One Shot du Daloka des forêts

Page 2 sur 2 Précédent  1, 2

Aller en bas

One Shot du Daloka des forêts - Page 2 Empty Re: One Shot du Daloka des forêts

Message par DALOKA le Mar 22 Mai - 16:38

Le Candidat idéal



Un claquement métallique de verrou résonna en un écho dans la large salle de l'observatoire quand l'alousien referma la porte derrière lui. Du côté opposé à la porte, sur un solide échafaudage de bois sombre, un homme aux longs cheveux bruns et aux lunettes rondes, remarquant sa présence, éloigna  son regard de la mécanique du télescope qu'il manipulait avec soin qui contrastait totalement avec son attitude nonchalante, moqueuse, et même rustre selon certains standards. Lektor se retourna et l'intégralité de son corps faisait maintenant face à l'homme lézard qui s'avançait de son habituel pas silencieux et prudent, comme quelqu'un susceptible de se faire attaquer à tout moment, même s'il gardait un sang froid parfait.
– Sana m'a prévenu que vous vouliez vous entretenir avec moi, dit U.A, de sa voix grave et sérieuse.
– C'est juste, répliqua le chef des gardiens de fer, presque dans un rire, avant de retourner son attention vers le télescope en croisant les bras. Tu devrais jeter un œil au ciel avec cela un jour. Je te passerais les clefs de la salle, un jour.
– Les observer ainsi causerait une si grande différence? J'ai souvenir que Sana clamait être déçue.
– Ah ! Tu aurais peut-être plus de maturité pour comprendre ? Ou plutôt tu ne t'attendrais pas à quelque chose d'extraordinaire, comme elle. Moi, cet outil me fascine. Ce qu'il y a de triste en revanche, c'est que je sais que même moi, je mourrais avant de savoir réellement ce qu'est une étoile.
Et il regardait bien l'appareil avec une mélancolie que U.A identifia parfaitement. Le regard levé vers Lektor de l'homme lézard se perdit un instant dans le vague. Le télescope avait été la création commune du Sum Nimium et de cette femme, Roberta Hulgens. Quasiment personne ne savait quelle relation avaient-ils, à l'exception de Krakendorf, Sana, et par leur biais, lui. Il n'était pas sans savoir qu'elle était morte et dans quelles circonstances, pourtant… Lektor ne semblait guère secoué par cela. U.A était un peu perdu, il ne saisissait pas grand-chose de ce genre de rapport, mais son comportement contredisait à l'évidence ce qu'il avait appris.
– ...Veuillez m'excuser si cela est hors de propos, mais vous n'avez pas réagi suite à l'incident chez Refinia. Je veux dire, à part en réajustant le niveau de dangerosité de Lucius Fledermaus et de Kazhaar Dyra.
– Et ça t'étonne ? Ou bien c'est une complainte de Sana ?
– Je sais que cela touche un sujet personnel, aussi je n'insisterai pas, mais c'est une véritable interrogation de ma part. Néanmoins il est vrai qu'elle est agacée par votre… Manque de changement de comportement ? Je m'attendais à ce que vous ordonniez une réplique immédiate, c'est ainsi…
– Que la plupart auraient réagi ? Soupira Lektor, les mains sur les hanches. Cela ne te ressemble pas vraiment. Tu as ton propre mode de pensée, alors n'essayes pas de te calquer sur les autres. Et puis tu commences à être trop vieux pour ça. Néanmoins… Il faut sans doute que je t'explique quelques choses à ce sujet. Ne restes pas planté là: monte à mon niveau.
Sans particulièrement en voir l'intérêt pour cette conversation, afin de cesser d'observer le Sum Nimium d'en dessous, U.A gravit l'échelle de l'échafaudage pour arriver auprès de Lektor, l'égalant en taille. Leurs regards se croisaient maintenant sans que l'un ou l'autre n'ait à incliner son cou.
– Les saints dorés sont pour le moins bénis, en terme de longévité, mais je reste un vieux. J'aurais 94 ans d'ici peu et ce n'est pas rien… Conséquemment l'amour pour moi n'est peut-être pas la même chose que pour les gens dans la vingtaine, même si mon caractère est aussi à blâmer. Bien sur, ce n'est pas vraiment un bon justificatif pour ne pas vous montrer une petite larme quand mon amie meurt, mais ce serait ignorer de nombreux détails. Et être un peu trop romantique, aussi.
Disant cela, Lektor prit place devant le télescope, et continua sa conversation tout en le réglant.
– Roberta était une vampire. De plus de 250 années en tant que telle, par ailleurs. Tu dois avoir une petite idée du nombre de gens qu'elle a du tuer, pas vrai ?
– Si l'on considère le régime usuel des vampires…
– Au moins trois milliers de personnes. Et c'est uniquement les personnes nécessaires à sa survie. Pour être franc, nous pourrions doubler ou tripler ce nombre. Bien entendu, j'ai tué tout les résidents de la forteresse des saints dorés, où nous logeons actuellement… Il va sans dire que je ne suis pas l'homme idéal pour parler de cela. Néanmoins, que Roberta ait été mon amie ne change pas grand-chose au fait qu'elle pouvait-être mon ennemie mortelle si les événements le voulaient, en tant que personne si dangereuse et ne faisant en rien partie des gardiens de fer. J'étais prêt à la tuer moi même. J'ai peut-être l'air d'une raclure sans cœur… peut-être le suis-je quelque peu, d'ailleurs, mais ma vie privée et mon rôle de chef des gardiens de fer sont deux choses différentes selon moi. Ainsi strictement rien ne justifierai une vendetta des gardiens ou même de moi seul envers Lucius. Particulièrement quand Refinia m'a demandé de ne pas m'en mêler, et elle aimait Roberta cent fois plus que moi. Chose réciproque d'ailleurs : Roberta m'aurait tué si Refinia le désirait, ceci sans une once d'hésitation. C'est le genre de relation que nous avions, et ça ne nous posais aucun problème. Quand à mon manque de… Réaction, je suppose qu'il se justifie moins. Mais je suis comme ça. Pourtant même moi, parfois, je pleure, tu sais ? Ca peut-être devant un rien, une brise de vent qui me rappelle quelqu'un de parti ou une de mes erreurs. Alors je pleure non pas pour une personne mais pour plus que je ne peux en compter. Pour ceux que je n'ai pas pu sauver, pour Karla, et même Jigen en quelque sorte, ainsi que par dessus tout pour tous les gardiens morts en mission… Et quand ça arrive, autant te dire que je préfère me cacher. Quitte à créer un portail.
Il avait achevé sa phrase sur le ton de la plaisanterie, mais cela n'avait pas éteint le silence dérangeant que sa tirade avait posé. Avec un air étonné, il leva le nez du télescope, tournant la tête vers U.A qui ne s'était pas déplacé d'un pouce.
– Peut-être avais-je l'air un peu trop dramatique ? Dit Lektor en haussant un sourcil. Ce genre de discours n'est pas vraiment de mon ressort… Et je ne t'ai pas demandé pour ça, de toute façon. Néanmoins, que tu montre ce genre de considération pour les sentiments d'autrui… Tu as parcouru un long chemin U.A.
– Cela ne veut pas dire que je les saisis toujours.
– Très sincèrement, étant donné qu'une bonne partie de notre personnel est constitué de gens tout aussi étranges, je ne sais pas si je pourrais trouver quelqu'un apte à tous les comprendre naturellement. L'intérêt que tu portes à savoir ce qui passe par la tête de quelqu'un est ici plus que suffisant. Associé à ton sang froid, cela fait de toi l'un des meilleurs éléments.
U.A hésitait grandement à demander dès maintenant la raison de cet entretien. Il pressentait que quelque chose d'importance lui échappait totalement. Peut-être désirait-il juste un dialogue cordial ? Cela ne lui ressemblerait que trop peu… Lektor s'était redressé et avait de nouveau croisé ses bras. La lumière des torches nocturnes se reflétait dans ses yeux dorés à travers ses lunettes, et il prenait soudainement un air bien plus sérieux.
– Tu n'es pas sans savoir que je suis très préoccupé par ce qu'il se passe à Hiranyakashipu et dans la zone alentours. A chaque nouvelle que j'obtiens, le constat de la situation empire, et ce n'est pas l'Iris qui aurait la capacité d'y faire quoique ce soit… La secte d'Al Hamriyah devient un soucis secondaire, à côté. La moitié de la montagne a été détruite, il y a eu une gigantesque explosion non loin d'Algor, Lys est mort et sa sarth a disparue… Cela risque de demander une sacré intervention, et… je sais ce que tu penses. Tu crois que je vais te demander d'y aller, pas vrai ? La vérité est plutôt que je risque de devoir m'y rendre moi même. Et vois tu, je ne suis pas immortel… Enfin, je n'ai aucunement l'intention d'y passer et j'ai de longues années devant moi, cependant il n'empêche que prendre ce genre de mesure est une prudence dont je ne peux pas me priver.
– J'ai bien peur de voir où vous voulez en venir.
– Je veux que tu prennes la charge de leader si je meurs. Tu ne t'en sens pas capable ?
– Me donner à moi la responsabilité sur un groupe si large, cela me semble quelque peu…
– Absurde ? Je ne vois pas en quoi. Je te l'ai dit : tu as des qualités nécessaires pour servir de chef aux gardiens de fer, cela au moins temporairement. Tu n'es pas sans savoir que Sana a une intelligence exceptionnelle, et une bonne volonté équivalente, néanmoins elle n'a pas les aptitudes dont tu dispose. Son manque d'objectivité pourrait lui faire défaut et elle est encore jeune. Peut-être aura t-elle les capacités d'avoir le contrôle total des gardiens de fer un jour, mais ce n'est pas aujourd'hui.
– Sauf votre respect, peut-être que votre choix est hâtif.
– Tu penses vraiment que je te désigne par sympathie ? C'est très mal me connaître. En vérité il n'y a pas vraiment un autre gardien apte à cette tâche… Cependant, il se peut aussi que tu n'aies pas envie de ces responsabilités, aussi je ne t'oblige à rien.
  Dis moi quand tu auras fait ton choix.
*

La jeune femme au teint mat faisait face à l'homme lézard noir qui la dépassait presque d'une tête, un couteau en main, son expression mêlant sa détermination et la pression qu'elle ressentait. U.A semblait parfaitement calme, même si son expression n'était pas des plus évidentes à déchiffrer. Contrastant totalement avec cette tension des deux adversaires qui se regardaient droit dans les yeux, une femme blonde à la peau pâle et parcourue par de multiples points de sutures était allongée le ventre contre le plancher de la salle d'entraînement, ses jambes battant légèrement l'air alors qu'elle avait le regard plongé dans un livre, semblant a priori n'accorder aucune attention à ce qui se trouvait en face d'elle.
– Et… C'est parti ! Dit la damoiselle au teint cadavérique sans lever les yeux. La jeune femme à la peau de bronze s'élança la première… Et quelques instants plus tard, U.A, se tenant dans son dos, l'avait désarmée et avait le bord de la lame émoussée sur le cou de cette dernière.
– C'est déjà fini ? Fit remarquer la lectrice, levant légèrement la tête.
– Tu es trop agressive, dit U.A d'un ton plein de reproches en lâchant Sana, qui répondit tout d'abord en faisant la moue avant de détacher ses longs cheveux noirs. Tu négliges ton entraînement au corps à corps. Tout gardien de fer a besoin de bonnes bases en différents types de combats rapproché, et même une mage peut-être prise par surprise.
Sana, serrant les dents avec une expression agacée, leva alors la main pour faire apparaître dans l'air des lettres lumineuses. C'était sa façon de communiquer, à elle qui était muette.
« Mon temps de réaction est amplement suffisant pour pouvoir me défendre sans jouer les gros bras ! »
– Je pourrais te tuer deux fois avant que tu ne lances un sort. Et Platine te bats même en étant dans son état normal, qui plus est.
La concernée, qui écoutait la conversation au lieu de lire à présent, pouffait avec un sourire en coin, ce qui ne manqua pas d'agacer Sana.
– Même si tu as d'autres occupations que les missions, reprit U.A, tu es importante pour l'organisation. Tu dois savoir survivre par toi même.
« Si tu t'inquiètes pour moi tu n'as qu'à rester en tant que garde du corps. » Écrivit-elle avec un sourire.
– Cela est hors de question, répondit-il brutalement, la faisant soupirer. Qui plus est Lektor veut que je t'entraîne à l'auto défense, alors tu n'y réchapperas pas. Ta sécurité m'importe également à moi tout comme à tout les gardiens.
« La seule raison pour laquelle j'accepte ça, c'est parce que c'est toi. Nous n'avons pas beaucoup d'occasions de parler. » Fit Sana, signifiant son agacement en plaçant les poings sur ses hanches.
– Ce n'est pas exactement faux, étant donné que tu ne pars pas en mission avec moi. Néanmoins je voudrais te parler en privé aujourd'hui, si cela n'entre pas en contradiction avec l'état actuel de ton emploi du temps, bien entendu.
« Vraiment ? » Écrivit-elle hâtivement, exprimant un sourire gêné. Ses mains se perdirent dans  l'air un bref instant.
– Un problème ?
« Non pas du tout ! » Parvint-elle à faire communiquer en grandes lettres, semblant toujours un peu déstabilisée. « Je peux être à l'extérieur ce soir, quand j'aurais fini de ranger les derniers dossiers... ».
– Parfait dans ce cas, on en a fini pour aujourd'hui. Platine, c'est à ton tour à présent.
Platine se releva en refermant son livre, tandis que Sana s'en allait, le pas presque sautillant, dessinant un « A ce soir ! » qui s'éleva comme une traînée de poussière lumineuse sur son chemin avant qu'elle ne s'échappe de la salle.
Un couteau d'entraînement en main, Platine, sa sœur adoptive en tant que porteuse du nom Hiil, se tenait à présent prête dans une position maladroite et même, à vrai dire, un peu ridicule.
– Ta posture ne correspond déjà pas, dit U.A en contenant son exaspération. Tu devrais toi aussi prendre cela au sérieux.
– Aaah, désolée… Fit-elle mollement avec un sourire embarrassé, tenant d'imiter U.A. Je n'applique pas toujours bien… Parce que j'en ai pas vraiment besoin.
  U.A était forcé d'admettre, que, contrairement à Sana, Platine avait des aptitudes physiques extraordinaire et une endurance hors du commun. Qui plus est, malgré ses réflexes très lourds, elle savait prendre parfois de bonnes initiatives… Sans compter que personne ne lui demandait en vérité de s'entraîner.
– Si tu n'as pas besoin de ce genre d'exercice régulier pourquoi es tu donc là ? Répondit-il, se contredisant quelque peu par rapport au sermon qu'il avait fait à Sana.
– Eh bieen comme ça je peux te voir, non ? C'est pas bien différent d'elle.
– Pourtant, tu devrais réaliser que le temps que tu passes avec moi est assez supérieur au sien. A vrai dire la seule membre des gardiens de fer qui se trouve avec moi plus souvent doit probablement être Rage, et ceci principalement parce que nous collaborons fréquemment.
– C'est normal de vouloir passer du temps avec une personne qu'on aime ! Et je t'aime ! Au moins à 90 sur une échelle de 100, à ce point je peux tuer qui tu veux !...
Les discours sur l'amour de Platine n'avaient jamais réellement parut bien sensés aux yeux d'U.A… Mais cette explication lui semblât raisonnable. Après tout il avait constaté que les gens aimaient entretenir leurs liens sociaux, pour la plupart, et que cela favorisait l'attachement. Vu que Platine harcelait certains autres gardiens d'une manière similaire, cette situation était relativement logique. Même si cela lui faisait perdre du temps d'un certain point de vue, il était prêt à l'accepter.
  Quand ils débutèrent, c'est cette fois U.A qui passa à l'offensive. Platine était physique supérieure à lui, ainsi, si elle le saisissait, elle l'emportait… Mais ses réflexes lents lui permirent de rapidement lui passer le couteau sous la gorge à travers son angle mort aisément exploitable, ceci avant qu'elle ne se retourne vers lui. Dans ce type de combat simulé, il était très avantagé… Mais en combat à mort sa victoire n'était pas sure. Il lui faudrait très probablement la décapiter d'une attaque, ce qui demandait bien plus de recul dans le coup, et n'était pas possible à la dague de toute façon. En l'occurrence, il ne s'inquiétait pas du tout pour Platine, pas comme il pouvait le faire pour Sana. U.A se contenta de corriger de nouveau sa posture et de lui recommander de se soucier avant tout des coups fatals, avant de répéter quelques autres sessions d'entraînement. Elle ne gagna pas une fois, mais cela était suffisant pour aujourd'hui.
– Eeh, U.A, dit Platine avec un grand sourire plein de curiosité, l'exercice fini. Pourquoi veux tu voir Sana en privé ?
– C'est en rapport avec une décision du Sum Nimium… Qui pourrait grandement la concerner. Qui plus est, elle reste une figure importante de notre organisme, ceci me paraît donc raisonnable. J'éviterais de donner des détails pour l'instant, en revanche. Tout ce que j'espère c'est que cela ne la heurtera pas trop… Par ailleurs, quand je lui ai demandé cette conversation, elle m'a semblé se comporter assez bizarrement. Je crains de l'avoir par mégarde intimidée… Pourquoi ris tu ?
– Ooh, pouffa t-elle de rire, une main sur ses lèvres. Tu as beaucoup à apprendre, professeur U.A...
– … ?
Alors qu'elle était d'habitude honnête à un point qui dépassait même les pires moments d'incompréhension de l'homme lézard, elle le regardait cette fois avec une certaine mesquinerie en se moquant de son ignorance à lui…. En effet, malgré ce que disait Lektor, s'il ne comprenait à rien à ceci il devait très probablement avoir encore beaucoup à apprendre.
*

