One Shot du Daloka des forêts

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Message par DALOKA le Mer 6 Aoû - 22:35

Ici, mes One shot! Y'en aura quelques un (genre un tout les deux mois j'pense). Il me serviront à faire découvrir mes persos ou faire avancer leur BG sans passer par une fic longue, eh oui, j'adore les fics longues mais j'ai beaucoup trop de personnages pour me permettre ce luxe...

On commence avec ma première:


Papillon de Nuit


 Il était vraiment parfait.


Son visage était celui d'un ange, ses doigts courraient sur le clavier de l'orgue avec dextérité, ses lèvres fines étaient en permanence marquées d'un sourire malicieux...
Il savait jouer, cela ne faisait aucun doute, mais elle se délectait bien plus de sa personne que de la musique qu'il produisait, le dévorant du regard, observant chaque détail avec attention. L'homme était très élégant dans ses manières et ses vêtements l'étaient aussi, il portait une veste bleue nuit recouverte de motifs censés représenter selon lui les ailes étendues d'un corbeau, ses cheveux noirs d'encre étaient coiffés en arrière, parfaitement lisses.
Elle détailla le visage nu de tout pilosité, le menton, la bouche, le nez, pour arriver jusqu'au yeux... Son coeur bondit à ce moment là. Ce bleu azur était surnaturel, elle aurait juré qu'il luisait... Cette lueur si jolie, si agréable, elle était attiré par ces flammes bleues comme l'aurait été un papillon de nuit. Elle ne le réalisait pas, mais elle était presque penchée sur le visage de l'homme, dont le regard ne quittait pas les touches du clavier.
Le final de sa mélodie commençait, et la beauté de la musique se mêlait à la sienne, sans lui l'orgue n'existait pas. Le son s'acheva et son sourire s'élargit de la plus grande satisfaction.

 Il était vraiment parfait en tout point.

-C'est un morceau de ma composition, vous appréciez? Dit le gentilhomme en enroulant sa partition avant de le mettre dans sa veste.
-C'est vraiment magnifique... Répondit la Baronne, émue.
-Un heureux hasard que votre maison ait une orgue, je suis un grands passionné des instruments à clavier, se réjouit il en observant l'objet. Je sais aussi jouer du clavecin. 
-Bons dieux, vous savez faire autant de chose que ça? 
Il ne répondit que par un sourire chaleureux et prit son chapeau bleu nuit posé sur la table, ce chapeau était orné d'une plume noire... Qui lui valait son nom.


 L'homme nommé "La plume noire" était un mystérieux personnage, un justicier de l'ombre pour certains, un tueur sans pitié pour d'autres... Il était pour ainsi "à la mode" ces derniers temps à Haguère, tout le monde raffolait des histoires sur lui et il était devenu un mythe en quelque mois, alors qu'on l'avait dit mort il y a plus de 5 ans... Son retour s'était fait voir, et la beauté du gentilhomme était à présent connue dans toute la ville, agitant les rêves des demoiselles. La Baronne Hélène Anselme avait réussit à inviter la plume noire ce soir, personne ne savait qu'il était là, aucun domestique ni son mari n'étaient à la maison: elle avait tout organisé pour découvrir le mystérieux personnage et les secrets qui l'entourent.
-Comme les rumeurs le disent, vous êtes un fascinant personnage...  Venez dans la salle à manger avec moi, à défaut de pouvoir vous offrir un repas je dispose de bon champagne.
-Parfait, dit il presque en chantant, suivant la femme dans le manoir. Il avait une rapière entièrement noire  attachée à sa ceinture, sa fameuse arme qu'il avait nommé "Blackbec", et dont les motifs de la gardes représentaient des plumes noires... Cet homme semblait obsédé par les corbeaux, toute sa tenue les évoquant plus ou moins subtilement, ceci avait sans doute quelque chose à voir avec sa personnalité ou son passé, Hélène en était sure.


 Elle alluma les bougies de la table et pria son invité de prendre ses aise ce qu'il fit avec plaisir en s'asseyant dans l'une des chaises.
-Comme je vous l'ai dit madame, je ne souhaiterais pas que nos discutions sortent de cette maison...
-Ne vous en faites pas, je désire juste satisfaire ma propre curiosité, le rassura t-elle en souriant, apportant les deux verres à pieds et la bouteille de champagne. La plume noire souriait toujours, un sourire certes charmant, mais jamais elle n'avait vu les coins de ses lèvres se baisser... C'était un peu inquiétant, au fond.
Elle remplit les verres du liquide doré qu'il s'empressa d'humer, son sourire s'élargit légèrement, signe de satisfaction, et il but une gorgée du champagne.
-Vous semblez porter un intérêt tout particulier pour les corbeaux, pourriez vous me dire pourquoi? Commença t-elle en joignant ses doigts.
 Il observa son verre de champagne de ses deux beaux yeux, toujours aussi brillants, et après courte réflexion, répondit.
-Le corbeau est rusé, sa chair est immangeable, il se nourrit des cadavres, son cri est affreux... Il n'y a aucune raison d'aimer cet animal, n'est ce pas? C'est plus un parasite pour l'homme qu'autre chose.
Et pourtant, je suis un corbeau sous apparence humaine, de ce fait, les gens ne me haissent pas: il m'admirent, je les fascine, et mieux, pensent que je suis un homme.
-Ou voulez vous en venir?
-Le monde est remplit de choses merveilleuses, sans qu'on y fasse attention, tout a un sens. J'ai toujours cru que j'étais un homme... Et dès que j'ai vu un corbeau par la fenêtre de ma chambre, je me suis sentit plus proche de lui que de mes semblables, pourquoi? 
Souvent les hommes, en plus de ne pas savoir ce que sont les autres, ne savent pas qui ils sont eux mêmes. C'est triste, mais découvrir qui sont ils réellement est un véritable plaisir... Vous êtes mieux placée que moi pour le savoir, n'est ce pas? Finit t-il d'un air cynique.
Cet homme était bien étrange et Hélène ne saisissait pas tout ce qu'il racontait, néanmoins elle avait sa réponse. Il estimait qu'au fond de lui, il était un corbeau? C'était plutôt farfelu, mais en disait long sur son habillement. Elle porta la coupe de champagne à ses lèvres en réfléchissant à la prochaine interrogation qu'elle pourrait lui poser.

 -Et vous Madame Anselme, savez vous qui vous êtes? Fit l'homme tout à coup en la dévisageant de ses deux perles de feu azurées. Son regard était devenu plus puissant, comme si il pénétrait son âme pour tenter d'y trouver la réponse à sa question.
-J'ai bien peur de ne pas savoir, mon cher, rit elle en détournant légèrement la tête pour ne pas croiser ses yeux, beaux et effrayants à la fois.
-Votre vie doit être bien ennuyeuse, non?


 Que se passait il? C'était elle qui était censée poser les question et il reprenait la conversation en mains sans qu'elle ne puisse rien faire, pire encore, il avait visé juste. Son ennui était la raison pour laquelle elle perdait du temps à inviter ce personnage qui semblait être la seule chose intéressante dans la ville depuis des lustres. Elle n'avait que trente ans, pas d'enfants, et son mari l'ennuyait, sa maison la mettait en horreur, elle ne supportait plus ses voisins, l'air de la ville, elle restait enfermée chez elle à regarder mélancoliquement Haguère de sa fenêtre... L'ennui était si mortel qu'elle avait tenté de se pendre il y avait un an de cela.
-En effet... Ma vie est morne et n'a aucun intérêt, mais vous cela doit être différent, non?
-Ridicule, lâcha t-il dans un petit rire aigu qui tranchait avec son ton habituel.
-Pardon?
-La vie n'est et ne sera jamais ennuyeuse, ceux qui disent s'ennuyer ne savent pas vivre et ne regardent ce monde, ce monde si passionnant ou vivent des êtres tout aussi passionnants, par un prisme.
Elle avait encore tenté de rediriger la conversation sur lui même, mais cela avait raté encore une fois...
Vous avez trop pensé comme une adulte, pourquoi ne pas penser comme une enfant? L'enfance est la période la plus pure et heureuse de l'homme, c'est en y retournant que je trouve mon bonheur...
-Vous voulez dire que vous avez encore des jouets? Fit Hélène en plaisantant, contente qu'il parle à nouveau de lui.
-Exactement.
Elle ne s'attendait pas du tout à cette réponse, cet homme si beau, élégant et cultivé n'avait rien d'un enfant, l'imaginer s'amuser avec des jouets était tout simplement ridicule.
J'aime également les plaisanteries, rire est le plus simple et beau plaisir de la vie.
Tout à coup il se leva au grand étonnement d'Hélène, sa coupe de champagne vide et fit le tour de la table pour arriver jusqu'à elle. Il mit sa main délicate son épaule et abaissa le cou pour lui souffler à l'oreille
Voudriez vous jouez avec moi?
Un frisson parcourut l'échine de la Dame, l'atmosphère autour de cet homme était de plus en plus oppressante, mais toujours tel le papillon de nuit, elle était toujours attirée par le feu de ses yeux... Même si elle savait au fond d'elle qu'elle allait se brûler.
Il lui tendit la main pour lui proposer de se lever et comme hypnotisée, elle le fit et il lui attrapa l'autre main.
-Que diriez vous d'une petite valse? Proposa t-il avec le plus grand enjouement du monde.
-Mais il n'y a pas de musique...
-Qu'importe la musique si l'envie y est!
 Ainsi ils dansèrent dans le silence, mais ce n'en était pas un pour lui: une musique imaginaire démarrait dans sa tête, un orchestre dont il était le seul public... "Quel dommage qu'elle ne puisse entendre", se dit il.


 Ils valsèrent jusqu'à en pendre la notion du temps, Hélène ne pouvait détacher son regard des yeux ensorcelants de La Plume Noire... Sans qu'elle ne le réalise, cette lumière bleue était devenue une drogue pour elle.
Petit à petit, le gentilhomme se montrait plus sensuel, il lui distribuait des baisers au cou et la danse se transforma en caresse qu'elle n'eut pas le courage, et surtout pas l'envie, de refuser. 
-Si vous ne savez pas qui vous êtes, je le découvrirais pour vous...
Hélène se laissa aller, charmée, à ses beaux yeux, ses baisers et sa voix mielleuse, elle laissa ses lèvres se poser sur les siennes et sans aucun mot, ne protesta point même en tant que femme mariée...  Au plus profond d'elle, elle voulait ce bel inconnu.
La plaquant contre la table en l'embrassant, il passa sa main sur sa jambe et remonta sous sa robe pour venir caresser sa hanche. Tout à coup, elle sentit quelque chose de pointu sous ses vêtements mais n'y prêta pas attention de suite.
Malheureusement pour elle ce n'était pas une impression et elle ressentit la dite chose lui lacérer lentement la chair de l'abdomen jusqu'à son ventre.
-Que faites vous! Cria Hélène avant que l'homme ne mit sa main droite sa sur bouche.
-Je ne vous l'ai pas dit? Je suis un corbeau. Dit il en riant, forçant la femme à ne pas détourner son regard de ses yeux. Ses yeux lui faisaient peur, mais elle avait encore envie de s'y perdre... Pourquoi?...
Elle sentit quatre pointes s'enfoncer dans son ventre, perçant sa peau et déchirant ses muscles, quatre griffes tranchantes comme le fil d'une épée... Sa robe blanche et beige se teinta d'un nuage rouge, pendant que l'homme ne quittait pas Hélène du regard.
-Oh... Vous aussi vous êtes orpheline? 
Comment savait il? Non, elle avait d'autres priorités... Mais aucun de ses membres ne voulait bouger, son corps se répondait plus à sa volonté et une cinquième griffe s'enfonça lentement dans son nombril. La souffrance était telle que des larmes coulèrent de ses yeux, ce qui ne lui arrivait jamais.
-Détendez vous et jouez avec moi... Sentez vous vous même, chuchota t-il d'un air rassurant, alors qu'il commençait à tirer la chair qu'il avait agrippé de sa main gauche pourvue de griffes. Pendant ce temps elle sentait quelque chose de froid glisser sur elle et l'enserrer: des chaines noires l'entouraient et serraient jusqu'à presque l'étouffer, pendant qu'elle sentait la peau et les muscles de son abdome se déchirer entre les mains de son agresseur.


 Comment en était elle arrivée là? Elle allait mourir, c'était certain, et le pire était que sa mort serait lente... Et qu'au final, elle n'aura absolument rien compris à cet homme, comment aurait t-elle put imaginer que les choses allaient tourner ainsi? Les regrets lui montèrent à la tête comme le vomi monte à la gorge, alors que son ventre déchiré permettait à l'homme d'entrevoir ses organes.
-Madame la baronne... Veuillez m'excuser pour ce geste un petit peu tue l'amour. Dit il avant d'éclater d'un rire aigu dément, fier de sa propre oeuvre et sa propre plaisanterie. Son regard n'était plus celui d'un beau charmeur, mais d'un homme ayant perdu toute raison, ces flammes attirantes avaient finalement calcinées le papillon de nuit.
Il sortit pendant qu'elle agonisait un objet, un masque de métal. Ce  masque était grossier, il n'y avait dessus que les deux emplacements pour les yeux, dessinant un regard impitoyable, et un irréaliste large sourire gravé sur le fer. Un sourire en croissant révélant des dents triangulaires peintes d'une peinture blanche qui commençait à partir, et qui était absurdement larges.
L'homme dénommé la Plume Noire mit le masque sur son visage.
-Le visage d'un homme joueur me sied mieux, l'autre est vivant, et pourtant si terne... Ne trouvez vous pas? Quelle ironie, les masques sont plus expressifs que les vrais visages... Jamais mon sourire ne pourrait être si beau! 
Elle remarqua alors sa main droite tâchée de sang frais qui était devenue entièrement noire et était entourée d'une très légère aura bleue, tout comme ses chaines... Il n'était pas humain.
-Bien sur, puisque je suis un corbeau! Répondit il aux pensée d'Hélène avant d'enfouir sans aucune pitié sa main dans son ventre, agitant ses doigts pour trouver les intestins. Pendant ce temps, sa main gauche aussi devint pourvue de longue griffes et devin noire d'encre.
Il faut mourir avec le sourire...


 Plus aucun son ne pouvait sortir de sa bouche, la peur la paralysait encore plus que les chaînes, elle voulait que ça s'arrête, elle voulait ne plus rien ressentir, qu'elle cesse d'agoniser et quitte enfin ce monde, loin de cet être monstrueux. Pendant qu'elle sentait l'intérieur de son ventre à l'air glacé de la nuit, une griffe traçait un sourire rougeoyant sur ses joues.
Cette douleur... Et ces yeux... Elle se mit à perdre conscience, elle ne voyait plus rien, il y avait juste la douleur... Et un affreux oiseau noir dans sa tête... Il souriait... Il souriait! Il avait des dents blanches, pointues...
Il déchirait son corps, petit à petit. Il détruisait son esprit, peu à peu. Les plumes noires envahirent son esprit, qui ne put voir qu'un sourire brillant dans l'obscurité...

 Birkiel disposa le cadavre au regard vide sur la table, le sang avait souillé la table et le sol et son odeur macabre envahissait les lieux. Chantonnant un air de son enfance, il attrapa un bout de l'intestin de la pauvre femme, qu'il avait presque entièrement sortit à l'air libre, et le plaça dans la main droite du corps.
-Il y a longtemps... J'ai connu une petite fille qui chantonnait cet air en jouant à la corde à sauter.
Il plaça l'autre bout de l'intestin dans la main gauche. Pour n'importe qui, cette scène donnerait juste envie de hurler ou de vomir... Birkiel lui, voyait une jeune fille souriante s'amuser gaiement. Le rouge évoquait la joie et sa vie, rien d'autre.
-Grâce à moi, vous êtes plus vivante que que les vivants, dit il en applaudissant. Ce fut une très agréable soirée.
Reprenant son chapeau et retirant son masque, il sortit de la salle, mais croisa un miroir accroché au mur... Il s'observa et remarqua qu'il était entièrement tâché de sang, impossible de sortir par la rue comme ça.
-Mon pauvre Birkiel, tu ne fais jamais attention...
Il regarda alors son masque souriant et se mit... A lui parler.
Tu n'es qu'un masque, je peux te pardonner ça.
Il prit alors la voix du masque, une voix plus aigu et perçante que sa voix mielleuse habituelle, la voix avec laquelle il riait.
-Ne fais pas ton gentil garçon! Dois je rappeler qui je suis.
-Tu es moi.
-Exact.
-Tu reste un masque, tu es moi mais nous sommes nous seulement dès que je te met... En fait tu es une partie de moi qui manque.
-Tu te pose trop de question, imbécile. Fit il en ricanant.
-En tout cas nous allons encore causer de joyeuses festivités chez les autorités. Le travail d'Arlequin est un noble métier, mais divertir les gens est une tâche si ardue pour un pauvre oiseau!
-C'est notre plaisir, et notre devoir.
-Tout à fait, tout sourire de gagné me fait redoubler d'effort... Allons y.
-Divertissons ce monde!


 Il éclata alors d'un rire dément... Qu'était il?
Il était Birkiel Beghilionne, un joyeux corbeau souriant en costume d'arlequin. Son but? Celui de tout Arlequin.



                                                                         Répandre la joie.


Dernière édition par DALOKA le Jeu 7 Aoû - 16:30, édité 1 fois
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Message par Edelweyys le Jeu 7 Aoû - 8:33

Que dire, que dire, huh? Eh bien j'aime beaucoup. Vraiment. Birkiel est un personnage intéressant et tu réussis à bien mettre son étrange personnalité en avant. owo J'ai bien aimé le coup du masque en métal et de sa shizophrénie (c'en est une au moins? Ou il se rend compte qu'il parle tout seul oô?), ça a ajouté un côté drôlement effrayant à l'OS. Par cooooontre... où est le gore heiiiin? Sauf si tu as décidé au dernier moment de changer ça, on ne retrouve que quelques phrases légèrement plus sanglantes. D'accord, reste le coup des intestins mais ça reste léger. Oukilé le gore? J'attendais moi. >w< bon après c'est peut-être moi aussi, j'ai tendance à aimer quand les boyaux volent partout. ouo après ça reste bon, hein! Très bon. Mis à part les fautes de code, espèce de cactus à cinq pattes ! Il me semble avoir trouvé quelques très légères fautes d'orthographe, mais je te pardonne parce que tu avais dis que tu n'y faisais guère trop attention cette fois-ci. Brééééf. Si je continue à rester ici, je vais finir par te faire un roman. uû et toi ne traine pas à me lire, on en veux des autres, des OS du Dalo des forêts ! Allez hop! Va nous en écrire un autre, m'en fou si tu as dis un tout les deux mois!


C'était le commentaire de la fleur des montagnes, sponsorisé par les cactus Belges inexistants.
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Message par DALOKA le Jeu 7 Aoû - 9:33

Plus de gore  Noël ? Les clipsiens sont vraiment très tolérants sur ce point, ça c'est une chose qui change pas en 4 ans même avec les membres récents. Je dirais que j'ai eu la flemme de détailler et que je sentais que si je prolongeais trop longtemps la scène de meurtre les gens allaient se faire chier, je note ton point de vue.
Mis à part ça, content que c'est apprécié, je suis très fier du personnage de Birkiel... En fait, dis toi qu'il sait qu'il parle à "lui même" mais qu'il est persuadé d'être deux lui même Stupid . Donc on va dire que c'est un peu de la schizophrénie à ce niveau là.
Content aussi que tu réclame d'autres mais oh, j'suis pas ton esclave  Mignon .

En tout cas si même sans le gore à l'excès(je suis pas si bon à ça mais j'essayerais un jour  Stupid ), si y'a eu un côté flippant mon job est réussit.
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One Shot du Daloka des forêts Empty Là où Artsenor passe, les fautes repoussent hélas...

Message par Aʀτѕᴇɴοʀ le Jeu 7 Aoû - 16:13

Edel' a peur d'écrire un roman en faisant son commentaire?
J'en ris.
Allez, hop! C'est mon tour! Tremblez, mortels, et perdez tout espoir! La Critique envahit votre fic'! Artshimonde

Allez, on commence par les points négatifs, et plus vite que ça, j'ai pas que ça à faire!
En fait, si... Petite plaisanterie...

Alors, premier point négatif, le début est chiant. "Justifie!" me dit-on.
Justifie!
Me dit-on. J'en ai bien l'intention. Lisons la première phrase: "Il était vraiment parfait." C'est une phrase d'accroche, dans laquelle on ne nous explique pas qui est ce "Il", mais suite à laquelle on va en faire une description. Pourquoi pas? Pour lui, ça marche, mais pour elle? Qui est cette "elle"? Je me posais la même question avant d'enfin lire "la Baronne" dans le second paragraphe. (La première phrase n'étant naturellement pas incluse dans la numérotation. C'est peu, pour un premier point, mais j'ai mieux en stock!
Continuons rapidement avec d'autres petits trucs. Quelques didascalies superflues dans les conversations (rien de grave), quelques mauvais choix de verbes de description ou d'action, comme "était" ou "fit" (toujours rien de grave)... Non, j'aimerais revenir sur trois points.
Déjà, la conversation avec le masque fait un peu "nous conversons de ce que nous savons pour le faire savoir au lecteur". Dans un cadre de rupture du quatrième mur, c'est marrant, mais en dehors-de ça, c'est..;
Stéréotypé?
Chiant!
Deuxième problème, le nom du personnage.
Bah quoi, il s'appelle Birkiel... C'est plagié?
Hein? Mais non, je parle pas de ça! C'est seulement la manière dont il nous est annoncé. Soit tu l'annonces dès le début, soit tout à la fin, soit au cours d'une conversation (de préférence tout à la fin), mais tu peux pas simplement écrire "Birkiel" au début du dernier paragraphe.
Dernier mauvais point, et après, j'arrête: Je pense sincèrement que tu aurais dû t'arrêter à "Divertissons le monde!". "Pourquoi?", me demanderez-vous.
Pourquoi?
Ravi de voir que je peux compter sur toi! Déjà, dans ce qui suit, la question, quoique rhétorique, "Qui était-il?" nuit vis-à-vis de l'assurance qu'il a pour répondre à cette question, comme il le précise plus tôt dans le texte. Ensuite, tu termine donc le tout par "Répandre la joie". C'est strictement la même chose que "Divertissons le monde", sur lequel on peut conclure dans un élan de réflexion au sujet du texte et de cette dernière phrase. Sauf que, dans ce deuxième cas, on a été éjecté du récit pendant les deux phrases qui précédaient, trop didactiques pour nous y conserver. 'fin voilà, c'est une idée.

Et on passe aux points positifs, parce que ça aussi, y'en a une p'tite flopée.
Le texte est assez clair pour être lu convenablement. Je sais que c'est presque toujours le cas et que je ne le précise jamais, parce que ça me paraît évident, mais depuis que j'ai lu quelques posts de Jack complètement incompréhensibles, j'ai réalisé que c'était quand même sympa de pointer le fait que certains savent être lisibles.
Bon, pour de vrai maintenant. Les descriptions sont bien traitées (ce qui est rare, chez Daloka) et ne s'attardent que très rarement sur des détails inutiles, se focalisant sur tout ce qui peut nous aider à analyser le récit. Par exemple, dans la description de la Plume Noire, seuls les points qui le rapprochent d'un corbeau sont mis en lumière, le reste est brièvement énuméré.
Autre bon point, la métaphore du papillon de nuit. Je vais pas m'attarder là-dessus, vous m'avez tous compris.
Cela étant dit, il est temps de passer à un point important,  il s'agit du point. "Quel point?", me demandera encore mon assistant payé pour ça.
Quel point?
Le point de vue! Duquel s'agit-il ici? Il ne possède ni les imprécisions du point de vue externe, ni la neutralité et la tonalité du point de vue omniscient. Il est donc interne. Bien, mais alors, c'est le point de vue de qui?
La Baronne!
Bon, ceux qui ont lu le texte le savent, mon assistant s'est complètement planté. En effet, on nous présente certes des sentiments de la Baronne, ce qui rend improbable la perspective d'un point de vue de Birkiel, mais en parallèle, on a des pensées de Birkiel, ce qui rend impossible la perspective d'un point de vue de la Baronne (Combo "Chiasme/Parallélisme"! Prenez-en de la graine!)
On est donc tentés pendant un moment qu'on va suivre la Baronne (d'autant que le OS s'appelle "Papillon de Nuit"), mais on comprend plus tard que l'on suit Birkiel, et que tous les sentiments, toutes les sensations de la dame ont été devinés par ce dernier. Cela accentue l'idée d'un personnage effrayant et fascinant, et ça, c'est assez fort.
Mais mon dévoué assistant va me faire une remarque, trop intelligente pour lui, et que j'aurai donc pris le soin de précédemment lui souffler.
Mais alors... Comment se fait-il que les intentions de Birkiel nous soient cachées? Dans un point de vue interne, on doit en savoir autant que le personnage, non?
Merci, dévoué assistant. Outre le fait que cela ruinerait l'intrigue, et ne nécessite donc aucune justification, tout cela est expliqué dans la phrase "Son regard n'était plus celui d'un beau charmeur, mais d'un homme ayant perdu toute raison". Par "perdu toute raison", on doit comprendre un changement d'état. Il pouvait effectivement avoir planifié tout cela dès le début, mais cela ne le pousse pas à y penser dans son état charmeur. Et cette idée renforce encore le caractère effrayant du personnage, qui n'est pas obsédé par l'idée de tuer la pauvre baronne, mais qui fait ça de manière naturelle au bon moment. Bref, tout ça, ça nous fait un personnage à peu près parfaitement rendu.

Avis général du truc. J'aime rarement les personnages cruels à l'excès ou sadique, et celui-ci ne fait pas exception à la règle, MAIS cela va seulement m'empêcher d'apprécier Birkiel, pas la fic. D'une manière générale, elle est bien, pour les raisons que j'ai évoquées (et y'en a d'autres), mais possède les défauts que j'ai évoqués (et y'en a d'autres).
Bref, c'était un pavé, un vrai, alors, Edel', je ferais pas la maligne.
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Message par DALOKA le Dim 31 Aoû - 0:20

En voilà une autre. Je l'estime inférieur à celui plus haut mais je le poste quand même. Je voulais introduire le personnage de Rage, en fait j'aimerais essayer de faire un OS sur chaque personnage méconnu. Au passage, j'évoque des éléments importants de l'intrigue des Zigarnes mais c'est un détail. Beaucoup de dialogues au final.





                                                                          Veines Ardentes



« Fait chier… »
Une nuit glaciale, une auberge mal famée, une bouffe dégueulasse… La soirée de cet épuisant voyage allait être dure à passer. L’air faisait frissonner sa peau blanche, les beuglements d’ivrognes faisaient siffler ses oreilles, et elle se forçait à ingurgiter cette soupe immonde.
« Ils la font avec quoi cette merde? Je suis sure que ça va me filer la gerbe… »
Malgré tout elle n’avait pas à se plaindre, cela faisait deux jours qu’elle traînait dans le désert avec rien à se mettre sous la dent, et elle n’avait presque plus d’argent. Qui plus est, elle devrait être habituée… Cela faisait 5 ans qu’elle errait et vivait ça. Avoir faim et soif à vouloir s’en dévorer le bras, ressentir le froid mordant et la chaleur frappante, être couverte de blessures et de crasse, se méfier de tout le monde…
Comment s’habituer à ça? Impossible, peu importe combien de fois on le revivait, un cauchemar restait un cauchemar. Etre traquée et ne pas avoir de maison… C’était le cauchemar dans lequel elle vivait. Elle enviait ceux qui menaient une vie paisible, terriblement… Et avait envie de briser le cou de tout ces imbéciles la quittant pour une raison stupide.
Son assiette était vide et elle avait encore faim, mais aucune envie de devoir remanger cette bouillie… Elle aurait aimé juste un peu de viande, cela faisait si longtemps.

 Ses pensées furent interrompues par l’arrivée d’un importun derrière elle. La jeune femme ne le voyait pas mais pouvait sentir son odeur fétide… Oh, et puis qui était elle pour le critiquer ? Elle puait le sang.

-Des cheveux… Rouges? Fit l’homme visiblement ivre, approchant sa main de la chevelure écarlate légèrement ondulée de la femme. Immédiatement elle attrapa cette main vicieuse et la serra de toute ses forces jusqu’à sentir les os craquer et se briser sous sa paume.
-Ces cheveux ne sont pas à toi, connard, cracha t-elle pendant que l’homme gémissait.
-Lâche-moi bordel! J’ai rien fait ! Beugla t-il en tentant de se débattre en vain.
-Essaye juste de me toucher encore une fois, et c’est tout ton bras qui part, menaça la femme en dévisageant l’homme de ses deux yeux rouges sang. L’homme s’excusa et se retira loin dans un coin de l’établissement.
Plus aucun homme ne poserait ses sales mains sur elle, aucun. Celui là ne semblait pas vraiment dangereux, mais qu’importe, cela servirait d’avertissement à tout les autres qui la fixaient depuis son entrée… Elle sentait leurs regards pervers se poser sur elle, des regards qui malgré son allure forte lui donnaient envie de fuir, mais jamais elle ne le ferait car elle était trop fière… Ce serait admettre sa faiblesse.
Elle voulait punir et fracasser le cou de tout les hommes qui l’avaient touché contre son gré, pas fuir devant eux… Elle se souvenait d’eux, elle s’était forcée à graver leurs visages dans son crane pour mieux s’en venger. Son sang bouillonnait à cette pensée et le désir de non seulement les tuer mais les humilier comme ils le méritaient agissait comme un brasier à l’intérieur d’elle. Les lacérer, les broyer comme des brindilles,  leurs faire crier leurs excuses…
Alors que ces pensées tâchées de sang se répandaient son esprit, elle réalisa qu’elle souriait. A ce moment là elle eu envie se frapper elle-même… Si elle se laissait dominer par ses pulsions et y prenait plaisir, elle ne vaudrait pas mieux qu’eux, elle ne serait qu’un animal sans foi ni loi. Elle devait se venger pour rétablir son honneur rien de plus.


-Salut ma belle, je peux m’asseoir à ta table? Fit une voix masculine, elle leva la tête pour en voir la provenance et lui demander de dégager vite fait. Vêtu comme un aventurier, son équipement était sans aucun doute meilleur que le sien et elle le voyait à toutes les poches qui constituaient sa tenue. Il avait de longs cheveux bruns liés derrière sa nuque, et une paire de lunettes rondes… Les lunettes, ce n’était pas courant, pas pour un voyageur. C’est un objet de noble, de riche, ou de mage au mieux, des gens qui  lisent en tout cas et c’était ce qui la dérangeait, parce que cet homme n’avait pas la carrure d’un rat de bibliothèque… Et puis peu importe, elle n’avait pas de temps à perdre avec lui.
-De un, je ne suis pas ta belle, de deux je refuse que ta sale gueule obstrue ma vue, dit elle sèchement.
-Oh, dans ce cas… Fit l’homme en s’asseyant malgré les paroles de la jeune femme, posant à côté de lui une épée absurdement grosse, faisant un mètre 80 environs, soit la taille du personnage.
-Tu veux que je te casse la gueule? Ce n’est pas un problème tu sais.
-Ne t’en fais pas pour moi, j’ai du répondant
, fit l’homme en tapotant sur le manche de son arme, affichant un sourire confiant. Maintenant qu’elle y pensait, elle n’aimait pas son sourire… Il était louche, il y avait quelque chose qui la poussait à se méfier de cet homme plus que les autres.
-Cette épée c’est pour compenser quelque chose? Railla t-elle.
Il rit alors aux éclats… Ce n’était pas vraiment la réaction attendue.
-Un peu basique mais bien envoyé, bravo.
L’homme se leva un instant de sa chaise et la retourna pour s’asseoir dessus à l’envers, dossier en face de lui… Quelle idée stupide. Elle remarqua que derrière ses verres  il avait des yeux dorés, ce qui n’était pas commun.
-Abrège, que me veux-tu? Et surtout, qui es tu ?
-Mon nom est Lektor, mais ce n’est pas bien important. J’étais juste intrigué. Des yeux et des cheveux rouges… Voilà chose peu courante, pas vrai ?
-Et cela te pose un problème ? Avant que tu me le demande, non je ne sais pas d’où ça vient. Allez, ouste.
-Soit, au revoir Rage,
fit Lektor en faisant mine de se lever. Immédiatement la fille aux cheveux rouge l’attrapa par le cou de sa force surhumaine et lui lança un regard menaçant.
-Comment tu connais mon nom ?
-Je l’ai deviné à ton attitude bien sur, plaisanta l’aventurier.
-Ne te fous pas de ma gueule… Je ne t’ai jamais vu, comment connais tu mon nom ? Répond !

Lektor sourit de toutes ses dents, cet enfoiré avait la situation bien en main… Il savait des choses qu’elle ne savait pas et en profitait. Elle lâcha son cou à contrecoeur, l’étrangler sur place ne l’aurait pas déplut.
-C’est mieux… Souffla l’homme en se frottant le coup. Quelle poigne dit donc.
-Tu va répondre à mes questions, ou je te fends en deux sur le champ.
Il répondit à la menace par un « Oh ? » amusé. Deuxième chose qui clochait aux yeux de Rage, il n’avait aucunement peur d’elle… Soit il était idiot, soit ce n’était pas n’importe qui.
-Tu as des bandages partout sur les bras, ces blessures sont si graves? Dit il d’un air faussement attendri en se penchant sur les bras et les mains pâles de Rage, recouverts de bandages grossiers. Alors qu’elle allait lui dire de cesser son charabia et de répondre enfin à ses questions, il sortit en un éclair une dague et érafla simplement la main de la jeune femme. Cette blessure anodine se mit à saigner, saigner terriblement. Le sang de Rage coula sur la table, elle cracha un juron et cacha sa main pour la bander rapidement. Il n’avait pas fait ça par hasard, il voulait lui montrer qu’il savait sa faiblesse.

-Enflure…
-Tu souffre d’une anomalie semblable à l’hémophilie malgré ta force surhumaine…
Dit Lektor en remontant ses lunettes. Tout le monde ici a envie de te virer ou pire, la faute à ton sale caractère qui sait? En tout cas, s’ils venaient à apprendre que ce monstre est un colosse aux pieds d’argiles… Tu serais foutue, n’est ce pas ?
Il avait visé juste, elle avait actuellement le couteau sous la gorge et a situation s’était renversée en un instant. Bon sang… Cet homme était parfaitement détendu et son sourire sarcastique énervait Rage au plus haut point. Un silence pesant s’installa entre eux, uniquement brisé par le tapotement des doigts de Lektor sur le bois de la table.
-Que me veux-tu? Lâcha finalement Rage en frottant sa main bandée et endolorie.
-Je suis la pour t’aider Rage, vois moi un peu comme… Ton ange gardien?
Son ange gardien… Et puis quoi encore? Elle ne pouvait pas placer un mot autre que "louche" sur la tête de cet homme, mais il n’avait pas une tête d’ange.
-Et m’aider pour quoi, au juste ?
Selon sa réponse, elle pourrait savoir à quel point il la connaissait… Elle ne s’était confiée qu’à deux personnes dans sa vie, il était impossible qu’il sache tout sur elle. Rage serrait les poings pour se retenir de ne pas les enfoncer dans la face de son interlocuteur, elle ne supportait pas qu’on la nargue et la prenne ainsi de haut.
-Disons que, je n’en sais rien mais, imaginons qu’un certain homme t’ai fait beaucoup, beaucoup de mal par le passé… Et que par le plus grand des hasards, je saurais ou le trouver et mieux, comment t’aider à le tuer sans y passer toi-même…
Je mériterais tes remerciements, n’est ce pas ?

La femme aux cheveux rouge craqua et abattit avec violence son poing sur la table, dont le bois se fendit sous sa force monstrueuse. Même ça il le savait…
-Tu dis que tu peux m’aider à le retrouver ?
Silence.
Peux tu m’aider à retrouver Birkiel Beghilionne ?

Il sourit de toutes ces dents, de ce fameux sourire qui semblait lui lacérer les joues et pouvait presque évoquer le visage d’un fou dangereux. Le sang de Rage ne pouvait plus tenir, elle était un véritable volcan et sans qu'elle s'en rende compte ses bandages se tâchèrent encore plus du liquide rouge et chaud. Après avoir traversé un pays entier, elle avait enfin sous ses yeux quelqu'un susceptible de lui indiquer ou se trouvait cet homme... Cet homme qui avait lacéré sa vie et sa pureté pour n'en laisser que des lambeaux, qui avait déchiré sa chair et son âme... Elle ne ressentait plus que l'envie d'enfoncer sa lame en travers de sa gorge et de le voir saigner comme elle avait pût saigner sous ses tortures.
-Répond moi bordel! Finit elle par hurler, les blessures de ses bras continuaient à saigner mais elle ne le ressentait pas.
-Tu es un spécimen bien intéressant, n'est ce pas? Souffla Lektor en posant son menton contre le dossier de sa chaise inversée.
Mais trouver Birkiel est inutile car il viendra à toi. Le problème c'est que dans ton état actuel, tu vas juste te faire lamentablement hacher menu.
L'homme se leva du siège, portant son épée, et jeta un regard circulaire aux environs. Les résidents de la taverne fixaient tous Rage avec des yeux suspicieux, elle était en train d'essayer de se calmer pour stopper l'écoulement de son sang, même le blanc de ses yeux avait commencé à rougir. Lektor lui proposa de sortir un moment pour parler plus au calme, car ces personnes allaient commencer à se poser des questions ce qui n'était pas dans leur avantage à tout deux.
La femme aux cheveux rouge prit une grande inspiration et se leva elle aussi pour suivre l'aventurier à l'extérieur, ce dernier était dos au mur les bras croisés.
-Il fait froid dehors...
Grimaça Lektor en se frottant les bras. Remarque, cela te refroidira.
Cette plaisanterie ne fit pas rire Rage qui le fusilla du regard, le priant de retourner à l'essentiel.
-Donc, je suis là pour te prévenir que tu es dans la merde jusqu'au cou. En fait Birkiel veut ta peau mais il n'est pas le seul.
-C'est rassurant tout ça...
Dit elle de manière ironique et agacée. Qu'est ce que cette saleté de destin m'envoie encore?
-Un homme nommé Dreke, et ce n'est pas quelqu'un de très fréquentable si tu veux mon avis.

Lektor sortit une gourde d'eau fraiche et en bû une gorgée, il en proposa à Rage par pure politesse, qui refusa. De savoir qu'elle avait d'autres soucis en plus des actuels... Cela lui donnait envie de frapper quelqu'un, mais qui pouvait être tenu pour responsable? Il y avait des choses qu'elle ne pouvait régler en usant de la violence, et ces choses étaient celles qui l'agaçaient le plus.
-Que me veux t-il, ce Dreke?
-Tu as quelque chose qui lui appartiens.
-Je ne vole jamais autre chose que de la nourriture...
-Non, c'est quelque chose qui existe et est en toi mais que tu ne peux pas voir... Comment dire?... Je me doute que tu n'est pas calée dans le sujet alors je vais tenter d'expliquer cela simplement. Tu es liée à cet homme depuis ta naissance, un peu comme une soeur, sauf qu'il ne devrait pas avoir "deux" comme lui, et il ne pourra devenir lui tant que tu existe.

Tu as compris?
Rage n'avait absolument rien saisit à son charabia, elle décida donc de ne pas s'étaler sur le sujet pour l'instant.
-D'accord... Donc, tu as quelque chose pour m'aider contre ces menaces?
-Pas exactement.

Plaçant sa lourde épée dans son dos et rangeant sa gourde dans son sac, il sortit un morceau de papier et un bout de crayon et écrit des runes dessus. Il tendit le papier à Rage qui ne savait bien sur pas lire le runique.
Voilà un moyen de contacter l'homme qui peut t'aider et d'en apprendre plus sur ta naissance, ce qui est déjà beaucoup.
-Il ne pouvait donc pas venir directement?
Lektor haussa les épaules dans un sourire désolé et se retourna, souhaitant au revoir à la jeune femme d'un geste de la main.
Alors qu'elle observait l'homme s'éloigner dans la nuit en sifflant, de nombreuses questions envahirent son crâne, des questions qu'elle s'était toujours posée mais s'était forcée à taire.
Pourquoi était elle née comme ça? Comment? Ces questions étaient liées à la raison pour laquelle elle était traquée cela ne faisait aucun doute. Sa vie était en danger, encore plus qu'avant, mais Rage les attendrait de pieds ferme... Et se languissait de régler son compte à ce satané Birkiel. Elle avait enfin vu une lumière dans le désert qu'elle traversait... Il n'y avait plus à espérer que ce n'était pas un mirage.
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One Shot du Daloka des forêts Empty Re: One Shot du Daloka des forêts

Message par DALOKA le Lun 20 Oct - 14:05

Et boom, en voilà un gros. Dernier OS avant le début de ma prochaine fic, je vais rien dire et vous laisser juger par vous même.



                                                                                        Yeux sans peur


-La pluie, la pluie! Fit la petite fille avec joie.

Elle était là, la pluie, puissante et incessante, mais aussi effrayante. Un véritable torrent qui s'abattait sur les toits des maisons et dessinait sur le sol des minuscules rivières alors que le ciel était d'un gris interminable. Ici, la pluie était dangereuse, mais cela ne l'avait jamais empêchée de l'aimer. Elle aimait voir de sa maison l'eau s'écouler à toute vitesse sur la colline puis s'amasser en petits lacs, elle aimait aussi sortir après et tremper jusqu'à la taille dans la mer trouble provoquée par la crue.
Un loisir d'enfant.

-Metsu, Metsu! L'appela t-elle comme elle en avait l'habitude. D'où vient toute cette eau?
Derrière elle, son grand frère fixait le ciel d'un air las, elle se demandait si il aimait la pluie comme elle, dès qu'il avait son âge. Deux dizaines d'années les séparaient et il était plus un père pour elle qu'autre chose.
-Qui sait.
N'importe qui d'autre lui aurait répondu que la déesse Aezhan en était responsable, et elle n'entendit cette explication que plus tard de la part d'un autre aîné. Mais Metsu avait toujours refusé de lui donner une réponse ce jour là, sans qu'elle sache jamais pourquoi.
Ses yeux gris ne se détachaient pas du ciel, ses yeux gris comme le ciel, gris comme le tranchant d'un sabre… Ils le vieillissaient, lui qui n'avait pas encore trente ans, il avait le regard d'un vieillard. Le regard de quelqu'un qui avait tout vu, ce qu'il n'était pourtant pas.



Lucia ouvrit les yeux. Les cloches du clan l'avaient tirée de son sommeil qui s'était révélé bien plus lourd qu'elle ne l'aurait pensé. En vérité la jeune femme ne voulait pas sortir de ses couvertures, mais ce n'était pas le genre de comportement qu'elle devait montrer en tant que fille du clan Nerimazu.  
Elle se redressa et secoua la tête comme pour se forcer à se réveiller, agitant ses longs cheveux noirs qui retombèrent devant ses yeux, gênant sa vue. Après avoir arrangé sa coiffure de manière à voir correctement, elle se leva et fit glisser la porte coulissante pour laisser la lumière et la chaleur du soleil matinal caresser son visage.
Devant elle se présentait un jardin, pas majestueux, pas spécialement élégant, mais loin d'être laid, en un mot: joli. Ouvrir sa porte et avoir ce jardin devant ses yeux à peine éveillés était, elle devait le reconnaître, très agréable, surtout par le beau temps que daignait leur offrir le ciel en cette période.


Sandales aux pieds, elle traversa le jardin pour aller prendre son repas du matin, toujours dans sa tenue de nuit -un yukata bleu aux fleurs rouges-. Elle entra dans le bâtiment juste en face du sien, celui de sa nourrice, une mère du clan également cousine de sa propre mère. Sa mère, Zukuguri, avait été victime d'un assassin heka alors qu'elle n'avait que trois ans, ce qui avait presque effondré sa famille à l'époque. C'est aussi à ce moment que Ishin Nerimazu, son père et le chef du clan, quitta le pays… Elle ne le revit plus jamais.
En conséquence, sa nourrice, Tachikiru était sa véritable figure maternelle. Elle n'avait pas choisit cette condition, son bras droit était devenu invalide et l'empêchait de continuer à batailler… Malgré la frustration de cette perte irréparable, elle n'avait jamais rejetée cette dernière sur Lucia et ses propres enfants, c'était au contraire une très bonne mère, sans doute trop bonne.

-Bonjour Siffleuse, dit Tachikuru amicalement en voyant sa protégée entrer.
Siffleuse était son surnom, le surnom qu'on employait pour la désigner dès qu'elle était encore enfant et que sa nourrice s'obstinait à encore utiliser, ce qui faisait plutôt honte à Lucia mais était affectif.
Ce surnom était dû à son animal totem: le serpent, elle en avait d'ailleurs un tatoué sur le bras gauche, donnant l'illusion qu'il s'enroulait autour. Chez les enfants du clan Nerimazu il était très courant de donner des surnoms en rapport avec leur animal totem. Ainsi elle eu le surnom de «Siffleuse».
Ironie du sort, elle ne savait pas siffler, du tout.


La jeune femme s'assit par terre à genoux et son ancienne nourrice lui servit le thé, elle la remercia et le but sans se presser.
-Tu n'as pas l'air en confiance aujourd'hui, s'inquiéta Tachikuru. Ce n'est pas habituel, que t'arrive t-il?
Elle avait visé juste, et pourtant Lucia avait tout fait pour cacher son anxiété. Il était effrayant de voir à quel point elle lisait en elle aussi facilement que savait le faire son grand frère Metsu.
-Ce n'est rien, tenta t-elle de nier.
-Je vois bien que c'est quelque chose, Lucia.
-Tu sauras tôt ou tard, mais pas maintenant.

Ainsi elle ne posa pas de questions et déposa le déjeuner du matin sur la table basse, elles mangèrent en silence. Lucia aurait put lui dire, mais elle n'en avait pas le courage.
Elle allait faire une décision cruelle et importante.


Après cela, la bérilienne coiffa ses longs cheveux noirs et lisses et se vêtit d'un de ses habits habituels: une robe noire venant de la capitale de Long, fendue sur les côtés des jambes. Elle appréciait ce vêtement léger et élégant, et avait d'autres habits semblables, en vérité il était même possible qu'elle ne portait que des vêtements de la capitale.
Elle sortit alors de ses appartements pour se diriger vers le dojo. Sa démarche digne, toujours la tête haute, accompagné de sa force et sa majestueuse beauté attirait le respect de ses pairs. Les autres membres du clans et autres la saluèrent avec politesse, car c'était clairement une femme impressionnante, haute de six pieds, et elle n'avait que peu d'égal au sabre. Elle portait à une corde dorée son katana, Dokueki, un sabre à l'image de sa propriétaire et qui était une vraie œuvre d'art. Forgée pour elle seule, elle appréciait les détails de la garde qui évoquaient les écailles de son animal totem.

Avant même d'entrer dans le dojo elle entendit le bruit des sabres d'entraînements qui s'entrechoquaient. Dès qu'elle posa pied à l'intérieur elle vit deux hommes se battre avec acharnement, un troisième observait.
Le premier combattant était Zanshin, un bérilien d'âge avancé dont le visage était parcourut d'une balafre, c'était un des amis de Lucia et jadis un de ses mentors. Le deuxième était bien plus singulier, par le simple fait que c'était un étranger, ce qui se voyait au premier coup d'oeil à cause de ses yeux bleus et de la blondeur de ses longs cheveux. Ce dernier se nommait Ralph Friedsang, un haynailien qui par un complexe concours de circonstance s'était retrouvé à s'entraîner auprès du clan Nerimazu.
Il était compliqué pour un étranger de vivre ici, mais il avait au moins, grâce à un talent notable, obtenu le respect de certains membres et l'approbation du chef du clan de rester parmi eux.
Sans prononcer un mot, Lucia observa les deux hommes se battre. Elle les savait tout deux redoutables, Zanshin était un vétéran des champs de bataille qui possédait de nombreux coups surprenants et efficaces, quand à Ralph, il ne déméritait pas et avait accomplit bon nombre d'exploits jusque là.
Elle ne détacha pas ses yeux noirs des deux sabres de bambous qui se frappaient avec violence, les deux hommes ne plaisantaient pas même pour un entraînement. Après une lutte acharnée, Ralph réussit à désarmer son opposant en le touchant au poignet droit, il fut donc déclaré vainqueur.
Zanshin admit sa défaite en le félicitant, il n'en attendait pas moins d'un homme entraîné par Metsu, étranger ou non. Ralph accepta ces félicitations avec fierté, sans doute après tout le mépris qu'il avait reçu à son arrivée au pays, les compliments le touchaient bien plus qu'auparavant.

-Bravo, commenta Lucia. Il était temps que tu te frotte à quelqu'un d'autre que moi, et aussi redoutable.
-Ca pour l'être…
Souffla Ralph, arrachant un sourire en coin à son adversaire.
-Tu as officiellement obtenu tout mon respect à présent, fit Zanshin, béni soit tu de pouvoir nous quitter sous le couvert de la victoire.
-Cela n'est pas sur, dit Lucia en saisissant un sabre d'entraînement et en commençant à s'échauffer le poignet. Comprenant qu'elle avait l'intention de le combattre une dernière fois, le balafré se retira et s'assit auprès de l'autre bérilien observateur, échangeant des commentaires sur la technique des deux opposants.
Lucia laissa le temps à Ralph de souffler un peu, il était vêtu d'un vêtement bérilien traditionnel, preuve qu'il s'était durant cette dernière année intéressé de près à leur culture.


-Je m'étais préparé à ton défi,
dit il. Combien cela fait t-il?
-Vingt neuf victoires, chacun.
-C'est donc le moment de nous départager, parfait!

Ralph devait quitter aujourd'hui le pays, et il était impensable qu'il parte avant leur 59ème combat. Cet homme était ici à cause de son grand destin; porter le nodachi familial Yukkikaze et vaincre le Zigarne, une créature destructrice. Lucia l'avait jalousée pour ça, trouvant insultant pour elle qu'un étranger soit destiné à cette mission, et elle le pensait toujours, au fond. De ce fait, cette jalousie avait conduit à un premier duel à mort ou il ne l'avait pas achevée, ce qui avait fait naître une grande rivalité entre les deux individus qui comparaient régulièrement leurs compétences aux armes. Ces duels étaient toujours éprouvants car, dès qu'il ne portait pas Yukkikaze, leurs niveaux étaient équivalents. A force de se fréquenter ainsi, la haine de Lucia s'était atténuée et s'était même transformée en une certaine amitié. Ralph lui, avait beaucoup changé en s'entraînant avec Metsu, il était loin de l'haynailien qu'elle avait trouvé faible et naif au premier regard, il n'était pas devenu tellement plus fort physiquement, mais avait surtout grandement gagné en maturité.
Là encore elle le jalousait, elle avait l'impression que son grand frère lui avait apprit des choses qu'elles ne connaissait pas.

Les deux adversaires se mirent en position face à face et se tirent prêt. Elle voyait une lueur fière briller dans les yeux de Ralph, une lueur qu'elle enviait… Si elle pouvait se voir en ce moment, est ce qu'elle aurait la même? Impossible de le savoir.
Zanshin s'était levé pour se préparer à crier le début du duel amical, il était plutôt admiratif devant ces jeunes combattants qui pouvaient le défier en égaux au sabre. Mais il ne laissait toujours échapper que quelques légers sourire, conservant la plupart du temps un visage de pierre.
Sa voix rauque s'éleva et le bruit de la première frappe ne tarda pas à résonner dans le dojo. Comme à son habitude, Lucia avait engagé le combat avec un coup un diagonale, partant cette fois de sa droite. Ralph put parer ce coup sans trop de difficulté et riposta immédiatement, il était un combattant plutôt prudent qui tentait de trouver la contre attaque décisive en s'axant sur la défensive, Lucia à l'opposé submergeait ses adversaires de coups rapides et violents. Elle connaissait aussi les arts martiaux non armés et n'hésitait pas à s'en servir en combat dès qu'elle en voyait l'occasion, l'haynailien avait apprit depuis à se méfier de ses jambes qui lui avaient une fois brisé la mâchoire douloureusement.
Elle enchaîna deux coups de tailles que Ralph réussit à parer, elle était d'une ténacité farouche et il était courant que ses adversaires s'épuisent avant elle, ce qui lui donnait l'occasion de porter le coup fatal. Ralph avait dû apprendre à manier un nodachi, une arme lourde et difficile à manier, augmentant donc sa force physique et son endurance: au début, il avait beaucoup de mal à tenir Lucia en respect. Mais à présent, il était difficile de trouver des failles dans sa garde qui s'était avec le temps, sublimée. Elle tenta après un coup de placer une balayette pour déstabiliser l'haynailien mais il l'anticipa, recula, et répondit immédiatement par un coup horizontal. Elle para  et repoussa l'épée de Ralph pour lui donner un coup de genou, ce dernier le vit encore une fois arriver et recula. Il était devenu très prudent, et avait apprit à anticiper de manière parfois effrayante… Cela encore, c'était certainement Metsu qui lui avait apprit. Néanmoins, Lucia parvint à répondre elle aussi à ses offensives.
Alors que ce dernier était devenu plus agressif, elle entrevit l'occasion de placer un coup assené fatal à l'épaule, mais il para et fit glisser le long de son épée de bois sur celle de son adversaire jusqu'à que sa pointe vint toucher le cou de Lucia. En combat réel, elle aurait été assez touchée à la gorge pour causer sa mort.
Il fut donc déclaré vainqueur. La bérilienne le félicita, tirant tout de même une mine très contrariée, elle était mauvaise perdante et cela ne changerait sans doute jamais.


-C'est rageant de savoir que je n'aurais peut-être jamais l'occasion de te tuer, plaisanta t-elle.
-Comme si tu le pouvais!
Ils rirent un temps, puis Ralph quitta le dojo, il fallait qu'il finisse les préparatif de son voyage vers Scarrath qui allait être rude.
Zanshin s'approcha de Lucia, un air soucieux au visage.

-Tu ne lui a pas dis?
-Il vaut mieux qu'il ne sache pas… Il serait incapable de comprendre.
-Quand bien même..
-Il s'y opposerait. Il a une tâche à accomplir, mon frère ne voudrait pas que cet événement le détourne de son objectif.

Le vétéran soupira, contrarié, et sortit à son tour. La Bérilienne savait qu'elle avait raison de ne rien dire, cela n'aurait apporté rien de bon et ne concernait que sa famille, il n'avait rien à faire là dedans.
Lucia partit à l'extérieur de la maison Nerimazu pour se changer les idées, elle ne savait pas vraiment ou elle allait, elle en ressentait juste le besoin. Cet été la ville de Midoritsume, ou résidait sa famille, les Nerimazus qui régissaient la région, était particulièrement vivante. La saison avait été généreuse et l'on rendait grassement hommage aux dieux par prières, sacrifices et duels rituels.
Néanmoins l'âge d'or des Nerimazus, qui avait commencé au tout début de l'unification de Bérilion, était passé depuis longtemps, et les clans Dalfan et Long s'étaient hissés plus haut qu'eux sur le piédestal de la gloire.
Même en termes de combattants, il étaient surpassés par ces derniers. Il y avait eu un espoir avec la naissance de Metsu, un combattant pouvant égaler le terrible Drogo Dalfan au combat, mais la perte de ses yeux fit sombrer cet espoir de redevenir la figure de proue du pays.
Leur père avait disparu et était sans doute mort, l'avenir du clan était incertain et ayant toujours eu un tempérament digne et fier, se voir dépassé était une véritable flèche plantée dans leur amour propre.


Ce fut alors, bon et mauvais présage, une vieille connaissance croisait son chemin. Paisiblement assit à une table d'une taverne ou l'ont servait déjà le sake, l'individu à la face ombragée par un large chapeau en paille n'était autre que l'un de ses frères aînés; Dally Nerimazu en personne. Plus jeune que Metsu de 5 ans, il fut pourtant à la demande de ce dernier chargé de prendre la tête du clan à sa place… Mais il trahit sa confiance et brisa devant le clan l'arme totem qu'il aurait du porter, ce après un long exil volontaire de six années. Ainsi on lui proposa deux options: s'ouvrir le ventre et regagner son honneur dans la mort, ou être banni à jamais du clan, il choisit la deuxième. Si une partie du clan ne vouait pas de haine à cet homme et que Metsu le pardonnait, elle et la plupart des doyens ne sauraient tolérer sa présence dans la cité.
En conséquence elle se devait d'intervenir et de lui rappeler qu'il n'était plus le bienvenu.

-Dally, que fais tu ici? Dit elle d'un ton sec en s'approchant de lui.
-Allons bon, tu le sais mieux que moi, sourit Dally en prenant une gorgée de sa boisson.
Je me dois de venir ici et maintenant malgré les interdits.
-Aucune raison ne peux justifier que tu t'autorise à poser le pied dans notre ville.

Ce dernier se contenta de soupirer et de terminer sa coupole de sake. Se mettant alors ignorer sa petite sœur, le voyageur voulut se lever pour remplir à nouveau sa coupole, mais Lucia lui barra la route.
Jamais je ne te pardonnerais pour ce que tu as fait. Il y a quinze ans, dès que tu avais mon âge, tu as craché à la figure du clan en brisant l'arme que l'on t'avais confiée, et tout ça pour des idéaux de lâche!
Elle réalisa bien vite qu'elle avait un peu trop haussé le ton, mais cela était le soucis du banni, pas le sien. Le jour ou il avait brisé l'arme devant eux, il était dans une rage infiniment plus grande… Il s'était mit à parler, à hurler un discours ou il méprisait une à une chaque valeur de leur clan, et même de leur pays. Ce faisant, il avait délibérément insulté tout les Nerimazus, et tout le monde était frappé de silence, elle comprise. Ils étaient choqués et dans l'incompréhension, car le jeune Dally que le clan avait élevé était rentré méconnaissable de son voyage à travers le monde.
Toutes les valeurs auxquels le clan croyaient étaient devenues stupidités à ses yeux et il ne manquait pas de le dire, ainsi à l'époque tout le monde pensa qu'il était devenu fou, et parce qu'une telle insulte envers les dieux et les traditions était inacceptable, l'incompréhension fit place à la colère.
Ce jour là Metsu s'avança, c'était une époque ou il avait encore ses yeux de fer. Il n'en montrait aucun signe évident, mais ceux qui étaient proches de lui pouvaient sentir sa colère refoulée et sa déception. Il imposa l'ultimatum à Dally: la mort ou le bannissement, il partit mais avant,  lui lâcha des mots durs qui marqueront Lucia.
«Ne laisse pas les jeunes pourrir comme toi.»
Elle se demandait encore comment Metsu avait put ne pas tirer l'épée ni répondre. Il était un exemple pour tous, l'un des meilleurs guerriers de Bérilion… Et son jeune frère, après avoir rejeté le clan, se permettait de le mépriser?

-Je ne me répéterais pas plus, fit Lucia. Quitte Midoritsume sur le champs, sinon c'est l'acier qui parlera.
-C'est pour cela que je ne vous supporte plus…
-Ce sont nos lois, je te prie de les respecter.

Dally haussa les épaules et tourna les pieds vers un chemin menant jusqu'à l'extérieur de la ville. Ce comportement nonchalant insupportait la bérilienne, les lois étaient sacrées et avaient étés instaurées par les anciens pour maintenir l'ordre et le respect. Les Nerimazu avaient 1500 ans d'histoire et avaient comptés de nombreux héros, Dally n'était pas raisonnable de penser pouvoir changer des préceptes si vieux et se montrait irrespectueux envers tout leurs ancêtres morts… C'était une honte pour le clan, il était devenu un vulgaire vagabond.
Tout à coup, alors que Lucia l'observait partir, il se retourna. Son regard était triste mais compatissant.

-Bonne chance.
Et sur ces mots, il partit définitivement. Malgré elle, Lucia le remercia intérieurement pour ces mots. Elle savait qu'il avait ses raisons de venir, mais en temps que membre du clan elle avait des devoirs à respecter. Lucia Nerimazu avait élevée pour rendre honneur au clan, et sa famille était sa raison de vivre. Sans elle, elle ne serait pas née et serait morte depuis longtemps, elle devait tout au clan; son éducation, sa fierté et sa force, elle le lui rendrait en redorant la gloire des Nerimazu.

Lucia rentra à la maison du clan pour souhaiter au revoir à Ralph qui, tenue de voyage, sacs et équipements prêts, se présentait devant la sortie du domaine qui l'avait accueillit malgré sa différence.
Quelques membres du clans, ceux l'appréciant, étaient venus. Ils n'étaient pas si nombreux que ça mais c'était assez pour que l'homme se sente reconnaissant.
Lucia s'approcha de Ralph et lui décrocha un sourire amical que peu de gens avaient l'occasion de voir en dehors de sa famille.

-Bonne chance, dit la grande femme, elle était bien placée pour connaître la valeur de ces mots.

Enfin Metsu arriva. La tête du clan était dans son kimono noir et blanc habituel. Son visage paisible était traversé par le bandeau noir lui barrant les yeux, sur ce dernier se trouvait une étoile jaune à quatre branche, elle représentait sa lumière perdue. Il faisait l'usage d'une canne pour se repérer correctement dans l'espace. Il se laissait guider par ses sens et son instinct pour compenser sa cécité, mais il restait handicapé et faiblissant.
Mais son visage était rayonnant, à 40 ans, alors que des cheveux blancs lui apparaissaient, Lucia le trouvait plus jeune que dès qu'elle était encore enfant… Pourquoi?

-Tes progrès furent un plaisir à observer, fit-il, souriant, tout en posant une de ses mains sur l'épaule de Ralph.La réussite est avec toi.
-Merci. Soignez vous bien, et ne vous forcez pas trop.
-Ne demande pas ça à un bérilien
, rit-il.
Confiant, Ralph s'en alla vers son nouveau combat… Un autre attendait Lucia, le moment était venu.

Ils rentrèrent à l'intérieur. Une fois que les autres membres se séparèrent d'eux et que Lucia se retrouva seule avec son frère, elle l'accompagna jusqu'à sa chambre, celle qui appartenait avant à leur père Ishin.

-J'espère que Ralph t'as convaincue, dit il en chemin tandis que sa canne frappait le sol à un rythme répété.
-Convaincue?
-Oui, convaincue que les étrangers pouvaient se montrer aussi valeureux qu'un bérilien.
Nous les Nerimazu sommes loin d'être les plus tolérants.

-Ca ne prouve pas grand-chose, il est une exception et a suivit tes enseignements.
-C'est ta fierté qui parle et non ta raison.

Metsu la fit encore douter d'elle même comme il savait si bien le faire. En dehors des nurenuiliens, leurs ennemis mortels, elle n'avait eu que peu de contact avec des étrangers… Et ceux avec des nurens avaient bien souvent commencé et finit en conflit sanglant. Elle n'était pas la plus apte à juger de la valeur des non bériliens, mais refusait de l'admettre. Son frère avait de toute manière ressentit son doute dans ses pas et sa respirations, et cela lui suffisait. Il la connaissait mieux que n'importe qui, peut-être qu'il l'aurait même deviné sans ses sens.
-Tu sais, il y a quinze ans quand j'ai banni Dally du clan… Ses paroles, bien que dures et prononcées avec rage, m'ont fait réfléchir.
Tu étais peut-être trop jeune pour te souvenir de ses propos, ta mémoire a aussi put les déformer, mais… Il n'avait pas tort de dire que j'étais pourri.

Le guerrier aveugle se mit à tousser, sa maladie ne s'arrangeait pas, Lucia entendait même souvent dire que ses sens aiguisés pourraient venir à en pâtir. Néanmoins il n'était pas faible, en réalité il était toujours parfaitement capable de vaincre des grands guerriers… Mais c'était dérisoire comparé à son ancien niveau.
Véritable surhomme, les gardes adverses n'existaient pas pour lui, il lisait à travers avec aisance et frappait avec précision d'un coup fatal. Il avait mémorisé toutes les bottes de leur école et même paraissait t-il, des autres clans. On disait aussi qu'il voyait les mouvements de ses opposants ralentis… Il était invincible aux yeux du commun des mortels.
Et c'est pour cela que personne ne comprenait pourquoi Dally l'avait insulté.

Ils entrèrent dans la grande salle décorée, les Nérimazu était des guerriers comme les autres clans mais avaient un goût particulier pour l'art, bien que la guerre en était souvent le thème principal.
Ainsi nul ne pouvait manquer les magnifiques peintures représentant des guerres et combats épiques de leur histoire, et les murs de cette salle en étaient recouverts.

Un silence lourd s'était installé. Metsu avait parlé mais elle n'avait pas écouté cette fois, elle avait la tête ailleurs… Elle serra les poings, c'était le moment, il fallait qu'elle le fasse.

-Mon frère… Je dois te parler d'une chose de la plus grande importance.
-Quoi donc? L'angoisse semble dans ta voix.
-Metsu Nerimazu,
déclara t-elle en haussant la voix pour y éteindre l'anxiété.
Je te défie en duel à mort.
Les coins des lèvres de Metsu s'élevèrent d'un soupçon, un léger sourire amusé sur son visage paisible.
-Quelles sont tes raisons, Lucia?
-Je t'accuse d'avoir toujours été passif dans la politique du pays, empêchant l'implication véritable du clan. Ce n'est pas tout…
En plus de ta cécité, ton état s'aggrave de jour en jour…Notre père mis à part, tout nos chefs sont morts sabre en main depuis onze générations. La mort te guette, et le clan ne pourra porter devant les autres une mort causée par la maladie.

Sa dernière phrase était bien plus sombre, sa voix s'était teintée de tristesse. Elle ne voulait pas prononcer ces paroles.
-Soit, j'accepte ce duel. Si tu l'emporte la responsabilité du clan te reviendra de droit.
Sans contester les raisons de Lucia, il avait accepté. Le fait qu'il restait imperturbable n'était pas seulement dû à sa nature, il attendait ce moment.
En tant que chef du clan, je déciderais des circonstances du duel. Au pont du temple, le lendemain à l'aube, sans aucun témoin.
Soit à la hauteur de tes prétentions Lucia, car je ne me retiendrais pas.


Et sur ces mots ils se quittèrent… Sans doutes ne se verraient t-ils plus avant leur combat, qui se dérouleraient donc demain… Elle ne s'attendait pas à ce que ce soit si tôt, et dans le secret total. L'angoisse l'envahit toute entière et ce ne fut que maintenant que de terribles questions attaquèrent sont esprit. Serait t-elle capable de le vaincre, lui? Et même si elle le faisait, aurait-elle le courage de porter le coup fatal?
C'était l'homme qu'elle admirait et aimait le plus, qu'est ce qui lui disait qu'elle serait vraiment capable de le tuer? Jamais elle n'avait tué d'être cher jusqu'alors… Et elle ne souhaitait à personne de devoir le faire.
Ces questions l'angoissèrent bien plus qu'elle ne s'y était attendue. Toute l'après midi de Lucia fut consacrées à ces dernières qui installèrent brutalement la panique dans son coeur jusqu'à ce qu'elle en vienne à regretter sa propre décision et même ses propres raisons. Elle pourrait regretter cet acte toute sa vie, si elle y survivait.
Comme un spectre errant, Lucia Nerimazu rôda dans les couloirs et les jardins du clan, et même si elle tentait de rester fière et digne de sa haute réputation, il était aisé de lire ses sentiments dans ses yeux noirs d'encre. Cependant nul dans le clan n'était au courant de ce futur combat aux enjeux énormes, ainsi personne ne comprit l'origine du trouble qui habitait une guerrière si noble.

La journée passa, la lumière faiblit et l'air se refroidit. Bien sur, Lucia n'avait pas progressé d'un pouce… Mais elle savait très bien qu'un duel lancé et accepté ne pouvait être décliné sous aucun prétexte, c'était le combat qu'elle avait voulu elle. Elle s'était pensée brave mais ce n'était qu'une illusion… Lucia Nerimazu du clan n'était qu'une personne commune, pleine de faiblesse et cela, elle ne pouvait le supporter.

Un Nerimazu est l'élite de Bérilion, il ne ressent pas la peur, ne craint aucun ennemi et doit toujours conserver force et prestance. Voilà ce qu'on lui avait enseignée alors qu'elle ne savait pas même aligner correctement une phrase… Les sentiments qu'elle portait étaient indignes de son titre,     ses mains moites étaient celles d'une faible et elle s'était imaginée pouvoir vaincre son frère?.. Ridicule, cette pensée n'aurait même pas du lui traverser l'esprit. La bérilienne sentait ce désir honteux en elle, ce désir de fuir.
Lucia se frappa le crane du pommeau de son katana comme pour revenir à elle. Elle réfléchissait trop, il fallait qu'elle se repose un peu… Après tout le retour en arrière était impossible.

Tandis que la maison Nerimazu s'endormait peu à peu, Lucia alla aux sources chaudes du clan réservées aux femmes, seul cela pourrait éventuellement la détendre à présent et à cette heure il y avait de grande chance qu'elle y soit seule… Elle ne voulait qu'on remarque ce qui la tracassait.
Dévêtue, elle plongea son corps dans l'eau chaude, l'air était embué par la vapeur et elle fut soulagée de constater qu'en effet il n'y avait qu'elle dans le bain. Elle ne voulait pas que son image vole en éclats devant les autres femmes, qui l'admiraient toutes ou au pire la respectaient. Par ses aînés il était communément accepté qu'elle avait un grand avenir et que si elle n'occupait pas de haute place chez les Nerimazu, elle pourrait devenir une chef de guerre prestigieuse au front contre Nurenuil. De ce fait, il était certain que si elle battait Metsu on l'accepterait sans conflit à la tête du clan… Seul elle savait sa faiblesse, et seul elle doutait de son succès.


Tout à coup, elle entendit une personne entrer dans l'eau. Aussitôt la jeune femme tira une mine agacée, tant pis, elle sortirait en conséquence. Alors qu'elle fit un pas dans l'eau, elle remarqua que la personne en question n'était autre que Tachikyru, sa nourrice. Son absence de vêtement dévoilait l'horrible cicatrice traversant son épaule jusqu'au haut de sa poitrine, la dernière blessure qu'elle reçut avant de devenir une mère et de renoncer aux combats.

-Que fais tu donc à cette heure là Siffleuse? Dit elle en souriant. Lucia aurait put lui retourner la question, mais c'était évident qu'elle était venue car elle l'avait vue entrer… Son humeur n'aurait pas put lui échapper et cette conséquence était inévitable, elle était ainsi.
Tu pourrais me répondre, insista Tachikuru devant le silence de Lucia, mais elle ne savait quoi lui dire. Devant la personne qui l'avait élevée, elle ne pouvait faire la fière.
De quoi avez vous discutés avec Metsu?

Et comme d'habitude elle était en train de la percer à jour, elle se doutait certainement de la vérité.
-Désolé mais ce n'est pas quelque chose qui te concerne.
-Lucia, ce qui te concerne me concerne aussi.

Toujours les mêmes phrases… Lucia se rendait compte maintenant que ceux qui la mettait le plus mal à l'aise étaient ceux qui la connaissaient le plus. Avec Tachikuru aucune couverture n'était possible et aucun titre n'était d'une quelconque utilité même si elle était censée ne rien savoir.
-Je suppose que tu le sais déjà…
En guise de réponse, sa nourrice poussa un long soupir et se frotta les tempes.
-Alors c'est bien cela qui t'affole autant.
-Tachikuru… J'ai quelque chose à te dire, et je ne pourrais le dire à personne d'autre. J'ai peur, j'ai peur de perdre ce combat et de le réussir à la fois. J'ai été naive, je pensais y avoir assez réfléchi, j'étais sure de moi… Mais dès qu'il m'a annoncé que c'était demain, tout mon courage s'est écroulé. Je le cache mais je retiens mon corps de trembler dès que je pense que l'affronterais dans quelques heures…
Si j'ai ce sentiment c'est que je ne suis pas digne d'hériter de la tête du clan, Tachikuru, j'ai été idiote et à présent je cours à ma perte… Regarde, la femme fière que tu as élevée est presque en larme maintenant...
J'ai honte de ce visage, et tu dois avoir honte de moi aussi.
Ce défi, je l'ai en tête depuis deux ans déjà, ces deux ans de préparation ne serviront à rien je le sais. Depuis que je suis née j'étais destinée à porter le signe du serpent, un signe de prospérité et de longévité… J'étais destinée par mon père à faire prospérer le clan le plus longtemps possible, ce sont les seuls mots dont je me souvienne de lui… Mais l'animal totem de ceux qui faillissent se corrompt, et dans mon cas, il deviens un poison.
Je ne pourrais pas porter ce poison Tachikuru, non, je ne pourrais pas.


Couvrant un instant ses larmes de sa main, elle se retourna pour partir. Il n'y avait que devant cette femme qu'elle avait pleuré durant toute sa vie, mais cela restait une vision qu'elle ne voulait lui montrer.  
Mais elle l'enserra dans ses bras pour la retenir, Lucia s'attendait à ce geste, peut-être même qu'elle le désirait… Elle voulait qu'on l'empêche de fuir, encore.

-Tu oublie quelque chose Lucia.
Metsu savait que tu allais le défier un jour, c'était inévitable… Cela est dur mais c'est notre manière de vivre, tu le sais.
Ce que je veux vraiment te dire c'est qu'à présent tu es responsable, tu es responsable car il y a des gens qui croient en toi. Nous croyons en toi pour relever le clan, et Metsu croit aussi en toi pour achever sa vie dignement… Si nous croyons en toi ce n'est pas pour rien, ce n'est pas juste car tu es la fille d'Ishin ou une élève de Metsu, mais car tout le monde reconnaît ta valeur à toi. Tu pense peut-être que la Lucia fière et forte que nous connaissons n'est qu'une illusion, mais c'est faux. Moi et ton frère, nous te connaissons bien, nous savons que la femme en qui nous croyons est bien là. Tuer son parent n'est pas une chose facile, bien au contraire… Peu de bériliens vont jusque là sans regrets, alors ne pense pas que tu es faible car tu as peur de tuer ou de mourir. Tout le monde peut avoir peur et tout le monde peut pleurer, mais ce qui doit être réellement observé ce sont les actes.
Tu ne fuiras pas, même si tu en a envie… Car tu vaut plus que ça, Lucia Nerimazu. Et si tu pense que tu n'es pas cette femme forte que les gens admirent… Deviens le demain. Metsu ne se retiendra pas, il attends que tu soit à la hauteur, et tu le sera.

Lucia ne savait pas quoi répondre, ses paroles étaient dites dans l'habituel ton rassurant qu'elle lui adressait… Elles l'avait émue, jamais on ne lui avait dit si franchement qu'on croyait en elle, ce n'était pas le genre de choses que les Nerimazus se disaient entre eux… Ils étaient trop fiers pour admettre se reposer sur quelqu'un.
Il n'y avait encore une fois, que Tachikuru pour pouvoir lui dire ça. Sans un mot, elle prit la main chaude de celle qui l'avait élevée dans la sienne… Un sourire apparut enfin sur le visage mouillé par les larmes de Lucia.

-Bon dieux… Comment pourrais je te remercier pour tout ce que tu as fait pour moi ?
-Rends moi fière de toi, cela me suffira…



Et le lendemain à l'aube, elle y était, enfin.
Le temps devenait tout à coup plus long, elle sentait chaque parcelle d'air frais matinal pénétrer ses poumons, elle sentait chacun de ses pas sur l'herbe humide.
Elle ne fuirait pas, non, pas ici, pas maintenant, c'était sa décision mais elle ne concernait pas qu'elle seule. Lucia Nerimazu ne pouvait plus essayer de tourner le dos, le moment était venu.
Le pont qui menait jusqu'au temple reliait les deux bords d'une énorme crevasse ou coulait l'eau d'une cascade, et c'était sur ce lieu si haut au dessus du sol que cela allait se conclure. A l'autre bout du pont, il se tenait immobile. Comme prévu, il l'attendait, il semblait à Lucia qu'il se tenait là depuis longtemps, mais aucun signe de faiblesse n'était visible… Et elle ne pouvait se tromper sur ce point, aussi loin était t-il.

Il y avait juste le bruit du vent qui soufflait, et celui de l'eau qui coulait en bas. Cet endroit n'avait jamais été choisit auparavant pour un duel, du moins pas à sa connaissance… Mais si ce lieu était atypique pour cet événement, il y avait quelque chose qui ne faisait aucun doute; il était magnifique, une vision comme il y en avait peu dans le monde. L'eau claire de la cascade, les falaises imposantes et fières, l'herbe et les feuilles secouées par le vent. Dans ce paysage imposant et en mouvement se trouvait la fierté du clan, le temple Nerimazu… Cet édifice haut et glorieux contenait sous formes de peintures et d'écrits toute l'histoire du clan. Il se trouvait juste derrière Metsu, ce dernier se tenait au bout du pont comme si il en était la sentinelle.
C'est ce qu'il était en ce moment même, le gardien de l'héritage de son clan. Lucia comprit alors le choix de ce lieu, ce lieu qu'il avait toujours apprécié… Et qu'il continuait à apprécier même une fois sa vue perdue, il appréciait le bruissement des feuilles et le ruissellement de l'eau.
Oui, c'était le lieu parfait pour ce duel, et il ne pouvait y en avoir d'autres plus appropriés dans ce monde.
Prenant une grande inspiration, Lucia posa le pied sur le pont de bois. Ce pont était grand et large, et Metsu était encore loin…
Elle marcha à pas lents et Metsu, même à cet distance, entendit ses pas et s'avança lui aussi au même rythme. Les battements de son coeur s'accélèrent et la pression augmentait à chaque pas, mais à chaque pas encore, le temps et la distance qui les séparaient de ce moment décisif diminuaient.
Une fois qu'ils furent seulement à une dizaine de mètres l'un de l'autre, ils s'arrêtèrent. Lucia observa Metsu, le frère qu'elle avait admiré et envié toute sa vie, l'homme à qui elle devait la force. Si on ne le connaissait pas lui ou ses faits d'armes, il n'avait rien d'impressionnant en apparence. Il n'était pas particulièrement grand, elle même le dépassait de dix centimètres, et le katana qu'il portait n'était nullement décorée comme la sienne mais usée et ordinaire. Pourtant tout le monde pouvait sentir cet aura qu'il dégageait. Son animal totem était le tigre tatoué dans son dos, c'était un symbole de puissance impitoyable… Il fallait le voir agiter son épée pour comprendre véritablement pourquoi il était encore craint malgré sa cécité.


