comprenait guère, perdu dans la pensée d'une révélation aussi absurde. Devenir autre chose? Humain, il l'aurait voulu. Mais Titan, qu'était-ce?
"Qu'est ce qu'un Titan?
-Nous sommes... Comme toi. Issu de la magie. Des êtres crées par les Dieux.
-Les dieux? Ils existent réellement?
-Silence! Tu voulais ta réponse, tais-toi et laisse moi te l'octroyer."

Des dieux et des divinités, il ne pouvait que se demander ce que cela aboutissait. Et comment.

"Nous sommes une expérience des Dieux afin de manipuler la magie.
Les Titans, nous, étaient des êtres dociles et agissant à leur guise, ils étaient des pantins.
Puis, l'un d'eux a pris conscience du "Je".
Sans le savoir, ce titan était le premier de mes pairs.

Nous l'appelons aujourd'hui le Géniteur car son Je a abouti au Nous. Puis au vous.
Sans le savoir, nous avions pris conscience de notre individualité.
Nous étions plus des pantins mais des conscience naissantes. Notre statut était plus qu'instable.
Nous n'étions pas des êtres vivants, ni des morts et nous n'appartenions à aucun des dieux dans l'ensemble. Nous étions une création commune, divergente de l'essence même du Divin.

Notre statut était différent et alors que nous commencions à devenir un peuple, une race totalement autonome, les dieux ont statués sur notre sort.
La plupart se méfiaient simplement de nous, certains étaient pour nous aider, d'autres voulaient simplement notre disparition. Mais leurs avis sur nos existences étaient teintés d'un jeu politique et nous avions peur de savoir notre vie prise en otage par d'autres.
Puis vint la première erreur. Un des Titans avait réussi à... Consommer l'essence du Divin.
Les Titans pouvaient consommer ce qui fait les dieux et s'en renforcer.

Cette erreur; non voulue pour ce Titan, a provoqué l'effondrement de cet équilibre.
Nous étions désormais une menace probable pour l'équilibre des mondes et nous furent désignés comme menace à détruire.
Mais entre temps, nous avions fui par peur des représailles.
Nous avons entamé une infinité d'exodes. Pourchassé de mondes en mondes par les divinités.
À chaque fois, nous étions massacrés.
Mais les Dieux n'avaient jamais compris que nous étions irrépressible et c'est de monde en monde que nous avons prospéré, été exterminé, puis reconstruit.
Ce monde en est un parmi d'autres. Et c'est ici que nous avions subi notre dernier massacre.
C'est ici que notre exode s'est terminée."

Tel un prophète macabre, la voix de l'armure était d'un ton inquiétant et alors qu'elle révélait ce qu'étaient les titans, elle s'était penché en arrière, son bras unique rejeté en arrière dans une expression d'accueil, comme d'un homme s’apprêtant à accueillir une étreinte.

"Vous dites que vous avez été par... Des dieux. Les humains sont-ils vos dieux?
-Le raccourci était facile. Mais non. Les Titans sont immortels, mais pas comme les dieux. Lorsque nous mourrons, nous mourrons définitivement. Mais notre mémoire, elle, nos capacités, notre potentiel reste. Et il s'incarne dans les créations de la magie. Parfois par des mortels, parfois par la nature même d'un monde. Tant qu'il existe de la mana, de la magie, notre mémoire y est et attend son prochain corps.
Et par un concours de circonstance, nous sommes condamnés à rester dans ce monde. Nous ne pouvons plus qu'atteindre ce monde. Et en tant que tel, tu es le premier Titan né de ce monde mûr. De cette génération.
-Et vous. Qui êtes-vous?
-Eh bien. Je sui-
-Le premier fautif.


Une autre voix. Différente de la première. Plus glorieuse, plus chantante. Plus royale. Si la première appartenait à l'armure, la seconde appartenait au cercle des golems, chantant à chacune des têtes de ces derniers.

"Il est celui qui a consommé le divin et qui, par ses actes, nous a condamnés à la guerre.
-Et vous m'avez enfermé ici. En pensant me châtier alors que vous m'avez juste condamné à être le témoin de votre cycle de destruction et de résurrection.
-Cycle que tu as initié par ta propre erreur."

Deux voix différentes, deux entités. La première était étrange, lointaine et pourtant familière. La seconde était tel un chant glorieux de plusieurs guérrieres qui chantaient une seul partition unanime. Les deux voix étaient différentes et ce qu'il remarquait enfin, c'était qu'elles n'étaient pas humaines. Ni masculines ni féminines,l'un oscillant entre les deux, la seconde formé d'une unanime neutralité de son chorus.
Se tournant vers le cercle des golems, Mehran ouvrit la bouche, sa gorge sèche.


"Et vous, qui êtes-vous?
-Le Roi, le régent. Je suis celui qui a dirigé les Titans depuis le début de notre exode.
-Est-ce vous que je... j'ai vu et entendu?
-Oui! Oui! Tu as notre mémoire. Tu vas bientôt devenir le roi.
-Et je vais devenir ce que ces souvenirs me révèlent?"