U.A était, sans surprise, en avance, autour des portes extérieures de la forteresse des gardiens de fer alors que la nuit commençait à tomber. D'ici, il avait une excellente vue sur le reste des montagnes de la bordure Tarodienne. Ce lieu était réellement isolé du reste de Nurenuil, ce qui se conformait à la revendication des gardiens de ne faire partie d'aucun état… U.A lui même était bien loin d'être familier avec les nurenuiliens, contrairement à Sana qui elle s'était toujours activement intéressée aux différentes cultures. Oui, quand bien même il avait une dizaine d'années de plus, elle était bien plus mature que lui sur certains aspects… Le verdict de Lektor était-il réellement sage ? Même si ses pensées divaguaient, elle revenaient toutes inévitablement à ce même point.
Sana finit par arriver, ou plutôt accourir, essoufflée. Malgré l'effort physique, elle s'efforçait de ne respirer que par le nez ; U.A savait que c'était pour éviter de révéler à tout prix l'absence de langue dans sa bouche. Il aurait voulu dire que cela était insignifiant à ses yeux, et qu'il trouvait même ce comportement absurde, cependant il l'avait déjà fait. Il savait donc également à quel point Sana trouvait cela humiliant de révéler qu'elle était « difforme », un sentiment que l'homme lézard n'avait jamais ressenti de sa vie pour des raisons assez évidentes. Pour autant, jamais elle n'avait été dérangée par les difformités d'autrui : n'était-ce pas contradictoire ?
« Excuses moi, je suis un peu en retard ! » Écrivit-elle avant de se courber d'excuse, son corps faisant voler en éclat les lettres lumineuses qu'elle avait invoqué devant elle. U.A remarqua qu'elle n'était pas dans sa tenue habituelle ; il n'avait pas beaucoup d'intérêt envers la chose mais à l'aspect du tissu et aux bijoux, tout comme à l'aspect de sa peau et de ses cheveux, c'était le genre d'habillement qu'elle portait pour les rendez vous avec certains membres de la haute société de divers pays. U.A savait qu'il ne mettait guère les gens à leur aise, mais était-ce nécessaire d'être si formel ?
« Et si nous marchions un peu ? » Ajouta t-elle « J'ai passé la journée auprès d'un bureau, cela me ferait grand bien. »
U.A n'avait bien entendu rien contre, lui même prenait plaisir à se décontracter ainsi sans tâche à accomplir. Même s'il était d'habitude seul. Ils descendirent tout deux, s'éloignant des torches de la forteresse, arpentant les passages escarpés et légèrement feuillus de la montagne. Il n'oublia pas le but de cette conversation.
– J'ai eu hier une conversation avec le Sum Nimium. Il voulait me désigner comme son remplaçant, au cas où il lui arriverait quelque chose.
Sana, qui marchait devant, fit volte face vers U.A, l'expression étonnée, mais tout à fait sérieuse. Elle continuait d'avancer en marche arrière, sans faire attention à autre chose qu'U.A à première vue.
« Et tu as accepté ? »
– Pas encore. Mais j'ai l'intention de refuser.
Sana, croisant les bras, fut un instant songeuse. Avant d'exprimer une mine agacée en haussant ses épaules.
« Il m'estime donc incapable d'assumer ça toute seule. »
– C'est bien le cas. Mais gérer les gardiens de fer n'est pas une tâche adaptée à une seule personne, je comprends la nécessité de séparer leader et administrateur.
« Tu as raison. » Finit-elle par écrire, avec un sourire de résignation. « J'ai déjà du mal à gérer mon travail actuel et profiter de mon temps libre… Mais alors, pourquoi voudrais tu refuser ? »
– Nous possédons tous des facultés très différentes. Je ne crois pas être adapté à diriger.
«  On dirait une mauvaise excuse. Si tu es juste trop fainéant pour assumer ces responsabilités, dis le tout de suite ! » Répliqua t-elle avec l'expression d'une colère soudaine, avant de trébucher sur les reliefs escarpés, bien incapable de prendre garde à l'irrégularité du terrain tout en fixant U.A. Alors qu'elle chutait en arrière, ce dernier la rattrapa, la saisissant par la main avant de la ramener contre lui.
– Si tu manques tant de prudence, tu devrais suivre mes conseils avec bien plus d'attention.
Sana, semblant à nouveau légèrement troublée, resta un instant près de U.A, sa poitrine touchant la sienne, avant de finalement reculer dans un léger raclement de gorge et d'indiquer de son index un relief rocailleux où ils pourraient s'asseoir pour converser. Il lui aurait suffit de regarder devant-elle, mais cela importait au final peu à U.A.
« Je peux te donner des conseils moi aussi, tu le sais ? » Reprit-elle une fois qu'ils furent assis. « Les nobles naissent pour régner, mais entre nous il n'y a pas de pareille caste. Tu peux apprendre à devenir un bon meneur si tu complète les qualités que tu as déjà par d'autres, j'en suis convaincue. Ca me ferait immensément plaisir de te venir en aide tu sais ? Tu es volontaire pour me donner ces cours, et en plus d'être un peu ingrate, je ne t'aide en rien…
  Je m'en sens un peu coupable. »
– Admettons que je puisse apprendre à mener, Sana. Il y a des individus qui apprendraient certainement cela mieux encore. J'ai l'impression que c'est un choix qui s'est fait hâtivement, je ne connais même pas d'autres candidat.
« On ne dirait peut-être pas, mais parmi ceux qu'on a sorti des laboratoires de Jigen, tu es peut-être de loin l'un de ceux ayant le plus grandi depuis cet enfer. Comment penses tu être agent de troisième niveau ? Certes, nous pourrions prendre un humain normal comme il y en a pas mal à présent chez nous, mais il échouerait à comprendre véritablement l'organisation et à se faire comprendre de certains de ses membres. A comprendre ceux que l'on aide. Nous ne faisons pas qu'exterminer les parias, nous les aidons chaque fois que nous le pouvons, c'est ce qui nous différencie de paladins ou d'inquisiteurs. Je pense que les défauts caractérisent ce que nous sommes encore mieux que nos qualités, et je pense que c'est pour tes défauts que tu es le candidat idéal. Alors la seule véritable question c'est : est-ce que tu veux porter ce rôle, ou non ? »
– … Je ne sais pas.
Agacée, Sana se leva pour donner de faibles coups de poings sur le torse d'U.A. Non, c'était plus de l'exaspération que de l'agacement. Sans ouvrir la bouche, elle exprima un cri de rage.
« Si tu ne sais pas, je vais savoir à ta place ! Je veux que tu sois désigné comme leader remplaçant ! Je t'y force ! Quand tu es forcé dans une situation, c'est là que tu sais ce que tu désires vraiment. Je vais faire de ta vie un enfer jusqu'à ce que tu acceptes, alors protestes donc ! »
– Si je ne suis pas dérangé par l'idée d'être forcé dans ce rôle, je serais volontaire ? Cela ne me semble pas correct, cependant je ne vois aucune raison de protester… Non, disons que je n'ai aucun sentiment qui ne m'en donne envie. Mais c'est insuffisant. Qu'en penses tu réellement ?
Sana se calma en se rasseyant, esquissant un sourire le regard tourné vers U.A. Il ne se sentait véritablement pas capable de prendre cette décision seul, c'était là la raison pour laquelle il avait voulu lui parler en premier lieu ; il était persuadé qu'elle saisissait certaines choses mieux qu'il ne le ferait jamais.
« Je n'ai pas envie d'envisager un scénario sans Lektor… Personne ne le veut. Mais cela reste une possibilité, malheureusement ; il est considérablement fort, mais non immortel. »
Elle joua un instant avec ses doigts entremêlés, comme en proie à une hésitation.
« Si cela arrive, je ne peux démentir que j'aurais besoin de quelqu'un auprès de moi. Je n'en aurais pas la force autrement… Et j'aimerais que ce quelqu'un, ce soit toi. Tu as pas mal de défauts, mais c'est pour ces défauts que je t'aime. »
  Un silence s'installa durant lequel U.A resta pensif. Il ne savait pas s'il était bien sage de mêler un parti tierce à cela, peut-être s'était il trompé… Cependant il se sentait, sans savoir exactement pourquoi, soulagé. Dans cet instant sans bruit, Sana passa ses bras autour de lui, l'étreignant en fermant les yeux. U.A n'était pas particulièrement dérangé. Ce moment s'allongea, et au fil de sa réflexion, ressassant en lui les mots de Sana, il finit par considérer l'idée sous une autre lumière. Il estimait toujours qu'il existait certainement plus qualifié que lui, mais porter cette responsabilité le mettait à présent bien moins mal à l'aise. Il avait l'impression de manquer cruellement d'objectivité quand à cela.
  Mais il fut tiré de cette pensée par quelque chose de moins compréhensible encore. Toujours collée à lui, Sana, qui passait une main sur le cou de l'homme lézard, posa un instant ses lèvres sur le museau d'U.A, faisant place à un silence plus imposant encore. Le regard incompréhensif d'U.A sembla la ramener à la réalité, et, tremblant comme une feuille, elle se retrouvait à nouveau dans un état de gêne et d'épouvante semblable à celui de cet après midi.
« C'était trop tôt ? » Écrivit-elle dans des lettres hâtives, déformées, et difficilement lisibles. Elle semblait prête à défaillir, et, alors que ses mains s'apprêtaient à écrire autre chose, elle se leva brutalement, avant de courir sans se retourner, semblant même utiliser le vent pour la pousser plus loin encore. En quelque instant, U.A était dorénavant tout seul dans la nuit. Seul et surtout perdu.
*

U.A poussa les portes du bureau du Sum Nimium, sachant très bien que ce dernier y serait présent, l'attendant. Lektor, en effet, était installé de manière nonchalante dans son fauteuil, le visage reposant sur son poing droit, alors qu'il avait le regard plongé dans un livre particulièrement massif. Il leva ses yeux d'or immédiatement, lui adressant un sourire alors que les cinq doigts de sa main droite tapotaient contre le solide bois du bureau.
– Tu m'as l'air d'avoir pris une décision, dit-il avec satisfaction, tandis que l'homme lézard avançait jusqu'à se retrouver debout face au chef des gardiens de fer. Il ne prit pas la peine de prendre un des sièges disposés sur les côtés de la grande salle pour s'asseoir.
– C'est le cas. Cependant, j'ai moi même une question à vous poser avant cela, répondit-il vivement, et avec un fond de sécheresse dans la voix.
Suis-je un candidat idéal parce que je ne comprends pas l'amour ?
Lektor haussa un sourcil, frappé de silence un instant, avant que ses lèvres ne soulevèrent en un incontrôlable rictus qui devint par la suite un fou rire sincère. Il dû remonter ses lunettes de ses doigts.
– Oh bon sang, souffla t-il, reprenant sa respiration. Penses tu donc que je sois machiavélique à ce point ? Mon pauvre, qu'est-ce qui t'as fait passer cette idée par la tête ? Platine t'as retourné le cerveau avec son charabia, ou bien…
A voir son allure moqueuse, il avait en vérité parfaitement deviné ce qui était en question.
– Je m'étais demandé si vous m'aviez choisi non pas pour ce que j'avais, mais ce qui  me manquait. Peut-être estimiez vous que je n'avais pas certaines faiblesses que Sana avait.
– L'Amour n'est pas une faiblesse. La petite Platine a des idées loufoques mais non sans un fond de vérité : il est ce qui met en mouvement un bon nombre de nos actions. Je ne suis pas idéaliste, parce que certaines choses ont une priorité absolue sur les sentiments, mais dire que l'amour c'est une faiblesse… C'est peut-être tout simplement admettre la sienne.
Et si tu n'y comprenais réellement rien tu ne te poserais peut-être pas ces questions. Alors, es tu dérangé par les sentiments de Sana ? Dis moi, je brûle d'impatience !
Il jubilait comme un enfant, visiblement très amusé par la situation.
– Ne vous moquez pas de cela je vous prie. Jamais je n'ai fais de différence entre elle et bien d'autres gardien, mais cela n'est pas réciproque… Le déséquilibre de ce rapport semble me mettre dans ce que je qualifierais comme une position inconfortable.
– Bien, bien, n'en parlons plus, il y a matière plus importante pour l'instant... Alors U.A, acceptes tu ma proposition, ou non ?
– Il y a plus de dix ans, j'ai juré de tout faire pour aider chacun des membres de ce refuge. Je pense pouvoir considérer que, dans la pire des situations, prendre la direction des gardiens s'inscrirait dans cette promesse. J'ai bien entendu, et réfléchi les raisons qui vous poussaient à ce choix, ainsi, j'accepte. Cependant… J'attends de vous que vous ne vous relâchiez pas pour autant, Sum Nimium.
– Allons bon, fit-il en s'appuyant dans son fauteuil. Crois moi U.A, je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour que jamais tu ne t'asseyes à ma place. Jusqu'au bout.
DALOKA
DALOKA
Grand Cracheur d'encre

Messages : 2234
Date d'inscription : 01/12/2010
Age : 22
Localisation : Près de toi, toujours très près de toi 8D...