-Ne tremble pas,
fit il de sa voix calme et profonde. Ne laisse rien te troubler, dans un combat chaque erreur peut te conduire à la défaite.
Depuis la perte de ses yeux il avait le don d'apaiser par sa simple voix, quoiqu'il pouvait dire… Ces conseils qu'elles avait entendues pleins de fois lui furent utile, car c'est par sa voix qu'elles furent prononcées.
Les deux adversaires, encore loin de l'autre, tirèrent les katanas des fourreaux  presque au même moment. Les Nerimazus, réputés pour êtres assez sophistiqués, avaient une procédure sacrée pour commencer chaque duel entre deux membres du clan, si le rituel n'avait pas lieu l'affrontement était considéré comme sans valeur et était relégué au rang de simple meurtre. Par ce rituel, l'on jurait devant les dieux qu'on était prêts à mourir.


Metsu fit le premier pas et Lucia suivit son mouvement. Sabre en main, il s'avançaient sans aucun signe d'hostilité, leur arme était baissée. Ils continuèrent lentement jusqu'à passer dans le dos de l'autre, et là, ils se stoppèrent.
Il y eu un moment de silence, un silence pesant ou chacun pouvait même entendre la respiration de l'autre. Puis ils élevèrent la voix en choeur pour prononcer les paroles rituelles celles qui dans la légende furent dite par les héros Fuen'Shi et  Loen avant leur duel sanglant.


«Sanken, Havir, Kul'Ziang, aujourd'hui nous combattons, pour nos âmes et pour nos coeur, pour notre honneur, pour notre victoire. Aujourd'hui par le fer, afin de connaitre une gloire éternelle, notre sang nous vous offrons. Baeng'Tun, ou que nous soyons, regarde nous, car nous te donnons notre chair et nos os, observe nos lames se déchaîner et la terre se teinter de rouge, et en ce jour sanglant... Juge nous!»


Sur les derniers mots, ils se retournèrent d'un seul coup et leur lames s'entrechoquèrent. Les duels que menaient les Nerimazus entre eux étaient souvent bref… Souvent, le premier coup était décisif, mais ce duel n'était pas un duel ordinaire, pas pour eux. Que ce soit volontaire ou un coup du destin,  ils étaient à présent face à face et leur combat ne faisait que commencer.

Immédiatement, Metsu retira sa lame pour exécuter un coup de taille, même si il était devenu moins précis il avait gardé sa vitesse stupéfiante, elle le vit dans ce simple mouvement qu'elle para. Elle repoussa sa lame et tenta un autre coup horizontal, mais il fut assez vif pour le bloquer. Lucia ne le laissa pas souffler et continua d'attaquer, mais Metsu, l'aveugle, arrêtait chacun de ses coups avec une effrayante facilité, c'était comme si il lisait dans l'avenir. Comme elle s'y attendait, il était formidable, même aveugle, même malade, aucun des coups de Lucia ne passait à travers sa garde qui semblait parfaite et sa lame qui se déplaçait comme un éclair, répondant à chaque attaque. Elle n'avait jamais comprit comment faisait t-il pour parer si bien sans ses yeux… Cette capacité était presque surnaturelle.
Néanmoins, elle ne devait pas se laisser impressionner, car c'était sa valeur qui était mise à l'épreuve ici. Celui qu'elle avait regardé de loin jusqu'alors… Elle devait maintenant le dépasser.

Après n'avoir fait que se défendre, comme si il la jaugeait, il passa enfin à  l'attaque avec un estoc mortel qu'elle sut dévier pour riposter sur un coup horizontal qu'il évita d'un bond en arrière, avant de répliquer immédiatement avant qu'elle puisse exécuter son prochain coup. Les attaques de Metsu étaient dures à parer car vives, mais quand bien même ses sens étaient surhumains… Il ne pouvait pas savoir exactement la position de la lame de Lucia dès qu'elle n'était pas en mouvement, et cela lui permettait de parer ses coups.
Le bruit fracassant de l'acier s'entrechoquant résonnait de manières répétée, et chaque adversaire donnait tout ce qu'il pouvait pour gagner. Elle le savait, elle pouvait mourir à la seconde qui venait car son frère n'avait nullement menti dès qu'il avait dit qu'il ne se retiendrait pas, c'est pour cela qu'elle ne pouvait se permettre de faillir.
Un coup de taille mal esquivé finit par lui entailler le bras gauche, faisant couler la première goutte de sang du duel, mais la blessure n'était pas profonde. Lucia para le coup qu'enchaîna Metsu et y répondit en lui donnant un coup de pied à l'emplacement des côtes, qui le repoussa et permit à Lucia de reprendre une position offensive. Metsu se redressa à temps pour contrer les assauts de sa sœur qui commençait à l'acculer. Sa garde était toujours trop bonne, alors elle tenta une balayette, qui fut évitée mais permit à Lucia de faire un coup d'estoc.
Et il fut paré, encore. Leur danse mortelle ne semblait jamais finir, et Metsu dut réaliser que sa sœur était plus endurante que lui, qui s'épuisait déjà, il devait en finir maintenant.
Alors qu'elle bloquait un coup de son frère, elle abaissa sa lame vers le coté droit et frappa de son pieds le genou gauche de Metsu, le faisant fléchir un moment décisif ou elle vit une occasion de porter un coup mortel à la tête, mais avant qu'elle ne puisse commencer son mouvement, la lame de Metsu se dirigeait déjà vers la sienne. Elle se baissa immédiatement, et Metsu avec une vivacité extraordinaire, s'était redressé pour exécuter un coup assené, un coup qui lui fendrait le crane sans aucune pitié.
Lucia prit le risque. Elle fit glisser sa lame le long de celle de Metsu dans un grincement métallique… Et Dokueki se planta dans le haut du torse de l'aveugle.

C'était fini. Metsu respirait encore, mais peu importe l'organe qu'elle avait touché, il était condamné.   Ainsi sa main lâcha l'arme de son plein gré, qui chuta à terre, il admit sa défaite. Crachant une gerbe de sang, il s'écroula sur sa sœur.


-Bien joué, félicita t-il. Les jeunes gens sont prometteurs…
La robe noire de Lucia s'empourpra de sang. Elle l'avait fait, elle l'avait vaincu. Elle ne sut comment réagir et resta silencieuse, ébahie. La tristesse et l'horreur se mêlait à la fierté dans un mélange amer.
-Je suis encore vivant… Cela est sans doute mieux. Tant qu'il est encore temps, j'aimerais t'expliquer quelque chose. Ecoute attentivement, ce seront les derniers conseils que je te donnerais.

Elle allongea Metsu contre les remparts du pont. Il s'agissait des dernières paroles de son frère, quelque chose d'une importance absolue, quelque chose dont elle se souviendrait pour toujours. Elle se taisait.


-Le jour ou Dally a dit que j'étais pourri… Il avait raison, oui, mais je ne l'ai moi même comprit que plus tard. Moi, Metsu Nerimazu, héritier du signe du tigre, était l'un des meilleurs combattants que le clan ai porté. J'ai enchaîné victoire sur victoire, j'ai reçut maintes louanges et la confiance des gens, une confiance aveugle. Je me sentais comme un élu, je me pensais infaillible et mon nom était connu à travers le pays. Dès que j'arrivais dans une ville, j'inspirais le respect et la crainte, seuls les imprudents me défiaient encore et je ne leur laissais aucune chance de l'emporter. J'étais un modèle, je respectais toutes les valeurs et lois du clan.
Ainsi moi non plus je n'avais pas comprit… Pourquoi étais-je pourri? J'avais tout, et lui le renégat, n'avait plus rien…
J'étais devenu orgueilleux. Je me fiait aveuglément aux lois et pas à ce qui avait de la vraie valeur, je tuais froidement ceux qui me contrariaient… J'étais devenu un monstre froid et arrogant, que tout le monde prenait pour un valeureux héros. Je me croyais tout permis, j'abusais de mon pouvoir dès que je le désirais, car nos lois m'y autorisait… J'étais le plus fort après tout, je n'avais pas à écouter les autres, moi, le puissant.
Mais si je ne me suis pas jeté sur Dally pour l'éventrer ce jour là… C'est parce qu'il m'a choqué. Personne, jamais personne ne m'avait lancé un tel regard… Un regard plein de pitié et de mépris. Pour la première fois de ma vie, je me suis mit à douter, douter même des dieux.

Mais je n'avais rien compris, encore. Alors je me suis posé des questions, je me suis demandé ce qui était passé par la tête de mon jeune frère pour nous trahir…
Alors je me suis mit à le chercher, je l'ai traqué jusqu'au bout du monde pendant un an en secret. Je voulais savoir, je devais savoir, mais je bouillonnais aussi de colère contre lui.
Et un jour, je l'ai retrouvé.


Metsu leva les mains et les passa derrière sa tête pour défaire son bandeau noir, il révéla alors ses yeux crevés, une cicatrice traversait chacun d'eux. Personne n'avait jamais vu ces cicatrices, et jamais il n'avait expliqué leur source.


Je l'ai retrouvé, et j'ai perdu. Moi, Metsu Nerimazu, j'avais perdu.
Sans rien me dire, Dally m'a laissé mourant. Il ne voulait plus m'adresser un seul mot, ni même me voir…
Une fois aveugle, j'ai perdu ma gloire, j'avais beau m'entraîner à aiguiser mes sens, je ne pouvais plus égaler Drogo Dalfan, j'avais perdu mon trône. Je me sentais affreusement humilié, et perdu…
Mais dans cette chute, j'ai compris, compris si tard les paroles de Dally.
J'étais, à l'apogée de ma gloire, un exemple pour tout le monde… J'ai laissé aux jeunes gens l'image d'un homme égoiste en exemple, quelqu'un qui se servait des lois de force pour se prendre pour un dieu.
Hors, père m'avait confié une tâche très importante que j'ai oublié… La garde et l'éducation de Dreke, mon petit frère adoptif.
Dreke, l'homme qui pouvait devenir à l'avenir le Zigarne, une créature monstrueuse qui pourrait détruire un pays, une bête qui y a mille ans a faillit vaincre tout nos ancêtres. J'avais prit les paroles de mon père presque pour une plaisanterie, une légende pour m'effrayer tout au mieux… Je n'ai pas fait attention à cet enfant venant de Nurenuil, la terre de nos ennemis. Je n'en disais rien, mais je le regardais de haut moi aussi… Je ne l'ai jamais aidé dès que d'autres se liguaient contre lui à cause de son sang étranger, et pire, je lui montrais par mon comportement, tout ce qu'il ne fallait pas qu'il devienne.
Et lors de sa 19ème année, il vola une des armes sacrées du clan, et tua deux de ses frères… Cet événement était le résultat de mon erreur et je ne m'étais même pas remis en question.
Aujourd'hui, Dreke s'approche de plus en plus du monstre sans coeur, alors que ma mission était d'éviter que cela arrive. J'ai échoué, pour lui, et pour beaucoup d'autres enfants du clan, et malgré ces échecs il a fallut que je perde ma vue, que je me m'affaiblisse, pour réaliser quelque chose.
J'étais tant en rage contre moi même, ma vie n'était qu'un échec.
Il posa alors une faible main sur l'épaule de sa sœur, elle sentait dans sa voix qu'à chaque mot sa vie s'échappait peu à peu.
Je te dis cela pour ne pas répéter la même erreur, pour que tu sache que la voie que j'avais emprunté n'était pas la bonne. Il y a des choses qui vont au-delà de nos lois ancestrales… Les lois des hommes, celles de la justice, celles du bien. Trop de bériliens oublient ce qui a de la vraie valeur, et c'est pour cela que jamais nous ne terminerons notre guerre.
Tu va hériter du clan, et c'est à toi de réussir là ou j'ai échoué…


Il prit une grande inspiration, et soupira longuement. Sa voix devenait emplie de faiblesse et de tristesse. Il caressa le visage de sa sœur de sa paume, comme pour voir à sa manière une dernière fois son visage.

-Ne te gêne pas, décapite moi. Ce n'est pas pour respecter les lois que je te le demande, mais parce que je le veux… Peut-être est ce que je désire un châtiment pour cette vie ratée.

J'espère que… Tu n'auras pas à perdre tes yeux pour commencer à voir.


Ces paroles furent le dernier souffle qui sortit de sa bouche.

Lucia reprit fermement son sabre dans ses mains. Les paroles de son frère, celui qu'elle respectait le plus, elle les avait bien comprise… Et pour ne pas salir sa mémoire, elle ne les oublierait jamais, pas tant qu'elle respirerait encore ici bas.

Elle serra les dents comme si la douleur de son frère était la sienne, et d'un geste puissant, sépara la tête de Metsu de son corps.
Ses jambes tremblèrent un moment, tout comme ses mains. Elle lâche son sabre, puis elle tomba sur ses genoux.
Elle prit la tête de son frère elle la regarda. Son visage était figé dans l'expression d'un homme qui avait trouvé la paix. Elle regrettait tout à coup de ne lui avoir rien dit ce jour, de ne pas lui avoir dit au revoir… Si il était encore là, il lui aurait dit qu'il n'y avait pas besoin d'au revoir, qu'ils n'étaient que des mots.
Lucia sentit des larmes chaudes couler sur ses joues et elle serra la tête de Metsu contre sa poitrine. Un Bérilien était souvent confronté à la mort… Cela n'empêcha pas des larmes de couler, et elle éclata en sanglots déchirants.

Elle était à présent seule, seule sur ce pont. Sur ce pont où il n'y avait que trois bruits, le ruissellement de l'eau, le bruissement des feuilles, et les cris de Lucia.  
DALOKA
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Grand Cracheur d'encre

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One Shot du Daloka des forêts Empty Re: One Shot du Daloka des forêts

Message par DALOKA le Dim 11 Jan - 0:00

Pouf, un nouvel OS. C'est un test intéressant, je n'ai jamais vraiment écrit au présent, j'écris très peu à la première personne... Je fais ici les deux. J'ai relu trois fois, mais avec moi ça ne suffit pas donc les erreurs de temps sont autant possible que les fautes d'ortho. Ceci mis à part encore une fois, lisez et jugez par vous même.




                                                    Horreur Blanche


Vendu, vendu pour 1000 Aiglons, mit dans une nouvelle cage, déplacé dans une nouvelle terre à bord d'une charrette puante, fermée et sombre, comme un porc qu'on enverrait nourrir les riches étrangers. Ils se moquent d'où je viens, tout comme ils se moquent de ce que je suis. Ce qui est important ? « 6 pieds de haut, pas une blessure gênante, jeune mais expérimenté, en bonne santé, travailleur, et intelligent ! »
Un homme aux cheveux blancs avait présenté le plus gros poids d'or, personne n'avait osé surenchérir.
« Vous ne regretterez pas votre affaire Monsieur le Vicomte ! », avait dit mon ancien tortionnaire en souriant de toute ses dents noircies.
Monsieur le Vicomte est un homme richement vêtu de la tête aux pieds, et malgré ses cheveux blancs il ne m'avait pas parut vieux la première fois que l'ai vu. Je n'appris que plus tard qu'il fait partie de la haute noblesse de l'empire de l'ouest et que cette couleur venait de son sang, on l'appelle le Vicomte Sébastien Rosentia. J'ai rapidement compris néanmoins que c'est un homme puissant, et riche surtout, c'est une chose qui se remarque bien vite dans son comportement et celui des autres envers lui… J'ai assez fréquenté le milieu des puissants pour savoir repérer les hiérarchies d'un premier coup d'œil.


Aujourd'hui enfin nous arrivons à sa maison, celle où je vais à présent servir. C'est un profond soulagement car le voyage m'a épuisé, tout mes membres me font mal à cause de l'inconfort de la charrette dans laquelle j'ai dormi et mangé, peu, pendant des semaines.
Les portes s'ouvrent, on me fait sortir et je plisse les yeux, je n'avais pas vu la lumière du jour depuis un moment. Les hommes de Monsieur me tiennent fermement les bras et me conduisent autre part. Je ne résiste pas, mes chaînes sont trop lourdes, je suis fatigué et je ne veux pas mourir.

« Qu'il est sale ! » s'exclame une grande dame en me voyant arriver. « Madame ne saurait souffrir de le voir si il est présenté ainsi! ».
On me conduit dans une autre salle, je n'ai pas mon mot à dire. On me rase la barbe et le crane, on me lave à l'eau froide et on m'enfile un costume. Ce n'est pas la première qu'on m'administre ce traitement, j'y suis habitué et j'ai appris que me débattre ne m'apporterais que des blessures inutiles.
« Il est prêt ! » dit elle en me voyant vêtu comme un serviteur de la maison. Ces habits me serrent mais cela est bien mieux que d'aller presque nu.
On me déplace encore dans une salle où Monsieur est assit, se reposant sans doute de son voyage. Il a une pipe dans sa main droite et me regarde du coin de l'œil.
-Bien, ma femme s'impatiente. J'espère que cela en vaudra la peine.
Madeleine!Appelle t-il. Dépêche toi, je n'ai pas toute la journée !
J'entends des bruits de pas venant d'au delà la porte de droite. Une femme dans une grande robe jaune et à la chevelure blanche entre à pas rapide dans la salle. Elle jette un regard aux alentours, me remarque et sourit de toutes ses dents.
-Enfin mon mari vous l'avez fait ! Oh milles merci pour ce présent !
-Passer outre les autorités n'a pas été une mince affaire ! Je te rappelle que nous sommes dans l'illégalité.
Je suis surprit sur le coup, il y a des lois pour proscrire ce commerce ?
-Taisez vous donc! Siffla t-elle violemment avant de prendre d'un coup un air doux. Et puis, je vous prie, laissons cela de côté. Les lois ne sont t-elle pas un maigre problème comparé à votre amour?
-Certes… Certes oui.


Ignorant son époux, elle se précipite vers moi avec euphorie et semble presque me contempler comme si c'était une enfant devant un cadeau. Elle me tâte le menton de sa main blanche et glacée, et tourne autour de moi pour me regarder de tout côté. Bien que je suis accommodé à ce genre de traitement, quelque chose me dérange, malgré tout je reste droit comme un piquet et silencieux comme un mur.
-Parle t-il notre langue ?
-Oui madame,
dis je. Je me surprends moi même de parler, moi qui n'ai pas émis de son depuis un long moment.
-Merveilleux !
Elle s'adresse ensuite à la grande servante derrière moi.
-Veuillez faire venir Louise au plus vite.
Et elle part, s'exécutant immédiatement.
-Je suis très satisfaite mon cher Sébastien, mon seul regret est que sa peau soit si foncée, je trouve ça un peu laid.
Je suis un peu gêné par sa remarque, mais je ne dois rien laisser paraître… Je sais que ma vie est entre leurs mains.
-Tu ne va pas te plaindre après tout ce que j'ai fait ! Râle le Vicomte. Elle, elle se contente de soupirer d'un air lassé.
En vérité je n'attends qu'une seule chose, sortir d'ici et aller à une tâche que Monsieur désire me confier, car la présence de cette femme me met mal à l'aise, et pèse peut-être plus que l'autorité du comte.

-Je t'appellerais William ! Dit elle en me pointant du doigt, ce ne sera qu'un troisième nom, je ne proteste pas.

Une petite fille descend, conduite par la servante, elle ne semble pas avoir plus de cinq ans… Elle a des cheveux blancs, j'en conclus donc qu'elle est la fille du vicomte et de sa femme. Elle me regarde d'un air légèrement inquiet, c'est normal car je suis un inconnu dans sa maison et peut-être le premier étranger qu'elle voit.
-Voici ma fille Louise, surtout veille bien à faire tout ce qu'elle te demande.
-Oui madame.
Fantastique !
S'écria t-elle en frappant dans ses mains de plus belle. Saurais tu faire une lecture de conte ?
-Je pourrais parfaitement faire la lecture à votre fille madame.

Ce n'est pas vraiment la pire des tâches.
-A ma fille ? Je parle de me faire la lecture à moi, elle a déjà sa nourrice pour cela.
Son mari soupire alors et sort de la salle en grommelant à voix basses des plaintes. Moi, je me retiens de me montrer surpris pour ne pas risquer d'offenser madame… Sans doute ne suis-je pas habitué à fréquenter les excentriques, j'ai ouï dire que beaucoup de riches Haynailiens l'étaient .
La fille agrippée à sa large robe, elle me fait la conversation et me demande d'où je viens, je lui déclame alors l'histoire. Paysan sans histoire, capturé par des bandits puis vendu à un riche maître en ville où j'y passa douze années avant d'être revendu à prix fort cette fois. Obéissant, expérimenté, et éduqué, je fus vendu à peine un an plus tard à monsieur le Vicomte à un prix plus haut encore.
En avançant dans mon récit je réalise petit à petit que la Vicomtesse n'a aucun intérêt pour ce que j'ai vécu, elle semble en revanche intéressée par mon vocabulaire et l'étendue de ma culture, je suis déçu mais guère étonné… Que pensais-je ? Une vie comme la mienne n'a rien d'intéressant.
Toute enjouée par mes capacités verbales elle sautille sur place et me demande de l'attendre là. Sans discuter, je reste debout. Je pousserais bien un soupir de soulagement si je ne craignais pas les coups de fouets, cette dame semble certes sympathique mais sa présence est dérangeante, oppressante, épuisante même. J'en viens à préférer travailler que la fréquenter.
Tout à coup un homme s'approche de moi, un vieux serviteur il me semble car ses traits sont marqués par l'age et sa chevelure est grisonnante. Il possède un œil de verre et une horrible cicatrice lui barre le front, lui donnant une allure d'homme des champs de bataille.

-Alors c'est toi… Murmure t-il de sa voix rauque. Je ne comprends pas sa réaction et je lui lance donc un regard interrogatif.
Pauvre homme… Dit il, la mine triste.
-Je suis habitué à cette condition, nous ne sommes pas si différents.
Il secoue la tête lentement comme pour exprimer un « non » et sort de la salle, ne répondant pas à mes appels.
Je jette un regard circulaire sur les lieux et je remarque l'absence de serviteurs pour me surveiller, je suis récent et inconnu dans la maison, c'est une imprudence terrible que nul bon maître ne ferait.  Il n'y a de plus qu'une autre personne dans la salle, la petite fille nommée Louise. Il est sûrement futile d'essayer de m'enfuir directement, mais qui m'empêcherait si je le veux de causer malheur  à leur enfant, ou de la menacer pour m'en servir comme otage ? On m'a retiré mes chaînes et je sais la fragilité d'un corps d'enfant si jeune… Un moment, je songe donc à m'échapper ainsi…
Mais je me ravis, peu importe combien je fut exploité, maltraité, fouetté, je n'ai jamais oublié ce que m'a apprit ma mère : la valeur du bien et de la vie. Je refuse de causer du mal à cette enfant qui n'a rien fait.
Elle me regarde avec des grands yeux et m'approche, je lui sourit pour ne pas l'effrayer. Lorsqu'on est comme moi, seul les enfants de son age vous traitent encore comme un humain…
Cela ne dure pas, hélas.

-Grand homme foncé, qui êtes vous ?
Qui suis-je ?
Juste un esclave.


                                                                                              *

« Je le savais ! Je n'aurais jamais du épouser cette folle ! »
Sébastien n'en pouvait plus, la vie était devenue un enfer depuis qu'il l'avait prise pour femme. L'Esclave qu'il avait acheté n'améliorait guère les choses !
Madeleine était belle et son sourire rayonnant, il était par le passé persuadé d'être fou amoureux d'elle, mais c'était à l'époque car plus elle s'ennuyait plus elle devenait insupportable, et ses caprices se multipliaient ! Le Vicomte ne pouvait pas toujours être là, il possédait un important chantier naval à Haguère et devait souvent y être, ou se déplacer pour négocier et signer des contrats. C'est ainsi qu'il était devenu aussi riche même que son frère le comte, il ne pouvait pas se permettre de faire autrement… Mais à chaque fois qu'il revenait la maison était sens dessus dessous ! On lui disait que sa femme était victime d'hystérie et battait régulièrement ses serviteurs... Il tenta de calmer sa folie par des cadeaux, mais en vain… Dès qu'un jour elle creva l'œil du vieil Arthur, son plus fidèle majordome, au couteau de table parce que le repas n'était pas servit à l'heure, il fut clair que cela ne pouvait plus durer et qu'il fallait trouver une solution radicale et définitive. Il refusait de demander l'aide d'un médecin, de crainte qu'elle ne le prenne mal ou que cela entache sa réputation, il lui dit donc qu'il offrirait n'importe quoi si elle se calmait.

« Un esclave ou je me pends ! », avait t-elle dit… Malgré l'illégalité de la chose, l'esclavage étant contraire aux idéaux humanistes du culte de l'Empereur Dieu, il décida d'accomplir sa requête et lui offrit cet homme qu'elle nommait William. Cet homme travaillait comme serviteur certes, mais il n'avait pas été prévenu de sa véritable fonction ; porter sur lui tout seul toutes les colères, passions et folies de Madame.
Cela n'avait que trop bien marché, Sébastien avait la nausée en songeant à tout les abus que William subissait, mais ce n'était que du dégoût et en rien de la pitié. Il haïssait l'esclave car à cause de lui, c'est ce qu'il lui semblait, sa femme ne manifestait plus aucun intérêt pour son pauvre mari et cela le faisait enrager au plus haut point. Il revenait épuisé pour se faire traiter comme un moins que rien ! Lui qui faisait vivre cette maison ! Lui qui sacrifiait son temps pour que Madeleine et Louise puissent vivre selon leurs caprices ! Ne méritait t-il pas un peu de compassion ? Un baiser de bienvenue, ou juste un simple sourire ! Mais Madeleine passait ses heures dans la chambre morbide ou l'esclave était enfermé en permanence à présent, parfois elle refusait de voir Sébastien pour y rester et il ne la voyait pas du tout.
Il bouillonnait tant de colère qu'il s'était permis de se défouler lui aussi sur William à coup de fouets en l'absence de son habituelle tortionnaire, mais c'était une douceur comparé à ce que l'esclave subissait quotidiennement.


                                                                                          *

Douleur, horreur, souffrance. La sale est poisseuse, ils sont répugnants, elle est répugnante, ça fait mal, j'en ai assez, assez.
L'odeur du sang emplit mes narines, c'est bien sur l'odeur du mien. Il coule de ma bouche, de mon nez, de ma peau écorchée, il n'y a pas une partie de mon corps qui ne me fasse pas mal, il me semble bien même que chaque orifice de mon corps est en sang. Tout y est passé, et mes ongles m'avaient été arrachés, un par un. « Comme des pétales de fleur », avait elle dit. La salle est glacée, mais moi j'ai l'impression de brûler tant la douleur est insoutenable, et à chaque fois que je bouge c'est comme si un esprit malin plantait des milliers d'aiguilles dans ma chair d'un seul coup. Monsieur a certes, de part ses insignifiants coup de fouets, rouverts des plaies cruelles, mais cette dame, elle, n'est pas humaine… En tout cas, je refuse de croire qu'elle l'est. Comment une simple femme peut avoir un esprit si retords et pervers ? Je refuse, je refuse de croire que cela n'est pas l'œuvre d'un monstre.
J'entends des pas, je reconnais immédiatement sa manière de marcher, j'ai appris à le faire pour me préparer au pire. Je serre les dents et un puissant mélange de peur et de haine viens couler dans mes veines. La voilà, toujours avec une robe jaune, ses cheveux blancs et son sourire presque béat… J'aurais du comprendre dès le début que cette femme était complètement folle, oui, j'aurais du m'enfuir !
Torture, humiliation, viol, en la moitié d'une année seulement cette femme seule m'a fait subir pire que tout ce que j'ai vécu en treize ans d'esclavage, me faisant comprendre l'insignifiance de la souffrance du travail et de la faim, me faisant aussi comprendre que je n'avais réellement hais de ma vie auparavant…
La porte de ma cage s'ouvre dans son habituel grincement affreux, laissant entrer une créature encore plus affreuse.
Je remarque qu'elle porte un livre dans ses mains, je m'attends à ce qu'elle me demande de lire un conte, encore, alors qu'elle maltraite ma chair. Madame sait exécuter un sort de soin, me maintenant en vie malgré le sang que je perds, ainsi il se peut aussi que ce soit un livre de sort… Je tremble en y pensant, cela signifierait un supplice mortel dont je ne pourrais pourtant pas succomber.
Elle s'assit devant moi, qui enchaîné et blessé se retrouve impuissant. Je ne peux qu'attendre, écouter le menu qu'on me fera manger de force.

-Aujourd'hui est un jour spécial ! Dit elle en frappant dans ses mains un grand coup. J'ai enfin trouvé dans la bibliothèque de mon beau frère la médecine qu'il te faut ! J'ai soigneusement marqué la salle ou se trouve le sort pour corriger cette laide peau.
Bons dieux, encore cela ?
Tu va être magnifique mon William !
Elle prends ma tête entre ses deux mains et reprends sa folie.
Magnifique ! Tout comme moi, ma famille et notre grand Empereur… Blanc, aux cheveux blancs. Une peau blanche et une chevelure blanche, blanche, blanche !
Elle répète ceci avec un regard qui montre clairement qu'elle a perdue toute raison.
Tu veux devenir beau, n'est ce pas ?
Peut-être pourrais-je te répondre, si tu retirait ce bâillon gorgé de sang de ma bouche ! Je ne veux pas, je ne veux pas devenir comme toi et ton répugnant mari ! Même votre beau frère, soit disant bon et honnête, me regarde avec des yeux dénués de compassion ! A Scarrath, les gens sont certes pourris… Mais ils ne se croient pas purs ! Ces cheveux blancs sont le symbole d'une atroce hypocrisie. Une hypocrisie que je ne veux pas porter.
-Je te préviens, j'ai des lacunes en magie, cela risque de piquer un peu.
Cette phrase pourrait presque être comique, compte tenu de mon état.

Elle ouvre le livre. J'ai peur, peur car il s'agit d'une souffrance que je ne connais pas encore, peur car je ne veux pas leur ressembler. Porter leur pâleur qui me paraît maintenant monstrueuse écraserait la seule once de fierté qui me reste.
Elle me tiens fermement la tête, plantant presque ses ongles longs dans mes joues, puis lance le sort en prononçant l'incantation, la magie passant dans ses doigts pour entrer dans ma chair. Mon corps est secouée par une impulsion et je me débat par réflexe, mais elle presse son genou contre mon entrejambe en y mettant tout son poids pour me rendre plus docile et reprendre son expérience. La magie reprends. Ma peau brûle, ou du moins c'est clairement la sensation que j'ai, la sensation d'être immolé vif, qu'on m'arrache chaque parcelle de peau petit à petit… Mon cri d'horreur et de douleur qui me déchire la gorge est étouffé par mon bâillon.

-Ce n'est qu'un dur moment à passer…
Tue moi ! Tue moi ou meurs ! Tant que cela cesse ! Par n'importe quel moyen, je veux un répit, même quelques secondes, tant que ces morsures de feu s'arrêtent!... Je sent toutes mes plaies se rouvrir dans une sensation de déchirement, même les larmes qui coulent sur ma peau me paraissent comme un terrible acide, et cet enfer continue pendant une année, un siècle, une éternité…

-Tu vois ? Cela n'aura duré qu'une minute.



...Je ne sais combien de temps s'est écoulé à présent, je ne peux voir ni la nuit ni le jour de là ou je suis… Mais la douleur s'est enfin arrêtée, parce que je ne sent plus rien. Même mes fers, même mes plus profondes blessures, je ne les sent plus. Néanmoins, je peux voir un corps qui ne semble pas être le mien, c'est un corps blanc, non, presque gris. C'est un teint de cadavre. Malgré cette situation troublante, je profite de cet instant sans bruit, sans douleur, sans elle ni aucun de ses semblables. Cela ne durerait pas, je le savais… Car même en ayant perdu mon sens du toucher pour un temps, je ne sais pas quand la douleur reviendra, et ce corps ajouté à l'odeur du sang me montre bien que je suis toujours vivant. Je sais qu'elle va revenir et que mon cauchemar reprendra alors… Mes espoirs de sortir se sont envolés depuis longtemps, seul le désir de mourir subsiste. Ma seule consolation est de me savoir mortel, et d'avoir la certitude qu'un jour tout finira.

Encore des bruits, elle arrive déjà. Mon répit m'a parut bien court. Sa robe jaune m'inspire maintenant un profond sentiment de dégoût, tout comme tout chez cette femme.

-Superbe ! S'ébahit elle. Et mon mari ose me dire que je suis piètre mage.
Elle saisit sans aucune répugnance mon bâillon couvert de sang sec. Cela fait un moment qu'elle ne m'a pas demandé de parler… Mais les seuls mots que j'ai envie de lui dire sont des insultes. Je n'ai plus de force pour me débattre, cependant je n'ai plus peur de la mort et je sais que la souffrance est inévitable… Si même je pouvais la provoquer au point qu'elle me tue, cela serait parfait.
-Je vais te chercher un miroir, tu me dira comment tu te trouve.
-Je préfère subir un autre supplice plutôt que de me voir dans votre apparence...
-Plaît il ?
Dit elle souriante, faisant mine de ne rien entendre.
-Je dis que vous me dégoûtez !
Elle soupire longuement.
-Alors c'est ainsi.
Elle passe alors la main sous sa robe et en tire un couteau.
Je te pensais devenu obéissant et gentil, je suis déçue.
Elle met les doigts de sa main gauche dans ma bouche pour l'ouvrir de force, la résistance que je lui oppose étant aussi insignifiante que mes forces. Elle place son couteau au coin de mes lèvres. Je ne sent rien encore, mais je sais ce qu'elle fait, de son couteau elle tranche ma joue droite en prenant son temps, et je vois dans son visage une expression répugnante de jouissance.
Une fois son œuvre faite, elle repart en reviens avec un fil grossier pour recoudre ma joue… Ce n'est pas une médecin, l'affaire doit être mal exécutée, elle en est pourtant fière.

-Voilà qui t'apprendra. Mes intentions étaient bonnes William ! Tu as tout gâché ! Dit elle en se mettant d'un coup à sangloter. Elle part, ferme brutalement la porte et me laisse à nouveau seul.
Qu'elle est pitoyable, qu'elle est pitoyable ! J'aimerais l'espace d'un instant, la voir dans ma position ! Elle, son mari, son beau frère ! Les tirer de leur conforts pour qu'ils trouvent un douloureux cachot !
… Mais malheureusement, c'est impossible… Je ne peux que souffrir, et pleurer, en attendant la fin…



Du temps s'est écoulé, j'ai regagné mes sensations, et des bruits m'ont réveillés. Ils sont inhabituels. Oui, j'entends des cris, j'entends de la vaisselle qui se brise, j'entends des gens qui courent. Que se passe t-il là haut ?
« Madame » n'a pas put faire encore une crise, puisque je suis là !… Après tout, ce ne sont guère mes affaires, depuis que la Vicomtesse a décidée de me mettre dans cette prison pour mieux me tourmenter, je ne me sent plus concerné par cette maison.
J'entends alors plusieurs pas, trop lourds, ce ne sont pas les siens.
Oui, je vois devant ma cage deux hommes, dont un grand, massif, impressionnant. Ils sont vêtus comme des mercenaires ou des brigands, que font il donc ici ?

-Bons dieux… Souffla l'homme le plus court avec horreur.
-Voilà la barbarie de cette maison, répliqua sèchement l'autre.
-Quel terrible spectacle… Mais il semble vivant malgré tout.
-Oui, libérons le.

La serrure est ouverte, le grand entre. Il se baisse vers moi et essaye de me retirer mes fers. Il me sourit.
-Une question pauvre homme. Ces fous, ces pêcheurs déguisés derrière la sainteté d'un ancêtre, ne t'es tu jamais dit que quelqu'un devrait leur faire subir le châtiment qu'ils méritent ?
-Cette question ne vaut même pas la peine d'être posée,
je lui dis, sifflant entre mes dents avec haine.
-En effet. Moi et mes frères nous combattons pour aider des gens comme toi. Trop longtemps nous avons vécus incapable de dénoncer leurs mensonges.
A présent tu es libre, mon frère.

De quoi ?
Ai-je bien entendu ? Moi, libre ?
… Comment réagir ? Cela fait quatorze ans déjà que la liberté m'est interdite, au point que je trouve cela normal. La pensée d'être libre me semble étrange, absurde même… Je n'ai jamais été libre. Je devrais pourtant pleurer de joie et remercier l'homme, mais je lui porte un regard plein de confusion.

-Je te propose également autre chose, reprends l'homme avant de tirer de sa ceinture une longue dague, participe à la bataille. Punis de ta main ceux qui t'ont infligé cet état.
La pensée apparaît immédiatement et brutalement dans ma tête comme un éclair dans l'orage. Oui, celle de la tuer, elle et son misérable époux. Ce désir est inévitable. Pourquoi me retenir ? Ils le méritent, ces corrompus, ces fous ! La famille entière de cette femme ne vaut pas mieux qu'elle ! Cette lame, cette force que je n'avais pas, m'est à présent offerte et mes jambes qui n'ont plus marché depuis des mois me soulèvent, animées par cette volonté nouvelle.
L'homme me sourit à nouveau en me tendant son arme, il n'a pas besoin de réponse, il sait ce que je  veux… La vengeance, l'éclatement de toute cette colère contenue, quelque chose qui à l'instant m'importe bien plus que la liberté.
A présent sans fers, je prends le manche de la dague et je sort de ma prison. Je ne suis pas sorti depuis longtemps, mais la maison est méconnaissable, sens dessus dessous. Les meubles sont brisés, du sang tâche les tapis… J'espère juste qu'elle est toujours vivante… Ma colère ne s'en ira jamais sinon.
Tout à coup, je tombe nez à nez devant un miroir et je sursaute, effrayé par la figure que j'y vois. Un visage gris, de longs cheveux blancs tombant dessus mais seulement d'un coté, le coté droit du crâne est nu, entièrement chauve… Et la joue gauche est fendue, ouverte comme dans un béant sourire macabre qui laisse voir les molaires, et cousue maladroitement avec un fil sombre.
D'une main tremblante je touche ma joue droite et je me rends compte de l'horreur que je suis devenu à cause d'eux… Ainsi c'est ce qu'elle trouve beau ?

Des larmes de rage montent alors que ma vision se couvre d'un voile rouge et immédiatement, d'un pas rapide et sauvage, je repart traquer mes proies dans la maison. Ma respiration est forte et je suis prêt à abattre mon arme à tout moment. Le chaos est autour de moi, agissant comme un stimulant, les gens se battent, tuent et meurent… Mais je ne cherche qu'eux. Je devine que Madame s'est recluse dans sa chambre à l'étage, j'y monte. La porte est fermée mais guère robuste, personne ne l'a encore défoncée pour la sortir de sa cachette… Volontairement, ils me laissent cette tâche.
La porte cède rapidement, et je crois bien que ma colère me donne une force insoupçonnée. Je la vois, blottie dans un coin de sa chambre, elle prend sa tête entre ses mains en répétant avec panique des mots qui n'ont pas de sens à mes oreilles. Elle lève le menton et me regarde, apeurée et souffle un appel désespéré.

-Sauve moi, William.
-Je ne veux pas de ton nom !

Je crois bien qu'elle pleure et peu m'importe. L'insolence de sa demande et mon faux nom ne font qu'attiser les flammes qui m'habitent. Elle n'a pas le temps d'ouvrir encore sa bouche que dans un cri de rage je me jette sur elle, lui enfonçant la lame toute entière dans la poitrine. Elle hurle de douleur, crache une gerbe de sang et demande la pitié dans ses derniers murmures, en guise de réponse je tire la dague de son corps pour redonner un coup, plus puissant encore. De manière presque mécanique je répète l'action encore et encore, même dès qu'elle n'est plus qu'un cadavre. Je ne pense même plus, je suis couvert de sang des pieds jusqu'à la tête, m'acharnant sur ce qui n'est plus qu'un ensemble de chairs sanguinolentes. Elles morte, enfin morte et je ne suis pas satisfait, mes bras ont encore faim de violence, ma rage ne part pas, c'est pourquoi je continue de massacrer son corps.
J'entends un cri d'horreur aigu, quelqu'un d'autre est entré. Je tourne la tête vers le cri et je vois Louise, la fille de la Vicomtesse… Elle a le même visage que sa mère, et les mêmes cheveux blancs… Les même cheveux blancs !
Je ne pense pas, j'agis comme si une volonté surpuissante guidait mon corps. D'un seul coup, un coup parfait, droit, sans faille alors que je n'ai jamais manié d'arme. D'un seul coup la gorge de la petite Louise est tranchée et dans un gargouillis infâme elle s'écroule dans son sang.
Toujours insatisfait, je m'apprête à donner un second coup !… Et je réalise alors, en me baissant sur elle…
J'ai tué une enfant.
Moi, j'ai tué une enfant d'à peine cinq ans… Une fille fragile, sans défense, qui n'avait commis aucun crime, aucun mal. Je n'ai pas hésité, j'ai tranché son cou tel un tueur sans pitié… Moi qui me croyais bon, qui pensait que ma vengeance n'était que justice… Qu'ai je fait ? Que je suis devenu ?
Je reviens à moi, mon arme tombe à terre, je fixe avec horreur une petite robe et une poupée souillée de sang. Je pousse un cri de rage, une rage contre moi même. Je suis devenu un monstre, j'ai commis un crime irréparable à cause de ma colère… Je m'étais vu horrible dans la glace, mais à présent je me vois horrible dans mon âme.


-Pourquoi pleure tu ? Tu as bien fait.

Le grand homme qui m'a libéré s'avance derrière moi, il regarde les deux corps avec une froideur d'acier.
Elle était destinée à devenir comme le reste de la noblesse… Pire encore, car la rancune aurait fait d'elle l'ennemie du peuple. Tu n'as fait qu'éliminer un futur danger mon frère.
-Je ne suis pas « ton frère » !
-Tu n'as pas à te maudire de cet acte, tu es comme nous !
-Tu as déjà tué des enfants, et tu ne le regrette pas ?
Je lui demande sans le regarder, je ne reçois aucune réponse.
Si tu n'as aucuns regrets, je ne suis pas comme toi.
Je ne peux pas rester ici. L'horreur de cette maison m'étouffe depuis presque un an, une année qui fut affreusement longue. Je me redresse et me retourne vers l'homme.
-Je vais brûler cette maison.
-C'est une sage décision, je comptais faire de même,
approuve t-il avant d'ordonner à ses hommes de répandre l'huile, et je participe à la tâche. Tout ici doit disparaître.

Et tout brûle, nous regardons ce feu de l'extérieur. C'est la fin du cauchemar...
Que faire maintenant ? Je dois vivre libre, chose nouvelle, mais je dois aussi vivre en portant ces horreurs et ce crime… C'est ici la fin de mes quatorze ans d'esclavages et de mes jours d'horreurs, une nouvelle vie commence.

-Nous rejoindras tu ? Dit le grand homme en m'approchant, tandis que je regarde le feu éteindre le manoir.
-Je reconnais votre combat, mais je ne me joindrai pas à vous. J'ai trop longtemps été guidé… Je dois faire ma route seul. Je dois agir, je dois combattre. Cette année, j'ai réalisé que le monde n'allait pas… Qu'il y avait des choses inacceptables, inhumaines. Essayer d'y faire quelque chose est la seule solution que je trouve pour me faire pardonner. Mais c'est mon chemin, et mon combat.
-Je vois… Mon nom est Marcus Alambra, chef de la confrérie du Condor, quel est le tiens ?

Mon nom ?… Cela fait trop longtemps que je suis esclave, le nom donné par ma mère ne m'appartiens plus, et je ne porterais pas ceux donnés par mes maîtres…
Cette vie est nouvelle, il doit être nouveau.

-Ereshkigal.
Ce ne sera qu'un quatrième nom.






DALOKA
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Grand Cracheur d'encre

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One Shot du Daloka des forêts Empty Re: One Shot du Daloka des forêts

Message par DALOKA le Sam 21 Fév - 20:51

Un peu particulier. Peut-être pas un OS car je ferais la suite si l'envie me prends. Aussi, je vais admettre que j'ai écrit ça sans me prendre la tête, aussi je ne juge pas ce texte de grande qualité, néanmoins j'ai aimé l'écrire et j'espère que ce sera pas une purge à lire non plus. Enjoy.


Décrocher la lune


Le vent frais de la nuit Scarrath soufflait sur la cité, refroidissant la terre et les pierres que de jour le soleil rendait brûlantes. Le vent sifflait, et les tissus sous sa force étaient comme des drapeaux. Cette nuit était une belle nuit, aérée et fraîche, une nuit parfaite pour lui… Et une nuit parfaite pour un coup. Les toits étaient son domaine et pour lui rien n'était plus reposant, mis à part le sommeil bien sur, que la puissance du vent et la grandeur des hauteurs… Sans doute était il un oiseau dans une vie antérieure.

« A quoi pense tu ? » Fit la voix de femme dans sa tête.
-Rien de bien intéressant. Des histoires d'oiseaux, répondit il en tenant son médaillon.
Il fit plusieurs pas lents et s'approcha du bord du toit. La cible était juste en face, dans une tour de pierre qu'il pourrait aisément atteindre d'un saut à l'aide de sa corde. Un instant, il vérifia encore une fois que l'intégralité de son équipement était prêt, de sa manière habituelle. La tenue noire ? Il l'avait sur lui, et encore heureux car faire la mission en sous vêtements aurait sérieusement manqué de professionnalisme. Ses armes ? Dagues et couteaux de lancers à sa ceinture étaient prêts à lui venir en aide en cas de danger. Crochets? Tous répondaient présents dans sa sacoche de cuir.
A présent, un petit récapitulatif de la mission s'imposait. Son boulot était relativement simple, une routine pour un voleur tel que lui… Il devait entrer dans la tour qui était le siège de la fondation Jaffar qui appartenait à l'homme du même nom, Jaffar Haal'Gazar. Ils organisaient du trafic de drogue, trafic qui était plutôt florissant mais ces substances n'étaient pas ce qui l'intéressaient ici. Car dans le bureau du patron de l'entreprise se trouvait des documents qui intéressaient sa patronne, ces papier pourraient en effet nuire à ses acheteurs à l'étranger où son commerce était illégal et ainsi couler son exportation de produits, qui constituait une bonne partie de ses bénéfices. Ceci permettrait à sa patronne d'enfin le dépasser en chiffres.
Il tint son médaillon. Forgé dans un métal verdâtre, cet objet était un collier enchanté d'une très grande valeur, il permettait à une autre personne possédant le double de l'objet de lui parler, et il pouvait ainsi entendre la voix de sa patronne dans sa tête dès qu'elle parlait à son médaillon et inversement. C'était pratique dans les faits, mais il se passerait bien souvent d'être en contact avec elle…

-Ton frère est aussi là dedans ? Demanda t-il à son employeuse.
« Oui. Il dort dans son entreprise dès qu'il séjourne à Dimoor. »
-Je fais quoi si je tombe sur lui? Même si tu ne l'aime pas, si je le blesse ou le tue et que ses alliés remontent jusqu'à toi, tu risque gros.
« Aucun risque qu'il te gène beaucoup. Tu te souviens ? Il a une jambe en moins. »
-Effectivement…
Sa patronne, c'était Shari Haal'Gazar, mais il l'appelait le plus souvent ''Mamz'elle'' car son nom était trop agaçant pour lui et il n'avait pas envie de devenir intime avec elle en utilisant son prénom. C'était la quatrième fille de Kramble Haal'Gazar, le prince marchand qui régnait sur Dimoor, et l'un des hommes les plus influents du pays. Cela faisait déjà deux ans qu'il bossait pour elle… Pour le meilleur et pour le pire. Il était devenu son voleur, assassin, espion et garde du corps personnel. Et sans se vanter, il était l'un des meilleurs.
« Tu es prêt ? »
-Toujours mamz'elle. Et toi, tout va bien de ton côté ?
« Plutôt bien. Je suis chez moi tu sais ? »
-Tu me gardera des petits fours, tu sais que je les adore.
L'homme prit sa cagoule noire et l'enfila, rangeant ses longs cheveux noirs dedans pour qu'ils ne le gênent point. Il ne manquait plus que la pièce finale de son déguisement : le masque. Son fidèle masque. Un masque de bois blanc taillé qui ressemblait à s'y méprendre à une face de tête de mort. Il aimait les crânes, il adorait les crânes, il trouvait les crânes forts sympathiques et fort jolis… Sans aucune raison, mais il trouvait cela esthétique et approprié pour son métier.
« Tes petits fours t'attendront, répondit Shari, Avec ta paye »
-Tout pour rendre un homme heureux.
« Mouais… Au fait, évite de faire trop de bruit si tu dois en tuer, si mon plan échoue j'en paye les pots cassés, soit également assuré que ta paye en sera réduite. »
-Et pas de petits fours ?
« Pas de petits fours. »
-Alors le boulot sera parfait Mamz'elle.
Il plaça le masque sur son visage et fit craquer ses articulations. Cet homme était aussi nommé le Hibou silencieux, ou Slanger Victis de son vrai nom. C'était l'un des meilleurs éléments de la puissante organisation criminelle connue sous le nom d'ordre du Croc Noir… Venant de l'ouest du continent, ses talents lui avaient fait gagner une très bonne -ou mauvaise, selon les points de vues- réputation dans l'organisation. Il était aussi connu comme l'assassin à l' œil rouge en raison de la couleur particulière de son iris gauche.
Ouaip, il était la crème de la crème fouettée de Scarrath en matière de crime discret et de meurtre, jamais il ne décevait sa patronne.

-Prépare les petits fours, ce boulot va être du gâteau.
« Ne soit pas trop confiant, il a des hommes redoutables et est très prudent. »
-Je sais, mais c'était juste pour la plaisanterie…
« Elle n'était pas drôle. Et arrête cette fixette sur les petits fours ! »
-Rabat joie… Dans cette vie, l'humour est comme une bulle d'air frais pour un homme en apnée dans une mer de merde…
Et voilà qu'il se mettait à dire des métaphores étranges… Il était peut-être finalement vrai qu'il manquait de professionnalisme.
-Et puis, ça me permet de patienter en attendant le bon moment pour m'élancer.
« La concentration dans tout ça ? »
-Je connais mieux mon métier que toi, grosse maligne. Les vrais savent faire plusieurs choses en même temps. Si tu double ma paye et mes heures de pauses, je t'apprendrais éventuellement à…
« Bref ! Dis moi quand tu commence. »
Il observait en effet les fenêtres du bâtiment, dans la nuit et sans jumelles, ceci grâce à son œil qui en vérité servait à autre chose qu'à le rendre classe. Cet œil gauche, car l'autre était normal et noir, lui offrait une vision améliorée, il pouvait entre autre voir dans le noir et si il se concentrait, plus loin que quelqu'un de normal. Il pouvait aussi voir à travers la fumée et la brume, et était insensible aux illusions visuelles. Oui, c'était assez pratique, même si celui qui lui avait donné ce pouvoir n'était pas un homme vraiment fréquentable.

Le bon moment arrivait et il en prévint sa patronne, plus de gardes ne semblaient être près de la fenêtre ouest… Il sortit donc sa fidèle corde et en fit un lasso. En gérant correctement son coup, et il en avait l'habitude, il pourrait atteindre une des statuettes servant d'extrémités décoratives… Une des ces choses très moches, comme les machins que  les haynailiens aimaient bien mettre sur leur cathédrales. Des gargouillis, ou un truc comme ça. En tout cas il avait réussit à attraper le truc, il n'y avait plus qu'à se balancer jusqu'au bâtiment. D'un saut, il fondit sur son objectif dans la nuit, amortit le choc à l'aide de ses jambes et descendit silencieusement vers la fenêtre qu'il avait ciblé. Dès qu'il l'atteint, il vit qu'elle débouchait sur un couloir et jeta un regard furtif à gauche ainsi qu'à droite : personne. Sa vue, qui n'avait pas repéré la lumière d'une torche proche, ainsi que son instinct, avaient vus justes. Son instinct voyait de toute manière rarement faux. Ce n'était pas de la prémonition, mais il pouvait remercier son enseignant pour cet autre don.
A présent il n'avait plus qu'à se glisser, tel un serpent, dans l'ombre. Sur ce point il était irréprochable ; rapide comme l'éclair, silencieux comme le vide, agile comme un singe. Tout en progressant dans le bâtiment, il mettait tout ses sens en alerte pour repérer les gardes qui faisaient leurs rondes. Ils seraient facilement détectables à cause de la lumière de leur torches et pour lui, l'obscurité n'était nullement un problème bien au contraire c'était son domaine. Il était un homme de la nuit et il dormait le jour, tel un animal nocturne, de ceux qui aiment le froid, le silence, les secrets, et la grâce d'un ciel noir. Si il aimait son métier ? Il ne saurait le dire… Il y avait des hauts et des bas. C'était un boulot parfois moche mais c'était le sien, et il ne savait faire que ça... C'était toute sa vie, depuis presque vingt ans.
Tout se déroulait comme prévu. Il avait passé sans problèmes un garde et était monté à l'étage, à son avis, il n'y avait que peu d'hommes dans le bâtiment. Néanmoins… Dès qu'il atteint finalement le dernier étage il repéra, près de la porte du bureau qui était son objectif, deux gardes postés. La salle renfermait plusieurs documents importants, il était logique qu'elle soit gardée. Une chose était sure, ils n'allaient pas bouger et lui, il ne pouvait pas attendre jusqu'à la matinée, il était dans une impasse… Il fallait les tuer. Le voleur n'aimait pas ça mais il n'avait pas le choix… Le tout était de le faire sans risquer d'avertir les gars d'en dessous. Sa lame était prête, la salle était rectangulaire et il y avait quatre piliers qui lui offrait une opportunité de se cacher facilement. Qui plus est, ils ne semblaient pas très réactifs, plutôt fatigués voire à moitié endormis, il pourrait tuer et ensuite l'autre assez facilement si il était assez rapide… Et il le serait.
Il se faufila derrière l'un d'entre eux, ils n'entendirent que le vent qui soufflait dehors, inconscients de leur futur. L'assassin trancha la gorge du premier, le deuxième sursauta, mais il n'eut pas le temps de réagir et lever son arme que la même dague déjà tâchée de sang se planta dans son cou… Cela s'était déroulé très vite, en quelques secondes. Les mains de Slanger tremblèrent l'espace d'un instant et il ravala sa salive. Bon sang, il détestait faire ça.
Il détourna son regard des cadavres et s'attarda plutôt sur la serrure qui ne lui résista pas bien longtemps. Il poussa lentement la porte par prudence pour y découvrir la salle… Cet enfoiré avait un bureau bien spacieux, deux à trois plus que celui de Shari en tout cas, de nombreuses étagères, et deux tables rondes bien disposées de manière symétrique dans la salle, qui était bien rangée, sans doute des serviteurs y passaient le ménage régulièrement… D'ailleurs, près d'une des tables se trouvait un seau d'eau sale accompagné d'une serviette, certainement un oubli… Il y en avait certains qui allaient passer un sale quart d'heure vu la sévérité de leur patron. Ceci mis à part, il n'avait pas prévu qu'il y aurait tant de meubles et tant de tiroirs… Elle aurait put le prévenir si elle le savait. Slanger soupira intérieurement, ses recherches allaient être longues. Il pouvait cacher les cadavres, mais même si il le faisait, l'absence des gardes serait immédiatement remarquée et on vérifierait que personne n'est entré, il valait mieux donc commencer sans perdre un instant.
Il commença à ouvrir les tiroirs de chaque bureau et chaque étagère, il finirait bien par trouver ce fichu papier, il était patient. Mais la salle n'avait pas de fenêtres assez grandes pour laisser passer un homme, si on entrait par la seule porte il aurait bien du mal à s'enfuir. Même si c'était un professionnel dans l'art de décamper, il préférait éviter de rencontrer l'ennemi en premier lieu si possible. Mais cela semblait être un espoir futile, car après quelques dizaines de minutes de recherches infructueuses, il entendit des bruits. Des pas et… Un bruit de roue sur le sol ?
Immédiatement, Slanger se cacha ; le bon nombres de meubles rendait les possibilités multiples. Il grimpa sur une des étagères et se mit à plein ventre au dessus de cette dernière, entre son sommet et le plafond. Cette cachette n'était pas la plus évidente, et lui permettrait surtout de surprendre ses adversaires d'un saut. Selon leur position et leur nombre, soit il fuirait… Soit il les affronterait.
Et deux hommes entrèrent. Le premier, c'était Jaffar, sans aucun doute. Un homme au teint mât, aux cheveux longs et en chaise roulante, à qui il manquait la jambe droite. L'homme à ses côtés semblait lui un peu particulier. De part son style vestimentaire constitué d'un kimono blanc et d'une grande veste de même couleur typée bérilienne, il en déduit facilement ses origines. Il était également équipé de pièces d'armures de son pays, des gantelets et un plastron argentés. Il était plutôt imposant, avait le crâne entièrement chauve, et sa bouche ainsi que son nez étaient couverts d'un foulard blanc. A sa ceinture se trouvaient deux épées bériliennes. Slanger connaissait le tempérament impétueux des bériliens, et celui ci en particulier n'avait pas l'air d'être bien aimable.
C'était mauvais signe, mais même si il se doutait un peu qu'il allait en arriver là, quelque chose le dérangeait… Ces deux là paraissaient bien trop calmes et posés, même Jaffar, qui avait vu ses gardes morts et la porte de son bureau forcée, ne semblait pas spécialement paniqué…
Le grand homme en blanc se mit à allumer les torches de la salle… Slanger ne pouvait pas vraiment se permettre de tuer l'handicapé car il risquait de causer des soucis à sa patronne, et les armes du bériliens n'étaient pas des plus accueillantes.

-Je sais que tu te cache, hibou de malheur, sourit Jaffar. Et si tu cherche mes contrats, ils ne sont plus ici.
Sérieusement… Il fallait en plus que ce soit un piège.
-Inutile de te terrer plus longtemps ! J'ai à te parler.
Ben voyons, avec ce garde du corps ? C'est vrai que c'était la meilleure situation pour le mettre en confiance. Enfin, bon… Il était coincé, et après tout pourquoi pas ? Il voulait bien entendre ce qu'il avait à dire. Ainsi, il descendit de sa planque, se révélant aux deux hommes à la lumière des torches.
-Voilà, je suis là mon vieux.
-Heureux de voir que tu te montre coopératif.
-Oh, et avant que tu ne commence ; comment savait tu que je serais là ce soir ?
-Ma sœur a laissé fuiter des informations et j'ai aisément deviné ses intentions. Il lui manque dix ans d'expérience pour m'arriver à la cheville.
-Laquelle ? Car pour la droite, il faudra déjà la retrouver…
-Très drôle…
Dit il en retenant son irritation. Son garde, bras croisés dans un coin, restait silencieux.
-Je sais, merci.
-Bref ! Comme je l'ai dit, ma petite sœur chérie a du chemin à faire… J'ai bien plus de chances d'obtenir l'héritage qu'elle. En vérité si elle a put dépasser Jeff et Erika, c'est seulement grâce à ton talent. Et vois tu, j'ai de l'amitié pour Shari, même si nous sommes de mères différentes, je veux juste la mettre hors course… Pour cela, je dois me débarrasser de toi, mais heureusement j'ai pensé à une autre alternative bien plus intéressante, je…
-'Je te propose de travailler pour moi', c'est ça ?
Devina le voleur masqué.
-Exactement. Avec un homme de ton envergure, je dépasserais facilement Rachid !… Et je serais à la première place pour l'héritage de notre père !

Si chaque Haal'Gazar était si obsédé par dépasser l'autre en quantité d'argent, c'était parce que pour la distribution de leur héritage, leur père avait organisé une compétition particulière. Ce dernier avait fait des enfants avec sept femmes différentes, pour donner un total de douze rejetons, et il avait décidé que le plus méritant d'entre eux empocherait 90 % de son immense fortune, tandis que les autres ne pourraient ramasser que les miettes qui constituaient le reste. Pour déterminer le meilleur, celui qui serait le plus rusé, il avait donné à chacun d'eux une somme d'argent égale… Et à l'anniversaire de ses soixante ans, qui approchait, il élirait chef de la famille celui qui avait accumulé la plus grande somme, et avait donc réussit à faire le plus grossir son paquet. Bien sur, leurs éventuelles dettes devraient toutes êtres payées avant ce jour là, c'était la règle. Ainsi l'héritage reviendrait à celui qui le mérite et pourra perpétuer l'entreprise familiale mieux que les autres. Tout les coups étaient permis dans cette compétition, et sur les douze, trois étaient déjà morts  dans des circonstances diverses et variées. Bien qu'officiellement, la compétition et leurs morts n'auraient aucun lien.

-Alors, qu'en pense tu ? Naturellement je t'offrirais une paye supérieure à celle que te donne Shari, j'en ai les moyens.
-Sans vouloir te vexer… C'est non. Tu as l'argent, la puissance, peut-être l'intelligence, mais…
-Mais ?
-Mais… Mais non. J'essaye trouver des excuses mais je vais faire simple : je ne t'aime pas.
-Et qu'est ce qui fait que ma sœur soit mieux que moi ?
Grogna Jaffar, qui commençait à perdre son sang froid.
-Alors la, c'est une très bonne question mon vieux. Elle est insupportable, trop cupide, trop agaçante, jamais satisfaite, elle ne respecte pas mes heures de repos, qui sont je le rappelle, sacrées. Comme si ce n'était pas suffisant elle me harcèle, parfois même sexuellement ce qui est une honteuse tentative d'abus de pouvoir sur un joli garçon comme moi, et surtout, surtout, elle ne comprends jamais mes plaisanteries, et en plus… Enfin bref. Pour en venir aux faits, non, ce n'est pas la meilleure des employeuses.
-Alors pourquoi, si elle te mène la vie dure ?…
-Parce que c'est la moins pire des Haal'Gazar. Je crois que si je devais lister ce qui m'agace, ce qui m'exècre chez vous, le soleil sera levé quand j'aurais fini.
-Je vois… Dire que je te pensais intelligent
, dit il à bout de nerf. Dommage ! Tu viens de rater ton aller simple pour une vie de roi.
-Dommage en effet.
-Je te laisse donc faire la connaissance de mon nouveau mercenaire…

Sur ces mots, il sortit en faisant tourner ses roues et la porte se referma derrière lui… Chouette, maintenant il était enfermé avec ce molosse, et les documents étaient hors de portée… Il prit son médaillon, jugeant qu'il étai temps de donner quelques mauvaises nouvelles de son état à sa patronne.
-Mamz'elle, je crois que la mission est un échec.
« Quoi ? Mais qu'est ce qui s'est passé ! »
-Il a anticipé ton coup on dirait, pas de pot. Je te laisse, je dois parler au grand monsieur qui m'empêche de passer.
« Merde ! Je viens te chercher, tu as intérêt à rester en vie. »
-Ben voyons, pour qui te me prends ?

Et il lâcha le médaillon. Bien sur qu'il allait rentrer en vie. Pour être tout à fait franc, l'état de cadavre  ne lui paraissait guère confortable. Il avait beau aimer les têtes de mort, il n'avait aucune envie d'en devenir une.
Le bérilien le regarda fixement et au bout d'un moment, décroisa les bras et s'avança, ne montrant encore aucune intention hostile. La lumière des torches éclairait ses vêtements blancs, ses yeux sombres, ainsi que son crâne luisant.

-Je savais que tu refuserais, dit il l'air réjouit. Les hommes comme toi ne s'abaissent pas seulement pour de l'argent.
-C'est un mercenaire qui me dit ça ? Amusant, mais je prends bien le compliment.
-J'ai accepté ce contrat uniquement car il m'offrait l'occasion de te tuer, Hibou.

Les deux hommes se regardaient droit dans les yeux et se jaugeaient ainsi. Slanger faisait toujours confiance à son instinct, et ce dernier ne lui disait rien de bon. Certains animaux sauvages savent reconnaître le fort d'un simple regard, et le voleur sentait que cet homme n'était pas un plaisantin.
-Eh bien, je suis si connu que ça ? Je ne suis qu'un voleur exploité qui a du mal à joindre les deux bouts tu sais.
-À d'autres. Je connais ton vécu… Et ton fameux œil gauche ne trompe pas. En plus d'être un des meilleurs du Croc Noir, le Hibou Silencieux… Tu es aussi un homme d'exception, car le disciple du Loup d'Argent en personne ! Ainsi que l'héritier de son globe oculaire gauche…

Le Loup d'Argent… Il fallait qu'il revienne encore et encore dans sa vie.
Cet homme, aussi nommé Trath, était connu pour être le plus grand chasseur de prime de l'Ouest, un des hommes dont le seul nom évoquait la peur. Un tueur terrible, que tout le monde même les plus grands craignaient. Il avait finit par devenir une légende vivante parmi ceux de son métier, ainsi il n'était guère surprenant que même un bérilien le connaisse et le tienne en haute estime.
Mais pour Slanger, Trath était plus qu'un monstre invincible ou qu'un tueur parfait. Trath était celui qui avait de lui ce qu'il était actuellement. Il l'avait entraîné, lui et sa sœur, alors qu'ils n'étaient que des gosses. Il leur avait apprit à tuer, à survivre, ce dans des missions les plus dangereuses les une des autres. Non, il ne lui en voulait pas pour ça car il lui devait son talent, ainsi que sa vie… Mais il ne pouvais pas l'aimer non plus. En vérité, l'évocation de son nom l'irritait… Il y avait des souvenirs liés à lui qu'il préférait oublier.

-Tu es au courant pour l'œil du vieux ?
-J'ai eu l'honneur de croiser le fer avec lui…

Il remonta sa manche gauche pour montrer des cicatrices, deux traits qui marquaient son bras. Slanger reconnu la blessure d'une des armes de Trath.
-Après un beau match et ma défaite, nous sommes devenus bons amis… Et j'ai alors entendu parler de toi ! Slanger Victis, le prodige des armes et des lames.
-On dirait que tu me connais déjà bien grand crâne. Je ne comptais pas faire les présentations, mais au point ou j'en suis… Quel est ton nom, le béril ?
-Heureux que tu me le demande. Un combat ou l'on a pas pas partagé ses noms et titres est bien moins glorieux ! Mon nom est Hyuuhyuu de la lune, l'un des plus grands guerriers du front bérilien contre les Nuren, de ceux qu'on nomme aussi les bêtes du nord. Peut-être as tu déjà entendu parler de mon style à deux sabres ?
-Non, désolé. C'est la première fois que j'entend ton nom ou quoique ce soit à ton propos. Le nord de bérilion, c'est un peu loin.
-Je vois. Néanmoins, peut-être que le nom de Drogo Dalfan te parlera plus.

Drogo Dalfan, si ses souvenirs étaient bons, était le chef du clan du même nom, qui menait la charge contre Nurenuil, et celui qui était dit l'homme le plus fort de tout bérilion. Sa réputation portait en effet loin, d'autant plus qu'il était un dirigeant important… Le guerrier blanc baissa alors son foulard pour révéler une cicatrice sévère lui barrant le bas du visage en diagonale, partant du menton pour lacérer ses lèvres.
-J'ai défié mon maître et j'ai perdu, emportant cette marque comme souvenir de mon combat…. Mais j'en retire de la fierté, il ne s'en est pas sortit sans blessures non plus Il n'y a pas plus grand honneur que de se mesurer à de grands guerriers, et ces cicatrices sont des souvenirs que je chéris ! J'ai certes perdu cette fois là, mais je deviens plus fort à chaque combat… Mon style est proche de la perfection.
-Jolie présentation, je n'aurais pas put en faire autant. Il y a intérêt à ce que ce ne soit pas juste de la vantardise,
dit Slanger, moqueur. L'homme rit aux éclats en réponse.
-En effet ! J'ai massacré beaucoup de prétendus guerriers renommés qui ne méritaient pas leurs titres… Des vaniteux et des larves. Mais je sais que je ne serais pas déçu, toi et moi nous sommes des animaux de la même race.
-Tu risque pourtant de te méprendre sur moi… Je n'aime pas les combats.
-Beaux mensonges ! L'aura de Trath émane de toi ! Toi, moi, tout comme lui, sommes des bêtes. Dès que l'odeur du sang flotte dans l'air, nos lames ne demandent alors qu'à être dégainées !
-… Tu ne me connais pas, dit Slanger,
tout à coup plus froid.
-On peut connaître certaines choses d'un regard, tu le sais. Chaque homme a une aura, quelque chose de visible mais qu'on ne voit pas… Nous sommes des hommes nés pour tuer ! Le sang est notre boisson, le défi notre festin ! Slanger… Est ce que tu n'entends pas tes lames ?… Elles demandent du sang !
Bon dieux… Cet homme n'était pas juste un bérilien, c'était un fou à lier, de ceux qui aiment tuer. Les mains de Slanger tremblèrent, il était pressé d'en finir.
-Je suis fatigué de t'entendre, crâne luisant.
-Vraiment ? Cela est dommage, nous aurions put nous entendre… Cependant tu as raison, l'acier ne demande qu'à parler pour nous ! Ici pas de maîtres, pas d'argent, pas de complots… Juste deux hommes et leurs armes.

Il rit encore aux éclats avant de remonter son foulard sur sa bouche. Les deux futurs adversaires se mirent à faire le tour de la salle en s'observant, restant malgré tout face à face, cherchant des ouvertures, l'instant pour bondir sur leur proie.
-Tes armes te contenteront ? Je ne voudrais pas que le combat ne soit point égal, demanda le bérilien qui ne détachait pas son regard semblant aussi aiguisé que ses épée.
-Je suis habitué à faire avec ce que j'ai.
Le cercle se resserrait, les regards se faisaient plus perçants, plus meurtriers, et les lames étaient déjà prêtes à être saisies. Le silence était déchirant, lourd, un calme avant la tempête.
-Est ce que tu la sent ?[/b] Continua Hyuuhyuu. [b]Cette tension, cette pression ! Cette envie de défi qui monte au cerveau… Le frisson… Le ressent tu ?
-Désolé, je ne suis pas de ce bord là.
-Tu as un bon humour !
Rit le guerrier blanc. Je l'apprécie.
-Content qu'on le reconnaisse. Aime tu les crânes ?
-Oh, je les adore.
-Nous avons plus en commun que je ne le pensais.

Ils s'arrêtèrent, étant à quelques mètres de distance, face à face.
-Je m'en souviendrais dès que je regarderais ta tête décapitée, gloussa le bérilien avec amusement.
-J'ai hâte.
Hyuuhyuu dégaina ses deux katanas, brillants à lumière des torches, et Slanger sortit sa longue dague d'acier, prêt à faire usage de ses couteaux de lancer. Le bérilien, rapide comme la foudre blanche, commença le combat en chargeant vers Slanger et en tentant de l'attaquer latéralement avec sa lame droite, ce dernier décida d'être tout d'abord prudent et esquiva en effectuant un agile bond arrière qui le fit atterrir sur la table derrière lui. De haut, il avait un certain avantage sur Hyuuhyuu et pourrait plus facilement éviter ses coups… Le voleur l'attaqua avec sa dague mais son coup fut aisément paré et, de son autre lame, son adversaire ne tarda pas à contre attaquer, le forçant à reculer encore sur la table pour éviter de se faire faucher les jambes. Il était redoutable, mais Slanger conservait un avantage en hauteur, ce que Hyuuhyuu comprit vite. D'un seul coup, une de ses lames plus tranchantes que des rasoirs coupa un des quatre pieds de la table comme si ce n'était que du beurre. Immédiatement, avant que la table ne penche à son désavantage, il sauta pour arriver derrière le meuble et, attrapant le bois de sa main libre, souleva un côté de cette table pour la balancer sur son adversaire. Ce dernier la trancha en deux  à l'aide de ses lames absurdement aiguisées, mais Slanger avait profité de cet instant pour passer derrière lui et tenter de lui porter un coup fatal, mais Hyuuhyuu fut assez vif pour se retourner à temps, parer sa lame et contre attaquer de son deuxième katana. Slanger put bloquer ce coup, mais réalisa qu'il n'avait pas le dessus… Ils échangèrent quelques coups, mais l'assassin ne fit que reculer face à la force et la précision de sa technique. Il était doué à la dague, mais il était évident qu'il ne pouvait pas rivaliser. Son adversaire savait se défendre, c'était loin d'être un vantard. Les failles dans sa garde étaient très dures à exploiter, il avait d'excellents réflexes, et à chaque coup paré il risquait d'en recevoir immédiatement un autre de la part de sa seconde lame… Il était fort, très fort. La dernière fois qu'il avait affronté un homme aussi fort, il n'avait pas gagné.
-Eh bien ? Je ne sent pas que tu donne tout ce que tu as, dit Hyuuhyuu, enchaînant deux autres coup. Je sais que tu peux faire mieux !
Facile à dire… Sa technique à la dague ne pouvait pas espérer vaincre les deux katanas de Hyuuhyuu, c'était certain. Il allait devoir prendre de la distance. Après avoir attendu le bon moment où sa seconde lame ne pourrait pas le trancher, il repoussa une de ses épées et donna un coup de pied dans le bas ventre du guerrier. Cela servait uniquement à le repousser, l'homme étant protégé d'une pièce d'armure à cet endroit. Slanger profita donc de cet instant pour gagner plus de distance et lui jeter deux de ses couteaux de lancer, néanmoins ses lames fendirent l'air pour bloquer ces derniers qui rebondirent et tombèrent vulgairement sur le sol. Mais ne renonçant pas, il continua de faire usage de ses couteaux de lancer… Le quatrième réussit à se planter dans son bras droit mais ne l'affecta pas vraiment, n'étant pas plantée assez profondément pour l'handicaper, il ignora la douleur pour renvoyer les autres, gardant sa concentration. En vérité, Slanger ne réussissait qu'à ralentir Hyuuhyuu, car les couteaux passaient difficilement sa garde double. Au final, le guerrier réussit à réduire à nouveau la distance entre lui et l'assassin.
-Tu ne peux pas fuir éternellement ! Fit Hyuuhyuu en assénant un coup brutal que Slanger esquiva seulement de justesse. Il se montrait de plus en plus agressif et le voleur ne put qu'esquiver et parer, si il n'était pas si rapide et agile il serait sans doute mort depuis longtemps sous un des katanas… Et même avec ça, il était dominé au corps à corps.
-De quoi as tu peur, Slanger ?
Le voleur se mordit la lèvre inférieure sous son masque. Ce type était un monstre, il ne pourrait pas le vaincre dans son état actuel. Hyuuhyuu était inépuisable, il était très compliqué de trouver une seule seconde de répit sans se retrouver en danger de mort immédiate.
-Est ce que tu as peur de moi ?
Les coups ne s'arrêtaient pas. Hyuuhyuu était comme une tornade. Slanger allait perdre.
-Ou est ce autre chose qui t'effraie ?
Bons dieux… Il se permettait de le provoquer en se battant en plus. Non pas que ça le touchait, il était juste frustré d'être trop troublé pour pouvoir faire de même car cela était habituellement sa spécialité. Il était dans la merde, il ferait mieux de fuir de cette salle, il ferait définitivement mieux de fuir d'ici mais… Ce n'était pas une option, il était obligé de faire face.

Tout à coup, alors qu'il était sur le point d'être acculé jusqu'au mur, Hyuuhyuu lui fit un coup inattendu. Il plaça ses lames en ciseaux et… Brisa sa dague entre les deux épées…
Il ne manquait plus que ça ! Certes son arme se faisait vieille et n'était pas du luxe mais… Ses lames étaient faites en quoi pour couper autant, en Mithril ?

-Mes katanas ont étés forgés par un des plus grands forgerons dans mon pays, rien de comparable avec ta camelote Scarrath. J'espère que tu appréciera la courbe  élégante de leur lames à l'intérieur de ton estomac, ricana Hyuuhyuu comme pour répondre à ses  pensées, avant de continuer à attaquer. Désarmé, il ne put que courir et bondir se réfugier derrière le bureau, cherchant du regard quelque chose pour se défendre. Il prit le premier objet en vue : la chaise. Il n'avait pas le temps de chercher une véritable arme… Mais il avait une idée, elle serait sa seule chance.
Hyuuhyuu finit par lui aussi sauter par le bureau et à continuer ses assauts, tranchant et réduisant petit petit à un simple pied de chaise le seul moyen de défense de Slanger. Mais tant qu'il restait ce pied de chaise, il avait encore une chance. Le voleur se concentra, mit tout ses sens en action… Ce coup serait décisif, ça passait ou ça cassait.
Le guerrier bérilien asséna un coup vers sa tête, Slanger se décala vers son côté droit, et en perdit uniquement son masque qui se brisa, ce qui était d'importance moindre car il avait enfin atteint son objectif. A présent du côté droit de Hyuuhyuu, qui avait sa lame encore baissée, il frappa à l'aide de son pied de chaise la dague dans le bras de son ennemi pour l'enfoncer avec violence, le faisant lâcher son arme en étouffant un cri de douleur. Tout s'était passé comme prévu, et Slanger saisit rapidement le katana pour tenter de trancher son adversaire, qui se remit malheureusement assez tôt de la douleur pour parer le coup de sa propre arme. Hyuuhyuu se recula et arracha la dague de son bras, riant encore une fois à gorge déployée.