Remuant sa glotte, Mehran s'approcha des golems alors que l'armure reculait, fébrile comme en s'attendant à un mouvement irréfléchi.
"Vais-je devenir un guerrier assoiffé de sang et capable de chanter à la gloire du sang versé?
-Que veux-tu dire?
-Vais-je devenir un être capable de me sentir heureux dans l'arrivée des dieux. Dans le massacre de mon peuple?
Se tournant vers celui qui vivait dans son armure, Mehran fixa ses yeux vers le métal. Des yeux à l'iris dorée parcourue de flammes rougies. Voluptis n'avait jamais compris pourquoi son corps s'obstinait à prendre cette couleur. Et c'est maintenait que Mehran comprenait les différences de ce corps par rapport aux créations du Josis.
"Tu m'as bien dis une erreur non voulue. Est-ce vrai? As-tu voulu consommé le divin?
-Non! Il s'agissait... D'une entité... Noam. A cette époque. Les Titans et le Divin cohabitaient et-
-Mensonges! Le Divin a toujours cherché à nous détruire! Les abus du seigneur de l'entropie étaient toujours la.
-Leurs serviteurs n'étaient pas comme eux! La plupart pensaient à leur propre existence. Eux aussi avaient une conscience! Et Noam aussi!"


S'approchant de l'armure, Mehran sentit quelque chose. Posant sa main sur le métal froid, il sentait quelque chose. Une présence. Une chaleur qu'il ressentait et irradiait de cette armure, au-delà de la fenêtre par laquelle il voyait le monde. Et c'est cette sensation qui lui donna l'envie de poser cette question.
"Et vous vous aimiez.
-Noam. Elle était au service de celle qui dirigeait la vie. Mais différente, elle voulait refuser les ordres de celle qui l'a crée. Mais les êtres du Divin peuvent être consommé par ces derniers. J'aspirais à la protéger. Et... C'est par erreur que je l'ai consommé.
-Et elle est morte.
-Elle n'est pas morte. Il est Noam."

Tournant la tête vers les Golems, Mehran ne put que sentir ses muscles du visage se froncer de manière unanime, alors qu'il sentit comme une étrange dissonance dans le chorus du roi. Peu à peu, il s'en méfiait et cette peur se faisait qu'augmenter, à mesure que ce Noam prenait la parole.
"En effet. Les deux partis ont fusionné et je suis devenu entre les deux. Ce fut la première erreur, avoir réussi à mêler le Divin et la Magie. Et c'est pour cette raison qu'ils m'ont enfermés. Je ne suis plus un Titan à leur yeux. Mais je ne suis pas lié au Divin.
-Et pourquoi me révéler tout cela? Pourquoi venir me faire ces révélations à l'aube de la mort de mon créateur?
-Car à sa mort, tu deviendra moi. Il veut t'arracher à la Génèse des Titans. Il veut nous forcer à rester un peuple endormi, enfermé dans une prison que les esclaves des Dieux ont crée. Et il ne peut pas mentir sur ça.
-Je ne veux pas que vous tuiez ce monde!
-ASSEZ!"


Comme un hurlement inhumain, la voix de Mehran s'était projeté à travers le maigre espace que formait cette anomalie. La respiration rapide, les membres tendus, il écoutait le silence qu'il avait forcé, avant de baisser la tête.
"Vous voulez que je devienne le porteur de votre mémoire, c'est ça? Noam?
-Je... Ne mentirai pas.
-Vous êtes tout les deux ici pour profiter de ce corps, n'est-ce-pas? Eh bien je refuse de devoir servir l'un ou l'autre. Je refuse de retourner à une guerre sans fin. Je refuse de condamner un peuple à un emprisonnement éternel. Je préfère vous laisser tout les deux enfermés dans cet espace.
-Tu ne le peux pas. Tu ne peux pas te soustraire au cycle des Titans, la magie est notre domaine!
-Les Titans sont fonctions. Cette vérité... je l'ai obtenu de vos souvenirs, mon roi. Et mon rôle, c'est de trouver l'erreur dans les raisonnements, de refuser vos vérités. Et de parcourir la faille entre vos deux alternatives."

La main levé devant lui, Mehran attrapa l'étoffe qui formait ce plan et l'attrapant, il en déchira l'espace. Tel un voile qui recouvrait une scène, la blancheur éclatante du lieu cachait une infinité de d'autres sphères qui oscillaient dans un ciel d'encre infini. Et avant que les deux voix des Titans ne purent s'elever, il plongea dans l'espace ainsi crée, les condamnant à y rester enfermé, par la mort de son créateur.




Il était assis devant son propre géniteur, devant le cercueil de son propre père. Et pourtant, nul n'aurait su dire si c'était vraiment Grergo qu'on enterrait ou qu'il se trouvait assis au premier rang, vêtu de sa propre armure, si l'on ne voyait par les yeux de deux individus.
A la mort de Grergo, Fendryn s'était attendu à la mort de Mehran. Et pourtant, l'avoir sous les yeux dans l'état d'un écorché vif avait manqué de lui arracher le contenu de son estomac, d'une horreur mais également d'un étonnement sur cette survie.
Il avait rapidement expliqué au Corvus ce qu'il allait devenir alors que Voluptis était venu s'occuper de son corps.
Mais à l'aveu du Naosien, Mehran n'avait pas du tout besoin de son aide.

Fendryn avait tenté d'apostropher le Naosien mais il n'avait compris que par Mehran que c'était ce dernier qui avait pris cette forme.
S'il n'avait pu pouvoir lui dire au revoir en tant que fils, il tenait désormais à arborer l'apparence de celui qui était son créateur.
Un individu étrange, perdu dans ses réflexions, lointain et parfois lunatique. Mais qui lui avait permis de vivre.
Se penchant sur le corps de Grergo, Mehran ferma ses paupières sur ses yeux dorés, avant d'enfiler le casque de l'armure de son père, se retournant pour entamer son discours devant tout les hommes du Corvus.

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