Feuille de personnage
Nom des personnages: TROP

Revenir en haut Aller en bas

One Shot du Daloka des forêts - Page 2 Empty Re: One Shot du Daloka des forêts

Message par DALOKA le Dim 3 Juin - 20:46

Antagoniste

Un golem ne se faisait pas en un jour. C'était une sorte de dicton, un savoir élémentaire de tout golemancien à enseigner aux novices: contrairement à beaucoup d'autres magies, la golemancie dans son usage pratique demandait immensément d'application. L'enchantement en lui même se révélait être une tâche mineure face à la conception du golem en lui même, qui pouvait prendre en elle même une à plusieurs années. Un travail autant coûteux en temps qu'en moyen par ailleurs, puisque certaines de ces créations contenaient des matériaux précieux…
Malgré tout ces obstacles devant le travail d'un golemancien cependant, l'idée, ou même l'inspiration, était bien le plus effrayant pour Maria Limstella. Peut-être était-ce une particularité partagée avec son frère, mais façonner un golem avait toujours été pour elle rien de moins qu'une activité artistique en plus de thaumaturgique. Et usuellement, son imagination bien nourrie lui apportait bien vite une image en tête, les limites techniques seules la stoppant.
Afin de ne déranger en rien son processus de pensée, l'atelier de Maria Limstella était toujours dans un ordre exemplaire qui méritait amplement les compliments de ses collègues. Malgré l'espace plus que raisonnable que lui permettaient ses moyens, une large fenêtre autorisant même une luminosité idéale, elle avait vite fait de le remplir de ses étagères de parchemins et de quelques livres ainsi que de tout ce qui lui était nécessaire à son travail. Maria divisait les lieux de ce laboratoire en environnements précis : bureau, table de croquis et de runes sur laquelle étaient étalées un bon nombre de feuilles déjà remplies, une zone où entreposer l'essentiel du matériel, et une zone d'assemblage où se trouvait la dalle ronde vouée au tracé des cercles magiques nécessaires aux rituels et enchantements. Cette rigueur démontrait bien qu'elle n'était pas devenue ce qu'elle était uniquement par chance ou par statut, et sa réputation avait d'autant plus gonflée depuis qu'elle était une des mages officiellement en contact avec les êtres magiques qu'étaient les titans.
Cependant… Même si elle était supposée créer un corps pour un de ces esprits, rien n'avait encore abouti. Maria ne parvenait véritablement pas à faire avancer son travail, pour une raison qui cessait depuis longtemps d'être un mystère. La mage ne créait pas seulement un golem, elle créait un corps pour autrui, une enveloppe dans lequel un être devrait vivre. Cela avait autrement plus de poids que tout ce qu'elle avait pu envisager auparavant, et l'empêchait total de se jeter dans cette création à corps perdu… Maria soupira en achevant un autre croquis qui ne lui serait sans aucun doute d'aucune utilité lui aussi. Elle savait très bien qu'une année seulement, car cela était fort peu dans la vie d'un mage, s'était écoulée depuis, mais ne pouvait s'empêcher d'être emplie de frustration en songeant au cas de Lotus, un titan qui avait été réalisé avec une insultante aisance selon elle, partiellement à l'aide de chairs. Une chose que permettait l'association entre mages humains et naosiens. Qui plus est, avec la naissance de Lothbrok, elle avait été en quelque sorte déjà dépassée par un membre de sa famille… Même post mortem.
Comment faire un corps idéal, ou du moins qui conviendrait parfaitement à son porteur ? Sans même connaître ce dernier en plus… Maria ne savait pas sur quel critère insister, bien qu'elle n'avait certainement aucune envie de faire un golem de combat. Alan et Lise étaient suffisants en la matière, et cela ne l'intéressait aucunement dans ce cadre là.
Par les dieux. Est-ce qu'une mère serait dans un tel état d'hésitation, si elle avait quelconque pouvoir sur l'apparence de l'enfant qu'elle portait ?

Sa réflexion lui avait coupée toute envie de retenter un croquis… Et l'heure avait déjà dépassé midi, qui plus est. Peut-être était-ce une bonne idée de prendre à l'extérieur son déjeuner, et une conversation avec un collègue l'éclairerait peut-être. Cette idée finalement choisie, Maria s'habilla de son uniforme gris et noir de mage et se coiffa en disposant cette couette sur le côté droit de sa tête qui lui était comme une signature, avant de sortir… Cependant, quand son nez pointa à l'extérieur de ses appartements, une rencontre inattendue déjà se profilait déjà sur le chemin pavé, à quelques dizaines de mètres dans le paysage citadin. Elle reconnaîtrait cette personne aisément, même à cette distance… Maria ne savait nullement si c'était une bonne ou une mauvaise nouvelle, mais la coïncidence avec les pensées qui l'habitaient semblait presque trop grande…
Parce que le nom de la femme aux longs cheveux blancs qui s'approchait à chaque instant était Limstella Luciane Boldgate. Nulle autre que sa mère.

Quoi de plus de naturel pour une mère de rendre visite à sa fille prodigieuse. C'est certainement ce qu'elle aurait répondu si Maria lui avait demandé les raisons de sa visite, ce que la jeune femme n'aurait jamais osé faire. Demander une chose pareille était chez les Boldgate un signe d'irrespect total. Cependant, cela ne changeait pas le fait que Limstella Luciane n'allait normalement pas rendre visite à sa fille directement dans ses appartements. Cela imposa un certain changement de programme : Maria était dorénavant nez à nez avec sa mère, assise à la table d'un restaurant d'Axaques bien plus luxueux qu'elle n'en avait l'habitude malgré son propre budget. Ceci sans doute parce qu'elle vivait partiellement ici. La jeune mage n'aurait pas pu dire qu'une telle situation la dérangeait, après, elle aimait et admirait sa mère, mais elle devait admettre malgré tout qu'être seule avec cette femme d'un sérieux tranchant mettrait n'importe quel individu sous pression.
– Tu dois être très occupée en ce moment, fit la femme aux cheveux blancs, saisissant son couteau et en observant la surface de manière méticuleuse, comme pour tenter de repérer la moindre impureté. J'espère néanmoins que tu continues à faire attention à ton frère.
– Bien sur. Je ne suis jamais bien loin d'Alfred, et il est adulte à présent.
– Adulte mais toujours extrêmement sensible. Je n'ai pas à définir ce que mon enfant fait de sa magie, mais peu importe la voie que l'on peut choisir l'on est forcément exposé aux dangers ou aux jalousies. Il a besoin de garder cela en tête.
– Vous n'avez pas tout à fait tort… Mais ceci mis à part, qu'est-ce qui vous amène à Axaques ? Si c'était uniquement pour me voir, j'imagine que j'en aurais été prévenue…
– Une convocation de Balthazar Iraeuz, prononça t-elle le nom de l'Archimage doyen de la cité des mages, faisant pivoter son couteau en passant légèrement son doigt sur la lame. L'Archimage Zwillinge n'a plus donné signe de présence depuis un an, et Esteban Adamas qui la connaît bien dit qu'il pourrait lui arriver malheur… Ainsi, j'ai été désignée comme la prochaine Archimage directrice du départements des artefacts.
Elle ne faisait preuve ni de surprise, ni d'émotion, mais Maria était silencieusement admirative. Voilà qui était bien digne de sa mère ! Elle était après tout la meilleure golemancienne d'Axaques, et peut-être bien du monde entier. Cette dernière ne fit que reposer le couteau à coté de son assiette, les deux coudes à présent sur la table nappée de velours.
– J'ai toujours été la principale concurrente à Zwillinge pour ce titre, répondit-elle comme pour appuyer son manque d'étonnement face à la chose. Mais contrairement à elle je n'aime pas assez la rivalité… J'imagine qu'elle serait furieuse à mon égard si je lui avais volé cette place. Force est de constater de toute façon qu'elle méritait amplement le titre… Jusqu'à maintenant. Je ne sais pas exactement ce qu'elle a fait, mais cela n'a pas plu à ses confrères.
Mais parlons de toi ma fille, tu n'es pas en reste après tout. Je tiens à te dire que je suis extrêmement fière de ton implication avec les projets liés aux titans, tu as été exemplaire quand nous avons réactivé le golem de Ragnar Albert. Comment avancent donc tes recherches ?
Limstella Luciane avait visé un point sensible avec la précision d'un archer d'élite. Elle ne pouvait rien savoir de son blocage créatif, cependant, peut-être parce qu'elle restait après tout en toute circonstance sa mère, elle avait fait preuve d'une prescience à nouveau presque effrayante. Ou peut-être Maria échouait absolument à dissimuler cela. Les serveurs apportèrent à ce moment les plats chauds, et Limstella s'évertua bien vite à découper soigneusement la viande, constatant avec un fin sourire que le diagnostic qu'elle avait fait de l'objet était correct en voyant l'aisance avec laquelle on coupait la chair saignante. Sa mère avait toujours eu ce regard particulier pour les objets, et trouvé une certaine satisfaction à voir un outil accomplir entièrement la tâche pour laquelle il avait été construit.
– J'échoue à trouver quel corps serait idéal en premier lieu, déclara Maria avec un air hésitant. Je ne peux m'empêcher de penser aux conséquences s'il ne convient pas. Peut-être même que s'il ne convient pas il ne sera au final jamais habité.
– Tu prends en considération les sentiments de ce qui n'est pas encore né ? Répondit Limstella après quelques bouchées de viande consommées avec appétit. C'est admirable de ta part, mais peut-être mal considéré Maria. Les humains ne choisissent pas leur corps non plus, et ils commencent à forger une partie de leur personnalité avant même qu'ils n'aient le temps de développer la hantise de ce dernier. Certes les titans ne sont pas des enfants, mais le cas de Lothbrok indique bien selon moi que l'esprit du titan est en partie façonné par son corps. Je crois qu'il est tout bonnement impossible de prédire à l'avance si l'entité s'y plaira ou non, et que la question ne devrait pas empêcher l'avancement de ton travail.
Tout objet a une fonction, et tout corps est un objet. Ainsi, quand je créé un golem, je caractérise tout d'abord mes objectifs, qui ont besoin d'être clairs et non hypothétiques, avant de créer le cheminement idéal pour aboutir à ce dernier. C'est de cette manière que les formes les plus efficaces sont obtenues.
– Donc je devrais me demander à quoi servira ce corps ?…
– Quelle est sa fonction précise, en effet. De cette manière, tu pourras exclure de nombreuses idées et te focaliser sur l'essentiel. Bien entendu, c'est également un véritable travail et non un exercice ou une expérience : tu devrais prendre en considération ce en quoi tu excelles.
Et Maria excellait dans l'imitation de l'anatomie humaine. La plupart de ses projets étaient humanoïdes, et certains golemanciens reprochaient le manque de robustesse de ses créations dans leur structure. Néanmoins, copier l'humain avait toujours été dans son idéal… Songeant à cela, Maria attaqua également son assiette en plein milieu de sa réflexion, afin d'éviter que le tout ne refroidisse. Son regard se perdit quelques instants néanmoins sur le contrebas du balcon où était installée leur table, et plus exactement vers les gens qui allaient et venaient sur les pavés, diverses expressions aux yeux et à la bouche. Quelle était la fonction qu'elle voulait à attribuer à ce corps ?… La chose devenait à présent plus claire.
C'était un corps pour vivre. Pas pour servir ou se battre, mais pour vivre.
Mais ses productions étaient imparfaites. Il lui faudrait quelque chose apte à se fondre dans cette foule… Et que lui manquait-il alors… L'exactitude de la proportion, oui, cela allait sans dire, mais ce n'était qu'un détail mineur qu'elle respectait déjà. Non, l'essentiel et qui n'était pas là, était l'expression du visage. Mais recréer un visage, apte à s'animer et imiter les expressions humaines, cela lui demanderait un travail monstrueux… Il lui faudrait un modèle. A ce moment là, Maria manqua d'avaler de travers, avant de boire entièrement son verre d'eau.
– J'ai trouvé mère ! S'exclama t-elle joyeusement, reposant le verre sur la table avec force. Si je veux créer un corps pour vivre parmi nous, je n'ai qu'à copier celui d'un humain… Celui que je connais le mieux et que je peux observer à loisir, le mien !
– Hm… Songea avec hésitation sa mère, déplaçant une de ses longues mèches blanches. Ce n'est pas bête. C'est même plutôt sensé, pour ce qui est de l'aspect pratique… Néanmoins, je ne saurais te recommander d'entreprendre cela.
– Pourquoi ? Exprima Maria avec une déception désespérée. Elle était persuadée d'avoir mis le doigt sur quelque chose d'intéressant.
– Tu ne serais pas la première a avoir tenté une réplique de toi même. Bien entendu, si tu as l'intention d'aller aussi loin, la tienne sera incomparable à tout ce qui a été fait auparavant en matière de golem… C'est une raison de plus pour te mettre en garde. Il y a quelque chose de malsain dans la modélisation d'un golem à partir de soi même. Le résultat pourrait véritablement t'horrifier.
– Que devrais-je faire dans ce cas ? Utiliser un cobaye serait éprouvant…
– Tout à fait. Mais je ne t'oblige en rien : tu es une mage adulte et indépendante. Si c'est ce que tu désires faire, alors fait le, de plus ce serait mentir que de te dire que je ne ressens aucune excitation à l'idée d'un tel projet. Seulement nous devons, précisément parce que nous sommes des mages, être conscients des conséquences de l'usage de notre art… Je sais très bien que certains ici admirent Arond Vinnairse, parce j'ai été vantée toute ma vie pour être sa nièce, cependant je refuse de le considérer comme un modèle en sachant l'abomination qu'il est.
Maria aussi était fréquemment complimentée pour sa filiation à l'archimage renégat, mais jamais elle n'en avait tenu rigueur, même si il était certain qu'elle préférait être comparée à sa mère ou à d'autres membres prestigieux des Boldgates… Ayant déjà presque fini son repas, Limstella s'essuya les lèvres avec un un sourire amer.
– Je ne lui pardonnerai pas d'avoir tué mon père, déclara t-elle. Et tout le monde a toujours semblé l'oublier…
En écoutant cette phrase pleine de rancune, la jeune fille réalisa qu'il n'y avait probablement pas de mage détestant plus Arond Vinnairse que sa mère. Pour cette raison, Limstella Luciane avait toujours rejeté les mages qui avaient offert non juste leur esprit mais aussi leur cœur entier à la magie. Une source de conflit avec l'archimage Zwillinge, qui embrassait les idées contraires.
– Dans tout les cas, reprit-elle  si tu as l'intention de porter ce projet jusqu'au bout malgré mon avertissement, tu ne pourras certainement pas créer un visage animé avec tes matériaux habituels, sauf si tu as l'intention de fabriquer une monstruosité irritant le regard. Qu'as tu l'intention de faire quant à cela ?
– Zut… C'est bien vrai. Peut-être que cela n'est même pas réalisable avec les moyens actuels nous disposons…
– Je crois pourtant que nos parents Vinnairses ont développé des matériaux très intéressants sur le projet abandonné des bêtes alchimiques, répliqua Limstella, les coins de ses lèvres se soulevant légèrement de nouveau. Notamment un métal changeforme et réactif.
– Mais… Oui ! Pourquoi n'y ai-je pas pensé plutôt ? Si je lui formule une demande, je suis sur que le comte y répondra ! Nous sommes cousins après tout… Mais pourquoi me dire cela ? N'étiez vous que peu engagée à m'encourager ?
– Damoc Vinnairse a perdu sa petite sœur dans d'horribles circonstances, à cause de son grand-père. Nous partageons souvent les mêmes opinions. Il a beau être un homme d'une grande bonté, il ne t'aidera que s'il ne voit rien d'assez malsain dans ton projet. Je vous ai peut-être interdit beaucoup de choses par le passé, à toi et à ton frère, mais je te crois assez mature pour affronter les conséquences de tes actes. Néanmoins !…
Sous l'éclat autoritaire de sa mère, Maria rentra sa tête dans ses épaules, s'attendant à une forte réprimande soudaine…
– Ton plat va être froid, et c'est manquer de respect au restaurateur que de le laisser ainsi. Tu ferais bien de continuer à manger.

Ces mots échangés et le repas achevé, Maria dû dire au revoir à Limstella qui était déjà appelée en dehors de la cité, mais ce ne fut qu'encore plus fermement convaincue que sa mère était l'une des plus grandes mages du pays. Il fallait maintenant que la jeune magicienne retourne à son travail sans plus tarder, si elle voulait espérer l'égaler un jour.
En premier lieu, il lui fallait entrer en contact avec son cousin, ce pourquoi elle s'installa sur son bureau afin d'écrire une lettre qui serait en destination du comté Vinnairse. Elle fut la plus claire et la plus honnête possible quand à ses intentions, et n'hésita pas à s'étaler en quelques explications sur la nature des titans dans une tentative de captiver le destinataire. Damoc Vinnairse était quelqu'un de compréhensif, et elle était certaine de trouver les mots pour le convaincre de l'importance du projet, non de seulement de manière générale, mais aussi par rapport à elle même, car les dieux seuls savaient combien tout cela lui tenait à cœur.
Cette lettre, dans laquelle elle avait placé toute son excitation, finalisée, Maria avait encore de nombreuses heures à dépenser dans sa journée… Ce qui ne signifiait qu'une chose : son travail commençait véritablement dès maintenant !