-Excellent… C'était un beau coup… Je ne m'y attendais pas, j'avais totalement oublié dans le combat ce couteau.
-Je te l'ai dit, je suis habitué avec ce que j'ai,
dit Slanger en retirant sa cagoule, faisant rire de plus belle Hyuuhyuu.
-Je parie que tu ne t'es même pas rendu compte que tu souriais à pleines dents ! Fit il, réjouit. Je te l'ai dit : nous sommes pareil.
-De quoi ?…
Il souriait ? En plein combat ?…
Merde… Ca n'allait pas recommencer…

-Avoue le, tu prends plaisir au duel !
Slanger grinça des dents et serra les poings. Il n'aimait pas ça, mais avait il le choix ?… Il ne pourrait pas gagner, si il ne voulait pas gagner. Il ne pouvait pas gagner sans la rage de vaincre… Il voulait renier cette partie de l'enseignement de son professeur, mais si il le faisait, il était condamné à la mort. Le doute n'étais pas permis, Hyuuhyuu n'hésitait pas dès qu'il portait un coup, il le faisait avec toute sa volonté, mais pour Slanger seul sa dernière attaque était un coup franc.
-Crâne luisant… Tu es vraiment une plaie, dit l'assassin en regagnant son sourire. Je ne t'ai pas déjà dit que je n'aimais pas tuer ?
-Tu niera donc jusqu'au bout.
-Désolé, dans mon métier, on manque souvent d'honnêteté. Ceci mis à part, c'est une sympathique épée que tu as là…

En disant cela, Slanger passa le doigt sur le plat de la lame, ses épées étaient en effet de superbes armes. Tout à coup, il se mit à ricaner d'un rire qui n'était pas habituel chez lui, sans détourner son regard du katana.
-Je me demande, tu n'es pas curieux toi aussi ?… D'apprécier la courbe élégante de cette lame à l'intérieur de ton estomac ?…
Il passa le fil aiguisé du sabre sur son bras, le faisant saigner légèrement. Pour pouvoir se réveiller, il avait besoin du sang, il avait besoin de la douleur… C'était le seul moyen. Observant le liquide rouge sur l'épée, il la pointa ensuite vers son adversaire… Il était prêt.
-Et si je te faisait une démonstration de ce que le vieux m'a apprit ?
Hyuuhyuu éclata encore de rire, de plus en plus satisfait. Ouaip, ce gars était totalement taré… Mais ils étaient bel et bien pareil.
-Oui… C'est ça que je veux ! Tu as enfin révélé ton vrai visage ! Je vois maintenant la bête qui sommeille dans tes entrailles…
Le bérilien prit son katana à deux mains, se mettant à nouveau en position de combat.
-Et si nous continuons notre danse à présent ?…
-Avec plaisir.

Sans attendre, Slanger attaqua le premier et le duel continua. Les deux adversaires étaient plus égaux cette fois, car Slanger donnait tout ce qu'il avait, et Hyuuhyuu n'avait plus sa redoutable technique à deux épées. Malgré tout, le bérilien restait très fort… Si fort ! Un défi à la hauteur, un adversaire à dépasser ! Une proie idéale !… Oui, Slanger n'aimait pas tuer… Il adorait ça, et c'était pour cette raison qu'il préférait éviter de le faire, mais en ce moment tout besoin de se retenir avait été perdu. Il n'y avait que lui et son ennemi, et leur combat était un orage d'acier, plus furieux qu'il ne l'avait jamais été.
Pensant trouver une ouverture dans la garde de Slanger, Hyuuhyuu manqua de le toucher avec un coup assené en diagonale, mais ce dernier réussit à esquiver et à tenter de trancher dans sa gorge tant que sa lame était baissée, néanmoins il para l'épée à l'aide d'un de ses gantelets, et répliqua immédiatement  avec un coup de haut en bas qui força l'assassin à reculer. Ne laissant pas son opposant souffler, le guerrier bérilien reprit sa lame à deux mains pour effectuer un coup visant à décapiter l'adversaire, qui évita l'attaque en se baissant et tenta d'en profiter pour frapper Hyuuhyuu d'un estoc mortel, néanmoins ce dernier fut assez rapide pour se décaler sur le côté pendant l'attaque, et la pointe de la lame ne fit qu'effleurer le plastron. Alors que Slanger avait avancé dans sa charge, le guerrier blanc en avait profité pour passer dans son dos. C'était clairement au désavantage de Slanger qui était en danger de mort, il tenta donc d'éviter le coup qui visait sa colonne vertébrale, mais la lame lui toucha tout de même l'omoplate gauche, lacérant sa chair jusqu'à en toucher l'os. Il se retourna assez vite pour parer le second coup de Hyuuhyuu, mais sa situation n'était guère brillante. Si il arrivait à se défendre et savait manier correctement tout les types d'armes blanche se maniant à une main, Slanger n'égalisait pas la technique au katana de Hyuuhyuu et était moins endurant… Le combat risquait de tourner à nouveau à son avantage, il devait user d'une nouvelle ruse qui serait cette fois, fatale.
Il se contenta de parer les coups du combattant, reculant petit à petit contre la table encore en état et n'opposant que peu de résistance.  Une fois assez proche de cette table, il avait atteint son objectif. Slanger repoussa Hyuuhyuu d'un coup de pied dans le ventre, encore une fois, pour gagner du temps. Tout à coup, le voleur saisit le seau d'eau qu'on avait laissé près de cette table et en balança sur la torche la plus proche, puis, car il en restait encore, il en éteignit une autre. Il avait éteint la moitié des torches de la salle ainsi, et une partie des lieux était plongée dans l'obscurité. Hyuuhyuu allait avoir plus de mal à voir, même avec la lumière des torches de l'autre coté de la salle, mais pas Slanger.

-On as pas peur du noir j'espère ? Ca ferait tâche pour un bérilien.
Souriant sous son foulard, il répondit volontiers à la provocation et fondit sur l'assassin qui se trouvait dans le noir. Sa stratégie marchait moins bien qu'il ne le pensait, Hyuuhyuu s'adaptait trop vite à la faible lumière et Slanger ne regagna l'avantage sur leur échange de coup qu'un instant. Même dans le noir, ce dernier arrivait à prévoir les directions de sa lame… C'était assez extraordinaire.
-Les ténèbres ne m'effraient pas, Slanger ! En conjuguant mes sens, j'arrive à anticiper toutes tes attaques… Tes efforts sont inutiles !
Effectivement. Cet homme avait un grand nombre de talents, c'était vraiment un guerrier extraordinaire, pour arriver à voir les attaques rapides de Slanger sans lumières à proximité dans cette grande salle… Néanmoins, il y avait quelque chose qu'il n'avait pas vu.
Poussant un cri de rage combatif, Hyuuhyuu chargea pour reprendre le combat, Slanger para le premier de ses coups, puis le deuxième… Et au troisième, alors qu'il tentait un coup de taille, c'était le moment, l'erreur qui allait lui coûter la vie. Slanger para le coup et repoussa la lame de Hyuuhyuu, pour lui offrir une ouverture sur sa gorge… Car dans le noir, alors qu'il ne voyait encore rien, Slanger avait prit dans sa main un de ses couteaux, le dernier, et il le tenait dans sa paume gauche… Bien sur, ça, le guerrier ne l'avait remarqué jusqu'à présent, mais même si il tenta d'éviter c'était inutile et bien qu'elle n'atteint pas précisément l'endroit visé, la lame se planta à droite de son cou, causant une blessure mortelle.


Vaincu, il tomba à genoux. Il avait visiblement, se sachant condamné, admit sa défaite, mais refusait de tomber totalement, s'appuyant sur son épée plantée dans le carrelage alors le sang s'écoulait à flots de son corps.

-C'était un beau combat, Slanger Victis. Je suis satisfait.
-Sentiment partagé, répondit il en souriant.
-Je n'ai aucun regret, un homme rusé et fort m'a vaincu comme il le fallait, et j'ai vécu comme je l'entendais... Si je dois cependant, dire quelque chose avant de rejoindre mes dieux, mon glorieux adversaire… C'est que les hommes doivent être libres. J'ai toujours été libre, et jusqu'au bout j'ai combattu pour moi, avec mes règles… Si tu es comme moi, rien ne doit pouvoir t'emprisonner… Pas même ton propre maître.
Si les hommes doivent mourir… Qu'ils vivent comme ils l'entendent !

Et sur ce dernier cri, la vie de Hyuuhyuu de la Lune s'acheva. Même mort, il ne tomba pas, restant, appuyé sur son sabre… Il n'y avait pas à dire, ils étaient peu ceux qui mourraient avec autant de classe.
-Tu avais peut-être raison Hyuuhyuu, on aurait pu s'entendre, dit Slanger, mais sans aucune tristesse. Il n'y avait pas lieu d'être triste, il avait eu la vie et la mort qu'il voulait. Même sans voir derrière son foulard blanc tâché de sang, l'assassin savait qu'il souriait en ce moment. Même si sa mission avait échoué, il ne pouvait s'empêcher de sentir que la soirée avait été réussie…


Le lendemain, Slanger était de retour dans la maison de sa patronne, et…
-Triple idiot ! Guignol ! Crétin !
Il passait un sale quart d'heure…
-Ca va… Je suis en vie, non ? Et puis, j'ai gagné mon combat.
-Mais on s'en moque de ton combat !

La blessure de son dos couverte de bandages, il était allongé, sans masque, sur le canapé du salon de Shari. Il méritait bien ce luxe, après avoir risqué sa peau.
-Que tu rate le coup, passe encore, j'en suis responsable… Mais bon sang, dès que j'essaie de te parler, répond !
Elle avait tenté de lui parler ?… Zut. Dans l'action, il devait avoir effacé ça de son esprit. Parfois, cela lui arrivait en combat, car son esprit était intégralement concentré sur l'affrontement et oubliait tout le reste, mais il n'avait pas vécu ça depuis longtemps.
-C'est la première fois que tu me le fais, ce coup là !…
-Je suis blessé, tu pourrais au moins te sentir désolée…
-Mais je m'en fous que tu soit blessé !
Dit elle en frappant sur la table basse en face de Slanger.
-… Ah bah merci c'est gentil.
Et elle se remit à tourner en rond en se frottant le front. Shari était une fille dans la vingtaine, plutôt jeune donc, avec le teint mât et de longs cheveux noir qui étaient une obsession pour elle… Slanger ne comprenait l'obsession des femmes sur ça, même si le désordre de sa propre chevelure n'était pas un exemple à suivre. Par contre, il aimait bien ses bijoux, mais qui n'aimait pas les bijoux ? Si ça ne tenait qu'à lui, il en chiperait bien ou deux… Habitude de voleur.
-Je suis vraiment dans le pétrin… Ragea t-elle. Mais avant tout, explique moi pourquoi ne m'as pas répondu.
-Je ne t'ai pas entendu, tout simplement.

En guise de réponse, elle jeta le couteau à sa ceinture furieusement vers lui, et il se planta sur la table basse. C'était signe qu'elle était vraiment d'une humeur terrible…
-Ca suffit avec les excuses !
-Désolé Mamz'elle, il y a des choses plus importantes, et agréables en passant, que le son de ta voix.
-Comme s'entre tuer avec un mercenaire de haut niveau au lieu de battre en retraite, n'est ce pas ?
-Ben… Oui.
-Sérieusement… J'ai regardé l'histoire de Hyuuhyuu de la Lune… C'est un monstre ! Je ne savais même pas que tu pouvais vaincre les gars de ce genre seul…
-Eh oui, j'ai beaucoup de talents cachés.
-Ouais, on en reparlera justement…. D'ailleurs, pourquoi as tu gardé ça ?
Dit elle en fixant l'objet sur la table.
Il avait en effet gardé un des katanas de Hyuuhyuu, et avait laissé l'autre sur lequel se reposait le cadavre.
-Ben quoi ? Il en avait deux, il pouvait bien en céder une… C'est une très bonne lame, et j'ai bien aimé la prise en main lors de mon combat.
-Admettons alors…
Dit elle avant de s'asseoir dans un fauteuil en soupirant, pour en venir au vif du sujet. Ca ne peut plus durer. Tu travaille pour moi depuis deux et je réalise que je sait trop peu de choses sur toi.
-Allons, je fais un bon boulot et je suis sympa, c'est ce qui compte non ?
-J'ai toujours su que tu étais un type étrange… Toujours avec ton regard blasé quoiqu'il arrive, et qui ne parle jamais de son passé. Je passais outre jusqu'alors, mais parfois tu… N'agit pas comme d'habitude et c'est inquiétant.
-Mamz'elle, je souhaiterais que notre relation reste purement professionnelle…
-Mais bien sur ! Tu loge chez moi depuis deux ans !
-Sur ton toit, ça ne compte qu'à moitié.
-Peut-être, mais ça ne t'empêche pas de te prélasser sur mon canapé. De plus, si tu as besoin d'un lit…
Elle se pencha un moment en posant ses coudes sur la table, lançant un regard espiègle en se montrant tentatrice.
Tu peux venir dans le mien.
Silence de mort. Slanger ne quitta pas son regard blasé, c'était à peine si un muscle de son visage avait bougé.
-… Tu pourrais au moins faire semblant d'être séduit.
-Jamais de la vie, ça te ferais plaisir.
-Tu devrais alors apprendre à être un peu lèche botte, tu aurais  peut-être des promotions… Enfin, ne changeons pas de sujet veux tu ! J'ai beaucoup de questions à te poser. Tout d'abord, d'où viens ton fichu œil ?
-Trouvé par terre.
-Mais bien sur. Tu sais, les yeux rouges qui améliorent la vision ce n'est pas commun, assez peu pour que ça m'intéresse en tout cas.
-L'important c'est que ça marche… Et je te préviens, ce n'est pas à vendre.
-En tout cas, je sais qu'entre la fin de la guerre de 34-39 à Waien, ou tu as perdu tes parents, et ton entrée au Croc Noir en 1849, il y a un grand blanc. Qui plus est, tu avais selon les papiers de citoyenneté Waien de ta famille, une sœur aînée.
-Ca va pas de fouiller dans mon passé comme ça ? Tu n'as pas honte.
-En te connaissant nous devenons plus proche, en devenant plus proches nous travaillerons mieux. C'est pour installer plus de confiance entre nous, c'est tout.
-Mais c'est précisément pour ne pas que tu sache mes secrets que je veux qu'au contraire tu reste loin.

Il n'avait décidément aucune envie d'en parler, et c'était compréhensible. Son passé n'était pas des plus léger. Néanmoins Shari, déjà peu patiente à la base, perdait sérieusement de sa patience justement. Malgré les pics de colère qu'elle pouvait avoir et combien il pouvait l'agacer, elle appréciait travailler avec Slanger et n'aurait pas put avoir meilleur coéquipier. C'était précisément pour cela qu'elle ne pouvait supporter de ne presque rien connaître sur lui… Surtout que lui en revanche, était bien renseigné sur sa personne, c'était rageant et elle avait parfois du mal à lui faire confiance. C'est pourquoi elle obtiendrait ces informations coûte que coûte ! Et puis, c'était son métier… Trouver les secrets et les exploiter.
-Mais pourquoi tiens tu tant à garder le secret même à moi ?
-Parce que ça m'attirerais des problèmes comme hier, tout simplement. Cet homme voulait me tuer, il ne faisait pas ça uniquement pour l'argent.
-Je vois, je vois… Ainsi quelque chose dans ce passé pousserait des mercenaires à en avoir après ta peau en particulier. Ta tête a une haute prime à l'étranger ? Non, je l'aurais su tout de suite… Un certain groupe de mercenaire t'en veut ? C'était un bérilien, ce n'est pas impossible que ce soit un ancien des Dragons de l'Est, ou bien alors un membre des Chevaliers de l'Eclipse… Ou alors tu es un Heka qui a trahis ton pays ? Non bien sur, tu n'as rien d'un bérilien à part tes cheveux sombres…            
 Tu as travaillé pour Nurenuil ?
-Rien de tout ça, par pitié arrête de penser à voix haute
nia Slanger, exaspéré par son insistance.
-Mais je trouverais, crois moi !
-C'est bien ce qui me fais peur,
dit le voleur en se redressant sur le canapé.
Dès qu'elle voulait quelque chose, elle se battait jusqu'au bout pour l'obtenir.
-Eh bien, tu pourrais pourtant faire accélérer les choses mon chou, rit elle en s'asseyant à côté de son associé, se collant à lui de manière suggestive.
-Pour la dernière fois… Tu ne m'auras pas par l'entrejambe.
-C'est bien dommage… Mais je trouverais !
-Cherche donc…
Dit il, lassé, avant de bailler. Moi je vais pioncer je suis épuisé, appelle moi quand tu en as besoin…. Et pas pour des conneries hein ?
Elle se leva et il en profita pour s'étendre à nouveau sur les coussins. Il ne voulait rien lui dire, mais il n'insistait pas pour qu'elle arrête de chercher... Pour lui, les secrets se méritaient, surtout les siens… Tant pis, elle trouverait, et savait où chercher. Sa place dans l'ordre du Croc Noir en tant qu'informatrice lui offrait de nombreux contacts, et il était temps de les mettre à profit pour démasquer son assassin. Elle avait déjà une brève recherche sur lui avant de l'engager, mais elles n'avaient été que peu concluantes et ne disaient rien sur ce qu'il faisait avant l'Ordre du Croc Noir. Cela voulait forcément dire que que ces 9 années étaient les plus importantes… Théoriquement, vu son age, et son talent à vingt ans, ces années étaient celles ou il avait apprit son métier, et obtenu son étrange œil car il n'y en avait nulle mention avant. Elle y réfléchirait en interrogeant ses sources.
La jeune Haal'Gazar récupéra son couteau planté dans la table pour le ranger à sa ceinture et observa Slanger qui semblait déjà endormit. Adorable, on le mangerait presque... Engin, elle se doutait que si quelqu'un le touchait ou faisait un geste brusque, il aurait déjà un couteau sous la gorge et elle ne ferait pas exception… Mais tout de même, quel dommage d'être si négligé, quand on est pas laid ! Néanmoins il travaillait bien, elle n'allait pas lui demander d'être beau non plus. Ce n'était pas vraiment une qualité utile dans un travail on préférait ne pas être vu.
Le laissant se reposer ainsi, elle prit sa bourse et sortit de sa maison. Elle avait quelqu'un à voir en particulier, quelqu'un qui aurait des choses intéressantes à lui dire.
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One Shot du Daloka des forêts Empty Re: One Shot du Daloka des forêts

Message par Aʀτѕᴇɴοʀ le Sam 25 Avr - 2:10

Cet endroit m'est familier... Je suis déjà venu ici...
C'était il y a... Je ne sais plus... Le temps me paraît éternel...
Et pourtant, je reconnais chaque fic' qui orne ces lieux! Chaque mot, chaque phrase, chaque figure de style, chaque erreur de grammaire, chaque...
Oh? Tiens? Un hypallage!
Mais j'ai jamais vu quiconque utiliser un hypallage sur ce forum!
Oh? Tiens? Une nouvelle fic'!
Pas tellement, elle est quand même sortie il y a deux mois...
J'ai du travail, moi, môssieur!
Bref, time's up, let's review this.

Aloooooors! Décrocher la Lune est une fic' postée par Daloka le 21 Février 2015, soit six mois après Cauchemar d'Antan...
Mais c'est fini, avec ça, oui!?
C'est une fic' qui met en évidence le personnage de... Oh, et puis zut! Vous l'avez lue avant de lire ma critique.

Doooonc! Nous entrons dans la fic' dans une atmosphère venteuse (Y'a trois fois le mot "vent" dans les cinq premières lignes. J'invente rien.) qui s'ouvre sur un dialogue (Par télépathie, communication par pendentif, téléphone, ou je ne sais quoi) entre le personnage principal et sa patronne. Et... Je réserve leurs relations pour la fin de la critique.  Le voleur a une mission qui nous est récapitulée par le moyen [facilité/fainéant/petitjoueur] du "Un petit récapitulatif de la mission s'imposait", suivi de quatre fois le mot "qui" en trois lignes. J'vous cacherai pas que mes premières impressions sont pas parties très optimistes. Ensuite, prolongement du procédé de [facilité/fainéantise/noobstyle] avec "Tu te souviens?".
L'annonce du nom du personnage est... ratée. Elle débarque comme une cerise au milieu des petits fours de la patronne, sans raison, ni présentation la précédant (Celle qui suit ne précède pas, pour les p'tits génies du fond.).

Ensuite, je saute une ligne, parce qu'on arrive à un point plus positif. Rapide présentation du caractère du personnage qui semble du genre décontracté, et friand d'ironie. Cool, quoi.

Ensuite, je saute une ligne, parce qu'on arrive à un point plus négatif. L'une de ces infiltrations dont Daloka aime nous fournir les détails les plus infimes dans des expressions...?
Didactiques!
Oui!
J'admets même avoir explosé de rire en lisant à un moment "Tout cela s'était déroulé très vite". Parce que j'ai cru voir mon éternité s'écouler devant moi en lisant ce qui précédait.
T'es éternel, toi?
Là n'est pas la question.
Du coup, ça continue, il se passe rien, quand soudain, TA-TAM! Apparition de Jaffar (Oui, je spoile ceux qu'ont pas lu. Mais de toute façon, ils savent pas qui c'est Jaffar, dans ce cas-là.) Allez, je veux bien reconnaître que la première description de Hyuuhyuu est plus captivante que ce qui m'est généralement imposé de lire. Dans ce qui suit, on a un petit discours indirect libre sympa qui nous rappelle le caractère ironique du personnage avant sa petite altercation. Pareil pour le dialogue qui suit.
Ensuite, le méchant explique en détails son plan machiavélique, parce que c'est dans son contrat d'antagoniste, et révèle qu'il a bien l'intention de, oh mon dieu, surpasser Rachid! (Je me suis tordu de rire en lisant ça...  Sans déconner.)
Ensuite, "Rejoins-moi du côté obscur, mes petits fours sont au moins aussi bons que ceux de ma sœur!", "Nah, ceux de ta sœur sont infâmes!", "Eh bien alors quoi?", "Les tiens sont encore pires!", "Et moi qui te croyais intelligent..."
Arrive le combat avec le grand méchant Bérilien qui n'est pas si différent que ça... Hyuuhyuu! Pfrrrrrt! Mais quel nom pourri!
Mais Slanger a été disciple de Trath! Trath, le chasseur de primes, Trath, le monstre! Trath qui "était celui qui avait de lui ce qu'il était actuellement!" (Faut que tu prennes le temps de m'expliquer cette phrase...) Bref, conversation, conversation, et là! Là, y'a un truc intéressant qui mérite qu'on s'y attarde! la comparaison/métaphore filée pendant plusieurs paragraphes avec des animaux. Elle permet à la fois de créer un lien entre le personnage et son antagoniste (John Truby aurait été fier de toi) et d'annoncer lentement ce qui se cache sous l'esprit de Slanger. Lui et Hyuuhyuu ne seraient que des bêtes, au fond, se battant pour exister et tout et tout... Ils aiment le sang, ils aiment les têtes de mort... Et l'état de Slanger passe lentement de l'homme conscient à l'animal enragé et c'est paradoxalement alors qu'il devient l'animal qu'il prend conscience d'un fait: Son adversaire et lui sont pareils. Eh oui, les animaux se reconnaissent mieux entre eux que les hommes. Tout ce bronx est souligné par une petite série de comparaisons, de métaphores, d'antithèses, et même une petite épanorthose (Et si vous savez pas ce que c'est, c'est pas important.)

Bref, retour au combat. J'vous préviens à l'avance (ce qui ne sert à rien vu que vous l'avez déjà lu), il est pas hyper captivant, mais les dénouements successifs et les ruses qu'utilise Slanger permettent de le rendre assez agréable à suivre. Et puis il y a deux hypallages là-dedans, et c'est pas fréquent de voir ça chez vous, bande de p'tits sacripants. Sur proposition de Daloka et acceptation de deux autres membres, je m'en vais vous expliquer ce qu'est un hypallage. C'est une figure de style qui consiste à assigner l'adjectif qualificatif d'un nom à un autre nom afin de les confondre. Par exemple, ici, on a: "Le bérilien, rapide comme la foudre blanche, blablabla...". Le bérilien est habillé de blanc, mais l'adjectif "blanc" est assigné à la foudre, créant par le fait même une association entre le bérilien et la foudre. Pareil, ensuite, on a "avant que la table ne penche à son désavantage". La table penche, et par le fait même, le combat penche à son désavantage. Ici, ça sert à montrer la chute de la table comme un élément décisif (ou tout du moins important) de la chute du combat (v'là-t'y-pas que je fais des jeux de mots vaseux, maintenant.)
D'ailleurs, à la suite, on a une figure un peu opposée à celle-ci (Je crois pas qu'on puisse dire "Anti-hypallage", mais je vais pas me gêner, sauf si quelqu'un connait le nom de cette figure). Dans la phrase "Ouaip, ce gars était totalement taré… Mais ils étaient bel et bien pareil.", plutôt que d'assigner l'adjectif "taré" directement à Slanger, Dalo' l'assigne à Hyuuhyuu et associe Hyuuhyuu à Slanger. Bref, deux étapes au lieu d'une. D'une part, ça permet d'ajouter que Slanger et Hyuuhyuu se ressemblent, mais surtout, ça montre à quel point Slanger est récalcitrant quant à l'idée d'être taré, puisqu'il retarde sa réflexion avec une étape superflue.
C'était la minute où Artsenor vous explique un procédé stylistique que l'auteur n'avait même pas remarqué.
Hmm... J'aime bien le nom.

Bref, finissons-en! Fin du combat, Slanger tue Hyuuhyuu... sur une phrase didactique, et c'était l'un des pires moments du texte pour en mettre une. En fait, plante simplement la dague dans le cou du mec, ne t'en va pas préciser qu'elle a fait un écart de douze millimètres, mais que les conditions chirurgicales se prêtent à une mort à incertitude négligeable de la victime.
Mais s'il crève tout de suite, il peut plus terminer sa conversation avec Slanger...
Mais si, c'est tenace, un Bérilien. Même une dague dans la gorge, ça te sortira une réplique ultime.

"Si les hommes doivent mourir... Qu'ils vivent comme ils l'entendent!"

Nom de Dieu, mais que c'est bon, ça! Une dernière phrase totalement stylée et plongeant le personnage principal comme le lecteur dans une intense réflexion sur le sens de la vie et tout ça machin! On aime ça!

Puis vient le retour au calme. Petite conversation entre Slanger et sa patronne et... Oh? Une description de la patronne...
...
Mais on s'en tape, on la voulait au début ou pas du tout, pas après l'action!
Nah, je suis un peu mauvaise langue, parce que c'est une étape un peu obligée pour ce qui suit. Mais ç'aurait pu être mieux amené.
Bref, c'est maintenant qu'on s'attarde un peu sur la patronne, on découvre sa psychologie, et... Pour une prétendue connasse, je l'aime beaucoup. Et c'est assez amusant de constater que la façon dont j'interprète ses propos est totalement décalée par rapport aux pensées de Slanger. C'est vrai, la fervente défense qu'il porte vis-à-vis de son passé, bah... je la cautionne pas. J'ai même envie de le découvrir, maintenant. Et là-dessus, je rejoins carrément Shari. Je quitte le personnage de Slanger, et... la narration aussi. Vous voyez où je veux en venir?
Non, pas du tout, mais j'imagine que je t'arrêterai pas...
La narration de la fin du texte a réussi à m'amener de gré plus que de force à l'ouverture vers une potentielle suite. Je ne sais pas si je suis le seul dans ce cas, mais j'ai ressenti une appréhension littéralement parfaite au personnage de Shari, alors justement que le point de vue devient progressivement le sien (les deux derniers paragraphes en sont la preuve). Un changement de point de vue, c'est généralement ultra-risqué, et là... Bah, c'est la meilleure partie du texte. C'est celle qui remplit littéralement tous ses objectifs et qui pousse le lecteur à espérer une suite. Et ça, c'est un tour de force. Et ça m'aura permis de quitter ta fic' avec une opinion sacrément positive!
Enfin presque... Parce que la dernière phrase est peut-être un peu trop brève à mon goût. J'aurais certainement préféré quitter le récit un peu plus progressivement, mais bon...

Bref, c'est (déjà) la fin de cette review! Globalement, j'ai sauté pas mal de petits points négatifs parce que c'est déjà assez long comme ça, mais... Ouais, j'ai beaucoup aimé la fin de cette fic'. Les points forts, comme je l'ai expliqué, sont les personnages, leurs relations, leurs psychologies respectives, et cette petite outro (presque) parfaite. Donc, remerciements habituels à... bah, à moi, et puis à Dalo', et puis à tous les autres, et puis à mon assistant.

Sur ce,



Non, sans blague, vous avez déjà vu quelqu'un d'autre utiliser un hypallage sur ce forum, vous?
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One Shot du Daloka des forêts Empty Re: One Shot du Daloka des forêts

Message par DALOKA le Dim 3 Mai - 16:10

Une tentative de OS court, fait une heure et demie.


                                                                             Devant L'Aigle

Un moment de paix. L'homme allume le cierge pour sa prière, seule lumière dans le noir de la large tente, et se met à genoux, devant un idole doré représentant un aigle les ailes étendues : le symbole de l'Empereur dieu. Il hume l'odeur de l'encens, elle est infecte, tant pis.
-Mon seigneur, pardonnez moi car aujourd'hui j'ai encore tué.
Il était coutume de s'en excuser, même si cela était bien son rôle et qu'il n'éprouvait point de regret. Pas d'arrogance devant l'Empereur.
-Les âmes des hommes prises par mon succès et perdues par mes échecs, accueillez les comme mes frères car je suis votre serviteur.
Tel était son rituel quotidien.
-Demain, après demain, et encore jusqu'à ma fin je me battrais car tel est mon devoir. Vous qui jugez sans haine, je vous supplie, bénissez une âme sombre comme la mienne…
Peut-être était ce pour troubler sa solitude.
-Pour que je trouve ma lumière.
Alors qu'il allait ouvrir de nouveau la bouche pour prononcer son serment, il fut interrompu par la voix d'un jeune homme.
-Général, puis-je entrer ? J'ai des messages à vous faire passer.
Une des dernières recrue, sans doute. Il n'aimait pas qu'on trouble sa solitude, mais, il valait mieux le laisser faire, de peur de manquer un ordre important. Ses fonctions passaient avant tout, toujours.
-Entrez.
Un jeune soldat entre, assez grand mais au visage maigre, avec un duvet blond au dessus de la bouche. Il devait avoir seize ou dix huit années peut-être ?
-Oh, je dérange votre prière… Pardon, fit il. Vous préférez que je sorte ?

-Non, dit il en se levant. Qu'as tu à me faire passer ?
-Un message mineur et un autre important… Par lequel préférez vous que je commence ?
-Si aucun n'est urgent, celui qui sera réglé le plus vite.

Le garçon sourit et fouilla dans sa sacoche, rapidement, car la présence de son supérieur le faisait un peu paniquer. Il en sortit alors une lettre cachetée, et il la tendit au général.
-C'est une lettre de votre femme. Ca fait longtemps que vous êtes au front, cela doit vous faire plaisir qu'elle vous écrive.
-… Oh,
dit l'homme en regardant la lettre sans la prendre, le regard vide de sentiment. Il resta ainsi pendant plusieurs instants, au grand trouble de la recrue.
-… Qu'est ce qu'il y a ? Vous ne la prenez pas ?
-Si.

Il prit la lettre alors et, sans la regarder plus, la déchira en deux, quatre, huit morceaux.
-Bien, quelle est la nouvelle importante ?
Le jeune homme était bouche bée, saisit d'incompréhension. La lettre déchirée, sans colère, sans agacement, sans rien. Déchirée de manière nette et précise.
-Mais… Pourquoi avoir…
-Quel est votre nom ?
-...Matthew Agus…
Bredouilla t-il, intimidé.
-Matthew Agus, vous n'avez pas à vous mêler de la vie privée de vos supérieur, que vous transmettez une lettre ou non. Est ce clair ?
-… Oui monsieur.
-Bien. Poursuivez.
-La nouvelle la plus importante donc,
dit il en reprenant son sourire naif, c'est que l'Empereur est arrivé !
-… Comment ?
-Aujourd'hui même ! Et il requiert votre présence dans la tente du Haut Général.
-Je vois. Dans ce cas, j'y vais de suite.

L'homme se dirigea vers la sortie, et au dernier moment s'arrêta pour donner une dernière instruction à la recrue.
-La prochaine fois que vous recevez ces lettres, ne me les donnez pas. Economisez de votre temps.
Et il sortit. La recrue se sentit soulagée par son absence… Il y avait quelque chose d'effrayant chez le général Tebarn, et l'on avait peur de regarder dans ses yeux, car cela était comme fixer un énorme ravin sans fond. Il n'avait aucun semblant d'émotion, et si ce n'était pas le seul dans l'armée à ne pas en montrer… C'était différent dans son cas. Il ne se retenait pas, il n'y avait pas de façade, il n'y avait ni colère ni frustration d'ailleurs. Il n'était pas froid…
Il était vide.


Le général, une fois sortit de sa tente, jeta un regard circulaire sur le campement, et remarqua de suite l'agitation qui l'habitait. La nouvelle de la venue de l'Empereur s'était répandue, et son supérieur, le Haut General Marc Aneran, avait du l'accueillir depuis un moment déjà… Etant donné qu'il était son second, cela n'était pas si étonnant que l'Empereur le demande personnellement. Il n'avait jamais vu le dirigeant de son pays, et en vérité, n'avait jamais eu envie de le voir. Il n'en voyait pas l''intérêt, l'important résidait dans les ordres qu'il donnait. Ainsi, il avait ignoré toutes les rumeurs sur sa personne. Quand aux pouvoirs de l'empereur et le dragon, il ne démentait rien du tout sur ce point mais il avait déjà un avis très clair : il ne croyait que ce qu'il voyait.
Il y avait quatre gardes devant la tente du Vicomte Aneran, vêtus de blancs et couverts d'un heaume argenté. Des chevaliers de l'Ordre Haynailique. Il était courant que plusieurs accompagnent l'Empereur, et il les salua avec respect avant de rentrer. Ayant été éduqué dans un temple d'Haynailia, il avait appris les manières appropriées à adopter devant les religieux.


Le Haut général n'était pas présent, ce qui le surprit un peu. A la place, il y avait, auprès de la table sur laquelle était étendue une carte, un jeune homme aux yeux verts vêtu de blanc et d'or. Il ne semblait guère plus âgé que la recrue de tout à l'heure, mais était en tout point totalement différent. Il avait de beaux cheveux blonds liés derrière sa nuque, à l'exception d'une mèche sur chaque côté de son visage, et il avait des traits féminins très fins, d'une beauté proche de la perfection. Mais ce n'était pas seulement ça… L'homme avait une aura, une prestance, non pas quelque chose d'imposant… Mais quelque chose d'apaisant, et dérangeant à la fois.
Jamais il n'avait été autant dérangé par une personne jusqu'alors. Il se retrouvait comme face à un problème insoluble… Devant un personnage à la fois admirable et insondable.

-Salutation, votre majesté, dit il dans un salut.
-Ah, bien. Vous êtes Oscar Tebarn, n'est ce pas ? Dit le jeune homme en souriant. Vous êtes exactement comme on le dit.
-Pourquoi m'avoir demandé ?
-Il m'étais nécessaire de vous saluer après avoir vu le Haut Général. On parle beaucoup de vous à la capitale, on vante vos talents.
-Je ne fais que remplir les tâches que l'on me donne. Ou est partit monsieur le Vicomte ?
-Il est parti à l'instant, pour l'autre campement à l'Est. Cela m'arrange, justement, j'ai à vous parler. Venez, ne restez pas à l'entrée.

Oscar avança jusqu'à la table. Pour la première fois de sa vie, lui, l'impassible, sentait un malaise.
-Je suppose que vous savez que le Haut Général est malade, reprit Laurence. Mais si il y a quelque chose d'admirable chez lui, c'est bien sa ténacité… Impossible de le retirer du champ de bataille, il ne fait pas de toute qu'il ne partira de cette guerre que mort.
-Cela est sa décision.
Le jeune Empereur observa la carte, sur laquelle était disposés plusieurs pièces de bois représentant des lieux stratégiques.
-Bien sur. Cependant, si il continue, et que sa mort est donc inévitable… Il lui faut un remplaçant, et j'ai songé à vous.
-Je ne sais pas si je pourrais remplacer mon supérieur, d'autant plus, son fils aimerait bien avoir cette place également.
-Et son fils n'a aucun haut fait sur le champ de bataille.Vous avez participé à la dernière guerre Général Tebarn, vos exploits vous ont fait anoblir chevalier, et je suis certain que le Haut Général comprendra ma décision. Et puis, il semble vous apprécier. Non, la question est, est-ce que vous voulez de ce titre ? Je ne peux forcer personne à endosser cette responsabilité.

Si il voulait ce titre ?… Cela lui était sans importance… Il n'a jamais eu d'ambition autre que servir le pays, et il ne « voulait » rien. Cependant, sa vie depuis longtemps tournait autour de la guerre… Et si le fils du Vicomte n'était pas compétent, alors il fallait mieux accepter, pour le bien de la guerre actuelle.
-Je prendrais la responsabilité de Haut Général.
-Parfait, je savais que vous accepteriez, après tout vous êtes l'un des rares assez qualifiés pour la tâche.
-Puis-je vous poser une question ?
-Avec plaisir.
-Pourquoi êtes vous venus en personne ? Ce ne peut être pour annoncer cela.
-J'allais y venir. Je suis tout simplement venu participer à l'effort de guerre.
-… Comment ?
-Quelque chose vous étonne ?
-Pas d'Empereur n'est allé au champ de bataille depuis Roland, le cinquième.
-Ou est le problème ?
Rit il.
-C'était il y a presque 200 ans… Votre place ne serait elle pas au conseil ?
-Ma place est auprès des haynailiens. J'estime qu'il est tout simplement juste que nos soldats savent pour qui ils se battent, car c'est moi qui ait déclaré cette guerre. Le but de ma présence est, pour parler plus stratégiquement, l'impact psychologique sur nos soldats et également sur nos ennemis. Beaucoup dans le camp adverse et même dans notre camp pensent que je ne suis qu'une fiction…
Il prit alors du plateau une pièce de bois représentant un fort waien, celui qu'ils allaient attaquer dans deux jours.
-Il s'agit de leur montrer que j'existe, et il s'agit de montrer à nos hommes qu'ils ne se battent pas pour rien… Vous avez entendu parler de Beremor Vlanhonder ?
-Oui, bien sur…

« Captain Haynailia »… Un héros et soldat porte drapeau.
-Les gens ont besoin de symboles, général. Et plus que ça, les gens ont besoin de quelque chose qui leur marquera toute leur vie… Que cela effraie nos ennemis ou donne de l'espoir à nos hommes, ce ne sera pas futile.
-Vous risquez de mourir.

L'Empereur Laurence se contenta de répondre à nouveau par un sourire en reposant la pièce de bois.
-Si je fais quelque chose, c'est toujours parce que les risques en valent la chandelle. Croyez moi, je n'ai aucune intention de mourir… Je participerais à quelques batailles, voilà tout, un peu d'action ne fais pas de mal, n'est ce pas ?
-…
-Allons, ne faites pas cette tête. Vous devez penser que je suis un enfant naif qui ne sait pas ce qu'est la guerre, n'est ce pas ?
Il avait presque lu dans ses pensées…
-J'aurais toutes les occasions de vous prouver le contraire sur le champ de bataille. J'espère juste pour mes ennemis qu'ils ne penseront pas la même chose… Ce serait dommage pour eux.

Il était extrêmement confiant, et Oscar ne savait plus vraiment quoi en penser… Parce que quelque chose d'invisible lui disait qu'il ne se vantait pas.
-Bien, maintenant que cela est dit, pourriez vous réunir les hommes du campement ? Je vais donner un petit discours.
-Oui, votre majesté.

Oscar sortit alors… Cette rencontre avait été pour le moins perturbante. Il avait toujours regardé les gens avec un regard indifférent… Même sa femme, même ses parents…
Cela faisait presque vingt ans qu'il n'avait plus ressentit cela… De l'admiration...
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Message par DALOKA le Sam 25 Juil - 16:54

La surprise de Roberta



Mon nom est Roberta Hulgens. Je suis une fière vampire et l'humble servante de Madame Refinia, une des trois seigneurs vampires qui est sans conteste la plus belle, la plus gracieuse, la plus charismatique et la plus admirable des membres de notre race. Je suis sa servante la plus ancienne, la plus proche, la plus fidèle et j'admire Madame Refinia comme il se doit, c'est à dire comme une reine mère, une déesse ! C'est pour cela que je suis honorée de la servir et de garder sa glorieuse demeure, construite dans un lieu tenu secret des mortels. En tant que servante des plus compétentes, c'est moi qui ai la lourde responsabilité d'entretenir sa maison et de commander à ses serviteurs pour y faire régner l'ordre. Car j'aime l'ordre. Retenez bien. J'aime l'O-R-D-R-E.
Et c'est avec rigueur et sérieux que je gère depuis 242 années le manoir de ma maîtresse. Cela implique de nombreuses tâches très importantes que j'accompagne de loisirs bons pour l'esprit afin de calmer ma… Nervosité. Je passe donc mon immortalité à organiser le nettoyage et le rangement de la maison, à vérifier que tout est bien en place et propre, à punir mes insolents subordonnés… Je veux dire, mes subordonnés insolents. Je fabrique des montres, je règle mes montres, je vérifie qu'elles sont bien réglées car la vision d'une montre au fonctionnement incorrect m'insupporte, tout particulièrement si c'est une des dix sept montres que je porte. Je peux ensuite apprécier en toute quiétude le doux bruits des secondes… Aaah, douce aiguille des secondes, pourfendeuse de mes insomnies et médicament de mon stress, que je te chéris !…
… Bref. Quand je ne m'occupe pas de mes montres et que j'ai vérifié chaque meuble et chaque recoin du sol, je vérifie également si les portraits de Madame sont alignés comme il le faut dans sa chambre (c'est primordial !), je vérifie également que tout est prêt pour l'accueillir dans les minutes qui suivent si elle revient. Par exemple, il faut toujours avoir le matériel nécessaire prêt à l'emploi et rangé où il faut pour faire couler son bain, car elle est exténuée en rentrant de ses aventures. De manière générale de toute façon, TOUT doit être correctement rangé. Ceux qui faillissent à leur tâche sont sévèrement punis, et l'avantage d'avoir des vampires en tant que subordonnés, c'est qu'ils guérissent vite. Ceci mis à part, l'extermination des nuisibles est très importante également, que ce soit celle des araignées, des bêtes sauvages, ou celle des mortels malpropres. Dans mon temps libre, j'aiguise mes couteaux et mes crocs, j'apprécie l'observation des astres grâce à mon télescope, une de mes plus grandes fiertés. Ou bien j'apprécie la lecture d'un livre de bon goût. Naturellement, je note tout ce que je fais dans mon carnet, et 245 ans, 3 mois et onze jours d'archives sont conservées avec soin dans ma chambre.
Oh, et parfois, je dors. C'est bien sur un luxe que je me permet grâce à mon efficacité et ma rapidité au travail, car le sommeil est plutôt contre productif. Je dors dans un cercueil, à titre d'information… Je m'y sens… En sécurité. Mais je suis la seule à le faire ici. Je ne sais pas d'où viens ce cliché sur nous… C'est peut-être moi qui l'ai inventé ?

En bref, mon quotidien était simple et organisé. Hors il y a quatre choses qui me font horreur ; ne pas entendre de montre, les humains, le désordre, et… Les surprises.

Tout se passait bien, il était 11h59 et je classais la page n°89 485 de mon carnet de note, comme le voulait mon cher rituel quotidien. C'est alors qu'est survenue… Cette chose. Cette chose qui vint perturber ma douce et paisible vie de tout les jours !
La pire des surprises.

Un parchemin était à ma fenêtre et mon œil le repéra vite. Que faisait un parchemin ici, dans ma chambre ? Quel sot l'y avait introduit ? Assurément, de telles bavures n'étaient pas acceptables dans la maison de Madame ! Avec l'intention d'en savoir le propriétaire et de sévèrement le punir, je déroula donc le parchemin, intrépide que j'étais…
Je n'aurais pas du.
Je n'aurais pas du lire ce parchemin maudit.
J'aurais du détourner le regard.
J'aurais du le jeter.
Mon regard n'aurait pas du se poser sur ces lettres.


-AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !

  C'est ainsi que mon calvaire commença. Dans un cri de terreur.
Suite à cela, j'ai réuni tout les vampires de la maison afin de les interroger sur l'origine de ces écritures. La vingtaine de serviteurs qui était réunie s'attendait certainement à ce que je les sermonne sur une tâche mal faite, mais ce n'était pas le cas cette fois. Les vampires discutaient entre eux à voix basse, s'échangeant pour la plupart des plaintes telles que :

« Cette fois, c'est pas moi ! »
« On est des vampires sacrebleu, non des ménagères ! Je trouve ces tâches humiliantes. »
« Nous devrions créer un syndicat. »

Des plaintes absurdes, en somme. Et puis, qu'est ce que c'est un syndicat ?
-Silence je vous prie ! Veuillez m'écouter avec attention. Si je vous ai tous réuni ici, c'est afin de connaître l'identité de celui qui m'a écrit… Ca,dis je en brandissant le parchemin. Un silence s'ensuivit.
Alors ? J'attends !
-C'est que… Hésita un des vampires, nous ne savons même pas ce qui est écrit dessus. Selon ce qui est écrit, nous pourrions dresser une liste de suspects.
-Hum… Oui, c'est une bonne idée.
-… Eh bien ?
-Eh bien ?
-Lisez nous ce qu'il y a écrit, ou au moins décrivez le.
-Ah… Euh… C'est que…
-Montre donc,
intervint un autre vampire qui se tenait derrière moi.
Tout à coup, une main saisit le parchemin. C'était celle de Lucius, le majordome de Madame qui était enfin rentré au manoir après plusieurs année d'absence. Un homme qui m'est insupportable, si vous voulez savoir… Un impertinent.

-Lucius, je ne t'ai pas demandé d'intervenir ! D'ailleurs, tu es suspect également.
-Du calme, du calme…
Dit il en souriant. Il faut bien quelqu'un pour lire ce message, vu que tu ne peux pas le faire. Je suis curieux de voir quelles grossièretés contient ce texte pour autant t'offenser.
-Fais donc, fais donc !
Me résignais-je, lui tournant le dos. Je n'avais pas réellement envie d'entendre ces mots à nouveaux… Non, par dessus tout, je n'avais pas envie que tout le monde les entende, mais arracher ce parchemin des mains de Lucius aurait été admettre ma faiblesse ! Résignée, je le laissa donc commencer la lecture.

Alors… Dit il après s'être raclé la gorge, affublant un sourire mesquin.
« Ma chère et tendre Roberta...
Je suis tombé amoureux de toi. »


-… Ah, fit Lucius avec une pointe de déception devant le vide cosmique du papier qui n'était pas occupé par les deux phrases.
-Ah ? Dis-je, agacée, me retournant vers lui.
-Eh bien, je ne savais pas que l'on nommais encore des filles ''Roberta'', de nos jour.
-Comment ça ? Qu'est ce que tu insinue ? Commençais-je à m'énerver. C'est clairement à moi que s'adresse ce message, je l'ai retrouvé dans ma chambre !
-Mais oui, mais oui… Tu sais, on ne vole pas les lettres d'amour des gens, même si elles sont mauvaises.
-Attends… Tu insinuerais donc que c'est impossible que je reçoive ce genre de message.
-Non, bien sur que non… J'insinue juste que le taux de probabilité que le vent ait porté jusqu'à ta chambre un parchemin destiné à une dénommée Roberta est supérieur au taux de probabilité qu'un homme soit amoureux de toi.
-Toi…
Enrageais-je. C'est toi qui a écrit ça, pour te rire de moi !
-… Mais, c'est une idée géniale ça !
Dit il comme si il avait eu une révélation. C'est fou, en soixante ans j'aurais du y penser…
Alors que je m'apprêtais à déboîter la mâchoire de Lucius d'un coup de poing, je remarquai que dans l'assemblée de nombreux vampires se retenaient de pouffer de rire. Couverte de honte et hors de mes gonds, je quittai la salle pour partir méditer tout cela dans ma chambre. Après bien sur, avoir déboîté la mâchoire de Lucius d'un coup de poing. Au final, l'enquête fut bouclée et en vérité nul vampire du manoir n'aurait pensé à faire ça.

« Garde ton calme Roberta… » me disais-je, « Les secondes tournent, tout va bien… Après tout ce n'est que la lettre de… Quelqu'un qui sait ou tu habite... »
-BON SANG MAIS C'EST HORRIBLE !

Le manoir était en effet, perdu dans les montagnes en bordure Tarodienne, dans un coin où peu de gens fouinaient. De ce fait il était très, très inquiétant de savoir que quelqu'un savait où il se trouvait et prenait la peine de faire porter ce message. Oui, il était très inquiétant de savoir que quelqu'un savait l'emplacement de la maison de Madame. Il était aussi très inquiétant d'imaginer combien cet homme était obsédé pour faire tout ça afin de porter ce… Message.
Mais Lucius avait peut-être raison. Cela fait à présent plus de deux siècles et demi que je suis célibataire et… Et… Et je réalise que ce que je viens de penser me fait, bien que contre ma volonté, sérieusement déprimer.

Finalement, je réussis à me changer les idées au bout de quelques jours. Et, bien que Lucius ne manquait pas une seule occasion de se moquer de moi à ce sujet, ma routine habituelle reprit. Oui, ce n'était qu'une phrase sans importance sur un bout de papier après tout…
Sauf qu'une semaine plus tard, cela recommença.


« Ma chère Roberta
Je tiens à m'excuser pour ma dernière lettre. Je ne suis pas bon pour le lyrisme, et je ne sais pas parler aux femmes, j'ai donc préféré être direct. Je t'envoie ce message au cas où ou tu aurais pensé à une plaisanterie : j'étais sérieux quand je disais en pincer pour toi. Si je te le dis par lettre c'est tout simplement… Parce que je suis certain que tu ne sortiras pas de ce château avant plusieurs dizaines d'années. »

Comment savait il ça ? Il me connaissait vraiment ? Cela devenait de plus en plus inquiétant…
« Et que est sûrement effrayée par moi. »
Il était très, très fort…
« Je le comprendrais, je suis un homme bizarre. Entre nous, il n'y a que les types bizarres pour envoyer un message amoureux à une vampire de plus de deux cent ans et demi coincée dans la bordure Tarodienne… »
Sans savoir pourquoi, je me sentis légèrement blessée tout à coup !… Bah, c'était sans importance, COMMENT SAVAIT IL AUSSI MON AGE ?
« Aussi, vu que la passion romantique n'est pas mon fort, je me contenterais de dire que je trouve que tu es une chouette fille, très intéressante et absolument adorable. Je te trouve même séduisante. »
J'aurais rougie si je n'étais pas une vampire. Heureusement, j'en suis une, je ne suis donc pas soumise au brusque changement de couleur de mon visage que connaissent les mortels, ah ah...
« Bon, peut-être que je ne comprends rien à l'amour non plus, mais je le sens ainsi donc j'ose dire que je t'aime. De toute manière c'est un sentiment au-delà de mon domaine de compréhension.

Si tu désire me répondre, ce qui me comblerait de joie, tu as juste à écrire sur le dos de ce parchemin et à le laisser près de ta fenêtre. Ne cherche pas, c'est magique!
Oh, je ne vais pas te dire qui je suis. C'est bien plus amusant de deviner, tu ne trouve pas ? »


… CE N'EST PAS AMUSANT DU TOUT ?

En tout cas la lettre se finissait là. Alors que j'allais réfléchir calmement à tout cela, je sentis une présence. Lucius s'était transformé en chauve souris (je hais quand il fait ça !) et m'observait depuis le début. Malheureusement pour moi, je lis à voix haute…
Immédiatement, je saisis le volatile dans ma main droite, et le fixant d'un air menaçant, tenta de lui faire comprendre que je n'étais pas d'humeur à entendre une seule de ses phrases.

-Du calme, du calme… Dit le rongeur volant, d'une petite voix étouffée. Je suis juste curieux…
-Curieux ? Tu es curieux d'entendre le bruit d'une chauve souris qui explose aussi ?
-Pas vraiment… Mais je peux t'aider non ?…
-M'aider à quoi, au juste ?
-… Eh bien, tu n'as eue aucune relation de ce genre avec un homme de ta vie.
-… Soit, je suis prête à t'écouter,
dis je en relâchant l'emprise de ma main tandis que Lucius s'empressa de reprendre sa forme humaine… Sa forme humaine de femme. Bon sang, je sais que ses capacités de métamorphose sont assez étendues pour lui permettre de faire ça, mais il pourrait se décider sur son sexe un jour ?
-Bien ! Fit une Lucius enjouée en s'asseyant avec nonchalance sur mon bureau. Pour ce sujet, cette forme convient mieux, tu ne trouve pas ?
-Fais comme bon te semble…
-Tout de même, cela est extraordinaire qu'un homme en pince pour toi…
-Pardon ? Et pourquoi cela ?
-Je ne sais pas… Ton caractère, ton manque de classe, le fait que tu te balade avec 17 montres sur toi, ou plus particulièrement le fait que tes dents triangulaires donnent l'impression d'un grand "Je vais te dévorer" dès que tu souris ? Même pour une vampire...
-Mes dents sont très jolies. D'accord ?
Dis-je sur un ton sec.
-… Je devrais évoquer aussi le fait que tu cache des couteaux dans ta chair? Non parce que je trouve ça dégoûtant, même si tu n'en sent pas la douleur.
-Ne sois pas ridicule, cela ne se voit pas, et c'est bien plus pratique comme ça ! Au fait, tu es censé m'aider, non pas me descendre.
-Oui, oui, désolée… C'est juste trop tentant… Mais en tant que chère amie, je vais t'aider. Déjà, sur quoi voudrais tu précisément que je te conseille ? Tu veux savoir comment lui répondre ? Comment embrasser ? Comment le …
-Non !
Dis-je, gênée. Ne dis pas n'importe quoi, je veux savoir comment le rejeter poliment.
-Vraiment ? C'est dommage…
-Les hommes sont une perte colossale de temps de toute façon.
-Ah oui, oui, phrase classique de vieille fille qui ne s'assume pas…
-Qu'est ce que je t'ai dit Lucius ?…
-Mais c'est bien vrai ! Si longtemps sans fréquenter un homme ? Tu devrais saisir l'occasion ma belle ! Cela ne se représentera peut-être plus jamais.
-Non mais… Ne te mêle pas de ma vie privée ?
-C'est pourtant exactement mon rôle ici. Je te harcèlerais pour ton bien jusqu'à ce que tu te décide à lui écrire une réponse !
-Je… Je ne le ferais pas !
-Ecrit lui !
-Non !
-Ecrit lui !
-Mais écrit luiii!
-Non !
-Ne lui écrit pas !
-Si !
-Ah ! Je t'ai eue,
fit Lucius avec un air de fierté tandis que je réalisais avec honte mon erreur.
-Mais quel gamin tu fais…
-Parle pour toi. Discutons donc plus sérieusement… Pour une fois, je veux t'aider et je suis convaincue que cette perte de temps, comme tu dis, te feras le plus grand bien. Toi qui a vécue si longtemps, tu ne devrais pas t'agacer à propos de quelques instants qui ne dureront peut-être pas, non ? Je suis certaine que Madame Refinia approuverait mes propos, en tant que femme d'expérience.
-Oui… C'est peut-être vrai mais… Bon, tu as gagné. Mais s'il m'arrive quelques mésaventures par ta faute, je te jure que ce que tu subiras n'aura rien d'enviable !
-Superbe !
Dit Lucius, débordant de joie. Au fait, tu as une idée de l'identité de ce mystérieux personnage ?
-Non… Je ne me souviens que peu des gens. Mais j'ai des notes des rares fois ou je suis sortie ces cinquante dernières années.
-Puis-je les lire ?
-En enfer peut-être,
répondis-je avec froideur.

C'est ainsi que je me lança dans l'écriture d'une réponse. Bon, déjà, le plus important : la date. Quelle honte de négliger ce détail, franchement !

« 27 Juillet 1858 à 17 heures »

« Cher... »

Cher quoi ? Je ne connaissais pas son nom… Oh, et puis zut.
« Cher Anonyme.
Sachez que je me vois honorée d'apprendre vos sentiments à mon égard, cependant comprenez bien évidemment je ne vous connais pas assez pour pouvoir dire qu'ils sont partagé. Je consent malgré tout à correspondre avec votre personne. Aussi, j'aimerais vous faire savoir que ne pas connaître votre identité me dérange beaucoup, c'est pourquoi j'aimerais je vous prie que, à défaut de me la révéler, vous me faites parts de quelques indices quand à votre personne. Je tiens à vous remercier en revanche de votre courtoisie pour avoir pris en compte ma nature peu sociable qui m'aurait fait courir à toutes jambes à l'entente de vos aveux.

 Cordialement, Roberta Hulgens.

PS : J'aimerais aussi beaucoup que vous me dites comment savez vous où j'habite.



-Tu va lui envoyer ça, donc ? Fit Lucius, qui regardait encore par dessus mon épaule, perplèxe.
-Oui. Il y a un problème ?
-C'est bien trop froid… Ca te fait passer pour une fille morne, je trouve.
-...Tu as compris que mon but était de mettre de la distance entre nous et non l'inverse?
-Certes mais… Tu pourrais rajouter quelque chose comme «Votre amie, Roberta Hulgens ».
-Mais je ne suis PAS son amie.
-Bon, bon… C'est ta lettre après tout. Et puis, si tu veux passer l'éternité seule, n'écoute surtout pas mes conseils !…


Et Lucius parti enfin, me faisant pousser un soupir de soulagement. Je déposa donc le parchemin à ma fenêtre… J'ai alors songé l'espace d'un instant qu'il me suffirait sûrement d'attendre patiemment, cachée, ne quittant pas la fenêtre des yeux, pour découvrir l'identité de celui qui m'envoyait cela…

… Puis la perspective de le voir m'effraya trop et je retourna à mes tâches habituelles.

Le lendemain, le parchemin avait bien sur disparut. Lucius me fit alors savoir qu'il avait eu exactement la même idée que moi et n'avait pas quitté le papier des yeux…

-Et d'un seul coup, il a disparut dans un pwouf! !
-Un ''pwouf'' ? Qu'est ce que c'est ça ?
-… Et bien, Pwouf, le bruit que ça fait quand cela disparaît.
-… Ah.

Je n'en sut donc pas plus sur lui, si ce n'est qu'il pouvait faire disparaître ses parchemins dans un ''pwouf''. Et malgré mes recherches dans mes notes, je ne parvint pas à avoir une idée concrète de son identité.
Puis, une semaine plus tard, un autre parchemin apparut à l'exact même emplacement. Cela commençait par :

« 
Ecrit à une heure et une date inconnue »

-… Il fait ça pour me provoquer, n'est ce pas ?
« Ma chère Roberta
Je suis très heureux de voir que tu m'as envoyés une réponse ! Tu trouveras avec cette lettre un petit cadeau de ma fabrication que je t'invite à découvrir par toi même. »

Il y avait en effet une petite boite en bois enroulée dans le parchemin. Je l'ouvrit et j'y trouva une montre en or ! Je l'observa de tout côté : l'ouvrage était parfait, sublime, un véritable travail d'orfèvre ! Quel geste attentionné de sa part ! Tout à coup je me mit à trouver l'inconnu charmant avant de me ressaisir rapidement. Il en fallait plus d'un bijou pour me convaincre, même si cette montre était très, très belle… Magnifique même…
Mais la lettre continuait.

« Aussi, je ne te dirais pas si facilement comment je sais où tu es. En revanche, désolé si c'est un peu mesquin et que je te force la main mais je te dirais tout si tu accepte de me voir.
Je t'attendrais donc au jardin de Cromwill, dans deux semaines, à 22 heures !

PS : Je constate que mes parchemins à Pwouf fonctionnent à la perfection. Belle trouvaille n'est ce pas ? Je t'en parlerais en détail ! »


… De quoi ? Mais… Comme si j'allais venir ! Pour qui se prenait il ? Bon, j'admets que j'étais très curieuse de le voir. Absolument, en vérité… Cependant je ne pouvais pas me déplacer ainsi… Et je n'en avais pas le courage.
-Bon sang, que faire !… Me dis-je à voix haute, désespérée. Ma curiosité me tue, mais j'en tremble rien que d'y penser…
-Roberta, tu es là ?
Fit la voix de Lucius à ma porte.
-QUOI ? M'énervais-je tout haut devant la perspective de son indésirable présence.
-C'est que Madame est revenue…
-Comment ?
Dis-je, paniquée, sortant de ma chambre. Seigneur ! Je dois aller immédiatement l'accueillir !
-Pas besoin, je l'ai déjà fait. Je ne voulais pas te déranger,
fit il dans un clin d'oeil qui se voulait complice. J'ai seulement pensé que tu pourrais lui parler de tout ça… Parce que elle, tu l'écouteras, au moins. Elle a déjà prit ses aises dans sa chambre.
-… Bien vu Lucius ! Pour une fois que tu es vraiment utile. Je file la voir !


Madame Refinia s'annonçait comme une divine providence ! Oui, elle seule pouvait donner la bonne décision à prendre dans ce genre de situation… A une vitesse fulgurante, même pour une vampire de mon rang, je fonçait lui rende visite. Je me rendis compte dans ma course qu'elle m'avait beaucoup manquée ces derniers temps…

Je frappa à sa porte, bien sur. Malgré mon excitation, je ne pouvais pas m'introduire ainsi dans la chambre de Madame.
-Madame ?… Puis-je entrer ?
-Bien évidemment. Je t'attendais,
fit sa voix douce derrière la porte. Entre mon enfant.
J'ouvris la porte. Elle était là, paisiblement assise dans son fauteuil. C'est la femme que j'admire et que je sers depuis que j'ai atteint l'âge de la raison… Sa présence me fut apaisante, et je m'approcha d'elle à pas lents. La seigneur vampire aux cheveux rouges éclatants tenait un livre qu'elle referma et posa sur une table à côté d'elle, se montrant prête à m'écouter.
-Il est rare que tu me demande de l'aide, que veux tu ?
-Eh bien je… Pour tout vous dire Madame, il y a un homme qui m'a écrit une lettre. Plusieurs, en vérité. Il dit avoir des sentiments pour moi… Je ne sais pas qui il est, mais il m'a proposé de le voir. Je ne sais plus du tout quoi faire… J'aurais besoin de vos conseils ! Dis-je, sur un ton suppliant en joignant mes deux mains.
-Et tu ne sais pas qui est il, dis tu… Fit-elle, pensive. Mais… Tu as une dix huitième montre sur ta tenue?
-Ah !… Oui, c'est… Un de ses cadeaux…
Dis-je avec gêne. Je dois admettre qu'il me plaît beaucoup.
-Puis-je le voir ? Dit elle, tendant la main. Je lui donna la montre en or décorée et elle l'examina un moment avant de l'ouvrir. Un sourire alors se dessina sur ses belles lèvres.
Je vois…
-Se pourrait il que vous sachiez qui il est ?
-Peut-être bien… Mais je n'en dirais rien. C'est une chose que tu devras découvrir par toi même, Roberta.
-Vous… Pensez donc que je dois y aller ?
-Ma petite,
dit elle sur un ton maternel en se levant, tu es ma servante, mais tu m'est également précieuse. Roberta, tu es celle à qui je fais le plus confiance, tu sais très bien que je n'ai pas à craindre que tu m'abandonne. Il m'est important que soit heureuse, cela ne troublera en rien la maison. D'autant plus, une femme comme toi n'a pas à avoir peur des hommes.
Elle posa alors sa main sur ma joue, souriante. Son regard m'emplissait de confiance… Cette femme est comme ma mère, et le sera toujours.
-Peu importe ce que dis Lucius, tu n'es pas laide Roberta. Tu as juste besoin d'avoir confiance en toi… Si moi, je te fais confiance, tu n'as aucune raison d'avoir peur. Vas y.
Elle reposa la montre dans mes mains. Ses paroles touchèrent mon coeur comme ne pouvait le faire aucune autres…
-Je trouve que vous vous ressemblez, toi et lui. Tout comme toi c'est un bourreau de travail qui a décidé de, pour une fois, s'offrir autre chose. Vous vous entendrez, j'en suis sure.

Et c'est pour cela que je suis ici. A Cromwill. Et que j'attends ce fichu retardataire… Bon sang, 22 heures et une minute trente sept secondes ! C'est terriblement manquer de tact pour un premier rendez vous... Mon premier rendez vous… Bref ! J'espère que sa conversation ne sera pas barbante… Et si c'est un pervers ? Qu'est ce que je fais ? Aaah, j'aurais du demander plus de conseils à Madame, ou même à Lucius, je ne suis absolument pas prête… Enfin, j'ai préparé une robe mais psychologiquement ce n'est pas ça du tout... Mais elle a dit que je m'entendrais avec lui, pourquoi ? Je ne m'entends pas avec grand monde… Bon sang je commence à paniquer… Et il est 22 heures et deux minutes onze secondes…

-Bonsoir, fait une voix d'homme à côté de moi. Je sursaute immédiatement, poussant malgré moi un  grand cri aigu.
Ah, je t'ai fait peur ? Désolé. Pardon du retard aussi, je retravaillais mes parchemins… Oh, jolie ta robe.
-Vous… Vous êtes…
J'articule, bouche bée.

LUI ?





___


Qui est donc le mystérieux anonyme Noël ? (non sérieusement, normalement vous l'avez deviné).


Dernière édition par DALOKA le Sam 13 Avr - 20:21, édité 1 fois
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One Shot du Daloka des forêts Empty Retours, première édition.

Message par DALOKA le Sam 3 Oct - 0:24

Voilà, je me lance dans ce nouveau type de OS: les retours. Le concept est simple; je prends un de mes personnage au hasard, et au hasard également je choisis une année de sa vie. Je dois écrire ensuite sur une longueur non définie mais courte (deux pages maximum je dirais), un événement de cette année là dans la vie du personnage. Cela me permet entre autre, d'explorer plus de personnages qu'avec des longs OS, et de tenter de nouvelles choses... Et empiète moins sur ma fic que ces derniers.

Je préfère prévenir: bien que je tente de maintenir ma qualité habituelle, je ne me prendrais pas trop la tête sur ces courts écrits. Parfois je tenterais aussi des choses au succès très incertain. Enfin, bien que ce soient des "OS" il y a de grande chances que certains ne soient pas indépendants du reste de l'univers d'Eclipse ou de mes personnages... Si ça te dérange Art, appelle juste ça un Retour que je met dans ce topic par raison de commodité <D.

Bref. Commençons avec le premier (et le dernier si j'abandonne le concept. Je ne sais pas combien j'en ferais donc la réponse est: jusqu'à ce que je sois lassé).
Aussi: fuck les bbcodes ici, je fais ce que je veux. Deal with it.


1851, Seth


-On a tendance à penser que je suis plusieurs.
-Deux.
-Ce n'est pas totalement faux...
-Mais ce n'est pas vrai non plus.
-La vérité est plutôt comme une pièce.
-Un seul objet.
-Pile.
-Face.
-Mais un seul… -Mais un seul…


Et l'enfant était bel et bien seul. Une solitude à plusieurs et au milieu de plusieurs. Comment, avec tant de chaleur, la grande maison pouvait-elle être aussi froide ? Il se le demandait.
Par dessus tout, le garçon aimait jouer, mais personne ne voulait participer à ses jeux. Jouer avec lui même ? Cela n'avait rien d'amusant, et cela ne pourrait l'être, quand bien même il lui arrivait d'entrer en désaccord avec son autre soi.
-Comme chacun ! Qui n'est jamais en désaccord avec lui même ?
-J'ai entendu dire que l'auto-contradiction était unique aux humains.
-Dans ce cas, je suis même plus qu'humain !


Peut-être était-ce là la raison de sa solitude, d'avoir deux yeux quand le monde est borgne. L'Inconnu, et surtout l'incompréhensible, effraie. Alors tout le monde avait peur du jeune garçon… Mais bien sur, il y a toujours des braves, curieux, ou bien imprudents.
Aujourd'hui encore un nouveau jeu commençait.
La petite cours du jardin était ensoleillée, des traits pâles passaient à travers les feuilles des arbres, et la lumière blanche comme les cheveux du jeune garçon au mur parsemait l'ombre des végétaux de beaux éclats glauques. Il passa un instant sa petite main sur la pierre grise et sèche du mur, puis d'une craie traça un cercle avant de l'entourer de courtes épines. Il se retourna, levant les yeux au ciel un  instant, et sourit. Le Soleil était juste en face de sa copie.
Ensuite, il baissa le regard sur les pavés clairs et foncés et la releva vers ses futurs camarades de jeu. Tous étaient aux alentours de son bas âge, des enfants insolents qui n'écoutaient pas les conseils des adultes, ce qui était la raison de leur présence. Il n'était cependant aucunement différent d'eux sur ce point.
« Vous êtes prêts ? » Demanda t-il, la main au dessus du front à cause des rayons. Tout le monde lui  répondit que oui, il refit donc face au mur. Le jeu avait débuté et chacun avait mit en jeu ce qu'il avait de plus cher à ses yeux.
« Un, deux, trois… Soleil ! »
Rien ne bouge. Le garçon se retourne et répète. Un chute, deux autres courageux prennent peur et s'évanouissent également, sans douleur mais à jamais.
-Morts. Pourquoi avoir si peur de l'approche de la fin ? Pitoyable.
-Ce qui doit arriver arrive. Ce qui est arrivé devait arriver.
-Sans nom, sans espoir, sans parent et à présent sans vie…
-Mais il en reste deux !
-Ne regarde pas l'avenir, je ne veux pas savoir le vainqueur !
-Qui sera immobile ?
-L'un des deux n'est pas comme les autres.

Il avait eu une mère.
-Maman… -Maman…

Tout comme lui il se souvenait de sa mère et du nom qu'elle lui avait donné. Là était son véritable bien le plus précieux. Si jamais l'un des deux garçons arrivait jusqu'à lui, alors c'est l'enfant aux cheveux blancs qui perdrait son nom.
-Je ne le perdrais pas !
-Maman est encore là, et elle l'entendra.

Répétition. Nul besoin de prédire, ils tremblaient trop. Un quatrième sans nom tombe à terre, l'autre à genoux comme frappé d'un éclair.
-Lucien. C'est un joli nom…
-Et c'est à moi qu'il appartient à présent !


Celui qu'on nommait autrefois Lucien, plus personne pas même lui ne se souvint de son nom. Ces six lettres avaient été effacées, ou plutôt tout lien entre elles et le jeune garçon n'existait plus. Il avait perdu le nom qu'il chérissait tant.
Lui, et Lui seul s'en souvenait. Le nom est une chose précieuse… Le garçon aux cheveux blancs ne savait pas d'où il venait, qui il était, ou même pourquoi il était deux. Mais il était sûr d'une chose… Unique ou plusieurs…
Ils étaient Seth.
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One Shot du Daloka des forêts Empty Re: One Shot du Daloka des forêts

Message par DALOKA le Ven 23 Oct - 22:31

1839, l'Araignée


-Veuillez m'excuser si la question est désobligeante mais… Qui êtes vous ?
-Clémentine Ophélie, sixième fille du baron de Rhodes.
La belle jeune femme avait exécutée à l'attention du serviteur, tout en se présentant, une révérence parfaite avant d'exprimer en se redressant un grand sourire d'une chaleur qui n'aurait pas laissé indifférents même les plus fiers des hommes. Dans sa tenue, elle avait tout d'une femme de bonne famille, ce malgré ses traits orientaux qui indiquaient une ascendance étrangère. Sa robe également, qui lui seyait à la perfection, était clairement un vêtement fait de la main d'un couturier de talent, un  somptueux et coûteux habit à la mode haynailienne ! Malgré tout, cela n'achevait pas de convaincre le serviteur qui était certes gêné de refuser une dame de cette envergure et de cette beauté, mais ne pouvait s'empêcher d'être sceptique.
-Vous m'en voyez fort désolé, mais mon maître est fort occupé et a demandé que personne ne le dérange dans son entreprise…
-Vraiment ? Quand bien même, je suis une bonne amie, il ne me refuserait pas l'entrée.
-Peut-être mais jamais il ne m'a parlé de vous. Comprenez… En ces temps troublés… Je ne peux laisser une inconnue entrer, même si elle est des plus respectable.
-Allons, allons ! L'affaire des Dyra vous a donc plongé dans une telle paranoïa ?
-Mademoiselle, je ne fais que mon devoir…
-Ce n'est rien, intervint la voix d'un autre homme apparaissant derrière le serviteur. Laissez la donc entrer.
-Gérard, vous la reconnaissez ?
-C'est en effet une fréquentation de Monsieur. Je m'en vais la conduire personnellement à lui, vous pouvez disposer.

Le serviteur s'en alla sans soucis car il faisait entièrement confiance à Gérard qui était, en dessous du Comte, l'autorité qui régissait cette maison ! Et ce dernier s'approcha donc de la dame, la saluant poliment d'une révérence accompagnée d'un geste du bras droit. C'était un homme dans la cinquantaine, large d'épaules et de poitrine et qui avait une formidable présence. Sur son visage aux traits durs se présentait au dessus d'une épaisse moustache noire un bec d'aigle, lui même en dessous de yeux d'aciers qui dévisageaient la jeune femme.
-Suivez moi je vous prie, fit l'imposant valet en s'avançant, la guidant dans un des couloirs du manoir Vinnairse. Gérard n'était guère de nature bavarde, ce pourquoi il la conduisit en silence jusqu'à la porte de la salle que le Comte avait fait refuge depuis quelques temps. Il lui ouvrit d'un geste la porte, toujours impassible. Le valet et la jeune femme n'avaient de toute façon rien à se dire, mais elle savait que ce dernier n'accordait jamais sa confiance qu'à moitié. Sage comportement qui était également le sien.
En pénétrant dans la grande salle, elle vit le Comte perché sur un grand escalier. Semblant absolument prit dans son œuvre, Durand Vinnairse portait une palette dans sa main et un pinceau dans l'autre, qu'il faisait glisser avec fluidité sur le haut de son mur. Il peignait en effet ce dernier, dessinant une scène céleste symétrique ou il avait commencé à représenter quelques oiseaux qu'il s'efforçait de rendre réels jusqu'à tromper l'œil. Mais son travail fut interrompu par la venue de son invitée, dont il n'avait nullement à reprocher l'irruption, car il l'attendait. Le Comte était un homme fringuant, ce même si il était actuellement habillé d'un vêtement sommaire tâché de peinture de part en part, car il gardait un sourire posé et charismatique. Elle pouvait le dire, c'était un homme charmant, et peu pensaient autrement.

Ah, ma chère ! Fit il en descendant. Quel bonheur de te voir ! J'aurais tout de même préféré que tu m'indique une date précise, je t'aurais accueillie plus convenablement.
-J'ai toujours préféré la surprise, rit elle en s'avançant, les deux mains dans le dos tenant son parasol replié.
-Ma foi pourquoi pas, mais tu sais que j'aime les accueils grandiloquents, fit Durand Vinnairse en posant ce qu'il avait en main pour saisir une serviette et se nettoyer les mains. Comment te portes tu ?
-A merveille. L'Air haynailien m'a toujours fais du bien, et tu sais que dans mon pays la guerre n'est pas un drame, surtout pour les gens comme moi. Je m'inquiète plus pour toi.
-Moi ? Je n'ai rien à craindre voyons ! Le vieux Gérard veille sur moi et de toute manière la guerre sera finie sous peu, les troupes impériales sont en train d'écraser l'armée Waienne.  
-Gloire à l'Empire, etc, n'est ce pas ? Répondit elle avec une pointe d'ironie qui ne heurta pourtant pas ce patriote de Durand. Il était habitué à son cynisme, ne doutait pas une seule seconde en ses convictions, et ne désirait nullement se disputer avec sa chère amie. Au fait, j'ai ouï dire que ta femme venait d'accoucher, est-elle en bonne santé ?
-Cela a été éprouvant, elle a donné naissance à des jumelles. Mais c'est une femme forte, je ne m'en fais pas pour elle ! Néanmoins je suis surpris que tu te soucie de cela…
-Surpris ? Tu ne sais donc pas que j'adore les enfants ? Exprima t-elle avec un grand sourire. Comment s'appellent tes filles ?
-Félicia et Alexia… Je sais que cela a une signification particulière pour elle, malheureusement… J'ai oublié.
-Eh bien ! Quel mari pathétique ! Railla la belle femme aux cheveux noirs.
-Meilleur amant qu'époux ? Dit il dans un clin d'œil malicieux, auquel elle répliqua par un air moqueur.
-Cela reste à voir…
-En vérité, ces derniers temps dans mon temps libre j'étais plutôt occupé par mon petit projet avec cette salle…
Sur ces mots, le comte se retourna pour faire quelque pas dans le salon qui était totalement vidé de tout meubles, seul subsistait le matériel dont il faisait l'usage pour repeindre le mur.
-J'ai l'intention de réaménager ce lieu. C'était l'atelier de mon père, réalises tu ? Quel mage a besoin d'une salle aussi grande ! J'ai trouvé qu'elle serait plus appropriée pour y exposer des œuvres d'arts, dont certaines de ma création. J'ai l'intention de décorer un peu le haut des murs, donner l'illusion d'un ciel, cela donnera à l'endroit un charme unique… Tu verrais, quand la guerre sera achevée et ma peinture finie, que la salle sera remplie de mes plus belles possessions ! Je l'ouvrirais même au public dès que les temps seront plus calmes, ce sera un véritable musée !