Afin de commencer ses croquis, Maria commença à prendre ses proportions exactes. Ce n'était pas la première fois, puisqu'elle l'avait déjà fait afin de prendre des références anatomiques pour certains croquis de golems, qui étaient tous basés sur la structure humaine depuis son entrée dans le troisième rang. Cependant cette fois, ce fut avec bien plus d'attention : elle comptait après tout se ''répliquer''. Elle commença également à faire des dessins détaillés de son propre visage et de plusieurs différentes expressions. Cela avait un côté amusant, mais Maria ne pouvait en aucun cas nier l'étrangeté de la chose… Est-ce qu'il y avait quelque chose de narcissique dans cet acte ? Si elle était magicienne ou alchimiste dans un conte pour enfant, elle risquait d'être punie à la fin uniquement dans le but de servir de morale à l'histoire. Et Maria avait toujours détesté ce genre de conte. Cela devenait comme un défi de prouver qu'elle était capable de faire fonctionner cette chose et de se tenir victorieuse à la fin du récit.
Quand elle reçut une réponse du comté Vinnairse, ses études avaient déjà bien avancées. Non seulement sa tableau à croquis croulait sur les dessins d'elle même, mais elle avait poussé le vice jusqu'à créer un moule pour réaliser une sculpture de son propre visage. Maria commença réellement à  trouver tout cela perturbant quand elle finit par se dire que n'importe qui qui serait entré dans son atelier dans son état actuel se serait posé de sérieuses questions quand à son état mental… Non pas que la quantité d'ouvrages qu'elle avait emprunté sur les muscles faciaux arrangeait grand-chose à l'affaire.
Cependant Damoc Vinnairse avait accueilli son idée à bras ouverts ! Il semblait enjoué de voir que Maria travaillait à trouver des usages non guerriers à la golemancie, lui qui méprisait la violence. Dans sa lettre, il l'informa sur le projet finalisé par son père, celui de la bête alchimique Aurium. Depuis le temps, les mages au service de la famille Vinnairse avaient développé des variantes, et il était tout à fait possible d'en changer la coloration et la texture, même si l'objet était originellement métallique. Il acceptait donc de collaborer, et un échantillon ne devrait pas tarder à arriver chez Maria. La chance était de son côté, et Maria ne pouvait être plus comblée de joie !

Quatre mois s'étaient écoulés depuis qu'elle avait reçu le matériel des Vinnairses, et Maria ne voyait pas encore le bout de son travail. Construire et assembler le corps du pantin était facile, car cela n'était guère différent de ses précédents golems, d'autant plus qu'elle avait demandé à son frère Alfred Francis de contribuer à cela, sachant qu'il était bon artisan, économisant ainsi énormément de temps. Elle n'avait d'abord pas l'intention de le faire participer à son étrange projet, afin d'éviter des remarques sottes, mais le jeu en valut la chandelle, la mécanique de ce golem étant étudiée avec excellence… Cependant, quant il s'agissait de parvenir à créer un enchantement composé suffisamment complexe pour reproduire correctement son visage et ses expressions… Maria avait réellement l'impression de s'attaquer à quelque chose qui ne correspondait en rien à son niveau de magie. Son frère ne pouvait pas l'aider et à vrai dire même ses professeurs n'y comprenaient pas grand-chose quand elle en était venue à demander leur aide… Ah ! Si seulement l'archimage Zwillinge était là ! Elle avait toujours le génie pour les projets les plus fous. Maria s'était habituée à dormir peu, elle qui prenait scrupuleusement soin de sa santé. Les recherches avaient avalé ses exercices physiques quotidien, et quand elle parvenait à trouver le sommeil, elle n'était capable que de rêver de parties de corps de pantins imitant son physique ainsi que de son visage. Son propre reflet se réfléchissant dans d'autres miroirs et ceci à l'infini. Des visions pour le moins glauques, elle ne pouvait plus le nier. S'être observée sous tout angle et sous toute expression devant le grand miroir qu'elle avait installé dans son atelier avait réellement un effet pervers, mais elle ne pouvait pas se permettre de renoncer. Ce projet était capable de dépasser cette satanée magie de chair naosienne, elle en était certaine !

Après deux mois de plus, elle parvint enfin à des résultats potables. Afin de mieux comprendre comment fonctionnait la matière Aurium, elle avait tenté de la maîtriser comme le faisait Mercurius Vinnairse, qui avait hérité du premier modèle complet utilisé jadis par Durand, son grand père. Non pas avec un enchantement, mais avec sa propre magie. Elle se sentit fort stupide de ne pas avoir fait ça en premier lieu : cette matière magique était contre toute attente aisée à manipuler. Avec beaucoup de dévouement et de patience, l'on pouvait obtenir des formes complexes, et elle avait enfin réussit à imiter une couleur, une texture et une souplesse proche de la chair humaine. En retenant ces enseignements, la disposition des enchantements fut un peu moins tortueuse. Elle finit par obtenir un visage avec lequel elle produit de nombreux tests. Après avoir refaçonné ce dernier entièrement encore des dizaines de fois, Maria tomba finalement sur un résultat fulgurant et estima que la pièce maîtresse de son chef d'œuvre était finalement prête.
Le corps creux, à l'apparence de pantin articulé, avait été entièrement recouvert de la matière miracle -elle en avait réclamé des quantités supplémentaires-, voilant les articulations mécaniques qui aidaient le tout à se soutenir correctement. La tête était naturellement le plus complexe : elle fournit au corps de golem une mâchoire ainsi que des dents en ivoire, imitant cette fois le crâne humain, avant d'encore une fois recouvrir le tout d'aurium. Et le plus gros du travail, pour ce qui était du corps en tout cas, était fait. L'illusion était très bonne, même les orbites encore vides. Bien entendu, le corps nu était dénué de choses comme des organes génitaux ou de mamelles -et pourquoi en aurait-il besoin de toute façon ?-, et en observant correctement, on pouvait voir que cette peau n'en était pas une. Impossible de reproduire des détails comme la pilosité ou des aspects trop pointus de l'épiderme humain. L'œil avisé ne serait pas trompé, mais d'autres ne s'interrogeraient guère même en remarquant ces petites absences. Le manque de chaleur du corps était peut-être le point qui démarquait le plus sa poupée, et on pouvait ajouter à cela une myriade de manques n'appartenant eux aussi pas au domaine du visuel comme l'odeur par exemple, cependant Maria n'avait aucune idée de comment insérer cela dans un golem déjà bien trop complexe. Ce qu'elle venait de faire dépassait déjà l'entendement à vrai dire, et elle le pensait sans se jeter des fleurs.
Afin de finaliser le tout, Maria lui ajouta une chevelure blanche, et lui façonna deux yeux bleus… Et le résultat était bluffant. Peut-être trop. C'était comme si elle se regardait dans un miroir -et elle l'avait assez fait ces derniers temps pour se souvenir de cette exacte sensation-. Bien entendu, elle s'était toujours considérée comme une beauté même sans s'en vanter excessivement, alors cela n'était en rien un échec. Elle aurait dû sauter au plafond devant la quasi perfection de sa réussite…
Mais c'était trop dérangeant.
Après quelques tests d'expressions du golem, Maria s'imaginait déjà un titan lui ressemblant exactement lui faire la conversation, et les mots de sa mère lui revinrent à l'esprit. Cependant, il était beaucoup trop tard pour y changer grand-chose : elle avait peur qu'en changeant ne serait-ce qu'un petit détail du visage, son travail, qui semblait être le résultat d'une divine providence à présent, ne soit ruiné. Tant pis. Elle assumerait les conséquences de s'être copiée, mais… Elle changea néanmoins la couleur des cheveux et des yeux. Des cheveux blonds, et des yeux d'or de vraie citrine. Cela ne changeait rien au visage, mais la soulageait déjà.

A présent, il fallait l'enchanter pour en faire un golem intelligent et indépendant… Une chose malheureusement hors de ses compétences, même si l'admettre était difficile. Il lui faudrait faire des progrès monstrueux en la matière pour achever son golem par elle même, et elle était trop impatiente de voir le résultat final. Cela prit un mois de plus pour achever l'intelligence du golem, en copiant -honteusement-  les schémas qui avaient été construits par l'union des différents golemanciens du projet Sanctica pour créer l'intelligence du titan Lotus. En vérité, cet enchantement était, sans un titan pour l'animer, proprement inutile. On pouvait dire qu'il avait été uniquement fait pour eux.
Ainsi, son golem était complet ! Enfin ! Maria avait envie de rire, véritablement comme un savant fou, et elle l'aurait fait si elle n'était pas bien trop éreintée. C'était comme si la fatigue d'une année entière retombait sur ses épaules d'un seul coup pour totalement l'écraser… Elle avait installé les runes appropriées dans l'intérieur du crâne du golem, où se trouvait son enchantement principal, et cela seul suffit à l'achever. Quand cela fut fait, elle ne put que traîner les pieds vers son lit et s'y effondrer comme une enclume, sans prendre la tête de refermer la porte de sa chambre.

Ce ne fut que quand qu'elle se réveilla qu'elle réalisa qu'elle ne s'était pas changée avant de s'endormir, première chose qu'elle remarqua en regagnant conscience. Cependant cela était loin de grandement lui importer, elle pouvait bien se permettre un tel écart après avoir été si épuisée par le travail. Elle avait tant dormi qu'il faisait jour depuis longtemps, et en jetant un regard sur l'horloge de sa chambre, Maria constata qu'en effet il était déjà 16 heures. Ce qui signifiait qu'il était temps de ranger la masse de travail qui occupait les tables de son atelier ! Voilà une activité qui saurait bien réveiller son esprit. Se levant et étirant ses membres, elle avait encore le cœur débordant de fierté : réussir un tel projet, voilà qui était digne de la plus jeune mage de 3ème rang d'Axaques ! Et future plus jeune mage de 2ème rang, assurément !…
La magicienne ouvrit donc la porte de l'atelier qui était lui aussi à nouveau illuminé par la lumière du jour. Son regard se tourna tout d'abord vers les feuillets et les livres qu'elle avait emprunté et devait rendre au plus vite, quand elle en aurait fini ici… Mais en glissant vers cette table, son regard s'était égaré ailleurs, apercevant furtivement une image plus que singulière. Ses yeux retournèrent vers l'apparition, et clignèrent deux fois, avant de fixer ensuite le lieu où était normalement allongé le mannequin… Et de retourner à nouveau vers l'escalier qui remontait le long de son étagère à livres.
Sa création, le golem, le corps toujours nu et immaculé, avait les deux pieds sur les marches de l'escalier de bois, un épais tome entre ses mains. Ses deux yeux dorés étaient également tourné vers Maria, qui était-elle toujours sous le choc : elle venait tout juste de l'achever, et il s'était manifesté si tôt ?
– Paresseuse fille qui sommeille encor ! S'exclama soudain le golem, tendant un bras vers Maria une joie dessinée sur son visage. Cette dernière avait presque oublié que le golem avait également sa voix. Déjà le jour brille sur son manteau d'or !
– Es tu… Un titan ?
– Titan… Répéta la créature, un instant songeuse. Oui, Titan ! C'est ainsi que l'on nomme cela ! Oui cela est vrai !
– Oh bons dieux, expira Maria, observant les environs sans savoir comment se comporter. Je n'avais pas prévu cela, tout est encore en désordre et… Attends, tu sais parler ? Je veux dire, notre langue ?
– Oui ! S'exclama le golem en descendant les escaliers, avant de lever les yeux au ciel, réfléchissant à nouveau. La providence de ces objets me fait le don de votre langage ! Cela est vrai !
– Tu veux dire que… Tu apprends à parler grâce à ces livres ? C'est absurde ! L'intelligence de ce golem est vierge et tu dois avoir… Une dizaine d'heures tout au plus !
– Je ne mens pourtant point, oh créateur ! Quelques livres m'offrirent la puissance de la langue. Des explications, sans doute, sont de bonne augure pour dissiper ce mal entre nos âmes. Hm… Les mots me manquent !
C'était étrange. Elle s'attendait à voir un nouveau né, mais la chose s'exprimait avec assez d'éloquence. De plus… Maria semblait en effet bien reconnaître les mots qu'elle disait. A vrai dire, elle l'avait salué précédemment en plagiant sans honte les paroles d'un opéra.
– Bon… Commençons simplement. Quel titan es tu ?
– Ah !… Voilà précisément ce dont j'étais partis en quête dans cette archive à mots, ce…
– … Dictionnaire.
– Ce dictionnaire oui, cela est bien clair. Je suis Antagoniste, c'est le mot qui me coiffe le mieux. Le reflet dans le miroir, révélant ce qui est vrai, celui qui s'oppose aux hommes et qui pour cela les connaît si bien !
Antagoniste, donc… Il lui fallait un vrai nom, et elle ne comprenait pas exactement en quoi cela montrait sa capacité incroyable pour apprendre à formuler des phrases cohérentes dans un langage inconnu en plus ou moins dix heures. De plus, le caractère exubérant du golem qui imitait son corps la dérangeait un peu. Elle n'allait pas lui expliquer de prendre des habits, ou quelque chose du genre, mais en revanche, ses exclamations dès le réveil étaient quelques peu embarrassantes.
– Bien… Je suppose que nous avons besoin d'une longue conversation, fit Maria avant de se diriger vers les sièges de son atelier. Voudrais tu t'asseoir ?…
Elle fut interrompue par le golem qui déjà, saisit une chaise pour la lui présenter.
– Non, non ! Nul besoin, je suis ton humble serviteur !
… Sans doute la créature ne ressentait-elle de toute façon pas le besoin de s'asseoir. Maria prit place sur la chaise sans discuter, ses yeux ne se détachant pas de l'humanoïde aux yeux d'or qui bougeait dorénavant avec une liberté totale. Et en profitait, d'ailleurs.
– Je sais que ce n'est pas l'idéal pour commencer un contact mais… Es tu féminin ?
Les yeux un instant étonnés, le titan observa un instant son corps de la tête aux pieds.
– Ma foi, je n'en sais malheureusement rien ! Tu parles sans doute des dames et des sieurs, mais j'échoue à saisir totalement le sens de tout cela… Je suis ton humble serviteur, nommes moi comme tu le désire !
– Puisque je t'ai modélisée à partir de moi, disons que tu es féminin, cela sera une question de plus en dehors de mon esprit…
C'est vrai que ce n'est pas en lisant des textes aléatoires qu'elle comprendrait bien pourquoi les humains étaient divisés ainsi… Surtout s'ils étaient prudes. Si l'Antagoniste n'était pas satisfait de cela, elle n'aurait qu'à le lui dire et… Devrait-elle lui expliquer ce genre de choses ? Non non, autant lui donner un livre de biologie animale, Maria n'oserait jamais. De toute façon elle n'était même pas capable de ce genre de choses, alors l'importance était moindre !
– Je ne comprends toujours pas comment tu peux me parler ainsi, fit Maria en se concentrant à nouveau sur la conversation. Est-ce lié à ton pouvoir ?
– Cela est vrai ! L'Antagoniste est capable de… Comment le dire ? S'accoupler à quelqu'un ?
– Je… Ne pense pas que ce soit approprié. Tu veux dire se lier ?
– Exact ! Mais point comme les sieurs et les dames, soit prévenue ! Disons que l'Antagoniste peut saisir les sentiments d'autrui en son cœur, et parce que je suis accouplé…
– … Lié.
– Lié à toi, chaque fois que je découvre un mot, le sens, qui est en ta mémoire, me vient comme un instinct… La conséquence de cela est que l'Antagoniste a la fâcheuse manie, en comprenant un ensemble de caractères, d'obtenir certains traits de caractères opposés. Cela est dans sa nature.
– C'est pour cela que tu es exubérante ?…
– Je n'en sais que trop rien ! Je n'ai été lié qu'à toi, créateur, je suis incapable de comprendre de façon absolue l'effet de l'Antagoniste sur ma propre âme.
– Peut-être que tu es si servile à cause de ça… Murmura Maria. Dis moi, que penses tu de toi même ?
– Comment ? Ne suis-je pas mis à ta guise ? Qu'importe donc ce que je pense de mon être !
– J'insiste !
– Hmm… Quand la question se pose dans mon esprit, je me vois comme manquant d'élégance et d'esprit. Une vermine rampante si je dois me comparer à toi!
Maria claqua sa langue d'agacement. C'était donc bien vrai ? Elle était si prétentieuse que cela ? Décidément, même sans en avoir conscience, la titan avait dit vrai sur elle même : elle était un miroir. Si Maria lui jetait quelque chose, elle risquait de se voir renvoyer la vérité sur elle même.
– Tu sembles dans l'embarras… Dieux ! Comment m'excuser ? Pardonnes moi, je ne voulais pas…
– Ce n'est pas la peine vraiment ! Répondit Maria avec un sourire embarrassé, levant ses paumes alors que le golem allait s'approcher t-elle -pour une étreinte ? Elle n'était pas très tactile, maintenant qu'elle y pensait…-.
Dis moi plutôt si ton pouvoir ne consiste qu'en cela… Ou autre chose.
– L'Antagoniste est d'une grande puissance ! Ou sans aucun pouvoir même devant le plus bas vermisseau… Quand je me lie à un être, il comprends ses pouvoir, pour peu qu'ils soient… Hm… Prodigieux ? Miraculeux ?
– … Magiques.
– … Magiques, c'est cela ! J'obtiens ensuite le miroir de ces pouvoirs, ceci avec une puissance égale ! Une force excellant au duel, sans doute. Je suis surprise que vous ne m'ayez pas façonné un corps de soldat.
– Tu aurais préféré cela ?…
– En rien ! L'opposition n'est pas uniquement le combat par les armes et le sang. N'est-ce donc pas vrai, créateur ?
– Je préférerais que tu cesses de m'appeler ''créateur'', je me sens encore comme un vieux nécromant d'opérette…
– Ah ! Devrais-je vous trouver un sobriquet qui vous sied mieux ?… Hm… Madame ? Ou bien peut-être Mon Ange ? Ma seule et unique ? Ma bien aimée…
– Tu ne comprends pas totalement le sens de ces mots, n'est ce pas ?… Tu devrais juste m'appeler Mar-
– Maître ! Voilà qui est idéal ! Mes plus plates excuses, les précédents mots ne reflétaient en rien mon infériorité par rapport à vous…
Maria soupira un grand coup. Elle n'avait pas envie d'insister : maître était déjà bien plus correct à son oreille que créateur. La titan ne semblait en effet pas totalement saisir tout les mots qu'elle employait… Maria doutait que sa personnalité se construise uniquement en opposition à quelqu'un, puisqu'elle était capable d'apprendre et d'évoluer. Cette capacité de lien lui permettait sans aucun doute d'assimiler certains concepts à une vitesse peu imaginable pour un esprit presque vierge, une aptitude extraordinaire. Et qui n'était pas dénuée de sens : elle était supposée devenir le miroir égal de quelqu'un. Néanmoins plusieurs questions trottaient toujours dans son esprit… En y réfléchissant, Maria traçait des cercles autour de la poupée nue, l'observant de la tête aux pieds une main sur le menton.
– Tu es capable de te lier à d'autres personnes, n'est-ce pas ?
– Cela est vrai ! Mais j'ai le sentiment de ne pouvoir me lier qu'à un seul être dans le même temps… C'est ce que l'Antagoniste dit.
– Et… Antagoniste est un mot particulier. Es tu certaine de l'avoir bien choisi ? Cela voudrait dire que tu t'opposes à la personne à laquelle tu es liée.
– L'Antagoniste sait par instinct ce qu'il est, rien n'est plus clair ! Néanmoins, tu dis vrai. J'aurais tendance à être, non pas toujours l'ennemi, mais le rival de mon âme sœur…. Tu fais exception maître. C'est toi qui m'a façonné, il me semble impossible de m'opposer à toi.
Peut-être que ce titan pouvait se révéler dangereux… Même si ce n'était pas envers Maria. Elle semblait dévouée, et guère méchante avec cela… Mais comment déterminer si cela n'était pas uniquement dû à sa nature, l'Antagoniste ? Quoique Maria n'était nullement une personne odieuse -enfin, elle osait l'espérer-. En tout cas, il lui faudrait effectuer des tests pour déterminer quels étaient les caractères persistants de sa personnalité : n'était-elle qu'un miroir d'autrui ? Et par ailleurs, une autre question la tracassait…
– Dis moi… Je vois que tu t'agites dans tout les sens et que tu t'observes, permets moi donc de te poser cette question. Ce n'est pas grave si tu ne sais pas quoi en penser, mais… Apprécies tu le corps que je t'ai construit ?
Les coins des lèvres de la poupée se soulevèrent, et elle posa sa paume droite sur sa poitrine, avant de tendre le bras gauche vers Maria, la jambe gauche également à l'avant de son corps dans une posture dramatique. Elle recopiait, à coup sur, quelque didascalie qu'elle avait dû lire quelque part.
– Si je l'apprécie ? Je l'aime de mille feux, et d'une douleur à déchirer les chairs de ma poitrine ! Oh maître ! Comment donc te remercier et te maudire d'incendier ainsi mon regard et mon cœur ?
– Il te faudra écouter d'autres personnes converser… Si tu t'exclames toujours de cette façon, on te jettera d'étranges regards. Même en sachant que tu es un golem. J'ai encore beaucoup de questions, et je voudrais aussi que tu fasses certaines choses, si tu le veux bien… Néanmoins avant cela, il te faudrait un nom. Tu ne sembles pas entièrement te considérer comme l'Antagoniste, n'est-ce pas ? Dans ce cas, puisque ton corps est construit à partir de l'alchimie… Chrysopée. Qu'en pense tu ? Je vais t'appeler ainsi à partir de maintenant.
– Chrysopée, prononça t-elle, la bouche ronde comme sous l'admiration. Oui, Chrysopée ! Voilà qui est parfait maître. Pourriez vous le redire ?
– Hm ? Oh, si tu acceptes ce nom cela est loin d'être la dernière fois que tu l'entendras, Chrysopée.
Elle l'avait quand même redit pour lui faire plaisir. Malgré son comportement, sa création avait une immaturité qui la rendait quelque peu attachante en même temps… Lui donner un visage aidait cependant grandement à créer de l'empathie, une idée qu'elle avait hâte de tester en faisant rencontrer d'autres personnes à Chrysopée. Cette dernière répétait son nom avec un certain engouement. Sans doute plus elle entendait un mot en étant liée -ou synchronisée, elle préférait ce terme- avec elle, plus le sens lui apparaissait clair… Cependant, Chrysopée ne pouvait probablement pas comprendre le sens d'un mot que Maria ne comprenait pas en étant synchronisée avec elle. Elle ne pouvait également capter que le sens du mot selon Maria. Malgré ces limites, quelle capacité extraordinaire en soit ! La mage ne connaissait pas l'entièreté des pouvoirs de l'Antagoniste, à vrai dire cela semblait uniquement faire partie de sa véritable aptitude, mais ces capacités d'apprentissages inattendues offriraient une croissance terriblement rapide au titan. Par son grand-père ! Elle avait encore tant de questions, tant de choses à faire, son travail ne faisait véritablement que commencer ! L'excitation qui la prenait était plus intense encore que lors de l'éveil de La Dame. Véritablement, jamais elle ne s'était sentie autant vivante qu'en ce moment, malgré tout, elle n'avait aucune envie d'être cet alchimiste obtenant un mauvais sort à la fin de l'histoire, d'autant plus que cette vision manquait cruellement d'élégance. Chrysopée était un être pensant et, très véritablement, doué d'émotion. L'accabler de tests pourrait la mettre sous pression et allait absolument contre le sens de l'expérience que Maria avait réalisé en lui conférant ce corps. Sa puissance potentielle n'était qu'une raison supplémentaire de correctement la traiter.

Chrysopée nommée, c'est Maria qui commença plutôt à répondre à ses questions. La titan avait en vérité une idée assez vague de la situation qui lui avait donné naissance, tout comme de sa nature de titan ou de ce qu'était l'Antagoniste : la personnalité du golem nouveau né était totalement devenue celle de la titan, qui devait son comportement et son savoir à sa synchronisation avec Maria… Pour autant, et heureusement, Chrysopée ne semblait aucunement apeurée dans un monde qui lui était totalement inconnu. La jeune Boldgate décida qu'il était temps de fournir à la poupée des habits : même si elle ne ressentait aucun besoin de se dissimuler et était dépourvue des parties les scandaleuses du corps humain, cela aurait été étrange qu'elle se promène nue. D'autant plus qu'elle restait modélisée à partir du physique de Maria, conséquemment la faire se balader en exhibitionniste était absolument hors de question ! Chrysopée fut donc affublée d'un des uniformes qu'avait Maria, cela lui permettrait de ne pas trop se faire remarquer. La poupée aux cheveux d'or et aux yeux ambrés avait maintenant la typique veste noire d'Axaques et la longue jupe grise que portaient les filles et les jeunes femmes, avec en dessous les collants noirs appropriés. Maria, qui s'était changée également par la même occasion, attacha ses cheveux blancs et blonds sur le côté droit de sa tête comme elle en avait l'habitude, mais, alors qu'elle avait le regard porté sur son miroir, elle vit que derrière elle… Chrysopée faisait de même, attachant ses cheveux elle à gauche. Maria la fusilla du regard sans en avoir conscience.
– … Plaît-il, maître ?
– Evidemment, tu as appris comment faire ça en me voyant, soupira t-elle en se frottant les yeux.
– Ah ! Milles excuses ! Comme une flèche l'envie soudaine m'a transpercé l'esprit !…
– Ca ira, dit la mage en portant un sourire rassurant. Tu es très jolie comme ça -non pas que ce soit surprenant-. Mais il faudra que je te trouve d'autres coiffures, tout de même.
  Partageant la même taille et le même visage, elles avaient vraiment l'air similaire dans le miroir, surtout avec la même tenue. C'était moins effrayant qu'elle ne le pensait. Chrysopée était destinée à évoluer, à découvrir et singer beaucoup d'autres êtres… Et a devenir tout sauf une réplique de Maria. C'était du moins ce qu'elle pensait maintenant. En irait-il toujours de même ? En vieillissant avec Chrysopée à ses côtés, elle aurait après tout un perpétuel rappel d'une jeunesse éteinte et de sa propre mortalité. Encore une fois, est-ce que les enfants faisaient de même ?… Maria devait garder ces questions en tête, pour les poser à sa mère à qui elle avait hâte de présenter son ultime création.
Saisissant la main de Chrysopée, Maria l'attira vers la porte menant à l'extérieur. Elle en tourna la poignée, laissant la lumière dorée de l'extérieur se glisser dans la maison.
– Le monde, tu le verras, est assez différent des livres. Tu as pu le voir à travers la fenêtre, n'est-ce pas? Mais il est bien plus vaste.
Et elle tira Chrysopée dans ce monde si vaste. Chaque personne était forcément la somme de sa confrontation avec le monde et autrui, et elle se demandait fortement quel individu résulterait de ce calcul. Une question soudain l'inquiéta… Pourquoi l'Antagoniste ? Ne devrait-elle pas craindre ce nom ? Ou bien l'Antagoniste seulement était ici celui qui pousse au mouvement le protagoniste, et le pousse à révéler ce qu'il est vraiment ? Peut-être pouvait-elle, à travers Chrysopée, en savoir plus sur l'humanité même. Les possibilités étaient infinies, se rassura t-elle, même si elle risquait fortement d'être un fauteur de troubles.

Un Golem ne se faisait pas en un jour… Un savoir élémentaire à golemancien qui se respectait, en tant qu'enseignement de patience. Cependant, il y avait également une variante de ce dicton, que sa mère aimait toujours employer, et qui peut-être enseignait plus encore.
Un Golem n'est jamais terminé.


Dernière édition par DALOKA le Dim 17 Juin - 23:26, édité 1 fois
DALOKA
DALOKA
Grand Cracheur d'encre

Messages : 2234
Date d'inscription : 01/12/2010
Age : 22
Localisation : Près de toi, toujours très près de toi 8D...

Feuille de personnage
Nom des personnages: TROP

Revenir en haut Aller en bas

One Shot du Daloka des forêts - Page 2 Empty Re: One Shot du Daloka des forêts

Message par DALOKA le Dim 17 Juin - 23:25

Antagoniste: Or et Mercure


La cérémonie de la remise des premiers diplômes était, pour les apprentis mages qui étudiaient à Axaques, le moment sans aucun doute le plus attendu. Il signifiait l'entrée dans le 5ème rang, l'entrée dans le véritable monde de la magie, et était le résultat de quatre années acharnées de travail. Quatre années où presque aucun sort ne fut lancé, et où tout effort fut concentré pour maîtriser ce qui n'était que les bases des arcanes. Pourtant, pour ces jeunes gens de quinze années pour les cadets et dix sept pour les aînés, cela était la véritable ouverture d'une porte, la reconnaissance de leur talent. Plus rien après ce jour ne serait jamais pareil.
C'était un sentiment que Mercurius Vinnairse rejetait totalement.
Contrairement à ses jeunes amis, le jeune lumieux issu de grands sangs, guère grand mais aux traits délicats, considérait avec une nonchalance totale le bout de papier qu'on leur avait donné en guise de récompense. Il ne s'en cachait même pas, malgré l'euphorie générale qui ébruitait le couloir qui longeait la salle de cérémonie. Ceux qui avaient échoué n'y étaient même pas conviés, et devaient déjà préparer leurs bagages pour traverser le lac et retourner chez eux entreprendre une voie de vie plus triviale.
– Tu ne seras donc jamais satisfait ? Rit Carl, un des aristocrates qui accompagnaient en permanence Mercurius.
– Satisfait de quoi ? De ça ? Répliqua t-il avec mépris en levant le diplôme enroulé près de son visage. Ce n'est qu'une manière de signifier que l'étudiant a le potentiel d'être mage. Rien de plus. A l'échelle du monde magique nous ne sommes rien, 5ème rang ou non, puisque les autorisations légales de manier la magie ne sont conférées qu'au 4ème rang. Alors peut-être certains pourraient se qualifier en effet de mage… En attendant certains qui sourient aujourd'hui se retrouveront eux aussi sur les quais dans deux ans.
– Oui… Se refroidit bien vite Carl. Je suppose que tu as raison.
– Notre Mercurius voit toujours les choses ainsi ! Dit d'une voix criarde Adèle, une blonde de grande taille même si elle était dans les cadettes des classes. La rose de la troisième classe a toujours des épines si tranchantes !
– Qui utilise encore ce surnom, que je le tue? Fit Mercurius en plissant les yeux d'une colère contenue.
– Ah !… Je l'ai appris récemment, je voulais juste un peu te taquiner… Je ne le referais plus, promis.
– Ce n'est rien, sourit-il finalement, avant de lever la main vers Adèle pour, bien qu'elle était plus grande que lui, lui caresser la tête. Evites juste de m'appeler par ce surnom efféminé, d'accord ?
Adèle hocha la tête en rougissant devant la voix soudainement douce de Mercurius. Elle lui mangeait assez facilement dans la main, ce n'était pas vraiment la peine de s'énerver contre cette dernière… Il n'empêchait que Mercurius détestait rencontrer ce surnom, aussi méliorative l'intention fut-elle. En raison de sa petite corpulence et de ses traits fins, on l'avait appelé comme ça il y a trois ans. Bon, il estimait que son visage se distinguait assez à présent, et était plus celui d'un beau garçon destiné à être bel homme, mais malheureusement pour ce qui était de la taille les filles de son âge l'égalaient souvent, et il détestait qu'on le lui rappelle.
Malgré cela, de toute façon, de par la puissance de son rang et par la puissance concrète qui était entre ses mains, il n'avait pas de difficulté à imposer son respect. Ou pour l'expliquer de manière bien plus explicite, la plupart de ses camarades nourrissaient pour lui un mélange de peur et d'admiration. Il était l'héritier du comté Vinnairse, et malgré sa jeunesse possédait la bête alchimique Aurium. Même certains mages confirmés le craignaient et il n'hésitait pas à en tirer avantage : il avançait dans Axaques comme dans une petite promenade de santé. S'il le voulait il pouvait même s'arranger pour cesser de travailler, et obtenir tout de même des résultats parfaits en trichant sans qu'on ne le réalise. Du moins la tâche ne lui semblait pas difficile. Pour certains il aurait été certainement une sorte de petit malfrat : il n'hésitait pas à menacer pour obtenir ce qu'il voulait, et l'on lui offrait des faveurs pour obtenir son aide, notamment parce qu'il avait le secret d'obtenir des choses tout à fait interdites aux élèves. Selon lui, il utilisait simplement tout ses moyens à sa disposition. Son père l'avait envoyé à Axaques, et non pas convié un mage pour des cours à domiciles, afin qu'il se sociabilise, hors il était un haut noble. Il lui semblait assez naturel de dominer les gens… On pouvait bien penser ce qu'on voulait, c'était ainsi que s'orchestrait la réalité en dehors du lac, et il était hors de question qu'il se rabaisse au niveau des autres uniquement pour passer une scolarité paisible et droite.
– Au fait Carl, fit Mercurius alors que lui et son groupe sortaient dans un jardin intérieur du bâtiment, touffu de plantes vivifiées par la magie. Malgré cette histoire de diplômes, tu t'es renseigné sur les derniers ragots ? Dis moi tout.
Mercurius adorait savoir les bruits qui couraient, et Carl, assez curieux et intrépide, était parfait pour l'en informer sans qu'il n'ait à se renseigner lui même.
– Hmm… Il paraît que Limstella Luciane Boldgate a été conviée par les archimages, c'est sans doute important.
– Ma grande tante… hmf, je suis content qu'elle ne soit pas venue donner un cours, elle m'a rendu la vie impossible cette séance de l'année dernière.
– Mais à propos de ça, Maria a construit un golem plutôt extraordinaire. Je suis étonné que tu n'en ai pas entendu parler, ton père lui a fournit un exemplaire d'Aurium pour sa confection.
– Ca c'est intéressant. Dis m'en plus.
– Elle présente son golem à des élèves une fois par jour depuis le début de la semaine… C'est un golem intelligent, donc interagir avec des gens doit être important, je crois. C'est incroyable, il ressemble vraiment à un humain. On risque très vite de ne parler que de cela.