Un musée, disait il ?… C'était lui tout craché. Il s'enveloppaient d'idées de grandeurs, qui faisaient ensuite sa plus grande force. Peu importe ce que faisait Durand Vinnairse, il fallait que ce soit grandiose !
-C'est un bien ambitieux projet, mais te connaissant c'est certain que tu le conduiras à terme…
-N'ai-je pas achevé mon fameux jardin, tandis que tout le monde me disait que c'était une trop folle entreprise ? Maintenant, ils le glorifient ! J'ai transformé le morne manoir de mon père en une maison que n'importe qui serait fier d'habiter, et je ne compte pas m'arrêter là ! Je peux t'assurer qu'ils se bousculeront pour voir l'art de ce salon… D'ailleurs, je comptais y mettre ton portrait.
-Vraiment ?

Cela ne la dérangeait pas, bien au contraire. Si un simulacre de sa beauté pouvait resplendir ici, elle ne pouvait en être que réjouie. Ce genre de choses, et elle en était la première consciente, satisfaisaient son narcissisme justifié. Quelle ne fut pas sa satisfaction ce jour là, où il l'avait peinte ! Son regard et ses gestes étaient animés d'une passion qu'elle avait bien rarement vue chez un homme. Car ce qu'elle aimait chez le comte, ce n'était nullement sa fierté, mais bien sa passion ! Si elle était une chaleur, Durand était un homme ardent, enflammé. Même sa passion exacerbée pour sa nation était touchante et admirable ! Elle méprisait pourtant le patriotisme et les traditions qui dans son pays, étaient absolues tel l'ordre d'un dieu, mais étrangement pour la bérilienne, les gens passionnés avaient le pouvoir de tout… Rendre beau. Cette femme qui haïssait plus que tout la laideur n'avait jamais eu besoin des autres, pourtant, elle avait désespérément besoin de passion… Et cette chaleur lui manquait. Ses talents était innombrables, elle s'en vantait, pourtant cette… Chose, elle ne pouvait la ressentir que par les autres.
Pour cela, Durand lui était beau, et sa passion terriblement précieuse.
-Évidemment, ton portrait est jusque là mon plus beau ! Et je ne garde pas ce que je créé jalousement… Je ne suis pas un mage, moi, plaisanta t-il. Cette raillerie semblait encore destinée à son défunt père… Qu'il n'avait jamais vu, pourtant. Ou plus exactement, il n'avait aucun souvenir clair de lui, pourtant l'ombre de l'Archimage Impérial semblait planer sur sa personne… Un tel comportement aurait il y a des années parut irrationnel à la femme de l'Est. Les morts étaient ce qu'ils étaient. Morts. Mais à présent, elle comprenait. L'image d'Arond Vinnairse, ses livres, ses possessions, sont manoirs, avaient entouré Durand depuis toujours. Et il méprisait l'image de son père. Pour l'avoir abandonné ? Pour avoir porté sa famille en disgrâce ? Pour tant d'autres raisons sûrement. Seulement, elle avait la discrète impression que c'est grâce à, ou plutôt en conséquence de l'abandon de ce père que la passion a su germer dans le cœur de Durand. Sa haine était brûlante même contenue, oui, mais elle était également passion. Même si il ne quittait pas ce sourire jovial, elle pouvait dire qu'il bouillonnait quand le sujet de son géniteur était abordé, même si ses sarcasmes n'avaient rien de méchant.
Cependant, la passion, non juste la haine en elle même bien qu'elle était vue comme négative… Pouvait détruire des hommes. Ou bien ils détruisaient ces derniers, ou bien ces derniers la détruisaient pour leur propre bien.
Dans tout les cas, l'homme passionné finirait par mourir… Mais quel était le meilleur chemin?

La bérilienne fit quelque pas en faisait quelques moulinets avec son parapluie. Elle s'approcha d'abord du comte avec un sourire complice, l'observant comme pour le jauger, puis, stoppant le mouvement de son parapluie, recula pour se mettre à marcher autour de lui. Durand Vinnairse serait il éphémère ?… Elle jouerait avec lui.
-Je ne t'ai pas demandé des nouvelles de tes autres enfants. Comment vont tes garçons? Demanda t-elle en continuant son mouvement.
-Eh bien… Réagit le comte avec Amusement. Nolan grandit bien, c'est un petit téméraire. Si tu le voyais me demander de lui apprendre l'épée ! J'ose à peine lui dire que je ne maîtrise même pas les bases. Peut-être aurais-je préféré un fils aîné un peu moins turbulent... Mais c'est un bon garçon. Tout comme le sont Damoc et Caliburn, bien qu'ils soient encore trop jeunes pour que j'estime leur devenir. Bernadette est très fière de ses fils, mais…
-Mais ?…
-Rien. Je doute juste qu'elle s'en occupe… La connaissant… Elle et son projet d'orphelinat ! Cela m'agace un peu, mais je ne peux pas lui refuser cela. Le soucis est qu'elle aime les enfants, pas ses enfants.
-Oh ?
-Tu prends un malin plaisir à te mêler des affaires des Vinnairse, n'est ce pas ?…
-Eh. Je ne le nie pas. Mais toi, tu ne te soucie pas plus de tes enfants, n'est ce pas ?…
Durand se montra silencieux, perdant un instant son sourire.
-Je le sais bien. Tu n'es pas ce genre d'homme. Si l'entreprise n'est pas grandiloquente, tu t'en lasse… Si tu n'as rien à dire sur Damoc et Caliburn, c'est parce que tu ne sais rien. De plus…
Elle jeta son regard sur la peinture.
-Ceci semble te rendre bien plus heureux que la naissance de tes jumelles. Je sais que je ne suis pas bien placée pour juger mais… Tu ne conviens pas au rôle de père.
Continuant ses cercles, elle se rapprochait du comte, l'enserrant de plus plus en plus… Pour le dévorer, ou le sauver ?…
-Empereur d'Haynailia. Voilà un objectif que je vois bien plus approprié pour Durand Vinnairse. Néanmoins la voie vers cet objectif n'est pas honnête… Pas légitime. La passion seule ne suffit pas, pour gravir ces marches il te faudra plonger dans tout ce qui est de plus noir… La trahison… Ainsi tu deviendrais comme moi.
-C'est un risque à prendre.
-Un risque. Et quel risque. Fortuné et aimé, tu risque de perdre ce pari… Non, tu perdras forcément quelque chose. Ton père, et je parle là de ton valet et non de ton géniteur, a déjà dû te prévenir du risque de marcher sur nos terrains. Car il n'y a nul besoin de tenir un poignard pour avoir l'âme d'un assassin… Peindre et écrire, sont des passions dangereuses comme toutes… Mais cette passion là, elle va te corrompre. Pas seulement, dans ta tornade, tu pourrais emporter ta famille. Ta femme et tout tes enfants pourraient en payer le prix…
-Tu sais pourtant pourquoi je t'ai appelée.
-Et c'est pour cela que je te parle de cela. Fut un temps où j'aurais suivit sans discuter, mais je t'apprécie Durand… C'est pour cela que je te préviens qu'un jour viendra peut-être où tu perdras tout. Si tu es décidé, ce jour là, tu ne devrais rien regretter… Mais le doute subsiste en ton cœur, il serait plus prudent de renoncer. De vivre en paix, et d'être celui que tout le monde attend que tu sois… Durand Vinnairse, le comte à l'éternelle jovialité.

Et sur ces mots, elle acheva sa boucle en finissant en face du noble, plongeant son regard dans le sien. Il n'eut pas besoin d'articuler ses lèvres, pas besoin de faire un geste… Son sourire, qui n'était plus jovial, mais décidé, et ses yeux, emplis de détermination, avaient tout dit. Sans savoir exactement pourquoi, un étrange sentiment l'entourait… Alors que cela signifiait que leurs routes se croiseraient encore maintes fois, ce sentiment n'était pas agréable.
-Bien… Acheva t-elle, posant son parapluie sur son épaule. La bérilienne dessina alors sur ses lèvres une magnifique expression. Ce sourire doux, enchanteur et parfait, mais qui avait pourtant quelque chose d'inquiétant… Ses beaux yeux étaient à présent perçants… Son travail reprenait. Pourtant...
« Qui veux tu que je tue ? »
Ce sentiment… était-ce de la déception ?


Dernière édition par DALOKA le Ven 29 Mar - 11:29, édité 1 fois
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One Shot du Daloka des forêts Empty Voyages

Message par DALOKA le Jeu 17 Déc - 11:57

Voilà ici ce qui n'est pas réellement un OS. Car ce titre de topic est mensonger. Il s'agit en vérités de bribes d'une fic que j'ai commencé à écrire dans le désordre, mais que j'ai abandonnée. Cependant, j'ai jugé le résultat intéressant. Je préviens donc qu'il y a des trous dans le récit, et en plus qu'il est à relier avec tout ce qui concerne les Vinnairse que j'ai fait ailleurs. L'intérêt est moindre si vous n'avez pas d'anciennes références...

Sinon, dis juste que tu poste un vieux truc pour combler le fait que t'as rien posté ici depuis des mois?

... herm. Donc, commençons Mignon .





Pour commencer.

  Ceci est un petit journal que je commence suite à mon petit projet personnel : voyager jusqu'à Bérilion. Cela paraît farfelu, mais c'est une des choses que je voudrais faire à tout prix dans ma vie. « Les voyages enrichissent les hommes », disait Garrus Dyra (un homme que je n'ai pas connu mais qui était réputé honorable et cultivé). Je pars naturellement seul, n'étant point encombré, contrairement à mon frère, par une femme et un enfant (Grands Dieux j'espère ne jamais l'être).

Avant de commencer, bien que je n'ai aucune idée de à qui je ferais lire cet ouvrage, je vais me présenter, brièvement.

Mon nom est Caliburn Vinnairse, 21 ans, né le 15 décembre 1837, fils de Durand Vinnairse et Bernadette Rosentia. De part mon ascendance je suis bien sur d'ethnie lumière (avec tout ce que ça implique, cheveux blancs, etc.), et sans me vanter, plutôt bel homme (Je ne prétends jamais être modeste). Je ne vais pas vous parler de mes goûts ou tenter de faire un répugnant étalage de mes caractères, parce que je trouve cela barbant et que vous le verrez bien en continuant ces lignes. Je pourrais pourtant bien parler des pages et des pages de mon amour inconditionnel pour le sacro-saint gâteau aux amandes, mais je crains de m'en lasser moi même.

Pour finir, ce journal n'a pas de but précis. Ce n'est pas un livre sur l'étranger, c'est simplement l'endroit ou j'écrirais ce que j'ai envie de reporter, environs une fois par semaine. Si vous voulez vivre l'étranger,  il faut y aller vous savez.


23 Mars 1859, jour de départ.

 Comme on me l'a conseillé, j'ai préféré partir en début de printemps. Le séjour à Nurenuil est, paraît il, rude et placer mon départ quelques mois plus tôt, comme j'avais l'intention de le faire de prime, m'aurait valu une traversée pour le moins glaciale du pays. J'ai préparé mes affaires, mon matériel de voyage et bien sur ma monture, Anisse, une jument de 9 ans qui me servira pour le voyage.    C'est une aventure, et une aventure solitaire, hors de question de partir transporté en charrette, ou pire, dans un carrosse de prince, pouah ! De nouveaux horizons s'ouvrent à moi, hors de question de gâcher ça !
 Mon départ est depuis ma résidence à l'est de Xijaillie, et je passerais peut-être chez la famille Boldgate, histoire de leur dire bonjour. Mon frère aîné ne les aime pas beaucoup, mais pour être franc son avis me passe au dessus de la tête. Damoc a toujours été grincheux et facilement jaloux, et la disgrâce tombée sur notre famille a empiré son état (ce n'est pas pour rien que je me suis déplacé au point de quitter le comté).

30 Mars 1859

 Comme je l'avais envisagé, je suis passé à la maison des Boldgate qui m'ont comme d'habitude fait un chaleureux accueil, enfin, sauf Limstella. Cette femme est une vraie furie, j'ai du mal à croire que ce soit la fille de sa mère ! J'ai pensé au début qu'il s'agissait de vieilles rancunes familiales liées à mon grand-père, mais non ! Elle est irritable et irritée avec tout le monde (même son propre mari paraît il. L'Empereur bénisse ce pauvre homme!). J'ai peur de ce que deviendra sa fille, Maria, mais heureusement les Boldgate étant très soudés, un enfant n'est jamais élevé seulement par ses parents ou ses tuteurs désignés. En tout cas pour l'instant Maria Limstella, de son nom complet (les Boldgate et leurs noms composés…), est une enfant adorable. Sa chevelure est un composé étrange, car si elle est blanche comme celle de sa mère et des lumieux comme moi, elle vire au blond doré au bout de ses cheveux. C'est d'une certaine beauté, et je prédis que d'ici dix ans elle éveillera les passions parmi les hommes. Je crois que j'en serais charmé moi même.

Bien entendu j'ai rendu visite à ma grande tante, Luciane Amélie (qui est aussi la mère de Limstella). Elle est toujours d'une surprenante clarté malgré ses 77 ans. En fait je crois qu'elle vivra facilement plus d'une siècle.

 Nous avons déjeuné et j'ai parlé de mon projet de voyage qui, bien sur, leur a parut farfelu. J'aurais prévu de juste aller en Nurenuil, ils l'auraient compris, mais la plupart des haynailiens, surtout les mages, ne s'intéressaient pas à Bérilion. Ce pays est barbare à leurs yeux, à cause de la méfiance extrême envers la thaumaturgie qui s'y est installée.

 Pour m'aider à me protéger durant mon voyage, la vieille Luciane m'a donné une sorte de dague enchantée. Pas juste un porte bonheur mais un objet qui peut se contrôler par télékinésie… Je ne crois pas que cela me sera vraiment utile, et je comptais éviter les conflits, mais je ne pouvais refuser un cadeau même si  avec mon niveau de novice en sorts, tout ce que je pourrais faire serait de le rappeler à moi à partir d'une courte distance. Et encore, la réussite reste incertaine.

 Je suis reparti, sans avoir oublié de saluer tout le monde, dans l'après midi. Dormir dans une chambre de prince chez eux m'aurait peut-être découragé pour la suite.

6 Avril 1859

 Me voilà forcé de faire un long détour… Un messager de mon frère a réussit à me retrouver (vivement que je quitte le pays pour les éviter). Il m'a fait passé une demande urgente de ce dernier, me demandant de prendre des nouvelles pour lui de l'avancement des recherches d'Esteban Adamas,  à qui il aurait commandé un artefact en particulier. J'aurais bien refusé en bloc ses supplications, mais ce dernier promet de me laisser tranquille une fois ceci fait et si Damoc a une qualité certaine, c'est bien qu'il tient parole. Et l'île d'Axaques n'est pas un endroit si désagréable… J'ai donc accepté et je suis monté dans un des bateaux qui parcourent le lac Vandacian, faisant le lien entre la cité des mages et le reste du monde. Il y avait dans le même bateau un passager qui semblait bien morose, un homme d'à peu près mon age… J'ai tenté de lui parler mais il semblait peu apte à la conversation. D'habitude, les gens sont heureux d'aller à Axaques, ce n'est pas un pénitencier… Enfin, moi et ma manie de me mêler des affaires des autres.

 Axaques est un bel endroit, et il est assez impressionnant de voir tant de mages réunis au même endroit, parcourir les rues… Je ne suis pas assez talentueux et passionné pour me qualifier de mage, mais je trouve très intéressant de parler avec ces derniers. Leur conversations me perdent parfois mais sont souvent plus sympathiques que celles entre nobles.
J'ai naturellement demandé à des résidents si ils savaient ou étaient Esteban Adamas en ce moment, et on m'a dit qu'il faisait son cours habituel à la tour de l'académie. Je suis déjà allé à cet endroit, une fois, si je me souviens bien… C'était pour voir Laurence. Oui, vous savez, notre Valet qui s'est en vérité révélé être la réincarnation d'Haynailia premier. Histoire extraordinaire. Dès que j'ai appris que notre petit Laurence était devenu empereur, alors que mon frère semblait recevoir sur lui le jugement divin, j'ai éclaté de rire (j'en avais mal aux côtes). Enfin, j'ai toujours su qu'il était étrange mais tout de même, empereur ? Réincarnation d'un dieu? C'était fou.

 Toujours est il qu'à l'époque ou il étudiait à l'académie, il faisait déjà parler de lui, et pas seulement par ses notes excellentes mais parce qu'il avait tendance à corriger certains mauvais garçons d'Axaques, généralement des enfants de riches ou de nobles qui n'ont pas peur de se faire exclure (typiquement le genre de personne que Laurence détestait, en fait…). J'étais venu pour empêcher, justement, Laurence de se faire exclure (parce que père ne pouvait pas se déplacer, comme un certain frère en ce moment d'ailleurs). Ce dernier avait cassé le bras (ou la jambe, je ne sais plus) de Gilles Aneran, un des fils du Comte Aneran, alors autant dire que cela avait causé une incroyable discorde. Mais bon, c'est le passé tout ça.

Je suis entré dans la salle de classe d'Esteban et, sans rien dire, je me suis assis à une table. Je ne voulais pas attendre dehors, et, même si ce dernier m'ayant remarqué me jetait des regards noirs, je trouvais ça bien plus amusant d'assister à son cours (auquel je ne comprenais pas grand-chose, je dois l'avouer). J'en ai profité pour repérer quelques demoiselles pas désagréables à l'oeil, alors que la plupart des élèves se demandaient qu'est ce que je fichais ici. Une des filles que j'avais en vue, je l'ai bien marqué, n'était pas indifférente à mon charme naturel et je ne manquais pas de lui adresser quelques sourires complices, ce qui déplut au professeur qui interrompit le cours. Les adolescents sortirent de la salle et il ne restait que moi et le vieux mage.
 Bon, je l'avoue, j'ai été un peu taquin de perturber sa séance et mes excuses ne valaient pas grand-chose. Esteban m'incendia longtemps avant de me laisser aborder le sujet de ma venue, me sortant son éternel « J'enseignais déjà la magie quand ... ». Prenez cette phrase, mettez n'importe quelle chose que mon père ou ma mère n'avaient pas fait à l'époque, et vous avez le genre de phrase qu'il prononce encore et encore quand je l'agace. Cette fois c'était « quand ton père ne savait même pas le sens du mot 'coit' »… J'oubliais de préciser qu'il est facilement vulgaire ? Cependant, il reste un archimage et je crois que je peux m'estimer chanceux d'être une de ses connaissances, vu son caractère déjà bien irascible.

 Une fois son petit monologue de reproches terminé, je pus enfin lui passer la lettre marquée du sceau de mon frère que le messager m'avais remit. Vous vous demanderez alors sûrement « mais c'est un messager, ce n'est pas plutôt à lui de faire ton travail ? », et vous aurez tout à fait raison ! En vérité, vu que je n'ai pas de vraie responsabilité au sein de la famille Vinnairse, mon frère se sert souvent de moi pour parler à ses relations car, si je suis plutôt sociable, il est timide sous ses grands airs. Il aime donc m'envoyer comme porte parole de la famille depuis la mort de notre père, il me dit souvent « je serais la tête et toi la voix »… Cependant, je n'ai pas vraiment envie de m'impliquer dans ses affaires et cette phrase insinuerait que je suis plus stupide que lui, ce qui n'est pas pour me plaire, mais il a toujours ressenti un besoin d'appuyer sa supériorité…
 Mais revenons à nos moutons. Esteban m'a répondu, après avoir lu la lettre, que tout était prêt mais que je devrais attendre la fin de son cours, dehors. Je me résignai donc à attendre une heure dans le couloir triste de l'académie, observant les élèves qui passaient. Pas seulement les jolies étudiantes, la vie de l'académie est très intéressante à observer et je m'amuse à tenter de deviner la personnalité, les soucis, la vie des passants. Je crois que chaque personne dans ce monde est intéressante, c'est pourquoi je ne me lasse pas d'observer les gens. J'ai pus arrêter quelques mages ou apprentis et leur poser quelques questions. Pas des interrogations extraordinaire, des simples comme « Comment allez vous ? », « Vous vous sentez bien ici ? », « Sur quoi travaillez vous? », « D'où venez vous ? », «Quel âge avez vous? » (La dernière, certes, s'adressant surtout aux demoiselles je l'avoue). J'ai d'ailleurs revu l'homme morose qui était sur le même bateau que moi, je lui ai dit bonjour mais il n'a pas répondu… Je sais que je ne devrais peut-être pas me mêler tant des affaires des autres, mais j'aurais aimé découvrir l'origine de ce qui semblait clairement être une dépression, et qui sait, j'aurais put l'aider ? Enfin, pour le dernier point, je suis peut-être un peu naif, mais je crois qu'on a besoin de naiveté dans ce monde… Pour ''croire''.

 Une fois son cours terminé, Esteban sortit et m'invita à le suivre dans son bureau. Je ne peux m'empêcher à chaque fois de me sentir comme un enfant en entrant dans le bureau d'un archimage… Ces artefacts et bocaux entreposés par dizaines sur les étagère, et les lueurs étranges qu'elles dégageaient parfois laissaient entendre pleins de mystères que je ne pouvais comprendre… Encore une fois, je ne suis pas mage, mais mon respect et mon admiration pour eux est grande. Esteban sortit d'un tiroir un objet de la taille d'un avant bras emballé dans du tissu, et me demanda si je l'apporterais à mon frère. Je lui répondit bien sur que non, à cause de mon projet de voyage, Esteban sourit alors, chose rare, et me dit alors.
« Tu aime écrire à propos des curiosités non ? Si tu passe par Nurenuil, tu devrais passer à Lifor, c'est un village près de Theorn. »
Je lui ai donc demandé qu'est ce qu'il y avait de spécial, et il a haussé les épaules en me disant que le découvrir était plus intéressant. Je pris son avis en note… Si Esteban Adamas le conseillait, cela méritait un détour.

 Après cela, j'ai flâné, discuté avec quelques mages et élèves, avant de repartir, prenant le bateau m'ayant emmené, vers le soir. Une fois à terre, le messager m'attendait à l'heure convenue, et je lui passa simplement le rapport rapidement écrit d'Esteban qui d'ailleurs, écrit bien trop vite. C'est incompréhensible, mais je suppose que Damoc comprendra en faisant des efforts…

 Je passa la nuit à l'auberge. Ce détour n'avait pas été inutile et voir le vieil Esteban toujours en pleine forme fait chaud au coeur. Je repartirais demain, et je pense que je ne m'arrêterais à aucun village et irait directement vers Riphégrith. Ne jamais oublier les plaisirs d'une nuit à la belle étoile.


14 Avril 1859

 J'ai traversé la forêt entre Axaques et Riphégrith. Pour être tout à fait franc je n'ai pas grand-chose à dire de ce trajets : les paysages ne sont pas nouveau pour moi et je n'y ai fait aucune rencontre… Cependant, maintenant que je suis à Riphégrith, j'ai l'intention de faire quelque chose avant de passer la frontière : passer voir les ruines d'Arzteingard. Le château volant de la plus grande guilde de héros du continent s'est écrasé entre Blanfort et cette cité… J'ai le sentiment que je dois y aller.



Je reviens écrire à nouveau, par besoin. J'ai le sentiment que j'étale ma vie privée comme un sentimental, mais c'est mon journal. J'y écris ce que je désire non ? Je pourrais tout aussi bien décrire la dernière nuit que j'ai passé avec une femme, c'est aussi mon droit. Ce journal est ainsi, un reflet de moi même. Je le vois ainsi en tout cas.

 Alors que je sortais de l'auberge ou je m'étais installé hier, un homme m'a abordé à la sortie. Taille moyenne, barbe courte, le pouce droit en moins. Il m'a jeté une pierre, tentant sûrement de me frapper au visage. Je ne sais pas si c'est grâce à ma tentative d'esquive ou parce qu'il visait mal, mais heureusement le caillou n'a fait que tomber mon chapeau.
« Je te reconnais, Caliburn ! » avait il dit, me menaçant du regard, « Hors de nos rues, fils de traître ! Ton père était une pourriture ! »
L'aubergiste sortit, sans doute ne voulait il pas avoir de problèmes avec la noblesse, pour prier à l'homme de me laisser tranquille. Je l'en remercia une fois ce dernier parti. J'appris que cet homme se nommait Bruce Buisan, et était un honnête banquier qui travaillait dans la rue d'à côté, ainsi qu'un fervent patriote.

 C'est à cause, ou plutôt grâce à ce qu'il a dit, que j'écris.  

 Oui, mon père était un homme mauvais. Il n'y a pas de raison que j'écrive le contraire, ce serait mentir.
Mon père était un homme mauvais.
  Le type d'homme dont les actes entrent en confrontation directe avec mes idéaux. Mon père, Durand Vinnairse, a manipulé et acheté des centaines de gens, et tué plus d'une dizaines de personnes qui dérangeaient son ambition. Parmi ces gens, certains étaient bons. Mon père a, pour monter sur le trône impérial, détruit des vies entières… Juste parce qu'il était persuadé que sa montée au trône était la meilleure chose qui pouvait arriver au pays.
Les conséquences n'étaient pas importantes. Ces cadavres servaient de fondation pour un meilleur monde, ou plutôt 'son' monde meilleur.
« Si c'est pour ce résultat, cela en vaut la peine. », « Ce que je fais est juste », « Tout s'arrangera une fois mon objectif accompli. ».
Le connaissant, c'est ce qu'il pensait. Mais la volonté de faire le bien rend t-elle bon ?…
Peut-être. Mais mon père n'avait pas seulement le désir de faire le bien, c'était aussi un homme qui voulait dominer les autres. Ce n'était pas seulement qu'il le devait, il le voulait. Il avait faim de pouvoir et cette faim a dévoré ses rivaux. D'autant plus que son intention était de faire ce qu'il pensait être le bien.
 Ce qu'il pensait. Mon père n'accordait jamais de crédit aux avis des autres. Il se considérait supérieur… Et ses ambitions ont eu des conséquences catastrophiques sans porter de fruits.
 C'est pour cela que mon père était un homme mauvais.
Malgré tout, cet homme si fier est mort par sa propre faute.

 Mon père a défié le comte Dyra, venu pour l'arrêter, en duel… Pourquoi ?…
Il aurait pu s'en sortir. Il aurait pu manipuler la vérité comme il l'a toujours fait, et je suis persuadé qu'il aurait gagné. Il aurait été considéré comme innocent, son plan se serait bien déroulé, et il aurait prit le trône.
Au lieu de cela il est mort de l'épée de Téko Dyra. Pourquoi ? Mon père était rusé, et il savait qu'en défiant Dyra ses chances de mourir étaient hautes…

C'est parce que, l'espace d'un instant, mon père, Durand Vinnairse a douté. Il a douté de la justesse de sa voie…
« Est ce que je fais le bien ? »

Quand j'y repense, cela paraît farfelu de l'imaginer se poser cette question. Mais c'est bien ce qu'il s'est passé… Le poids des cadavres entassés, il s'est finalement mit à le ressentir… Ou peut-être je me trompe, et il le ressentais depuis le début ? J'ai bien peur de ne plus pouvoir lui poser la question.
Mais c'est à cause de ce doute qu'il s'est montré devant Téko Dyra. Mon père voulait… Une preuve que sa voie était juste, et il pensait l'obtenir en affrontant quelqu'un qu'il considérait comme un adversaire de valeur. Quelle étrange tournure des choses. Durand, celui qui tirait les ficelles derrière la scène, combattant en personne pour défendre son idéal… Pourtant il aurait du savoir qu'il perdrait…
Et si il le savait ? Si le savait, cela voudrait dire qu'il s'est suicidé et qu'il savait donc que son idéal était corrompu…
Non, c'est stupide. Il n'aurait jamais pensé ainsi.

En tout cas, mon père voulait ''se laver''. Dit ainsi c'est étrange, mais c'est le mot qui me viens à l'esprit.
Si il gagnait, son idéal serait propre et il pourrait continuer son idéal en paix.
Si il perdait, il aurait eu une mort propre, et pourrait abandonner son idéal en paix.

 Voilà ce qu'il cherchait, la paix intérieure. Mon père était en conflit avec lui même… Et par un conflit avec un autre, il a réglé ce conflit.
Téko Dyra a vaincu Durand. Et Durand s'est achevé lui même. Ou en tout cas, il a achevé son idéal…
Vu qu'il doutait de lui, était il donc si mauvais ? Je ne sais pas si je peux répondre à cette question… Mais j'ai le sentiment que je dois y répondre.

 Toujours est il que celui qui le qualifierait d'homme mauvais n'aura pas tort. Je suis même enclin à penser qu'il l'était… Seulement, c'est de mon père qu'il s'agit. Je ne peux pas le hair, et les gens pensent que je devrais le faire. Cependant… Hair quelqu'un ne devrait nullement être un devoir.

 J'aimais mon père et je l'admirais. Ce n'était pas un père idéal, car il ne traitait pas bien tout ses enfants… Je ne le réalisais pas avant, mais au début de mon adolescence je me suis mit à le remarquer…
La manière dont Nolan, Damoc et moi étions considérés, était bien différence de celle d'Alexia. Alexia et sa jumelle d'ailleurs, Félicia, notre ancienne petite sœur… A l'âge de sept ans, Félicia fut adoptée par le comte Dyra, et la séparation choqua Alexia pour toute sa vie.
Alexia était en permanence en recherche d'attention depuis la perte de sa sœur, attention que notre père ne lui offrait nullement. Il ne la détestait pas mais… Je ne sais pas si elle valait quelque chose à ses yeux. Non, je dirais très franchement qu'il s'en fichait. Dès qu'elle lui demandait de l'attention, il lui offrait toujours des jouets pour être tranquille… En conséquence, Alexia développa un grand besoin émotionnel.

Je ne suis pas innocent dans cet histoire. A l'époque, j'étais égocentrique et la tête remplie de rêves, Alexia me dérangeait… C'est pour cela que je l'évitais, ce n'était pour moi qu'une petite sœur agaçante.

Ce qui est arrivé à Alexia est la faute de toute la famille.
La faute de notre grand-père pour lui avoir fait ça. La faute de notre père pour lui avoir ôté sa sœur et  accordé aucune attention. La faute de Nolan, qui la battait, et celle de moi et Damoc pour l'avoir ignorée.
Quand à notre mère… Elle n'a éduqué aucun d'entre nous. C'est encore un électron libre, qui n'est pas une mauvaise personne en soi (elle aide des miséreux, je l'admire pour cela), mais qui ne nous a jamais accordé d'attention, quand bien même elle aimait grandement notre père… Je crois que nous l'avons toujours plus connue comme la femme de notre père plutôt que notre mère.


J'ai beaucoup parlé de ma famille aujourd'hui, mais je crois que cela mérite d'être écrit. Je crois, enfin, j'espère,  que Damoc sera un bon père. Son fils, Mercurius est né il y a cinq ans… Ce sera sans doute lui le prochain comte.
Peut-être que je lui passerais ce journal quand il en aura l'âge.


20 Avril 1859

 Je suis en ce moment juste en face des ruines de la forteresse d'Arzteingard.

J'ai déjà vu ce château blanc voler, à l'époque ou l'ordre était encore vraiment. Peu de choses que j'ai vues dans ma courte vie sont aussi incroyables, aussi majestueuses… J'espère que quelqu'un a déjà eu l'idée de peindre le château en plein vol, car maintenant que ce dernier ne vole point, ce serait à mes yeux une œuvre d'une valeur inestimable… Bientôt la forteresse de lumière sera recouverte par la mousse, et ne fera plus qu'un avec la nature. Ainsi va la vie, c'est également le destin des hommes.

Bien entendu je n'étais pas le seul sur les lieu, des gens curieux, dont beaucoup de mages, aiment visiter les ruines de l'ancienne forteresse… Mais les gens simples ont tendance à s'en méfier (ils ont peut être raison). Il est cependant dur de pénétrer à l'intérieur, la majorité des salles sont condamnées, une bonne partie de l'édifice en gravats, et il faudrait sans doute une équipe organisée pour dégager les débris sans risquer de faire s'effondrer encore plus le bâtiment.
Une personne faisait des recherches d'ailleurs près d'une des entrées. Une femme, une archéologue  je crois. Son nom était Valera Dren. Nous avons échangés quelques mots mais je l'ai laissée, elle semblait bien trop plongée dans son travail. J'ai ensuite envisagé d'escalader la forteresse pour arriver le plus haut possible. Une entreprise risquée, mais je n'ai pas froid aux yeux (peut-être que ça me tuera un jour!).

Je ne suis pas arrivé au sommet, il n'était pas accessible, mais l'endroit ou je suis en ce moment me procure une très belle vue de la forêt et du reste des ruines. C'est un bon endroit pour écrire, on y trouve un calme presque absolu et la hauteur me rappelle la cité de Taeris (qui est aussi un endroit magnifique).

 Je ne peux m'empêcher de me sentir affligé en tentant d'imaginer les chevaliers d'Arzteingard parcourir les lieux. Oh, je ne dis pas qu'ils étaient tous des saints, mais c'était des hommes qui combattaient pour ce qu'ils pensaient juste et je respecterais toujours ceux qui se battent pour le bien, et ce même si nos opinions diffèrent et que je dois me confronter à eux.  
 J'ai eu la chance de parler un jour avec plusieurs chevaliers d'Arzteingard en mission, tout juste l'année dernière. Je m'étais senti, je l'avoue, comme un enfant devant tout ces héros. J'ai pus adresser la parole à quelques chevaliers saints, des hommes qui étaient parmi les meilleurs guerriers du continent. Nombre d'entre eux étaient remarquables et des hommes d'exceptions, même si certains étaient distants (je pense à Lyra d'Arzteingard notamment). Cependant, il y en avait un qui était encore plus remarquable que tout les autres. Arthus Di Arzteingard, le haut chevalier saint qui s'est sacrifié.

 Tout les chevaliers saints que j'ai croisé étaient imposants même si certains l'étaient plus que d'autre, mais lui… C'était différent. C'était le genre de personne dont on ne pouvait pas avoir peur d'approcher malgré sa force… Non, cela allait plus loin. Vous savez, les gens charismatiques (Comme moi ! Ou peut-être pas ?) ont cette espèce d'aura qui vous donnent envie de les suivre ou d'être leur ami… Dans son cas, je me sentais comme si j'étais déjà son ami juste après lui avoir serré la main. Une autre chose effrayante chez lui… Et que j'ai eu l'impression que cet homme aimait tout le monde. Sincèrement.

 Aimer tout le monde.
L'Idée me semble fantasque. Est ce seulement possible pour un humain ? Eprouver de la compassion même les hommes mauvais ? Pour ceux qu'on devrait un hair ? Je ne crois pas cela possible… Mais dès que l'on m'a dit que cet homme, Arthus, était ainsi, je crois que j'étais prêt à le croire.
Mais si cela est bien vrai, si Arthus était un tel homme… Je le plains. Comment vivre ainsi pourrait il être supportable ? Je sais que c'est un modèle, mais je crois que la ''pureté'', ou plutôt la bonté et la compassion désintéressée n'est pas un cadeau pour celui qui l'a.


26 Avril 1859


 Nurenuil, m'y voilà enfin ! J'ai pus, en accompagnant un groupe de marchands ambulant, trouver un chemin permettant de passer en toute sécurité à travers les monts afin d'arriver dans la forêt de Crawn. L'ambiance était réellement paisible, cette route étant peu fréquentée, et la traversée fut donc assez agréable. Mais le meilleur instant était celui ou, passé de l'autre côté des montagnes, je pouvais contempler la forêt de Crawn s'étendant jusqu'à l'horizon… J'étais réellement excité, et sentais le désir de découverte me dévorer. C'était le véritable début de mon voyage, la véritable rencontre de l'inconnu ! Si j'ai un point commun avec mon grand-père, c'est bien la passion du savoir, même si je ne suis pas mage. Quels paysages décorent ce pays ? Qui sont ces habitants ? Quels sont leur coutumes ? Voilà ce qui me fait brûler ! La curiosité ! Depuis le début de mon adolescence je projetais de faire ce voyage, et j'ai dans ma jeunesse parcourut mon propre pays et visité chaque ville. Le monde s'offre à moi à présent.


 Nous nous sommes arrêté dans un village où les habitants vivent principalement du travail du bois et du bûcheronnage, comme la plupart des habitants de la région de Crawn apparemment. Logique, vu l'épaisse forêt environnante. Nous sommes actuellement dans une auberge, et je fus surprit de ne recevoir aucune remarque sur ma nature de haut noble haynailien (certains Nurenuiliens méprisent ouvertement l'Empire). L'aubergiste m'a cependant dit que les gens ne seraient pas aussi tendres vers l'Est du pays, en vérité les visites d'habitants de l'Empire et même de nobles sont plutôt courantes ici.

 Je compte continuer d'accompagner le groupe de marchands jusqu'à Vamor, vu que c'est leur destination et que le chemin que j'entreprends ne m'importe pas tant, du moment que je traverse le pays.

1er Mai 1859


 Même du point de vue d'un haynailien, il est difficile d'admettre que la cité de Vamor n'est pas impressionnante. Bien que je ne sois pas un expert en la matière, j'ai vu assez de villes pour savoir en apprécier la grandeur avec du recul. Même si le printemps est arrivé depuis un moment déjà, la neige est toujours présente ici, ainsi que le froid terrible de cette région… Les marchands, bien sympathiques, m'ont indiqué un homme qui accepterait sans problème d'héberger un haynailien, ce qui me permit de me reposer deux jours ici et d'explorer un peu l'intérieur de la ville. Vamor est impressionnante de loin, mais plutôt triste à l'intérieur… Il ne semble pas s'y passer grand-chose au quotidien, à mon grand désarroi.
 La nuit dernière cependant, je suis tombé sur un étrange ivrogne entièrement couverts de bandages … Il semblait rechercher désespérément quelqu'un à qui parler alors je l'ai approché. En pleurant, il a tenté de m'expliquer quelque chose, mais tout ce qui sortait de sa bouche était difficile à entendre, même les mots les plus simples. Je n'ai rien compris, mais il semblait heureux que quelqu'un l'ait écouté et il m'a remit un morceau d'or.  Un fragment d'un bijou, une tiare ou un bracelet, à la forme. Peut-être un marchand ruiné ? J'ai voulu le revoir le lendemain, mais il n'y a plus nulle trace de cet ivrogne nulle part.

 L'homme qui m'héberge, un certain Jorrhel, est loin d'être commode. Cependant, il n'est guère méchant, du moment que l'on ne touche pas à ses affaires… Il m'apprit, alors que nous mangions, certaines coutumes de tables du pays. Bien que cela me parut étrange au premier abord, il m'affirma que ces connaissances me seraient utiles, ou m'éviteraient au moins des problèmes. Ensuite, il m'apprit les différentes manières de saluer. C'est toujours un plaisir d'apprendre ce genre de détails.
Pour le remercier de son aide, je lui offrit quelques pièces d'or, et il me donna en plus une bouteille d'hydromel… Je n'en ai jamais goûté et je ne suis pas un grand buveur, mais cela fait toujours plaisir.

 Je part à présent de Vamor et je réalise que j'en oubliais le plus important : les femmes ! En effet, deux semaines à Nurenuil sans avoir touché à une Nurenuilienne ? Reprends toi, Caliburn, ce n'est pas sérieux !

9 Mai 1859

Dans mon voyage, j'ai longé le fleuve Valfer. Au bord de ce fleuve se trouvent de nombreux villages et petites villes qui m'ont permis de m'approvisionner régulièrement en eau et nourriture. J'ai pu également me familiariser un peu plus avec la culture locale aux travers de discussions avec les habitants. Certains étaient sociables, d'autres moins, mais globalement cela fut enrichissant. Les Nurenuiliens accordent beaucoup d'importance à leurs traditions, tout en étant des personnes parfois de fort caractère avec une certaine franchise, cependant je ne trouve pas qu'ils sont si différents des Haynailiens, en tout cas si l'on observe le peuple. Bien sur, ça, c'est une remarque que je garde pour moi : je tâche d'éviter les problèmes un maximum et de rester courtois. Tant que je le fais je n'ai aucun problème, j'ai toujours un certain talent pour caresser les gens dans le sens du poil, si on peut dire… L'homme observateur que je suis pose d'abord des questions très banales, puis après avoir repéré les centres d'intérêts de la personne, la discussion s'étoffe et se précise et à force j'arrive à en apprendre plus sur cette dernière. De cette manière, j'appris quantité de choses sur leur pays, les seigneurs, et leur culture. Discuter avec les gens est la partie la plus intéressante du voyage, et celle où j'excelle. Et je n'oublie jamais ce qu'on me dit, pas plus que je n'oublie une personne… J'ai comme un carnet de note dans mon crâne. A cause de cela mon père me disait que je serais grand politicien comme lui, mais cette voie ne m'intéresse pas plus que ça.
En revanche, je regrette d'avoir refusé dès qu'il m'a proposé de m'apprendre les bases du dessins et de la peinture, car il y a réellement du potentiel à peindre en terme de paysages dès que l'on voyage.  Et je ne suis pas bon pour représenter à l'écrit la beauté des décors, de plus…

J'en profite pour écrire que mon objectif de passer la nuit avec une Nurenuilienne s'est accomplit sans encombre. Elle se nommait Keyne Cunoandre. Une jolie brune de ma taille qui n'a pas à se plaindre de ses formes, et qui approchait la trentaine. Mon charisme légendaire a fait effet et la conversation s'est lancée toute seule, et puisque que je ne suis pas mal de ma personne et que j'ai le savoir de parler aux dames et damoiselles, j'ai pus finir dans son lit à la fin du soi.

Oui, je suis totalement libertin et je l'assume. Damoc, apprenant mon projet de voyage m'avait d'ailleurs dit « Ne t'avise pas de courir aux jupes des étrangères... ».
Je lui ai bien sur répondu que ce n'était pas une promesse que je pouvais tenir. Damoc me reproche souvent ce comportement, et il a sans doute raison de le faire, mais ce n'est pas lui qui me convaincra de me ranger. Je me souviens qu'une fois il m'avait demandé si je couchais avec sa femme… Il s'agit de mon frère, et même si il est agaçant, je l'adore. Je ne lui ferais jamais ça, j'ai toujours préféré les femmes célibataires de toute façon.
Bref. Keyne est une femme assez charmante avec, je trouve, un très joli nez. Comme son père, elle travaille dans la fabrication d'alcool forts, et je crois que les affaires tournent bien pour eux.

Dans le village suivant, j'ai croisé une jeune fille assez amusante, de 14 ou 16 ans à vue de nez (Et comme je le dis, c'est à partir de là que c'est bon à croquer... Je plaisante, naturellement.). Elle faisait tout un caprice au forgeron du coin pour qu'il lui vende une épée et ce dernier ne semblait pas d'accord, disant qu'il ne vendait pas d'armes aux enfants prêts à se suicider.
« Je veux tuer une sorcière ! », disait-elle. « Ben voyons. », avait répondu le forgeron avec lassitude. J'approchais de la scène quand la jeune fille blonde me fixa avec un regard déterminé.
« Je t'interdis d'avoir pitié de moi. » avait-elle dit avant de s'en aller. Il y avait une certaine fierté dans son regard, qui me rappelait un peu Laurence. Et quelle belle occasion pour parler de Laurence, justement ! Il fait partie des personnes dont je tiens à parler dans mon journal… Et je ne peux résister à la tentation d'écrire quelques anecdotes sur mon tout puissant dirigeant. Mon petit côté provocateur. J'en payerais sûrement le prix un jour.

 J'apprécie Laurence, et je l'appréciais à l'époque également. C'était, pour un valet, un esprit brillant et il avait cette fierté, je dirais même, cet ego inhabituel également pour sa condition que j'aimais beaucoup. Je tentais donc souvent d'engager la conversation avec lui, mais il la refusait la plupart du temps car lui en revanche, ne m'appréciait pas beaucoup. Nous aurions pu pourtant devenir bons amis, je ne l'ai jamais considéré comme inférieur à moi, mais je crois qu'il haissait trop notre famille elle même. Laurence avait des problèmes avec tout les Vinnairses… Sauf notre mère, mais il  la voyait peu.
 Notre père, et son maître, Durand, était pourtant sympathique avec lui et ne lui donnait le fouet que très rarement, il a d'ailleurs rapidement totalement arrêté en jugeant que cela ne servait à rien. Et comment que cela ne servait à rien… Notre petit valet avait été entraîné et éduqué par un tueur d'élite (ce fait est supposé secret, mais étant mort le vieux valet ne m'en voudra guère)nommé Gérard, le précédent valet de notre père. Pour avoir observé une séance d'entraînement de Laurence avec son père adoptif il y a longtemps…  Les coups de fouets ne sont pas grand-chose à côté de ça. Gérard ne se gênait pas pour frapper Laurence dans le but de lui apprendre à soit endurer soit esquiver les coups, et même si il évitait de le frapper au visage, cela était parfois d'une violence rare.
 Et en passant, mon père n'aimait pas punir par la violence. Les rares fois ou il le faisait sur Laurence, c'était sur la demande de quelqu'un d'autre… Mon père était plus subtil d'habitude, plus mesquin aussi… Mais je crois aussi qu'il a abusé sexuellement de Laurence. Je ne sais pas grand-chose des penchants qu'avait mon père, mais je sentais à ses regards que le beau visage de son valet ne le laissait pas indifférent. Et il est vrai que Laurence est beau, d'une beauté féminine troublante, et d'une élégance masculine admirable. Hors, je suis sûr et certain que mon père n'aurait pas résisté à la tentation de goûter un fruit qui le tentait autant… La haine de Laurence pour son maître était donc plus que compréhensible.
 Je réalise que je m'attaque a des sujets très sensibles. Si jamais on apprend que l'empereur s'est fait abusé par Durand Vinnairse… Quelle folie ce serait, pas vrai ? En vérité, je n'ai de toute façon pas de preuve… Et il n'y en a certainement aucune. C'est mon instinct qui parle. Les comportements de Laurence et de mon père m'indiquaient cela. Ainsi je devrais peut-être éviter de faire voler cette information, tout comme toi lecteur, si tu tiens à ton confort voire à ta vie.

 Ensuite, il y avait Nolan. Oh seigneur, lui en revanche… Dès que Laurence se faisait frapper, il y avait de grandes chance que ce soit par lui. Nolan ne supportait pas que Laurence lui tienne tête, mais ne comprenait pas que la violence ne servait à rien… Laurence continuait de se moquer de lui et d'endurer la plupart des coups. Mais le plus savoureux, c'était dès que Nolan réussissait à énerver Laurence. Car Laurence répliquait, et Nolan se faisait rétamer… Laurence était fort, terriblement fort. Mais dès qu'il répliquait, notre père le punissait, et généralement autrement que part le fouet ou le bâton. Non, la privation de nourriture ou l'isolement étaient plus courantes. Père n'était pas si mesquin avec les autres serviteurs mais je crois qu'il avait peur de Laurence, d'une manière ou d'une autre.
En tout cas, la haine de Nolan et Laurence était forte. L'un jalousait les talents de l'autre, et l'autre jalousait sa naissance et sa réputation. Car Nolan était très populaire en dépit de son caractère enflammé.

Quand à Damoc… Il évitait Laurence, purement et simplement. Pour lui, c'était un oiseau de mauvais augure. En revanche, la relation que notre Valet avait avec Alexia est autrement plus intéressante à raconter.
Alexia était, avant le départ de Félicia, une petite fille joviale et innocente. Comme je l'ai dit, après le départ de sa sœur, elle recherchait de l'attention de la part de sa famille, qu'elle ne put trouver… Laurence l'intimidait, de plus (alors que ce n'était aussi qu'un gamin). Mais elle l'observait de loin. Un jour, dès qu'elle avait douze ans je crois, elle demanda à Laurence si elle pouvait être son amie. En vérité, elle m'en avait parlé avant, bien que je n'y avais porté aucun intérêt… Je n'avais vu ça que comme une énième manière d'attirer l'attention, ce pourquoi je l'ai encore ignorée. Dans tout les cas, je crois qu'elle s'est faite violemment repousser par Laurence et qu'elle s'est mise à le hair. Laurence devint alors de plus en plus cinglant et méprisant avec elle. Alexia demandait parfois à ce qu'on le fouette d'ailleurs, lors de ses crises… Il faut dire que, oui, Laurence pouvait être réellement méchant dans ses paroles. Alexia était agaçante, oui, mais elle faisait avant cela rarement des choses qui méritaient des insultes…
Ensuite, Alexia est devenue l'amante de West Adamas, le meilleur ami de Laurence, et ça n'a alors fait qu'empirer la situation… Maintenant que j'y pense, je n'ai jamais été actif. Je regrette de ne jamais avoir eu la motivation ou le courage d'intervenir… Peut-être que Laurence aurait moins détesté les Vinnairse ? Peut-être que nous aurions put nous entendre… Peut-être aussi que Alexia aurait put vivre son histoire avec West… Mais il est trop tard pour cela.

Quoique, si la possibilité m'est offerte, je discuterais bien avec notre Empereur. A mes risques et périls, n'est ce pas Laurence?



2 Juin 1859

 Aujourd'hui, je peux me vanter d'avoir accomplit un acte héroique. Enfin, ce n'est sans doute pas grand-chose… Mais je peux en être fier. Plus précisément, j'en récolte un profond soulagement.
Il y avait une jeune femme dans la ruelle d'un village ou je passais juste manger et dormir, qui était au prise avec un homme. Ce dernier la tenait fermement et la frappait, tentant de l'emmener autre part… J'ai compris (même si la violence aurait suffit à me faire agir) à ce que criait la victime comme le bourreau qu'il s'agissait d'un viol. Le reste des habitants ne semblait guère intéressé par l'action et ignorait… Autant dire que j'avais vu des Nurenuiliens plus braves que ça.
 Je me suis approché et j'ai tiré l'homme par le col, lui disant d'arrêter, et qu'il se mettait lui même en disgrâce en tant que mâle par cet acte. Bon, je ne m'attendais pas à ce que cela l'arrête, mais pour moi l'esprit doit toujours parler avant la violence. La violence de ce dernier répondit vite, puisqu'il me donna un furieux coup de poing dans la bouche qui me fit tomber à terre sur le postérieur. Je ne suis pas pugiliste, ni spécialement fort. Cependant, j'ai ma dague !
 Je sortis donc mon arme en me relevant pour l'intimider, puis je me dis que faire usage de son pouvoir était une bonne idée. Je la fit léviter et tournoyer autour de moi, lui adressant quelques menaces. L'oeil méfiant et inquiet, l'homme recula et finit par partir. Je n'étais même pas sur de pouvoir la lancer correctement, mais l'intimidation avait fonctionné.
 J'aidai la jeune femme à se relever tandis qu'elle me remerciait. Je lui demanda alors de m'expliquer ce qu'il s'était passé plus en détail. En vérité, l'homme la voulait pour femme et cette dernière refusait ses avances… Hors, son père était absent, et ce dernier voulait donc profiter de cet instant. Elle me dit que ce dernier reviendrait demain, ce qui me rassura et me permit de reprendre la route le matin suivant l'esprit tranquille. Elle n'était pas seule et sans protection, je passa donc juste la nuit avant de repartir tôt le matin.

Cet acte simple m'a terriblement soulagé.


4 Juin 1859


Je n'ai pas pus m'empêcher de repenser à ce moment, depuis que j'ai aidé cette femme…
Je crois qu'il est temps de poser tout ça sur le papier.

 C'était il y a cinq ans. Notre père n'était pas là et bien sur notre mère non plus, il se faisait tard, la maison était calme, seuls moi et Damoc ne dormions pas. Nous jouions tranquillement au tarot comme à notre habitude, même si mon frère commençait à sérieusement s'inquiéter de l'absence de Nolan qui ne rentrait d'habitude pas si tard de ses sorties. Je le rassurais en lui disant que notre grand frère était bien responsable de lui même, et que nous n'avions pas à nous mêler de ses affaires.
Dieux, que j'avais eu tort de le dire.

 Au beau milieu de notre partie, nous entendîmes des hurlements de femmes qui venaient d'une des entrées à l'arrière du manoir, d'où nous étions proche. Inquiétés bien que ne reconnaissant pas la voix, nous décidâmes de descendre jeter un œil. Damoc et moi, nous fûmes terriblement surpris en voyant ce qui se déroulait sous nos yeux ; notre grand frère tenait une femme fermement par la taille de ses deux bras. Je vis rapidement que ce dernier était ivre. La petite femme aux cheveux noirs semblait d'un milieu modeste et plus vieille que Nolan, et tentait de se débattre en hurlant, mais en vain. Damoc s'avança immédiatement, demandant des explications sur ce qu'il voyait, mais Nolan se contenta de lui dire brutalement de se taire avant de continuer et se diriger vers une chambre, nous ignorant. Damoc et moi nous comprîmes vite la situation. Nolan avait horreur qu'une femme lui résiste, même si il tâchait de paraître gentilhomme, cependant jamais il ne s'était vautré dans l'alcool ! Nous ne savions pas comment le raisonner, mais nous nous doutions de l'acte honteux qu'il s'apprêtait à faire.
 Alors que Damoc continuait de parler à notre frère semblant sourd, je décidai de m'avancer et de retenir Nolan par l'épaule, en le priant de retourner se coucher. Il me regarda l'oeil mauvais en beuglant que cette femme l'avait insulté, alors que cette dernière niait de la tête en demandant de l'aide d'un regard suppliant. J'insistai, disant qu'il n'avait pas les idées claires et qu'en tant qu'héritier il ne devait pas faire telle chose, sans quoi cela mettrait en péril l'honneur des Vinnairse. Sachant que l'honneur familial était cher à ses yeux, je pensais pouvoir lui faire entendre raison, mais bien au contraire, il s'agaça contre moi. Il dit avec colère que ses petits frères n'avaient pas à lui faire la morale, et je fit alors l'erreur de lui dire que même père aurait honte de lui… Après cela, il libéra un de ses bras pour me frapper en plein visage, me cassant le nez et me mettant à terre. Puis, il continua sa marche. Damoc, découragé, n'intervint pas plus et se contenta de voir si j'allais bien, me traitant d'idiot au passage pour ma remarque... Nolan était bien trop fier, et tentait d'obtenir la considération de notre père à tout prix… Je pensais que cela lui éclaircirait l'esprit, mais ce fut hélas le contraire.
Le grabuge avait réveillé plusieurs personnes dans la maison, la majorité des serviteurs qui y logeaient. Ils demandèrent ce qu'il se passait, et Damoc ne sut que dire. Le laissant expliquer cela, je  ne laissai pas tomber et allai vers la chambre de Nolan. Que pourraient bien t-il faire ? Pourraient il raisonner Nolan ? Auraient il le courage de s'opposer à lui ? Assurément non. Notre père et son valet n'étaient pas là… C'était à notre rôle de régler cela.
 La porte était verrouillée et j'entendis les cri derrière. Je tentai de lui parler à travers la porte mais aucune réponse ne me parvint… Rien à faire. La scène se déroulait derrière cette porte à quelques mètres en face de moi, et j'étais impuissant…
Je vis alors Alexia dans le couloir. Je paniquai à l'idée de la voir là, elle n'avait que treize ans ! C'était une des rares fois où je me suis inquiété pour elle. Je lui priai de retourner dans sa chambre, mais cette dernière me fixa avec irritation avant de regarder la porte avec la même irritation.
« Je sais très bien ce qui se passe là dedans. »
C'est ce qu'elle dit avant de partir, avec une froidure que je n'avais jamais vu chez elle. C'est à partir de ce jour que sa simple peur de Nolan s'est transformée en haine et en mépris.

J'entendis l'acte se produire avec horreur et dégoût. Je ne savais même pas pourquoi je restais à cette porte… Dès que Damoc revint pour me saisir par le bras, je n'insistai pas. J'étais découragé, désespéré… Je retournai donc dans ma chambre tel un gamin apeuré, mais je ne pus dormir. Comment aurais-je pus? Un viol avait été commit par mon frère, dans notre maison !… Je savais que l'on me demanderait d'oublier, mais je ne le pourrais pas. Pas plus que ne le pourrait Alexia, et pas plus que ne le pourrait cette femme.

 Ne pouvant trouver le sommeil, je décida finalement de sortir du manoir, trouvant presque l'air de la maison où j'avais grandis étouffant. Je pris ma pipe et mon tabac, et je me mit à fumer dans le jardin, seul. Je me sentais terriblement seul.
Le jour se levait sous mes yeux. A quoi ai-je pensé durant cet instant ? Je ne peux le dire, j'étais déprimé, peut-être que j'en suis venu à hair mon frère ou la nature sauvage même de l'homme. J'avais honte, terriblement honte comme si c'était moi le coupable. Et j'avais surtout honte de savoir que ce crime serait impuni… Notre père ne laisserait pas son fils héritier souffrir d'une telle disgrâce, jamais. Il couvrirait ce crime, il ferait taire la femme et tout les témoins. Nolan serait blanchi. Réprimandé certes, mais blanchi.
Non.
Ce la n'allait pas se dérouler ainsi. Je devais changer les choses. J'étais jeune mais je connaissais les lois, je savais bien parler, et j'avais moi aussi des relations.
« Je mènerais mon frère à la justice. », c'est ce que je me suis dit. Peu m'importais en vérité qu'il soit puni ou non, je voulais juste que l'on reconnaisse son crime.

 Ce désir m'emplit d'une volonté jamais connue jusqu'alors. Le désir de justice. Oui, je me sentis comme un héros à ce moment là, je l'avoue…
Je suis allé contacter le Baron Islide, talentueux juriste que je savais honnête. Si nous réussissions à exposer les preuves, il y aurait un moyen de réussir. Je lui expliqua en détail l'horrible nuit dans une lettre et il accepta de m'aider, m'expliquant qu'il faudrait cependant retrouver la victime. Je réussis, en conversant avec les serviteurs, à obtenir son nom et son prénom : Pontile Lucie. Je tâcha donc de rencontrer cette femme. Elle habitait dans un village non loin de la ville, où j'allai personnellement. Dès que je frappa à la porte, elle ouvrit, la mine affreusement noire. Je me présentai sans mentir, et elle referma immédiatement la porte en gémissant tout à coup de la laisser tranquille… Je lui expliqua les raisons de ma venue à travers la porte, mais je ne reçu qu'un silence pour réponse.
Je m'assis donc devant la porte. J'attendis une ou deux heures… Je savais qu'elle finirait par ouvrir. Parfois je disais quelques mots, sans aucune réponse. Au bout d'un moment, elle ouvrit et me fixa d'un air désespéré.
« Vous êtes encore là ? » demanda t-elle.
« Toujours. Je suis là pour vous aider vous savez. »
« Je n'ai pas besoin de votre générosité... » siffla la femme, méprisante. Je réalisais qu'elle était très belle mais que malgré cela, elle devait approcher la quarantaine.
« Ce n'est pas juste une question de générosité ou de pitié», dis-je. « Je crois que la vérité doit se savoir. Et je crois que celui qui… Enfin… Mon frère aîné, doit répondre de ses actes. »
« … Est ce que vous détestez votre frère ? »
« … Non. »
« Moi oui. Je le hais de toute mon âme… Pourtant vous, vous voulez le juger sans le hair… »
« … Je peux donc entrer, ou non ? »
Un silence s'ensuivit. La femme me fixait d'un regard perçant… Ses yeux bleus, bien que rougis, étaient fiers. Même dans la peur, même après ce qu'elle avait subit, la honte n'avait pas détruit son regard. Malgré son humiliation. Je n'aurais auparavant pas cru telle bravoure possible chez une personne si simple
Cette femme était magnifique.
«Allez y, entrez », fit elle finalement.

 Elle me laissa poser le pied dans sa modeste demeure. Elle me pria de ne pas faire trop de bruit. A ma grande surprise, je vis deux enfants endormis dans un lit… Deux garçons, qui devaient avoir 5 ans tout au plus. Pontile Lucie me fit asseoir, et je lui demanda l'âge de ses petits, et qui étaient leur père. Elle me répondit que leur père était mercenaire, comptait arrêter mais était mort deux ans après la naissance des jumeaux. Je lui dis que j'étais désolé pour elle.

« Non, vous n'êtes pas désolés. Mais merci quand même. »

Je souris. Sans savoir exactement pourquoi. J'appréciai beaucoup cette femme.
J'expliquai donc qu'il y avait un moyen pour que Nolan soit reconnu coupable, si elle témoignait et que le Baron et ses contacts nous soutenaient, même le comte ne pourrait le couvrir, surtout avec tant d'autres témoins. Inventer un alibi ne serait pas suffisant. Au fur et à mesure que la conversation avançait, je la sentis moins tendue. Cette femme avait depuis le début admise que jamais son bourreau ne serait reconnu comme coupable, et qu'elle aurait à contenir sa haine et sa souffrance jusqu'à la fin de ses jours… Je parvint à lui faire croire qu'il y avait un espoir que Nolan soit jugé, et que tout ce qu'elle avait à faire ce serait de me dire ce qui s'était passé. J'avais les contacts, je savais quelles mesures prendre. Et j'avais le cran de tenir tête à mon frère et à mon père. Nous avions les cartes en mains pour remporter la partie.

 Lucie accepta donc. En voyant son visage regagner de l'espoir, les miens n'en furent que plus élevés. Nous discutâmes ensuite de tout et de rien de manière amicale et je parti poliment à la fin de la sieste de ses fils, me présentant à eux avant de sortir. Je me sentais léger.

Je revint le lendemain. Il fallait s'y prendre le plus tôt possible avant que l'affaire ne s'efface des esprits et ne devienne plus qu'un souvenir flou comme un rêve. De plus, j'avais envie de revenir.
Lucie envoya ses fils jouer dehors avec le voisin. Il fallait mieux, nous allions discuter et les pauvres ne savaient rien… Sans doute avaient ils vus pleurer leur mère sans comprendre l'origine de sa souffrance. Je n'ai pas eu de mère réellement à mes côté, alors je ne peux qu'imaginer la force des liens qui peuvent unir les enfants et leur maman.

 Nous nous rassîmes donc comme hier et je pris de quoi de noter. Je lui posai mes questions, sans trop me presser. J'avais besoin des détails, rien ne devrait manquer sur ce document que je remettrais au Baron. Elle répondait, mais parfois ne pouvais continuer. Parfois elle éclatait brusquement en sanglots. Je tentais alors de la consoler et nous reprenions dès qu'elle s'en sentait capable. Cela va peut-être paraître étrange, mais j'étais très heureux. Pas parce que j'approchais de mon objectif, mais parce que les discussions avec Lucie me réjouissaient. Je ne restais pas vraiment longtemps, et les interrogations se découpèrent sur trois jours. Trois jours où j'étais bizarrement impatient d'interroger la mère. Je me sentis de plus en plus proche d'elle… Nous parlions, nous rions, nous pleurions, et parfois nous oublions l'horreur de ce qui m'amenais dans sa maison.
 J'étais vraiment heureux.
Le cinquième jour, après une petite journée d'absence, je frappais à la porte comme d'habitude. Ce jour là serait le dernier, ce après quoi la demande de procès pourrait-être lancer… Il y avait juste à achever quelques formalités. J'avais besoin de sa signature pour finaliser le document et bien prouver qu'il s'agissait de son témoignage et non pas d'une histoire montée. Par la même occasion, sa présence serait nécessaire.
Personne ne répondit. Etrange, me dis-je. J'insistais, mais toujours rien… Une vieille femme s'approcha de moi, me regardant d'un air triste.
« Vous cherchez Lucie, n'est ce pas ? » fit elle de sa voix tremblotante. J'acquiesçai.
« Elle n'est plus là… Oh, c'est triste, mais on la connaissait peu vous savez… Pas de la région. Elle a laissé une lettre d'adieu chez elle, je l'ai vue quand je suis venue rendre visite. 'Parait que ça dit qu'elle est partie rejoindre son amant à l'étranger… »
« Attendez... » Dis-je, stupéfait. «Mais, et les enfants ? Ils ne sont pas là ? »
« Elle les ai laissés tombés ! Les pauvres petits… Vous auriez vu y'a pas longtemps des hommes de l'ordre Haynailique les récupérer pour l'orphelinat.»
« … Je ne vous crois pas. Où est Lucie ? » fis-je, m'agaçant.
« Par le grand Empereur je ne vous mens pas monseigneur ! Tenez, j'ai gardé le papier... »
Elle me tendis la lettre.

Ridicule.
Lucie ne savait pas écrire.
Lucie n'aurait jamais abandonné ses enfants.

Je savais très bien ce qui s'était passé. J'avais envie de vomir… Je partis sans rien dire.
Cette histoire ne tenait pas debout une seconde. C'était bien trop louche… On s'était débarrassée d'elle. On avait voulu la faire taire, c'était la seule option possible. La rage au ventre, je retournais chez moi… Dès que j'y vis Nolan, je lui demanda sans plus attendre ce qui était arrivé à Lucie.
Il ne me répondit pas, bien sur… Quel crétin j'étais.
Damoc me dis quelques jour plus tard que Lucie n'était plus. Sans plus de détails, sans un mot de plus. Je compris immédiatement ce qu'il s'était passé… Jamais je n'aurais pu imaginer ma propre famille capable de faire ça, jamais. J'étais répugné, honteux. Ce fut la seule et unique fois de ma vie où j'eus le sentiment de tout hair… Je repensais à cette femme et j'avais envie de me planter une dague dans le coeur… Je ne me m'énervais pas, j'avais simplement l'impression de m'enfoncer dans la plus immonde des bouillies. Je ne dormis plus pendant des jours, et n'eus plus aucune nuit paisible pendant des mois… Je repensais encore à Lucie, et je ne le supportais pas.

Je crois que Lucie était mon premier amour.

… Je divague et je ne me sens pas très bien. J'arrête le récit pour aujourd'hui.


15 Aout 1859



Il y a dans notre manoir familial un grand salon qui est une des fiertés de la famille Vinnairse. Mon père, voyageur et grand amateur d'art, y exposait les diverses œuvres qu'il avait accumulées dans sa vie. Également peintre, il y mettait ses meilleurs tableaux.
 Dans ce simple salon on trouve des objets venant des quatre coins du monde, certains étant d'une beauté somptueuse ou ayant des légendes et histoires liées à ces derniers. J'aimais beaucoup passer du temps dans cette salle, c'est même je crois, ce qui a forgé mon désir d'aventure et de savoir (bien que ce désir semble aussi être dans le sang des Vinnairse).
 Parmi les multiples œuvres de mon défunt père, dispersées sur le mur qui fait face à l'entrée, il y a un tableau particulièrement marquant, qui se distingue des autres et est placé bien en évidence au centre du mur. C'est le portrait d'une femme orientale avec de longs cheveux noirs, des yeux d'un bleu éclatant, et des traits d'une finesse, d'une beauté ! De son front jusqu'à son menton, tout semble s'y marier idéalement pour créer une étrange perfection, et sa longue chevelure noire de jais retombe sur son épaule avec grâce. Elle porte des habits aux couleurs vives, bleues et rouges, d'un type qu'on ne peut retrouver que à Bérilion… De son sourire s'échappe une malice séductrice, et la beauté de cette femme, que je ne saurais qualifier d'un autre que mot que divine, me semblait issu de songes.
 J'aimais regarder cette femme et, dès que j'étais jeune homme il m'est maintes fois arrivé de fantasmer sur elle, de m'imaginer des fantaisies… Mais j'ai longtemps pensé que ce n'était qu'un personnage exotique né de l'imagination de mon père, un rêve, un idéal. Quelque chose de fictif. Mais un jour, alors que mon père était mort depuis peu, l'on avait ouvert son salon aux visiteurs comme lors de chaque samedi (bien que moins populaire depuis son décès). Ce jour là, un homme étrange regardait le tableau un léger sourire aux lèvres. Je me souviens qu'il avait des lunettes et des longs cheveux bruns attachés, il ne semblait pas du pays. Le voyant observer le tableau, je l'abordais avec mon habituel ton chaleureux malgré les événements.
« Superbe, n'est ce pas ? »
« Peut-être pas autant que l'originale, mais c'est une belle pièce. », m'avait t-il répondu en riant. Intrigué, je lui ai demandé « Comment ça, l'originale ? ».
« Je parle de la personne sur ce tableau. Vous ne savez pas ? »
« Non… Cette personne a existé ? Il n'y a aucun nom d'indiqué... »
« Cette personne existe. Seulement on ne la connaît que part des pseudonymes. Vous seriez étonnés, elle est comme sur ce tableau… En un peu mieux et en beaucoup plus bavarde. »
« Ce tableau a été peint il y a vingt ans, elle a sûrement changée depuis le temps. »
« Pourtant non !… Et pas de vampirisme au diagnostic. Il y a des choses bien curieuses en ce monde pas vrai ? »
« Ca, oui... » avais-je dit, encore un peu sceptique « Et quel est donc son pseudonyme ? ».
« Le plus connu, c'est l'Araignée d'Orient. Une sacrée personne si vous voulez mon avis. »

Il a ensuite sourit puis m'a serré la main avant de repartir sans rien dire. Lui aussi semblait être ''Une sacrée personne''. Si je parle de tout ça c'est parce que la femme qui se fait appeler L'Araignée d'Orient'' réside à Long, la capitale de Bérilion, vers laquelle je me dirige. Je ne manquerais pas l'occasion de rencontrer cette fable de ma jeunesse en personne.


Dernière édition par DALOKA le Ven 29 Mar - 11:42, édité 1 fois
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Message par DALOKA le Mer 16 Mar - 17:39

Ce texte est dédié à la beauté du courage de l'humain et à la splendeur de la nature.  

Duel



   Cette fois serait la bonne.
 Dans la mer jusqu'aux genoux, Félicia tenait fermement les cordages qui reliaient sa porte de sortie. Une dernière fois, l'œil vers l'horizon, elle s'assura que le vent soufflait là ou elle le désirait et la brise venant du sud lui caressa l'épaule comme pour le confirmer. Retourner vers la plage de l'île, c'était l'échec, dériver vers les récifs, la mort, partir vers l'ouest, l'errance. Si jamais la mer la menait dans une de ces directions, elle n'était pas sure de l'emporter…
 Sans plus de doutes, Félicia se hissa sur le bois de son radeau. L'objet était l'ouvrage d'un travail exténuant, mais il s'agissait en vérité de son troisième essai. Les précédents furent des échecs dût à sa faible connaissance sur la mer. Passer quelques années sur un navire et lire certains livres ne suffisaient pas pour comprendre l'élément, et comment le dompter. Sa première tentative était ratée sur tout les points imaginables, même pour une création de fortune, et les cordages de la seconde avaient faillit causer sa perte. Cette fois, elle avait prit le temps d'observer chaque matériaux de l'île de Brack, chaque plante et chaque bois, de les tester, de constater de la solidité et de la flottabilité de l'un ou de l'autre, et conjuguant ces expériences et ses connaissances, elle avait produit le troisième bateau qui devait la reconduire à la terre. Ce que l'île avait daigné donner lui était souvent inconnu et étranger, pourtant elle avait su apprivoiser cette nature lointaine et sans nom. Elle avait sélectionné un bois foncé et solide qui ne coulait pas, des plantes assez robustes pour tresser des cordes fiables, et enfin de très larges et rudes feuilles qui lui avaient semblé suffisamment résistantes pour servir de voile.
 Le tout irait dans la direction désirée et elle s'y tenait sans soucis, alors que des vagues, à intervalles réguliers soulevaient et faisaient pencher à droite et à gauche le sol instable du radeau. Rarement la mer était calme ici, elle ne pouvait pas l'être plus qu'actuellement. L'on racontait que cette eau était infestée de requins et d'abominations marines de taille cauchemardesque, et cela était faux, les alentours de l'île étaient même terriblement pauvres en poissons, donc également en prédateurs marins. Les véritables crocs qu'il fallait craindre étaient ceux des vagues. Une puissante lame broyait le bois mieux que la mâchoire de n'importe quel monstre. Quand on connaissait la mer, on comprenait que le tumulte des océans était bien plus effrayant que les mythes qu'on pouvait entendre sur ce qui se terrerait là dessous. La bravoure de la jeune femme était grande, néanmoins affronter les tempêtes était une folie… Bien heureusement, aujourd'hui, la mer était paisible et semblait décidée à le rester pour un bon bout de temps.

 Félicia saisit une planche à côté d'elle qu'elle avait taillée afin qu'elle lui serve de rame, et l'enfonça dans l'eau. Cela était nécessaire pour s'éloigner de l'île sans être ramenée par les vagues, car elle n'était encore qu'à quelques pas de ce morceau de terre d'où elle désirait s'enfuir. En ramant elle jeta son regard vers l'horizon comme l'on regarderait l'espérance même, c'était l'espoir de rentrer chez elle qui se cachait derrière les vagues ondulantes qui coupaient la mer du ciel. Alors que le bachot avançait, son cœur se mit à s'emballer et elle trembla en constatant que le plan fonctionnait. Rentrer ! Où ? Elle n'avait plus de terre, plus de maisons, plus de proche là ou elle allait, pourtant sa motivation était bien claire : revenir chez les siens. Revoir un humain, un toit, une ville ! La jeune femme était devenue assoiffée par ce qu'elle n'avait apprécié par le passé. La parole était devenu un manque, à elle qui était si taciturne, et la solitude une souffrance, à elle qui n'avait jamais voulu d'amis.
 Enfin, le vent la poussait. Sa construction branlante progressait bel et bien sur l'océan alors que l'île qui la piégeait allait s'éloigner de plus en plus. Intérieurement, elle priait pour que la mer daigne la laisser partir, car durant ces mois que l'ancienne noble n'avait pas compté, elle avait été sa geôlière, l'encerclant de ses bras pour la maintenir sur ce morceau de terre qui n'apparaissait même pas sur les cartes. La réussite de son évasion était son seul espoir.

 Tout à coup, Félicia entendit un craquement léger, un déchirement. L'inquiétant son venait d'au dessus de sa tête, et elle remarqua avec horreur que sa voile rudimentaire partait en miette. Cela était malheureusement à prévoir, comment une feuille, même solide, pouvait servir de voile ? Elle s'en voulut d'avoir été si idiote, et le vent emporta petit à petit les végétaux. Ne restait plus que quelques morceaux de voiles se battant en duel, impossible de diriger ce radeau ainsi jusqu'où elle le désirait. Pire que tout, les malicieuses vagues semblaient vouloir diriger Félicia vers les récifs, où la construction défaillante aurait tôt fait de s'écraser, et elle avec. Sa chance était peut-être encore trop grande pour les flots, car alors qu'elle avait le regard tourné vers la pitoyable voile, une vague traître la surprit. Rien de terrible en apparence, à l'exception près que dès qu'elle rouvrit ses yeux mouillés d'eau salée, sa rame flottait devant ces derniers! L'eau, encore une fois, lui faisait un coup dans le dos… Mais de toute façon, son évasion était déjà ratée à cause de sa faible fabrication. Contre Elle, si imprévisible, rien ne devait être laissé au hasard, et les prières ne l'aideraient pas. Encore une fois, son imprudence lui coûta. Rester sur ce qui avançait vers de mortels rochers ne servait plus à rien, et même si cela était une perte, elle abandonna le navire. Félicia se jeta à l'eau, la  rage au ventre. Cela n'avait jamais été son élément, cependant la nécessité avait fait d'elle une bonne nageuse et elle était encore assez proche de la plage pour espérer l'atteindre, même si cela signifiait lutter contre les vagues. La mer lui fouettant le visage, tentant de lui faire boire la tasse, de la noyer, la jeune femme, à la force de ses membres, rejoint tout de même à nouveau la terre. Reprenant pied sur le sable mou, les jambes encore immergées, toute essoufflée par son énorme effort, elle avança à pas lourds, affaiblie mais encore en vie, ce même si l'océan la forçait à retourner dans sa cellule.   Quand la survivante fit atteindre à l'eau le niveau de ses chevilles, trempée jusqu'aux os et vidée de toutes forces, elle s'écroula involontairement sur le sable. La tête contre le sol, elle inspira encore de grandes bouffées d'air un instant avant de se redresser sur ses mains. Une fois de plus, la mer l'avait vaincue, et humiliée ! Les éléments, adversaires qu'elle n'avait affronté auparavant, se jouaient d'elle, déjouaient chacun de ses plans ! Félicia gratta de sa main droite le sable, la resserrant en en emportant une poignée, avant de soulever avec fureur ce poing pour frapper inutilement l'île de toute sa force. Alors elle poussa un cri déchirant de rage envers l'ennemi qui ne pouvait l'entendre, un cri qui n'était pas de désespoir, mais un cri furieux, un cri qui voulait dire « Je te vaincrais ! ».