Et cela intriguait également Mercurius. Il n'avait néanmoins en vérité qu'un intérêt distrait pour les avancées de la golemancie, mais qu'une Boldgate ait fait appel à la science de la famille était une toute autre histoire. D'autant plus qu'il s'agissait de Maria… La femme qu'il s'était juré de conquérir.    Il avait toutes les raisons pour voir cela de ses propres yeux. Maria Limstella Boldgate était l'une des seules personnes pour qui il nourrissait une forme d'admiration. A vrai dire, il ne serait guère fou d'admettre qu'elle le surpassait en beauté, talent, ainsi qu'intellect, car si il y avait une réelle rose à Axaques c'était-elle. La rose blanche et or. La mage si talentueuse qu'elle était passée du 5ème rang au 3ème, sous accord exceptionnel d'un archimage rien de moins. Voilà quelque chose qui était extraordinaire, et méritait la fierté… Personne n'ignorait son nom, c'était l'idole que les jeunes observaient avec envie et les vieux avec espoir. Rien n'était plus digne de désir. Mercurius n'avait strictement aucun intérêt pour la bande de jeunes damoiselles issues d'étages variables de l'aristocratie qui lui collaient aux basques, elles pourraient se prostituer à lui qu'il n'y toucherait même pas. Une seule méritait son regard, et il nourrissait clairement l'intention qu'elle accepte de devenir sa femme et d'être sienne. Bien entendu, compte tenu des bonnes relations entre Vinnairse et Boldgate et du fait qu'il y avait entre eux juste assez d'écart dans les arbres familiaux pour que l'on invoque pas l'inceste, il aurait été assez évident de convaincre son père d'envisager le mariage… Mais il ne voulait rien de cela. Ou plus exactement, tricher ici n'aurait aucune valeur. Il fallait que Maria lui offre son cœur d'elle même, ou bien il n'y aurait strictement gloire, pas plus que l'amour réciproque qu'il désirait.
Le lendemain, Mercurius se rendait seul à la salle que Maria Limstella avait emprunté pour ses démonstration, prenant inutilement la peine de passer la main sur son col et sur ses cheveux, qui étaient courts et proprement coiffés vers le côté droit de son visage. Il avait honte d'admettre ce manque de confiance en soi, mais cela valait la peine d'être paranoïaque ici en toute circonstance. Maria était une dame de la plus grande qualité qui était après tout.

Quand il entra, ne passant pas inaperçu puisque quelques regards sur la dizaine de personnes en présence se retournèrent vers lui, il s'assit sans dire un seul mot vers un des sièges du fond de la salle. Il n'avait pas l'intention, à priori, de faire autre chose qu'observer tout d'abord. Maria avait de toute façon remarqué son entrée, même sans interrompre son discours. A côté d'elle se trouvait une chose pour le moins perturbante… Une jeune femme blonde, avec la même taille que Maria ainsi que le même visage. Et même à proprement parler, les exactes mêmes proportions. Même sans l'observer de près, ces détails suffirent à lui faire signifier qu'elle n'était en vérité pas une jeune femme mais bien le golem dont il était ici question. Difficile de croire en la voyant que la surface de son corps était faite d'Aurium… Mais, cette prouesse mise à part, voir qu'une telle chose ressemblait autant à Maria était particulièrement dérangeant. Les yeux portés sur la mage et son clone, il se mit à écouter son discours.
–… En plus de cette faculté d'apprentissage, Chrysopée est également capable de magie. Quand elle se synchronise avec quelqu'un, vous voyez… Ah, une démonstration sera plus simple.
Maria saisit alors un livre et le tendit en l'air, avant de le lâcher. Pourtant il ne chuta pas, mais flotta dans l'air à la place. Soulever un livre était de la télékinésie relativement basique.
– Maintenant, Chrysopée, je t'en prie…
– Tout de suite, maître ! Répondit la poupée avec joie avant de tendre les mains vers le livre. Il flottait toujours dans les airs… Ou plutôt, il avait cessé de flotter et était à présent totalement immobile. Maria frappa légèrement le livre, qui ne bougea pas d'un pouce.
– La télékinésie, si doit englober tout sorts y correspondant, confère par magie du mouvement à un objet. Chrysopée vient de supprimer tout mouvement ce même objet, qui est à présent incapable de tomber… Elle obtient des capacités magiques opposées à la personne avec laquelle elle se synchronise. C'est une capacité très vague en soi, mais de mes observations, elle a tendance à obtenir une magie qui ''retire'' ce que confère la magie du mage avec lequel elle est synchronisée. Inversement, si cette magie elle même retire quelque chose, Chrysopée pourra le créer… Comme dans le cas des magies qui retirent ou créent de la chaleur par exemple. Ca ne s'applique pas vraiment à toutes les écoles de la même façon, je ne l'ai pas encore confrontée avec un illusioniste, par exemple. Oh, et sa puissance est strictement égale au mage en question… Cela signifie que si nous nous battions pour ce livre nous pourrions y passer des heures sans succès jusqu'à que j'épuise toute ma magie. Cela signifie aussi que, synchronisée à un non mage, elle n'aura absolument aucun pouvoir magique…
Voilà donc là où j'en suis. A présent, si vous le voulez bien, je voudrais que vous interagissiez avec Chrysopée. Cela aide grandement mes recherche et contribue à son apprentissage. Elle n'a encore qu'une semaine et est un peu étrange, cependant, elle adore communiquer. N'ayez pas peur si elle se synchronise avec vous, vous ne vous en rendrez même pas compte. Oh, et pardonnez la si elle est un peu… Irritante parfois.

Mercurius avait quelque peu cessé de faire attention au contenu des paroles de Maria vers le milieu de son discours. Même s'il conservait son air relativement désintéressé, son regard était porté sur la silhouette de la mage… Ah ! La revoir ravivait son désir, même lors de cette attitude professionnelle. Comme il languissait le jour il pourrait la tenir entre ses bras… Ces sentiments, néanmoins, ne faisaient également que renforcer le profond malaise qu'il avait en observant Chrysopée, qui faisait maintenant la conversation à quelques mages de 5ème rangs portés volontaire. Le tempérament de Chrysopée semblait changer fréquemment, était-elle lunatique à cause de son apprentissage particulier ? Partie du discours dont Mercurius n'avait d'ailleurs entendu que quelques mots en entrant dans la salle précédemment.
– Je ne pensais pas que tu viendrais, fit Maria en s'éloignant du golem et des étudiants pour venir à la rencontre de Mercurius, qui ne s'était pas levé. Tu n'es pas venu pour m'importuner, pas vrai ?
Elle disait cela avec un humour presque affectueux, et Mercurius ne savait pas si elle se moquait de lui ou non. Maria savait ce qu'il pensait d'elle, après tout elle avait forcément lu les lettres qu'il lui avait envoyé… Cependant, jamais elle n'abordait le sujet ouvertement Il ne lui en voulait pas particulièrement, parce que l'exiger d'elle aurait été disgracieux et il ne se le permettrait pas.
– Ton utilisation d'Aurium est très intéressante, complimenta Mercurius. Je n'imaginais pas qu'il était possible de produire une telle prouesse… Si il y avait néanmoins bien une mage apte à faire cela, c'était bien toi, et nulle autre.
– Eh bien… Merci du compliment, sourit-elle finalement, avant un instant d'hésitation probablement dû à son ton mielleux. Rien n'aurait été possible sans ton père cependant. Et toi, ne viens tu pas de passer au 5ème rang ? Mes félicitations !
– Oh… Ce n'est pas grand-chose. Je serais méritant de compliments lorsque je serais arrivé à ta hauteur.
Le féliciter pour une chose si basique, qu'elle avait elle même réussit en un tour de main… Sa bonté fit un peu bondir son cœur. Personne ne portait mieux le mot noblesse.
– Mais tant que tu es là, pourquoi ne pas interagir un peu avec Chrysopée ? Je vais aussi chercher quelque chose à la bibliothèque… Et je ne devrais pas la laisser sans surveillance. Tu peux bien faire ça pour moi ?
– Mais bien évidemment.
– Tu me sauves ! Dis lui bien que je ne veux pas qu'elle parte, d'accord ? Elle a tendance à n'en faire qu'à sa tête.
Maria s'en alla alors avec empressement, et Mercurius poussa un discret soupir attristé. Maria était bonne avec la plupart des gens, ainsi, même si il était honoré qu'on lui fasse confiance, cela ne signifiait nullement que sa considération pour lui était particulière. Néanmoins, pourrait-il l'accompagner dans son travail à présent ? Ah… Bien sur il risquait de croiser Alfred, son misérable perdant de frère qu'elle se coltinait tout le temps… Et puis non, agir en tant que collègue ne ferait sans aucun doute rien avancer, au contraire.
Mercurius resta donc assit, surveillant du regard les jeunes mages et la poupée, sans lui même intervenir. Ils prenaient des notes attentivement, visiblement très impressionnés par le moindre mouvement de la réplique de Maria. Chrysopée passait très rapidement d'introvertie à extravertie, de dynamique à posée, et parfois encore entrait dans des débats et disputes avec des élèves qui n'en tirent guère compte longtemps, avant tout fascinés par la créature. Ces derniers, ayant achevé leurs interrogatoires, finirent par s'éloigner un à un pour discuter entre eux du sujet… Et Chrysopée finit alors par marcher vers lui. Mis à part ses cheveux blonds qui tombaient sur ses épaules, et ses yeux dorés, c'était la jumelle craché de Maria.
– Eh bien ? Tu es le seul encore à ne m'avoir adressé de ta bouche aucun mot.
– Ne fais pas attention, je suis là uniquement pour te surveiller et ta créatrice ne devrait pas tarder à revenir. Restes juste sage et ne sort pas d'ici, compris ?
– Non non non damoiseau ! J'insiste mille fois s'il le faut, échangeons donc quelques mots… Par quel nom te fais tu donc appeler ?
Sa voix était relativement calme et sure d'elle. Marquée d'une profonde humilité, mais non sans force derrière elle… Encore une intonation différente. Il n'avait pas vraiment envie de parler à un golem, mais cela déplairait à Maria qu'il l'ignore…
– Mercurius Vinnairse.
– Hmm… Mercurius, dit-elle, avant de répéter ce nom. Mercurius, Mercurius… C'est donc toi. Oui, cela convient à merveille. J'affectionne particulièrement ton nom.
Il ne comprenait pas pourquoi elle avait répété son nom, mais sa posture elle aussi avait changé. Elle se tenait de manière droite et alerte… Malgré une sérénité parfaite.
– Ma famille est une famille d'alchimiste, cela ne me surprend pas que tu trouves ce prénom idéal, répondit-il, se surprenant à engager la conversation.
– Ah, mais ce n'en est pas l'unique raison, fit Chrysopée avec un sourire en coin, avant de passer la main dans ses cheveux. Le mercure, n'est-ce pas le métal des commerçants et des voleurs ? Voilà bien un nom qui épouse la forme de ton âme.
– Et qu'insinue tu par cela ? Rit Mercurius.
– Ce que j'insinue… Fit-elle, ayant maintenant disposé ses cheveux vers le côté gauche de sa tête. Est que ce nom est pour le mieux choisi pour un commerçant et un voleur, rien de plus ni de moins. Ton nom est déjà parvenu à mes oreilles, comme celui du fripon parvenant toujours à sortir immaculé, car son talent pour la séduction et l'esquives n'ont d'égal que chez un serpent.
– Où est-ce que tu as appris ça, golem ? Dit-il en se levant, son ton devenant bien plus sombre.
– Mes excuses, je n'ai fait que me fier aux bruits qui couraient, dit-elle en courbant la tête. Si cela peut apaiser ton âme, ce n'est pas de la bouche de mon maître que j'ai ouï des injures à ton égard.
– Comment ça, si cela peut m'apaiser ?
Il perdait le fil de la conversation face à un satané golem. Combien de choses cet être d'une semaine savait il ?
– J'ai découvert vos lettres dans les appartements de mon maître, dit-il à voix plus basse, avant de constater qu'il n'y avait plus grand monde dans la salle.
– Quoi ? Elle… Les a gardé ? Dans tout les cas, oublie cela, et n'en parle à personne.
– Cela n'était pas mon intention, cependant, suis je puis me permettre un commentaire… Il serait impertinent de ta part de continuer à tenter de captiver son cœur, d'autant plus que cela t'accablerait de fatigue sans en voir aucun fruit.
– Un golem ne devrait pas se mêler de ce genre d'affaire, fit-il en fusillant Chrysopée du regard, se contenant avec peine.
– Je dis cela pour ton bénéfice avant toute chose. Inconsciente de ce que cela impliquait, j'ai interrogé mon maître sur ces lettres… Les faits sont ainsi : elle ne sait comment réagir de manière appropriée. A ses yeux, les huit années qui vous séparent font de toi un enfant incapable de distinguer l'amour des désillusions. Qui plus est tu est véritablement indigne d'elle, car mon maître n'est pas une dame à apprécier les subterfuges, pas plus qu'elle ne pardonnerait le crime. Ta main se retrouvera toujours comme celle de l'homme qui désire tenir dans ses mains la lune… Elle se refermera dans le vide, et ses phalanges glacées lui rappelleront sa solitude, oui, cela est on ne peut plus vrai ! Pour cette raison, je te recommanderais de ne plus tourner autour de mon maître.
C'en était trop. Comment cette chose pouvait-elle se permettre de l'insulter ainsi ? Les dents serrées, la mâchoire tremblante, Mercurius appela le nom d'Aurium sans réfléchir aux conséquences, et une masse de liquide doré apparut entre lui et Chrysopée, se dirigeant vers la poupée avec l'intention de la menacer et la tenir en respect… Mais le métal, avant de rencontrer cette dernière, se stoppa net. Chrysopée, qui n'avait pas bougé d'un pouce, eut un sourire en coin qui donna envie à Mercurius de la frapper directement, même si elle avait le visage de Maria. Conscient que ce serait inutile, il se retint.
– Un simple golem ne devrait avoir aucun mot à dire quand à cela, tenta t-il de se rassurer, exprimant un sourire nerveux.
– J'ai bien peur qu'il y ait méprise… N'as tu pas connaissance de la participation de mon maître au projet sanctica ? Je suis l'Antagoniste, un Titan. En d'autres termes, mon cher et tendre damoiseau, cela signifie que je n'ai en rien à jalouser ton existence ! Moi, l'humble serviteur de Maria Limstella Boldgate, suis tout à fait digne de me dresser à ses côtés.
– Un… Quoi ?
Mercurius était frappé de silence, comme si la foudre l'avait heurté de plein fouet. Aurium se rétracta. Un titan ? Il n'était pas totalement ignare. Des annonces officielles avaient été faites l'année dernière sur la nature de ces êtres magiques… Cela signifiait que depuis le début, il ne parlait pas juste à un outil, mais à un être magique… En d'autres termes…
Il n'avait jamais été le supérieur dans cette conversation.
– Ah ! Sache que je ne nourris aucune haine envers toi, fit Chrysopée en s'approchant du garçon et en posant ses deux mains sur son épaule. Bien au contraire, néanmoins cela est la nature de l'Antagoniste, de se dresser entre toi et l'objet de ton désir. Sans doute comprendras tu la couleur bénéfique de mon geste.
– Si tu as dis que j'étais le mercure… Fit-il d'une voix tremblante. Alors tu es l'or, n'est-ce pas ?
– Oui, oui cela est vrai ! Dit-elle avec délectation en approchant son visage de celui de Mercurius. Sans doute est-ce pour cela que la synchronisation entre nos âmes m'est si profondément agréable !

Toujours déstabilisé, Mercurius ne sut que répondre face à des paroles qu'il ne comprenait aucunement. La conversation s'interrompit ici, car Maria revint un épais livre dans les mains, ses halètement légers révélant son empressement.
– Oh, vous conversiez… Fit-elle, avant de remarquer la tension ambiante et l'expression inhabituelle de Mercurius. Quelque chose ne va pas ?
– Non, se ressaisit soudain brusquement Mercurius, échouant à dissimuler totalement son trouble. Non… J'étais tout simplement perturbé par combien elle avait l'air humaine. C'est très impressionnant.
– L'enchantement était une torture à composer, dit-elle avec satisfaction. Je comprend que le résultat puisse t'effrayer, néanmoins… Chrysopée, nous devrions y aller. Tu me raconteras l'essentiel de tes conversations.
– Bien, maître, fit poliment Chrysopée en courbant légèrement l'échine, avant de suivre Maria qui s'éloignait dans le couloir… Non sans avoir tout d'abord jeté un regard à Mercurius accompagné d'un sourire plein d'assurance qu'il ne saurait interpréter exactement.
Le jeune mage s'était fait humilié, ou plutôt s'était humilié lui même, devant cette créature indescriptible qui lui inspirait maintenant de l'effroi. Les dents serrées par la rage, il envoya son poing contre un mur, la douleur qui résulta ne l'impact ne faisant qu'attiser encore plus sa colère et sa honte. Jamais il ne restait paralysé ainsi, pas même devant ses meilleurs professeurs ! Sa fierté était en ruine, et le titan avait quelque chose de malsain qui le révulsait profondément. D'autant plus que la poupée avait clamé, avec sa voix faussement noble et chevaleresque qui lui vrillait les tympans, être digne de se tenir aux côtés de Maria. Etant donné sa loyauté apparente, un tel propos ne l'aurait normalement pas dérangé, mais le contexte imposait une autre connotation qui lui était insupportable. Etre dépassé, non, seulement rivalisé par un être débarqué dans ce monde il y avait moins de dix jours, quand il nourrissait ses sentiments depuis des années, n'était pas acceptable. L'orgueil de Mercurius ressurgit alors tout d'un seul, enragé face à la propre morosité de sa pensée. Comment rester inactif devant cela ? Cela aurait été la pire erreur possible, il devait agir comme un homme le ferait, non pas courber l'échine.
Il devait restaurer son honneur.

*
Axaques avait un certain nombre de parcs dispersés dans la ville, bien souvent occupés par des plantes de diverses endroits du continent dont la croissance était aidée par la magie. En plus de servir de lieu de recherche occasionnel sur les magies liés à la flore, ils étaient un lieu de détente fréquemment fréquentés par tout âge… A l'exception des heures comme celle ci où la nuit dominait sur la ville. Même s'il s'agissait d'Axaques, les traditions impériales étaient fortes dans les esprits, et peu de gens songeaient à sortir de chez eux une fois vingt deux heures passées. Encore moins un jeune homme de l'âge de Mercurius, qui était pourtant assit sur un des bancs de pierre, au beau milieux des animaux nocturnes et des arbres qui ombrageaient la lumière glaciale de la lune. Non pas que cela lui posait quelque problème : il s'était toujours joué habilement des règles quand cela le servait bien, cependant, s'il voulait profiter uniquement de la nuit ou accomplir des choses non permises par le code, il ne serait pas seul. L'extérieur était en effet de nuit une bonne occasion d'échapper à l'autorité, et il avait déjà accompli des trocs sous le manteau ainsi… Sans doute était t-il réellement un commerçant et un voleur.

Une autre silhouette se profila, son ombre grandissante en avance sur ses pas, et Mercurius serra les poings en entendant le son des chaussures sur le chemin pavé. L'individu qui causait cette réaction nerveuse était pourtant bien celui qu'attendait Mercurius, puisqu'il s'agissait de Chrysopée qui, alors qu'elle avançait d'un pas digne et détendu vers le jeune homme, arrangeait de nouveau ses longs cheveux blonds vers le côté gauche de son visage, lui donnant cet air noble et affûté qui le faisait tant trembler.
– Tu aimes bien mimer, dis moi, fit Mercurius dans un sourire plein d'ironie, les poings toujours serrés sur ses genoux. Même si tu ne me ressembles en rien ainsi...
– Allons, suis-je donc en disgrâce dans cette allure ? Répondit Chrysopée en étendant les bras.
– Non. Tu as même une certaine classe, néanmoins… Je préfère quand tu laisses retomber tes cheveux sur tes épaules, cela te donne un air plus innocent. J'espère que tu n'es pas venue afin que je commente ton apparence.
– Nullement ! Dit la poupée dans une révérence. Je réponds avec humilité à ton appel, Mercurius.
– J'étais certain que tu viendrais, après ce que j'ai entendu à ton sujet. Il était proprement impossible que tu refuses.
  Disant cela, Mercurius se leva et saisit deux objets enveloppés de tissus qui étaient jusqu'à alors disposé à côté de lui sur le banc. Sa main ganté attrapa le voile noir qui recouvrait l'un des longs objets, le retirant en le déroulant soigneusement pour laisser place à la vision de l'acier. Le jeune noble avait à présent dans ses mains une rapière, et s'approcha de Chrysopée pour lui tendre ce qui était certainement la seconde arme.
– Néanmoins, la question se pose quand au fond de tes pensées, fit le golem. J'ai toujours la ferme conviction que mes mots étaient justement placés lorsque que j'ai considéré ton âme comme celle d'un marchand et d'un voleur. Que ton âme soit hardie au point de défier quelqu'un en duel !… Une telle chose ne semble guère dans ta nature.
– Ca ne l'est pas. Cependant je ne peux accepter une défaite totale. Quand bien même j'ai courbé l'échine en dialogue, j'ai un honneur d'homme à défendre… Je trouve ça puéril moi même, de me battre en duel pour une dame, mais je veux bien accepter cela si ça défend ma fierté.
– Me battre pour mon maître ? Comme cela est ridicule. Je n'ai absolument aucun désir d'obtenir plus d'amour d'elle que je n'en ai déjà !… Non, la servir est déjà amplement suffisant à mon cœur.
Disant cela, Chrysopée révéla également l'arme identique à celle de Mercurius et la regarda avec une fascination que son attitude et sa prestance ne dissimulaient nullement. Sans était-ce la première fois qu'elle tenait un tel objet dans ses mains, même si elle en savait la signification.
– Si j'ai manifesté ma présence en cette nuit, reprit-elle, c'est parce que ma nature me le dicte. Je suis véritablement honorée d'être défiée, rien ne reconnaît plus mon existence, mais je n'ai nul orgueil à nourrir.
– Bien évidemment, souffla Mercurius avec agacement. Cependant je ne suis pas fou, nous nous arrêtons au premier sang… Ah, non, plutôt, à la première éraflure du moindre habit. Dans le cas contraire, cela ne serait pas juste : je n'ai aucune chance de te blesser avec une arme.
C'était la seule solution qu'avait trouvé Mercurius. Il aurait désiré au fond de lui être capable de contenir sa frustration, de l'accepter comme une chose immature et passagère. Il était le futur comte Vinnairse, être aussi sanguin était ridicule… Mais cela était plus fort que lui, quand bien même il savait que dans tout les cas Maria viendrait à apprendre cela et qu'il le regretterait. Mercurius détestait cet aspect de sa personnalité, il préférait largement être un mur indomptable comme Aurium, mais c'était un homme de chair et de sang et qui n'avait en rien les années nécessaires pour que cela ne lui paraisse comme son monde s'effondrant devant ses yeux. Il n'avait jamais eu aucune difficulté à quoique ce soit, et il avait besoin de se prouver que cela ne commencerait pas aujourd'hui. Tapotant la lame dans sa main gauche, il s'éloigna de quelques pas. Cette chose, titan ou pas, n'avait au final réellement que quelques jours d'expérience de la vie, et n'était en rien moins immature que lui...
– Tu n'as jamais fait d'escrime, cependant sache que je me suis dispensé de la plupart de mes cours… Qui plus est, si j'ai bien compris, ta capacité te fera acquérir instinctivement mon expérience, n'est-ce pas? Tu n'as pas beaucoup de chemin à parcourir, cela me paraît donc équitable.
– Je n'y vois rien à redire.
– Cela ne devrait pas durer longtemps non plus, fit Mercurius en se retournant vers elle après s'être éloigné de trois mètres.  Je te donnerai tout de même un avantage… Je devrais te donner deux… Non, trois coups pour l'emporter. Et si tu tombes, je te laisserais naturellement te relever.
Ce n'était pas de l'arrogance. Chrysopée ne s'était jamais battue, contrairement à lui. L'avantage devait être significatif pour que sa victoire ait une quelconque valeur.
– Avant de commencer, continuons un peu notre dialogue d'il y a quelques jours, si tu le veux bien… Si ma compréhension est juste, tu adores Maria, au moins autant que moi si ce n'est plus selon toi. Et la servir est ta plus grande joie, n'est-ce pas ?
– Oui, cela est vrai ! Il n'y a point de sentiment plus pur, car je lui dois tout. L'avenir de ma race même est insignifiant, en comparaison du bien être de mon maître. Il n'existerait pas de plaisir plus exquis que de l'assister pour toute mon existence !
– C'est intéressant, fit Mercurius avec un léger sarcasme, tapotant de nouveau la lame de l'épée. Une goutte de sueur coulait de sa tempe jusqu'à sa pommette. En tant que golem, tu es excellente… Néanmoins tu n'en es pas exactement un. Es tu certaine que tes sentiments, ainsi que leur pureté, resteront toujours les même envers elle ?
– Eh, quoi ? Pour quelle raison cela ne serait-il pas le cas ? Assurément, mes sentiments sont vrais.
– Comment peux tu dire ça en étant synchronisée avec moi ?… Comme tes mots le disent, je suis un escroc. Quoi de plus naturel que tu devienne un chevalier en réplique, si tu es bien l'Antagoniste ? Cependant, je crois que tu fais également une terrible erreur… Je ne pense pas vraiment que tu sois opposée à moi en tout point, non, tu es l'Antagoniste, et pas l'Inverse, n'est-ce pas ? Est-ce que par hasard, tu jugeais que, parce que j'aime Maria, tu devrais la détester ? Si ce cas était vrai, alors ton état actuel serait en effet la preuve que tes sentiments seraient fixes… Mais pour s'opposer à moi en particulier, être un rival amoureux est on ne peut plus parfait, Chrysopée. Qui plus est, ta soumission si ''pure'' également n'est-elle pas une opposition ?
Mercurius semblait reprendre le flot de la conversation en main, ceci même si il ne savait en rien si cela était une bonne idée d'être si provoquant. Ses deux yeux dorés maintenant portés sur lui, Chrysopée adoptait une expression stoïque et sérieuse.
– Puisque je suis un voleur, je désire acquérir Maria. Oui, pas devenir son loyal serviteur, mais la faire mienne, corps et âme entièrement. Toi, tu dis être satisfaite de vivre dans son ombre… En cela nous nous opposons strictement. N'est-ce pas ce que tu désires ? Je me demandais pourquoi tu disais te sentir si bien, ne serait-ce pas car ton cœur est apaisé par cela ?
– Je ne saisis rien à ce que tu dis là, Mercure ! S'énerva finalement Chrysopée, avant de pointer le jeune homme de son épée. Commence le combat, au lieu de déblatérer tes paroles pleines de poison.
– Je crois avoir touché un point sensible. Tu ne le comprends peut-être pas, mais tu as peur que tes sentiments ne soient pas sous ton contrôle. Plus exactement… Tu dois avoir peur qu'un jour, tu en vienne à te synchroniser avec quelqu'un qui te fasse haïr Maria.
– Je crains fort que tes paroles  sombrent dans le ridicule. C'est de mon créateur, de mon maître dont tu parles.
– Tu devrais pourtant passer une main sur ta tête Chrysopée… Tu fais le même visage que moi face à toi il y a peu.
– Silence ! Cria t-elle, avant de poser sa paume sur sa bouche, surprise de son exclamation. Nous devrions commencer à battre le fer dès maintenant…
– Tu as on ne peut plus raison…
Même si cela semblait être uniquement un pari fou sans base solide, Mercurius avait réussi à déstabiliser Chrysopée. Il avait accompli ce qui devait être son talent, en tant que commerçant et voleur. Pourtant, la poupée, frappée d'une expression d'étonnement, touchait son visage de sa paume, visage sur lequel finit par un apparaître un sourire qui n'était pas signe de confiance de soi ou d'arrogance. C'était un rictus de joie et de fascination. Mercurius ne comprenait pas exactement ce bond d'humeur de Chrysopée, qui semblait pour le moins perturbée, mais il n'avait aucune intention de considérer ses sentiments, particulièrement quand il lui avait déjà offert une large marge d'avance. Sans prévenir, il commença le combat, et d'un estoc érafla une partie de la veste de sa poupée, sa lame ne blessant néanmoins pas son corps.
– Deux de plus et c'est ta défaite, fit-il, reculant en arrière après cette attaque en traître. Je ne vais pas te laisser t'extasier.
– Oui, c'est juste… Fit Chrysopée en imitant la posture d'escrime de Mercurius, qui lui donnait bien plus de prestance qu'à lui. Elle passa à l'attaque, et il para aisément. Malgré tout, les coups de combat étaient terriblement brouillon et en rien digne d'éloge, même des plus prosaïques. Un duel d'amateurs qui imitaient des escrimeurs de manière insultante. Chrysopée ne faisait que la même attaque téléphonée qu'était celle de Mercurius, ceci trois fois de suite, même si la dernière était bien plus adroite que les autres. Mais ce qui était plus perturbant, c'était le sourire extasié de la poupée qui n'en finissait pas.
– Ah ! Je me sens tant en vie ! Dieux, quel est ce sentiment ? Batailler avec ma moitié… Me complète absolument !
– Ce n'est pas parce que tu n'as pas besoin de respirer que tu peux raconter des âneries ! Grogna le jeune homme, en vérité réellement effrayé par la folie soudaine de cette poupée lunatique.
– Cette ivresse, cette euphorie !… Comment telle plénitude pourrait s'abattre sur mon âme innocente ? Serait-ce, cela aussi, de l'amour ?
Cette abomination parvenait à présent à bloquer les coups que portait à présent Mercurius. Non seulement parce que ce discours le sortait de sa concentration, mais aussi parce que le fossé entre eux se remplissait trop rapidement… Même s'il était conscient d'être un novice. Le jeune homme et la poupée, dont le niveau d'adresse ne dépassait pas celui de la bleusaille d'un point de vue militaire, commençaient néanmoins à s'asséner des coups dont la violence et le manque de finesse était un véritable crachat au visage de l'escrime impériale. Mercurius tentait d'en finir le plus vite possible, alors que Chrysopée était dans une rage combative véritablement jubilatoire. Ce qui devait arriver, après un échange si maladroit, finit malgré tout par arriver : un estoc passa à travers l'absence de garde du jeune homme et le toucha. Mais il ne s'agissait pas d'une éraflure : la lame avait transpercé un côé de son abdomen, et le jeune noble tomba sur son postérieur sur les pavés, ne se rendant compte que quelques secondes plus tard que du sang jaillissait de la plaie dans sa veste. Passant sa paume dessus avec curiosité, il finit par s'éveiller à la douleur. Le fluide corporel de son ventre lui semblait être comme du feu liquide, et encore une fois, il ne savait pas comment réagir. Des larmes coulaient de ses yeux, mais sa bouche restait ébahie, et fixée dans cette unique expression. Il se sentit défaillir, et la partie supérieure de son corps bascula en arrière, le plaquant dos au sol. Mercurius avait, comme son grand-père jadis avant lui, de poser le pied sur un terrain qui n'était le sien, et était puni pour sa prétention de l'exacte même blessure. Quelle ironie. C'était donc ainsi que l'on se sentait après une défaite totale…
– … Lèves toi, dit Chrysopée, les bras le long du corps, devant Mercurius qui serait bientôt allongé dans une petite flaque de sang.
– Me lever ? Tu plaisantes j'espère ?
– Lèves toi, Mercurius ! Cria t-elle, plus suppliante qu'autoritaire. Cela n'est pas juste ! Je me dois également de te frapper trois fois pour l'emporter !… Et le duel ne peut continuer si tu n'es pas debout.
– Sérieusement ? Fit Mercurius dans un rire qui lui était douloureux. Tu n'as jamais vu de sang avant ?… Je pourrais mourir dans mon état, tu sais ?
Après une humiliation pareille, peut-être méritait-il la mort après tout, aussi soudaine et ridicule soit-elle.
– Tu ne peux pas périr ici ! Gémit Chrysopée, paniqua en lâchant l'arme qui chuta au sol. Son visage était terrorisé. Comment pourrais-je être ton ennemie alors ?
– Tu es vraiment un golem idiot… Comment ai-je pu perdre contre ça… C'est vraiment lamentable.
Par les dieux… Cette blessure était atroce et il se sentait faible. Malgré ce qu'il avait pensé par fierté, mourir ne lui semblait plus désirable. Ou était-ce uniquement l'instinct de survie ? Il voulait au moins revoir les yeux de Maria si il y passait, et pouvoir lui dire tout en personne cette fois… Et au moment où il se disait cela, il avait un visage similaire à elle penché sur le sien et mort d'inquiétude. Le tenant dans ses bras, la poupée ne savait nullement quoi faire devant un phénomène qui lui était totalement inconnu. Avant qu'il ne s'évanouisse finalement, il se surprit à avoir pitié d'elle.