 Cette fureur n'était normalement pas habituelle chez elle, mais les événements et son asile forcé avaient bien changé Félicia.  
Après avoir été destituée de tout ses titres de noblesse pour trahison envers l'Empire, celle qui était destinée à devenir la prochaine comtesse Dyra avait trouvé pour refuge les mers, cependant ceux qui étaient ses nouveaux amis s'étaient faits capturés ou massacrés par des pirates. A la merci de ces bandits elle aussi, le capitaine du bateau bien nommé le Tyran avait jeté son dévolu sur la jeune noble, lui proposant de s'offrir a lui. Bien entendu, trop fière, elle refusa, préférant la mort au déshonneur… Malgré cela, il préféra s'amuser avec sa proie de choix plutôt que de simplement la tuer ou la vendre. Ce fut ainsi qu'elle finit ici, défiée à survivre. Les premières semaines, elle pouvait voir le Tyran flotter à l'horizon, attendant avec empressement qu'elle cède, mais Félicia ne fléchit pas, refusant même les plats chauds que l'on faisait cuire sur le galion, car cela aurait été comme admettre sa défaite. On ne lui laissa que ses habits et une dague, et une fois elle accepta la « générosité » des pirates. Mais non pour demander sa pitance, ni même de l'eau, non. Sa seule demande fut une hache.
Elle avait décidé de s'enfuir sans aide.
Et elle tint plus longtemps que la patience de l'équipage, qui décida de retourner vers le continent… Ainsi, sa solitude fut totale et elle cessa de compter les jours. Leur départ n'était qu'une bonne nouvelle, car il signifiait une demi victoire et surtout qu'elle n'aurait plus à lutter contre aucune tentation. Elle finit par oublier petit à petit son désir de revanche, ses ennemis originels même.
Ses seuls adversaires étaient ici, autours d'elle. Plus une seconde elle ne pensait à l'équipage du Tyran, cette pensée appartenait à la terre, et elle perdue dans l'océan n'avait pour seul but que de traverser le désert bleu qui s'étendait devant elle. Rien d'autre n'était important, pas même son père, tout ce qui pouvait la distraire de son affrontement était futile et elle le rejetait, l'ignorait, insensible.
Tel était l'esprit actuel de Félicia Dyra, mais la jeune femme était également presque méconnaissable à l'apparence. Ses cheveux blancs, signe qu'elle était descendante de l'Empereur et du sang de la Haute Noblesse Impériale, elle les avait raccourcis jusqu'aux oreilles par commodité, ils étaient désordonnés, quasiment toujours mouillés d'eau de pluie ou d'eau salée. Sa peau, autrefois d'une blancheur raffinée de dame, était à présent hâlée par le soleil. Si ce n'était point passer de la porcelaine au bronze, l'on aurait put le dire. Quand à ses habits, cela faisait longtemps déjà qu'elle avait laissé tombé les robes auxquelles elle était habituée pour porter des vêtements plus pratiques. Pantalon, ceinture, veste, chemise, bottes, c'était ce dont Félicia était vêtue quand on l'avait jetée sur l'île. Les épreuves qu'elle avait affronté ici ne les avait pas épargnés, et les tissus étaient déchirés de part en part. Elle avait du raccourcir les manches de la chemise qui, suite à une chute dans la forêt, étaient déjà partis en lambeaux. Le sel, la terre et le sable n'avaient pas faits de cadeaux à la tenue de la noble non plus, tuant tout semblant d'élégance qu'elle avait put avoir par le passé. Elle était couverte de blessures mineures, percée ici, écorchée là, saignante ou brûlée encore...  De damoiselle, était devenue survivante. Porter une épée n'avait jamais été un problème à sa grâce, mais la nature elle, n'avait cure des beautés humaines, et à présent, Félicia non plus.

Elle resta sur le sable un long moment, assise, fixant l'étendue d'eau qui lui faisait face avec insistance. Le monde l'avait mise à genoux d'une botte, se riant d'elle. La fierté de Félicia la poussait à enrager en elle, car l'échec, ou plutôt la défaite lui avait toujours été insupportable. Mais c'était cette fierté qui nourrissait le feu en elle. Elle construirait un nouveau radeau qui cette fois n'échouera pas à la reconduire à terre. Cela prendra le temps qu'il faudra, mais arrivera, tel était la certitude de Félicia. Mourir ici était hors de question… A nouveau, elle se relèverait, et cette fois, c'est elle qui toiserait cet adversaire désincarné.
Après un certain temps, la jeune femme cessa de divaguer pour aborder des priorités plus urgentes. Cela faisait bien plus d'un jour qu'elle n'avait pas mangé, concentrée sur son échappatoire, et se sentir faible était la dernière chose qu'elle voulait. Félicia vérifia que son couteau était bien encore à sa ceinture et n'avait pas été par malheur emporté par la mer, et la sensation de son manche sur sa paume la rassura. Se levant, elle partit vers la côte rocheuse de l'île qui avoisinait les récifs. Pécher et espérer trouver une prise était une fantaisie ici, cependant il y avait d'autres moyens de survivre … Les divers coquillages et crustacés que l'on pouvait trouver constituaient une réserve de nourriture suffisante. Le couteau était indispensable, car il servait à détacher ces fruits de mers de la roche ou bien à ouvrir ces crabes pour accéder à leur chair. C'était la viande la plus accessible sur cette île, car dans la forêt il n'y avait aucun animal, autre que quelques insectes…
Si… Il y en avait bien un…

Après quelques longues recherches, elle put trouver assez d'êtres marins pour subvenir à ses besoins.  Cela lui fit immédiatement penser que sa gourde tomberait bientôt à sec, mais ce n'était pour l'instant pas une priorité pour elle. Ce qui occupait son esprit c'était sa prochaine création… Félicia s'assit sur un rocher face aux récifs noirs, véritables crocs émergeant de l'eau. L'endroit avait un air véritablement menaçant, et si il ne l'était nullement pour elle en ce moment, il l'était indubitablement pour les navires qui, contre ces épées dressées, se feraient pourfendre immédiatement. Le bois se briserait, et peut-être les hommes à bords les moins chanceux aussi tandis que le courant emporterait le bateau. Par ce mouvement des flots contre ces pierres, cette côte était une mâchoire. Une véritable bouche funeste ou les bateaux seraient mâchés avant que leurs débris réduits en miettes ne puissent être digérés par l'eau salé. Les hommes se verraient écrasés contre les rochers avant d'atteindre la terre ferme, déjà froids, et là alors les crabes, véritables charognards de la côte, dévoreraient les corps. Imaginer cette monstrueuse digestion pouvait donner froid dans le dos, mais, au grand dam de Félicia, il n'y avait personne ici. Ni pour s'effrayer de cette côte, ni pour en subir le courroux. Personne à par elle, bien évidemment.
Elle se mit à cogiter sur ce qui avait causé son échec, et qui était son principal problème. Le résoudre serait son seul moyen de sortir, et il s'agissait bien sur de la voile. Ramer jusqu'au continent était une idée impensable, et il lui fallait une construction fiable. Si elle ne réussissait pas, elle pourrait peut-être finir à nouveau ici , mais à l'état de cadavre.
Les raisons de son précédent échec étaient évidentes. La première voile, elle avait tenté de la fabriquer à l'aide de tissus qu'on lui avait laissé, et ce radeau avait coulé. La deuxième était une tentative désespérée, mais là encore il était évident que l'idée d'utiliser un végétal, bien trop fragile, était vouée à l'échec. Elle avait basé ses espoirs sur sa non connaissance du matériau, voulant croire l'entreprise possible.

Mais alors quel matériel pourrait lui servir de voile ? Sans le vent, quand bien même elle le craignait, elle n'irait pas bien loin. Cependant, qu'avait elle à utiliser ? Il y avait bien ses vêtements, néanmoins même si la nudité ne serait pas son principal souci ici, elle doutait que cela fonctionne une seconde fois. Ses habits étaient devenus des haillons, et ce serait en plus d'un gâchis un risque terrible qu'elle n'était pas prête à prendre. Que faire alors ? Elle n'allait pas arracher sa propre peau pour s'en faire une voile…
Voilà qu'elle se mettait donc à délirer. Elle ne savait même pas si de la peau ou du cuir pouvaient remplacer la toile d'une voile mais l'idée en tout cas semblait grotesque. Cependant, aussi étrange pouvait-elle être, elle menait Félicia à la réflexion car en vérité la femme n'était pas seule sur cette île… Dans la forêt qui était son cœur, il y avait un autre être, une bête présente avant elle, un animal qui avait fait des bois son territoire…
Le Titan gris. C'était ainsi qu'elle le nommait. Pas de nom plus approprié pour cette chose.

Elle l'avait vu pour la première fois il y avait longtemps déjà. Afin de trouver de l'eau douce, elle devait s'aventurer dans l'intérieur de la forêt où l'on pouvait trouver des ruisseaux, des creux et des feuilles ou l'eau de pluie s'accumulait, ou même une source si on osait s'aventurer plus loin. Le sable buvait l'eau et les côtes rocheuses avaient tendance à la faire courir trop vite vers sa grande sœur la mer.
Cette forêt était étrange, n'ayant rien de semblable aux jungles dont elle avait entendu parler, et également bien trop différente des paysages de la terre qui l'avait vue naître. Les arbres trop grands, trop tordus, aux feuilles trop massives et aux racines trop chaotiques sortant de terre. L'environnement n'avait aucun comparatif idéal sur le continent. Ce bois était une étrangeté qui contenait en elle de la monstruosité et de la beauté. Ses principaux résidents étaient des insectes qui grouillaient sur le sol et sur les branches, en haut et en bas. Mystérieusement, rien d'autre. Pas de reptiles. Les animaux à sang chaud, il n'y en avait là que deux, dont elle.
Etrangement, les oiseaux semblait eux aussi abandonner cet endroit. Ainsi, dans ce sanctuaire naturel régnait un silence impérieux et écrasant que l'on se sentirait presque honteux de briser. Félicia, en y entrant, s'y sentait plus étrangère que jamais. Dans ce qui était le cœur de son ennemi, elle ne se sentait que plus écrasée et plus respectueuse. Elle s'aventurait rarement dans les profondeurs, plus tortueuses et plus étranges encore, et ce non car elle avait peur de se perdre mais parce qu'il en avait fait son territoire.
La femme faite sauvage avait rencontré l'être près de rocs autours duquel s'enlaçaient les racines d'un arbre. Elle récupérait dans une botte transformée en gourde l'eau qui s'écoulait de des rochers, quand elle entendit des bruits qui la surprirent. Des craquements trop lourds pour être produits par un insecte. Cherchait il de l'eau et de la nourriture, tout comme elle, ou venait il observer l'étrangère qui s'était introduite dans sa terre ? Félicia était trop occupée à contempler avec crainte la bête pour s'interroger là dessus. Le Titan apparaissait entre les feuillages. Jamais elle n'avait vu d'animal si prodigieux.

La bête était humanoide. Un homme plus grand, plus massif et plus sauvage.
Bien que n'en ayant vu que des images, Félicia reconnut ce qui ressemblait en tout point à une espèce de gorille. Mais il était plus impressionnant encore. Aussi grand qu'un ours dressé alors qu'il se tenait recourbé, il était recouvert d'un pelage gris et sombre. Dessus apparaissaient quelques traits blancs, chaotique mais parcourant son corps dans une harmonie parfaite. Ce chaos formait un ordre. La symétrie du corps de la bête n'était brisée que par un œil manquant, remplacé par une cicatrice béante.  
Le géant, à bien y regarder, semblait vieillissant. Il n'en restait pas moins redoutable. Au bout de ses bras paraissant assez puissants pour briser un arbre, il y avait de gros poings semblables aux rochers noirs des récifs. Son visage sombre également avait dans l'expression la dureté de ces mêmes rochers, et sur ce visage, à travers les feuillages, l'œil unique du colosse la fixait. Quand Félicia, surprise, lui renvoya un regard, il se retira le premier, préférant éviter l'humaine.
 
Pourquoi ce grand primate était il sur cette île où ne se trouvaient aucun de ses semblables ? Félicia ne put que supposer que, comme elle, il avait été emmené ici depuis sa terre natale et abandonné. Ainsi ce puissant animal était devenu seigneur sans sujets.
Elle imagina alors utiliser la peau de ce monstre pour son radeau. L'idée semblait encore plus absurde. Etait il possible pour elle de tuer cette formidable créature ? Elle ne put qu'en douter.
Pas une seconde elle ne doutait en son habileté, cependant elle était humaine, seule, et un couteau qui commençait à s'émousser remplaçait son épée. Vaincre un tel adversaire dans son état semblait-être une fantaisie, et pourtant il semblait aussi que cela était son seul moyen de sortir. Si elle avait risqué sa vie contre la mer, elle le pouvait aussi contre la bête.
Sa future porte de sortie… Elle la voyait luire au bout de son chemin ! La survivante se dressa sur ses jambes pour se tenir debout face à l'infinité qui lui faisait face. Il était vrai que jusqu'alors la nature l'avait toujours vaincue, mais face à l'illimitée s'opposait ici l'inépuisable.
Félicia partit à son abri en bordure de plage. Saisit sa hache. La voile serait la finition, mais elle irait tout d'abord reconstruire un radeau. Retardait elle, malgré la bravoure qu'elle semblait avoir, l'échéance du combat décisif ?

Elle n'y pensa plus. Tenant fermement, telle une épée longue, sa hache, elle passa tout le restant de la journée dans la forêt extérieure, récupérant le bois qui lui était nécessaire pour son artisanat. La force qui l'habitait surpassait celle de son corps, elle semblait redoubler de forme.
Quand la nuit vint, elle s'arrêta. D'un coup toute sa fatigue rabattit ses épaules et elle s'assoupit dans son sommaire abri de bois.

Au réveil, elle reprit son travail jusqu'à sentir sa faim la tirailler de nouveau. Félicia finit par se forcer à lâcher la hache pour retourner vers les rochers. A l'intérieur de la forêt il y avait des fruits mais cela constituait le territoire du grand gorille, ce pourquoi elle ne se risquerait pas à changer de régime. Pour l'instant. Malgré tout il était vrai que sa gourde se vidait vite, quand bien même elle tentait de boire peu.
Dans tout les cas, elle devrait inévitablement s'aventurer dans ces profondeurs.

En cherchant sa pitance comme elle l'avait fait hier, elle eut une remarquable surprise. Elle aperçut sur la côte, l'épave de son ancien radeau pressée par les rochers. Il n'était pas surprenant que l'objet ait finit par se fracasser contre les récifs tôt ou tard, peut-être même était il là depuis un moment déjà. Ce qui l'étonnait avec satisfaction c'était que si le bois s'était brisé, le cordage tenait encore et reliait les morceaux du radeau entre eux. Il était fiable. Voilà qui ne pouvait être qu'encourageant.
Sans savoir si cela serait réellement utile ou non, elle s'efforça de récupérer l'épave. Bien que les cordages arrière avaient tenus, le bois avait été broyé et le radeau donc tranché en deux par les récifs. Elle ne peina pas trop pour l'extirper des eaux, la mer n'était pas agitée.
Félicia regarda sous tout angle son ancienne manufacture. Mettant toute son ingéniosité en œuvre, elle visualisa dans son esprit le schéma de sa prochaine création. Elle ne reproduirait pas le précédent bachot en se contentant de lui ajouter une voile viable, non, elle comptait améliorer encore la machine. Elle oserait même se risquer à la fabrication d'un gouvernail. Une rame pouvait la diriger, mais elle se méfiait dorénavant d'un objet qui pouvait être emporté par une vague traître comme cela lui était arrivé. D'autres idées lui venaient encore afin de corriger les détails qui pourraient faire défaut.
Félicia inscrit dans la terre à l'abri des marées tout le plan qu'elle avait imaginé. Elle fit l'usage de tout son savoir en physique et en géométrie une fois de plus. Lire lui manquait, mais les ouvrages passés restaient clairs dans sa mémoire. Elle s'en réjouit une fois de plus.
La théorie faite, l'ancienne noble passa les jours suivants à trimer afin de confectionner le providentiel radeau. Elle coupa plus de bois et d'autres éléments encore, tressa de nouvelle cordes, travailla jusqu'à presque ne plus sentir ses propres bras, ce en prenant le moins de repos possible. Par l'effort et sans le réaliser, Félicia était surhumaine et sa volonté toisait l'île.

Retourner chez les siens, que ce soit vers l'Empire ou ailleurs, mais surtout, dompter cette nature ! Venir à bout de cette distance, de ces vagues et de ces vents ! Le souffle puissant qui parcourait ses poumons la poussait à aller toujours plus loin, repoussant autant que possible les limites de son sang   et de ses muscles. Et c'était avec cette hargne qui rend les braves victorieux qu'elle finit par achever son œuvre.
Presque l'achever.
Il lui restait une dernière épreuve, Félicia le savait, et devait s'y préparer.
Il était impensable d'y foncer tête baissée, cependant en s'y préparant, elle savait qu'elle pouvait remporter la victoire décisive. Jamais elle ne s'était engagée dans des combats qu'elle ne pouvait gagner.
Malheureusement le matériel manquait. Ici, nulle épée pour armer sa main, seulement un couteau qui ne serait peut-être pas suffisant… Ce pourquoi, avec ce même couteau, Félicia tailla un bout de bois en pieu assez pointu pour percer la chair si on y mettait la force nécessaire. Il lui restait après son artisanat de nombreux cordages dont elle ne pouvait pas négliger l'utilité. Est-ce que la bête pouvait tomber dans un piège ? Elle ne pouvait nullement savoir l'étendue de la ruse de son opposant, aussi imprévisible que l'île même, mais cette corde serait sa troisième arme. Félicia décida d'en faire un lasso qu'elle pourrait utiliser pour handicaper la bête, aussi massive était elle, ou tenter de l'étouffer… Elle ne pouvait pas s'encombrer de plus d'armes, mais cela était suffisant. Elle avait ses crocs.
Ceci fait, Félicia se reposa. Elle n'avait plus d'eau, mais demain elle pourrait boire jusqu'à plus soif après sa victoire…
Ce serait sa victoire.
Au réveil, le soleil lui sourit. Félicia ne pouvait dire si c'était de bonté ou d'arrogance, mais elle n'eut qu'une réaction. La femme fixa le ciel avec un regard de défi. Ses yeux pâles brillaient d'une lueur lunaire qui disaient avec fierté « Tu éclaireras ma gloire. » . Et Félicia n'en avait aucun doute.

Elle s'équipa, plaçant à sa ceinture une gourde vide et son couteau, et passant la corde autour de son bras et au dessus de son épaule. Pieu en main, Félicia s'élança dans la forêt de l'île. Elle ne savait pas la direction exacte à prendre mais était certaine qu'en s'enfonçant dans ces lieux, elle trouverait cet habitant de la nature. Souvent, il devait afin de boire se rendre comme elle près des sources d'eaux qui se trouvaient dans les profondeurs de cette forêt. Plus elle s'enfonçait dans la végétation, plus elle devenait épaisse, imposante, dominante. Les arbres aux troncs tordus étaient d'une menaçante grâce, le vert de leur feuilles semblait briller de fougue, redoutable. Les insectes eux, se glissaient dans cette nature avec toute la discrétion que leur taille permettait, et restaient passifs comme dans l'attente. A chacun de ses pas, Félicia pouvait sentir des centaines de regards se poser sur elle. Dans cette beauté se cachait peut-être de la terreur, mais la fierté de la jeune femme était bien trop grande pour que cela ne provoque autre chose que de la méfiance et n'endurcisse son esprit.

Félicia suivit le bruit de l'eau quand il vint à son oreille. Sur cette île, ici comme dehors, l'eau chantait dans le silence, envoûtante. Il y avait du céleste dans ces profondeurs à l'ambiance presque chamanique.
Elle finit par passer devant quelques roches verdies et humides,  et comme guidée par ces dernières, les suivit. On l'attirait jusqu'à la tanière du monstre.
Dans une grosse masse de roche se dessinait une caverne. Etait-ce l'antre du monstre ? D'un pas prudent elle se rapprocha pour mieux observer l'obscurité. Le lieu était vide et n'était guère vaste, mais elle l'aurait utilisé comme abri  si elle l'avait auparavant trouvé, et si il n'était pas probablement déjà occupé… Elle fit plusieurs pas dans la caverne, se tenant prête à réagir au moindre danger, afin de voir le mur du fond. Mais il n'y avait rien, et elle entendit, pas si loin d'elle, des pas lourds semblables à des battements de tambour.
Elle fit volte face. Il était là.
Aussi impassible et imposant qu'une montagne, l'immense gorille s'approchait sans se presser, ne se sentant nullement menacé. Il se dirigeait vers elle et Félicia ne perdit pas un instant pour s'éloigner de la caverne ou elle aurait été coincée et condamnée. L'œil la fixait avec un soupçon de menace et une confiance légitime en sa supériorité.

Pieu en main, Félicia se tint prête à agir. Il n'y aurait pas de négociation ni de reddition possible contre cet adversaire, et dans tout les cas ses idées étaient claires : elle avait besoin de sa peau pour sortir de cet enfer.
Le moment était venu de passer à l'action.
Cet animal était assez semblable à un homme, cela signifiait que malgré cette apparence imposante il disposait des mêmes faiblesses qu'elle. Quant aux forces, elle avait son courage à ses côtés.
Elle tenta de surprendre l'animal qui semblait rester passif, dirigeant son pieu vers sa gorge. La voyant charger jusqu'à lui, le mastodonte ne fut pas dupe et engagea aussi le combat. Son formidable cri produisit des échos dans la forêt, et il abattit son bras massif vers Félicia, surprenant celle qui comptait surprendre. Elle fut forcée d'esquiver maladroitement, tentant tout de même d'enfoncer le bois dans la chair du gorille. Malheureusement la pointe taillée ne fit que se planter dans l'épaule, ne faisant qu'attiser la rage de la bête qui attrapa le bout de bois dans son grand poing avant de le briser d'un seul coup. A présent, elle réalisait à quel point était il plus grand qu'elle, le Titan gris ! Il lui fallait à tout prix saisir son couteau, si elle se montrait assez agile, elle pourrait lui trancher la gorge ! Mais la montagne fut encore plus rapide et un bras à la force de colosse fondit sur Félicia, la touchant en pleine poitrine. La puissance destructrice du coup la projeta contre le tronc d'un arbre, lui faisant échapper le couteau des mains sous le choc.
Le géant d'argent, lui, était toutefois encore debout, avait été enragé par sa blessure. L'être, si fort et si massif, explosait de colère. Gueule ouverte, visage étiré par une expression de fureur, cette force de la nature allait charger. Un prochain coup de ses poings la tuerait, mais elle n'était pas une simple fragile femme! Elle lui réservait un autre tour ! Hardie, elle avait fait l'erreur de tenter cet imprudent assaut frontal, alors que la corde à son épaule lui aurait permit une attaque plus rusée. Cependant, cette corde tressée de ses mains saurait encore se montrer utile, et la guiderait vers sa victoire !

Félicia se dressait sur ses jambes. Le grand singe fonçait, de plus en plus proche. Vive comme un éclair, elle passa sur le côté du Titan gris alors qu'il chargeait. La combattante fit un bond et s'agrippa à la fourrure grise de l'animal, utilisant ses forces pour se hisser au dessus de son dos, sa corde dans son autre main. Ainsi sur la bête, elle fit passer la corde devant son cou, puis tira avec force avant de croiser les deux cotés de l'objet, encerclant le cou du gorille. De toute la force qu'elle avait dans ses bras, elle serra afin d'étrangler son ennemi. Il paniqua, cria, s'agita, mais toutes ses gesticulations ne firent pas lâcher prise à la jeune femme. Il était à sa merci. Le gorille rugissait et elle faisait de même pour se donner la force de l'étouffer. Le Titan gris était déstabilisé et elle sentait sous sa peau, son cœur s'accélérer dans la quête désespérée de conserver son souffle de vie.  Il saisit dans un de ses poings le bras droit de Félicia, tentant de dégager le parasite qui s'acharnait à lui ôter la vie. Pourtant, malgré la différence énorme de force, elle ne lâcha pas.  Ivre de rage, il couru vers les arbres, se cognant dans sa ruée, tout en insistant, s'agitant pour que Félicia se heurte contre les végétaux. L'écorce frappait ses os et déchirait sa peau, mais elle ne lâchait pas ! Rien ni personne ne la détournerait de cette victoire, et si ses mains cédaient, c'est qu'elle était morte ! Ses paumes écorchées saignaient, mais elle ne le laisserait pas respirer. Son bras s'était déboîté, mais refusait de s'arracher. Tout son corps luttait contre celui du Titan, avec un seul objectif en vue : la victoire !

Après une lutte acharnée, comme comprenant que même blessée son assaillante ne saurait être dégagée, il cessa de se débattre. Elle remportait cette confrontation de volonté.
Peu de temps après, la bête s'écroula lourdement sur le sol. Quand elle ne bougea plus du tout, Félicia relâcha son emprise, haletante et le visage rougi par l'effort. Ses mains empourprées la brûlaient, de multiples douleurs parcouraient son corps, mais elle avait gagné ce combat.
Ayant ainsi triomphé du gardien de l'île, elle égorgea le singe à terre, ne prenant aucun risque. Après cela seulement, elle serra les dents pour remettre son bras en place. En comparaison de ce qu'elle avait accomplit, cela était aisé.
Ceci fait, elle se reposa, tâcha de guérir ses blessures. Mais son repos ne serait que bref. Félicia brûlait d'achever son navire de fortune et de tracer le chemin qui la reconduirait parmi les siens.
Bientôt, elle pourrait rentrer chez elle.

Malgré le répit qu'elle s'accordait, Félicia n'attendit pas que le corps commence à pourrir. Quand elle sentit ses mains en état de tenir son couteau, elle s'attaqua au corps pour y récupérer et préparer son trophée. La chair du cadavre encore fraîche, elle n'hésita pas à allumer un feu par la suite pour cuisiner et se repaître d'une partie de l'animal, ce qui, peut-être car la saveur de la viande lui manquait atrocement, fut l'un des plus grands délices de sa vie.
Toujours gonflée par la même motivation, de la même flamme, la femme pouvait dorénavant achever ce qui serait ici son chef d'œuvre. Son idée grotesque avait, contre toute attente et obstacle, prit forme, et Félicia se sentait encore capable de l'insensé ! La douleur des bleus et des blessures de son combat éraflait à peine sa détermination.
La voile taillée dans la peau du titan fut hissée, et de ce qui restait de son cuir, elle fit une cape qui la défendrait des vents froids et de la pluie. Les récompenses avaient bien valu le risque pris.
Puis, le nouveau radeau complété, vint le jour décisif.

Félicia, pieds dans le sable, vent dans les cheveux, se tint face à la mer. L'océan était calme, lent, semblant soumis. Une voie royale vers chez elle s'offrait à Félicia. Ce serait aujourd'hui, elle n'en pouvait plus d'attendre. Son affrontement contre l'océan s'achèverait dès maintenant.
Elle vérifia toute les réserves d'eau pure, les fruits et toute nourriture conservable qu'elle avait récupéré dans la forêt, et enfin, s'assura de la perfection de son audacieux artisanat.
Tout était en place là où il le fallait, plus rien ne la stoppait maintenant. Elle ne tergiversa pas plus longuement et, une fois toutes ses vivres rangées et attachées, travailla à mettre l'objet à l'eau. Cela se fit sans difficulté et en très peu de temps Félicia put fièrement se dresser sur le bois de ce bateau, observant l'horizon, la tête froide, le regard ferme, mais le cœur bouillonnant. Le vent était doux, l'air était bon. Le voyage recommençait.

Félicia s'éloigna de la plage, de plus en plus. La brise la poussait doucement hors de l'île, et elle prit une grande inspiration, laissant cet air remplir ses poumons.
Elle tourna son regard un instant vers l'île qui devenait de plus en plus petite. De plus en plus, chaque fois qu'elle avançait. De plus en plus, jusqu'à ce qu'elle puisse croire la saisir dans sa main.
Au revoir rochers noirs. Au revoir arbres verts. Au revoir sable gris.
Au revoir île sans nom. Au revoir et adieu.

Elle tourna le dos à l'île. Alors ses yeux s'écarquillèrent. De crainte et d'horreur.
Il y avait quelques choses à l'est, une chose encore lointaine mais malheureusement pour elle, beaucoup trop proche. Une figure grise, énorme, se profilait là bas. Perpendiculaire à l'horizon, semblant partir du plafond céleste pour toucher le sol océan.
Une tempête était là, de plus en plus grandissante, plus rapide qu'elle ne pourrait jamais l'être. La nature n'avait pas abandonné, et ce calme trop parfait était feinte. L'imprudence de Félicia lui faisait à nouveau défaut ! Elle voyait ce géant approcher, parsemé d'éclairs, porteur de vent et de grêle. Quelque chose qui ne pouvait pas saigner et qui la briserait en quelques instants. Pourtant, elle ne songea pas une seconde à reculer, pas un seul instant !  L'océan lui infligeait une autre épreuve ? Soit ! Tant pis si elle y restait, ce serait sa dernière chance !
Félicia s'empressa de virer de bord. Elle ne retournerait pas sur l'île, mais éviterait la tempête, quand bien même c'était une folie. Elle devait survivre, voilà tout ce qui lui importait.
Les premiers vents violents ne tardèrent pas à gonfler la voile de cuir du radeau, qui lui même se soulevait à chaque vague, éclaboussant Félicia d'eau salée par la même occasion.

Les nuages sombres étaient dorénavant au dessus de sa tête, et le vent apporteur de chaos hurlait. Félicia s'accrochait fermement à ses cordages, de peur qu'une bourrasque ou une forte lame ne la déséquilibre, ou pire, tomber à l'eau. Les flots à présents sombres et déchaînés n'auraient aucune clémence, et la chute signifierait la mort. Mais même si cette mort était tout autour d'elle, l'encerclait, se présentant partout où elle jetait son regard, elle continuait de se débattre contre la folie de l'élément. Il fallait se battre ! Il fallait vivre ! Jusqu'au bout !

Et la tempête approchait, tandis que les vagues devenaient encore plus puissantes. Tenir la barre seul devenait déjà difficile, et l'eau se soulevait pour venir la frapper. Félicia avait du sel dans les yeux, et contre ses habits humides, malgré sa cape, le vent sifflant était glacial, une pluie froide ne tarda pas à empirer cela. L'on pouvait entendre le ciel rugir, parsemé d'éclairs, sauvage et indomptable, et la tempête était encore plus proche.
En bas, la guerre. En haut, l'enfer. Elle se tenait là, microbe contre géant, femme contre dieu. Les vagues et le roulis violent de son radeau donnaient l'impression qu'à chaque instant tout ses espoirs pouvaient finir engloutis. La tornade qui la menaçait était plus sombre, plus grande que le Titan gris, au rugissement encore plus terrifiant. Parmi tout les adversaires qu'elle avait affronté, aucun ne fut si redoutable, si cauchemardesque. Tout était devenu sombre, nul soleil dans le ciel, seule la lumière pâle et sinistre des éclairs vivait encore. La tempête avait plongé l'océan dans l'obscurité et le vacarme.
Félicia continuait de se battre.
Le temps s'était effacé, la seule mesure qu'avait Félicia était la progression du tumulte dans son dos.    Le radeau manqua de se renverser, une énorme vague s'abattit sur elle, mais ses mains restaient accrochées au radeau, une fois de plus. Elle supporterait la douleur et le froid tant qu'il le faudrait ! Elle continuerait de se battre, encore.

La survivante tourna son regard vers le tribord de son radeau. Elle serra les poings. Quelque chose là bas se soulevait, immense, noire. Une vague chargeait vers elle comme le ferait une armée d'inquiétants chevaliers, prête à l'écraser sous ses milles sabots. Quelle taille faisait-elle ? Quinze ? Vingt mètres ? Non, très certainement plus.

La jeune femme, minuscule, n'avait pas peur. Par défi ou par folie, elle sourit. C'était la fin, sans doute. Mais elle resterait jusqu'au bout, digne.

La lame gigantesque fonça, véritable rouleau d'eau, si haut comparée au radeau qui lui faisait face !  Il y eut un terrible éclair, un grondement de tonnerre, un cri de rage. Devant Félicia se présentait à présent un véritable mur d'eau, infranchissable, impitoyable, monstrueux.
Ce mur l'écrasa.
Et l'océan l'engloutit...



Quand la tempête passa, la mer reprit son calme. Elle avait regagnée sa teinte bleue et forte ainsi que ses douces ondulations. Le soleil avait également reprit son trône et sa lumière peignait sur la toile ridée de l'océan des reflets blancs. C'était là l'étendue semblant infinie, celle qui accueillait à bras ouverts les marins et qui pouvait tout aussi bien ne jamais les laisser revenir. Nul ne voyait les dieux, mais la mer elle, était là, dans toute sa beauté et sa grandeur. Grande dans les secrets que cachent son horizon autant que dans ceux que dissimulent ses profondeurs… La mer s'étendait sur le monde.

C'était au milieu de cette mer que se trouvait, petit point dans l'immensité, un radeau.
Ce radeau était estropié, usé, en partie broyé. Il n'y avait plus de mât, et il ne restait de sa voile qu'une masse de cuir déchirée accrochée au bois. L'onde soulevait doucement l'ensemble de rondins.
Sur ce radeau était Félicia.
Inconsciente, assommée par son combat, elle avait la face contre son radeau et la moitié inférieure de son corps immergée dans l'eau. Tout son corps pâle, presque sans vie, aurait dû sombrer depuis longtemps. Ses jambes dénuées de forces traînaient dans la mer, secouées par les lentes vagues. Mais elle ne sombrait pas.
Son poing droit était toujours serré, fermement à s'en déchirer la peau, contre une des cordes de son radeau. Ce poing, même quand tout le corps avait abandonné, avait refusé de lâcher.

Des oiseaux blancs volaient au dessus du radeau, lâchant quelques cris joyeux. L'un d'entre eux, comme curieux, se posa sur le dos de Félicia et lui picora gentiment la tête. La femme ouvrit lentement les yeux, réveillée par le bruyant et insistant volatile, et toussa brusquement, crachant de l'eau salée. L'oiseau s'envola.
La lumière du soleil éblouit Félicia, alors qu'elle reprenait conscience du monde qui l'entourait. La tempête était passée, et elle était vivante. Vivante.
Tirant sur la corde pour reposer pied sur les ruines de son radeau, elle se redressa. Les mouettes chantaient en cercle autour d'elle. Les vagues semblaient chanter, elle aussi. Le vent qui la caressait était doux. Le soleil haut dans le ciel, plus azur qu'il ne l'avait jamais été. Cette nature, son adversaire, semblait à présent accueillante et bienveillante. Tout était même si clair qu'elle paraissait lui sourire. Cette mer, qui pourtant avait tenté de la détruire, était devenue sa mer.
Félicia avait-elle gagné ? Non. La nature lui avait cédé la victoire.
Elle sourit également et étendit les bras, s'étirant. Le monde était reposant, en paix comme elle ne l'avait jamais vu. Elle scruta l'horizon, et remarqua alors quelque chose d'étonnant.
Là bas, en face d'elle, il y avait un grand bâtiment. Un phare, un édifice qu'elle ne pouvait trouver que sur le continent.
Félicia était de retour chez elle.
Etait-ce un miracle ? Sans doute. Elle ne réalisait même pas comment cela était possible, mais elle y était. La mer était calme, la brise chantante,  les nuages blancs comme le coton. Arrachant un bout de son radeau, elle ramerait jusqu'à la terre aisément. Elle sentait même la force de l'atteindre à la nage. La terre de ses semblables était là bas ! Enfin, son voyage était fini ! Enfin elle était revenue !

Le sourire de Félicia s'élargit, et elle rit. Elle rit de joie. Rit si fort que des larmes coulaient de ses yeux, rit plus fort et plus longtemps qu'elle n'avait jamais rit dans sa vie.
Son rire résonnait avec les cris joviaux des mouettes. Toutes ces épreuves, toutes ces peines étaient ici récompensées. Le cœur de Félicia allait exploser.
L'ancienne noble prit une grande inspiration.
Elle leva les bras au ciel,
Et cria.
DALOKA
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Message par DALOKA le Mer 30 Mar - 23:14

L'Ange et les fleurs



Ce jour d'Août, en 1608, la chaleur à Jykan était infernale. Torride, et sans aucun doute pour certains, étouffante. En vérité il était même sûr que, ici, à Scarrath, de nombreux hommes et femmes mourraient pitoyablement, leurs faibles carcasses écrasées par le soleil, rongées par la faim et la maladie.
Ceux des hauts quartiers de la ville, conformément à leur condition, avaient plus de chances. Leurs besoins vitaux étaient comblés, l'eau et la nourriture abondant, et leurs maisons offrant ombre et fraîcheur. Ils étaient méritants de leurs privilèges, observant du haut de leurs confortables maisons ceux qui avaient eu le malheur d'être moins malins, ou de naître moins talentueux ou forts, et ces vainqueurs se pensaient comme des élus, ou du moins le croyaient ils. Ainsi était Scarrath.
Dans ces rues illuminées par un impitoyable soleil qui rendait le sol et les pierres beiges de la cité brûlantes, il y avait une femme que l'on nommait Camilla Rakshasa. Cette personne, comme pour la plupart d'entre ceux que le destin promet à de grandes choses, se démarquait dans la foule de bourgeois qui constituaient la population des beaux quartiers. N'ayant en apparence rien de la fille de puissant qu'elle était, la femme au teint mat avait un air de garçonne, pourtant vêtue en adéquation avec son rang d'un riche pantalon oriental, et d'un haut sombre couvert d'un gilet brodé. Malgré le fait qu'elle s'abstenait de porter des bijoux et ce certainement par commodité, ce n'était pas ses habits qui faisaient que l'on aurait put à tort la prendre pour une pouilleuse déguisée. Elle était dépourvue de bras gauche, ne laissant en dessous de son épaule qu'un moignon, ses cheveux noirs mi courts désordonnés se hérissaient de manière inélégante, et même si sa tenue couvrait une bonne partie de son corps il était possible de voir en dessous de son cou des cicatrices semblant assez sévères et bien étrangement symétriques. Camilla aurait put être belle sans sa démarche disgracieuse, ainsi que son expression. Le regard halluciné, les yeux cernés, le visage déformé par le malheur, elle avait le visage qu'avaient ici seuls ceux qui perdaient tout. Ses prunelles étaient si vides que n'importe quel passant qui osait fixer son visage détournait immédiatement le regard, car ici dans les beaux quartiers de Jykan le malheur répugnait, il faisait peur et appartenait à ceux d'en bas. Pourtant il y avait, pour l'œil attentif, une lueur d'espoir naissante dans ce vide. Ceux d'en haut ne comprenaient pas toujours que le malheur pouvait faire naître de grandes choses, et n'était pas si répugnant à regarder que certains le pensaient. Il y avait en effet quelque chose de fascinant chez cette femme perdue, au corps et à l'esprit ravagé. A chacun de ses pas, il y avait une maladresse, un frémissement d'hésitation, c'était comme si elle cherchait un chemin chaque fois que son pied s'apprêtait à toucher le sol.
Camilla était une funambule sur le fil de sa propre existence, et elle qui avait été si forte était à présent si fragile. Cela, pour celui qui avait vécu et vu de nombreux hommes se battre, se détruire et mourir, était un spectacle subtil.

Alors que j'admirais ce tableau, un bruit vint me déranger dans ma contemplation. L'on ne tarda guère à toquer à la porte de mon appartement, et c'est quelque peu agacé que je refermai d'un bref geste de la main le rideau de ma fenêtre qui donnait sur la rue.
-Monsieur Isa, fit la voix masculine derrière la porte. C'est Sabass.
Je n'aimais pas être dérangé le jour, tout particulièrement dans d'intéressantes réflexions. Mais si Sabass avait quelque chose d'important à rapporter, il aurait été une erreur de faire tarder son rapport.
-Entre donc, dis-je, mon attention encore captée par mes précédentes pensées.
L'homme entra et je le regardai d'un œil alors qu'il dépoussiérait sa tenue de quelques mouvements rapides de ses longs doigts sombre. Sabass, enveloppé dans une cape, portait un très large chapeau noir, si large qu'il me vint à l'esprit que le pauvre bougre n'aurait pas passé ma porte si elle avait été plus étroite de quelques pouces. Le couvre chef ridicule avait pour objectif de le protéger du soleil, tâche qui était remplie, l'ombre du chapeau obscurcissant son visage pour ne laisser visible que sa bouche serrée, son menton fin et son long bouc. Il referma la porte derrière lui et, me décidant à l'écouter avec attention, je m'assis à la table de mon salon.
-Veux tu quelque chose ? Demandai-je purement par politesse. Je n'avais aucune envie de lui servir quoique ce soit.
-Non, du travail m'attends.
Sabass ne prit pas la peine de retirer son chapeau ou de s'asseoir, montrant bien son intention d'être bref qui m'arrangeait particulièrement. Passant ses doigts sur son bouc noir, il commença son rapport.
-Raphaël Rakshasa est en route pour Jykan comme anticipé. Il prévoit très certainement d'emporter sa fille et fuir la ville ce soir.
Je ne pus m'empêcher de laisser échapper un léger sourire en entendant que mon plan se déroulait exactement comme prévu.
-Tiens donc les Venins prêts à l'action, le père et sa fille sont pleins de ressource. Je m'occuperais moi même des Rakshasa, quand à toi dispose tes hommes discrètement à toutes les issues qu'il leur serait possible d'emprunter pour sortir de la ville, au cas ou ils m'échapperaient.
-Si vous me le permettez, mon unité serait largement suffisante pour mettre fin aux jours de Raphaël. Il a beau être un grand artiste martial, il s'est rouillé et est parfaitement mortel. Quand à Camilla, je ne crois pas qu'elle représente une menace…
-Tu ne comprends visiblement pas l'ambition de mon plan.

Sabass releva le menton, l'air interrogatif. Il était certain que lui aussi, qui avait pourtant tout comme moi transcendé l'humanité, ne comprenait pas toute l'importance de Camilla. Je m'appuyai contre mon confortable dossier en croisant les jambes, prêt à tenter d'expliquer mon intérêt à Sabass.
-La première partie du plan consiste à tuer Raphaël Rakshasa, tête de la faction dissidente du Croc Noir. Jusque là, il semble que tu as compris à la perfection. Ce qui paraît te dépasser cependant est l'intérêt tout particulier que je porte à sa fille… Sa fonction d'appât pour attirer notre ennemi à Jykan n'est que secondaire.
Voyez vous Sabass, depuis des siècles déjà, je recherche ardemment les meilleurs candidats au titre de serviteur personnels de notre Roi. Je leur offre ainsi le pouvoir de dépasser leur condition mortelle, mais trouver des individus dignes de recevoir cette bénédiction est une chose malheureusement rare. Vous devez bien le savoir, étant un des rares élus.
-Ah ! Vous trouvez qu'il y a quelque chose d'exploitable dans cette loque ?
-En vérité, elle a très certainement un plus grand potentiel que toi.

Surprit par la remarque, Sabass reprit son silence, croisant ses bras. Il avait visiblement été irrité.
-Une erreur commune est de penser que de ceux qui sont à bout ne peut émerger que de la faiblesse.   Il est vrai que l'entretien de la force, de la beauté ou de l'intelligence, est un moyen d'atteindre l'excellence, mais la diversité des possibilités est souvent ignorée. La décadence de Camilla n'est pas une finalité mais une étape pour obtenir quelque chose de plus grand.
J'entendis Sabass légèrement rire. Sans doute trouvait il cela insensé car il était un homme rusé, efficace, mais sans aucune profondeur. Jamais il n'aurait put acquérir cette rage qui sommeillait en Camilla, il ne réalisait certainement pas que si mon plan aboutissait elle risquait de le remplacer tôt ou tard à la tête de d'escouade des venins.
-Sabass, mon cher Sabass… Dis-je, prêt à tenter de lui expliquer ma pensée.
Trouvez vous les chrysalides belles ?
-Evidemment non.
-Elles sont figées, laides, sans intérêt et pitoyables. Pourtant la métamorphose de la chrysalide fascine les hommes. Cette métaphore vous paraîtra sûrement banale, mais pourtant son sens est trop souvent oublié. Certains animaux comme certains hommes ont une croissance, qui si sa vitesse varie selon les individus, suit une courbe à peu près régulière, dérangée uniquement par des troubles passagers. Toujours actifs, il progressent jusqu'à atteindre leur sommet. Mais d'autres deviennent misérables pour redoubler de force, endurcis par la difficulté, grâce à une rage de vaincre qui est moins forte chez les premiers sujets. Fais courir longuement un homme bien né sur du gravier. Le pied sensible, il souffrira, saignera si la pierre est bien pointue, pleurera et gémira pitoyablement...

-Et le cuir de son pied s'endurcira. Après cent marches, il pourra courir sur le gravier tant qu'il le voudra.
Je connais cette histoire scarrath. Mais cela fonctionne également pour celui dont le pied est moins fragile, qu'est ce qui rend cet homme supérieur à ce dernier?
-Il aura connu la difficulté. Ceux qui ont appris le vrai coût de la force la comprennent mieux, leur mental est plus fort. Compare le marchand qui a progressé lentement mais sûrement à celui qui a tout perdu, puis a dû tout regagner une fois voire plusieurs ce qu'il avait perdu. Le second sera plus prêt à affronter les difficultés.
Et dans le cas du marcheur, quand tu le feras par la suite courir sur la braise, il aura eu un avant goût de la douleur. Il y sera préparé.
-Assez de métaphores,
s'agaça Sabass, qui n'était guère un homme de conversation. Expliquez clairement vos intentions.

-Elles sont simples. Camilla semble limitée par son handicap et son abus de drogues, mais est la plus talentueuse des combattants de l'école de la Voie de la Tornade. La dégradation de son esprit est une formidable opportunité. Cela fait maintenant des années que j'observe son évolution… De Camilla peut émerger une machine à tuer plus terrible que n'importe lequel d'entre nous parmi les serviteurs du Roi. Tu possèdes la méthode, mais elle dispose de la folie et de la rage. Il ne me reste plus qu'à allumer le feu et nous obtiendrons l'une des meilleures guerrières de l'histoire de notre organisation.
-Comme c'est étrange maître Curse. Vous partagez mon mépris de la mortalité et des hommes, et cette femme semble presque vous passionner. Vous seriez vous pris d'affection pour cette humaine ?
-Impossible,
répondis-je en souriant avec une pointe d'humour. Car l'idée était amusante, bien que fausse, mon amour ne revenant qu'au Roi.
-Camilla n'est d'ailleurs pas la seule, votre intérêt particulier pour les mortels m'a toujours surpris. Votre rôle exige une certaine proximité avec eux, vous seriez vous donc attachés ?
-Je suis le berger, Sabass. En tant que tel j'entretiens le bétail, cela demande du soin et de l'attention dont un loup comme toi serait bien incapable.
-Cela est bien vrai
, rit il.
-Ainsi tout cela dans sa finalité doit servir le Roi, car lui trouver des serviteurs méritants de son regard et s'assurer qu'ils lui restent fidèles est également une de mes tâches. Ce que j'organise depuis des années n'est pas seulement la fin de la dissidence au sein de la Voie de la Tornade, mais également le recrutement de Camilla au sein de l'élite du Croc Noir.
-Vous semblez confiants. Pensez vous que si l'on tue son père elle obéira toujours au Croc ? Vous avez certes séparé père et fille, mais vous n'avez pas retournée cette dernière contre lui.
-Cela n'aurait été qu'une solution temporaire. En tant qu'immortel tu devrais voir nos projets sur le long terme. Mon idée est plus brutale et sera la finalité de ce que elle et moi avons construit, d'où le besoin de ma présence. Croyez moi Sabass, je connais mieux Camilla que cette ville même.
-Alors tout est désormais limpide. Les venins seront prêts à l'action. A présent si vous me le permettez, je vais prendre congé.

Après une courte révérence, Sabass s'éloigna alors, repartant dans le même mouvement que son entrée.
-Si Raphaël a des alliés dans Jykan, ne les laissez pas rejoindre les Rakshasa. Et éliminez les.
-Ce sera fait.

Prêt à partir, Sabass me salua en rabaissant son chapeau.
-Vie éternelle au Croc Noir, Maître Isa.
-Vie éternelle au Croc Noir, Sabass.

Il referma alors la porte. Visiblement il avait au moins compris quelque chose.

Enfoncé dans mon siège, j'observai un moment ma fenêtre couverte de rideaux beiges et pâles. Une faible lumière traversait le tissu, elle n'était pas désagréable.
Il n'y avait sans doute plus rien à regarder à travers cette fenêtre, je me levai alors, contournant ma table pour saisir une clef accrochée au dessus de ma commode. Je réalisais avec ironie que même si je faisais tout cela par devoir pour mon seigneur avant tout, la perspective d'avoir bientôt un nouveau compagnon ne me laissait pas indifférent.
Je déverrouillai la serrure de la porte de droite et m'enfonçait dans le couloir qui conduisait au jardin. J'avais entreposé dans ce dernier certains tableaux, venant de lieux, d'époques et d'auteurs différents, des œuvres d'arts que j'avais accumulé au fil des années. Je m'arrêtai sur une des toiles. C'était une vieille peinture Alefridienne que j'appréciais grandement.
A la droite du tableau, jaillissant d'un fossé d'où émanait une brume blanche semblable aux nuages, un gigantesque homme nu s'élevait, aux traits jeunes mais à la très longue barbe sombre agitée comme ses cheveux par le vent. L'homme avait sa main gauche ouverte et le bras tendu vers le bas de son corps dans une attitude accueillante. Sa main droite se dirigeait vers l'autre protagoniste du tableau, elle tenait un objet sphérique qui brillait comme un soleil, des traits dorés de lumière en émanant. Dans la gauche du tableau apparaissait un homme, plus petit, vêtu comme un pèlerin. L'homme au regard invisible car la tête tournée vers le géant et sa lumière avait un pied en arrière et un bras devant lui, en position de recul. Mais le grand personnage affichait un regard rassurant.
Je restai un moment ici, puis fit mine de remettre le tableau droit alors qu'il n'y en avait nul besoin. Je repris ensuite mon chemin.
J'entrai alors dans le jardin par la petite entrée recouverte d'un rideau pourpre qui se trouvait au bout du couloir. Je me baissai légèrement pour pour pouvoir entrer. Le lieu était fortement ensoleillé, ce pourquoi je plissais un peu les yeux, mais cela s'améliorerait par la suite.
Le jardin était segmenté d'arches situées en haut de ce dernier, formant un faux plafond soutenu par plusieurs piliers et ouvert par d'immenses trous rectangulaires qui permettaient aux végétaux de profiter de la lumière. Bien étrangement j'appréciais les plantes, mais je les détestais à la fois. Je les trouvais belles, à l'odeur agréable, et j'avais retenu des centaines de noms de variétés que je savais reconnaître d'un regard. J'amenais des fleurs lointaines, je m'en occupais comme mes filles et je les observais grandir. Mais par dessous tout je redoutais et haïssais le moment ou elles faneraient, ne pouvant empêcher cette fin là. Ce pourquoi pour ralentir cette inévitable fin, j'étais obsédé par leur entretien, géré même par un jardinier de profession que je payais lors de mes longues absences. Moi, Curse le vampire, j'avais tant d'intérêt pour des êtres si fragiles et éphémères, voilà une remarque que Sabass ne se priverait pas de faire.

J'avançais dans l'ombre des arches. L'escalier menant aux hauteurs de ma maison se situait juste à la fin du jardin, mais peut-être que le soleil était encore trop fort pour pouvoir apprécier l'extérieur.
Je décidai de rester regarder ces fleurs encore un peu.

Alors que mon regard parcourait mes fleurs, une coïncidence intéressante se produit. Mon regard s'arrêta sur quelques fleurs originaires de Bérilion, rondes et d'un rose légèrement rougis, des camélias. Camélia, Camilla, je ne pus retenir un léger rire, le rapprochement semblait inévitable. Il avait fallut que je me penche sur ces fleurs au moment ou je m'apprêtais à rendre immortelle une femme au nom similaire.
Jamais je ne cueillais une fleur si l'occasion n'était pas importante. Quand je présenterais Camilla au Roi, j'offrirais à cette dernière une de ces fleurs. Comprendrais t-elle ? Sûrement pas, mais lui comprendrait sans aucun doute ce geste. J'accordais une grande importance à la symbolique.

Ce soir serait un grand soir, celui d'une renaissance. La vision de ces camélias m'inspira la commémoration de la vie, qui serait bientôt précédente, de Camilla Rakshasa. J'ai toujours pensé que la commémoration impliquait inévitablement la remémoration, mais un point de vue plus professionnel pourrait voir cette dernière comme un récapitulatif de ma mission qui touchait elle aussi à sa fin. Mais par où commencer ? Question délicate pour tout récit.
Je commençai l'histoire avant la naissance de sa protagoniste. Ou en tout cas cela aurait été ainsi que je l'aurais contée à mes auditeurs.

La Voie de la tornade était une ancienne et fantastique école d'arts martiaux. Spécialisée dans le combat à main nue, elle formait depuis toujours de redoutables combattants, ce pourquoi le Croc Noir s'y intéressa tout naturellement. La force étant le premier moyen de soumettre, nous avions besoin d'assassins, de gardes et de casseurs compétents que la Voie était disposée à former. Scarrath étant dépourvu de véritable grande école de combat, cela pouvait-être pour nous un atout précieux qui non seulement nous fournirait des hommes à l'utilité directement assurée, mais aurait un grand poids symbolique.
Voyant l'occasion d'être approvisionnée en élèves et en argent, l'école accepta l'alliance qui se poursuivit longtemps.

Et l'histoire de Camilla commença le 3 Juillet 1583, quand Raphaël Rakshasa, l'actuel grand maître de la voie de la tornade célébra la naissance de son enfant. Cette dernière fut destinée à hériter de l'école, lourde responsabilité qui hantera sa jeunesse.
La mère de Camilla mourut en mission le 6 octobre 1589. Artiste martiale compétente, elle sera malgré cela acculée et battue à mort par ses adversaires. Cette mort soudaine marquera profondément Raphaël et laissera Camilla sans mère pour le reste de sa vie. C'est aussi à partir de ce moment que Raphaël se distance du Croc Noir.
Camilla grandit et commença bien vite son entraînement à la Voie de la tornade. Son père était très exigeant mais cette dernière travaillait dur pour satisfaire son seul parent, ayant certainement peur de décevoir un père devenu plus froid depuis le décès de sa femme. La jeune fille se révéla très talentueuse. Au début de son adolescence on remarqua qu'elle développait le physique type idéalement approprié pour la technique vive et agile de la Voie de la tornade, qui plus est elle était d'une incroyable souplesse, dépassant en ce domaine les facultés humaines communes. Ainsi Camilla, à tout juste treize ans, mit à terre plusieurs vétérans. Fière de sa force et du regard bienveillant de Raphaël à chacune de ses victoires, elle donna le maximum et ne relâcha jamais son entraînement.
Pendant ce temps là je découvrais que Raphaël cachait aux Croc Noir certains agissements de son école. Il ne répondit plus à certains de nos messages, ce pourquoi je décidai de placer la Voie sous surveillance.

Camilla avait quinze ans quand elle vainquit son père en combat singulier, devenant de ce fait la plus forte de la Voie. Néanmoins elle remarqua qu'à chacun de ses combats, une vive douleur secouait son bras. Loin d'être passagère, la douleur empira et finit par fortement la déranger lors de ses affrontements.
Devenant de plus en plus dure à supporter pour elle, son niveau en pâtit en conséquence. Ce fut dans cette période qu'elle commença à accomplir des missions pour le Croc.
La fierté de Camilla refusa de s'affaiblir, et elle tenta de dominer ce handicap par des moyens détournés, en conséquence de quoi l'organisateur lui attribuant ses missions lui donna diverses drogues censées calmer cette douleur. Elles permirent à Camilla de continuer à se battre sans s'en soucier, utilisant ainsi toutes ses capacités comme elle le faisait avant.
Les chose devinrent alors intéressantes. En effet, on découvrit que Camilla était née avec une ossature particulière bien que la médecine de l'époque ne put clairement expliquer le problème, et c'était cette ossature qui lui donnait son extraordinaire souplesse. Mais elle avait également causé des défauts au niveau de son bras qui était douloureux à cause d'une croissance incorrecte. Le problème s'étant diagnostiqué trop tard on ne pouvait désormais plus le régler, ce qui ne stoppa pas Camilla. Malgré ce diagnostic qui lui recommandait de ne pas utiliser ce bras pour des activités trop intensives, elle prit l'habitude des drogues et continua ainsi ses missions sans rien changer. Consciente de sa condition physique, elle voulait malgré cela rester forte à tout prix, c'est à dire rester la jeune fille plein de talent qui avait rendu son père le plus fier des parents. La Voie de la tornade pourtant n'était pas dépendante des bras, utilisant surtout un grand nombre de techniques au pied. Alors qu'elle pouvait remplir ces missions et vaincre la plupart de ses adversaires sans faire usage de son bras gauche, Camilla insista. L'excellence ou rien. Cette obsession, née d'une fierté excessive, pouvait être considérée comme sotte et vaine, car jamais son bras ne guérirait. Mais c'était cela qui était beau en Camilla, tout en étant ce qui la conduira à sa chute.

Après un combat, le 14 septembre 1601, son bras gauche finit par ne plus lui répondre. Cela faisait un moment déjà que le membre était dans un état critique, plus douloureux et de moins en moins réactif, mais elle l'avait ignoré. Par sa fierté, mais aussi par la consommation désormais régulière de stupéfiants que l'organisation lui fournissait.
Le diagnostic des docteurs fut plus terrible que surprenant. L'artère du bras était bouchée suite à une déformation de l'os qui obstruait maintenant totalement l'apport en sang. Nul ne savait si c'était uniquement à cause de l'effort ou si certaines drogues avaient empiré sa santé, mais il était pour tous très clair, et pour elle la première, qu'elle était responsable de cela.
L'amputation du bras fut recommandée pour éviter que le membre non alimenté en sang ne subisse une nécrose ou d'autres problèmes susceptibles de mettre fin aux jours de Camilla. Cela se fit malgré ses protestations. La perte de ce membre fut un tournant pour elle, et le moment de l'amputation avait été profondément marquant, au point de lui infliger un traumatisme profond. Je ne pouvais l'affirmer, mais je supposais plus tard qu'on l'avait amputée de force. J'imaginais alors la scène ; Camilla se débattant et hurlant, tandis que les anesthésiants administrés étaient loin de suffire pour soulager la douleur de la scie, alors qu'elle voyait ce qui avait toujours fait partie d'elle même être séparé de son corps. Que pensais tu lors de cet instant, Camilla ? Que ressentais tu ? Je ne pouvais que tenter de me représenter l'entendue de ta souffrance et de ton humiliation.

Désormais sans bras gauche, elle avait perdu une partie d'elle même et une partie de sa force qui ne reviendrait plus jamais. Et cela était entièrement sa faute. Elle commença à se sentir indigne de son père, ayant perdu l'espoir de le rendre fier.
Ce dernier, se pensant peut-être coupable de ne pas être intervenu à temps, et sentant que la vie de sa fille avait été détruite, devint plus distant. Il y avait une autre raison à cela.
C'est lors de cette période que je découvris que Raphaël Rakshasa prévoyait de libérer la cité d'Aalzir et ses alentours de l'influence du Croc via maints sabotages et faussement d'informations, son plan étant censé s'achever sur l'éclat d'une révolte envers le Prince marchand local. Je décidai d'intervenir moi même dans l'affaire qui avait pris des proportions inattendues, et c'est là que je rencontrai en personne Camilla.
De prime, je vis en elle un moyen de piéger Raphaël. En ce sens je voyais cette jeune femme abattue d'un œil similaire à celui de Sabass. Je m'approchais d'elle afin de trouver comment je pourrais rendre cet outil utile.

Même sans l'avoir précédemment connue personnellement, j'observai que la perte de son bras et les doses de plus en plus fortes de drogues avaient un effet néfaste sur sa personnalité. D'habitude morose et apathique, quand elle avait pris certaines substances, ou même sans cela lors de certaines crises soudaines, Camilla avait des excès de violence terribles envers les autres ou elle même. Elle commença à m'intriguer et je décidai donc de l'intégrer progressivement plus dans le Croc, notamment pour la couper totalement de son père. Camilla accomplissait maintenant ses missions indépendamment de la Voie de la tornade, et ce sous mes ordres directs. Elle était dorénavant surveillée en permanence par mes espions et moi même.
Je la payai grassement, et sans surprise, elle augmenta de plus en plus sa consommation de drogue, hors il se trouvait justement que nous en avions un grand éventail en tant que premiers fournisseurs du continent. Toute la variété de drogues du marché Scarrath, j'étais prêt à lui fournir cela à prix cassés. Elle semblait vouloir échapper à quelque chose, sans savoir quoi, ni où fuir. Rien ne la satisfaisait vraiment, si ce n'est de temporaires extases, ses crises étaient de plus en plus fréquentes et son état mental empirait. Je ne la stoppais pas, et même, curieux de voir comment la jeune femme dégénérera, je l'incitai à sombrer. Elle avait certainement conscience qu'elle se détruisait et que le Croc participait à cette destruction, mais ne savait comment fuir, ni elle même, ni nous. Peut-être avait elle réalisé notre surveillance, mais cela ne faisait aucune différence.
Un jour Camilla commença à s'auto mutiler, y trouvant un étrange contentement. Le phénomène se répéta plusieurs fois et elle finit par en tirer un certain plaisir, c'est ainsi qu'elle obtint ses singulières cicatrices symétriques, trop ordonnées pour ne pas avoir été infligées par une conscience.
Un autre jour Camilla eu une sérieuse crise de folie en mission, causée par une blessure.
Elle avait massacré les deux autres exécutants sur la mission, à coup de pieds notamment. Camilla s'était acharnée sur mes hommes, même après les avoir mis à terre. Les corps, quand je les ai retrouvés, étaient dans un bien piteux état. J'ai alors demandé, toujours curieux, pourquoi avait elle tué ses alliés.
Elle me répondit que cela lui avait fait du bien.
Je réalisai alors que le potentiel de Camilla surpassait mes premières attentes. Si une telle soif de sang était déjà présente, combien serait-elle formidable une fois son humanité transcendée ! Camilla devenait une tueuse dangereuse et sans scrupules, mais moi, Curse, pouvait en faire bien plus. Je pouvais créer un véritable monstre. J'avais à nouveau trouvé une mortelle digne de servir le Roi, et peut-être l'un des meilleurs éléments que j'avais jamais trouvé.

A partir de ce constat, la suite des opérations devint bien plus claire pour moi. Camilla commençait à se complaire dans sa douleur et celle des autres, mais ce n'était pas assez pour obtenir ce que je désirais, il me fallait frapper un grand coup.
Un de mes exécuteurs de la Voie de la tornade, qui me servait d'agent double, fut envoyé faire passer un important message à Raphaël Rakshasa : sa fille à Jykan se faisait corrompre par le Croc Noir et était en grand danger, pouvant même potentiellement être prise en otage. Il était assez risible de penser que ce père, bien trop occupé par son projet et voulant peut-être inconsciemment oublier ce qui était arrivé à sa fille, eut besoin d'un témoin larmoyant pour se décider à venir secourir sa fille, même si il fallait admettre que l'effacement des émotions permettait l'efficacité et qu'il aurait en vérité dû rester dans cette voie jusqu'au bout.
Dans tout les cas il ne fut pas insensible aux horribles nouvelles sur l'état de Camilla et lui envoya un message pour la prévenir de son arrivée. En interceptant ce message, je pus savoir exactement où Raphaël apparaîtrait pour récupérer sa fille. Mais après consultation, je laissai le message aller jusqu'à Camilla car il n'était pas une nuisance, bien loin de là.
Dans ce message, le père tentait de redonner espoir à sa fille. Il écrit qu'il croyait toujours en elle, qu'il était possible pour elle d'échapper au cercle vicieux dans lequel elle était, et qu'il serait pour cela prêt à l'aider. Prêt à lui redonner l'amour d'un père, qu'il n'avait jamais réellement sut exprimer. Il lui dit qu'il n'était pas trop tard, que tout pouvait changer, que la vie pourrait se reconstruire. Qu'elle pouvait échapper au Croc.
Tant de mots qui firent naître l'espoir en Camilla, qui répondit à cette lettre avec une clarté d'esprit qui ne s'était pas vue chez elle depuis longtemps, et je m'en réjouis. Car en effet, si l'espoir naissait uniquement pour peu après se briser, alors le malheur n'en serait que plus grand ! Tout était prêt et je n'avais plus qu'à attendre.

Le soleil était dorénavant plus doux, je me décidai donc à laisser ces fleurs, ma réflexion dorénavant achevée. Je me redressai pour continuer mon chemin désormais plus librement. Avant de gravir l'escalier, je pris mon turban déroulé accroché à l'une des colonnes et après l'avoir réarrangé, le mis.

En haut, j'arrivai sur une terrasse qui surplombait la majorité de Jykan. M'approchant de la rambarde de pierre, je pouvais ici contempler la cité circulaire qui, plus on s'enfonçait au centre, devenait basse. Basse en position, mais également en vie. Ville unique et paradoxale, elle plaçait les miséreux en son centre, et les puissants les encerclaient des hauteurs de la ville. Jykan était un véritable puits d'atrocité, et l'on pouvait à juste titre trouver cette ville malsaine. Mais n'y avait il pas quelque chose de cruellement poétique dans cet agencement ? Nombreux étaient ceux qui ne voyaient en cette ville qu'un moyen d'accumuler des richesses, et y allaient emplis du désir d'en repartir. La laideur pourtant, faisait partie de la vie. Elle était un élément vital du monde qui avait été offert à mon Roi, alors l'ignorer, n'était-ce pas comme renier une teinte déplaisante d'un tableau ou un poème outrageant d'un recueil ? Même parmi les plus vieux immortels, trop ne savaient pas admirer la substance et se contentaient d'augmenter leur prise sur le monde, ce qui était ridicule. Le monde avait déjà un maître, posséder n'avait donc aucun véritable sens. Admirer en revanche, n'était-ce pas merveilleux ?

Je souris, et soupira. Le soleil faiblissait et je m'assis sur un tabouret, un bras sur la rambarde. Camilla n'aurait sans doute jamais l'occasion de savoir admirer, mais elle n'en aurait pas besoin. Elle deviendrait une admirable serviteur du Roi, et ce qui faisait le bonheur de ce dernier faisait également le mien. J'osais espérer qu'il reconnaîtrait la beauté de la création de Camilla… Non, création était trop présomptueux. Je n'avais, au final, rien créé. Je n'avais fait qu'influencer sa route, elle n'avait jamais eu besoin de moi pour grandir.
Je cherchai alors un mot convenant, et, faisant écho à ma vision d'il y avait quelques dizaines de minutes, le mot floraison me vint naturellement à l'esprit. Une fleur sauvage dans son habitat naturel n'a besoin de personne pour grandir, mais un homme consciencieux, en en prenant soin, peut l'embellir. J'étais satisfait de ma trouvaille comme l'artiste qui trouvait naturellement le mot juste pour achever son vers.

Le soleil était à présent orangé. Bientôt la nuit viendrait, comme le temps pour moi de passer à l'action, oui, le moment était venu de trancher le fil de cette funambule et de la capturer dans mes bras. Cette femme avait deux grandes faiblesses à exploiter pour en faire un parfait serviteur du Roi,  l'amour qu'elle portait encore à son père, ainsi que sa fierté. Cette fierté qui au final était certainement la plus grande de ses faiblesses depuis sa jeunesse… L'On disait souvent que les personnes exagérément fières étaient plus difficiles à briser que d'autre. Je n'étais pas vraiment d'accord avec ce constat.
Si je brisais ce qui les rendait fiers, que leur restait il alors ?

Le froid commençait à envahir Jykan et la lumière qui tapissait le ciel faiblissait. Je frémis d'avance à l'idée d'admirer la fin de cette floraison que j'observais depuis des années, tandis qu'un bleu obscur remplaçait lentement l'orangé chaleureux du crépuscule.
Je me redressais. Étais-je si joyeux car je me disais que cette fois, cette fleur ne fanerait pas ? Sabass m'avait peut-être percé à jour en disant que je m'étais pris d'affection pour ma cible, car il était vrai que je ne pouvais prétendre agir ici uniquement pour mon maître. Néanmoins, il aurait été faux de prétendre que ce que je ressentais était proche de près ou de loin à de l'amitié, cela était de la fascination. Le don d'immortalité me permettait de jouir de la vision du monde tout en accomplissant mon éternelle mission, ce que je ne me privais jamais de faire.

La nuit était à présent noire, et mon ouïe fine entendit un être se diriger vers moi à toute vitesse. Un des venins de Sabass, sans aucun doute. En quelques instants, le jeune vampiris était présent à côté de moi, un genou à terre et tout de noir vêtu.
-Maître Curse, nous sommes tous prêts, me dit il, tête rivée vers le sol en signe de respect. Raphaël est entré dans Jykan et nous l'avons repéré, il ne devrait pas tarder à entrer en contact avec Camilla.
-Où est Sabass ?
-Lui et le gros de l'escouade ont trouvé un groupe d'infiltrés prêts à aider les Rakshasa à passer l'entrée sud ouest, ils attendent votre signal pour les éliminer. Le reste d'entre nous est à votre disposition.
-Transmettez mon ordre d'attaque. Encerclez donc Camilla et son père, mais ne les attaquez que si je l'ordonne, même si ils vous repèrent. Contentez vous de les suivre afin qu'ils n'aient aucune chance de survie. Je me chargerais de les vaincre moi même… Partez devant.
-A vos ordres.

Le venin bondit du toit, se déplaçant avec agilité dans la ville. Mais je le rattraperais aisément.

Je pris mon turban noir et le défis pour qu'il n'en reste qu'un long foulard. A la façon des nomades du désert, je l'enroulai autour de ma tête, masquant mon visage, car c'était sous cette apparence que Camilla m'avait toujours connu. Et l'effet ne serait pas le même si elle ne me reconnaissait pas du premier coup d'œil.
Prenant une grande inspiration, j'étendis les bras et dans un craquement sourd d'os, je sentis mes ailes croître dans mon dos. Massives, elles s'étendirent, aussi noire que l'encre, avant de retomber sur mes épaules et de se rejoindre devant ma poitrine. Elles enveloppèrent mon corps ainsi de mes clavicules à mes pieds comme une cape, elles était l'attribut de Curse aux ailes obsidiennes.
Je montai sur la rambarde, restant un moment encore songeur. Mais j'avais bien assez pensé pour aujourd'hui, et je réalisai alors mon impatience.

Mes ailes se déployèrent, provoquant une petite bourrasque qui souleva le sable et la poussière, pour ensuite me projeter dans les airs. Je m'envolais avec aisance, sans réellement craindre que l'on me voie. Les moins perspicaces croyaient à une apparition, les autres préféraient faire comme si ils n'avaient rien vus, et quand au reste… A scarrath, les curieux dérangeants les puissants disparaissaient, si ils ne rejoignaient pas leurs rangs.

Survolant la ville, je ne tardai pas à apercevoir d'abord l'un des venins qui accomplissait la mission comme convenu, puis enfin, mes proies. Je voyais le père et sa fille, courant pour leur vie avec l'espoir d'atteindre des renforts qui bien entendu étaient certainement déjà morts.
Je plongeai vers eux, et le père qui avait levé la tête fut saisit de surprise et d'horreur en me voyant arriver. Peut-être ne s'attendait il pas à ce que j'intervienne moi même ? Sans aucun doute. Il ne pouvait savoir le destin que je promettais à sa fille.

Avec force, je posai pied sur le sol devant eux, leur barrant la route. Ils se stoppèrent net et la panique marquèrent leur visage tandis que je me tenais ainsi, debout. Je fis un premier pas, silencieux car je n'avais rien à lui dire.
Raphaël, malgré le désespoir, se mit en garde et dégaina une dague dont le métal me fut immédiatement familier. De l'argent, acier réputé tueur de vampires. J'eus envie de rire en le voyant. Enfin pauvre fou, que pensais tu ? Ton corps rendu maigre et fragile par la vieillesse et l'insomnie, tes cheveux et ta ridicule moustache blanchis ! Que pensais tu donc sauver ? Tu n'avais plus qu'une vie, que tu perdrais bien assez tôt.
-Ressaisis toi Camilla ! J'ai anticipé cette situation, dit il à sa fille qui jusqu'alors me fixait avec terreur.
Battons nous !
Serrant les dents, la femme imita la posture de son père, un sabre dans son unique main. Devant ces risibles et prévisibles réaction, ma main droite s'enflamma. En surgit mon épée, pourtant bien plus longue que mon bras. Le sabre enchanté à la taille de claymore était enflammé, et brandissant l'arme qui éclairait cette sombre rue de Jykan, je les toisais du regard, certain du résultat de l'affrontement.
Raphaël, suant, tremblant, chargea dans un cri de désespoir. Avec aisance je para son premier et son second coup, et dans le même temps Camilla tenta d'attaquer un de mes angles morts. C'était sans compter mon aile cape, dont les os solides comme le roc bloquèrent la lame avant que le membre s'étende pour frapper cette dernière, la projetant contre le mur. Et alors que je parai un autre coup de mon principal adversaire, ma main gauche fondit vers son torse. Mes griffes s'y plantèrent, y enfonçant mes quatre phalanges. Raphaël hurla, et je retirai ma main pour laisser un flot de sang s'écouler du corps du grand maître.

Il posa un pied à terre, la main sur la poitrine. Camilla se relevait, sonnée. Je tournai mon regard vers elle un instant.
-NON ! Cria t-elle à s'en déchirer les cordes vocales. Mais il était déjà trop tard.
Je levai mon épée pour l'abattre impitoyablement sur le crâne de son père, fendant la tête en deux telle une bûche de bois. Puis, tout le corps pris feu.
Je vis alors le regard perdu de Camilla. Puis ses yeux emplis de larmes et de rage folle. Il ne lui restait dorénavant rien, mais elle pouvait toujours me haïr… Peut-être même que l'idée de me tuer était la seule chose qui tenait dorénavant son esprit en place. Camilla chargea, feintant un coup, pour soudain glisser sur le sol là ou je ne l'attendais pas et saisir la dague de son père. Je fus lors de cet instant surpris. Il n'était pas courant qu'un mortel me surprenne en vitesse dans un combat au corps à corps, me fallait il plus de preuve de son potentiel ?
Elle tenta de me poignarder, et j'esquivai alors en me décalant sur le côté. Bondissant, elle enfonça d'un coup de pied son talon dans mon visage, frappant ma mâchoire. Cela était excellent, malheureusement, c'était aussi là que les différences entre mortels et immortels s'appliquaient. Le coup me fit à peine reculer, et ma lame fendit l'air, ne la touchant pas mais projetant une violente gerbe de flamme. Le feu frappa la partie supérieure droite de son visage, malgré sa tentative d'esquive, puis elle tomba à la renverse en lâchant un cri aigu de douleur. J'avais ruiné définitivement une partie de son faciès, consciencieusement. Elle n'était pas laide, et il fallait qu'il ne lui reste rien. Même si ce n'était qu'un détail, j'y accordais une petite importance.

Pitoyablement, elle finit par rouler sa propre face contre le sol en gémissant alors que j'approchais lentement, ne me pressant nullement. Elle releva vers moi son visage à moitié calciné, sa respiration de plus en forte suite à la douleur et au stress. Elle me regardait avec un regard halluciné, et ne tentait plus de se redresser ni de fuir. J'entendais les battements de son cœur s'affoler, et mes pas rythmaient ce qu'elle croyait sans doute être son requiem. Mais non, la fin ne pouvait venir maintenant, cela serait trop aisé !
-Pourquoi… Souffla t-elle. J'allai répondre, mais alors elle se mit à répéter ce mot en boucle. Pourquoi, pourquoi, pourquoi. Je vis à l'expression de ce qui restait de son visage qu'elle avait perdu l'esprit. Le choc, la panique, la douleur, ainsi que les drogues qui rongeaient depuis longtemps son esprits, lui faisaient en ce moment perdre la raison. A qui s'adressait-elle ? Même si elle me regardait, je savais que ce n'était pas à moi. Mais à elle même.
Cependant Camilla, il était trop tôt pour te reposer.

Ma lame s'abattit de nouveau et cette fois sectionna d'un seul coup son unique bras. Voilà, l'œuvre était achevée. Pourquoi ce bras était il dépourvu de cicatrice ? Pourquoi ne l'avait-elle jamais mutilé ? Car il lui était précieux, si précieux, ce seul bras, sa seule fierté, ruine de la force qu'elle avait possédé et ne pouvait regagner ! Cela était fait.

Camilla resta immobile, silencieuse un certain temps. Puis son œil remarqua enfin le bras étalé par terre, séparé de son corps. Cet autre bras séparé, à nouveau ! Elle ne cria même pas, et cette fois, son regard était vide de tout.
-Camilla, ma chère Camilla… Ton voyage a été long, dis-je, terminant ma marche pour finir juste en face d'elle. Pensais tu réellement que là bas la vie serait plus claire ? Camilla, tu n'aurais trouvé auprès de ton père aucune lumière. Le vide est la seule chose que tu aurais trouvé, tu n'es plus la jeune femme talentueuse que tu étais et plus jamais tu ne le seras. Tout espoir de retour a disparu depuis longtemps, et quand bien même tu te serais échappée avec succès, le résultat n'aurait pas été bien différent. Nous t'aurions retrouvée, inévitablement. Tu aurais dû le savoir : l'on  ne peut fuir le Croc. Tu as le regard tourné vers le passé, alors que nous sommes ton futur… A présent que te reste t-il, Camilla ?
Tu n'as plus de famille.
Tu n'as plus de corps.
Tu n'as plus d'espoirs.
Tu n'as plus rien.

Absolument rien, Camilla. Tu es une ruine qui ne peut plus que marcher. Tu t'es détruite, lentement mais sûrement, c'est toi qui a causé ta propre décadence, et l'amour que tu pensais obtenir de ton père ne t'aurais pas fait récupérer ta force, ni fait effacé tes cicatrices. Ce que tu as perdu, personne ne pourra jamais te le rendre… Mais nous pouvons te donner autre chose. Regarde, ton sang s'écoule de ton moignon, dans très peu de temps tu mourras… Est-ce que cela doit se terminer ainsi ? Camilla, il y a encore une place pour toi parmi nous. Je peux te donner de la force, n'est-ce pas ce que tu désirais en t'entraînant ? Une force écrasante, afin de ne jamais perdre. Je peux te rendre immortelle Camilla ! Pourquoi avoir peur ?


Je m'accroupis alors, posant ma main ensanglantée sur la joue de Camilla avec tendresse. Je vis les coins des lèvres de sa bouche bée trembler.
-Le temps nous est compté… Mourras tu ici, restant la ruine que tu es ?… Ou me rejoindras tu aux côtés du Roi ?
Camilla rit faiblement, un sourire étirant lentement son visage. Elle éclata alors de rire, comme elle ne le faisait qu'en se mutilant. Au milieu de la peau brûlée de son visage se trouvait encore son œil droit, rond, dépourvu de paupière. Pourtant, dans la folie, cette horreur se mariait admirablement au reste du visage dément de Camilla. Je souris et abaissa le foulard qui voilait ma bouche.

Voilà la réponse.
Quand tout était brisé, il ne restait plus que moi. La floraison était achevée.
Que pensas tu lors de cet instant, Camilla ? Que ressentis-tu ?
Je ne pus que l'imaginer.


Dernière édition par DALOKA le Mer 17 Aoû - 15:21, édité 1 fois
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One Shot du Daloka des forêts Empty Re: One Shot du Daloka des forêts

Message par DALOKA le Dim 24 Avr - 15:38

Nouvelle Terreur



Le jeune homme reprit conscience. Il grimaça. Un affreux mal de crâne le saisissait, tandis que, engourdi, il reprenait progressivement le contrôle de ses sens. Il se sentait, étrangement, tiré par les jambes vers le haut et attiré à la fois vers le bras… Il était à l'envers ?
Deux autres sensations lui vinrent. Ses vêtements étaient humides et enfin, dans l'air flottait une puanteur qu'il avait du mal à identifier. Où était il ? Afin de répondre à sa question, il ouvrit faiblement les yeux.
Le lieu était terriblement sombre, et sa vision étant encore floue il ne put distinguer grand-chose. Mais il put confirmer ceci : il était bien à l'envers, et une corde semblait nouer ses pieds...
Paniquant, il toucha sa poitrine. Il n'était pas blessé mais son habit était poisseux. Il porta sa paume maintenant mouillée à son nez et l'odeur du sang vint à ses narines. Sa veste en était couverte, non, imprégnée ! Où était il ? Il lui fallait se libérer. Le jeune homme jeta un regard en dessous de sa tête et ne put retenir un cri d'effroi. Au sol se trouvaient d'acérés pieux de bois ! Bien répartis pour tuer quiconque tomberait. Si la corde cédait c'était fini pour lui.
Il regarda autour de lui. Les quatre murs semblaient assez proches, il était dans une espèce de puits. Comment était il arrivé ici ? Il devait trouver un moyen de sortir.
Il jeta cette fois son regard au dessus de lui, la vue désormais plus claire. La corde remontait jusqu'en haut du puits, ou se trouvait avant le plafond une espèce de plate-forme de bois. Cette corde passait sur une poutre par dessus cette même plate-forme pour ensuite rejoindre une silhouette. C'était visiblement un être humain. Un sourire illumina le visage du jeune homme. On était venu l'aider ? Il reconnut une femme. Chic ! Se dit il, soulagé.
-Je vous en prie, remontez moi ! Dit il à la femme.
Il n'y eut aucune réponse.
-Madame ?…
Insista t-il.
-… Mademoiselle ?
Tenta t-il à nouveau.
Toujours rien. Que se passait il ? Etait elle son tortionnaire ? On le châtiait? Peut-être avait il juste trop roulé sur la table, et qu'il rêvait.
Devait il persister à la faire réagir ? Il devait savoir ce qui se passait. Peut-être que si il tirait sur la corde, elle cesserait de l'ignorer ! Juste un peu, car si elle lâchait… Il ne préférait pas y penser.
Réunissant ses faibles forces, il tenta d'atteindre ses jambes et regretta un instant son manque d'exercice. Il put finalement toucher la corde liant ses pieds, mais repoussa ensuite sa main avec horreur. La texture de la corde était non seulement humide et glissante, mais n'avait en vérité rien à voir avec celle d'une corde. C'était plus… Organique.
Voyant maintenant plus clair dans l'obscurité, ce second regard sur la corde lui fit comprendre avec horreur ce qu'elle était. Le long tube de chair qui remontait jusqu'à la femme indiscernable n'était en effet pas tenu par cette dernière. Mais faisait partie intégrante d'elle même.
Choqué et répugné, il vomit, répandant son précédent repas sur les pics au dessous de sa tête. Mais très vite des préoccupations bien plus urgentes vinrent occuper son esprit. Il devait sortir. Quand bien même cela y ressemblait beaucoup, ce n'était pas un cauchemar, l'odeur putride était bien réelle. Tout comme le sang sur sa tenue et, il le remarquait maintenant, dans ses cheveux et sur son visage. Le sang de la pauvre dame avait coulé sur lui ainsi que sur les pics.
Rien à faire pour sortir. Les seules issues étaient au niveau de la plate-forme, et bloquées par des barreaux de fer. S'il pouvait espérer passer à travers ou ouvrir ces derniers, il lui était actuellement impossible de les atteindre. Désespéré, il cria à l'aide, suppliant pour qu'on le sorte d'ici. Il s'épuisa la voix, jusqu'à finalement entendre des pas lourds de bottes sur la pierre, en haut, se rapprochant.
Légèrement éclairée par un bougeoir qu'elle posa en un lieu hors de la vision du jeune homme, la silhouette d'un homme apparut derrière les barreaux. Grand, il avait les épaules larges, était vêtu d'une veste noire, mais peu grand chose d'autre était clairement identifiable. Du point de vue du jeune homme, il paraissait impressionnant.
-Eh, vous ! Pouvez vous entrer ? Remontez moi !
L'homme ne répondit pas.
-Vous m'entendez ? Je suis en dessous ! Vous me voyez ?
Il sortit une montre à gousset, l'ouvrit. Il la regarda puis la referma.
-Libérez moi !
-Non.

Le jeune homme se tut. L'inconnu avait une voix monotone et glaciale, entièrement dénuée de sympathie.
-C'est vous qui m'avez fichu là ? Dit le jeune homme dans un début de colère.
-Oui.
-Alors vous savez comment me sortir de là ! Libérez moi ! Je vous jure que vous le regretterez…
L'homme émit deux expirations sonores qui pouvaient être interprétées comme un léger rire. Il passa sa main au dessus de sa tête comme pour rabattre ses cheveux en arrière.
-… Ecoutez, vous êtes intelligents, non? Je peux vous donner de l'argent, ce n'est pas grave, mais remontez moi.
-Mario Lepero.

C'était son nom.
-Tes parents possèdent une grande ferme.
-Oui, c'est vrai ! Que voulez vous ?
-Rien de cela.

Il y eut un silence. Mario réfléchit pendant ce temps à une autre solution pour s'en tirer. Il avait forcément une raison.
-Tu ne te demandes pas qui elle est ? Dit l'homme.
-De quoi ?
-Ah. Mes excuses.

La grande main de l'homme passa à travers les barreaux, portant le bougeoir qui éclaira le cadavre atrocement mutilé mais au visage intact. Mario reconnut ce dernier.
-Gabriella Laurée. Ta fiancée, je crois.
Le jeune homme, visage étiré par la surprise, s'agita avec désespoir.
-Vous mentez !
-Non.

Il retira le bougeoir et le remit à son précédent emplacement.
-Mais pourquoi l'avoir tuée ?
L'homme pencha légèrement sa tête vers les barreaux.
-Elle est donc bien morte. Il était temps, je suppose, dit il d'un ton affreusement naturel.
J'ai tâché de la maintenir en vie le plus longtemps possible, mais c'est là la limite de mes compétences.
Mario se sentit prit de nausées. Il n'avait pas envie d'entendre ce qui venait.
-Je l'ai solidement attachée, je pensais néanmoins que malgré la drogue tu te réveillerais en conséquence de ses hurlements. Cela a duré longtemps.
Le jeune homme ne put s'empêcher d'imaginer ce qu'il avait fait, quand bien même il ne le voulait pas.
-Pourquoi tentes tu donc de te mettre à sa place ? Tu n'y es pas et il fortement improbable que tu sois familier avec ce genre de douleur.
-Fermez là !
-Mais après tout c'est toi qui a mené son organe jusque là. Tu peux donc soulager ta culpabilité ainsi.
-C'est uniquement de votre faute !
-Oh… Oui.
Il passa à nouveau sa main au dessus de sa tête.
C'est toujours ma faute.
-Si vous le savez, alors vous savez que ce que vous faites est mal ! Vous pouvez toujours changer ça, tenta le jeune homme dans un élan d'éloquence.
-Ah. Tu te concentre à nouveau sur ta propre vie. Bien. Mais cela ne te sauveras pas.
-Mais je n'ai rien fais de mal !
-On ment toujours en disant cela.

L'homme sortit sa montre, la regarda, la rangea.
-S'il suffisait d'être bon pour être heureux et en sécurité, la vie serait bien trop aisée. Parlons de toi Mario. Tu as déjà volé ?
-Certes oui mais cela n'a rien de comparable !
-Combien de fois, dis moi ?
-Une seule fois…

S'ensuivit un silence insistant et pesant, révélant qu'il avait percé à travers ce mensonge.
-Trois fois.
-C'est pour cela que nous n'avons rien en commun.
-Attendez, je n'ai volé que des gens malhonnêtes !…

Il secoua lentement la tête pour exprimer la négativité.
-La question n'est pas : pourquoi as tu volé. La question est : pourquoi n'as tu pas plus volé. La réponse est : par culpabilité, certainement également pour ne pas ternir le déshonneur de ta famille, ou ne plus paraître devant tes proches comme celui qu'ils pensent que tu es et que tu penses être. Par peur aussi de mettre en danger ta confortable condition sociale.
-Cela est contre les lois, je ne pouvais devenir un criminel !
-Les lois ne servent pas à rendre les gens heureux. Elles servent à les préserver de leur malheur. Cela empêche cependant certains de trouver la véritable béatitude.
Tu te demandes pourquoi je fais cela, et je vais te répondre. Un jour, j'ai rencontré un homme plus heureux que tout les hommes que j'aie jamais vus. Il était libéré des restrictions auxquelles, consciemment ou inconsciemment, nous nous soumettons, ceci afin de poursuivre le véritable bonheur. Pour lui le bien et le mal pouvaient chacun être des formes différentes de joie, et lois morales n'étaient que des limites qu'il fallait franchir. Le monde est à nous si nous le désirons. En faisant ce que je fais, je suis les traces de mon maître spirituel qui avait découvert le secret de la vie et s'était plongé dans un état d'absolue joie. Ces actes ne sont pour moi que le moyen d'appréhender ce secret par moi même et d'atteindre l'illumination.
-Illumination ?
Balbutia Mario.
-C'est cela. Le but suprême de l'homme, que les gens abrutis par les sornettes de la masse ne parviennent pas à comprendre. Mais cela n'a guère d'importance. L'Illumination est une quête de soi, peu me chaut ce que décident les autres.
-Vous êtes juste mauvais, vos paroles n'ont aucun sens !
Fit le jeune homme dans un cri de colère et d'effroi.
L'homme passa sa main au dessus de sa tête à nouveau.
-J'ai pour ma part une autre question : durant notre conversation, combien de temps as tu pensé à ta survie, comparé au temps passé à regretter Gabriella ? Tu n'as pas versé une larme. Pourtant c'est elle qui te maintiens en vie. C'est cruel.
-Je vous interdit de me juger !

Il sortit à nouveau sa montre, répéta le même geste.
-Mélanie Laurée, la sœur cadette de Gabriella. Morte il y a de cela dix jours. Elle a été victime de violences physiques et sexuelles répétées avant de mourir d'une hémorragie cérébrale due à un choc provoqué par un objet de poids conséquent. Son corps fut retrouvé caché dans les buissons d'une clairière, deux jours après le décès.
On suppose qu'un malfrat avait prit la malheureuse alors qu'elle s'aventurait seule, l'affaire fut ainsi classée. Ceci est bien sur la version des faits acceptée.
Premièrement : le corps fut déplacé après l'acte. On retrouve également des traces de cordes sur les poignets.
Deuxièmement : L'acte fut exécuté dans un lieu intérieur, le corps ayant dans la peau quelques échardes ne pouvant venir que d'un plancher, et n'ayant pas porté de chaussures. Des fragments de porcelaine se trouvaient également dans sa chevelure et son crane.
Troisièmement : Le frère de Gabriella et Mélanie, Marc Laurée, qui est aussi ton ami proche, a confirmé ta présence chez lui à l'heure du crime. Ceci est en vérité la preuve de ta culpabilité. Nul n'ignorait dans ton entourage ton désir envers la sœur de ta fiancée, ce pourquoi tu fus dans les premiers suspects interrogés. Heureusement, l'alibi donné par Marc, personne jugée digne de confiance, suffit à t'innocenter.
Voici maintenant la véritable version des faits.
Marc, ton meilleur ami, t'admires. Tu parviens donc à le convaincre de t'offrir l'occasion de profiter de Mélanie. Si cela paraît surprenant, les traces d'abus physiques antérieurs au viol m'indiquent que cela est plausible et même certain. Ce dernier est donc complice de ton méfait. Mélanie est attachée durant toute la durée de l'acte, mais quand vous êtes lassés et que votre attention est relâchée, les liens, mal faits, se défont.
Mélanie se relève, commence à s'enfuir, et ne voyant pas d'autres moyens de l'arrêter sur le moment, tu prends un vase de porcelaine et la frappe à la tête. Elle est assommée, cependant elle ne se réveille pas. Paniquant, vous chargez le corps dans un large sac et le transportez discrètement dans la clairière ou elle a l'habitude de passer ses après midi, avant de jeter le sac et le reste du vase dans la rivière. Enfin, vous attendez, faites semblant ensuite de chercher la fille disparue, avant de dire votre version des faits aux autorités quand le corps est retrouvé.
Voilà ce que j'ai raconté à Gabriella. Elle n'en a pas cru un mot. Même dans la souffrance elle répétait ton nom.
Elle t'aimais beaucoup, et sans elle tu serais mort. C'est cruel.


Mario ne disait plus rien. Le visage dorénavant pourpre du jeune homme s'agitait à droite et à gauche comme en recherche d'une solution désespérée, le corps pris par l'effroi.
-Tu es une personne cruelle, répéta l'homme.
-Oui ! Oui je sais ! Oui je n'aurais pas du faire ça ! Ca… C'était une connerie, oui… Je suis un sale type également… C'est pour me juger que vous faites ça ?
La voix du jeune homme était à présent tremblante.
-Je ne te juges pas Mario. Je suis contre le jugement. Tu désirais posséder ces deux sœurs, depuis longtemps, mais les lois dogmatiques ne te permirent que d'accomplir ce désir à moitié. L'espace d'un instant, tu t'es libéré. Voilà pourquoi je me suis intéressé à toi. Mais la culpabilité que je vois sur ton visage montre que jamais tu ne me comprendras.
Pourquoi, après un tel acte, te soucies tu encore de la morale ? Pour cela, il est trop tard. Personne ne te pardonneras plus, tu es déjà profondément vil. La vérité est que tu as peur, pas juste de l'autorité, mais de ce que tu es et de ce que tu deviens. Cela te rend inapte à connaître la véritable joie. Comme tant d'autres. Comme tous.


Il regarda sa montre.

-Le moment est venu de nous quitter. Cela fut une bonne dépense de mon temps libre, j'ai à présent progressé sur la voie de l'illumination.
Il sortit de sa veste une clef et déverrouilla la porte à barreaux. La silhouette massive s'avança sur la plate-forme, faisant grincer le bois rendu poisseux par les fluides corporels. Mario pressentit venir sa fin, et, les yeux exorbités de craintes, supplia.
-Attendez ! Ne me tuez pas, je ferais tout ce que vous voulez !
-Je n'attends rien de toi ni de personne.
-Je peux tenter de comprendre ! Je tuerai, volerai, violerai encore si il le faut !

L'homme ne répondit pas. D'une de ses grandes mains, il sortit de sa veste une lame dentelée au métal luisant. Il s'approcha du corps à la figure figée, au ventre ouvert et cramoisi, d'où sortait le seul lien entre Mario et la vie.
-Non, non, NON !
Il commença à scier la chair tendue de l'intestin. Mario continua de hurler.
-Je ne veux pas mourir !
-Mais je veux que tu meures.

La corde céda.
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Message par DALOKA le Dim 8 Mai - 18:52

1848, Ehir'A'Rité Rashni


Le jeune scarrath releva son capuchon et sourit. Il avait devant lui un des lieux les plus mystiques et les plus intrigants du continent Eclipséen : la montagne Hiranyakashipu, dont l'on disait que le soleil, quand il passait à son sommet, devenait d'un rouge éclatant. De nombreuses légendes locales et lointaines furent construites autour de cet endroit mystérieux, et les paroles de son maître l'avaient emmené ici.
-Vous n'avez pas prévenu le maître de cela, dit Garamé, à ses côtés. Le scarrath à la peau presque aussi noire que le charbon projetait sur lui un regard accusateur, mais Ehir n'en avait cure. Sinon, il ne serait pas là.
-Certes oui.
-Certaines choses…
-Sont encore au-delà de ma compréhension. On me le répète tout le temps.
Il rejeta son regard sur la montagne. L'immense masse de pierre, comme légèrement plate à son sommet, était orangée à la lumière du soleil. Les légendes sur ce mont étaient différentes, mais avaient un point commun, car toutes parlaient de quelqu'un, ou de quelque chose, qui serait sur ce sommet. Et pour informer de la nature de cela, il n'y avait personne. Tout ceux qui s'aventuraient sur cette montagne, une fois qu'ils approchaient enfin du sommet, redescendaient. Et ce de leur plein gré. Tous repartaient avant de savoir le secret d'Hiranyakashipu.
Certains redescendaient en disant avoir été pris d'une terreur des plus grande, mais d'autres disaient avoir rencontré une tristesse infinie. Dans tout les cas, cette chose décourageait les voyageurs.

Un sourire souleva les lèvres d'Ehir, tandis qu'il commença sa marche vers la montagne si proche.
-Je vous accompagne, fit Garamé, le suivant.
-Non, il s'agit d'un défi personnel. Contente toi d'attendre mon retour.
-Cela va à l'encontre de mon devoir, majesté.
-Suffit ! Je ne suis pas un roi. Encore moins le tiens.
-C'est pourtant votre destin…
-Peut-être. Mais notre monde en a bien assez, tu ne crois pas ?
Garamé croisa les bras, tirant une moue agacée.
-Pourquoi insister ? Vous aurez tout le loisir de prouver votre valeur lors du rituel d'ascension.
-Je crois ne t'avoir jamais dit pourquoi j'ai accepté de quitter ma maison…
-Vous vous ennuyiez. Vous aspiriez à une plus grande vie.
-Ce n'est pas faux… Mais il y a une chose qui m'a poussé à ce rôle en particulier. Aider les gens. Mon désir le plus simple serait que quelqu'un d'autre réalise le sien, et c'est en croyant pouvoir accomplir cela que je vous ai suivi. Même si je parierais qu'on m'aurait enlevé quoique je dise.
-Cela est la preuve que vous êtes le véritable et digne héritier. Mais, si je puis me permettre, il n'y a rien qui relie ceci à la montagne.
-Peut-être, oui. Mais j'ai émis une supposition, dit Ehir en levant l'index. Derrière lui, Garamé soupira.
Je crois qu'il y a quelqu'un là haut. Certains ont ressenti, en s'approchant du sommet, un grand désarroi. Une sorte de mélancolie. En parlant avec un de ces rares aventuriers, j'ai eu un sentiment que je désire maintenant vérifier.
Je veux rencontrer cette personne, pour voir si cette tristesse qui ferait rougir le soleil peut-être appréhendée… Et guérie.
-C'est ridicule, rit Garamé en secouant la tête. Ce ne sont que des suppositions.
-Des pressentiments. On m'a toujours dit de les croire, et ils ne m'ont pas encore trompés.
-Un jour, vous regretterez votre inconscience.
-Certainement. Mais ce jour n'est pas encore arrivé !
Ehir, sans se retourner, commença sa marche vers la montagne. Garamé, sans rien dire, l'observait sans chercher à le rattraper. Son prince n'écouterait rien, quoi qu'il dise, il était ainsi. C'était pour cela qu'il était l'héritier, celui qui devait ramener l'espoir.

-Prince Ehir ! Je n'essaierais pas de vous stopper. Cependant, gardez une chose bien en mémoire : Tout les vœux n'ont pas la même valeur. Votre responsabilité sera de juger ces derniers, et d'accomplir les meilleurs. N'oubliez jamais cela.
Je vous attendrais ici. Bonne chance.


Ehir marcha vers la montagne. Partout autour de lui, un vent chaud soulevait une poussière rougeâtre, ce qui, loin de décourager le jeune homme, exaltait plus sa volonté. Il voulait rencontrer quelque chose que nul n'avait rencontré, et accomplir ce que nul n'avait accompli. Car le glorieux destin qu'on lui avait dicté était loin d'être suffisant à ses yeux. La seule richesse véritable, c'était l'autre. Découvrir un autre, c'était rencontrer un soi même qu'il n'était pas, rencontrer un autre "je". Enfant, Ehir pensait qu'il était le seul véritable être sur cette terre, mais quand il réalisa qu'il avait tort, quel vaste monde s'offrit à lui ! Des multitudes de mondes différents et similaires, mais tous variés. Une véritable aventure était possible, mais Ehir voulait toujours plus. Si il voulait atteindre ce sommet, c'était pour découvrir un monde parmi les mondes. Car si, comme il le pensait, il y avait bien quelqu'un là haut, qui depuis des éternités attendait, cette personne ne pouvait être que celle qu'il recherchait.

Ehir s'engagea à l'ascension. Bien sur, ce que le jeune n'avait pas anticipé, c'était que le début était toujours le plus aisé. Malgré son arrogante détermination, quand des douleurs le prirent à force de trop parcourir des chemins escarpés, de trop escalader des surfaces incertaines, il hésita à redescendre. Mais pourtant, il continuait, et plus il se sentait proche du sommet, plus il savait qu'il n'y avait pas de retour possible. Parfois, il s'arrêtait, et contemplait la hauteur où il était avec un certain orgueil. C'étaient des choses qui, comme cette hauteur, étaient plus que des mots, qu'il recherchait. Des choses trop grandes pour être résumées sans arrogance, et qui le dépassaient, lui, destiné à dépasser les autres.


L'ascension dura ainsi des jours, et comme il l'avait tant désiré, Ehir accomplit ce défi sans aide. Il était toujours fier, mais maintenant exténué, blessé, affamé comme assoiffé. Il s'était demandé que ferait il si il n'y avait, en fin de compte, rien. Si il ne préférait pas penser à la déception qu'il ressentirait alors, au moins aurait il la satisfaction d'être allé plus loin que quiconque.

Enfin, le sommet s'approchait. La pierre ocre et orangée devenait de plus en plus rouge, et des éclats de minerai argenté et noir la parcouraient. Il ne pouvait identifier cette matière, n'ayant aucune connaissance du genre, mais cela était pour lui la confirmation que le lieu était spécial et qu'il ne se trompait pas de chemin.

Mais il y avait pourtant autre chose qui confirmait la légende. Car chaque pas d'Ehir était plus lourd, et cela n'était pas uniquement dû à la fatigue. Son cœur se serrait, et même si la chaleur était plus que supportable sur cette hauteur, il était en sueur. Comme réjouit de ce sentiment, il continua pourtant d'avancer.
Cela empira. Ehir avait l'impression qu'on tentait de l'écraser, et que quelque chose de déchirant pénétrait son esprit. Il reconnut de la colère, intense, bouillonnante. Que cette rage appartienne à quelqu'un ou non, il était certain que cette folie seule serait capable de le mettre à terre. Elle martelait son cerveau et coupait son souffle. Ses pas devenaient de plus en plus lents. Les voyageurs avaient raison, cette rage renfermait du désespoir. Elle était brûlante, sèche, aride, et immense. Car Ehir pressentait qu'il ne voyait que l'horizon d'un océan.
Un sourire nerveux, malgré tout, secoua son visage. Il insista.


Du temps passa. Ehir ne comprenait plus ce qu'il lui arrivait. Il était à présent écrasé face contre terre… Et en une heure, il avait à peine parcouru dix pas. A chacun d'eux, une masse d'images et de bruits brusquait ses pensées. Cette mémoire ne pouvait être celle d'un homme, mais celle d'un peuple, non, d'une terre entière. Elle était si colossale que, rien qu'en s'en approchant, elle semblait presque tangible, et la douleur qu'Ehir ressentait était devenue également physique.
Il se releva péniblement. Il y avait là haut quelque chose de terrifiant, et c'était cette chose qui repoussait tout les voyageurs… Il devait monter, il était si près du but ! Mais il ne pouvait pas avancer. Il haletait bruyamment, son corps était faible, son visage crispé par la souffrance, et son visage humide de larmes. Pourquoi pleurait il ? Ehir ne le réalisait que maintenant, mais plus il approchait, plus il était proche de cet ouragan, plus il ressentait ce que la chose ressentait. Il était au point culminant, là ou tout le monde rebroussait chemin. Il ne pouvait plus avancer !… Etait-ce là la limite atteignable ?…
Non !
Si cet être pouvait l'entendre !
-Laissez moi passer ! Cria t-il. Je vous en conjure…
Ses muscles restaient paralysés. Ces paroles étaient inutiles… Il devait montrer qu'il n'était pas comme ceux qui l'avaient précédé. C'était le seul moyen.
-Si c'est quelqu'un au cœur pur que vous recherchez… Alors cette personne n'est pas moi. Et je redescendrais donc… Car tout ce que je peux faire c'est vous écouter. Si vous cherchez juste un ami… Je crois faire l'affaire. Je ne veux rien de vous. Mais je vois que vous avez besoin d'aide.
Votre désir inassouvi, confiez le moi ! Confiez le moi, et je le réaliserais, quel qu'il soit, j'en fais la promesse !…

Un long silence passa. Il resta immobile.
Lentement, la pression se relâcha. Ehir laissa échapper un large sourire. Il semblait que finalement, il allait l'accomplir, son ascension… Vers ce vœu, plus élevé que tout les monts.
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One Shot du Daloka des forêts Empty Another Day At Blueberry Hill

Message par DALOKA le Lun 4 Juil - 20:10

Un OS un peu particulier. En effet, il ne se déroule pas dans l'univers d'Eclipse mais un improvisé de mon cru. J'en suis assez content, ayant trouvé son écriture et sa lecture très rafraîchissante. Si le concept plaît, et surtout, si j'ai l'envie et les idées pour continuer, peut-être que je m'amuserais à en écrire la suite, mais rien n'est moins incertain!

Je n'en dis cependant pas plus, et je vous laisse découvrir.




Un Autre jour à Blueberry Hill



  Bienvenue à Blueberry, joyau de l'espace et plus grande spatio-cité du système Barnard, repaire de filous comme de grands commerçants, et véritable fontaine à casinos. On la surnomme amicalement  « Le Donut » en raison de sa forme, mais aussi car les milles lumières qui s'en échappent ont évoqué à certains plaisantins la garniture recouvrant le glaçage de l'un de ces beignets sucrés. A l'intérieur, la ville lumineuse fourmille d'activité autant dans les beaux que les bas quartiers, et c'est dans cette nuit éternelle que Blueberry ne meurt jamais… Dans ce mouvement incessant entre les rues, les commerces, les casinos, places touristiques, ou bien les bars. Et en parlant de ces derniers, c'est dans un bar douteux nommé The Healer que commence notre histoire.

  Ce jour là, The Healer n'était pas bien différent des typiques bars parsemant Blueberry et se livrant une concurrence féroce. L'hologramme rose pâle qui, au dessus de la porte, présentait le nom de l'établissement en grosses lettres, s'éteignait de temps à autre. Sur la façade rouge de bois du bar, dont la peinture craquelée partait un peu à certains endroits, était collée une feuille de papier avec marqué dessus au feutre noir « PAS D'ENNUIS ! ». Une habitude dans ces quartiers là, bien qu'elle changeait rarement grand-chose. Derrière le verre de la porte faite du même bois se trouvait une vieille pancarte indiquant les horaires d'ouvertures. On pouvait voir également quelques affiches, certaines décolorées, annonçant la venue de groupes de musiciens dans le bar qui pouvait se vanter d'être le plus fréquenté du coin.
  L'intérieur éclairé par de faibles lumières électriques orangées avait également des murs rouges, ainsi qu'un plancher de bois verni reluisant. Cet intérieur semblait bien plus entretenu que l'extérieur, à l'inverse d'autres établissements qui préféraient soigner leur entrée avant tout. A droite en entrant, se trouvait le bar ou discutaient côte à côte quelques hommes d'âge moyen, un verre de whisky avec glaçons devant eux. Au fond, devant les tables rondes, se trouvait la petite scène. Le groupe s'y préparait. Un jeune pianiste en costume s'assit au tabouret de l'instrument en retirant ses gants, testant quelques notes, tandis que les joueurs de cuivres préparaient les leurs. Quand la chanteuse arriva sur la scène, boucles blondes, robe noire, et lèvres rouges pulpeuses, la troupe était prête.
-Un, deux, trois, quatre, compta le pianiste avant de commencer à jouer. Le reste des artistes ne tarda pas à suivre. The Healer était ambiancé, comme un bon bar de Blueberry digne de ce nom.        C'était pour cela qu'il était le favori de Carol, grand habitué, pour ainsi dire quotidien, qui n'hésitait pas à dilapider son peu d'argent pour rester jusqu'à la fermeture. Son visage était ainsi connu de tout ceux qui fréquentaient le lieu, tout comme sa place habituelle qu'il privilégiait en tant qu'éternel client : une place ni trop loin de la scène, ni trop loin du bar. L'étranger venu tout droit d'un autre système se distinguait facilement parmi les autres habitants de Blueberry. Le trentenaire, bien que de taille moyenne, était assez costaud, ce qui n'était que plus prononcé par son visage carré au teint mat qui contrastait avec la blondeur de ses cheveux. Si son œil gauche était noir, le droit était blanc et aveugle. Voilà qui lui donnait bien assez de signes distinctif pour être repéré dans une foule par même un grand ignare. Son manteau beige poisseux sur le dossier de sa chaise, il apparaissait vêtu d'une chemise, et malgré son allure rustre, avait l'élégance d'un nœud papillon jaune.
Sa présence était donc d'usage ce soir là, comme cela l'était hier. Mais aujourd'hui, en vérité, il était également là pour le travail.
-Carol... Cet endroit pue la clope, tu n'avais pas mieux comme lieu de rendez vous ?
  C'était pour cela qu'il était cette fois accompagné de sa collègue, Pristine. Assise en face de lui, sa tasse de café affreusement sucré donnait le vertige rien que d'y penser à Carol, ainsi qu'à sa tasse de café bien trop corsé pour un esprit saint.
-Je ne vois pas le problème avec The Healer ! Les gens sont accueillants, enfin, plus que d'habitude, et les prix sont honnêtes.
-Oui… Plus que d'habitude. Pourrais tu au moins ne pas m'envahir avec ton tabac ?… Ou quoi que ce puisse être, dit elle avec dégoût.
-Si ça fait plaisir à mademoiselle…
Il écrasa le bout de son cigare, qui n'était en effet pas fait avec du tabac, sur le cendrier, en réprimant une moue agacée.
  La jeune femme à la peau blanche et dans le début de la vingtaine s'était vêtue d'une manière assez formelle. Vêtue de sa tenue noire et rouge, ressemblant à un détournement d'un uniforme d'officier, qui lui servait d'habitude au combat, elle s'était habillée pour partir en mission, ce qui était une des raisons de sa gêne en un tel milieu. Brune aux cheveux lisses coupés en carré plongeant, et aux yeux violets brillants, Pristine était pourtant une jolie femme malgré ses… Particularités. En effet, raison pour laquelle elle portait la plupart du temps un chapeau, deux oreilles triangulaires et malheureusement bien de chair et de poils, se trouvaient fixées au dessus de sa tête. Pareillement, une queue brune s'agitait derrière sa chaise, elle aussi partie intégrante de son corps. C'était la grande honte de Pristine, car elle n'était bien évidemment pas née avec ce type de physiologie farfelue. Dans sa tendre adolescence venait l'époque de la grande mode des miracles chirurgicaux permis grâce à la science, et bien naturellement rapidement utilisés pour soutirer les économies de quelques jeunes gens. Pendant quelques années, il était populaire chez les adolescentes de s'attribuer certains caractéristiques d'animaux, tout particulièrement ceux des grands amis des hommes : les chats. Inconsciente victime de ce phénomène tendance, Pristine déboursa une petite fortune pour devenir plus… Féline.
  Problème : la mode est passée maintenant et est vue comme affreusement ridicule… Second problème : les prix pour les opérations de rétablissement ont grimpé de manière extraordinaire. Et c'est ainsi que Pristine dû renoncer à sa future carrière d'idole et de chanteuse… Et utiliser ses talents militaires pour gagner assez d'argent afin de se retirer ses nouveaux organes et repartir sur le chemin de la gloire.

  Une folle histoire que Carol avait écouté avec délectation la première fois, en manquant de s'étouffer avec sa propre boisson. Mais les raisons qui le menaient à jouer le rôle de mercenaire n'étaient pas plus glorieuses… Ce pourquoi sans doute, il les taisait.

-Bon, fit Pristine après une gorgée de son café, combien de temps mettra t-il à venir, ce fameux client ?
-Le système Abyyk c'est loin, tu sais…
-Il n'a pas put te contacter d'Abyyk, justement car c'est loin. Donc il n'est pas SI loin que ça.
-… Hm. C'est juste.
-Sais tu au moins pourquoi il veut qu'on le protège, ce client ?
-Il a juste besoin d'une escorte, il transporte des dossiers gouvernementaux, enfin je crois.
-Je vois… Dit Pristine avant d'avaler son café de travers. Attends, quoi ?
-Eh bien oui, c'est pour cela que ça paye, ma belle, fit Carol avec un sourire suffisant. Ah les débutants…
-Ça fait deux ans que je bosse avec toi, et je n'ai pas ramassé le tiers de la somme dont j'ai besoin...
Et surtout, tu t'entends parler ? Je n'ai pas envie d'avoir des ennuis. Encore moins de travailler pour les fédérés d'Abyyk.
-Mais ce n'est pas un fédéré, si ça peut te rassurer…
-Alors ça veut dire que c'est un… Un Abysykan ? Un alien ? Fit elle avec une expression de choc, puis de dégoût.
-Oh, ça va ! Tu n'en as jamais vu ? Ça fait peur seulement au début. Passé les tentacules et les yeux globuleux, il y a des gens au cœur d'or !
-S-si tu le dis… Enfin ! Travailler pour le royaume Abysy n'est pas mieux… Tu te rends compte de la quantité d'ennuis que nous pourrions avoir ? Même si nous sommes en territoire neutre, il y a des pactisant des différents partis ici. Nous ne sommes pas dans le système Sol, n'oublie pas.
-Tout va bien se passer voyons. J'ai grandis avec le risque, affirma fièrement Carol en se frappant le torse du poing.
-Et moi j'ai plutôt l'impression que tu le fais grandir, ce risque…
-Mais les choses ne sont-elles pas plus excitantes ainsi ? Dit il en portant sa tasse à ses lèvres. C'est toi qui disait que nous étions en manque d'action. Et habillée comme tu es, tu semble prête à abattre tout un régiment.
-Je n'ai pas envie d'avoir encore quoique ce soit à faire avec la fédération… Leur service militaire m'a déjà bien assez dégoûté. Même si c'est pour les gêner, accepter une mission ayant quoique ce soit à voir avec eux me met dans le risque de m'y confronter à nouveau.
-Eh bien attendons au moins d'entendre les détails de la mission, puisque nous sommes là.
  Carol, prenant une autre gorgée de café, s'interrompit un instant. Le groupe avait changé de titre pour une mélodie plus mélancolique, qu'il prit le temps d'apprécier quelques instants avant de reprendre la conversation.
-C'était comment la vie dans le système d'Abyyk ? Je ne crois pas que tu m'en ai déjà parlé…
-Pas bien intéressant… Quand je suis née la politique intérieure s'était déjà adoucie, mais ça restait un état totalitaire et pro humain.
-La politique, les gouvernements… Moi j'ai toujours été trimballé de planètes en planètes et de spatio-cités en spatio-cités, alors je n'y ai jamais réellement accordé d'importance. Ma crainte des autorités se limitait aux soldats un peu hargneux, et encore, les gangsters me paraissaient toujours plus intimidants.
-Ah, l'éternel nomade !… Dire que tu ne sais même pas où tu es né.
-C'est si important que ça ? Tu ne renies pas tes origines ?
-Je renie la Fédération d'Abyyk. Ça ne veut pas dire que j'oublie mes origines, Carol… Un jour je retournerais là bas, et je ferais sortir le reste de ma famille de leur foutu système. Enfin, ce n'est pas pour tout de suite… La richesse et la renommée sont bien loin pour moi, soupira t-elle avec amertume.
-C'est toi qui est si insistante pour ta voie de carrière… Avec tes talents tu pourrais te trouver aisément un métier stable. Moi je crois que toi aussi la stabilité t'embête.
-Il y a un petit peu de ça. La vie était si cadrée sur ma planète que ce n'est pas bien surprenant… Mais j'ai aussi un rêve un accomplir, et rien ne m'y empêchera.
-Eh, rit Carol, j'aurais abandonné avant même d'avoir essayé.
-C'est que tu n'as jamais eu de rêve qui te tienne à cœur, fit elle avec un sourire un peu moqueur en joignant ses mains sur la table.
-Bah, c'est sans doute mieux ainsi.
-Vraiment ? Moi je trouve ça triste.

  Carol finit son café sans rien rajouter, un peu refroidi par cette fin de conversation. Voyant que ce dernier se replongeait dans ses pensées, Pristine, prenant sa tasse dans ses mains, tourna la tête vers le groupe qui achevait une chanson. Le pianiste n'était pas mauvais du tout, mais elle était sûre de pouvoir chanter mieux que la diva de bas niveau actuellement sur scène, bien que tout le monde semblait apprécier son chant. Elle avait presque envie de monter pour la remplacer, mais elle n'était nullement dans l'accoutrement pour cela et ce n'était pas son travail.

  La porte du bar s'ouvrit alors qu'un autre titre commençait. Entra un petit être brun d'environ 140 centimètres, enveloppé dans une espèce de cape blanche et grise.  L'abysykan ne passait pas inaperçu, avec ses yeux ronds, tout noirs et brillants, et le bas de son visage recouvert de tentacules qui avaient ainsi l'allure d'une barbe. A Blueberry, les aliens n'étaient pas fait extraordinaire mais ils n'étaient pas courants non plus, ce pourquoi le regard de tout les clients de The Healer se riva vers lui. Il semblait s'y attendre, mais avança à pas gênés. Il tenait dans sa main droite tentaculaire le manche d'une valise métallique rectangulaire, ce qui attira de suite l'intérêt de Pristine, l'objet étant sans doute d'importance pour la mission.
  L'abysykan, bien qu'ayant une allure bien atypique pour un humain, n'avait nullement l'air menaçant. Il repéra vite l'homme qui avait le profil de Carol et se dirigea vers leur table.
-Carol et Pristine ? Demanda t-il. Il semblait n'avoir aucune difficulté avec la langue humaine malgré son allure, bien qu'ayant un accent très prononcé.
-Exact, affirma Carol.
-J'ai bien cru me perdre, souffla t-il en s'asseyant. Les mégalopoles humaines sont affreusement chaotiques ! Sans offense, bien sûr.
Je suis le docteur Kabiseti. Mademoiselle, fit il en tendant les 4 tentacules lui servant de main.
-Non ! Fit Pristine d'un coup en repoussant les siennes. Je ne toucherais pas !
-Mais que ?…
-Elle c'est Pristine, répondit son équipier avant de serrer la main de l'abysykan, ne faites pas attention, ce n'est pas contre vous. Moi c'est Carol, enchanté docteur.
Tout de même Pristine, tu exagère… Râla t-il. Je suis sur que ce monsieur prend plus de douches que moi… Vous prenez plus de douches que moi, pas vrai ?
-Je suppose ?… Dit Kabiseti avec inquiétude en essuyant discrètement sa main sur son vêtement.
Mais au fait… N'aurait il pas été plus sage de choisir un lieu plus… Privé ?
-Mais ce bar est très bien ! S'offusqua Carol.  Ce qu'il vous faut, c'est un rafraîchissement ! Je vous invite. Barty, trois cocktails maison !
Le barman moustachu fit comprendre d'un signe de tête que la commande était bien reçue et se mit de suite à préparer le shaker pour la grande spécialité du bar The Healer.
-Tu n'avais pas toi même dit que nous éviterions de boire? C'est pour cela même que tu as commandé du café.
-Ça ne tuera personne ! Enfin, je n'en sais rien… Rassurez moi monsieur, vous supportez l'alcool ? Je dis ça car c'est un poison pour certaines espèces.
-Ça peut aller… Mais parlons du véritable sujet voulez vous, fit l'abysykan, désemparé, avant de reprendre à voix basse.
Je suis ici en mission secrète de la part du roi d'Abysy… Ces documents que je transporte sont de la plus haute importance et ne doivent en aucun cas tomber aux mains de la FEDHA.
-FEDHA ? S'interrogea Carol avec incrédulité.
-FEDHA, c'est pour Fédération des États Démocratiques Humains d'Abyyk, expliqua Pristine.
-Je suis surpris que vous ne saviez pas cette abréviation aussi élémentaire… Mais ce n'est pas grave. Cependant, Mademoiselle Pristine, à quelle ethnie terrkan, enfin, terrienne, appartenez vous ? Je n'ai jamais entendu parler de telles caractéristiques physiologiques.
-Je ne préfère pas en parler…
-Ce n'est rien ça ! Juste une erreur de jeunesse, rigola Carol, avant de prononcer un miaulement moqueur, ce qui ne manqua pas d'exaspérer sa collègue.
Mais maintenant que j'y pense, on ne pourrait pas juste te couper tout ça ?
-Et risquer de finir avec des séquelles à vie ? Non merci ! Docteur, continuez, je vous prie…
-Oui. Comme vous le savez, cela fait maintenant 13 années conventionnelles que mon royaume est à couteaux tirés avec la FEDHA. Depuis son indépendance de la république du système Sol, elle ne cesse de nous attaquer sur des éléments de notre culture qu'elle juge barbare.
-Je le sais bien, fit Pristine avec un soupçon d'amertume. Je suis née sous la fédération, sur la planète Ykzir.
-Comment ? Réagit avec surprise l'alien, sursautant en arrière.
-Calmez vous. Je n'éprouve aucune sympathie pour la FEDHA, pas plus pour vous d'ailleurs.
-Je vois… Donc, récemment, ils ont commencé à nous attaquer de plus en plus ouvertement. Nous à sommes à deux doigts de la guerre et la république de Sol se refuse à prendre parti, tout comme la république Vleen et les grands royaumes. Je sais que vous êtes terrkans, comme les fédérés, mais j'espère que vous ne me ferez pas faux bond… La FEDHA n'a aucun respect pour notre culture et veut nous imposer les valeurs humaines, au nom de la « démocratie », ce qui va à l'encontre des accords galactiques entre les plus grands mondes.
-Pas d'inquiétudes docteur ! Clama Carol avec un grand sourire. Tant que nous sommes payés…
-Nous ne portons pas beaucoup d'intérêt aux affaires politiques, renchérit Pristine. En revanche je sais que votre royaume possède maintes richesses…
-Bien sûr, mon gouvernement vous fera un versement dans les plus brefs délais une fois que j'aurais atteint ma destination…
Une serveuse interrompit alors la conversation pour apporter les trois verres remplis à ras bord d'un alcool vert clair, débordants de mousse blanche. Elle les posa un à un de son plateau à la table.
-Et voici trois The Cure pour vous. Ça vous fera 383 crédits au total.
-Mets donc ça sur mon ardoise, avec ce client j'aurais de quoi la payer plusieurs fois, fit Carol, semblant extrêmement confiant.
-Mouais !… Répondit la serveuse qui ne l'était pas autant. Quand tu dis ça,  il y a une chance sur deux que tu revienne ici fauché… C'est bien parce que je t'aime bien.
-Merci chérie ! Je te revaudrais ça.
Elle partit et il ne fit pas attendre pour prendre une gorgée de sa boisson favorite, que l'abysykan semblait fixer avec suspicion, finalement pas si sûr que ce n'était pas dangereux pour sa santé.
-Je dois donc partir rejoindre un autre système pour transmettre ces documents d'importance capitale. Je me suis dit qu'un duo de mercenaire serait des plus aptes à éviter les pirates ou filous de Barnard, qui me compliquent fortement la route jusqu'à la porte spatiale D. D'ailleurs, vous n'avez pas précisé vos exactes qualifications… Si ce n'est pas indiscret, bien sûr.
-Pas de problème ! S'exclama le mercenaire qui n'attendait que ça. Je suis le pilote le plus intrépide de Blueberry, et je sais tout ce qu'il y a savoir pour survivre dans l'espace. Vous êtes en sécurité avec moi, quiconque vous dira le contraire mériterait d'être jeté dans le vide. Un jour, j'ai été pris en embuscade par plusieurs brigands de la périphérie de Barnard, j'ai abattu trois de leurs chasseurs, et là…
-Tu es entré en force dans leur frégate et tu as juste posé une bombe avant de partir. Tout le monde la connaît, celle là, s'agaça Pristine.
-Mais ils étaient vraiment nombreux ! Et très grands. Je crois même qu'il y avait…
-A mon tour, le coupa sa collègue avant de se racler la gorge. Je suis la copilote. Je suis également experte en combat rapproché et j'ai travaillé dans les escouades fédérales. J'ai bien d'autres talents mais les savoir ne vous sera nullement utile. Oh, et Carol a oublié de vous préciser qu'il est également mécano.
-Oui, bien sûr. Le meilleur, fit il avec satisfaction en se frottant le menton. C'est indispensable quand on est un vrai pilote. Je dispose également d'un flair infaillible, j'aurais même pu être détective.
-Mais oui… Soupira t-elle. Et c'est moi l'arrogante des deux.
-Et de quel genre de vaisseau disposez vous ?…
-Aie… Se dit Pristine, avant de juger qu'il était cette fois ci mieux de laisser Carol expliquer cela.
-Un petit vaisseau de commerce de troisième génération, acheté d'occasion. Il fait un peu vieux mais il marche.
« C'est une véritable ruine oui !... » pensa Pristine en fronçant les sourcils, bien qu'il fallait mieux faire bon impression.
Et je l'ai armé, bien sûr. Comme je l'ai dit, vous êtes en sécurité avec moi, et l'avantage de ce genre d'appareil c'est qu'il n'attire pas l'attention.
-C'est vous l'expert, je suppose ! Fit Kabiseti, ne cachant pas son scepticisme.
-Tant que nous y sommes, parlez nous un peu de vous, dit Pristine en faisant rouler son verre froid à peine entamé entre ses mains. D'où tenez vous votre titre de docteur ?
-Je suis un scientifique au service de sa majesté… Je pense que le titre de docteur est une traduction convenable, me trompe-je ?
-Non… Mais pourquoi envoyez vous un scientifique à Blueberry ? Ca me semble être assez idiot, si vous me permettez…
-Je suis un proche du roi, c'est pourquoi je suis l'un des seuls individus de confiance…
Pristine allait faire un autre commentaire, quand Carol rit à voix haute pour le couvrir.
-Laisse donc le docteur tranquille ! Ce genre de détails ne nous concerne pas. Veuillez m'excusez, docteur Kabiseti, il faudrait que je parle avec mon équipière.

  Carol se leva et Pristine posa son verre pour le suivre alors qu'il s'éloignait un peu de la table.
-J'essaye de tirer ça au clair, Carol. Je n'ai pas envie de mourir pour les beaux yeux d'un alien.
-Ne sois pas raciste ! S'énerva t-il à voix basse au dessus de la tête de Pristine, là où se trouvaient ses oreilles. Il y a plusieurs règles à respecter… Ne pas faire fuir le client, déjà, puis, ne pas chercher à trop en savoir. On est sur un gros magot, alors je n'ai pas enfin qu'il aille voir ailleurs ! Soyons amicaux. Il faut le mettre en confiance.
-Ok… Alors on suit ton plan. Et si il nous fait un coup fourré, j'en fais de la seiche grillée sur le champ.
-Tu y vas un peu fort là, non ?… Bon, d'accord mon minou. Marché conclu.
-Appelle moi comme ça encore une fois et c'est du gorille qui le remplacera au menu, grogna t-elle, visiblement irritée. Carol n'en tint pas compte et alla se rasseoir, elle ne tarda pas à le suivre après avoir juré a voix basse.
-Pas de problème j'espère ? Demanda Kabiseti.
-Non, voyons, répondit jovialement Carol avant de se dire qu'en effet, il y avait bien quelque chose dont il fallait s'assurer.
Avez vous une preuve en fait, juste en gage de sûreté, que nous serons bien payés ?
-Bien sur, cela va de soi, fit l'abysykan en sortant de sa cape une feuille métallique rigide sur lesquels étaient gravé différentes inscriptions, heureusement, en langue commune. Les abysykans imprimaient tout leurs documents matériels importants sur ces feuilles métalliques, résistantes à l'oxydation et l'acide, et ne fondant qu'à des chaleurs très hautes.
-Les termes sont inscrits ici. Vous observerez le sceau royal en bas de page… Tout est en règle.
-Puis-je l'observer de près ? Dit Pristine. Kabiseti ne refusa pas et tendit la feuille. Tentant de cacher son dégoût à l'approche de la main de l'alien, elle saisit l'objet du bout des doigts. Le métal était authentique. Le tout semblait tapé à la machine. Les deux lunes de la planète Abysy étaient représentées, l'une éclipsant la moitié de l'autre, et sur les côtés apparaissaient des vaguelettes verticales. Ceci constituaient le sceau royal d'Abysy, mais il lui fallait vérifier les micro gravures pour être assurée qu'il était véritable…

  Elle n'en eut malheureusement pas le temps, car alors que Carol achevait son verre et que le pianiste entamait un solo, la porte du bar sortit de ses gonds d'un seul coup sous les yeux écarquillés du barman qui lavait tranquillement un verre alors. La musique s'arrêta, et une lourde botte de cuir sombre écrasa ce qui était autrefois la porte. Au dessus des deux jambes massives enfermées dans un pantalon de toile grise apparaissait le corps d'un homme aux larges épaules, équipé d'une armure sombre mécanique partielle, qui ne recouvrait cependant pas deux grands bras musclés. L'homme, visage caché par une visière noire et un masque couvrant le bas de visage jeta un regard panoramique sur le bar, et l'arme massive qu'il tenait à son poing droit, ayant l'apparence d'un tube métallique au manche perpendiculaire, dissuada les quelques individus du bar armés de trop la ramener.
  Ne tardant pas à repérer ce qui était comme un éléphant dans la salle, l'homme appuya sur un bouton du côté gauche de sa visière. Cette dernière comme le masque s'ouvrirent en se fendant en deux pour se rabattre sur les côtés de sa tête, révélant le visage suant d'un homme noir semblant enragé.
-Kabiseti ! Beugla l'homme. Face de mollusque, rend moi mes plans !
-Ses plans ? Dit Pristine en se tourna vers le concerné. Que veut il dire ?
-C'est un de mes poursuivants! Répondit il, paniquant et serrant la mallette contre lui.
-Un pirate ça… Constata Carol en observant l'intrus, avant de se lever de sa chaise.

-Faites en sorte que l'abysykan me donne la mallette et je partirais sans rien dire, fit l'inconnu. Carol continua d'avancer avec nonchalance, mains dans les poches, vers lui, même si il était de toute évidence lourdement armé.
-Ou alors, on peut s'asseoir et discuter de tout ça comme des grands. Je t'offre un verre ?
-J'ai pas de temps à perdre avec tes conneries, siffla l'homme tandis que deux individus pareillement équipés entrèrent à leur tour pour le rejoindre. La mallette, vite.
-… Trois verres, du coup ? Il y a de la place.
Le grand noir soupira, avant de refermer son casque mécanique. Ce après quoi il leva vers son bras armé de la lourde machine de guerre qui faisait un bon mètre, puis appuya sur la gâchette du manche. Des particules lumineuses se concentrèrent alors au bout du canon.
-A terre ! Hurla Pristine, pressentant ce qui allait venir en alliant le geste à la parole, la plupart des résidents se baissèrent également. Carol fit de même, bien que maladroitement, ce qui lui sauva la vie. Un rayon de lumière blanche sortit du canon et traversa la salle, brûlant, fondant et désintégrant  tout ce qui entra en contact avec. Une fois le tir fini, un gros cylindre noirci fut éjecté de l'arme dans un claquement mécanique.
-Je me suis fait comprendre, là ? Fit l'assaillant en toisant du regard la salle entière.

-C'est de  l'équipement militaire! Il s'est trouvé ça où ? S'exclama Pristine, ventre contre le plancher, tandis que de la poussière partait partout dans l'air autour de la zone attaquée.
-Mais que voulez vous que j'en sache ! Fit Kabiseti. Nous devons partir d'ici !
Elle était toujours persuadée que l'abysykan cachait des choses. A présent, elle était même absolument certaine qu'il n'était pas un scientifique… Pourtant, le laisser aux mains des pirates n'était pas à leur avantage non plus.
Carol se releva, époussetant ses habits en grommelant.
-On fait quoi du guignol ? Fit un des pirates en pointant Carol du canon de son pistolet.
-On s'en branle. Chopez l'alien et la mallette, puis on se barre. Abattez quiconque a l'idée de sortir son arme.
Les deux hommes s'avancèrent alors en l'ignorant, et leur chef allait suivre quand il vit le pistolet de Carol braqué sur lui. Une arme à balle régulière, mais bien assez pour lui opposer une menace à cette distance. Il s'immobilisa.
-Je crois que ta consigne dicte de m'abattre alors ?
-Fais le malin tant que tu le peux, grogna t-il avant de s'adresser a ses hommes. Restez concentrés sur les objectifs, je m'occupe de ce gars !
-T'es sûr de toi l'ami ? Dit Carol avec un rictus moqueur.
-Te la pète pas avec ton jouet toi… Je vais te casser en deux.
-Oh, mais c'est pas de moi dont je parle.
On dirait pas mais mon amie n'est pas une tendre.

  Les deux hommes armées s'approchaient de la table derrière laquelle s'était réfugiés Pristine et Kabiseti. Le reste des résidents, eux, cherchaient plutôt un moyen de s'en tirer sans blessure, ou attendaient sagement que ça passe. A Blueberry, ce genre de moments n'était pas si extraordinaire que ça. Cependant la femme aux oreilles de chat ne semblait pas vouloir rester dans la sécurité cette fois, et enfilait une paire de gants noirs tout en observant d'un œil l'approche des ennemis.
-Mais que faites vous ? S'effraya Kabiseti, ayant toujours la mallette contre lui comme pour la protéger de son corps.
-On ne peut plus éviter les ennuis maintenant. Je n'ai aucune intention de vous livrer à eux, mais vous n'avez pas intérêt à bouger d'ici.
Pristine fit craquer ses poings un à un en exprimant tout à coup un sourire de carnassier de satisfaction, révélant alors des canines extrêmement pointues, ce qui ne manqua pas d'effrayer le docteur.
-Enfin un peu d'action !… Ils ne sont que deux, ça ne devrait pas être dur… Si vous bougez vous passerez un salle quart d'heure, me suis-je bien faite comprendre ?
  Kabiseti n'ajouta rien, et elle prit cela pour un oui. Elle n'avait pas le temps de réellement le menacer, car un des deux hommes était déjà près de la table et ne semblait pas vouloir juste jouer avec son fusil.  Avec une vitesse étonnante, elle surgit pour fondre sur lui et, avant qu'il puisse réagir et viser, lui saisit le bras droit dans sa main gauche. Il tira, mais les balles partirent s'éclater contre le mur dans un jaillissement d'étincelles quand elle décala son bras, puis il gémit de douleur d'un seul coup. Grâce à ses gants qu'elle avait conçu, Pristine était capable d'envoyer de puissantes décharges électriques au contact, et le moins que l'on pouvait dire c'était que la chose était particulièrement atroce, elle le savait pour l'avoir testé elle même.
  L'homme ainsi paralysé, son camarade tenta de le sauver en tirant sur Pristine, ce qui faisait partie de sa stratégie. Elle décala immédiatement l'individu qui lui servait actuellement de bouclier humain, qui prit les balles à sa place alors qu'elle sortait de sa veste son pistolet, qui, vu leur équipement, ne serait mortel qu'à courte distance. Repoussant le pirate inerte, lors de l'instant ou son allié réalisait son erreur, elle tendit vers ce dernier son arme. Quand le brigand électrisé s'écroula au sol, la première chose que vit l'autre homme derrière son corps fut le canon du revolver de Pristine. Un tir enfonça la balle dans le crâne du combattant, éclatant au passage la visière.
Elle en fut presque déçue. C'était trop facile.

  Les choses ne s'étaient pas déroulées aussi aisément pour Carol, son adversaire était un coriace. Quand il s'est mit à bouger, le mercenaire avait tiré dans sa main, lui faisant lâcher son arme lourde, tandis que le colosse sortait une arme de poing pour mitrailler en direction de Carol qui s'était baissé pour s'approcher de son ennemi, ce à quoi il avait répliqué en lui fichant un violent coup de pied qui lui frappa le menton, le repoussant. La violence de l'attaque avait sonné un peu Carol, qui essuyait de sa manche le sang coulant sur sa bouche.
-Merde! Grogna le grand noir en observa sa main salement amochée. Pourquoi tout le monde a une arme dans ce putain de donut ? Fait chier !
-Eh oui, tu joue dans la cours des grands maintenant, rit Carol, bien qu'il souffrait pas mal également, à défaut de saigner autant.
-Cette mallette ne va que vous enfoncer dans la merde jusqu'au cou. Donnez la moi qu'on en finisse !
-Apprends à demander plus gentiment que ça… Soupira Carol, avant de remarquer que les musiciens étaient sur le point de fuir discrètement. Lui vint alors une idée géniale, alors qu'un sourire mesquin se dessinait sur son visage. Il pointa son arme vers eux, et ils sursautèrent tous en arrière en levant les mains.
-Continuez à jouer, dit Carol, ce qui surprit autant son ennemi que le groupe.
-Quoi ? Fit le pianiste, espérant entendre autre chose à la prochaine phrase.
-Ne partez pas quoi ! J'ai besoin d'une musique d'ambiance pendant que je m'occupe de monsieur. Quelque chose qui me donne du souffle. Continuez à jouer pour moi, et je vire ce balourd sans problème.
-Attends, attends, fit le pirate de l'espace, n'en croyant pas ses oreilles, en ouvrant son casque. Tu es sérieux là?
-J'aime la musique. Je veux qu'elle me motive pour me battre… Tu n'auras aucune chance.
-C'est totalement débile ! On ne peut pas juste en finir maintenant, si tu veux tant que ça défendre l'alien ? Pourquoi tu t'emmerde avec une telle broutille ?
-Parce que je me fais chier, répondit simplement Carol. C'est pour ça que je suis mercenaire et pas flic, tu vois, pour faire ce genre de conneries. Voilà ce que je te propose : accepte mes termes, donne moi un bon combat, et si tu me bats, Pristine ne se chargera pas de t'achever et tu récupère la mallette.
-Pourquoi tu pense que j'accepterais un caprice pareil ?
-Parce que tu n'as pas essayé de me canarder pour me faire taire. Sérieusement, tu n'imagine pas à quel point j'en suis content. Moi je l'aurais fait.
Carol tourna à nouveau la tête vers la troupe qui, toujours les mains en l'air, n'avait pas bougé d'un pouce.
-Bon, vous comptez jouer, ou non ?
La chanteuse semblait grincer des dents, derrière les autres musiciens. Elle finit par lever la voix.
-Pas question que je chante pour un malade ! Ce sera sans moi.
Et elle s'enfuit. Carol fit bien un tir pour la menacer mais elle ne s'arrêta pas une seule seconde en sortant. Le mercenaire enragea en silence, son visage exprimant un rictus d'insatisfaction.
-On dirait que je ne m'amuserais pas aujourd'hui…
-La question est donc réglée, sourit le pirate.
-Maintenant qu'elle est partie, nous ne pouvons plus jouer, dit un des musiciens avec espoir. Vous devriez nous laisser partir, nous ne faisons rien sans chanteuse.
-Vous avez votre chanteuse, intervint Pristine avec un sourire empreint de fierté en montant sur la scène. Pas besoin de s'inquiéter.
-Comment ?
-Vous avez bien entendu. Je vais chanter à la place de cette cruche.

-La catgirl aussi ? Fit le pirate scandalisé. Sérieusement ? Vous vous foutez de ma gueule, c'est ça ?
-Carol a ses moments. J'ai renoncé à l'idée de le changer, alors autant que j'y prenne du plaisir moi aussi, dit Pristine avant de lancer son revolver à son collègue, qui le sait saisit aisément de sa main gauche. C'est comme ça qu'on collabore.
-T'es la meilleure, Pristine ! Dit Carol, réjouit, en faisant tourner le pistolet dans sa main pour le tenir par la crosse.
-Je le sais bien.
Bon, vous autres, vous connaissez quoi comme chanson ?
-On était censé jouer Fly Me To The Moon.
-Voilà donc qui est parfait! Carol, je compte sur toi pour massacrer ce type. Quand à vous autres, vous restez tous ici. Pas besoin de mon revolver pour vous envoyer six pieds sous terre.

  Tandis que Kabiseti, toujours à terre, se demandait où il avait atterri et pourquoi il était venu dans cette spatio-cité en premier lieu, Carol et l'étranger se fixaient dans une scène à l'allure de western dans le bar ravagé. La tête et les mains du barman apparurent au dessus du comptoir, et, ainsi, caché, il se demandait avec lassitude combien les réparations allaient cette fois coûter.
-Alors c'est comme ça?… Dit l'étranger, lâchant un léger rire. On va se tirer dessus sous du jazz du 20ème siècle ? Plus jamais je ne bosse à Blueberry… Se lamenta le grand noir. Pourquoi s'entêter à ce point? On ne peut pas s'emmerder autant, même dans ce trou à rat.
-Si c'est une raison que tu veux, c'est très simple. Tu es chez moi. Je viens dans ce bar boire tout les jours, et tu as fait un trou dedans. Je me retiens peut-être, mais là, j'ai les nerfs. Ce n'est plus pour protéger l'abysykan planqué sous une table, c'est personnel. Pour cela, je vais t'humilier en bonne et due forme.
Avant qu'on commence, c'est quoi ton petit nom ?
-Sébastien.
-… On va faire avec.
-C'est lui qui parle…
  La musique commença, et Sébastien referma son casque. Carol tint ses deux armes prêtes, et les premiers mots de la chanson résonnèrent dans la salle… Ça lui faisait du mal de l'admettre, mais Pristine avait vraiment une belle voix. Pas aussi parfaite qu'elle le disait… Mais il n'aurait pas put rêver mieux pour le regonfler à bloc.
Fly Me To The Moon… Une chanson qui vient de la planète bleue. Un grand cru, aucune chance qu'il perde avec cela.
Les deux adversaires marchèrent lentement en cercle sans se quitter du regard, sous le son du chant de Pristine et des instruments de la troupe. Les pouces de Carol s'agitèrent au dessus des deux pistolets qu'il tenait dans ses mains, et ses yeux ne quittaient pas son propre regard qui se reflétait dans la visière du pirate.

  Au début du deuxième couplet, Sébastien ouvrit les hostilités et leva son arme qui tira une rafale, mais Carol s'était déjà déplacé sur le côté. Le pirate prit une table de sa main blessée et, malgré la douleur, la souleva pour se replier derrière. Les deux tirs traversèrent la table, mais cet impact réduisit assez leur puissance pour que les balles ne pénètrent pas sa cuirasse mécanique. Ainsi à couvert, il mitrailla dans la direction de Carol mais ce dernier était trop rapide, il n'avait pas le temps de viser correctement. Aucune balle ne le toucha.

  Carol ne s'approcha que peu de son adversaire, car il ne voulait pas prendre le risque d'attaquer ce dernier aveuglément quand celui ci était équipé d'une arme bien plus meurtrière et était mieux placé. Heureusement, il était familier avec ce modèle d'arme… Et attendait patiemment qu'il vide son chargeur, tout en lançant quelques tirs pour le forcer à se replier quand la situation était trop tendue. Sébastien avait un équipement puissant, mais peu précis, et Carol pouvait ainsi temporiser. L'opération était risquée, mais n'était-ce pas pour cela qu'il avait lancé ce combat ?
  Le moment ou le pirate devrait recharger n'était pas loin. Carol avait à sa disposition cinq balles dans son pistolet, et trois dans celui de Pristine. En prévision de cet instant clef, il commença à s'approcher, n'hésitant pas à glisser sous une table ou à bondir sur une autre pour troubler encore plus son adversaire qui n'était pas avare en munitions. C'était comme si Carol dansait alors que la mort pleuvait sur lui, la musique le faisait s'envoler, et c'est sans sans difficulté apparente qu'il atteint la cachette du pirate.

  C'est à ce moment que le claquement mécanique de l'arme de ce dernier lui annonça qu'il était à sec, et à présent, n'avait plus le temps de recharger. Le troisième et dernier couplet débutait, et Carol avait déjà remporté la partie. Dans une tentative désespérée, Sébastien décida de passer à l'offensive  en espérant gagner du temps ainsi, et, surgissant d'un seul coup de derrière la table, donna un violent coup de crosse vers la tempe de son opposant… Mais ce dernier ne fut que repoussé et tenait bien debout, malgré le sang qui coulait de son crane jusqu'à sa joue. Et il était bien assez lucide pour pointer ses deux armes vers le pirate. Fly Me To The Moon atteint son final, et s'acheva. Le mercenaire ne put retenir un sourire en coin de satisfaction.

-C'est fini l'ami, déclara Carol.
Sans rien dire, l'homme lâcha son arme au sol et leva les mains en l'air, admettant sa défaite. Pristine, jubilant presque de sa propre prestation et de la réussite de cet absurde défi, allait descendre de la scène quand elle vit que le docteur Kabiseti avait profité du duel pour s'approcher de la sortie.
-Vous, attendez !
Il se retourna, avant de se prendre une mitraille de balles dans le corps et de s'écrouler au sol. Le tir venait de l'homme que Pristine avait électrisé, toujours au sol, qui avait sortit son arme pour tuer l'abysykan. Immédiatement, Carol tira sans hésitation sur lui, et la quatrième balle du revolver traversa le casque et son crâne.
-Oh la boulette… S'exclama Pristine, réalisant qu'elle aurait dû s'assurer que l'homme était mort.
Carol s'empressa de courir vers Kabiseti pour surveiller son état… Mais rien à faire. Il n'y connaissait rien en organisme alien, mais vu son état, il était clair qu'il avait déjà rejoint ses ancêtres.

-Écoutez, ce n'était pas prévu ! Paniqua Sébastien, mains toujours en l'air. Je n'avais pas donné l'ordre de le tuer…
Mais maintenant, la mallette n'a plus aucune valeur pour vous, vous savez ? Le contenu de cette mallette nous appartient, Kabiseti n'est qu'un espion d'Abysy qui nous l'a volée. Si vous me laissez la prendre et partir, vous n'aurez pas plus de problème, mon patron vous donnera même une compensation.
Carol ne répondait pas, lui faisant toujours dos, ayant un genou à terre devant le cadavre de Kabiseti. Il bouillonnait de colère.
-… Alors ? Vous me donnez la mallette ?
-Oui. Je vais te donner la mallette, fit Carol en saisissant l'objet.
La face écarlate, le mercenaire se dirigea d'un pas rapide vers le pirate, qui baissa les mains, un peu rassuré… Jusqu'à ce que la mallette métallique frappe sa tête avec une violence telle que sa visière se brisa sur le coup.
-Comment ? Fit Sébastien, désormais à terre.
-Tu bousille le bar. Passe encore. Mais là, tu bute mon client, et par la même occasion, mon pognon ! Explosa Carol. Mon pognon, putain ! Merde !
  S'ensuivit une avalanche de jurons et de coups. Le mercenaire était hors de lui et frappait l'homme à terre avec une force colossale. Une force telle que le pirate, malgré ses protections, s'en retrouva rapidement gémissant à la mort et la face inondée de sang, ainsi que la mallette, tordue et ne ressemblait dorénavant en rien à un rectangle.
-Mais enfin tu es stupide ? S'exclama Pristine en s'approcha du massacre.
-QUOI ? Rugit Carol, ayant définitivement besoin de passer ses nerfs sur le pauvre bandit à moitié conscient. Depuis quand tu éprouve de la compassion pour les pirates?
-On s'en moque de ça, tu as bousillé la mallette ! Passe la moi.
-… Ah, se calma d'un coup Carol en donnant l'objet à sa collègue. Sébastien était probablement mort, en tout cas il était certain qu'il n'avait pas l'air vivant.

  Pristine posa la mallette délicatement sur la table, et, non sans efforts, l'ouvrit.
-… Et merde, jura t-elle.
-Un problème ?…
-Et comment ! C'est un ordinateur Abysykan. Ces appareils sont extrêmement fragiles, et avec ta force de monstre tu as rendu celui la inutilisable malgré la mallette le contenant ! Vu l'état, je ne crois même pas pouvoir récupérer des données lisibles !
-A quoi cela nous aurait il servit, de toute façon ?
-Nous aurions put revendre ces informations… Quoiqu'elles soient. Mais maintenant, c'est fichu. Tout ça car tu n'es pas capable de réfléchir et de le frapper avec je ne sais pas moi, une crosse ? Un pied de chaise ? Une bouteille ? Ton propre crâne tiens ! Ça te corrigeras peut-être…
-Donc… J'ai merdé ?
-Un euphémisme…

  Carol soupira de lassitude. Aujourd'hui non plus ne serait pas son jour, et en fin de compte, ils ne sauraient rien sur la mission de Kabiseti ou le contenu de cet ordinateur… Et Carol n'allait pas renflouer son compte en banque de sitôt. Pristine elle, enrageait, toujours sur l'appareil, tentant désespérément de l'allumer tout en sachant que cela était absolument inutile.

  Encore une journée de perdue à Blueberry pour Carol et Pristine. Le mercenariat, ce n'était pas pour Carol si différent que de parier au casino. C'était risqué, payait rarement tout en maintenant chez lui l'espoir de gagner le gros lot, et était fichtrement addictif.

 Il remonta sa manche ensanglantée pour observer l'heure… Il était minuit passé sur terre.
 Carol ne put réprimer un sourire. Le barman avait reprit sa place habituelle, comme si de rien était, toujours aussi calme qu'à son habitude. Une qualité pour un barman vétéran du donut. Le mercenaire se dirigea vers le comptoir et s'assit sur une des chaises à trois pieds encore en bon état.
-Barty, un autre The Cure pour la route.
-Sur l'ardoise ?
-Sur l'ardoise.

   Aujourd'hui serait un jour meilleur, même dans ce bar en ruine. Surtout dans celui là.


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One Shot du Daloka des forêts Empty Dist Eleison, 27ème prophétie.

Message par DALOKA le Mar 8 Nov - 22:59

Il nous faut la couronne du saint aux cheveux rouges. Un dieu de guerre, l'auréole à neuf boucles. Je vois dans le ciel une déflagration, au sommet de la montagne j'entends des sifflements. J'entends dans la pierre tout un cimetière, des milliers de morts pleurent en claquant des dents. Une sainte est assise en tailleur sur l'autel, sur le sarcophage. Un serpent noir glisse sur sa hanche, s'enroule autour de son ventre et vient siffler en dessous de son sein. Circularité de crimes. Un horizon infini. Le premier fer rougi et les sept autres qui le suivent. Par plus de cent nations les ont souillés avant d'être jetées dans la bouche d'un diable. Elles sont les idées de tuer qu'une main peut tenir. Le désir de mort. S'immoler par le feu. Pulsion de saisir et de fracasser. Réduction à néant. Quarante doigts dansent sur un clavier de côtes. Il faut l'éteindre . Le cri. Une douleur. Le sang. Le sexe. La chaleur. Les yeux se ferment. La division. L'unité. Ciel et terre.

  L'hydre qui a longtemps flotté dans le cosmos, un baiser de vide et d'étoiles. Je rêve, et meurs. Les yeux s'ouvrent encore. La mémoire. Milles mondes. Une main cherche dans mes entrailles, ce que moi seul possède. Ce ne sont pas mes entrailles. C'est moi. Nourrisson.Vieillard. Cercueil.

   Ce qui ignore le tranchant vient d'être détruit. La sève coule. Je vois les neufs boucles. Une étoile est comme une forge, d'où émerge la loi. Elle est incomplète mais je vois l'ordre de la couronne. Hiranyakashipu, Vritra, Dhenuka, Tarakusar. Les flammes reviendront bientôt. Bestialité ? Noblesse ? La Sainte me juge.

  Je vois la pomme intacte.
Je suis épargné.


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Message par DALOKA le Ven 30 Déc - 2:52

Sagesse divine





-Et voilà !

   Je m'épongeai le front du dos de ma main, suant tant à cause de l'effort que de la chaleur locale. Devant moi se présentait maintenant un monceau de bûches tranchées. Avec cela, nous saurons passer la nuit, me dis-je, jetant ma hache aux pieds des rondins.

   Cela faisait à présent presque un an que nous étions sur le continent lointain d'Aurore, le nouveau monde. J'étais Hector Ormet, un ancien soldat de l'empire, et je formais, avec quatre autres de mes camarades, un groupe d'explorateurs.

   La fortune nous avait réunis, et nous nous fîmes aventuriers comme beaucoup d'autres retirés ici sur cette terre inconnue. Les conditions étaient rudes, le climat tropical et l'environnement hostile nous mettaient à l'épreuve, mais j'avais pour grande fierté que malgré cela, aucun membre ne l'équipe ne fut plus que grièvement blessé dans l'entreprise. Ici, peut-être en tant qu'ex lieutenant, je faisais office de leader.
   Nous avions dressé, en bordure de jungle, notre campement. Comme d'habitude, nous nous répartîmes les tâches selon nos compétences, et ma force me prédisposait ici souvent aux travaux les plus physiques. Personne ici ne rechignait à la tâche, car il en relevait de notre de survie et de la réussite de notre exploration. Ayant achevé mon propre travail, je décidai qu'il était opportun de faire une ronde dans le campement pour s'assurer que tout allait bien.

   Marco, un waien de modeste origine, s'occupait de dresser les tentes et avait presque fini. Broghill, le chasseur originaire du nord d'Haynailia, avait déjà ramené sans encombres le nécessaire pour se nourrir aujourd'hui, efficace comme à son habitude. Nina, la mage scarrath, avait terminé l'inventaire des ressources et observait à présent les végétaux alentours pour nous renseigner sur l'environnement actuel et en prendre des notes.
   Seul manquait à l'appel Auguste Conti, le bourgeois de Waien qui était notre scribe. Cela m'inquiétait car sa tâche n'impliquait nullement de quitter le campement, il n'y avait aucune raison à son absence et je n'en avais pas été informé. J'interrompis le travail pour le rechercher sur le champ, mais nous ne le trouvions pas, et, ne voulant pas s'enfoncer trop loin dans la forêt alors que la nuit tombait, nous rentrâmes bredouilles. J'étais fâché contre moi même à présent plus que contre notre camarade, et lors du repas du soir toute l'équipe porta des visages terribles.

-Je chercherais plus loin demain, aux premières lueurs, dit Broghill. Nous n'avons trouvé aucun cadavre, ni de trace de conflit, l'espoir est encore vif.
-Lui qui est si peureux ! S'exclama Marco.
-Il n'a pas pu être enlevé ou dévoré dans ce cas, nous l'aurions remarqué. Il est parti… Pourquoi ? Me demandais-je ?
-Il paraît paranoïaque, mais c'est surtout son imagination qui tourne à plein régime, ajouta Nina. Je parierais qu'il a repéré quelque chose d'intéressant, pour lui du moins. Il est venu ici pour découvrir des peuplades civilisées, et a sûrement interprété quelque chose comme le signe de l'existence d'une, ce qui a pris le pied sur sa couardise. Souviens toi quand Marco faillit lui faire croire à un texte autochtone en gravant n'importe quoi sur une tablette.
-Ce n'est pas impossible… Mais pas moins farfelu pour autant.
-Oui, m'appuya Marco. Il nous aurait prévenu pour sûr. Tout le campement l'aurait entendu.
-Mais nous ne pouvons rien maintenant, soutint Broghill en engloutissant la viande de reptile que l'on avait cuisinée. Il fait nuit noire.
-Nous le retrouverons, insistai-je, avec détermination.

   Et le lendemain, Broghill partit dès l'aube armé de son arc et de son coutelas. Mais malgré cela, et contre toute attente, Auguste nous revint bien plus vite que nous le pensions. Alors que Broghill n'était pas revenu, notre cher scribe surgit des bois pour nous retrouver, et il était en un seul morceau, ne semblant pas même apeuré par son excursion.

-Par tout les sangs, Auguste ! M'écriai-je en courant l'enserrer dans mes bras. Vous allez bien ?
Plus détendu même qu'en temps normal, le maigrelet bourgeois au visage ridé par l'âge me répondit en souriant.
-Oui, très bien.
-Venez donc vous asseoir ! Broghill ne saurait tarder.
Je m'assis avec lui et Nina nous rejoint, curieuse de savoir les raison de cette mystérieuse escapade.
-Quelle mouche vous as piqué ? Quitter une journée presque entière le campement, c'est pire que l'imprudence !
-Ah, oui, oui. Il faut que je vous raconte cela. J'écrivais hier matin, comme à mon habitude. Mais quelque chose de si surprenant que vous peinerez bien à me croire s'est produit.
-Nous écoutons, fit Nina, restant debout. Si vous avez fait une découverte unique, nous nous devons de la savoir.

-Quand j'écrivais, j'entendis une voix lointaine me parler. Pour ainsi dire, ce n'était en vérité pas réellement une voix : je cru d'abord qu'il s'agissait naturellement d'une de mes pensées, une idée délirante due à la fatigue ou au stress. Mais je n'étais pas fou ! Cette voix, que seul moi pouvait ouïr, n'était pas issue de mon propre esprit. Elle provenait de l'extérieur, et m'appelait ! J'étais comme envoûté, et je décidai de stopper ma barbante tâche, curieux.
-Pourquoi n'avoir prévenu personne ? Demandais-je.
-Vous n'entendiez pas ! Je regrette, mais vous m'auriez empêché de partir.
Cela était bien vrai, mais j'étais toujours on ne pouvait plus sceptique sur la véracité de son histoire.
-Et alors ? Avez vous vu d'où provenait la voix ?
-Oui. J'ai pris mon courage à deux mains et ai exploré la forêt. Je vis dans cette dernière une créature à l'allure de jeune femme, munie d'une corne qui se dressait au milieu de son front. Aucun récit dont j'ai la connaissance ne fait mention réaliste d'un tel être ! Et le plus surprenant, c'est que nous conversâmes amicalement, car elle me comprenait sans même que je lui parle. Elle m'a dit tant de choses sur sa civilisation ! J'étais fasciné. Nina, ce peuple aurait tant de choses à nous apprendre.

   Je regardai Nina avec un regard autant soucieux que dubitatif. Qu'était il arrivé à notre pauvre Auguste ? Elle me répondit par une expression similaire.
-Auguste, vous n'avez rien mangé de bizarre ? Fit-elle en posant une main sur son épaule.
-Je savais que vous diriez cela, dit il dans un sourire désolé. Je serais patient, il faut le vivre pour le croire.

   Me levant, je laissai Auguste pour m'éloigner avec Nina.
-Ce qu'il dit n'a pas de sens, je lui chuchotai, il délire.
-Si il a été affecté par une substance hallucinogène, c'est possible. Le soucis, c'est qu'il l'a l'air trop lucide malgré ses paroles… Nous ne pouvons pas exclure la possibilité qu'il dise vrai.
-Si c'est bel et bien le cas, que faisons nous ?
-Nous redoublons de prudence. Si nous ne sommes pas seuls ici, nous ne sommes pas à notre avantage.

   Sur ces mots, je demandai à Nina de garder un œil sur notre vieil Auguste, avant d'aller prévenir Marco de la situation en lui recommandant la plus grande précaution. Ce dernier, insouciant et pas superstitieux pour un sou, ne sembla pas prendre cela au sérieux et tenta de me rassurer. Mais je m'inquiétais actuellement pour Broghill, qui, si Auguste disait vrai, risquait de tomber sur cet être mystérieux.
-Allons mon vieux ! Fit Marco. Pourquoi cet animal nous voudrait du mal ?
-Il est vrai… Mais je préfère rester averti, tout cela est bien trop étrange.
D'autant plus que le chasseur n'était toujours pas revenu.

   Nina vint ensuite me dire qu'Auguste était en parfaite santé, ce qui ne me rassurait malheureusement guère.
-Ce genre de problème ne nous est pas étranger Hector, me fit remarquer Nina.
-Oui mais cette fois nous sommes bien loin de la côte… En cas d'ennuis majeurs, cela sera bien plus ardu à gérer.
-Tu es notre leader. Si tu parais si inquiet le moral global en sera affecté.
-Je ne veux pas qu'il vous arrive quelque chose, m'exclamais-je en posant ses deux mains sur ses épaules.
-… Tu n'as pas dormi hier, toi. N'importe qui le verrait à tes yeux. Tu devrais te reposer… Voyons déjà si Broghill revient, nous aviserons après.
-Tu as raison Nina… Soupirais-je en me reprenant. Je ne vois pas ce que je ferais sans toi.
-Ne le dis pas ainsi, je vais croire que tu me courtise, fit elle en riant, et j'éclatai de rire avec elle.

   Je suivis donc son sage conseil, me retirant à l'ombre de ma tente pour une courte sieste. Je ne pouvais me permettre d'être éreinté.


Quand, alors que le soleil avait baissé et que la température s'était rafraîchie, je me levai. Près du feu, sans doute récemment allumé, je vis Auguste et décidai de parler avec lui, m'asseyant à ses côtés.
-Vous vous portez bien ? Dis-je.
-Sans soucis. Vous paraissez également aller mieux.
Auguste semblait même bien plus relaxé qu'à son habitude, bien qu'il conservait cet air sérieux et académique qui lui était caractéristique.
-Dites moi, Hector… Ne vous est-il jamais venu à l'esprit que le monde dans lequel nous vivions ne tournait pas rond ?
-Ce n'est pas une pensée extraordinaire mais… Qu'entendez vous exactement ?
-Regardez simplement les pays de notre continent. Tenez, la guerre civile de Scarrath est un bon exemple : il est une évidence pour tout homme un minimum informé et instruit que le système de ce pays est une aberration morale qui va dans l'auto destruction sociale inévitable. Une oligarchie sans nom ayant abandonné tout principe. Pourtant, tant d'hommes influents internes comme externes à cet état le défendent car il en relève de leurs intérêts personnels, alors que ces mêmes individus sont supposés s'assurer du bon fonctionnement de la nation avant tout. Mais alors que nous devrions penser au bonheur du plus grand nombre, nous sommes centrés sur nos passions. Même Nina, une femme charmante et intelligente, se moque du devenir du peuple de sa propre patrie, née dans un monde bourgeois.
-Vous savez… La politique ne m'intéresse pas vraiment.
-Je vois… Mes excuses. Prenons un exemple plus proche. Tenez donc notre groupe même. Il y a peu, je disais être épris de Nina, nous nous en souvenons tous.
-C'est vrai. Et cela a failli tourner à la catastrophe…
-L'évidence est cette dernière : la pauvrette est la seule femme du groupe. Après ces très longs moments sur Aurore en votre compagnie, j'ai confondu le plus primaire désir avec un sentiment sincère. Et parce qu'elle vous affectionnait, j'ai tenté de vous tuer par jalousie. Mais cela est plus comparable à une ridicule bagarre entre deux coqs de basse cour. Que vous avez d'ailleurs gagné avec facilité.
-Je croyais vous avoir dis que nous ne parlerions plus de cet incident.
-Mais il le faut ! Mon cher Hector, j'ai réalisé la gravité de mon erreur. J'étais supposé, comme chacun, veiller à la cohésion et la survie du groupe et je me targuais d'être le plus sage d'entre nous. Quelle vanité ! J'ai cédé à mes passions, alors que d'un point de vue objectif, je gagnais bien peu de choses à les assouvir… Sans compter la bassesse morale que cela impliquait.
-J'entends bien, et c'est une bonne chose que vous relativisiez. Mais où voulez vous en venir ?
-Nous sommes un animal social et pourtant nous sommes profondément égoïstes, ceci alors que nous dépendons des autres.
-Vous êtes bien sombre. Et quand bien même cela est juste, je ne pense pas que nous pouvons y changer grand-chose.
-Justement! L'Entretien avec l'étrange créature dont j'ai fait la rencontre m'a prouvé le contraire. Dans leur société, l'égoïsme est aboli et le mensonge n'existe pas. Leurs pouvoirs leur permettent une meilleur compréhension de l'esprit, nous avons tant à apprendre d'eux.
-Leurs… Pouvoirs ? Vous êtes surs de ce que vous appuyez ? Cela me semble bien suspicieux.
-Pour la dernière fois, je vous affirme que cela est vrai. Et en tant qu'ethnologue, je peux confirmer que la découverte d'un tel peuple est la plus grande de notre millénaire. Ils n'ont pas de langage oral, mais je les nommerais les Myosiens. Cela est dérivé de Myosi, un mot préclipsien scaezir qui signifie « Sagesse divine ». N'est ce pas miraculeux ? Nous espérions trouver quelque chose d'unique, et voilà ! Cela est mieux que n'importe quel trésor.
-Sans doute…

   Si cela était bien vrai en tout cas. Je savais que découvrir une civilisation était un des rêves d'Auguste, mais aussi qu'il avait en ce moment les nerfs à vif et était un homme sensible. Alors je considérai qu'il était plus que probable que, loin du monde trop longtemps, et étant citadin, il avait fini par craquer. Il était fort probable que cette histoire ne soit qu'une fabulation née de son délire. Quelle civilisation trouverait on ici ?
Je me levai, m'apprêtant à retourner dormir avec cette troublante conversation.
-Ce n'est pas parce que cela paraît extraordinaire qu'il faut en avoir peur, Hector.
Je me retournai un instant mais ne trouvai rien à dire, me redirigeant vers ma tente.

   Quand je me réveillai à nouveau, il faisait à présent jour. Je me levai, m'étirai, et fit quelques pas dans le campement… Puis je vis une bien étrange scène. Nina à terre, Auguste et Broghill à son chevet et debout avec eux, une étrange humanoïde… Correspondant à la définition d'Auguste de ses ''Myosien''. Par réflexe, je sortis mon couteau, alors tout à coup je sentis quelque chose me piquer et s'enfoncer dans ma chair, avant d'immédiatement sombrer dans l'inconscience.

   Je me réveillai une seconde fois. Je tentai de me relever, mais en vain. Mes forces me permettaient de bouger légèrement, mais pas de soutenir mon propre poids… Que s'était il passé ? Tout s'était brutalement déroulé, mais si j'étais hors de mon sac de couchage, j'étais forcé d'admettre que cette scène étrange n'était pas un rêve. Où étaient les autres ? Je tournai la tête pour les chercher du regard mais je ne les vis pas. A la place, debout au dessus de moi, il y avait l'étrange créature.
Même de là ou j'étais je pouvais constater qu'elle était de petite taille, d'au moins une tête en dessous d'un humain. Il me semblait que c'était une femme, à voir comment était formé son visage.

   Elle avait des traits fins qui lui donnaient un air de jeune femme. Sa peau était d'un brun clair légèrement rougeâtre, et elle avait de longs cheveux argentés qui étaient attachés dans son dos. Derrière elle s'agitait une étrange queue formée en Y, et elle était vêtue d'une sorte de sari de tissu rouge, semblant provenir d'un milieu aisé. Par dessus tout, je reconnu de la description d'Auguste une corne qui se dressait au milieu de son front, légèrement courbée vers le haut, et avait la même teinte que sa peau. Ses deux yeux gris observaient un parchemin sur une plaque de bois tenue de sa main gauche, je vis alors que la créature n'était dotée que de quatre doigts. Ceux de sa main droite courraient sur le parchemin… Son index et son majeur étaient enduit d'une étrange substance verte, et au lieu de faire usage d'une plume, elle utilisait ses deux ongles longs pour écrire à une vitesse folle.

   Sans que je ne dise rien, alors que je l'observais, elle leva son regard de son texte pour le diriger vers moi. Alors ma créature me sourit et m'approcha, se courbant vers moi. Je fus alors parcouru d'une sensation très étrange. Une seconde pensée s'installa dans ma tête. Elle n'utilisa pas de mots, mais ce fut comme si mon esprit comprit immédiatement ce qu'elle voulait me dire.
L'étrange créature, devrais je dire plutôt, la myosienne, me dit être désolée de m'avoir infligé ce fâcheux état.

-Que m'as tu fait ? Rugissais-je. La myosienne comprit mon interrogation immédiatement et me dit que, prenant peur à la vue de l'arme dans ma main, elle avait lâché sur moi une espèce de parasite que son peuple élevait et gardait sur eux pour l'autodéfense, qui m'avait momentanément paralysé. Nina subit la même attaque, ayant tentée de l'agresser. La créature admit avoir manqué de sang froid et réagi au quart de tour, et me fit savoir de manière rassurante que dans une heure je serais sur pied et sans aucune séquelle. Mais je n'en étais nullement convaincu. L'étrange voix dans mon crâne me terrifiait. Quelle sorcière était elle donc, cette fille à l'allure de lutin ou de diable ? Ces capacités étaient innées à sa race, me dit-elle, et était leur moyen de communication. Par ce dernier elle lisait toutes mes pensées. Ainsi les délires d'Auguste étaient vrais ?

-Que fais tu donc là, et où sont amis ?
Elle m'affirma que mon groupe était non loin et se portait bien. Ils levaient le campement, car Auguste avait affirmé avoir fait la découverte que nous recherchions. Quand à elle, elle écrivait ses propres trouvailles et maints constat sur l'humanité. Elle en observait à travers nos esprit l'histoire et les caractères. En tant qu'historienne de son peuple elle était fascinée par notre civilisation, et s'empressait de rédiger tout ce qu'elle observait et constatait chez vous. Tout en me communiquant cela, elle jetait parfois son regard sur le parchemin pour y inscrire avec dextérité des notes de l'encre recouvrant ses doigts. Pour ma part, à force d'effort je parvint à m'asseoir. Il semblait que l'étrange créature avait raison et je m'en sentis un peu apaisé, sans pour autant donner ma confiance.
-Comment puis-je être sur que vous ne maquillez pas la vérité ? Demandais-je, contrarié. Elle répondit simplement qu'elle ne mentait jamais et ne le pouvait pas, c'était une évidence.

-Soit. Dans ce cas, comment t'appelles tu ?
Pour les myosiens, l'identité de chacun était évidence, une idée claire et précise se communiquant en une pensée, ce pourquoi les mots étaient pour eux secondaires. Et sans langage oral, pas de nom oraux à donner. Néanmoins, par leur écriture, l'on pouvait lui inventer un nom prononçable dans mon langage. Une forme géométrique se dessinait alors dans mon esprit, celle de deux triangles superposés. Ceci représentait dans l'écriture de son peuple le concept d'élévation et de dépassement. « Double Delta », proposa t-elle, était une formulation qui lui plaisait.
-Dans ce cas, Double Delta, si tu le veux, quelles sont tes intentions ? Et si nous retournons sur notre continent, quel intérêt aurais tu à nous suivre ?
Double Delta me rappela que ses recherches étaient une raison suffisante. Néanmoins il y avait en effet bien une seconde raison. Historienne n'était que sa fonction secondaire au sein de son peuple, préviseuse était sa sa fonction première, bien que les deux allaient de pair. Les préviseurs étaient les pratiquants d'une science particulière nommée psychohistoire, un art mathématique traitant des évolutions possibles de groupes sociaux confrontés à des phénomènes socio-économiques. Je compris qu'il s'agissait d'une science apte à mesurer les futurs possibles. Cela semblait trop absurde pour être vrai, mais je sentais que la myosienne était profondément convaincue de la fiabilité de son art, ce qui étrange me poussa à y croire pareillement.

   D'autres humains, avant nous, avaient rencontré des myosiens. Ces derniers s'étaient intégrés à leur société et grâce à ce groupe réduit d'individu, ils purent obtenir des premières informations sur les humains, leur société et leur mode de vie. En tentant d'appliquer la psychohistoire à la société humaine, elle ainsi que ses collègues préviseurs obtinrent un terrible résultat. Avec un pourcentage positif de chances, les hommes détruiraient un jour la société myosienne dans les cent années qui suivraient. Même avec ses nouveaux calculs personnels faits en ajoutant les informations tirées dans l'esprit de mon équipe, le pourcentage ne diminuait aucunement. Elle avait mémorisé le vécu d'humains d'Eclipse différents, d'origines et de vécu variés, et jamais le taux ne descendait en dessous de 60 %.
   Actuellement il y avait 82 % de chance qu'un génocide de son peuple se produise. Suivaient 54 % de chance d'esclavage de son peuple en cas de survie, puis 37 % de chance d'une régression sociale et d'une vie précaire pendant plusieurs siècles si ils restaient un peuple libre. Sur tout les calculs, il n'y avait au mieux qu'un pourcent de chance d'obtenir un cohabitation sociale viable et pacifique, ce qui même en appliquant les marges d'erreurs réglementaires était bien trop peu pour espérer.

-De telles affirmations… Cela n'a pas de sens. Eclipse comprend également bon nombre de gens de bien !
Double Delta exprima alors un rire, rire étrange car trop monotone, me semblant presque mécanique. Comme si elle ne savait pas rire ou se moquait de moi. Son expression souriante n'avait pas changée.
   Ayant fini d'écrire, elle passa son index et son majeur dans le coin de sa bouche, se suçant et se léchant les doigts. Cette encre était comestible, mais ça ne rendait pas l'action moins étrange.

Sa science était infaillible. Cette pensée de la myosienne percuta mon cerveau comme pour s'y imprimer. Elle affirma avec un grand orgueil qu'elle ne pouvait se tromper, quand bien même elle le voudrait. C'était bien parce que ses calculs annonçaient la vérité qu'elle avait besoin de nous pour aller sur le continent.

-Que comptes tu de toute façon faire là bas, si nous sommes hostiles ?
Double Delta voulait simplement prévenir la destruction de son peuple. Suite à ces prévisions, ses semblables avaient commencé de très longues délibérations pour décider de ce qu'il était mieux de faire. Débat futile pour elle puisque qu'objectivement son plan avait le plus haut taux de réussite. Néanmoins, sortir de la passivité ainsi s'opposait au comportement Myosien, ce pourquoi il était inévitable qu'il y ait scission, même temporaire.
Elle désobéissait donc à son peuple, mais pour Double Delta, il s'agissait de prendre de l'avance. Elle savait avoir raison.

-Vous nous considérez comme des ennemis ?
Des dangers, précisa t-elle. Si il existait en effet des Eclipséens sages et bons, l'analyse pragmatique des sociétés indiquait qu'elles étaient enclines à la domination et privilégiaient leurs intérêts et leur propre développement économique et social au détriment des autres. Les taux de réussite d'une collaboration, même inique, de par la nature fière de son peuple, étaient faibles. Les Eclipséens chercheraient à utiliser pour leurs intérêts leurs terres et leurs savoirs, ce qu'ils n'accepteraient pas car inévitablement cela conduirait leur peuple à être dominé en raison de la puissance supérieure des humains. Ils ne pourraient pourtant pas refuser car l'utilisation de la force prévaudrait. Enfin, la majorité des Myosiens n'avait pas envie de promouvoir, ou contribuer à l'augmentation de la puissance d'une société qui, selon eux, était vouée à l'autodestruction et profondément barbare.
-Et tu n'en penses pas moins… Pas vrai ? Fis-je, involontairement agressif.
Double Delta retira ses doigts de sa bouche et me fit un grand sourire. Elle n'en pensait pas moins cela était vrai, mais cela ne changeait rien au fait qu'elle trouvait les humains intéressants et attachants. Malheureusement il était raisonné que la survie de son peuple était son absolue priorité.
Son objectif était ambitieux mais simple dans l'aspect : changer la société d'Eclipse de manière à ce que le taux de chance cohabitation devienne positif. Pour savoir comment néanmoins, elle avait besoin de plus d'analyses, de réflexions, et plus de données et d'exemples, sa présence sur le continent accélérai donc grandement le processus d'élaboration d'un plan. Pour l'instant, celui avec le plus haut taux de pourcentage était le plus extrême : la destruction et restructuration des sociétés humaines par la succession de guerres civiles populaires. A cette pensée, je réagis brutalement, mes craintes se révélant vraies.
-Crois tu donc que je te laisserais faire cela ? Voilà une déclaration de guerre !

  Elle me signala que dans mon langage le terme de guerre n'était pas approprié. Néanmoins j'avais selon elle le droit à pareille réaction, le taux de chances de réussir ce plan sans provocation de conflit armé étant chez mon peuple assez bas.
-Je n'ai pas oublié mon serment de soldat impérial, dis-je, trouvant la force de me redresser pour me tenir debout, bien que tremblant. Je dominais largement Double Delta de par ma taille, mais elle ne fit qu'arrondir sa bouche en exprimant un « oh » impressionné.
-Je comprends ta cause mais tu vas devoir reconsidérer ton plan.
Non. Sa sympathie ne lui ferait pas suivre l'irrationnel.
-Si tu me force à te menacer…
   Rien ne la ferait changer d'avis. Elle me défiait de tenter quelque chose. Cet entêtement me rendit furieux, je devais l'effrayer pour lui faire changer d'avis. Je me dis qu'un être si frêle ne devait pas être difficile à impressionner, mais je ne pus que lever le bras quand un tumulte d'images et d'idées sans liens vint frapper mon esprit à un rythme effréné, causant une violente douleur vive comme une aiguille à l'intérieur de mon crâne tandis que des vertiges me prirent. Le choc fut tel que je tombai à terre à nouveau.
Avec un soupçon de fierté, elle pointa un instant sa corne du doigt. La puissance psychique des myosiens était déterminée par le nombre de sections de leur corne… Un myosien en possédait une dizaine en moyenne. Avec 32 sections elle était l'un des plus puissantes de son peuple. Bien qu'elle était l'une des rares a utiliser un moyen de défense si douloureux, elle affirma pouvoir surcharger mon cerveau d'informations aléatoires pour briser mon esprit. Elle me pria de ne pas la forcer à faire cela.
Double Delta sembla se moquer de moi, et malheureusement contre cette sorcière j'étais impuissant.
-Si je ne peux te dissuader, je ne peux non plus me résoudre à t'aider de quelque manière. Je ne sais ce que pense le reste de mon groupe, mais mon avis est bien clair. Et quand bien même, nous avons plus de deux milliers d'années de culture sur Eclipse. Cela ne s'effondre pas si aisément.

   Elle répondit alors que deux ou trois milliers d'années n'étaient pas tant que cela. Enfin, leurs sociétés subissaient des changement perpétuels. Comprendre le fonctionnement de leurs codes politiques ou sociaux ne serait pas bien difficile non plus, et une fois ces connaissances en sa possession elle saurait orienter ces changements vers une direction satisfaisante. Bien sur cela ne serait pas facile et demanderait du temps, mais était la meilleure solution. Mais ceci n'était pas ce que je voulais entendre.
   Double Delta alors me demanda si j'étais moi, sur de prendre la bonne décision, et pourquoi. La réponse n'était pas évidente malgré mon apparente conviction, mais je conclus que devoir mon pays et ses valeurs faisait partie de mon devoir. Avant que je n'exprime cette réponse, elle souligna que si cela était le cas, alors il n'y avait pas de différence avec ce qu'elle défendait. Puis, elle appuya que je doutais en mon propre pays malgré cela.
-Comment te permets tu…

   Elle savait déjà tout mon passé. Il y avait dix ans de cela, je participais à une terrible bataille… Celle de Caraldis. Là, s'était produit l'affreux massacre. J'étais parmi les forces assaillantes de l'empire, en tant que lieutenant sous les ordres du Haut Général Marc Aneran. Je n'avais désobéi à aucun ordre. Je n'avais été qu'un soldat. Et mon général m'avait ordonné de commettre sans vergogne meurtres et pillages. Là était la volonté impériale et je devais m'exécuter. Pour ce que je faisais, mes enfants me seraient plus tard reconnaissants, et si je périssais, c'était en héros. Voilà ce que Marc Aneran me répétait, et ce que je devais répéter à mes hommes de vive voix. Un discours auquel je ne croyais pas, car au fond de moi, je voulais sortir de cette ville déjà maudite.
Malgré tout, j'avais obéi aux ordres. Les soldats sous ma responsabilité reçurent le champ libre pour exterminer toute résistance, mais aussi violer et piller, y étant même encouragés. Jusqu'à ce que, du moins, je ne vois les premiers mutins, avec Beremor Vlanhonder, le héros de ma nation, à leur tête.

Que s'était il passé alors ? La myosienne se posa sur ses genoux devant moi et, avec un sourire rassurant, pris ma tête entre ses mains, l'approchant de la corne à son front. Je perdis alors le sens de la réalité. Je n'étais plus sur le nouveau continent, mais sur Caraldis, à nouveau. Encore cette après midi là.

   Mes oreilles sifflaient. Elles souffraient des cris, des rugissements des soldats et des pleurs terrifiés des civils. La cité était en flammes et cette odeur de brûlé, dans mes narines, se mêlait à celle du sang. Des poupées de chair aux tenues teintées de pourpre s'étendaient sur le sol à perte de vue, et tout ceci fut notre œuvre. Un tableau macabre dessiné pour sa majesté Laurence d'Haynailia. Je ne comprenais pas exactement ce qu'il se produisait autour de moi, mais je savais quoi faire : la ville devait-être mise à sac et aucun soldat ennemi ne pouvait-être laissé en vie. Il y avait une personne à côté de moi ? Etrange. Je ne pus rien voir à ma droite mais l'espace d'un instant, je crus que quelqu'un s'y tenait.
-Lieutenant ! Fit la voix paniquée d'un de mes soldats, me sortant de ma torpeur.
Que devons nous faire ?

   J'avais déjà donné mes ordres, ceux de Marc Aneran, et ils avaient été clairs… Seulement, la situation avait changé. Un groupe de soldats, mené par Beremor Vlanhonder, avait refusé de suivre les ordres des supérieurs. Une bataille entre haynailiens s'était engagée, et dans la ville fusaient des ordres contradictoires en faveur du général ou du héros de guerre. Mes hommes étaient perdus, se reposaient sur moi, ils voulaient que je prenne parti.
-Chef, nous attendons vos ordres !

   Marc Aneran avait reçu l'autorité sur l'armée, Beremor, tout héros de guerre qu'il était, n'avait pas le droit de se retourner contre son supérieur. Cependant, je savais bien qui était le plus juste parmi ces deux camps.
Que voulait réellement mon empereur? Et mon dieu ? J'aurais désiré qu'on me le déclare, mais étais seul pour décider.

   Et entre les deux Hector prit la meilleure décision.

   Je me rebellai, et commandai à mes hommes de joindre leur forces à celles des mutins. Ils n'en eurent pas l'occasion. Voyant que nous étions dissidents, les puissants cavaliers sous les ordres du général, qui venaient de pénétrer la ville, décidèrent de nous faire payer notre insubordination sans négociation. Les mastodontes d'acier n'avaient besoin pour cela que d'une seule charge. Tout les soldats de mon unités furent massacrés. Ceux qui ne périrent pas transpercés par les lances furent écrasés par les sabots ferrés, os broyés et crânes éclatés. Je survécu à cette charge et, alors que j'étais préparé à subir le même sort, la cavalerie continua son galop, et ne revint jamais pour moi.
Désespéré, affolé, horrifié, je tentai de sauver des blessés en vain : tous étaient au-delà de tout secours.

   Alors que je courrais en poussant des cris effroyables pour m'enfuir, je ne savais où, je vis quelque chose qui ne devrait pas être dans cette scène. Double Delta était devant moi. Je m'arrêtai.
C'était mon histoire, et l'histoire de l'Homme. Une violence grotesque et futile, ceci au nom de principes troubles et de serments qui parfois ne signifiaient rien. Depuis ce jour, j'avais perdu foi en mon pays. Chaque fois que j'entendais sonner les cloches de l'Empire, je repensais à cette catastrophe. Certes, Marc Aneran mourut sous les coups de Beremor avant que ce dernier ne périsse également, mais cela ne put ramener aucun défunt à la vie. Alors j'avais quitté le continent qui m'avait vu naître, non pour l'aventure, mais pour fuir un monde que j'avais réalisé laid.

   Je savais donc depuis le début que mon monde était dans le tort. Dans celui de Double Delta, ce genre de tragédie n'aurait pas lieu, et j'avais été bien orgueilleux de lui reprocher de vouloir éviter que telle chose se répète chez elle.


   Retournant à la réalité, je sortis de cette vision qui m'avait parue si authentique, comme si je la vivais à nouveau. Ma respiration se fit forte et j'étais en sueur, me réveillant d'un terrible cauchemar. La myosienne éloigna sa tête et ses mains de mon visage avant de se redresser.

   J'avais beaucoup souffert pour et à cause de ma nation. Pour une guerre motivée par des intérêts qui n'étaient pas les miens. Mais selon elle, cela pouvait changer. Je n'étais pas obligé de rester dans ce monde où mes camarades avaient été brutalement massacrés, mais je n'étais pas obligé pour autant de fuir. Si je l'aidais, je pouvais changer cela. Elle me confirma que cette chance existait. Nous pouvions sauver nos deux peuples. Les statistiques de la myosiennes étaient claires : l'inactivité était la pire solution.
Double Delta me demanda si je l'aiderais à aller sur Eclipse. Non pas un ordre, mais une suggestion. Jadis je perdis tout en prenant la bonne décision. Me risquerais-je encore à faire ce que j'estimais juste contre mes seigneurs… Oui. Je le ferais à nouveau, car j'avais déjà tout abandonné. Je croirais aux prévisions de Double Delta.

La myosienne, avec un sourire presque maternel, me tendit la main. Auguste avait raison, nous avions beaucoup à apprendre d'eux…

Pour un avenir meilleur, je pris la frêle main, et me releva.
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Message par DALOKA le Mer 11 Jan - 23:31

Kazhaar, 1858



  Cette nuit là, l'obscurité noircissait totalement la mer des côtes de Cerinorst. L'océan ondulait légèrement, calme et sinistre. Et quelque chose de plus sinistre encore se trouvait dans ses profondeurs… Le corps d'une jeune fille au longs cheveux blancs, dénué de jambes. De ce corps en partie calciné, la partie inférieure était totalement absente. Mais sa chevelure s'agitait, vivante. Elle formait des nageoires. Comme une créature marine, la jeune fille progressait lentement dans les eaux sombres.

  L'inquisiteur l'avait terriblement blessée. Kazhaar pouvait encore sentir la douleur des flammes saintes qui avaient supprimé tout son corps en dessous de son abdomen… La magie empêchait sa régénération de rapidement s'opérer. Si elle avait échoué à fuir elle serait peut-être dans un pire état encore. Et maintenant, à cause de ces deux magiciens, elle était dans ce pitoyable état. Quelle plaie !  Kazhaar songeait à son éventuelle revanche, mais elle avait d'autre priorités. Elle devait retrouver son fils, et avant cela, regagner un état correct.

  Progressant vers la côte, ayant une allure de méduse, Kazhaar pouvait apercevoir une plage à portée. Nager l'épuisait, elle s'empressa donc d'accélérer pour atteindre un niveau ou elle aurait pied. Enfin, si elle en avait. En glissant sous la mer, elle ressentit une agitation non loin dans l'eau. Prudente, Kazhaar tâcha de se faire plus discrète. Afin d'observer la côte, la tête de la vampire émergea de l'écume. Ce qu'elle vit sur la plage lui déplut grandement.
  Une femme aux cheveux blonds se relevait. Elle était visiblement évanouie avant que Kazhaar ne vienne… Cette femme était vêtue d'une armure lourde, marquée de l'emblème de la magicae cohortis. La vampire conclut qu'elle faisait partie des serviteurs de l'empereur qui avaient assaillit la demeure Bielmer, et était bien entendu une mage. Sans sortilège, Kazhaar imaginait que cette pauvre femme qui avait probablement chuté à mer se serait noyée à cause de son armure. Le fait qu'elle était inconsciente prouvait probablement qu'elle s'était évanouie d'épuisement en joignant la côte… La montée de l'eau lors de la marée avait donc fini par la réveiller.

   Kazhaar sourit avec malice. La chance était plus généreuse qu'elle ne l'espérait. Tomber sur cette femme, alors qu'elle était certainement encore faible, était plus qu'une aubaine. Cela était un signe que le destin était avec elle. De par la nature et la gravité de ses blessures, il lui faudrait des mois pour en guérir. Mais cette femme, peu importait son nom, lui offrait l'occasion de pallier à ce problème. Cependant, elle ne devait pas perdre un instant.

  Ses cheveux se réunissant pour former des pattes qui la soulevèrent, elle s'approcha telle une araignée vers sa future victime… La guerrière finit par se retourner. Il semblait qu'elle était encore assez vive pour réaliser sa présence… Ainsi, elle se retrouva nez à nez avec la créature qui sortait de l'eau. Une abomination aux cheveux humides voilant son visage et s'agitant tels des serpents autour d'elle. Deux yeux perçants la dévisageaient, et elle sortit immédiatement sa dague en réflexe. Kazhaar, d'un bond, se jeta sur elle, mais son adversaire avait incanté un sort de barrière et la vampire percuta la bulle protectrice, s'y fracassant brutalement.

-Reculez ! Fit l'agente de la magicae cohortis, affolée. Quoique vous êtes !
  Kazhaar n'avait aucune intention de renoncer. Elle sentait que cette femme était épuisée, même si certes, dans un état plus enviable que le sien. La vampire posa une de ses mains sur la barrière, et ne put s'empêcher de se délecter de l'expression horrifiée de sa cible. Il était vrai qu'elle devait à présent ressembler à une horreur.
  La créature nocturne planta ses griffes dans la bulle protectrice. Ses ongles, au premier abord, ne l'affectèrent nullement. Mais Kazhaar insistait, et tentait de pousser son bras plus loin dans le sort de protection. Acte absurde, mais sa force était colossale, telle que sa main finit par traverser la bulle. Alors, cette dernière fut parcourue d'une aura bleutée qui déchirait sa peau et ses muscles. Pourtant, devant le visage désespéré de la mage, le bras de Kazhaar avança plus loin encore. Plus elle progressait, plus les séquelles étaient violentes. Le membre était inondé de sang, et la peau commençait à en être arrachée par le sort.

   Finalement, la bulle éclata, et le bras écorché de Kazhaar finit par saisir de la main le cou de la mage.
-Quel dommage pour toi, étincela le sourire de la vampire. La combattante ne fléchit pas. Bien que tremblante, elle fixait le monstre avec un regard plein de rage et de détermination. Avant que Kazhaar ne puisse faire autre chose, une puissante décharge électrique fut lancée par la mage. Sans doute avait elle un sort ou enchantement pour s'en isoler, mais ce n'était pas le cas de la vampire et elle était entièrement recouverte d'eau de mer. L'attaque fut dévastatrice, et les éclairs puissants noircirent partiellement sa peau et sa chair, le choc fut telle que quand la foudre se stoppa, sa tête chuta en avant comme si elle était morte, ses cheveux ayant cessé de se mouvoir voilant à nouveau entièrement son visage.
  L'agente de la Magicae Cohortis semblait sauve… Mais le maigre bras aux muscles à vif qui la tenait au cou refusait de lâcher prise, la main ferme comme un étau. Elle tenta donc, à l'aide de sa dague, de trancher ce bras, mais son son poignet se fit immédiatement saisir par l'autre main de la vampire et elle n'eut que le temps d'être surprise avant que son poignet soit écrasé dans son gantelet qui se plia sous la force du monstre. Toujours vivante, Kazhaar émit un lent halètement menaçant et bestial, révélant ses longs crocs, tandis que ses cheveux bougeaient à nouveau, s'enroulant autour du corps de la chevalier, et saisissant la dague que sa main avait relâchée. Glissant dans les articulations de l'armure, la chevelure de Kazhaar se mit à la démonter pièce par pièce tandis que, de sa main gauche, elle prenait la dague pour se trancher le bas de l'abdomen, éliminant le reste de ses chairs brûlées par les flammes saintes.

   La guerrière continuait de se débattre futilement, maintenant enserrée dans les cheveux de la vampire qui l'empêchait de prononcer un seul mot en l'étranglant. Visiblement, la décharge était le dernier tour de cette femme.
-Tu n'as plus aucune échappatoire… Maintenant, je vais prendre ton corps. Peut-être trouveras tu, en cela, une forme d'immortalité…
  Le sourire malsain de Kazhaar, qui avait regagné sa confiance absolue en elle, réapparu, glaçant le sang de la pauvre femme.
-Très sincèrement, j'en doute. La chair n'a pas d'âme.

 A présent qu'elle était débarrassée de son armure, Kazhaar lâcha prise afin d'avoir ses deux mains libres tandis que ses cheveux la retenaient. Ils avaient été eux aussi brûlés par l'attaque de l'inquisiteur, mais cela était suffisant face à cette adversaire affaiblie. Alors qu'elle reprenait son souffle, Kazhaar planta les griffes de ses deux mains dans le ventre de cette dernière, lui faisant pousser un gémissement inhumain. Ses mains creusèrent plus loin dans la chair, et Kazhaar se mit à écarter alors l'immense plaie qu'elle avait faite. Elle déchirait ainsi le corps de la femme en deux, comme l'on déchirait un tissu par un simple trou… Sa victime hurlait de plus belle, incapable de prononcer quoique ce soit de compréhensible tant la douleur était atroce. La force surhumaine de la vampire continuait sa sinistre œuvre, les nerfs lâchant les un après les autres. Parfois, quand une douleur était trop terrible pour être supportée, l'on ne ressentait rien, ainsi Kazhaar se demandait si c'était réellement ses sens qui la poussaient à crier ainsi, ou si il s'agissait de sa réaction en voyant son corps se faire si grotesquement déformer. Il était regrettable qu'elle ne soit pas en état de dialoguer, cela était réellement intriguant.

  Finalement, le corps de la soldate fut séparé en deux. Kazhaar maintint la partie supérieure du corps de ses deux bras, tandis que ses cheveux recueillirent la partie constituée des hanches, du bas ventre et des hanche. Dans l'état de la vampire, il lui serait plus rapide pour regagner ses capacités optimales plus rapidement de remplacer ce qu'elle avait perdue par de la chair vive. Ainsi, ses cheveux cousirent cette partie du corps au sien, tandis qu'elle plantai ses longues dents dans la nuque de son nouveau repas.

   Une fois ce dernier entièrement consommé, et son corps uni au sien, elle relâcha le cadavre desséché qui fut emporté par la mer. Sans doute personne jamais ne le trouverait.

    A présent, Kazhaar avait des jambes. Fort heureusement, sa cible était de petite taille comme elle, néanmoins car son physique restait différent il lui faudrait un certain temps d'adaptation, d'autant plus que les deux parties de son corps n'avaient pas encore bien fusionné. Avec le temps, cette partie inférieure s'adapterait de toute façon parfaitement à son physique, de sorte à ce que personne n'aurait put voir la différence, ce n'était donc pas un souci. Grâce au sang assimilé, ses capacités de guérison regagnaient petit à petit un niveau correct. Les deux mages la forçaient à bien des disgrâces, mais elle s'en était sortie. Elle ne pouvait pas encore marcher et ne sentait pas totalement ses nouvelles jambes, mais ses blessures se refermaient lentement et ses cheveux regagnèrent leur blancheur éclatante. Kazhaar devait maintenant trouver un abri pour attendre que ses blessures guérissent…

   Mais ceci, visiblement, ne serait pas aussi simple. Alors qu'elle traînait sur les galets, elle vit en haut de la plage grise un individu tout de noir vêtu. Grand, probablement un homme, il était recouvert d'un capuchon et d'une grande cape, mais ce qui inquiétait le plus Kazhaar était sa tenue, qu'elle identifiait comme une robe de prêtre. Ce dernier s'avançait vers elle, et elle n'était pas sure de pouvoir le vaincre, ou même de lui échapper. Il s'agissait certainement d'un serviteur de l'empereur, et à son assurance, elle craignait qu'il ne soit aussi talentueux voire plus que ceux qui l'avaient réduit à son misérable statut. Que faire ? Elle n'avait que peu d'options. L'aura que dégageait ce personnage lui déplaisait, mais elle ne ressentait aucune agressivité chez lui… Il avait simplement quelque chose d'inhumain, d'une manière inférieure mais similaire à la sienne.

-Celui qui doit porter la couronne devra être prêt à écraser même les étoiles, à réécrire même les légendes. Il est de nature égale au divin. Il est aussi loin de l'homme que ce dernier ne l'est du singe.
Il est sa propre morale.
  Qu'en pensez vous, Dyra ?

  Kazhaar était pour le moins étonnée. Etait-ce une manière de se railler d'elle avant de tenter de la tuer ? Bien qu'elle appréciait d'habitude cela, elle n'était guère encline à parler philosophie dans cet état.
-Ne portez pas un air si menaçant sur votre visage, fit le prêtre tout en continuant d'avancer. Vous êtes encore apte à tuer un homme, or, je suis votre ami.
  Ce dernier, s'arrêtant à quelques mètres de Kazhaar, sortit de sa cape un livre épais, couvert de pièces métalliques dorées, et clos d'un épais fermoir. Ancien, mais fastueusement orné, le livre lui rappelait fortement celui que le purificateur avait utilisé contre elle…  Mais il était certainement bien plus formidable que ce dernier. La vampire songea sérieusement à retourner dans la mer, ou à le tuer sur le champ.

-Selon vous pourquoi les dogmes doivent ils être si ardemment respectés ?… Il n'en est pas seulement du bien être commun. Les dogmes changent au fil des temps… Pourquoi nous tenons à ce que les grandes règles soient si profondément respectées ? Que les sanctions soient si sévères ? Il s'agit d'une épreuve. D'un test. Des hommes apparaissent toujours un jour pour changer ces règles… Plus elles sont plus enracinées, plus les hommes qui les chamboulent sont exceptionnels. Comprenez vous ? C'est de cette manière que l'on déniche parmi les grands hommes ceux qui furent surhumains.
-Vous devez être bien surhumain dans ce cas, pour tenter de discuter avec une vampire en étant homme d'église !
Rit aux éclats sèchement Kazhaar. Je n'ai de temps à perdre avec votre logorrhée.
-C'est fort dommage. Si je voulais réellement vous tuer, je ne vous laisserais pas tant de temps pour guérir vos blessures. Je suis un romantique, mais pas un imbécile…
  Vous venez de tuer Clothilde Mindfield, n'est ce pas ?
Fit il en ouvrant son livre et en recherchant une page.
-Si vous ne voulez pas m'incinérer, j'imagine que vous allez me demander de prier pour son âme ? Dit elle avec ironie.
-Je ne m'attends pas à ce que vous le fassiez, mais moi seul suffit bien.
-Les vampires ne prient pas… Mais je la remercie pour son corps.

 
   Le prêtre fit un geste de prière et se tut un moment. Kazhaar, agacée, finit par briser son silence.

-L'un des vôtres viens d'incinérer mes jambes, et vous ne semblez pas pressé de finir son travail… Vous moquez vous donc de moi ?
-Vous tuer fait en effet partie de mes ordres. Mais je n'ai aucune intention d'obéir à ces derniers… L'homme qui m'a demandé de vous tuer voit en vous un danger jamais connu. Cependant, j'y vois une opportunité… Voyez, j'ai un différent à régler avec la dame écarlate. Refinia Dyra. Et je sais que vous aussi.
-Vous êtes bien renseigné… Mais pourquoi vous aiderai-je ? Et pourquoi auriez vous besoin de moi en particulier ?
-La maison de vampire qu'a créé Refinia est… Problématique. Je ne veux pas qu'un autre de ses serviteurs la remplace si nous en venons à bout. Il n'y a pas meilleure remplaçante que vous. Les vampires vous traquent, vous devez les hair. Mais vous possédez aussi le sang ancien… Ils pourraient vous respecter, car vous sembleriez à certains plus légitime encore qu'un seigneur vampire. Ainsi, dans la foulée, nous pourrions raser les autres maisons.
-Et, quand ce sera fait ? Cela sera à mon tour, j'imagine.
-Cela ne dépendra que de vous,
fit il en haussant les épaules. Qu'en pensez vous ?
-Je me vois bien obligée de décliner votre offre,
dit Kazhaar en se relevant difficilement.

   Sa priorité était de retrouver son enfant et de le protéger. A côté de cela, les mots du prêtre lui semblaient insignifiants. Elle le dépassa sans le quitter du regard, et il ne bougea pas d'un pouce.
-Ce fut bref dans ce cas, quel dommage. Néanmoins, nos vies sont longues.  N'hésitez pas à me contacter si vous changez d'avis…
-Soit. Quel est votre nom, père ?…
-Eleison.
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One Shot du Daloka des forêts Empty Re: One Shot du Daloka des forêts

Message par DALOKA le Mer 18 Jan - 18:02

                                                            Ce que l'on trouve au sommet.   


   Cela faisait déjà 162 jours que les cultistes avaient établi les villages au pied du mont Hiranyakashipu. Ils dérangeaient la population au début, mais, car ils n'étaient guère agressifs et ne leur demandaient rien, les habitants s'habituèrent à leur présence. Ils étaient presque tous d'ethnie préclipsienne, à la peau très foncée, et à l'accent très prononcé. Ils ne parlaient que peu. Tout les neuf jours, quand le soleil se levaient, ils se retiraient ensemble près de la montagne en amenant des grands tambours. Là, ils jouaient en chantant solennellement. Certains résidents tentèrent d'envoyer des plaintes aux bourgeois locaux, mais la région près d'Hiranyakashipu n'intéressait personne, encore moins le duché d'Algor, de par sa faible population et ses ressources peu intéressantes.

 Avant l'aube, encore une fois, ils préparaient l'accomplissement de leur rituel. Enveloppés dans de grandes capes, les scarraths, cependant, restaient inactifs, semblant cette fois ci attendre quelque chose de particulier. Ils étaient une cinquantaine, de différents sexes mais tous adultes. L'absence totale d'enfants étaient pour certains la preuve rassurante que leur passage n'était que temporaire.
   
    Une autre silhouette couverte d'une cape s'approchant d'eux fut aperçue par une des femmes, qui le pointa du doigt en s'adressant à l'un d'entre eux dans leur langue natale. L'Almirian des chamans était plus complexe que le commun, mais ceci, nul n'aurait put le distinguer ici à part eux. L'homme à qui elle parla s'avança à travers ses camarades vers l'inconnu. Grand et bossu, le nouveau venu souleva des murmures parmi la cinquantaine d'almirians, qui le reconnurent. Sous cette cape se dissimulait un corps grand et pourtant squelettique, si affaibli, si âgé qu'il en avait un air difforme. Un grand masque à divers motifs couvrait son visage. Rasoul, le grand ancien, disposait de plusieurs masques selon les occasions : celui ci était de bois noir gravé, les yeux semblant mi clos, l'expression de la bouche neutre. A pas boiteux, s'appuyant sur un grand sceptre orné d'un crâne, il marchait dans le sable à la couleur du cuivre, tandis que l'autre l'homme allant à sa rencontre retirait son capuchon. Garamé, le tuteur du roi d'Almir Gasai, avait lui l'air vigoureux, mais son épaisse barbe blanchie trahissait son âge avancé. Il retira son capuchon, avant de baisser la tête avec humilité.

-Rasoul, cela faisait longtemps.
-Sans doute, fit il de sa voix rauque. Où en êtes vous ?
-Nous échouâmes le premier rite… Aucun ne put monter au sommet de la montagne. Ainsi nous avons tout recommencé une seconde fois.
-Nous n'avons pas tout le temps devant nous… Avant midi, je dois emmener les élus au sommet.
-Sauf votre respect… Cela est-il réellement nécessaire ? Notre roi, je veux dire, Ehir, n'a t-il pas pu grimper au sommet et parler à la rougeoyante sans rite ?
-Ravage n'en a plus le pouvoir, mais fut un temps ou il pouvait se targuer de se tenir à l'égal des dieux. Entre autre, Ravage estime avoir les mêmes privilèges…
-Je vois…
-En vérité… Rit Rasoul avant d'être interrompu par une violente toux. L'air était trop poussiéreux. En vérité, cette créature n'a guère envie de parler à quiconque. Même moi, je ne pourrais l'invoquer ainsi… Mais, sachez que, quand l'on s'adresse poliment à un seigneur, et que même on lui adresse un cadeau, il est plus probable que ce dernier le reçoive.
   Mais assez de tout cela ! Montre les moi.

   Garamé fit avancer deux autres hommes, tous plus grands que lui. Leurs visages étaient couverts de masques reproduisant des crânes d'animaux. Comme le voulait le rite, leur identité resterait inconnue jusqu'à sa fin, mais même sans voir leur visage Rasoul les jaugea, marchant un cercle autour d'eux.
-Assurément ils ne sont ni trop jeunes ni trop vieux. Nous pouvons commencer l'escalade de la montagne…
-Je m'en veux de vous demander un tel service, fit Garamé. Mais vous êtes le plus grand chaman parmi nous.
-Belles flatteries ! Cracha Rasoul avant un autre toussotement. Je ne serais pas toujours là pour aider à ce genre de choses… Et, si je ne voulais pas rencontrer Ravage, jamais je n'y aurais songé. Pensez à l'avenir à mieux former vos disciples, car cela non plus, je ne le ferais pas à votre place.

  Sur ces mots secs, il s'en alla le premier, pestant aux deux guerriers de le suivre. Rasoul connaissait bien le chemin de la montagne, mais, parce que sa marche était lente, ils ne devaient pas perdre de temps. A midi, ils devaient arriver au sommet. Quand l'on observait le soleil au dessus d'Hiranyakashipu à midi, au bout d'un certain cycle, il apparaissait comme rouge. Un événement mystérieux sans véritable explication scientifique… Mais la plupart des religieux attribuaient ce phénomène à la présence d'un dieu sur cette montagne. Et, même si souvent les cultes déformaient la vérité selon leurs dogmes, cela était très certainement l'explication la plus proche de la vérité.

   
   Quand ils s'approchèrent du sommet, les trois hommes masqués furent pris d'un malaise. Mais Rasoul fut le seul à ne pas en être surpris.
-Est-ce là que vous échouèrent à monter la dernière fois ?
-Oui, fit l'un des deux guerriers. Nous tentâmes de progresser malgré tout… Mais ce fut impossible.
-Sans doute avez vous cru que cela était une question de force d'âme. Mais tenterez vous un bras de fer avec un géant ?… Ce n'est pas une épreuve. C'est une interdiction. Seul un véritable immortel est capable de s'approcher de ce sommet quand son maître est en sommeil…
-Comment pouvons nous monter, alors ?
-C'est simple. Il suffit d'obtenir l'autorisation de l'hôte… En étant son ami, ou en demandant poliment.
   
   Faisant un pas en avant, Rasoul prononça à voix haute des paroles auxquelles les deux hommes derrières lui ne comprirent rien. Rasoul, lui même, ne connaissait que sommairement une langue aussi ancienne, mais cela était la moindre des choses pour se faire accepter.
   La pression, après une certaine attente ou Rasoul resta silencieux, disparut totalement, et ils purent reprendre leur marche.


Quand ils arrivèrent au sommet, ils se retrouvèrent nez à nez avec un temple fait de la même pierre rougeatre que la poussière de la montagne. En ruine, il était évident que personne n'habitait l'endroit, et ne l'avait habité pour des générations. Des débris, dont un immense pilier, gisaient au sol.  Le silence qui régnait ici était absolu. Devant le groupe s'étendait un grand escalier aux marches usées et recouvertes de sable, qu'ils gravirent. Ils semblaient qu'ils étaient dans l'intérieur du temple à présent, mais ce dernier n'avait pas de toit, s'il en avait déjà eu un.
-Regardez ! Fit l'un des guerriers en pointant le ciel du doigt. La sphère céleste brillait, comme cela était prévu, d'une lueur rouge surnaturelle.
-Il est temps, constata le chaman.

  Ils finirent par tomber vers ce qu'ils cherchaient. Au milieu d'une immense dalle unique de pierre, ronde et creusée de sillons qui formaient des symboles ésotériques, se trouvait une sorte d'immense sarcophage de pierre.
  En bas, les sorciers devaient jouer du tambour et chanter. Ils ne pouvaient l'entendre, mais Ravage faisait corps avec la montagne. Pour laisser passer Rasoul si simplement malgré l'insistance des autres chamans, la créature devait l'apprécier plus qu'il ne le pensait. Non, sans doute juste se sentait il plus proche de lui que des autres.

-Vous savez quoi faire, dit le sorcier. Devant l'autel. Je serais votre témoin.

  Rasoul s'assit en tailleur, tandis que les deux hommes retirèrent leur cape. Se révélèrent alors leurs corps musculeux et leurs armes luisantes. Dénuées d'armures, se tenant torse nu, la peau couverte de peintures blanches, ils saisirent tout deux leurs épées aux lames dorées. Chacun disposait du même type d'arme, traditionnel d'Almir Gasai. Une épée disposant d'une deuxième lame à l'opposé du manche. La longueur des lames variait souvent, mais ici, les deux étaient de même longueur comme celles de l'arme que Rasoul maniait par le passé. Cela était le signe d'un talent reconnu.

   Les deux combattants, n'ôtant pas leur masques, s'éloignèrent pour être à cinq pas de distance l'un de l'autre, avant de se tenir en position de combat. Un duel était nécessaire pour attirer l'attention de Ravage. Seul le vainqueur aurait le droit de clamer son nom. D'un ordre, Rasoul ordonna le début du duel, et les deux guerriers se lancèrent à l'assaut l'un de l'autre, entrechoquant leurs armes. Leur escrime exigeait une immense dextérité, rapide et acrobatique. Même le cynisme du chaman ne put nier le talent des hommes, qu'il observa dans un parfait silence.

    Leurs corps étaient puissants, mais pas assez massifs pour les ralentir. Ils étaient au sommet de leur forme, leurs muscles se bandant avec aisance pour attaquer comme pour se défendre, leur peau noire luisant sous le soleil écarlate. Leur art martial donnait l'impression qu'ils dansaient, mais pourtant chacun tentait de donner un coup décisif et mortel. Nul ne parvenait à prendre l'avantage. Ces deux hommes étaient véritablement les meilleurs de leur tribu. Sûrement approchaient t-ils son niveau quand il était encore à son apogée. Les lames flottaient dans l'air, les coups de pieds, de coudes et de genoux fusaient avec violence, mais ne faisaient pas chuter les combattants masqués. Quand l'un semblait dominer l'autre, il était forcé de reculer car son opposant redoublait d'effort, de technique et de ruse. Tout leur volonté se plaçait dans chacun de leur geste. Le perdant périrait, mais le gagnant aurait l'honneur de rencontrer un dieu. Chacun avait vécu pour un pareil moment. Ils espéraient tout deux être couverts de gloire, que leur douleur soit reconnue, que leur travail les hisse enfin aux sommets auxquels ils aspiraient ! Sans doute avaient ils été éduqués et entraînés ensemble, mais cela n'avait pas d'importance. Voilà, selon Rasoul, pourquoi l'on les masquait.
      Mais les guerriers ne pouvaient pas se battre éternellement. Suants, leur respiration se faisait plus forte. Leurs corps étaient fatigués. Ils s'engagèrent à nouveau, plus prudents encore cette fois.
   Rasoul vit une faille dans la garde d'un des hommes. Trop basse, son arme ne saurait être levée à temps pour parer un coup haut d'un tel adversaire. L'épuisement multipliait les erreurs, son talent n'était pas à blâmer. Il réalisa rapidement que sa posture n'était pas bonne, mais n'eut pas le temps de la corriger. La lame dorée s'enfonça sous l'épaule dans la poitrine… La seule blessure donnée du combat fut fatale, et le perdant s'écroula. Rasoul se releva en s'appuyant sur son sceptre, tandis que, le bras tremblant, le vainqueur arracha son masque, haletant, ne semblant pas y croire. Ses longs cheveux tressés lui collaient à la peau. Le soleil rouge brillait toujours dans les cieux de la montagne.

-J'ai gagné…  J'ai vaincu ! Moi, Hamir A'Caté, j'ai vaincu ! Cria t-il au ciel en levant les bras, explosant de joie et de rage. Rasoul le dépassa pour s'approcher du sarcophage. Le sang coulait dans les sillons au sol.

-Dans ce cas il est temps, Hamir, dit l'ancien. Nous allons rencontrer Ravage…
   Le sang du vaincu s'étendait dans l'immense dalle, attiré naturellement vers la tombe. Hamir, remarquant ce phénomène, s'éloigna avec prudence de quelques pas. Il avait tué son camarade, mais tentait de ne pas trop y penser, et de se laisser porter par l'ivresse de la lumière rouge. Il verrait une chose bien plus extraordinaire que toute la magie des chamans. Le plus grand des guerriers en personne. Une vue qu'il conterait à ses enfants. Il sera connu comme celui qui a gravit la montagne.

   Mais ses rêves furent interrompus par un bruit sourd, puissant, qui lui sembla résonner jusque dans ses os. Et ce n'était pas le bruit des tambours. Ce son terrible se répéta peu de temps après. Il semblait comme la foudre, mais l'on ne voyait aucun nuage dans le ciel. Cela tonna avec plus de puissance encore. Ces frappes contre le son se firent de plus en nombreuses.
   En bas de la montagne, Garamé et ses disciples contemplèrent le soleil. Il était légèrement plus vif. Ils entendaient également les bruits, qui surpassèrent ceux de leur rituel, et l'on pouvait les ouïr jusqu'à Algor.
-Chef, fit une jeune chamane au vieux Garamé. Que se passe t-il ?
-L'Ancien m'en a parlé. Ces sons… Ce sont ses battements de coeur. Nous avons réussi.
   Mais l'inquiétude les prévenait d'éclater de joie.


   Le sang du vaincu se mit à brûler, et les flammes, rouges comme ce même sang, vinrent ronger son corps. Les battements s'affolaient, s'affolaient, et enfin, se stoppèrent. Cet instant formidable n'avait duré qu'une minute.
   
   Le socle du sarcophage, lentement, dans un bruit de roche, glissa. Une fumée sombre émanait de l'intérieur de la tombe, alors que le couvercle s'écroula sur le sol. Rasoul restait immobile, Hamir, contemplatif. Dans la brume noire qui se dispersait dans le ciel, ils virent une silhouette se lever du cercueil. Immédiatement, les deux Scarrath s'agenouillèrent.

   Un instant, ils virent une lueur rouge émaner de la silhouette, puis, un bruit de claquement de main se fit entendre. D'un seul coup, non seulement la fumée, mais aussi tout le sable qui habitait les ruines autour de la table fut repoussée dans une violente bourrasque.

    Mais la personne qui se révéla alors n'était pas le colosse décoré de trophées que le guerrier imaginait. L'être qui s'avançait avait une apparence humaine, et était une femme au teint olivâtre légèrement plus petite que lui.  Vêtue d'une somptueuse toge blanche et dorée, décorée comme celle d'un empereur, elle portait un large tissu rouge sur ses épaules. De ce grand vêtement ne dépassait que la tête aux cheveux d'un rouge aussi intense que celui du soleil qui brillait au dessus de leur têtes, noués dans un chignon cerclé de perles dorées. Au milieu de son front se trouvait une marque noire et ovale. Elle portait à ses oreilles des bijoux bien singuliers, des boucles portant chacune une longue bande de tissu qui tombait sur ses épaule et s'achevait vers taille en un ornement d'or triangulaire. Chaque pointe de ces bijoux semblait aussi effilée qu'une épée.
   Hamir était troublé. Sans doute allait t-il demander à Rasoul, qui se relevait, stoïque, ce qu'il en était. Mais il n'en fit rien. Le visage de Ravage était jeune et beau, mais ses yeux, quand il les vit, lui ôtèrent tout doute. L'expression de cette face était froide, morbide, dure, sans une once de bonté ni d'espoir, mais dans ses yeux rouges brûlaient une colère ardente, une rage, une violence, un chaos. C'était la guerre qui vivait dans son regard. Etonné, il ne se permit pas de lever le genou comme le chaman.
    La rougeoyante arrêta ses pas en face d'Hamir, et le fixa des ses deux océans de sangs. Honoré, le scarrath leva le menton vers l'être fabuleux. Il ouvrit la bouche pour prononcer un mot.

    La seconde qui suivit cet instant, sa tête vola pour retomber brutalement au sol, et son corps décapité s'éteignait devant son regard surprit. Une hache noire à l'allure sinistre était dans la main droite de l'être à essence, qui jeta un regard dédaigneux vers le cadavre du guerrier.


- … Aucune résistance ? Constata sombrement Ravage. Pas un battement de cil ? Pas un sursaut ?… Pas même... un frémissement ?... Rasoul contemplait cette scène pitoyable avec tristesse, mais s'y attendait.
-Nul n'aurait put stopper ou éviter ce coup après pareil combat, commenta le chaman.
-Voilà pourquoi je l'ai porté, dit Ravage, alors que le métal de sa hache se liquéfiait pour se glisser dans sa manche, retournant à son corps.
   Si ce mortel était incapable de l'impossible, alors il n'a aucun intérêt.
-Tu semble bien ennuyée par cette cérémonie t'honorant, rougeoyante. Pourtant, c'est toi qui demanda à ce qu'on fasse se battre à mort deux guerriers.
-Le sais tu, Namaan ? Tout ceux qui se battent ici ont les même rêves. Ils concernent la gloire, ou bien le pouvoir. Certains s'imaginent obtenir un de mes présents. Ils estiment que leur escalade et leur combat est une valeur suffisante…
    Certains humains semblent croire désespérément qu'ils sont égaux, ou ont le même potentiel. C'est une désillusion réconfortante, il est vrai. Mais ils ne devraient pas ainsi se mentir. Cette génération de mortel ne portera rien de plus valeureux qu'Arweld.
-Vraiment ? Peux tu donc voir l'avenir ?
-Si ce n'est les détails, tout se répète, éventuellement. L'histoire des mondes et de vos civilisations suis ce cycle depuis que j'ai conscience d'exister. Arweld est mort pour tenter d'enrouer un des éléments essentiels de ce cycle… Quelle futilité. Tout le temps que je lui ai donc accordé, au final, a servi dans une tâche folle.
  Mais assez parlé de cela, fit Ravage en dépassant Rasoul, marchant dans le temple en ruine en en observant les pierres. Elles ne s'étaient pas déplacées depuis son dernier réveil. Quel chiffre affiche votre calendrier ?
-1870.
-Alors c'est ainsi. J'ai bien senti que le temps était court… Pourquoi faites vous tant de bruit ?
-Puisque je dois servir de porte parole… C'est au sujet d'Ehir. Je sais que ce dernier est venu il y a une vingtaine d'année et a promit de mettre fin à tes jours.
-C'est vrai. Je m'attendais d'ailleurs à le voir… Mais, j'imagine que ceci t'as rendu furieux ?
-Il a bien mérité son châtiment ! Cracha Rasoul. Je l'ai maudit à devoir marcher au plafond. Mais, il a un devoir envers son peuple. Le trône lui revient, après un millénaire sans roi.


-Qu'attends tu que je fasse ? Fit durement Ravage, se retournant vers Rasoul. Ton disciple est un imbécile. Mais je n'ai aucun désir de refuser son aide.
-Et pense tu sincèrement que cet imbécile pourra t'aider ? Il n'a pas le talent de Mark.
-Assurément, mais Mark était naïf. Il s'est épris d'un être incapable de le comprendre, et s'est laissé duper par une belle enveloppe charnelle… Un homme d'esprit, et pourtant superficiel.
   Ehir est un mortel de nature rare. Aider les gens, les mettre à l'épreuve, ceci est dans sa nature. Sans doute le fait il plus par défi que par empathie… Quand il signa un « contrat » avec moi, sa seule exigence fut mes remerciements. Il aurait put demander à ce que je le rende presque invincible, je l'aurais fait.
   Ton disciple est un cas assez rare pour représenter un semblant d'intérêt.

-Dis moi, Yamato… Pourquoi revêt tu cette apparence, toi qui semble mépriser les humains ?
-Un jour tes questions te vaudront d'être dévoré vivant pour l'éternité, Namaan, dit la femme aux cheveux rouges avec un sarcasme cinglant.
 Je porte cette apparence pour honorer le mortel que j'ai le plus respecté. Par ailleurs, un corps si faible me permet de ne pas souffrir du soleil… Même si aujourd'hui est particulier. Je n'ai, je le crois, pas à t'en dire plus.
   Et donc ? Pensais tu me convaincre de renoncer ?
-Non. Je n'y croyais pas un seul instant, mais je pourrais dire avoir essayé.
-Pourquoi te sens tu si redevable à ton peuple, toi, l'ermite ?…
-Je suis responsable de la chute de la lignée des rois almirians… C'est la raison pour laquelle je suis condamné à cette existence.
   Ravage s'avança vers Rasoul, ne le quittant pas de son regard. C'était à peine si l'être semblait cligner des yeux. Le scarrath le dépassait d'une tête, et pourtant, se sentait mal à l'aise à l'approche de ce dernier.
-Pour un humain, ta vie est bien trop longue. C'est pour cela que tu es l'un des seuls aptes peut-être à me comprendre… Mais, si tu le désire, je peux mettre fin à tes jours. Cela me serait aisé. Qu'en pense tu ?
-Je m'en dispenserais… Je sais quand, et comment je veux périr.
-Alors c'est ainsi… Quand même toi, tu ne seras plus là, ma solitude n'en sera que plus grande. J'espère périr d'ici là.
-Tu ne semble toi même guère y croire.
-Tu sais le nombre de mes essais. Vois tu Namaan, la question me tourmente depuis des lustres… Pourquoi suis-je le seul être né d'essence à vouloir mourir ? L'idée, normalement, ne nous vient pas même à l'esprit, à nous les immortels. Très peu d'entre nous se souviennent de notre début, si il y en a eu un, et aucun n'envisage sa fin… Si ce n'est moi.


  Si je déteste tant les mortels, c'est par jalousie. La fin de votre existence. Votre repos. Votre accès au néant. Un jour, plus jamais vous n'aurez pas à vous lever, plus jamais vous n'aurez de tracas. Il m'est impossible de ne serait-ce que voir l'horizon de ma vie. Chaque incarnation se répète, je vois les même choses, et plus je les vois plus elles me sont amères. Le droit que vous, qui êtes si faibles, avez, m'est refusé. Pire encore : vous ne réalisez pas l'importance de ce don. Car les mortels savent que leur temps est limité, ils profitent plus pleinement de chaque instant de leur existence, et car leur temps est limité, jamais il ne pourront tout accomplir. Un horizon de rêve s'offrira toujours à eux tant qu'ils en ont la volonté. Et pourtant ils geignent et recherchent la force que nous possédons…
   Je ferais couler sur chaque montagne des océans de sang pour renaître en tant que mortel. Mais cela n'est pas simple. C'est aller à l'encontre des lois de l'univers, de ce qui conditionne mon existence.

-Moi aussi, si je le pouvais, je te ferais mourir, fit Rasoul avec amertume en allant s'asseoir au pied d'un pilier. Tu es un fléau pour nous. Les armes que tu as laissé dans ton sillage, les Zigarnes, le codex… Tout ceci nous a causé tant de soucis. Mais je ne peux pour autant te demander de renoncer.
-Les armes que j'ai laissé, j'en suis en effet responsable, bien que je doute que vous regrettiez la mort de Therebor, que vous me devez. Cependant, les Zigarnes sont nés de l'ambition d'un peuple comme le votre. J'ai en effet permis à des mortels d'obtenir la puissance nécessaire en leur faisant don de mon sang, mais c'est eux qui ont créé ces échecs, ces larves, et qui m'ont ensuite demandé à genoux de leur en débarrasser.
-Ils sont morts de leurs erreurs.
-Pas exactement, fit Ravage en esquissant un sourire, le premier depuis son réveil.
Ma déception fut grande en constatant que ce qui était engendré par ma propre essence ne pouvait me tuer. Après avoir détruit ces monstres, j'ai exterminé tout ce peuple. Je n'ai laissé qu'un œuf de créature… Celle que vous avez combattue, si je ne m'abuse.


 Je le reconnais, j'étais en colère ce jour là.

-Ma foi !… Rit Rasoul avant de s'étouffer dans une violente toux. Ta cruauté est bien plus grande que je l'imaginais.
-Cette cruauté, je l'appelle justice. Des mortels ont créé de telles abominations à partir de ma propre essence, ce châtiment était mérité.
-Le referais tu à nouveau ?
-… Non. Je n'en ai plus la motivation. Tuer des mortels n'est guère intéressant, et exterminer des peuples a achevé de me lasser.
-Tu raisonne là comme un enfant.
-Pour vous l'enfance, l'âge adulte et la vieillesse. Il n'y a malheureusement pas d'étape dans la vie d'un immortel… Uniquement l'accumulation sans fin de mémoire. Une mémoire qui n'a plus de sens.
-Voilà bien la différence entre nous deux dans ce cas. Je suis coincé depuis des siècles dans le dernier âge de l'homme…
-N'en éprouve tu pas une immense douleur physique comme spirituelle?
-L'on s'habitue à marcher même sur le feu si l'on a pas d'autres choix. Cela ne diminue pas la douleur, mais permet de vivre avec.
-S'habituer ? J'appelle cela devenir fou.
-Ah. Comme ça, je suis fou ?
-Veux tu que je te tue ?
-Encore une fois, non.
-Alors tu l'es, cela ne fait aucun doute.


  Par ailleurs, j'ai cru t'entendre dire que tu serais prêt à m'aider ?… Toi qui méprisais tant Mark pour sa décision ?…
-Je serais prêt à t'aider par pragmatisme. Et je serais surtout prêt à arranger la manière la moins nocive pour t'aider. Mark créa le codex, avec le désir d'à l'intérieur y récréer le monde et d'y intégrer ta conscience. Mais les sacrifices que son projet demandait étaient trop conséquents, et l'artefact qu'il a laissé derrière lui, bien trop dangereux… Ma mission première est la conservation de l'équilibre. Ce pourquoi j'éloignerais tout moyen susceptible de troubler ce dernier.
-Alors, c'est ainsi ?…

  Soudain, le sol trembla. Rasoul ravala sa salive, il savait avoir irrité Ravage. Emergea de la terre entre lui et la rougeoyante une immense tête de serpent, à la gueule assez large pour l'engloutir dix fois, et aux écailles noirs luisantes, métalliques. Ses yeux brillaient d'un éclat rouge, menaçant. Seul la tête émergeait du sol, mais sa taille laissait imaginer que la créature était immense.   Hiranyakashipu était le serpent de la montagne, le gardien du sommeil de son maître dont il était l'arme. Il émit un sifflement strident, puis ouvrit sa bouche béante, révélant d'imposants crocs. Rasoul ne se leva pas. Ravage le menaçait, et la force ne lui serait contre une telle chose d'aucun usage.
-Ne m'aurais tu pas caché quelques remèdes?…  Pour conserver cet équilibre ?
-Si tu meurs, la fin des temps est le cadet de tes soucis. C'est pour ça que tu es un danger, Yamato.
-Pourquoi te soucie tu tant de l'avenir, toi qui désire aussi le trépas ?…
-Peut-être faut il être humain pour le comprendre. Après moi, le monde ne cessera pas.
-… Si je le pouvais, j'arracherais le savoir à même ton esprit. Mais même détruire ton âme ne me permettrais pas cela.
  Ravage leva la main, et le serpent titanesque recula, refermant sa gueule sans quitter le sorcier de ses yeux rouges.
-Peu importe, dit Ravage avec lassitude. Le serpent retourna lentement sous la terre, qui se fondit comme de l'eau, avant de reprendre sa forme initiale quand le monstre disparut.
   Il ne restait plus aucune trace de son irruption. Comme si rien ne s'était passé, la quasi divinité se baissa vers la tête qui appartenait à Hamir, et la saisit entre ses mains.

Comment comptes tu m'aider ? Fit Ravage en observant mélancoliquement la tête qui lui faisait face.
-Ehir a déjà un plan. Il me suffira de l'arranger.
-Après l'avoir maudit ?
-Je l'ai puni le temps de réfléchir à la question. Et qu'il y réfléchisse également, ce n'était qu'une jeune pousse… Enfin, je ne compte pas retirer ma malédiction pour autant. Il se débrouillera bien tout seul. Par ailleurs, il n'est pas la peine qu'il soit au courant de mon aide.
-Namaan… Toujours aussi fier... et de mauvaise foi.
-J'ai beau affectionner ce sale gamin, il verrait en cela une victoire, grommela le sorcier en se levant lourdement.
-Comme cela, tu l'affectionne ?… Fit Ravage, se redressant pour soulever la tête au dessus de ses yeux, l'observant avec une triste curiosité.
Ce n'est pas l'impression qui m'a été donnée.
-Recevoir de l'affection est aussi peu habituel pour toi qu'en donner.
-Les immortels ne m'approchent pas. Vous mourrez tous tôt. Cela est préférable ainsi.

  Rasoul fit quelques pas à l'aide de son sceptre. Ses membres s'étaient quelques peu reposés, il pourrait bientôt redescendre la montagne. Bien que quitter cet être à l'air perdu l'attristait, il savait que rester serait inutile.
-Va tu retourner dormir ?
-Je viens de me réveiller, Namaan. Mes membres sont encore engourdis, mais cette question est stupide.
-Il vaut mieux que tu ne dorme pas, dans ce cas… Je tenais à te rappeler quelque chose de capital.
Il y a quelqu'un qui tiens à l'équilibre plus que moi. Il est de nature flegmatique, mais est intransigeant sur les grandes règles que tu veux briser. Et, par dessus tout, il a une dent contre toi…
-Est-ce une devinette ? Dit Ravage en fixant Rasoul du coin de l'oeil.
-Il est actuellement sur le même continent que toi, et tu te doute bien qu'il ne tardera pas à tout savoir sur ce qui se trame ici… C'est là l'avertissement que je porte. Je te parle des blanches écailles.

  Lentement, les yeux de Ravage retournèrent vers l'objet dans ses mains, avant de lever à bout de bras au dessus de sa tête.
-Basileus… Marmonnèrent les lèvres du visage de jeune femme, qui s'éclairèrent alors d'un sourire. Un si large sourire que, si l'on comparait ce dernier à son expression habituelle, il semblait lui déchirer les joues. Ses ongles se plantèrent dans la peau de la tête morte, se tâchant de rouge. La pression sur le crâne chevelu d'Hamir se faisait de plus en plus forte, tandis que la bouche de Ravage s'ouvrit très légèrement, révélant une rangée de dents blanches, et que l'expression morte du scarrath se déformait sous la force. La tête finit par éclater dans un immonde craquement organique, inondant de sang le visage de Ravage, qui relâcha les restes d'os et de chair, qui tombèrent à terre.

-Voilà donc une bonne raison pour mon réveil… Je n'avais pas terminé cela, fit l'être d'essence, dans un air satisfait, venant lécher le sang à ses doigts.

 
 Rasoul, sans dire au revoir, s'en alla, laissant Ravage à sa solitude et à sa démence. Malgré son allure calme, morose, ce corps de femme servait d'incarnation à un être sanguinaire, né pour se battre, naturellement enclin à la violence. Et il était impossible pour un immortel de changer ainsi sa nature… Le chaman n'avait pas osé le faire remarquer, mais il savait très bien pourquoi les immortels n'approchaient pas Ravage…
   Ce dernier, il n'en avait aucun doute, voudrait désosser tout être capable de le combattre.
 Telle était la rougeoyante.
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Message par DALOKA le Jeu 1 Mar - 23:47

Des égoïstes qui désirent voler

  Le dôme paisible de la nuit recouvrait totalement la ville d'Oreonde, uniquement percé par les étoiles et la grande lune à la découpe aussi sublime et effilée qu'un sabre. Il n'y avait à cette heure que des bruits passagers qui s'envolaient dans l'air comme des murmures vivement lâchés, évocateurs d'une vie qui durait même dans le sommeil. Parfois, au loin, on pouvait déceler quelques torches vagabondes, dont la lueur chaude et posée donnait l'impression que des feu follets errants circulaient entre les rues. La cité se transformait en une forêt mystique digne des druides, pleines de mystères, d'esprits errants, et de voix spectrales, et peut-être encore de danger.
  Sur les tuiles d'une maison se trouvait assise une silhouette, une jambe étendue, et une autre repliée sur laquelle se reposait un poignet ganté. La personne en habits de cavalier était une jeune femme aux cheveux noirs comme l'encre du ciel, à la figure digne bien que perdue dans ses pensées, et au regard qui cillait à peine. Ses yeux étaient d'un bleu azur profond, qui dégageait une aura presque surnaturelle, ensorcelante comme l'était celle des astres, et pourtant étaient également vifs, foudroyants. Ces yeux que l'on ne saurait ignorer quand ils se portaient sur quelqu'un étaient rivés vers la ville féerique et inquiétante avec une certaine insistance… Mais ce n'était pas à la ville qu'elle pensait.

-Alors, belle vue ?
  La voix venait d'en bas mais son regard ne bougea nullement. Au pied du bâtiment se trouvait un homme fringuant aux cheveux naturellement blancs et à la barbe finement taillée, coiffé d'un élégant chapeau. Les yeux rivés vers Cornelia, Caliburn Vinnairse portait un manteau et des gants d'hiver, mais avait également une veste étendue sur son bras. L'homme remarqua qu'elle l'ignorait et poussa un soupir qui laissa s'échapper une brume froide de sa bouche, néanmoins il persista bien vite.
-Comment es tu arrivée là haut ? dit-il, autant amusé qu'admiratif. J'ai passé la journée à te chercher.
  Finalement, Cornelia daigna baisser le cou pour lui accorder son regard. Ses paupières se baissèrent légèrement, et sur son visage apparut une certaine contraction de sa lèvre qui révélait son sentiment de culpabilité à l'égard de Caliburn, qui s'était fatigué à fouiller la ville jusqu'à tard le soir. Elle n'eut pas besoin de dire un mot, car il lui renvoya un sourire. Il lui pardonnait, comme à une incorrigible enfant.
-Allez, rentrons, poursuivit-il avant de lever le bras sur lequel reposait la veste sans propriétaire. Tu vas attraper froid ici.
  Cornelia se redressa sur ses deux jambes et marcha jusqu'à la frontière du toit avant de se laisser retomber, se réceptionnant avec aisance sur le rebord du bâtiment plus bas puis sur le sol dans une extraordinaire acrobatie qui ne dura que quelques instants, donnant l'impression qu'elle ne pesait presque rien. Elle atterrit non loin de Caliburn qui haussa un sourcil d'étonnement devant l'agilité de la jeune femme qui, maintenant qu'elle était face à lui, le dépassait de quelques centimètres par sa taille.
-Je n'ai pas besoin de manteau, fit-elle avec une pointe de fierté. Ma mère est une reine du nord, le froid ne m'abattra pas.
-Comme tu voudras,
dit Caliburn en haussant les épaules.
  Ils marchèrent tout deux en descendant vers une rue plus basse, et elle avançait à quelques pas de lui sans lui décrocher un seul mot. Les fenêtres noires ou occultées de rideaux défilaient maintenant sur leurs côtés. Caliburn aurait aimé dire que traîner seule la nuit aux heures où les gardes arpentaient les pavés était une bonne occasion de s'attirer des ennuis, cependant Cornelia aimait la nuit. Il n'aurait pas su l'empêcher lui même de sortir, et ce n'était pas ce qui le tracassait.
-Il faut que je te demande… Commença t-il.
-Tu vas me le reprocher, n'est-ce pas ? L'interrompit-elle avec appréhension. Il tourna le regard et les yeux bleus étaient rivés vers lui.
-Ce n'est pas ça, je veux entendre ta version des faits, dit-il dans un sourire avant de retourner sa tête vers la route. Tu me diras tout quand nous serons chez nous.

  Quand ils passèrent la porte des appartements du Vicomte, ils allumèrent les chandelles et la cheminée du salon pour s'offrir un peu de lumière, et Caliburn, maintenant en chemise dépourvu de son lourd manteau, s'était aussitôt attelé à préparer un morceau de viande accompagné d'herbes et de pommes de terres pour Cornelia qui n'avait pas mangé de la journée. Quand l'assiette fut installée devant elle sur la table, elle dévora le repas sans retenir son appétit d'ogre et Caliburn, qui s'était assit près du feu de cheminée, ne put s'empêcher de la regarder avec un sourire en coin en voyant qu'elle ne contenait pas son plaisir.
-Si il y a bien une chose qui ne fait aucun doute c'est que tu es vraiment un bon cuistot! Dit-elle, bien plus expressive qu'avant, alors que son assiette était maintenant vide et qu'elle passait un mouchoir sur sa bouche.
-Je sais, accepta t-il le compliment. Il n'admettait pas en public être doué à une chose si triviale. Mais à présent que je t'ai préparé un dîner, tu dois me dire ce que je dois savoir !    
-Je suis ton obligée, admit-elle en reposant le mouchoir. Dans ce cas!.. Voilà comment j'ai donné une leçon à ce prétendu chevalier.

  Cela s'était déroulé au matin, quand le givre hivernal venait de fondre et que la terre sous les sabots de son cheval en était humidifiée. Elle ne faisait que revenir de sa balade quotidienne dans la campagne et, sur la route qui la menait vers la ville, elle aperçut un cavalier et sa bande piétonne entourer une charrette où se trouvaient un voyageur en veste brune ainsi que sa famille constituée d'une femme et d'une fille. Cornelia, qui approchait sur sa propre monture, ne put résister à sa curiosité quand elle entendit des bribes de leur dialogue qui s'échauffait. Le cavalier était un homme  n'ayant pas plus de trente ans, habillé d'un beau pourpoint et à la ceinture décorée d'une épée, visiblement quelqu'un de haute condition, et il semblait réclamer à la famille un paiement pour avoir l'autorisation de passer.  Il jouait entre autre les chevaliers gardiens de ponts, mais il n'y avait pas quelqu'un d'armé en face de lui. L'étranger semblait pour le moins perdu  et tentait de négocier un autre moyen de régler les choses, mais le noble était intransigeant. Même si son ton était calme et confiant, il signifiait bien qu'il était capable de le passer à tabac, ou même d'enlever sa fille pour s'amuser avec, car il portait à cette dernière des regards lourds de sens et quelques remarques entre la galanterie et la désobligeance. Il semblait à l'aise, et ses compagnons à terre tout sourires, comme d'une manière faussement rassurante.
  Cornelia apparut alors, le soleil du matin dans le dos, interrompant l'entretien en faisant avancer sa monture près de celle du chevalier. Elle avait la figure haute et le regard plein de jugement. Les bandits se posèrent eux des regards pleins de questions : pourquoi intervenait-elle ? Connaissait-elle ces gens ? Mais leur chef releva lui ses sourcils blonds, et lui adressa la parole d'une voix claire.
« C'est une affaire privée mademoiselle. Qui êtes vous pour intervenir ? »
« Cornelia De la Colline de Glace, répondit-elle de sa voix haute et forte. Et ce que je vois ressemble à s'y méprendre à du brigandage. »
« Vous m'avez l'air d'une personne respectable et de qualité, répondit-il flatteur, avant de pointer du doigt le voyageur et ses pairs. Mais ce n'est pas le cas de tout le monde ici ! Ces gens là sont des waiens, venus du sud pour installer leur commerce ici on ne sait combien de temps. »
« Et cela pose t-il problème ? »
« Voyez vous cette insigne ? S'exclama t-il, bombant le torse avec suffisance en indiquant un grade qui décorait son vêtement. Je suis chevalier et capitaine de l'armée impériale. Ces chiens démocrates ont perdu par deux fois contre notre nation, il faut leur faire comprendre aussi qu'ils n'y trouveront pas de logis sans en payer un prix élevé. Moi et mes fidèles vassaux avons des parents qui sont morts sous les coups des lances fédérales ! Ce n'est que justice. »
« Vous justifiez votre malfaisance, vous voulez dire, fit sévèrement Cornelia. Ces gens ci présents n'ont pas à payer pour les crimes de leur concitoyens. »
« Voilà de belles paroles ! Mais ma chère soyez assurée que si je pouvais avoir ces coquins de soldats je leur tordrais le cou, cependant, ils sont certainement eux aussi six pieds sous terre. S'exciter contre une tombe ne dissuadera pas ces gueux d'être la vermine qu'ils sont. »
« Je me moque de tout cela, fit Cornelia avec une inflexible fermeté. Ce que vous faites est mal et vous vous attribuez des droits que vous n'avez jamais eu. Que vous vouliez de l'argent, défouler votre colère, ou juste obtenir des services gratuits d'inconnus, vous ne le ferez pas sous mes yeux. »
  Le chevalier réprima un rictus qui signifiait son profond agacement. Ses amis ne souriaient plus, et semblaient même prêt à forcer la digne jeune femme à descendre de sa monture, chose dont ils auraient été bien incapables.
«Ne vous croyez pas toute permise ! S'exprima le grand bandit en laissant parler sa colère. La rapière noire à votre ceinture ne me fait pas peur, et je vous aviserais de passer votre chemin. »
« Je vous défie de m'y forcer. »

  Sur ces mots, les deux cavaliers tirèrent leur épée sous le regard admiratif des bourgeois waiens et des brigands. Leurs montures s'éloignèrent lentement, alors qu'un vent glacé faisait flotter l'herbe dans l'air, n'égalant pas le frisson qui passa dans le corps des spectateurs en attente de ce duel d'anthologie. Le mal déguisé contre le bien insoupçonné, le riche félon contre la belle justicière. Ils se fixaient tout les deux avec l'acier dans le regard, et, avec des voix enragées, crièrent…
« En Garde ! »

-… Ca ne s'est pas vraiment déroulé comme ceci n'est-ce pas ? Fit remarquer Caliburn, qui voyait Cornelia s'emporter sur son récit.
-Herm, non, admit-elle un peu gênée.
-Reprends donc, et sans jouer la comédie cette fois.

  Elle aurait préféré continuer son beau récit mais l'honnêteté était bien plus importante. Cornelia se racla la gorge un instant pour reprendre à partir d'où il avait largement dévié des faits.
«… Et je vous aviserais de passer votre chemin. »
  Entendant ces paroles qui provoquaient sa fierté, Cornelia aurait en effet désiré dégainer et proposer au chevalier de régler ça aux armes. Mais sa main se paralysa au contact du manche de sa rapière, et elle ne put se résoudre à la saisir. Sans doute pouvait-elle se dire que le félon n'accepterait pas de duel, et se livrerait dans un combat inique, cependant la vérité n'était pas là… Cornelia avait peur. Peur d'utiliser cette épée. Alors, quand ses doigts se serrèrent en un poing, elle fixa l'autre cavalier et ses lèvres bougèrent, prononçant une incantation dans un silencieux murmure. L'homme sursauta d'effroi et sa monture paniqua si fortement qu'il chuta à terre, renversé par la force du mouvement et sa perte d'équilibre. Car pour lui, mais aussi pour tout ses camarades, Cornelia paraissait maintenant entourée de serpents aux regards enflammés, elle même comme un cavalier de mort recouverts de plumes grasses et noires, et sa monture crachant du souffre infernal depuis ses narines.
« Partez. Maintenant. » Dit la créature de milles voix d'outre tombes. Le chevalier, maintenant dépourvu de dignité, joua de ses bras et jambes pour ramper au sol à reculons. Ses camarades avaient les armes au poing et les gardaient inclinées vers la chose tout en reculant eux mêmes, quand à leur chef, on aurait dit qu'un spectre avait touché son cœur d'une main glacée. Il pouvait sentir courir sous sa tunique des cafards, et se releva d'un bond, paniquant en déboutonnant son habit.
«Grands dieux ! Pleura t-il, son épée dégainée lui semblant impuissante face à cela. Cessez ! Cessez de suite ! »
« Seulement si vous jurez de rentrer chez vous. »
« Je le jure ! Ordonnez à vos bêtes de se retirer ! »
  Le sortilège d'illusion s'estompant, et le chevalier suait toute l'eau de son corps, touchant sa poitrine pour s'assurer que tout était de nouveau normal. C'était de nouveau une femme, le regardant de haut, qui lui faisait face.
« Vous ne vous en tirerez pas ainsi, sorcière! S'irrita t-il d'un coup, le visage déformé de rage. Pensez vous que c'est là le rôle des démons de rendre justice ? Je préviendrai les autorités. Je préviendrai l'inquisition ! Les honnêtes gens ne sauraient tolérer que des hérétiques fassent leur loi ! »
  Il remonta vivement sur son cheval, et fit comprendre d'un geste sec du menton à sa bande qu'ils se retireraient. Au trot, ils retournèrent à l'intérieur de la ville, néanmoins le regard plein du fureur du noble exprimait bien sa rancune. Il n'oublierait pas cette matinée.

  La famille bourgeoise remercia la jeune femme, bien que n'ayant pas compris grand-chose à l'effroyable magie qui s'était pourtant déroulée sous leurs yeux sans les affecter. On lui proposa même de l'argent en guise de reconnaissance. Mais Cornelia n'en avait cure, et son expression ne se prêtait nullement à la réjouissance. Maintenir son sort sur un groupe était assez éprouvant, et les paroles de l'homme résonnaient encore dans son esprit pris de migraines. Ainsi, elle quitta également les lieux sans demander son reste. Malgré la noblesse de son acte, Cornelia se sentait humiliée et portait en son cœur une profonde honte de l'usage qu'elle avait fait de sa magie. C'est pour cette raison qu'elle erra en ville jusqu'à même la tombée de la nuit…

-… Et où est la partie de l'histoire où tu ramène mon cheval avant de t'éclipser sans te faire remarquer ? Intervint de nouveau Caliburn.
-Ne m'interrompt pas pour un détail! S'énerva la jeune femme. J'ai presque terminé.

 Elle erra ainsi en ville jusqu'à même la tombée de la nuit, recherchant la solitude pour converser avec. Alors que les rues se vidaient de plus en plus des habitants gagnés par la fatigue, Cornelia décida de grimper sur un toit, car la ville ne lui semblait plus si différentes des forêts glacées de Nurenuil, et observa Oreonde de haut comme pour en mieux saisir la substance. Mais elle ne put rien trouver, même alors que le monde se colorait de teintes sombres : elle ne pouvait, en le voyant, que plus fortement penser à ce qui agitait son âme.
-La suite, c'est que tu me retrouve sur ce même toit.
-Tu as l'art de t'attirer des ennuis,
soupira t-il.
-Je ne pouvais pas tolérer ce qui se déroulait sous mes yeux !
-Il pourrait cependant mettre ses menaces à exécution… Je ne pense pas que cela aura de grandes répercussions, tu n'as fait que l'effrayer, mais tu t'es également faite des ennemis et ceci a fait du bruit en ville.
-Tu me le reproche bel et bien !
-Oui je le reproche,
appuya Caliburn avec une sévérité qui n'était pas chez lui habituelle. Tu ne peux pas foncer dans le tas quand quelque chose t'énerve, surtout si tu ne peux pas dégainer ta rapière. Il y aura toujours des méchants et la loi ne récompense pas vraiment ceux qui font justice eux même… Pourquoi veux tu toujours agir ainsi ?
-Tu le sais très bien !
S'exclama Cornelia, furieuse, bondissant de sa chaise et frappant la table de sa paume. Je suis née pour cela. C'est ce que ma mère m'a apprise, et c'est la chose la plus importante qui me reste d'elle ! A quoi bon si je suis capable de voir des méchants agir comme bon leur semble sans réagir ? La loi ne suffit pas, elle agit parfois trop tard, ou bien jamais, c'est pour ça que je dois devenir un héros !
  Cornelia passa sa main dans une des poches de son vêtement, et posa avec violence sur la table un étrange morceau de métal. C'était la moitié d'un masque de fer, qu'elle gardait toujours avec elle. Il représentait un regard plein de malice ainsi qu'un large et effrayant sourire, rendu plus perturbant encore par sa division. Le regard frémissant, elle pointa du doigt cet objet que Caliburn connaissait déjà.
-Mon père, celui qui portait ce masque, était un monstre. Ma mère m'a dit qu'il se moquait des autres, qu'il ne vivait que pour lui, et tuait même pour son bon plaisir, c'est le genre d'homme qu'il était et il a sans doute tué plus de gens que je n'en ai sauvé ! La rapière que je possède a massacré des innocents, je DOIS rétablir l'équilibre. C'est ce que l'on m'a appris.
-Pourtant tu as peur d'utiliser le Blackbec.

  Cornelia serra les dents et les poings, avant de retomber sur sa chaise. Il disait vrai. La perspective de porter une arme qu'elle voyait tâchée d'autant de sang était réellement épouvantable… Que faire si elle ne réussissait pas à accomplir son devoir et devenait comme lui ? Elle avait honte de faire preuve d'autant de faiblesse, mais son corps se tétanisait chaque fois que la lame quittait sa ceinture.
-Je n'y peux rien ! Dit-elle, prenant sa tête entre ses mains. Mais cela ne doit pas m'empêcher de faire ce que je dois faire. Ce n'était qu'un petit méfait, mais qui arrêterait les meurtriers ou les violeurs ? Qui arrêterait les gens les plus corrompus ? Personne ! Je ne peux compter sur personne d'autre, et personne n'a arrêté mon père !
-Tu parle de tes parents, mais pas de toi. Qu'est-ce que TU veux ?
-Ce que je veux n'a aucune importance, Caliburn ! Je n'ai pas envie de ressembler à ceux qui ne font que ce qu'ils désirent !
-Dans ce cas, cela ne te posera pas de problème si je te dis que ce que tu devrais réellement faire si tu étais raisonnable, c'est rester dans le rang.
-Espèce… de…
Enragea Cornelia, les lèvres tremblantes, avant d'exploser. Comment oses tu me dire ça, toi le libertin qui n'écoute jamais rien à rien ! Avant de tenter de me protéger tu devrais te regarder dans la glace. Je ne serais pas oisive comme toi !
  Se levant, elle se précipita vers les marches qui menaient à l'étage, et Caliburn se leva pour tenter de la rattraper. Elle était trop rapide, et déjà en haut de l'escalier, elle le pointa du doigt le vicomte, l'air le plus accusateur du monde. Sa voix impérieuse se souleva.
-Je te méprise !

  Elle disparut, et l'on ne tarda pas à entendre le violent claquement de la porte de sa chambre. Caliburn, renonçant, retourna alors au salon. Elle avait laissé sur la table la moitié de masque qui semblait elle presque se moquer de la situation, et Caliburn la saisit un instant dans sa main, soulevant le demi visage au niveau du sien pour l'observer. Cornelia gardait ceci avec elle, même si c'était un symbole de douleur. Cela lui rappelait d'où elle venait… Oui, ses origines étaient pour elle sacrées. C'est pour ça que quand elle devait se présenter, elle clamait haut et fort son nom : Cornelia De la Colline de Glace.
-Tu as manqué de tact Caliburn, se dit-il en se grattant l'arrière de la tête, sur un ton de reproche. Il va te falloir rattraper ça.

  Quand la lumière du jour regagna la ville et passa à travers le verre de ses fenêtres, Caliburn, du genre matinal, était déjà éveillé, installé un livre à la main. Les bruits qu'il attendait, des pas timides qui se faisaient entendre sur le bois, ne tardèrent pas à venir. Cornelia se présentait à l'entrée de la salle, sans baisser les yeux, mais les deux mains dans le dos comme si elle cherchait un endroit ou les garder en place. Une fois de plus, elle était pleine de honte quand à son comportement.
-… Je ne pensais pas ce que je disais hier Caliburn. Je m'en excuse.
-Je t'ai blessée après tout, et je le comprend,
dit-il, fermant son livre avant de se lever.
-Par contre tu es vraiment un libertin obstiné ! Je voulais juste te dire que je ne te méprise pas pour ça.
-Je sais ce que je suis. Et toi ? Tu vas devenir une héroïne sans oser manier ton épée ?
-Tais toi donc ! J'y arriverai, mais… Je ne sais jamais réellement si j'ai raison d'agir. Si j'ai raison tout court !

  Cornelia marcha vers la table et y récupéra le masque de son père, qu'elle fourra de nouveau dans sa grande poche comme un étrange porte bonheur. Elle eut alors un air songeur un instant, et une allure triste sur ses yeux azurs.
-Lily, la fille qui a tué ma mère… Avait l'air si convaincue d'avoir raison. Ses actes sont tous ceux de la justice. C'est ce qu'elle m'a dit. Il n'y avait aucun doute en elle, absolument aucun ! Alors j'ai peur moi aussi… De n'être pas mieux qu'une criminelle en faisant justice moi même.
-Pourquoi alors ne pas renoncer ? Tu peux avoir une vie stable ici, tu es jolie, cultivée, et forte. Si tu le désire jamais tu n'auras d'ennuis. Tu peux te marier et devenir puissante, tu peux devenir militaire et monter en grade, tu peux aller à l'Académie d'Axaques et être une grande mage, tes possibilités sont immenses ! Pourquoi justicière ?
-Tu le sais très bien,
s'agaça Cornelia dans un mouvement de tête qui fit balancer ses cheveux noirs. C'est ce que ma mère a vu dans les étoiles du sud, avant même de me porter en elle. C'est ce pourquoi j'ai grandi.
-Bon
, fit d'un coup Caliburn en posant son livre sur la table dans un geste puissant. Si tu veux que je te pardonne, tu vas devoir m'accorder une faveur ! Mets ta tenue de domestique, j'ai quelque chose à te montrer en ville.

  Et Cornelia ne démordait jamais quand elle devait se faire pardonner aux yeux de quelqu'un même si c'était elle même. Elle accepta sans aucune hésitation de le suivre dans la ville, ceci jusqu'à un lieu qui ne lui était pas vraiment familier. Une belle maison, guère bien éloignée de la leur car aussi dans les hauts quartiers, à l'intérieur d'une clôture métallique et entourée d'un petit jardin qu'un homme entretenait à l'instant. Debout devant le portail avec Cornelia en robe noire et blanche à ses côtés, Caliburn croisait les bras dans un sourire confiant.
-Je ne crois pas que tu connaisse l'habitant de cette maison… S'interrogea Cornelia. Que faisons nous ici ?
-Comme tu l'as dit j'ai tendance à faire un peu comme je l'entend, et je vais te le montrer aujourd'hui.
 De sa main gantée de soie, le vicomte vint sonner la cloche de la maison. A la fenêtre de la facade, ils purent voir une silhouette, qui aussitôt disparut après les avoir brièvement observés. Peu de temps après débarquait quelqu'un que Cornelia reconnut fraîchement : le chevalier du brigandage ! L'air fâché, mais également fort surprit, il sorti de sa maison pour les rencontrer à l'autre bout du portail noir encore clos.
-La sorcière à l'épée noire !… Que me voulez vous ? Grogna t-il avant de se tourner vers Caliburn, et vous, qui êtes vous ?
-Je suis le Vicomte Caliburn Vinnairse,
dit-il en ôtant son chapeau avec politesse, ce qui révéla ses cheveux blancs et fit d'un seul coup ravaler sa salive au chevalier. J'ai entendu dire que vous aviez eu un accrochage avec ma protégée.
-Votre protégée, monsieur ?…
  Il se faisait maintenant bien plus poli. Compréhensible puisque Oreonde était sur le domaine dans la famille Vinnairse qui en était presque propriétaire.
-Ma domestique en effet. J'ai entendu dire que vous l'aviez offensée.
  Car cela n'était pas exact, Cornelia voulut intervenir, et Caliburn leva la main pour l'en dissuader. Sentant la situation corsée, le chevalier mima étonnement.
-Offensée, moi monsieur ?
-Parfaitement ! Vous l'avez insultée de sorcière et de diablesse, hors, je ne saurais tolérer une telle chose.
-Il y a peut-être méprise, c'est elle qui m'a agressée, et dans ma colère je n'ai pas su peser mes mots…
-Pas de ça avec moi ! Il y a eu une faute et elle sera payée.
-Très bien, très bien !
Céda t-il. Entrez donc, réglons ceci à l'amiable.
-Vous faites erreur,
dit le vicomte en s'avançant, attrapant de sa main un des barreaux du portail en serrant le poing. Son visage faisait face à celui du chevalier. Je ne suis pas venu ici pour négocier, et je ne suis pas venu ici pour vous traîner en justice. Je suis là… Pour vous battre à mort !
-… Pardon ?
  Cornelia était frappée d'un même étonnement. La violence n'était pas le fort de Caliburn ni son moyen de résoudre les problèmes, et il n'avait pas le physique pour cela non plus. Elle était certaine de le vaincre à l'escrime, au poing et à la lutte. Pourtant Caliburn ne démordait pas, et l'expression pleine de colère et le regard brillant de détermination, pointa du doigt l'homme à travers le portail.
-Vous m'avez bien entendu ! Sortez donc de là, et réglons ça ici, à main nue !
-Ce n'est pas une mauvaise auberge, monsieur, c'est une blague…
-Ai-je le visage d'un homme qui plaisante ? Allez ! Si vous êtes un vrai gentilhomme vous ne partirez pas la queue entre les jambes. Je vous attend !


  L'air étonné, le concerné ouvrit son portail et émergea de son domaine. Peut-être n'était il pas spécialement valeureux mais il ne mentait pas en disant être un militaire. Même si il faisait tout juste la taille de Caliburn, il était visiblement plus robuste, et le vicomte qui même si il était loin d'être maladif avait plutôt la réputation d'un beau parleur ne faisait pas le poids. Cornelia ne comprenait pas pourquoi il faisait cela et en était inquiétée, mais elle savait qu'elle ne pouvait pas l'interrompre. Démontrant définitivement son sérieux, il ôta ses gants de tissus blanc pour les fourrer dans la poche de sa veste, tandis que le chevalier semblait lui, non pas effrayé, mais plutôt gêné à l'idée de devoir se battre contre le jeune frère du Comte de la région en personne.
-Allons, en garde ! Fit Caliburn en levant ses poings devant son visage.

  Il passa à l'attaque, et le chevalier interrompit son poing du bras. Il n'était pas meilleur boxeur mais était doté d'une robustesse et de réflexes élémentaires qui lui donnaient un certain avantage, ainsi il endurait sans trop de mal les coups de Caliburn. Mais il ne répliquait pas. A vrai dire il avait l'air de se demander comment avait il débarqué dans une situation pareille. Finalement, il se décida à répliquer d'un coup de poing qui fit mouche directement dans la mâchoire de Caliburn, qui repartit immédiatement à l'attaque. Même s'il se défendait, le chevalier était hésitant et même un peu maladroit, tout le contraire de son adversaire qui faisait preuve d'une volonté jamais vue. Il finit frappé sur le côté du visage, près de l'œil gauche, et Caliburn frappa si fort qu'il sentit presque son poing céder sous la puissance du coup. Pourtant, il en donna d'autres similaires à la joue et au menton. Cornelia elle non plus ne comprenait pas ce qu'il se passait. Le Vicomte avait quelques bleus, et le soldat était maintenant presque en sang. Caliburn, qui n'avait que peu de préoccupation pour des règles, se mettait à lui donner un coup de coude en plein dans les dents, le faisant reculer vivement. Le chevalier vint porter une main à sa bouche d'où s'écoula une bave rougeâtre, mais reçut un coup de poing dans le nez suite à cet instant d'inattention.
-Alors ! Fit Caliburn, pourpre comme un fruit rouge et pris de violents d'essoufflements. Il titubait un peu. C'est tout ce que vous avez ?
-Grâce ! Je m'excuse mais cessons cela !
S'exclama le soldat blessé, frottant les parties endolories de son précédemment noble visage. N'êtes vous pas satisfaits ?
-Oui…
Dit-il t-il avant de reprendre son souffle dans une grande et longue inspiration. Vous voir ainsi me suffit. Mais sachez que cette femme, il la pointa du doigt, cette femme a été clémente de ne pas vous laisser dans un pire état. Que je ne vous revoie plus !

  Ainsi, il se pressa de rentrer chez lui, en ayant visiblement plus qu'assez de cette journée. Cornelia ne put s'empêcher d'éclater de rire tant la situation était absurde et ridicule.
-Grands dieux, dit Caliburn en observant ses mains rougies qui lui lançaient des éclairs de douleur. Je n'ai pas frappé ainsi depuis que j'étais très jeune… J'aurais du me souvenir que cela pouvait faire aussi mal.
-Comment est-ce possible ? Dit Cornelia qui se remettait tout juste de son hilarité. Tu ne te bats jamais.
-Peut-être, mais je suis plusieurs échelons au dessus de lui sur l'échelle sociale. Il n'a jamais frappé aussi fort qu'il le pouvait. Il n'a pas osé. On ne frappe pas un haut noble à mains nues, et surtout pas au visage !
-Mais… C'est une stratégie lâche !

-C'est plus un pari qu'une stratégie, dit il en ajustant son chapeau. Il aurait put autrement me maîtriser ou n'en avoir rien à faire. Je suis content qu'il ait renoncé avant de se sentir en danger, en vérité ! Quand à la lâcheté… Eh bien je ne fais qu'exploiter mon statut, comme lui. N'est-ce pas vrai ?
-C'est peut-être une bonne vengeance, cependant je ne comprend vraiment pas pourquoi tu t'es battu, quand tu pouvais régler la situation de bien d'autres manières. S'il fallait le battre tu aurais pu me laisser faire.

-Cela aurait été plus raisonnable, admit il. Cependant ! La vérité, c'est que je voulais lui enfoncer mon poing dans la figure. Et je suis content de l'avoir fait, non pas pour toi, mais pour moi même. Comme tu l'as si bien dit, j'ai tendance à faire ce que je veux et à parfois oublier les conséquences. Si j'étais raisonnable je serais déjà marié, et j'assisterais mon frère dans le développement du comté,  mais malheureusement je ne peux accomplir quelque chose que si je le désire réellement ! Je suis irresponsable comme ça.
  Toi, en revanche, tu es mon amie. Alors il y a une chose que je veux te faire comprendre, c'est que si tu dois faire n'importe quoi, ignorer la loi, ignorer le bon sens, tu dois désirer faire ce que tu fais de toute ton âme ! Ce que tu veux faire… C'est quelque chose de dur. Si tu n'as que ton sens du devoir et ta culpabilité, tu te détruiras, et c'est hors de question que je te laisse faire. Il y a donc une chose dont je veux réellement être certain Cornelia… Est-ce que tu veux être une justicière ?

  Elle n'avait jamais réellement songé elle même à ce qu'elle désirait. Tout n'était qu'une évidence qui coulait dans son sang et dans les astres du ciel, c'était son destin, sa responsabilité. Mais peut-être ceux qui désiraient agir pouvaient tout de même être justes… Et peut-être même était-ce ce désir qui leur permettait de pousser leurs actes jusqu'au bout. Cette volonté qui permettait d'outrepasser la loi. Cette puissance…  qu'elle aussi, avait.

-Oui, je le veux !
Prononça t-elle hautement et avec détermination, serrant les poings.
-Est-ce que tu désire te battre pour ce en quoi tu crois juste ?
-Oui !
-Est-ce que tu aime voir les crapules punies pour leur méchanceté ?
-OUI !
-Alors, Cornelia de la Colline de Glace, tu peux être une héroïne ! Ca, c'est la première chose que je voulais te dire, et la seconde…

  Disant cela, il se frappa la poitrine du poing.
-C'est que le libertin obstiné, Caliburn Vinnairse, te viendra toujours en aide !


 Ils furent ainsi totalement réconciliés et rentrèrent tout deux chez eux les rires aux lèvres. Pour autant, le combat le plus de Cornelia n'était en rien achevé, mais Caliburn avait affermi la détermination de la jeune femme. Il savait très bien sa force et était convaincu qu'elle surpasserait tôt ou tard ses problèmes, pour devenir ce à quoi elle aspirait véritablement, et peut-être plus tôt que lui même ne l'imaginait...

  Cependant, peut-être ne s'attendait-il pas à être réveillé au beau milieu de la nuit. Alors qu'il avait, après cette longue journée, trouvé paisiblement le sommeil dans les draps de son lit quand presque aucune lumière ne perçait à l'intérieur de sa chambre. Arraché de ses rêves par des bruits agités, il souleva ses paupières qui semblaient crier grâce, et aperçut debout la silhouette de la jeune femme ainsi que ses deux grands yeux bleus qui manquèrent presque de l'effrayer.
-Qu'est-ce qu'il y a Cornelia ? Fit-il avec fatigue, prêt à s'endormir en un instant. Même pour moi il est tard…
-Caliburn, j'ai trouvé !
S'exclama t-elle avec engouement. Une solution !
-Superbe, tu me la diras demain. Sur ce, je rêvais d'être dans les bras de trois belles scarraths parfumées et j'ai ma foi hâte d'y retourner…
  Cornelia ne l'entendit pas vraiment de cette oreille et d'un grand geste, tira les draps et les couvertures, forçant le vicomte à sortir de sa torpeur au contact du froid de l'air qui ne saisissait nullement la femme en robe de chambre.
-Est-ce une manière pour une domestique de traiter le maître de maison ? Râla Caliburn malgré l'enthousiasme de son amie.
-C'est moi qui fait les lits, alors pourquoi pas prendre ça avec moi et te laisser sans couverture ?
-Je suis pris en otage par ma bonne…
Gémit-il en se redressant pour s'asseoir sur son matelas. Bon, je suis éveillé à présent alors je peux bien t'accorder du temps. Que voulais tu me dire ?
-J'ai pris une décision. Observe.

  Elle leva son bras droit, au bout duquel un long trait d'ombre allongeait sa silhouette. La rapière de Birkiel Beghilionne, son père, se trouvait à son poing fermement serré sur la poignée, et Cornelia se plaça dans une position d'escrime comme pour faire la démonstration de sa réussite. Même dans le noir, on pouvait voir que la lame nue tremblait.
-Si je fonçais dans les ennuis comme je l'entend, je nous causerais forcément des soucis à tout deux. Mais il y a une solution à ça. Jadis, mon père se faisait appeler la Plume Noire. Personne ne savait réellement s'il était héros, meurtrier, ou voleur, mais tous étaient effrayés comme fascinés par ce nom. Voilà ce qu'était Birkiel, et tout monstre qu'il fut, il est mon père. Je vais utiliser sa force ainsi que son nom, pour ma propre volonté, et pour cela je dois également devenir un corbeau. Tout comme je dois devenir la sorcière, ainsi que le démon. Personne ne saura que je suis Cornelia car c'est le jour fini que je serais La Plume Noire, frappant comme une ombre. Et ils auront peur d'un humain, seul. Car je ne ferai qu'un avec la nuit, et dans mon envol leurs cauchemars prendront vie.
-C'est bien quelque chose qui te ressemble. Très théâtral.
-Théâtral ! C'est le mot… Mais il me manque encore quelque chose.
-Un costume ?
-Un costume. Et je sais que tu connais les meilleurs tailleurs du pays.
-Intéressant,
dit Caliburn en se relevant de son lit, allant ouvrir les volets de sa fenêtre pour observer le ciel. Les nuits seront longues.
-Elles le seront. Mais je sais que je ne suis pas seule.
-Et je sais que je ne risque pas de m'ennuyer avec toi.


  Au delà du demi volet s'étalait l'étendue de tuiles et de pavés. Calme mais effrayante, superbe mais agitée. Sous le dôme nocturne qui exaltait la liberté des hommes et des femmes pouvaient se produire milles actions inconnues, milles vols, milles amours, milles violences. Même pour ceux qui étaient éveillés et marchaient sur les pavés rendus froids et bleuis par l'heure, le monde était comme dans un rêve, transformé. Un monde de criminels, de démons et de sorcières, un monde de rêveurs où s'envolait un corbeau qui, de ses yeux perçants de rapace, observait la teinte sombre de l'univers comme son gardien, et comme son enfant.
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Message par DALOKA le Dim 8 Avr - 21:20

Le Gardien Solaire

Une immense masse d'écailles blanches. Un véritable mur semblable à un glacier. Voilà ce que le commun des mortels voyait quand il se trouvait face à Basileus. Car d'aucun ne vit durant son existence de créature plus formidable et plus dangereuse, même les rois et les héros ne pouvaient se permettre telle vanité.

  Pourtant, même lui dormait, et même rêvait. Ces songes longs et complexes ne pouvaient que difficilement être comparés à ce qui habitait les nuits des tête mortelles. Tout au plus, l'on pouvait se représenter ceci comme un voyage mental, et dans un esprit si grand, cela était une trop grande odyssée pour qu'un homme en revienne.
  En vérité le dragon ne perdait pas son temps dans ce sommeil. Ce rêve, qu'il nous serait impossible d'envisager dans son exactitude, était comme un autre plan de ce monde, où l'ancienne bête tenait alors une conversation. Une longue, pénible, et alambiquée délibération. Une délibération d'autant plus futile que Basileus en savait déjà l'issue, tout comme il savait déjà ce qu'il aurait à accomplir. Cette conversation ne se déroulait d'ailleurs pas maintenant, ceux qui lui confièrent sa tâche ne prenant guère la peine de répéter les communications, chose pour eux complexe et contre productive. L'Echange existait depuis longtemps dans son esprit, comme un coffre dont la clef ne pouvait s'utiliser que quand enfin son contenu devenu nécessaire. Cette infinité de coffres incluaient toutes les possibilités, calculées il y a bien longtemps, et tout ces débats qu'il avait déjà entendu aboutissaient à la conclusion qui lui donnerait l'ordre à exécuter.
   Toute cette connaissance des futurs possibles était verrouillée dans les parties de son esprit où sa conscience ne saurait accéder, pour que ce savoir ne soit su que quand la possibilité à l'étude ne se produise dans cette réalité. Même sa conscience si puissante ne saurait supporter tout ces possibles, et l'existence d'un tel être sur ce monde serait de toute façon problématique, faussant tout ces résultats.
   La discussion avec les silhouettes informes et les voix désincarnées s'acheva sur l'inévitable conclusion, et la séance fut levée. Les êtres aussi froids et transparents que le vide disparurent, les nébuleuses et les grésillements de lumières leur servant de robe de juge disparaissant dans le flot de l'esprit du dragon.

   Tiré de son sommeil, Basileus ouvrit son œil vert et leva son long cou vers la voûte céleste, déjà complètement éveillé. Le labeur n'avait jamais été son fort, et il préférait de loin le rôle d'observateur passif dans lequel il s'était conforté tout ces millénaires durant. Quand il observait le monde terrestre avec tout l'intérêt et la curiosité dont il était doté, le dragon comprenait bien qu'il n'avait nulle place dans ce monde. Cela ne lui posait pas de problème. Il était satisfait de laisser les choses évoluer sans intervention supérieure… Et c'était cela précisément qui le galvanisait ici à agir.
  Le Dragon étendit ses larges ailes à la membrane brillante comme le verre, et en un battement qui fit trembler tout le toit du palais impérial, quitta l'Exaccus. Une fois élevé dans le ciel, l'être immense vola vers le sud du continent. Un voyage bref en faisant usage de ses pouvoirs pour multiplier sa vitesse, chose rendue aisée par l'extraordinaire résistance de son corps. S'éloignant de la capitale, il s'accéléra progressivement de manière extraordinaire, ceci jusqu'à devenir un immense trait blanc qui parcourait le ciel comme une comète, transperçant les nuages sur son chemin.

Et au sommet de sa montagne, Ravage l'attendait, dressée comme une statue dans son apparence de mortelle à la chevelure rouge en haut chignon et dans des atours d'empereur d'orient, les deux yeux écarlates rivés vers le ciel. Derrière elle se dressait le temple en ruine qui lui était dédié ainsi que l'immense tombe de pierre où elle avait trouvé le sommeil. Les neuf colonnes brisées s'élevaient avec arrogance vers les nuages malgré leur piteux état, sommets du mont solitaire et escarpé. Le calme de la montagne, parfait, était si solennel que le vent même semblait gêné de siffler… Tout Hiranyakashipu était plus que le territoire de Ravage, une vie qui respirait comme une extension de son être.
   C'est dans une explosion de poussière devant elle que ce calme fut troublé. L'air dégagé par l'impact souleva les débris et repoussa l'air, faisant flotter les pans de la large robe de Ravage, qui semblait inamovible parmi ce chaos et ne cilla pas même un instant. Dans le nuage de pierre rouge qui se dissipait lentement se déplia l'immense dragon dont la gueule était assez large pour engloutir une dizaine d'hommes. La figure toujours stoïque et le regard absolument fixe, Ravage esquissa sur son visage un léger sourire.
-Ainsi tu es enfin venu, dragon.
-Quel honneur que ma présence te ravisse, rougeoyante, répondit-il de sa voix grondante avec un sarcasme sec. Comme le veut le code, je dois t'avertir des raisons de ma visite : tu sais d'ores et déjà que les catastrophes causées par ta présence dans l'histoire ne sauraient être énumérées…. Mais ce qui dérange mes autorités est ton désir de mort. Si jamais les mortels trouvaient un artifice pour altérer l'existence des immortels…Mon devoir serait d'anéantir la civilisation avant qu'ils ne représentent un danger pour l'équilibre imposé. Je ne veux pas me résoudre à cela, mais ton désir encourage leur recherche, comprends tu ? Les choses doivent cesser. Quitte ce monde, ou interrompt ton projet et ne quitte plus jamais cette montagne.
  Basileus était direct. La condescendance amicale qu'il proposait aux mortels n'était plus, et il n'hésitait pas à appuyer ses propos d'une autorité tonnante. Cependant, Ravage ne fut nullement secouée par ces dires. A son regard, il ne semblait même pas qu'elle en eut écouté un seul mot.
-Converser ainsi ne me convient nullement, soupira d'une voix presque inaudible l'être avant de tracer un demi cercle de chacun de ses mains pour qu'elle se rejoignent paume contre paume comme pour une prière. Le sol frémit un instant et sous les pieds de la femme, perçant la terre, apparut la tête d'un immense cobra noir dont les écailles avaient une allure métallique. Le reptile, émergeant du sol, dressa son cou vers le ciel et Ravage, debout sur son crâne, était à présent au niveau des yeux de Basileus. Une langue noire au reflets d'acier surgit un instant de la bouche du serpent, dans un sifflement semblable à un immense grincement de métal.
-Nous pouvons maintenant t'observer avec l'égalité qui convient à cet entretien. J'ai bien entendu tes paroles, quoique je les aies déjà anticipées moi même. Ma réponse est cette dernière : ces automates ne m'intéressent pas. Pas plus que leur volonté, eux qui sont incapables de venir en personne.
-Comprends alors que mon ultimatum est clair.
-Oh ? Cela serait-ce alors une menace à ma personne ? S'esclaffa Ravage, prenant en ses mains une des bandes rouges qui pendaient à ses boucles d'oreilles d'or.
-Tu n'es que l'ombre de toi même. Je suis capable de détruire ce corps et de te bannir, même difficilement.
-Ne pourrais tu point supprimer le mortel qui me vient en aide ? Faire de même pour tout ceux qui voudraient suivre son exemple ne serait guère coûteux non plus.
-C'est une affaire qui pour l'instant nous concerne, répondit Basileus. Te supprimer temporairement évitera dans tout les cas tout les ennuis que tu pourrais causer. Le cas de tes suivants viendra, mais je ne peux pas permettre que tu les défende.
-N'est-ce pas plutôt que mon bannissement te permettrait de ne pas avoir à tuer d'humains ?
-Peut-être. Peut-être suis-je devenu trop doux à force de converser avec des mortels, mais cela n'a aucune importance.
-Au contraire. Je trouve ton existence d'une grande tristesse… Les êtres de ta race que j'ai connu voyaient leur vie liée depuis leur naissance à la terre et à la vie qui s'y trouvaient. On arraché ce lien pour le rattacher au soleil. Je ne sais même pas si tu peux être encore appelé un dragon.
-Pourquoi cela t'intéresse ?
-De l'intérêt ? Cela est plus proche d'un constat. Je n'arrive pas à sentir ta colère, même quand tu es sur mon propre territoire. Ce n'était pas le cas des dragons de mon époque.
  C'est donc pour cela que tu dis être en capacité de me bannir. Néanmoins tu dois éprouver de la rage envers moi, cela est inévitable.
 Elle déclara ceci avec une certitude absolue. Les yeux de Ravage restaient rivés sur Basileus, voyant quelque chose qu'il était lui même incapable de percevoir. Ce regard était la seule chose qui permettait à Basileus de dire que la chose qui se tenait devant lui n'était pas humaine. Il savait que Ravage basait son corps sur celui d'une ancienne mortelle, mais il était incapable de repérer dans cette apparence l'humanité de cette dernière. Il ne pouvait voir qu'un oiseau de proie prêt à déchirer sa chair à la moindre occasion.
-Ce serait mentir que de dire que je n'éprouve aucun satisfaction à l'idée de te massacrer en effet, répliqua Basileus, un souffle ardent s'échappant avec puissance de ses narines un instant. C'était après tout l'un des meurtriers de toute sa race, et elle avait fait de cela une de ses plus grandes gloires.
-Et pourtant, n'est-ce pas hypocrite ? Fit Ravage en étendant les bras, un sourire railleur sur ses lèvres. Tu dois te souvenir de Therebor. Je m'en souviens en tout cas parfaitement : mon excellent marteau, Bali, a porté le coup final sur son crane et l'a brisé pour le laisser agonisant, alors qu'il était manié par cet humain. Therebor était plein de haine alors, envers les humains certes, mais sa dernière pensée vint à toi. Il se demanda pourquoi son frère ne l'avait pas aidé, et il te maudit ce jour  là.
  Parce que tu as voulu rester passif, que ce soit pour respecter ton désir ou les lois qui te brident, tu es dorénavant seul Basileus. Tout comme je le suis.
   Elle dit ces mots avec, dans sa voix humaine, une certaine affection qui répugna le dragon. Il était vrai qu'il aurait été en son pouvoir d'aider Therebor qui, par sa race, était bien comparable à son frère. Même si Basileus n'avait aucun regret quand à sa décision prise il y a longtemps de rester observateur et non acteur, la conscience de cela n'avait jamais été considérée sans culpabilité dans son esprit. Il rumina intérieurement en observant de ses yeux émeraudes le démon à l'apparence de femme et la bête sous ses pieds qui chacun le scrutaient avec ce regard incandescent, lui rappelant malgré tout que Ravage s'estimait être l'aînée d'entre eux, chose à laquelle il n'était guère habitué.
-Force est de constater que ton affection pour les humains est comparable à celle de Therebor pour les runerims, quand bien même s'exprime t-elle d'une manière différente, reprit Ravage. Vous êtes comme les mortels après tout des êtres nés de ce monde, cette empathie vue sous ce regard est sensée. Les dragons sont, semble t-il, finalement soumis à une sensibilité d'âme similaire.
-Est-ce moi qui affectionne le plus de nous deux les humains ? Tonna t-il avec moquerie. Je n'en revêt pas l'apparence.
  Les yeux de la la femme aux cheveux de feu se plissèrent de quelques cils, son expression devenant plus ferme un bref instant. Alors le grand habit de Ravage prit feu. Mais ces flammes était d'un rouge vif et ne semblaient pas sauvages, mais maîtrisées, dévorant le tissu comme le ferait une intelligence consciente et ordonnée.  Sous ce vêtement, le corps de la femme portait une tenue bien plus adaptée au combat que sa large robe, mais qui exposait toujours la même richesse, le même raffinement  si humain. Les bandes rouges des bijoux à ses oreilles voletaient comme des serpents, et une puissante énergie venait couler sous la peau de ses bras nus.
-Les mortels… Commença t-elle, observant un instant sa main droite. Sont des êtres faibles et capricieux. Tant que j'estime parfois que leurs yeux devraient s'incendier et leur cœurs s'arracher de leur chair quand ils posent leur regard sur moi ou mes trésors. Mais, parce que leur vie est une flamme au vent, ils ont la capacité de chérir ce que je ne tiendrais que comme une chose friable et destructible, parce qu'ils ne comprennent pas ce qui les dirige il leur est impossible de réellement prévoir ce qu'ils vont devenir et où vont ils aller.
  Ravage tourna alors les talons, marchant sur le corps de l'immense serpent noir comme  on le ferait sur un immense chemin qui serait suspendu dans le ciel. Elle ne regardait plus Basileus, et son regard rouge était porté dans le vide alors que ses pieds aux sandales dorées se posaient sur les écailles d'adamantite du monstre qui lui ne cillait pas devant le dragon, prêt à lui sauter à la gorge.
-Je déteste tout ceux qui renient leur nature de mortel et ne profitent pas de ce cadeau qui leur a été donné : la fin de l'être. Ce sont des créatures si contradictoires… Comment peuvent-elles même vivre dans le désespoir tout en étant mortelles? Leur monde s'en porterait bien mieux si tout ceux incapable de profiter de leur temps terrestre, tous sans exception, se donnaient la mort.
-Les choses ne fonctionnent pas ainsi. Chaque mortel, bon ou mauvais, causera de la peine à d'autres par sa mort. Si tout se déroulait comme tu le dis, tous seraient plongés dans le désespoir.
-Quelles créatures capricieuses, soupira Ravage sans arrêter sa traversée sur le si long corps du serpent.
-Selon notre point de vue élevé, très certainement. Tu semble uniquement considérer leur capacité à profiter de l'existence et les jalouser, mais je prend un grand plaisir à observer comment la planète elle existe dans leur regard, quels sens donnent ils à leur chair et à leur âme, et vers où leur voyage s'axe. Les mortels sont une expérience fabuleuse, même si cette expérience ne démontre cet intérêt que quand sa progression n'est pas entravée ou détournée par un être extérieur.
-Alors c'est ainsi ? Répondit Ravage avec ironie, maintenant au bout de la queue du cobra qui s'abaissa pour la laisser poser pieds sur ce sol. La terre est tel un vivarium où évolueraient ces petits êtres attachants…
  Vraiment, laissa t-elle échapper dans un rire. Ton point de vue est trop celui de ceux qui aiment s'appeler dieux et aiment que les mortels vivent pour leur bon plaisir. Tout ceci pour mener à la naissance de civilisations vides de sens, répétant encore, encore, et encore la même séquence d'événements….Voilà ce que tu gagnes par ta hauteur… Tu te demandais pourquoi j'ai une apparence humaine, n'est- ce pas ? J'ai revêtu ce corps afin d'honorer la première mortelle à avoir porté mes armes. Un être d'un foudroyant égoïsme, et qui désirait vivre par dessus tout. Un être extrême, de n'importe quelle manière qui soit, et qui désirait brûler intensément, encore plus que le soleil, précisément parce que sa vie était si courte. Si courte… Cette personne était assurément la plus ''humaine'', que j'ai jamais connue.
 Moi, je suis la rougeoyante, celle qui est née pour détruire. C'est ce que j'ai fait par le passé, c'est ce que je ferai dans l'avenir. Il n'y a pas de surprise, je ne me sens moi même que dans cet état. Il y a peut-être quelques choses dans cet univers que je n'ai pas vu, mais cela n'a que peu d'importance puisque je ne peux changer ce que je suis. Cela est comme si j'avais déjà tout vécu. Alors je suis incapable de comprendre un mortel, vois tu. Je sais comment fonctionne le système qui les maintient en vie, mais des choses comme l'espoir, l'amour, l'amitié, la haine…N'ont le sens qu'ils leur donnent uniquement quand elles sont ressenties. Cela, j'étais incapable de le comprendre jusqu'à ce qu'elle me le dise.
  C'est là que j'ai compris que je ne surpasserais jamais ce que je suis par essence. C'est là que j'ai compris que je devais mettre un terme à tout ceci.

  Sa main droite se souleva lentement dans l'air, comme pour prévenir qu'elle était prête à attaquer. Les griffes luisantes du dragon se plantèrent avec appréhension dans le sol, en attente de la moindre attaque de son adversaire qui sur ses derniers mots comptait couper court au dialogue. Les doigts claquèrent, et le cobra déploya sa collerette dans une posture agressive, se jetant sur la bête mythique qui, reculant vivement, écrasa la tête du reptile noir contre le sol. Ouvrant sa gueule aux crocs de diamants, Basileus cracha une gerbe de flamme sur le crâne d'Hiranyakashipu, mais le serpent coula dans le sol comme si la montagne était liquide, et échappa aisément à son emprise. La tête triangulaire du dragon blanc se releva vers Ravage qui, les bras croisés et les pieds sur les hautes marches de son propre temple, l'observait avec confiance alors que le serpent ressortait de la terre tout comme il y avait plongé précédemment, dressant de son corps un cercle autour de sa propriétaire tout en poussant un sifflement menaçant.
-Si tu as vraiment l'intention de me faire tomber, apporte donc quelque chose d'autre, grogna Basileus.
-Rassure toi, je n'ai nulle intention de te moquer. Au contraire, je compte utilise le plein potentiel qui est autorisé en cette ère et en ce lieu. Il n'y a plus grande manière de t'honorer, ''gardien solaire''.

  Ravage inspira longuement, et, après son expiration, leva les bras au ciel en direction de la tête du grand cobra. Sa voix se souleva alors dans un air solennel.
-Oh, Hiranyakashipu. Mon plus cher trésor, toi qui a façonné cette montagne, ramène nous en notre foyer !
  Le serpent étendit sa collerette poussa un hurlement aigu aux puissants échos métalliques, le museau et les crocs pointés vers la voûte céleste. Basileus pouvait sentir la puissance de la montagne irradier en communion avec celle de Ravage et du serpent, la poussière rouge se soulevant dans une tempête de sable, non seulement sur le pic mais sur tout le mont. Cette brume de fer qui s'étendait des kilomètres aux alentours créait comme un écran qui niait la cohésion de ce monde même. Il savait exactement ce qu'elle faisait, et savait également qu'il n'aurait pas le temps de faire tomber le serpent avant que cela s'achève.

  Les instants qui suivirent, tout ceux qui regardant dans la direction de la montagne, tout les yeux qui pouvaient voir ce qu'on appelait la tombe du plus grand des guerriers, purent découvrir un événement unique. Il se déroulait parfois, et était une véritable curiosité de la montagne. Une des raisons pour lesquelles elle était aussi riche en légende, et qui motivait de nombreux hommes à tenter de la gravir. Les érudits estimaient que cet événement singulier se produisait à cause de la forte présence de fer mais aussi d'adamantite sur la montagne et dans tout l'air environnant, une explication qui échouait totalement à saisir l'absurdité de la chose qui se déroulait actuellement.
Le soleil était rouge sang.
   Le symbole de la défaite de l'immortalité était teint par l'essence de Ravage, un pouvoir qu'elle pouvait manifester sur son territoire tout les 88 jours. Cela ne signifiait pour les humains alentours que peu de choses si ce n'est quelques effrayantes légendes, mais pour Basileus, c'était le déni même de son astre protecteur. Bien entendu, il était mieux placé que tous pour savoir que l'acte de Ravage n'était rien de plus qu'une illusion, et le vestige de sa gloire passé, mais la lumière rougeâtre qui inondait le mont semblait l'insulter. Même si cet artifice ne changeait rien à la protection divine dont il bénéficiait, son malaise était lui bien réel. L'essence de Ravage, dominant les lieux, semblait comme un gigantesque estomac qui tentait de le digérer.

  Ravage, elle, baignait dans cette lumière, et l'essence dans son corps flottait bien plus librement. Marcher sous le soleil ne pouvait pas endommager son corps mortel si elle n'utilisait pas ses pouvoirs, mais lui donnait toujours l'impression d'avoir à marcher au fin fond d'un lac. En soi, c'était pour elle bien plus désagréable que la souffrance de la brûlure, mais la lumière qu'elle avait défiguré caressait sa peau et était à présent docile.
  Cependant, ce corps ne saurait contenir plus de sa force. Si elle voulait offrir un combat à ce dragon, elle devait l'éloigner un peu plus d'elle et le rapprocher plus ce à quoi la rougeoyante, l'Ashura, ressemblait quand elle obtint le titre de Ravage.
  La femme aux cheveux rouge agita ses doigts dans un craquement organique, grandissant petit à petit, pouce par pouce, dans un inquiétant bruit de chair détruite et recréée. Elle ne tarda pas à gagner un pied de haut, et la peau de son dos près de ses omoplates se déchira pour laisser couler un flot de sang, avant qu'en émergent des os munis de doigts, qui s'étendirent comme des ailes. Progressivement, des muscles poussèrent et grimpèrent sur la longueur des os afin de former des bras. La peau suivit pour recouvrir ces membres à l'allure écorchée. Le corps de la femme était dorénavant muni de quatre bras, sa musculature fine était plus prononcée, et elle mesurait à présent plus de trois mètres de haut. Cela était pour Basileus insignifiant, mais un humain qui aurait contemplé ceci aurait vu, quand  bien même elle ressemblait encore à la femme d'auparavant malgré ses traits durcis, que cette chose était inhumaine.  
  Un souffle chaud passa entre les dents maintenant semblables à des crocs de Ravage, semblable à l'expiration d'une bête. Un des bras se tendit vers le serpent, et ce dernier vint approcher sa tête pour que la main se pose sur son museau, et alors en un instant le long corps du reptile docile se tordit comme un chiffon, rétrécissant jusqu'à prendre la forme d'une chaîne noire aux deux extrémités pointues qui vint s'enrouler autour du bras de Ravage, rétrécissant drastiquement en longueur et largeur. Les mouvements de l'arme étaient cependant toujours semblables à ceux d'un serpent,
et l'on pouvait même entendre l'objet émettre ce sifflement distordu par des bruits métalliques. Quand Ravage tendit un autre bras, en surgit alors, perçant à travers sa peau, une longue lance noire qu'elle saisit d'une main, et simultanément un cercle de flamme rouges se traça dans son dos, brillant comme un symbole de divinité.

  Ravage avait déployé trois armes : Hiranyakashipu, la chaîne serpent, Dhenuka, que les humains connaissaient sous le nom de lance de Torgos, et enfin Andhaka. Les flammes transfiguratrices, celles à l'origines de chacune de ses huit autres armes. Chacun des grands artefacts de Ravage incarnait le principe de destruction qui fondait son existence, et étaient en soi plus grande menace que le démon lui même dans son état actuel. Il n'y avait rien étant né sur terre que ces armes ne pouvaient détruire, et pour cela elles pourfendaient sans faillir les dragons. Elles n'avaient pas été conçue pour les tuer : leur puissance était simplement telle.

 D'un pas en avant, elle bougea si rapidement qu'elle ne laissa derrière elle qu'un nuage de poussière rouge. Surgissant en face de Basileus pour une attaque frontale, sa lance frappa le dragon, mais ricocha sur les écailles de son museau en n'y laissant qu'une éraflure. Remarquant l'effet de son attaque, l'entité guerrière à quatre bras fut tirée en arrière par sa chaîne qui s'était accrochée au sol, évitant la cascade de flammes qui surgit de la gueule béante du reptile blanc. La chaleur fut telle que les minéraux touchés devinrent en un instant une boue incandescente. Bien qu'amplifié par des pouvoirs fantastiques, l'enveloppe charnelle de Ravage restait ce qu'elle était : un contact direct et prolongé avec ce feu ne pardonnerait pas. Comprenant cela, elle projeta sa lance vers Basileus, mais cette dernière ne fit que rebondir sur la cuirasse et Basileus, ne daignant pas prendre une position défensive, multiplia sa vitesse à l'aide de sa magie pour foncer vers Ravage à une vitesse qui pour sa masse était incroyable. L'être à essence dut esquiver d'un bond qui la projeta dans l'air, et sa lance vola alors pour revenir dans main. D'un grand geste, elle brisa avec son fer les rochers qui étaient projetés vers elle non pas par l'impact de la bête contre la pierre mais par une sorte de télékinésie.
-Utiliser mon propre territoire contre moi, siffla Ravage en se réceptionnant avec sa chaîne sur une des colonnes du temple. Quelle impudence.
-Je crains que les pierres n'appartiennent à personne, railla Basileus en repoussant la poussière et les débris qui l'entouraient.
  Ravage plissa les yeux d'irritation devant l'insolence de la bête qui étendit ses ailes pour s'élever dans le ciel dans un puissant battement ; il n'avait pas l'intention de laisser une chance au démon de s'en sortir ni de prolonger le combat, et la harcela de gerbes de flammes qui transformaient en magma tout à leur contact. Bien sur, à l'aide de sa chaîne qui s'allongeait et rétrécissait en un éclair, Ravage put exploiter sa mobilité pour éviter ces attaques. Anticiper les coups adverses était pour elle une évidence, mais tout avait une limite : au bout de quelques temps, la chaîne serpent n'avait plus rien à saisir : les colonnes et les pics rocheux avaient été dévastés par les flammes. Cet instant bref d'étonnement quand la pointe d'Hiranyakashipu ne mordit que du vide suffit pour que Basileus s'abatte au sol avec l'intention ferme de la broyer. Il ne put rien saisir, car le démon aux cheveux rouge trouva tout de même le temps de bondir pour éviter de justesse. Mais l'impact l'avait frôlée et blessée en l'envoyant contre les roches incandescentes :  La moitié de ses os avaient été brisés par l'attaque, même s'ils se reconstituaient rapidement. Ses bras tordus se mouvaient d'une manière évoquant des insectes blessés, et elle posa un pied ensanglanté sur la terre brûlante, ne semblant guère effrayée par l'assaut. Sa chaîne l'entoura alors dans un dôme noir, parant la prochaine gerbe de flammes de Basileus qui, comprenant la futilité de ceci, se tint fermement sur ses quatre pattes avec l'attention d'arracher les chaîne de ses crocs. Le dragon n'était pas présomptueux quand il avait clamé être capable de la vaincre en plus de la bannir : le seul avantage dont elle avait fait démonstration était la vitesse, et cela ne permettait pas de rivaliser avec l'immense pouvoir destructeur d'un dragon invulnérable. Néanmoins, Ravage n'avait pas sorti toutes ses cartes. Sous la protection de sa chaîne, elle leva le bras, et une explosion de flamme rouges repoussa Basileus.
-Je dois admettre être subjuguée par ta résistance, dit-elle dans un sourire qui révélait ses poignards de dents. La résistance de tes écailles vaut l'armure de Gloire lui même. Si plus de dragons avaient été bénis par le soleil comme toi, peut-être peupleriez vous encore ce monde.

  Alors qu'il allait lui adresser une réplique piquante, Basileus remarqua que la lumière rouge qui éclairait la montagne s'était intensifiée, et leva le cou pour apercevoir neuf sphères incandescentes flotter au dessus de sa tête comme des petits soleils de flammes sanguines qui mimaient l'aberration qu'était devenu l'astre. Vomissant une hémorragie lumineuse, ces étoiles était chacune des flammes déposées par Ravage, des graines qui poussèrent grâce à l'omniprésence de son essence dans l'environnement. Les comètes, sous un claquement de doigt de Ravage, filèrent vers elle et Basileus,  produisant une explosion apocalyptique qui souleva une colonne rouge de flammes, engloutissant l'entièreté du pic.

   Ce pilier de lumière fut vu par tout ceux qui, au moment de cet affrontements, portaient leurs yeux sur la montagne. Avec effroi ils virent que le soleil rouge qui parfois pointait au dessus du mont était accompagné de cette monstruosité qui se soulevait vers le ciel. Certains prièrent leurs dieux, et d'autres observaient avec fascination, mais tous étaient capable de saisir pourquoi l'accès aux environs de la montagne leur avait été interdit.

   Ce pic quand à lui n'en était plus vraiment un. Il ressemblait plutôt à un immense cratère ; les flammes d'Andhaka, sans chaleur ou combustible, dévoraient purement la matière, ne laissant aucune fumée derrière elles. Basileus lui, n'avait aucun dommage sur son corps quand même l'attaque l'avait intimidé, et même si Ravage continuait de faire pleuvoir une pluie de feu sur lui, son corps se redressa dessous, ignorant ce qui ne faisait que l'érafler sans le blesser.
-Tu as mérité mon éloge, dit Ravage de sa voix impérieuse, alors qu'elle se tenait debout au bord du cratère qu'elle avait creusée. Ses blessures étaient à présent totalement guéries.
-Tu vois bien que tes coups ne suffisent pas. Renonce et épargne moi ce désagréable moment.
-Cela n'est que raisonnable que j'éprouve de la difficulté face à un champion du soleil, répliqua t-elle avec provocation Si ce n'était pas le cas, à quoi servirait ton astre?
 
 Pourquoi Basileus insistait il ? Il n'avait rien à obtenir de ce qui était l'incarnation de l'obstination folle et désespérée. Mais le dragon n'était pas un être habitué à combattre. Presque jamais blessé au cours de son existence, il vivait parmi des êtres qu'il était facile d'impressionner. Même les humains les plus sanguinaires savaient déposer les armes, mais il devait se rappeler que malgré son visage et le sang qui coulait de ses plaie, Ravage n'était qu'un usurpateur. Et ce n'était pas un être avec lequel il était possible de raisonner.

  Basileus était un lâche aux yeux de Ravage, un être plongé dans son laxisme d'observateur qui ne comprenait certainement pas mieux les mortels. Sans doute ne réalisait-il pas quelle insulte cela était de défier la guerre pour lui tourner le dos avec l'était d'esprit d'un vulgaire pacifiste. Quelqu'un qui en vérité détestait les troubles quand ces derniers le concernaient. En pensant à cela, le dragon et le démon s'étaient arrêtés dans leur combat un instant pour se fixer passivement… Les dents pointues de Ravage se serrèrent alors en un rictus de rage qui se tordit dans un sourire animal, presque incontrôlé, faisant trembler les lèvres de son visage humain. Basileus l'interprétait comme du plaisir, mais le combat vitalisait en vérité son essence, l'emplissant sans cesse d'énergie. C'était une pulsion vidée de sens. Quelque chose qu'elle avait répétée tant de fois.
  Ravage n'en voulait plus rien ressentir. Elle ne voulait plus rien ressentir.

  Le dragon repassait à l'attaque en se hissant vers le haut. A ce moment là, avant qu'il ne puisse faire quoique ce soit, elle se jeta sur lui dans un bond qui exploitait sa puissance et son agilité pour la faire arriver les deux pieds sur le museau de Basileus. D'une autre acrobatie, alors que le reptile était en plein vol, elle s'abaissa à sa bouche immense, qu'elle saisit de ses trois mains libres pour l'ouvrir de force, poussant également avec ses pieds pour forcer l'immense gueule à se montrer béante et révéler la chair rose du dragon. Il en fut surpris, car une force colossale était nécessaire pour tenir sa mâchoire, même l'espace d'un instant ! Ravage à présent, tirait son seul bras libre en arrière pour se préparer à projeter sa lance qu'un manteau de flammes rouges entourait, directement dans le corps de sa cible. Mais déjà, les flammes de Basileus elles apparaissaient au fond de la gorge du dragon. Terminer son geste signifiait recevoir l'attaque et Ravage n'avait aucune certitude que l'attaque le tue… Alors, elle sortit de la bouche pour esquiver, mais la patte droite du dragon l'attendait et la frappa violemment pour projeter son corps dans le sol, où elle s'enfonça sous la force du coup. Mais même en plein impact, son corps, bien résistant dans cette forme, n'avait pas éclaté. Observant cela, il s'éleva plus haut dans le ciel, bien au dessus du sommet, et leva le nez au ciel. Il produit un rugissement, un grand cri aux étranges variations, semblables à un chant au rythme syncopé, qu'on entendit à des lieux de là. Ravage, à terre, l'entendit aussi et reconnut bien cela. La terre autour de cette dernière, comme écrasée ou attirée vers l'intérieur de la montagne, s'enfonça, et  elle avec. Son corps était encore plus lourd que ses blessures ne le lui infligeaient déjà, et les roches alentours semblaient se réunir lentement autour du fossé dans lequel était maintenant Ravage.
-Maudit !… Jura Ravage, perdant sa contenance. Sortilège impudent ! Insulte ! Tu ne me vaincras pas en utilisant ton langage, dragon !
  Mais malgré ses paroles, qui étaient totalement effacées par le vacarme de Basileus, la montagne l'enterrait vivante. Pour empêcher cela, les flammes rouges explosèrent en une colonne qui détruisit les roches devant elle, se dirigeant vers Basileus sans le blesser. Avec grande difficulté, elle leva une paume vers le ciel dans sa direction, la figure tremblante de rage, alors qu'un déluge de feu écarlate émanait de son corps.
-Ta langue stupide me vrille les oreilles, Basileus ! Je n'accepterai pas d'être ensevelie sous mes pierres, je n'accepterai pas !…
  Malgré l'orgueil de Ravage, elle fut enterrée dans les profondeurs de la montagne par la puissante télékinésie de Basileus. Bien entendu, elle s'en extirperait assez rapidement… Ce pourquoi, conservant sa hauteur pour avoir le mont bien en vue, le dragon orienta sa tête triangulaire vers les roches, ouvrant de nouveau sa gueule, cette fois pleinement. Les flammes se concentraient dans sa gueule, tant que la lumière dorée en devenait d'un blanc éclatant. Il avait besoin, pour battre Ravage, de l'exterminer d'un seul coup dans cet état de faiblesse.
  Quand il relâcha son attaque, ce fut un véritable rayon de feu qui fonça sur le mont. C'était le plus puissant qu'il pouvait donner, et quand le trait de lumière et de chaleur frappa la montagne, une immense déflagration se produit. Les flammes la détruisirent de manière continue, dans un enfer où la matière se liquéfiait, se désintégrait et volait en éclat
  A la fin de ce fulgurant assaut, il y avait un immense trou dans la montagne. Un cratère bien supérieur à celui de Ravage : à vrai dire presque la moitié de la montagne avait été anéantie, changeant de manière drastique le paysage.

  Et Basileus, pour mieux observer la terre, s'en rapprocha. Son œil vert, incrédule, scruta la montagne fumant et rougeoyant comme une immense braise, en recherche de Ravage. Malheureusement, il remarqua vite ne pas l'avoir réduite à néant : au milieu de la lave se trouvait Hiranyakashipu, la chaîne à nouveau enroulée dans un cocon protecteur qui fumait et craquelait suite à l'attaque. En émergea Ravage, courbée et haletante. Malgré ses grandes inspirations, ses fractures étaient guéries et ce qui restait de ses brûlures disparaissait à vue d'oeil. Plus elle recevait de blessures, plus l'essence de Ravage était revitalisée. Plus elle devenait hardie également. Elle avait donc en vérité une endurance illimitée, ce qui n'était pas le cas de Basileus qui savait qu'il ne pourrait répéter une telle destruction sans finir par se fatiguer… Déjà, Ravage se redressait, remise.

  Remise, mais humiliée. La moitié de sa montagne avait été détruite, et elle avait été repoussée dans son extrême défense. Basileus chercherait de nouveau à en finir rapidement. Le cercle de flammes rouges brillant dans son dos, Ravage saisit dans deux mains sa chaîne, dont l'acier était toujours brûlant. Le dragon constatait avec contentement que la chaîne serpent ne bougeait plus que faiblement par elle même : l'attaque l'avait affaiblie. Mais pour combien de temps ? Si Ravage était remise alors le serpent le serait certainement sous peu… Ravage réfléchissait à un plan d'action, fermement sur ses appuis, et le dragon plissait ses yeux émeraudes.
  Il ne pouvait pas lui accorder plus de temps.
  Basileus, sans prévenir, accéléra son corps dans une puissante charge vers la rougeoyante, et cette dernière fit un saut parfaitement calculé pour l'éviter. Cela n'aurait normalement, pas été un problème, mais en utilisant simplement ses mains, Ravage avait passé dans la charge la chaîne sous le cou du dragon. Maintenant au dessus de sa tête, chaque paire de bras tenant une extrémité de la chaîne, elle la croisa en une boucle qui enserra totalement la gorge de Basileus.
-Tu as manqué de prudence ! Dit-elle dans un sourire dément. Comment as tu pu penser que cette charge me heurterait ?
  Le dragon ne pouvait, d'ici, pas blesser Ravage, et rugit en crachant une gerbe de feu. Cette chaîne pouvait-elle le blesser quand tout avait échoué ? Il sentait sur son cou une sensation malsaine.
-Nul ne résiste à ma bien aimée chaîne, clama t-elle en tirant de plus belle. Nul ne s'en échappe. Le venin d'Hiranyakashipu sape la force… Sa mort n'est pas immédiate, mais ton armure, dirait-on, ne t'en protège pas !
-Dans ce cas… Nous verrons qui tiendra le plus longtemps de nous deux, Ravage !

  Alors, il prit son envol, se dirigeant droit vers le ciel. Il avait une dernière carte à jouer. Basileus vola si vite vers les hauteurs que Ravage eût toutes les difficultés du monde à maintenir sa prise. La force dégagée par les frottements de l'air aurait dû la faire lâcher depuis longtemps mais elle était une aberration, incomparable avec la logique. Mais, bientôt, ils quittèrent le rayon de la montagne… Loin, à des kilomètres au dessus du territoire de Ravage, le soleil rouge ne faisait plus effet. Le véritable astre, de sa lumière d'or, brûlait à présent l'être à essence. Deux de ses bras disparurent, le vent en emportant les cendres, son corps diminua de taille, et le cercle de feu sur son dos s'éteignit. La mâchoire serrée, Ravage perdait sa domination sur Basileus mais pourtant, ne lâchait pas. Le dragon allait plus haut, encore plus haut, aussi rapidement que possible. Ravage refusait de lâcher. Ses bras devraient être arrachés, son corps incapable de prendre souffle, mais, comme ne faisant qu'un avec l'arme qui reprenait de sa force, elle semblait impossible à briser. Basileus ne comprenait pas. Pourquoi ? Devait-il atteindre le vide pour la mettre à bout ? Il aurait dû y penser plus tôt car déjà ses forces ne lui permettaient pas d'aller aussi vite qu'auparavant… Pour la première fois depuis très longtemps, il sentait ses membres engourdis, sont esprit en proie au trouble également. Ravage tenait-elle toujours, ou bien sa chaîne avait prise sa suite ? Il n'en savait rien, mais il n'avait plus la force de la déloger… Quelle honte.  Dans son esprit embrumé, il se dit avec ironie que cela ne l'avait jamais intéressé de gagner un affrontement… Mais pourtant… Il avait une fierté malgré tout. Ah… Quelle mauvais gardien il faisait.
  Sans qu'il ne le réalise, les ailes de Basileus le laissèrent finalement tomber, tout comme sa magie. Il était à présent en chute libre, ne ressentant ni la pression des maillons, ni le vent sur ses écailles. Les pensées, lentes dans son esprit, échappaient à son contrôle, et l'attiraient lentement dans un sommeil plus blanc que les nuages. Les yeux émeraudes faiblissaient, leurs paupière se plissant. Il ne pouvait dormir… Pas maintenant…

  Pourtant, le dragon n'en avait plus la force. Les yeux étaient déjà clos. Ravage se tenait toujours, les membres incapables de bouger. Sa chaîne si fidèle avait retrouvé assez de force et volonté pour redevenir un cobra, l'avalant et la protégeant tout en se maintenant contre le corps du dragon. Ce corps mortel avait été poussé bien au-delà de ses limités. Le dragon tombait, et elle avec, le paysage céleste défilant à une vitesse fulgurante. Ravage a eut un sourire non pas cruel, mais plein d'une étrange nostalgie, un sourire presque humain.
  Elle se demandait à quoi pouvait-il bien rêver.

    Quelques instant plus tard, l'indestructible dragon s'écrasa contre le sol, tel un météore.  Hiranyakashipu, l'immense serpent noir, s'étala lui aussi sur le sol, sur le dos et dans l'impuissance. Le compagnon de Ravage, à bout, était couvert de fêlures et incapable du moindre mouvement. Elle sortit de la bouche ouverte du reptile, et félicita intérieurement son ami pour sa loyauté. Elle le rappela, et il fondit en bouillie noire, retournant dans son corps avec les autres armes qu'elle possédait. Le métal liquide s'enfonça dans la paume de sa main jusqu'à ce qu'il ne reste rien du serpent.
   Ravage se tourna ensuite vers Basileus. Sur le ventre, les ailes abattues, son corps pourtant intact était inerte. Quand à elle, son enveloppe charnelle était dépourvue de force. Les habits qu'elle portait étaient dorénavant en lambeaux, et son chignon s'était détachée. Sa chevelure rouge retombant sur son visage, à moitié nue, elle se plaça debout devant la tête de Basileus, démesurée face à elle, et posa une main sur le museau du dragon avec un air d'empathie. Il mourrait.  Tant d'années d'existences atteignaient ici leur fin, et il était actuellement à la frontière de l'oubli… Ravage trouvait cela magnifique. Elle était, réellement, émue.
-Ne me touche pas avec cet air… Gronda la voix de Basileus dans un soufflement, alors que ses yeux s'ouvraient légèrement. Ca me dégoûte. Que me veux tu encore ?...
-Peux tu me dire, Basileus… Peux tu me dire quelles pensées, quelles sentiments te viennent à l'esprit ? Peux tu me dire… Ce tu ressens en expirant…
  Sa voix posée avait un fond d'air suppliant. C'était sa meurtrière, mais pourtant, Basileus ne put s'empêcher de ressentir pour elle un fond de pitié. Quelle demande capricieuse… Et pourtant il allait y répondre.
-Je regrette de ne pas pouvoir rester longtemps… Certaines choses ne peuvent pas être corrigées, mais j'aimais de tout mon coeur voir ce monde. Là encore, je me souviens d'un humain aux cheveux blancs plein de rêves, d'un aux cheveux blonds plus hardi encore. Et bien d'autres avant eux. J'aurais aimé rencontrer d'autres êtres similaires.
-Même s'ils se ressemblent ?
-Même s'ils se ressemblent… Je revivrais cette vie autant de fois que possible, si je le pouvais. Oui, même si je dois répéter les mêmes erreurs…
-… Comme c'est étrange. Je ne le comprend pas.
-Oui… C'était à prévoir.
  Vois tu Ravage… J'ai fait une grande erreur. Une erreur que je n'admettais pas au fond de moi même, mais que je reproduirais certainement.
  J'ai cru que tu pouvais être humaine.

Basileus ferma ses yeux. Il ne les rouvrit plus jamais, et Ravage, sans ciller, le regarda mourir.
  Elle voudrait le croire elle aussi.


Dernière édition par DALOKA le Jeu 23 Aoû - 13:03, édité 1 fois
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