*
Maria n'avait jamais autant détesté être dans le bureau d'un archimage. Une personne aussi scrupuleuse qu'elle sur le règlement n'avait à vrai dire presque jamais eu à se trouver en face d'un mage d'autorité dans ce genre de circonstance, cependant, elle savait aussi que s'en plaindre aurait été le sommet de l'irresponsabilité. Ses erreurs étaient réelles, et elle était prête à les assumer. L'Archimage Esteban Adamas, malgré son titre, avait un bureau de taille assez modeste, de manière correspondante au vieil homme robuste aux mains calleuses qui se tenait assit devant-elle, la chemise blanche qu'il portait ne dissimulant que peu sa musculature qui l'imposait dès un premier regard comme un homme d'autorité, même s'il faisait l'exacte même taille que Maria. Bien que son visage était stoïque, il passa une main sur son crâne chauve, puis sur sa barbe grise et courte, comme si il était embêté par la situation.
– Bien… Commença t-il. Limstella aurait dû te prendre en charge, mais elle n'est pas officiellement archimage avant la cérémonie alors, même si je ne dirige pas ton département, tu es temporairement ici sous ma responsabilité et jugement. Objection à cela ?
– Aucune.
– Récapitulons donc, Maria… Le golem que tu as créé, et sert d'hôte à un titan, s'est retrouvé dans une confrontation avec Mercurius Vinnairse et l'a gravement blessé… Fort heureusement, ce dernier est bien vivant et n'a pas d'organe endommagé en plus de s'en tirer sans séquelle grave, néanmoins, un élève a tout de même été placé en explicite danger de mort. Tu comprends bien qu'un rappel à l'ordre est requis.
– Absolument, cependant, je tiens à appuyer que Chrysopée ne peut en être tenue responsable ! Elle ne comprenait pas ce qu'impliquait son acte, et a même transporté Mercurius en sang jusqu'à moi.
– Il a déjà été considéré que tu avais l'entière responsabilité sur les actes de Chrysopée. Mercurius a également témoigné son implication… D'autant plus que Chrysopée abrite tout de même un titan, nous ne nous permettrons pas pour cela de la détruire ou de l'enfermer. Néanmoins, ces événements nous prouvent un danger potentiel : et si Chrysopée se synchronisait avec un mage puissant ? La situation, si elle tourne de la même façon, pourrait être catastrophique… Prévenir cela va de la sécurité de tous. Mais je ne peux pas confier Chrysopée à un autre mage : ce serait trop hasardeux, et non moins dangereux. En revanche, à partir de maintenant, il est hors de question que tu laisses Chrysopée sans ta propre surveillance. Tu devras également surveiller absolument toutes ses synchronisations, et ne la laisser s'approcher d'armes sous aucun prétexte… Par ailleurs, tu n'as plus la permission d'emprunter une salle pour ce genre de démonstrations publiques, et ceci jusqu'à ce que nous considérions que Chrysopée ne représente en rien une menace. De manière similaire, jusqu'à ce que moi, ou bien Limstella, en décide autrement, il te sera interdit de passer l'examen du 2ème rang. Ce genre de chose arrive fréquemment. Je ne serais surpris que certains désirent éviter à tout prix un ralentissement de la progression d'une mage de ton talent, néanmoins, je considère que toute erreur mettant en danger la vie d'autrui mérite sanction, ceci même si ta carrière fut strictement parfaite avant cela. Je sais que tu as la maturité pour le comprendre, et que ta mère approuvera cette décision par ailleurs.
– Je le comprends, archimage, dit-elle, courbant légèrement l'échine. C'était frustrant, mais étant donné son âge, cela ne semblait pas une punition impitoyable… Maria n'avait rien à redire quant à ce jugement.

Ceci conclut, Maria fut libérée de cet entretien. En sortant du bureau de l'archimage, elle se retrouva nez à nez avec Chrysopée qui, le regard et les épaules abattues, semblait tenter de se faire minuscule alors qu'elle l'attendait dans ce couloir.
– Pardonnez moi Maître ! S'exclama t-elle,  la voix larmoyante. J'ai porté honte et disgrâce sur votre nom…
– C'est pardonné, fit Maria dans un sourire chaleureux avant de soudain enlacer Chrysopée -ce qui ne lui était pas habituel…-. Ce n'est pas de ta faute.
– L'effroi me saisit tant, Maître !… Je ne sais plus dans quel état me qualifier de moi même… Et si j'en venais à ne plus vous aimer ? J'ai envie de mourir quand la pensée me vient. Quand j'ai croisé le fer avec Mercurius je me sentais si satisfaite… Je pensais comprendre l'Antagoniste mais ce n'est pas le cas, point du tout ! Hélas, je ne sais plus ce qui m'arrive…
– Tout va bien Chrysopée. Je vais m'occuper de toi à présent, et je vais répondre à ces questions. Et tu ne devrais pas t'en faire pour ton amour, non ? Si tu crains de perdre ces sentiments à tout moment, alors il n'y a pas de meilleure preuve… Et peu importe ce qui arrivera, je te chérirai toujours, Chrysopée. J'ai placé mes efforts mais aussi mon âme, au sens spirituel, en toi.

Maria avait payé les pots cassés de ces événements, mais ils n'avaient pas été sans fruit. Chrysopée savait maintenant que contrairement à elle les autres pouvaient saigner et dépérir, et à quel point cela était plus terrifiant que ce qu'elle avait imaginé dans les livres, et plus important encore, elle s'était mise à développer des doutes sur sa propre personne, des doutes qui lui amenaient colère et peur et qui la rapprochaient donc d'un véritable humain. Même après s'être détachée de Mercurius, ces émotions subsistaient, même si elle ne les comprenait pas… Cela, en un sens, rassurait profondément Maria. Cependant, pourquoi sur le quelque nombre de personnes déjà testées, la réaction de ce qu'on pouvait nommer son instinct n'avait jamais été si forte qu'avec Mercurius ? Il y avait certainement des degrés différents… Non, la synchronisation n'avait aucune raison de changer, mais peut-être, puisque la personnalité de la poupée n'était pas entièrement soumise à son concept, la réaction quand à la synchronisation elle variait selon une sorte de comptabilité psychologique… La jeune mage avait encore beaucoup de choses à étudier sur Chrysopée.

Malgré tout, il y avait quelque chose qu'elle devait régler également avant toute chose. Même si elle n'en avait aucune envie, car elle avait aussi une part de responsabilité non négligeable dans cet autre problème.
Quelque temps après avoir quitté le bureau de l'Archimage, elle était à présent devant la chambre de l'infirmerie où se reposait Mercurius Vinnairse, en convalescence bien que parfaitement conscient. Maria avait demandé aux infirmiers si elle pouvait le voir, et son état était apparemment assez stabilisé pour une visite. Elle ne voulait pas emporter Chrysopée avec elle pour cette conversation, ce pourquoi elle lui demanda d'attendre ici et de l'appeler si quelque chose n'allait pas. Par la même occasion, elle incanta un sort sur le golem qui lui permettrait de savoir si elle s'éloignait même l'espace d'un instant. Ceci fait, elle frappa donc à la porte et entra pour voir Mercurius, alité, bandé, et enveloppé dans les draps blancs de son lit. Ce dernier tourna son regard vers elle quand elle entra, le regard d'abord plein de surprise, avant de reprendre un peu plus de contenance.
– Je ne m'attendais pas à ta visite…
– Eh bien, me voilà, fit-elle en refermant derrière la porte, l'expression neutre.
– Tu me vois flatté de ta visite, sourit Mercurius, détournant le regard au fur et à mesure que la mage s'approchait. Je suppose que tu es en colère contre moi, n'est-ce pas ?
– Oui, mais je ne suis pas quelqu'un qui giflerait un convalescent pour autant. D'autant plus que c'est également ma faute si cela est arrivé, je tenais donc à m'excuser… J'ai réellement honte de ce qu'il s'est passé.
– Ton golem… Je veux dire Chrysopée, est à l'extérieur, n'est-ce pas ? Pourquoi ne la laisses tu pas venir ? Je m'en moque.
– Je ne pense pas que vous remettre en contact soit une sage idée, du moins pas tant que je n'ai pas une meilleure compréhension de ses changements comportements. Néanmoins, Mercurius, pour ce que je voulais te dire sa présence n'est nullement nécessaire… Après tout, cette histoire n'était pas à propos d'elle, n'est-ce pas ? Mais à propos de toi. Je ne penses pas que tu te préoccupais tant de Chrysopée… Mais plutôt que tu as lancé cette mascarade pour te prouver quelque chose à toi même. C'est pour ça que j'ai envie de te gifler, même si je ne renie pas que rien ne serait arrivé sans plus de prudence de ma part. En tout cas, cette conversation te concerne toi et moi, non Chrysopée.
– Que veux tu dire ?… Demanda vaguement Mercurius, qui sentait que son cœur pendait au bout d'une corde.
– Je suis venue pour te rejeter, dit-elle fermement après s'être raclée la gorge. Même si suppose que ce n'est pas vraiment la bonne manière de le dire… J'ai passé deux ans à t'ignorer, alors que je lisais bien tes lettres.
– Allons, es tu saine d'esprit ? Dit ironiquement Mercurius, malgré un fond de douleur dans la voix. Je suis déjà faible et cela pourrait sans doute m'achever… Au moins mes lettres t'ont plu assez pour ne pas que tu t'en débarrasse.
– J'aime les compliments, surtout bien mis en forme, admit-elle en jouant avec les cheveux de sa couette d'une de ses mains. Et tu écris particulièrement bien, mieux que moi. J'en enrage, mais je suis romantique alors ces archaïsme me plaisent un peu…
– Alors pourquoi un rejet si catégorique ? Sans même un doute ? Tu n'as personne, à ce que je sache, sauf si elle…
– Je t'arrête de suite, le coupa t-elle en croisant les bras. Cet incident t'as peut-être retourné le cerveau, mais évite de m'imaginer dans une relation ambiguë avec Chrysopée. Je préfère laisser tes désillusions malsaines -et plutôt inquiétantes- là où elles sont. Tu as raison, je n'ai personne. Non pas que ce soit grave, ma mère s'est mariée à trente ans après tout, et s'est d'abord concentrée sur l'étude de la magie, mais je l'ai déjà dit : je suis une romantique. Ce n'est pas pour ça que je te rejette… Pour commencer, et je sais que tu détesteras que je le rappelle, tu es bien plus jeune que moi, tu n'étais qu'un enfant à mes yeux quand tu es entré à Axaques. Ensuite et surtout, je n'aime pas ton tempérament par rapport aux autres… Axaques n'est pas une cour politique. Je n'ai pas l'impression que tu ne me connaisses très bien en tant que personne… Avec tes problèmes d'ego, nous nous disputerions tout le temps, et c'est le dernier couple que je voudrais former. Je n'ai aucune envie de répéter ce qu'il s'est passé, par exemple, dans ma famille, et finir seule car j'ai choisi le mauvais conjoint… Enfin, je ne ressens rien pour toi au-delà de la sympathie… Je regrette de devoir dire cela, mais c'est la vérité.
– Tu vas me faire pleurer, vraiment. C'est comme si tu mettait à fondre les débris de ma fierté, Maria… Mais au fond, je m'en doutais. Tu ne m'as jamais vu comme un homme au final et juste comme un cadet.
– Cesse donc d'être soucieux de ta virilité ainsi !… Grogna Maria. Tu vois, c'est ce que cela donne quand nous parlons à cœur ouvert.
– J'ai donc totalement perdu, rit sombrement Mercurius.
– Que tu le formule ainsi me tape vraiment sur les nerfs… Je ne te détestes même pas pourtant, mais parfois tu es…
– Insupportable ? Oh, le mercure est également toxique après tout.
Maria contint un lourd soupir. Mercurius, elle le savait, avait des principes et un certain honneur, une chose qu'elle respectait chez lui même si il fallait admettre qu'il se moquait bien des règles. Il n'était pas mauvais, mais suffisait de faire vaciller son orgueil pour le faire vaciller en enfant capricieux ; le voilà qui serait certainement capable de dénigrer sa propre personne tout en pourtant ce sourire ironique au visage. Elle ne pouvait même pas concevoir l'idée d'être dans une relation romantique avec lui.
– Si c'est tout ce que tu as à dire, alors je ferais mieux de m'en aller. Au revoir, fit-elle en tournant les talons, comptant bien se diriger vers la sortie sur le champ.
– Attends !… Je peux te dire quelque mots avant que tu ne partes, non ?
– J'écoute, mais j'ai la main sur la poignée.
– Tu as visiblement toujours su ce que tu pensais de moi, en plus de ce que je pensais de toi… L'inverse n'est pas vrai, du moins ne l'était pas jusqu'à maintenant.
– Et donc ?
– Il a fallut cette satanée poupée pour y changer quelque chose… C'est un vrai fauteur de trouble, n'est-ce pas ? Et elle y prend du plaisir, en plus. Mais c'est peut-être mieux que l'ignorance. La prochaine fois que tu as un gentilhomme comme moi aux basques, tente d'être moins polie avant qu'il ne s'empale en ton nom.
– … Tu as peut-être raison, admit-elle. Je ne suis pas très adroite quand la romance sort de mes livres, néanmoins… Ne blâmes pas les autres pour ton caractère. Et d'ailleurs, un gentilhomme ? Et puis quoi encore ?

Sur ces mots, elle sortit et referma la porte derrière elle. L'espace d'un instant, elle s'interrogea sur le sourire que Mercurius portait durant la conversation… Etait-ce juste une façade où était-il... heureux de s'être battu, du moins d'avoir obtenu des résultats de ce conflit, même au prix d'une blessure ? Maria Limstella Boldgate secoua sa tête, repensant à ses idées le jour même de la création de Chrysopée. L'opposition pouvait en effet réveiller quelqu'un -surtout à la fierté mal placée- ou bien débloquer une situation par le chaos, mais ce moteur ne valait pas la peine de mettre son intégrité physique ou sa vie en jeu, si chevaleresque cela paraissait. Mercurius aurait pu mourir, et il n'y a aucune évolution possible six pieds sous terre… Pour autant, est-ce que la particularité de Chrysopée pouvait-être utile bien utilisée ? Ces pensées en tête, elle fixait Chrysopée, qui pencha son visage sur le côté d'un air interrogateur et innocent.
– Je suppose que tu n'as pas de réponse à mes questions ? Soupira t-elle. Les recherches sont loin d'être terminées.
DALOKA
DALOKA
Grand Cracheur d'encre

Messages : 2234
Date d'inscription : 01/12/2010
Age : 22
Localisation : Près de toi, toujours très près de toi 8D...

Feuille de personnage
Nom des personnages: TROP

Revenir en haut Aller en bas

One Shot du Daloka des forêts - Page 2 Empty Re: One Shot du Daloka des forêts

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Page 2 sur 2 Précédent  1, 2

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum